Stairway to He... ll !
8


- Dean ?"

La voix de mon frère vient de me tirer de mes songes, un sourire ourle mes lèvres, dans mon rêve, j'étais assis sur un banc avec l'ange à contempler le monde en sa compagnie. Les enfants jouaient autour de nous, nous berçant de leurs rires et Castiel avait soudainement souri, contenté par les cris d'une fillette qui venait de gagner une course et qui sautillait sur place, inconsciente des dangers du monde. Un rêve paisible, trop paisible pour quelqu'un comme moi qui avait fait un saut en enfer... Ma main tâte le lit mais ne rencontre que les draps froids. Où est Castiel ? Je me redresse, essayant vaguement de discerner où se trouve mon frère. Pour m'aider, il cogne ce qui semble être une fourchette ou une cuillère contre son verre.

- Vient manger, je t'ai préparé quelque chose qui va te plaire."
- Où est Castiel ?"

Un long silence suit ma question, je ne peux voir le visage de mon frère et je peste pour la première fois de ma vie, de ne pas pouvoir voir ses yeux bleus me toiser chaleureusement. Je l'entends bouger, j'ignore ce qu'il fiche, mais il fait un bouchant du tonner.

- J'ai pris des repas à emporter chez le tex-mex, c'est copieux et pour avoir testé, c'est diablement bon ! Je me disais que ça te ferait plaisir de manger un véritable repas protéiné."

J'ignore ce qui doit m'alarmer le plus, le fait qu'il n'ait pas répondu à ma question où le fait qu'il me parle de viande rouge à peine les yeux ouverts. Ce repas cache quelque chose, au même titre que son silence. Je me lève, la main en avant, j'essaye de marcher jusqu'à lui. Il ne bouge pas pour venir m'aider et je l'en remercie silencieusement, je déteste être un poids pour les autres, j'aime dépendre de moi et de moi seul. Lorsque je chancelle, je sens sa main se poser sur mon bras et me tirer au creux de ses bras. Son étreinte est forte et m'oppresse contre son torse.

- Sam ? Y'a quelque chose qui cloche avec mec yeux, c'est ça ?"
- Non... enfin, Samyaza a fait tout ce qu'il a pu pour les sauver, mais t'étais dans un sale état ! T'es con d'avoir fait un truc aussi stupide, Uriel t'avais prévenu... L'autre Sam te fait dire qu'il pense que ça se rétablira, mais ça va prendre du temps."
- L'autre ?"
- L'ange, Dean... l'ange ! C'est plus simple à dire que son nom à coucher dehors..."
- Il est pas parti ?"
- Pas encore, c'est comme qui dirait mon anti-vol. Je préfère sa présence que celle de Lucifer. Qui plus est, c'est un marrant !"
- Vraiment ?"
- Hum, je l'aime bien."
- Ok, si jamais il fout la merde dans ton cerveau, je l'envoie directement en enfer. T'es mon petit frère Sam... Désolé pour ce que je t'ai fait subir ces derniers temps, je suis pas tout à fait moi-même..."
- Je sais. On ferait mieux de manger..."
- Et Castiel ?"
- Je t'emmène le voir juste après le repas, tu veux ?"

Un signe de tête est la seule réponse à cette question. Bien sûr que je veux ! J'avance avec précaution écoutant la voix de mon frère me diriger dans l'obscurité et je trouve enfin la chaise après moult péripéties. Précautionneusement, j'en fais le tour puis m'y installe en soupirant. Et bien, s'il m'a fallu autant de temps pour m'assoir, j'ose à peine imaginer ce que ce sera l'expédition qui me mènera hors de cette chambre. Comment font les gens qui perdent la vue ? Je ne m'étais jamais posé cette question. Tout ce qui était banal et simple devient un inconnu perpétuel. Où sont les couverts ? Ma main palpe le bois laqué depuis bien trente secondes à la recherche de quelque chose de froid. Il faut savoir rendre son mal en patience, d'après ce qu'on dit... Je trouve enfin la fourchette avec un sourire de vainqueur. Il va falloir que je dise à mon frère d'être un peu plus attentionné, on ne met pas une fourchette aussi loin, quel manque de savoir vivre !
J'ose à peine imaginer comment aurait réagi l'ancien Dean dans cette situation. Il serait resté certainement prostré dans le lit ; mais moi non, moi, j'aime trop la vie pour la laisser filer. Bien sûr, ça va me faire chier si ma cécité est permanente car je ne pourrais plus protéger mon frère lors des chasses, mais dans la perte, il y a toujours quelque chose de bon à prendre, non ? Qui sait, je vais peut-être devenir extra lucide ! Cette pensée me fait sourire, y'a peu de chances que je sois assez détendu et rigoureux pour me lancer dans ce genre de prouesse ! La seule chose qui m'angoisse c'est d'oublier à quoi ressemble mon frère ou Castiel, d'oublier leurs regards, la façon dont leurs visages s'éclairent de joie ou s'engoncent dans le chaos. D'oublier l'éclat éthéré des yeux bleus de mon ange... Ne plus avoir le plaisir de le voir dans la lumière de l'aube avec son impair qui flotte dans le vent, de regarder ce visage rigide habité par un regard scrutateur... Vu comme ça, c'est la merde ! Mais voyons le bon côté des choses, je vais pouvoir être plus tactile, sans avoir à me justifier !

- Ça sent bon !"

A défaut de voir le plat, mon estomac se remplit de cette odeur douce et épicée, j'imagine des enchiladas à la suisse, accompagnées de riz et de haricots rouges. Ça a toujours été mon plat préféré. Bien lourd, bien calorifique et surtout d'une consistance mortelle ! Et vu comment mon estomac s'agite sous l'odeur savoureuse qui se dégage de la boite qu'est en train d'ouvrir mon frère, je suis capable d'en manger quatre ou cinq !

- Dis-mois que c'est des enchiladas suisses, par pitié !"
- Heu... oui... comment tu sais ça ?"
- C'est juste ce dont j'avais envie sur le moment... Aller balance, j'ai trop faim !"
- Dean ? Tu... le prends comment ?"
- Bien, ne t'en fais pas. Que ça guérisse ou pas, ce n'est pas le plus important, mais Sam, va falloir apprendre à travailler seul, ça va aller pour toi ?"
- Je me disais que ça serait l'occasion de prendre notre retraite..."
- Haha, pas con, on a sacrifié bien assez de nos années pour ça, il est temps de laisser le flambeau aux autres ! Ça nous empêchere pas de filer un coup de main si on nous appelle ou de sécuriser le voisinage. Enfin si tu n'abandonnes pas ton frère pour partir avec la première bimbo de l'autre côté de la Terre."
- Jamais..."
- Tu aurais le droit, tu sais."
- Et prendre le risque de ne plus jamais te voir ? Dois-je te rappeler comme tu aimes prendre l'avion ?"
- Ce n'est pas le sujet !"
- On pourrait s'acheter un bar..."
- Hein ?"
- Celui d'Helen a disparu je te rappelle, ça ferait pas de mal de ravoir un point d'encrage pour les chasseurs."

Pas con, je me suis jamais vu derrière un bar personnellement, mais plutôt dans un garage. Mais pourquoi pas ? Un fin sourire nait sur mes lèvres à l'idée de quitter le métier, enfin si on peut appeler ça comme ça, de chasseur, sans se détourner de toutes les connaissances que l'on a pu se faire en chemin. On serait un mix entre Helen et Bobby et allons savoir pourquoi, mais ça me plait !

- Je prends le rôle d'Ash, toi tu fais Helen, les rôles féminins te vont toujours très bien."
- Salop !"

Je fais un mouvement défensif, mais je ne sais pas ce que je dois craindre, alors il est bien difficile d'esquiver la petite cuillère qui vient de me frapper le dessus du crâne. On rit tous les deux, comme bien des années auparavant... Je me sens léger, ma main glisse en sa direction, je sens sa chevelure sous le bout de mes doigts, je sens sa peau fraiche et rassurante. Sans le vouloir mon pouce a glissé sur ses lèvres que je caresse d'une façon équivoque, cependant il ne bouge pas, je sens son souffle court fouetter la peau de mes doigts. Je ne ressens pas cette envie répugnante qui m'habitait, il y a quelques temps, bien que je n'arrive pas à rompre le contact.

- Les enchiladas vont refroidir... Dean ?"

Hum ? Je n'arrive pas à couper le contact, je ne vois peut-être plus, mais je sais exactement quel regard il a en ce moment. Mon indexe tapote sa joue avec douceur et suit avec délicatesse le contour de sa mâchoire. Je sens mon frère bouger mais ma main n'est pas rejeté, elle est d'ailleurs enserrée par la sienne. Un souffle chaud frôle mes lèvres, avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, une paire de lèvres chaudes et dévorantes m'arrache un baiser. Je suis étonné de cet échange, la dernière fois que je l'ai embrassé sans les échos de l'enfer, j'ai ressenti un frisson déplaisant qui me fait défaut maintenant. Qui plus est, je croyais qu'il ne voulait jamais réitérer ce geste... Il n'y a que du plaisir qui m'inonde, étrangement, j'approfondis de moi-même le baiser me laissant parcourir par une sensation entêtante. C'est doux... ce n'est pas mon frère... Le baiser prend fin abruptement, j'entends Sam s'excuser platement, mais une voix ferme s'élève tout à coup de sa gorge.

- Ça faisait longtemps..."
- Samyaza je présume."
- Tout à fait."
- Génial... demande l'autorisation à Sam avant de faire ce genre de choses."
- J'en prends note, mais sache que je ne vais jamais à l'encontre de mon hôte... Les humains ne savent pas leur chance... Je me bats depuis des siècles pour que mes frères puissent connaitre le plaisir de toucher au sens humain du terme. Même dans un corps humain le plaisir tactile nous est refusé. On en a juste un aperçu..."
- Y'a un moyen pour qu'un ange puisse toucher sans perdre ses ailes ?"
- Castiel, hein ?"

Ma main frotte ma chevelure, mal à l'aise j'avance à tâtons vers le plat et le ramène vers mon assiette. Je suis surpris de voir, enfin... d'entendre l'ange me servir. J'imagine ce sourire angélique collé sur les lèvres de mon frère.

- Non. Mais peut-être que toi, tu en as le pouvoir..."

Sous le silence qui règne et sûrement à cause de l'expression mitigée qui doit peindre mon visage, l'ange s'approche de moi et murmure quelque chose à mon oreille.

- Ni humain, ni ange, ni démon, ni même membre à part entière de la création... Pour certains, tu es un nouveau dieu."
- Drôles de paroles pour un poulet divin !"
- Tu n'as jamais respecté personne... à part Castiel et ton frère."
- Peut-être que personne ne le mérite à part eux."
- Peut-être... je te laisse, Sam a envie de te parler... au plaisir de te revoir !"

Drôle de gars, quand je l'entends, il me fait penser à Gabriel, si ça se trouve c'est d'anciens amis... Enfin qu'importe, ça ne m'intéresse pas vraiment. Mon frère est silencieux, je sais par ses mouvements qu'il est de retour, ma main le rate la première fois, mais attrape son visage fermement pour le tirer vers moi. Je sens son souffle rassuré, je n'allais pas lui en vouloir pour ça, certainement pas.

- Désolé... je... ça fait tellement longtemps que... je pensais que tu te réveillerais pas..."

Il n'a pas besoin de me le dire, l'accolade que j'ai subi entre ses bras m'a tout avoué, sa peur, le fait qu'il était maintenant rassuré de me voir en vie. Je peux comprendre l'envie tactile qui l'anime à mon encontre et même cette vague idée stupide que l'on a d'avoir envie d'embrasser quelqu'un pour manifester sa joie et son soulagement. Il n'en a pas fallu plus pour que l'ange exécute cette idée, comme mon démon...
J'en ai définitivement oublié le repas, certaines choses peuvent attendre, j'ignore quel est cet apaisement qui éclot en moi, cette envie de fusionner avec Sam et de me laisser aller. Je l'entends sourire, tandis que ses doigts glissent le long de mon dos, mon cadet se lève, m'attrape par le bras puis me conduit vers le lit, sur lequel on s'écroule tous les deux. On se serre l'un contre l'autre, tout en murmurant des mots qui nous paraissent étrangers et terriblement ambigus. Nos doigts se mêlent, il n'y a rien de malsain dans nos gestes ou même de déplacé, je suis allongé sur lui, absorbé par le son de son cœur, sa main gauche joue avec ma droite, pendant que sa main droite flatte mes reins. Je ne vois pas nos doigts, mais chaque caresse m'enivre d'un bien-être que j'ai du mal à refouler. Si j'écoutais mon instinct enfoui, je ferais de cette étreinte un enfer brûlant.

- Je peux te demander quelque chose ?"
- Quoi donc ?"
- Tu as... avec Cas ?"
- Non. Pourquoi ?"
- Non... c'est rien... quand je t'ai vu étendu là-bas... je sais pas... Je t'ai perdu une fois, pas deux. Plus jamais ça."

Ses lèvres viennent d'imprimer un baiser sur le dessus de mon crâne, je me demande si mon frère ressent cette chose étrange que j'ai ressenti pour lui, à mon retour des enfers, je me demande si au-delà de notre lien fraternel, y'a jamais eu autre chose qu'on a toujours éluder par pure préservation. Notre façon de se sacrifier l'un l'autre, de tout plaquer pour l'autre, de toujours revenir malgré la douleur, les coups, les engueulades. La façon qu'on a de toujours se rechercher même lorsque tout nous sépare. Sam et moi, c'est pour la vie. Quand on me parlait d'amour éternel, je me disais au fond que mon âme sœur, on me l'avait offerte sur un plateau d'argent lors de mes quatre ans. Peu de gens ont le plaisir infini de se dire que toute la vie durant, ils pourront toucher et sentir cette présence sans que rien ni personne ne puisse vous séparer. Sam n'est pas une fille que je finirai par chasser ou dont j'oublierai l'existence à la longue, non, il sera toujours une partie de moi.
J'ignore si c'est à cause de mes pensée, mais je ne le repousse pas lorsque ses lèvres rencontrent les miennes, ce n'est pas à proprement parler excitant, loin de là, c'est juste rassurant de se fondre dans la vie de l'autre, de le sentir vivant avec certitude, de tout son être. Un sourire pourfend mes lèvres lorsqu'il me retourne dans les draps et que son corps me serrent contre lui, m'étouffant d'un amour un peu plus que fraternel. Le lien qui sépare la fraternité qui nous unit et l'amour qu'on semble partager devient un fil invisible, j'ignore si c'est à cause des différentes facettes qui nous composent, à présent.

- Qu'en est-il de ton, je suis pas sûr de vouloir réessayer ça ?"
- J'en sais rien, pendant tout le temps que je te regardais, allongé sur le lit plus mort que vif, j'ai ressenti des choses que je n'aurais jamais imaginé ressentir pour mon propre frère."
- Comme ?"
- De la jalousie... de l'envie... du désespoir... Je ne saurais jamais être ce que Castiel a été pour toi..."
- Hey, t'as pas être jaloux de Castiel, je vous aime tous les deux... différement mais..."

Il m'a fallu un moment pour analyser et comprendre l'utilisation du passé concernant Castiel. Je fronce les sourcils, me demandant ce que mon cadet a voulu dire par "a été", comment ça "a été" ? Il l'est toujours, depuis quand notre histoire est utilisée au passé. Il était là toute à l'heure, entre mes bras et nous allons le voir, après ce moment de calinage. Alors ?

- Pourquoi a été ?"

Sam ne répond pas, j'attrape son poignet fortement, le forçant à me répondre ; quand bien même, c'est peine perdue et qu'il ne dira apparemment rien de plus. Fronçant les sourcils, j'essaye de lui faire comprendre qu'il serait bon pour lui de ne pas me faire attendre comme ça, mais le silence me fait face. Un soupire fait écho dans mon âme, je n'aime pas la tournure des évènements. Mon frère se lève, me tirant hors du lit. Je le suis, marchant avec précaution derrière sa silhouette sécurisante. On sort de la chambre, apparemment nous ne sommes pas dans un hôtel, car un long couloir nous amène à une lourde porte que Sam pousse. Mes pieds se posent sur le dallage d'une allée, l'herbe frôle mes mollets, on avance sur ce qui le semble être une cinquantaine de mettre, puis les mains de mon frère me poussent à un endroit précis. Je reste là planté comme un piquet, essayant de comprendre ce qui se passe, il me caresse le dos d'une façon affectueuse.

- Je suis juste derrière, j'aimerais te dire que ça va aller... Pardon, Dean..."

Pardon ? Ma main glisse devant moi, ne sachant quoi trouver, elle rencontre quelque chose de dur et de froid, j'ignore ce que c'est, je suis obligé de le palper longuement avant que mes doigts rencontrent des cavités qui sont en fait des lettres gravées. C'est une stèle, mes doigts suivent les formes concaves dont je sais déjà le message. En mémoire de Castiel, ami, frère et amant. Mon cœur rate un battement, c'est bien malgré moi que je m'écroule à terre en lâchant un sanglot. Je ne comprends pas ce qui se passe. Samyaza était censé le sauver !

- Il a essayé Dean, on a fait ce qu'on a pu, mais il a été gravement amoindri par les scellés et malgré ma force psychique..."
- Il était là toute à l'heure. J'ai pas rêvé !"
- Dean..."
- Il m'a dit qu'il serait toujours auprès de moi."
- Il sera toujours au fond de ton cœur. T'as subi pas mal de choses dernièrement. Crois-moi, moi aussi je voyais Jessica partout où j'allais, j'étais persuadé qu'elle était réelle. Mais on se fait plus de mal que de bien, faut laisser couler, Dean, le temps guérit bien des choses..."
- Je refuse !"

L'air me manque, je me lève paumé comme jamais et me mets à marcher droit devant moi. Castiel n'est pas mort, c'est impossible ! Il m'a pris dans ses bras, m'a dit qu'il veillerait sur moi, comme il me l'avait toujours promis. Je hurle son nom en m'écrasant sur le sol après que mon pied ait buté sur un obstacle invisible. Je suis seul, terriblement seul. Mes mains agrippent les brins d'herbe qui se dressent sous elles et malgré les bandages, malgré la sensation de brulure oculaire, je pleure tout mon saoul, là, seul, terriblement seul. J'entends des pas se hâter et me rejoindre sur mon bout de pelouse, mon corps est soulevé puis enserré dans les bras de mon frère. Je perçois la douleur dans sa voix, je ressens son amour sincère et sa compassion et tandis qu'il me berce, j'ai l'impression que mon être se fracture un peu plus qu'il ne l'est déjà. La douleur qui loge dans mes yeux se fait violente, à tel point que j'arrache les bandages sous les interdictions de mon frère.'

- Dean, je t'en prie, fait rien d'insensé, je t'en supplie... Dean, je t'en prie !"

Je comprends la peur de Sam, je comprends qu'il ne veuille pas me perdre, qu'il ne veuille pas me voir sombrer dans la folie et détruire tout ce qui me reste de vie, mais j'ai du mal à concevoir, ne serait-ce qu'un seul instant continuer de vivre sans lui, sans la présence lumineuse qu'il m'offrait. Même les yeux ouverts, il fait sombre, le bandage vient de s'envoler avec le vent qui me brûle un peu plus les yeux. Les larmes roulent sur mes joues que mon frère s'empresse de sécher de ses pouces. Que reste-t-il ?
J'essaye de percevoir mon frère dans les ténèbres, j'approche mon visage de lui et l'embrasse désespérément, m'accrochant à lui comme à la dernière chose sur terre qui me reste. Et ce n'est pas peu dire... Ses larmes se mélangent aux miennes, je sens sa langue investir ma bouche et me décocher un violent frisson. Ma langue découvre celle de mon frère, apprend à l'apprécier et même la défier. Mes doigts glissent sur la peau de Sam que j'ai commencé à déshabiller. Nous sommes à peine à quelques mettre de la tombe de Castiel, mais ça ne m'émeut même pas, ce que j'ai ressenti et ressens encore pour lui a toujours été pur et réel. Je ne jette pas cet amour à la poubelle, mais ce dont j'ai besoin à présent, c'est de me rassurer dans les bras de la seule autre personne que j'ai aimé presque autant que lui, il s'avère que cette personne n'est autre que mon frère...

- Dean... vaut mieux pas, tu vas le regretter."
- Ne t'avise pas d'arrêter..."
- Des gens peuvent nous voir, ici."
- Rien à foutre !"

J'attire mon frère contre moi, profitant de cette étreinte pour écarter les cuisses et le laisser se mouvoir contre mon bassin. Comme Castiel bien des jours auparavant, mes mains glissent sur des bras tendus et fermes, elles s'insinuent sous des vêtements se repaissant d'un corps chaleureux et vibrant. Elles se saisissent de hanches qui m'ôtent la raison. Seulement Sam n'est pas un ange, et je me fiche d'aller plus loin ou de salir une vertu qui n'est pas sienne. Ma main droite glisse entre nos bassins et défait rapidement les fermetures éclaires qui nous séparent l'un de l'autre, c'est une pure ivresse de sentir un corps vibrer au même rythme que moi. Depuis les jours sombres que j'ai vécu avec Alistaire aucun autre homme ne m'a touché de cette façon, aucun autre homme n'a fait de moi son jouet. Bien que je ne souhaitait que ça de la part de l'ange nos étreintes étaient pures de toutes souillures. Sam est un dominant, son corps pèse sur le mien, me soumettant à ses mouvements à son rythme fiévreux. Tandis que mes doigts labourent son dos, j'entends le souffle choqué d'une femme à quelque mètres de nous certainement une voisine qui vient de nous prendre en flagrant délit, espérons qu'elle ne sait pas que nous sommes frères... Un gémissement long expose de mes cordes vocales lorsque la jouissance vient enfin inondant nos chemises et mon torse découvert de la chaleur de notre inceste.
Que John et Mary nous pardonnent de cette envie qui nous a animés...

- Dean, bordel... on recommence quand tu veux..."
- Maintenant ?"
- Pas sur la pelouse alors, une autre voisine risque d'avoir un infarctus."
- Les gens savent... pour nous ?"
- Non. On était censé être des colocataires..."
- On sera des amants, pas grave ! On est où ?"
- Un patelin pommé dans le Dakota, pas loin de chez Bobby."
- Parfait..."
- Et... en fait, y'a un bar en vente à quelques mètre sur la route menant à Bedfield."
- Tu perds pas le nord..."
- Je voulais penser constructif, que tu t'en sortirais et qu'en cas où, il nous faudrait une nouvelle identité et un vrai boulot..."
- Ok, tu me feras visiter ton bar demain ?"
- En attendant, tu acceptes que je te porte, jusque dans ma chambre ?"

Mon frère semble un peu mal à l'aise, je fais semblant de réfléchir à la proposition, tandis qu'il m'explique que sa chambre se situe à l'étage. Je n'ai pas tellement envie de me rompre les os dans les escaliers, alors je fais un signe positif de la tête. J'enroule mes bras autour de son cou, puis je le laisse me porter. Même si je ne la vois pas, j'envoie un regard aveugle en direction -tout du moins, je pense- de la stèle. Je me souviens des mots de Samyaza, ma condition fait-elle de moi un dieu et si oui, es-ce que je serais capable de ramener Castiel auprès de moi ?