LIVRE IV : AVEUX ET SENTIMENTS

Epilogue tout simplement.

1- La résidence ne connut aucun répit, certes Joy Arden et Largo Winch étaient de retour, mais il fallait tenir mais surtout attendre. Attendre le réveil de la jeune femme afin qu'elle statuât sur le sort des agents infiltrés chez eux.

L'horloge dans le couloir avait sonné trois heures, pourtant rares étaient ceux qui dormaient, dés que Marshall l'y avait autorisé Simon avait gravi les escaliers quatre à quatre afin de se rendre au chevet de ses deux amis.

Largo était allongé sur un lit, un drap le recouvrant et les côtes soigneusement bandées. Il semblait dormir, quelques ecchymoses sur le visage gâchaient cette image de paix.

Sur le lit d'à côté dormait Joy, recouverte d'un drap, elle aussi elle semblait bien mal en point. Elle avait le souffle court et le visage cramoisi recouvert par une fine couche de sueur, un pansement blanc tranchait avec la carnation brune de la jeune femme, et dans l'autre bras une perfusion fournissait à la jeune femme ce qu'il fallait afin qu'elle ne se déshydratât pas durant la nuit, son visage si beau et aux courbes quelques peu boudeuses était méconnaissable, ses yeux étaient tuméfiés et sa pommette éclatée et tout comme Largo elle avait les côtes bandées. S'il avait poursuivi son examen Simon savait qu'il aurait trouvé un énième bandage sous le drap.

- « mon dieu Joy dans quel monde vivons nous ? Dis comment ils peuvent faire ça aux gens ? »

- « à chacun son excuse. C'est ainsi.»

Kerenski se tenait debout près du lit de Joy et la regardait d'un regard absent, avisant la bassine sur la table de chevet, il mouilla le linge et le mit sur front de la jeune femme. Marshall arriva sur ces entre faits.

- « c'est ce qu'il faut. Je vais demander à l'infirmière de venir les veiller. »

- « ce n'est pas la peine nous sommes là. On s'occupera d'eux. »

- « ok, moi je dois retourner à New York m'occuper de certains détails en l'absence du patron. »

- « et pour les autres. »

- « tout le monde est reparti, il n'y a plus que vous et le personnel de Walken Security. »

Simon avait mené la discussion, Kerenski s'était contenté d'écouter, depuis trois ans il avait réussi à ne pas trop s'impliquer, sa seule implication avait consisté à adopter Natalia, mais jamais il n'avait tenté de savoir ou de chercher, pourtant il ne pouvait plus se voiler la face, cette fois-ci il allait devoir participer car la lutte contre la commission avait pris une tournure que personne n'aurait imaginé possible.

Leur lutte jusqu'à présent avait toujours été des petites escarmouches, jamais d'attaques frontales pareille à celle-ci et crachée à la face du monde.

- « dis Kerenski, je peux te poser une question. »

- …

- « pourquoi dis tu que Natalia est ta fille. »

- « j'ai adopté Natalia il y a quelques temps de cela afin de pouvoir en avoir la tutelle si jamais Joy venait à disparaître. »

- « d'accord mais pourquoi, toi. D'après ce que je sais vous avez été ennemis par le passé. »

- « sans doute mais nous connaissions notre valeur, et puis tu as vu sa famille. C'est à peine s'ils savent si elle existe…..

- « et Cardignac ? »

- « Cardignac, je ne sais pas ce qu'il est exactement. A son réveil on lui demandera. »

- « tu crois qu'elle nous parlera. »

A cette question Kerenski ne sut que répondre, Joy était si secrète, elle pouvait choisir de partir.

- « au fait Simon, qu'est ce qui s'est passé quand je me suis absenté. »

- « rien….rien du tout. Pourquoi cette question. »

- « rien, juste histoire de me tenir au courant. »

- « bah, la routine, dis tu savais que Cardignac était le frère de cœur Joy. »

- « oui »

- « bon sang t'aurais du voir notre tête quand on l'a appris.»

La Voix du Suisse était fébrile si bien qu'un simple regard au Russe convainquit Simon d'avouer. Alors il lui raconta tout sans rien omettre, à la fin le l'ex-agent se contenta de jeter une œillade assassine au Suisse.

- « vous ne retenez jamais la leçon….. Il s'est passé la même chose à montréal. »

- « ça va, ça va Joy m'a déjà fait la leçon. Dis Kerenski, tu crois que j'ai la carrure qu'il faut pour ce poste. »

- « tu as appris tout comme Largo. Ecoute au départ aucun de vous deux n'avait vraiment le physique de l'emploi mais avec le temps vous apprendrez. »

- « tu le penses vraiment, parce que là je ne sais plus, ils ont retourné contre nous des gens que nous avons toujours considéré comme des amis….

- « écoute Simon ce que je vais te dire te fera sans doute mal mais à ce niveau, il n'y a plus d'amis.»

- « pas d'amis….

- « les gens en qui tu peux avoir confiance sont au groupe W et pas ailleurs. Largo, Joy et moi. Il y a ensuite Alicia et Sullivan. Dans une certaine mesure. »

- « mais est ce qu'ils sont vraiment nos amis ? Kerenski, tu aurais du la voir elle a égorgé ce type froidement, net et sans bavure. Je ne reconnaissais plus la femme face à moi, ce n'est pas la Joy qui nous accompagnait en boîte et faisait la fête avec nous, ce n'était pas non plus la Joy qui nous passait un savon. La Joy que je connais est une professionnelle humaine, celle que j'ai côtoyée aujourd'hui n'avait rien d'humain. »

- « nous avons été élevés de la sorte, avant le groupe c'était notre boulot. »

Un gémissement de douleur mit fin à la discussion, dans son lit Largo semblait émerger de son inconscience. Péniblement il ouvrit les yeux, pour les refermer aussitôt.

- « hey Largo c'est moi. »

- « Simon….. c'est toi ? »

- « oui, comment te sens tu ? »

- « fatigué…. J'ai soif. »

Simon lui tendit le verre d'eau posé sur la table de chevet, le malade s'en empara vivement et vida le verre.

- « t'avais soif dis donc. »

- « ils ne nous ont rien donné à manger ou à boire depuis notre enlèvement….. Joy où est elle ? »

- « elle est dans le lit d'à côté. »

- « comment va-t-elle ? »

- « elle dort, en fait les blessures se sont succédées à un rythme trop soutenu ces derniers temps si bien que son corps ne récupère plus aussi vite et avec sa fièvre. Mais et toi ? »

- « moi ? Je ne sais pas….

Largo tenta de se relever, mais trop affaibli dut se laisser retomber sur ses oreillers.

- « Simon aide-moi s'il te plait. »

La voix de Largo était rauque et éraillée mais tout à la joie de le voir Simon n'y prêtait aucune attention.

- « ça va tu te sens bien comme ça. »

- « oui, maman. »

- « allez sérieux, comment te sens tu ? »

- « perdu. Tout s'effiloche autour de moi, après Diana je n'ai permis à personne de m'approcher, j'ai pris mes distances même avec Kerenski et toi, mais aussi avec Joy. J'ai même été souvent blessant avec elle, tout cela pour ne pas être blessé à nouveau. J'ai connu d'autres femmes… mais il était clair qu'elles attendaient de moi des cadeaux et ou autre chose, puis Astrid est revenue. J'ai cru que tout redevenait comme avant….. Elle était aussi caustique que par le passé, rien en elle n'avait changé alors que tout en elle avait changé….. Que lui est il arrivé ? »

- « elle est morte ainsi qu'Edouard le frère de Joy et Paul Mauriac, la commission ne pardonne pas les échecs. »

- « ah ! »

Pendant tout le temps où il avait parlé Largo n'avait pas quitté Joy du regard. Lorsqu'elle ouvrirait à nouveau ces jolis yeux couleur chocolat ils auront une longue discussion tous les quatre, car il y avait beaucoup de choses à éclaircir.

Simon aida son ami à se recoucher avant de quitter la chambre en compagnie du Russe,

- « hé les gars, merci….. Je sais que j'ai pas toujours assuré cette année….Mais je vais essayer de me rattraper…je peux pas partir en voyage trop de boulot mais le groupe possède une maison à Long Island, on pourra y passer quelques temps…. En hélico ça ne me prendra pas trop de temps, et puis ce sera bien pour Joy elle pourra se reposer loin de tout. »

- « on attendra que Joy se réveille. »

Kerenski avait parlé sobrement, signifiant son acceptation pour ces excuses et son accord pour délaisser quelque peu ses ordinateurs. Partiellement apaisée Largo accepta enfin que la fatigue et le sommeil le submergent. Son dernier regard fut pour sa garde du corps toujours inconsciente.

Chez les Van Diep l'atmosphère était à la liesse, un nouveau membre était venu agrandir la famille, le champagne coulait à flot. Dans cette ambiance quelqu'un demeurait tendu, Alester, il se demandait ce qui était advenu des assaillants mais aussi quel serait leur avenir ?

Depuis la découverte de Pierce Danielle ne parlait plus que de lui et cherchait par quel moyen le contacter, indifférente aux risques et aux conséquences.

Il avait toujours aimé Danielle, même quand elle lui avait préféré Nério, il est vrai qu'à ce moment il ne s'était jamais déclaré se contentant de la convoiter de loin puis son heure était venue et il l'avait conquise. Il avait joué auprès d'elle le rôle du consolateur et du confident. Puis presque à leur insu les rapports entre eux avaient changé et Pierce avait été conçu et ils se sont mariés.

Durant trois ans ils avaient vécu heureux avec leur fils, puis il commit sa plus grossière erreur lors d'une soirée bien arrosée il ramena une femme et elle les découvrit, folle de rage elle avait pris Pierce et était reparti en Angleterre chez Lord Alexander, à cette époque Nério s'y trouvait aussi et la presse en avait fait ses choux gras, et Marlene fut conçue au grand bonheur de la guilde qui possédait dorénavant un descendant du sang de Nério donc une héritière qui sera élevée dans le giron de la guilde.

Cette dernière épreuve faillit briser définitivement leur union mais ils parvinrent à surmonter cette épreuve, Marlene devint sa fille dés qu'il la vit et à présent le voilà grand-père.

Souvent il avait eu l'impression que l'ombre de Nério planait sur son couple avant de chasser cette impression car à la fin il était celui qui avait gagné le cœur de Danielle.

- « Nério….

Il avait rencontré l'homme à plusieurs reprises par le passé lors de certaines assemblées de la guilde mais aussi chez Lord Alexander qui avait continué à traiter avec lui malgré sa désertion.

Malgré leur brouille les deux hommes avaient continué à faire des affaires ensembles, en réalité les deux hommes étaient aussi machiavélique et calculateur l'un que l'autre.

Mais en cet instant précis il était inquiet car Danielle était obnubilée par ce fils ressuscité et par sa petite fille perdue.

Les jours s'écoulèrent doucement et le jour du nouvel an fut des plus moroses. Cette fête Joy la passait toujours avec sa fille et ses deux protégés mais lorsqu'il apparut qu'elle ne se réveillerait pas ce jour là, ils se résignèrent à informer les enfants de l'état de la jeune femme.

Les deux plus jeunes pleurèrent tandis que Daniel demeurait stoïque.

Largo se remit de ses blessures et fut transféré vers une autre chambre tandis que Joy demeurait toujours plongée dans un profond sommeil.

Le jour de la Saint Sylvestre personne ne fut d'humeur festive pourtant ils firent des efforts pour les plus jeunes, Largo ouvrit de grands yeux lorsqu'il vit débarquer Cardignac, Del Ferril et Sullivan, les bras chargés de cadeaux pour les plus jeunes.

Durant quelques heures tout parut idyllique, oubliée la commission et ses manœuvres, c'était une réunion de famille mais avec Michel et Largo dans la même pièce les échanges de remarque acerbes ne manquèrent pas.

Les traces de coups avaient fini par disparaître du corps de Joy, son visage recouvra son apparence première et ses joues retrouvèrent leur velouté. Chaque jour Largo passait de longues heures à son chevet, pourtant il allait devoir repartir, une semaine s'était déjà écoulée depuis leur sauvetage et il ne pouvait demeurer absent plus longtemps.

Simon se trouvait sur le seuil en compagnie de Kerenski, ils attendaient patiemment qu'il donnât le signal du départ. Pesamment Largo s'appuya sur canne et se leva puis lentement se dirigea vers la sortie.

- « dites vous croyez que c'est prudent de la laisser ici. »

- « arrête de t'inquiéter Larg', est ce que tu as vus le nombre de gardes autour de la maison. Elle est en sécurité maintenant. »

- « oui mais quand même…..

- « ne t'inquiète pas, elle n'est pas seule, Connors reste auprès d'elle. »

- « ah oui et en quel honneur ? »

Il n'avait pas pu s'en empêcher, il n'appréciait pas de voir cet homme auprès de la jeune femme, surtout qu'il semblait la connaître mieux que lui.

- « arrête, tu pourras la voir autant que tu veux. »

- « écoute Simon c'est pourtant simple, je ne veux pas la laisser, et s'il lui arrivait quelque chose et que je n'étais pas à ses côtés, elle m'en veut déjà tellement…

- « écoute Largo je connais Joy depuis plus longtemps que vous deux alors je peux te garantir qu'il ne lui arrivera rien. Elle est trop têtue pour mourir avant d'avoir tout réglé. Viens le groupe et la presse t'attendent. »

- « merci Kerenski, tu es très réconfortant. »

Soutenu par ses deux amis Largo partit en direction de la sortie, au bas des marches il retrouva Natalia qui semblait guetter leur arrivée.

- « bonjour. »

- « bonjour princesse comment vas-tu ce matin ?»

- « bien, j'ai mangé des gâteaux au chocolat et du lait. Dis tu pars comme papa. »

- « oui, mais je reviendrai. »

- « d'accord, dis tonton Largo, tu m'aimes ? »

- « oui, tu es ma princesse. Qu'est ce qu'il y a ? »

- « ….. Dis tonton, elle est morte maman.»

- « non, ta maman nous aime trop pour partir. Demande à ton papa. »

- « papa aussi il dit ça, tonton Simon et tonton Michel il dit ça aussi, même grand-mère Délia et grand père John….mais…mais elle veut pas se réveiller. »

- « on te mentira jamais. Elle a beaucoup sommeil c'est tout. »

Délia apparut et prit la petite fille dans ses bras puis partit en direction de l'étage où Joy dormait toujours.

John avait fait des pieds et des mains afin de permettre à Largo de se remettre mais au bout d'une semaine les rumeurs les plus folles commençaient à circuler, il fallait qu'il revienne. Cette semaine à l'abri de tout lui avait été bénéfique, il en avait besoin, besoin de l'opportunité qui lui était donné de faire le point et de se reposer, ici il était redevenu Largo Winzclav. Délia l'avait traité avec familiarité et douceur, le forçant à se reposer et à manger il avait le sentiment que c'était comme ça que sa mère lui aurait parlé.

La limousine attendait sur le pas de la porte, les roues frappées du célébrissime W.

- « bonjour Monsieur Winch, je suis heureux de vous voir remis. »

- « Merci Charly. »

Simon aida Largo à monter en voiture puis s'engouffra à sa suite, Kerenski fut le dernier à monter, il referma la porte et donna le signal du départ. Le lourd véhicule démarra, au dehors le paysage était couvert de neige, avec le soleil qui s'y reflétait il en était aveuglant.

Le trajet se fit dans un silence paisible, car cette semaine fut l'occasion d'une mise au point claire et franche, il y eut des grincements de dents mais tout était éclairci, Largo apprit que Natalia n'était pas la fille de son informaticien mais rien de plus, car les deux autres hommes de l'Intel n'en savaient pas assez pour en parler.