Tourner. Virer. Droite, gauche, toujours tout droit. Un mur, une rue, un sens unique. Autant perdu dans la circulation que dans ses pensées, il ne fait pas attention.

Ne pas regarder devant soi, continuer à avancer, dépasser la douleur insinuée, redresser la tête, un pied devant l'autre, passer la première, démarrer au feu vert continuer sa route, ne pas regarder en arrière, foncer sans plus s'arrêter de peur de reculer.

Tourner le dos au monde, à la vie, à cette vie qu'il avait cru censée, qu'il avait cru apprivoisée, mais qui n'était que mensonges et fausseté.

Désabusé, meurtri dans un songe qu'il pensait vérité, il avait fini par s'y noyer. Souffler, respirer, les larmes continuant désespérément à couler, il avait enfin stoppé.

Ce mur immense, cette façade grisâtre. Comme son âme, esseulée, perdue, égarée.

Tête baissée, épaules affaissées, le cœur décomposé, il s'était alors avancé.

Pousser cette porte, continuer, encore et encore, panser son âme, guérir ses blessures, vivre, tout simplement.

Mais sans sa présence, comment le pourrait-il ?

Un choix à faire. Impossible. Comment le faire ? Avec ce qu'il avait découvert.

Se sentant coupable, mais lui apparemment n'en avait que faire. Lui mentant, aisément, sciemment, et lui, continuant de l'aimer, de l'adorer, de le chérir, malgré ce qu'il avait fait.

Il aurait continué à regretter, à le poursuivre, à essayer de se faire pardonner. Mais non, pas avec ça. Plus avec lui. Pouvait-il réellement le quitter ? Après toutes ces années ? Il l'avait aimé, l'aimait encore, son cœur tambourinant, s'accélérant à sa simple présence mais il ne pouvait continuer à le regarder, sachant ce qu'il fait pendant ce temps où il s'était cru, lui aussi, inconditionnellement aimé.

Un choix à faire. Le bleu ou le vert. La douceur et la tendresse, ou la fougue et l'allégresse. Ce côté ardent, qui lui avait plus dès les premiers instants, mais cette délicatesse, qui l'avait fait fondre tout autant.

Son cœur le harcelant, meurtrissant son âme, devant tant de vérités révélées, il ne pouvait continuer à penser, à fonctionner plein et entier.

Tournant le dos à son existence déchirée, il poussa finalement la porte, dont le pan était écaillé au reflet de son âme morcelée. Avec un dernier regard en arrière, il franchi le seuil si largement fréquenté, car il était enfin sur de le retrouver. Son choix à faire. Car dans le renouveau de sa vie, il savait que dans ses bras, il retrouverait son identité, sa joie, son bonheur, sa vitalité. Son choix était fait.

FIN.