Bonjour tout le monde ! Et non, vous ne rêvez pas, le chapitre 2 est enfin sur vos écrans ! Je suis désolée que ça ait pris tant de temps mais j'espère que ça valait le coup d'attendre.

Murdock et son ours sont toujours au centre de l'histoire mais ce chapitre est sans doute un peu plus sombre que le précédent, bien que j'ai essayé de garder le même esprit. J'espère que vous me ferez part de vos impressions ^^

Bonne lecture !

Chapitre 2

Le lendemain, lorsque Futé se réveilla, il était seul dans la chambre. Il resta un instant à profiter du silence et de la douce luminosité qui filtrait à travers les volets, les yeux clos. L'arnaqueur ne s'était pas senti aussi bien depuis longtemps. Il était détendu et reposé. Son sommeil avait été exempt de tout rêve, un sommeil réparateur qui lui donnait l'impression d'avoir dormi des jours durant. D'ailleurs, quelle heure était-il ?

S'armant de tout son courage, Futé tendit son bras vers la table de chevet pour attraper sa montre. L'affichage acheva de le réveiller. Onze heures vingt ! Et personne n'avait pris la peine de le sortir du lit ! Il n'allait pas s'en plaindre évidemment mais c'était vraiment inhabituel. Futé n'avait pas le sommeil bien lourd et ses compagnons étaient tout sauf discrets. Surtout de bon matin.

Il se demanda un moment où ceux-ci pouvaient se trouver, la maison étant bien trop calme à son goût, mais il fut vite rassuré lorsque la voix de Barracuda gronda au rez-de-chaussée.

« Ramasse ça crétin ! J'ai failli me tuer ! »

Ne se demandant même pas ce que le pilote avait encore pu inventer pour mettre Barracuda en rogne, Futé se dirigea vers la salle de bain, attrapant au passage une paire de jeans et une chemise blanche achetées la veille. Et bien sur, un caleçon qui n'arborait aucun lapereau, chaton ou autre petit mammifère.

Ce fut donc lavé, peigné, habillé et rasé de près qu'il descendit ce matin là. La veille avait été une exception qui ne se reproduirait pas de sitôt. Templeton Peck, le charmeur de ses dames, se devait d'être impeccable en toutes circonstances.

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Murdock se trouvait dans la cuisine et sifflotait la bande originale des Mystères de l'Ouest tout en surveillant la cuisson du déjeuner. Une omelette. Futé s'approcha pour vérifier qu'aucun ingrédient étrange n'y avait été ajouté et fut soulagé de ne voir que du fromage, des champignons et des lardons parmi les œufs.

« Bien dormi Futé ? »

La question était innocente, sans sous entendu concernant l'heure tardive. Il était peu probable qu'il s'en sorte aussi bien avec Hannibal et Bosco.

« Comme un bébé. Et toi ? »

Sa question quant à elle n'avait rien d'innocent. Il voulait s'assurer qu'aucun cauchemar n'était venu troubler le sommeil du pilote pendant que lui, dormait profondément.

Murdock baissa brièvement les yeux et ne répondit pas. Des cauchemars, encore. Moins violents que ceux qui avaient pris l'habitude de le réveiller en sueur et en larmes au milieu de la nuit mais des cauchemars tout de même. Le pilote avait tout de même l'air d'avoir dormi un peu. Les cernes sous ses yeux étaient moins prononcées que la veille et il avait repris un peu de couleur. Pour ce simple résultat, le capitaine Chuck, tout nouveau membre de l'équipe, méritait toutes les médailles du monde.

Mettant de coté les images de l'ourson recevant fièrement ses décorations de la main d'un haut gradé de l'armée américaine au faciès sévère, Futé se concentra à nouveau sur son ami. Il n'avait pas l'air de vouloir approfondir la question des cauchemars et Futé décida de ne pas s'appesantir sur le sujet. Ils y viendraient bien assez tôt.

Avisant les quelques petits pois congelés qui jonchaient le sol, il formula à voix haute la question qui lui traversa immédiatement l'esprit.

« Des petits pois ? »

« Oh. Il en reste. » Murdock se baissa immédiatement pour ramasser les quelques égarés.

S'il pouvait en juger par le paquet éventré de petits pois posé entre les pattes de Chuck sur la table, la cuisine avait du être la scène d'un drame impliquant l'évasion de centaines de légumes. Ce qui résolvait le mystère des cris de Barracuda. Il avait surement glissé dessus en entrant dans la pièce. En revanche, que Murdock ait tout ramassé sans chercher à titiller un peu plus leur gros ours était étonnant. A moins que Hannibal soit intervenu pour l'empêcher de tuer le pilote et qu'il ait ensuite demandé audit pilote de nettoyer son aire de jeux. C'était de loin le scénario le plus probable surtout si le colonel avait espéré épargner le repos de son lieutenant.

Laissant son ami à sa chasse aux fugitifs, Futé se dirigea vers le salon où il était certain de retrouver les deux autres membres de son équipe.

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« Bien dormi, beau prince ? » La question n'ayant pour but que de se moquer de lui, Futé ne pris même pas la peine de répondre à Hannibal qui, assit devant la télévision avec Barracuda, zappait avec application.

« Pas de nouvelles ? » Demanda Futé, inquiet.

Il savait très bien ce que cherchait Hannibal. Il passait les chaines en revue pour une raison bien précise, s'attendant à chaque instant à voir le portrait des membres de son équipe diffusé avec la mention « recherchés et dangereux ».

Etrangement, la Défense n'avait encore diffusé aucun avis de recherche à leur nom.

Pour Peck, c'était simplement une question d'amour propre. Avouer aux médias qu'ils avaient laissé les mêmes hommes s'échapper par deux fois n'était pas très glorieux.

Pour Hannibal, c'était stratégique. Leurs poursuivants voulaient qu'ils relâchent leur attention, qu'ils baissent leur garde pour ensuite leur tomber dessus lorsqu'ils s'y attendraient le moins.

Quelque soit la vérité, il ne faudrait pas longtemps pour que la presse s'empare de leur histoire et que leurs visages fassent la une des journaux.

Pour le moment ils étaient vulnérables, fatigués et sans plan de secours. Leur seul avantage était ce relatif et éphémère anonymat.

Un son aigu retentit soudain, figeant tous les occupants de la petite maison. Il fallu quelques secondes de silence pour qu'ils réalisent que quelqu'un venait de sonner à la porte d'entrée.

Futé croisa le regard de son colonel et y lut ses propres inquiétudes. Hannibal secoua la tête inconsciemment pour les écarter. C'était idiot. La police militaire ne sonnait pas aux portes.

Restant tout de même sur ses gardes Hannibal se rendit dans l'entrée, écartant doucement le judas pour identifier leur visiteur.

Murdock avait passé la tête hors de la cuisine et observait, les traits aussi crispés que ceux de Futé et de Barracuda, leur colonel qui déverrouillait la porte d'entrée pour l'ouvrir sur… Une petite grand-mère qui serrait contre elle ce qui semblait être une tarte aux pommes.

« Bonjour ? » Fut le seul mot qui pu passer les lèvres du colonel une fois la surprise et le soulagement passés.

« Bonjour. » Le salua en retour la vieille femme. « Je suis votre voisine, Ingrid Adams. Je connaissais bien le jeune homme qui vivait ici. Un garçon charmant. Un médecin vous savez. Il est parti à la guerre après la mort de son père et a décidé de vendre la maison. Je ne pensais pas que quelqu'un emménagerait si tôt vous savez. Vous êtes quatre non ? Certains trouvent cela étrange, quatre jeunes hommes emménageant ensemble. Mais moi je dis toujours que chacun a le droit de vivre comme bon lui semble. »

Hannibal ne put s'empêcher de sourire en écoutant le monologue de celle qui était sans le moindre doute la commère du quartier.

« Enchanté de vous rencontrer Madame Adams. Je suis le colonel John Smith et voici le lieutenant Peck, le caporal Baracus et le capitaine Murdock. » Il présenta un à un chacun des membres de son équipe, utilisant leurs véritables noms tout en ayant conscience de prendre un risque. Mais les meilleurs mensonges étaient ceux qui se rapprochaient le plus de la réalité et pour le moment, il voulait juste rassurer une vieille dame sur l'identité de ses voisins. Après tout, à moins qu'elle ne soit un espion envoyé par l'armée, il n'y avait aucune chance pour qu'elle les connaisse.

« Oh. Vous êtes Hannibal Smith ? »

L'exclamation d'Ingrid les pris au dépourvu. Murdock qui en avait lâché sa cuillère de bois se pencha vers Futé pour lui souffler à l'oreille :

« Je te parie que sa peau va s'ouvrir sur une dizaine de soldats armés. Comme dans la légende, une vielle de Troie ! »

Effrayé par l'imagination de son ami, Futé leva les yeux au ciel dans une prière silencieuse.

« N'ayez pas l'air si surpris mes garçons. J'ai reçu une lettre de Ralph l'année dernière. Il savait qu'il ne rentrerait pas avant longtemps alors il m'a demandé de m'occuper des affaires de son père pour lui. Pour vider la maison vous voyez. »

Hannibal ne pu qu'acquiescer, imité par deux de ses compagnons. Le troisième soupira de déception, regrettant visiblement que la vieille dame ne soit qu'une vieille dame.

« Il m'a un peu parlé des amis qu'il s'est fait en Irak et vous a cité plusieurs fois. » Elle fit une pause avant de demander, l'espoir faisant vibrer les mots entre ses lèvres : « Il va bien n'est-ce pas ? On n'a pas eu de nouvelles depuis si longtemps. Je suppose qu'il doit être vraiment très occupé. C'est un gentil garçon... »

« Et un très bon médecin Madame. » Répondit Hannibal. Le mensonge qui suivit lui brisa le cœur.

« Le lieutenant Meyers aura bientôt une permission. Il doit nous retrouver ici. Ensuite, nous avons prévu de faire un voyage à travers le pays jusqu'à ce que le devoir nous appelle à nouveau. »

Hannibal sentit plus qu'il ne vit les mâchoires de ses amis se crisper et leurs regards le poignarder dans le dos. Mais personne ne dit rien. Elle apprendrait bien assez tôt la mort de Meyers et ce mensonge, aussi inhumain qu'il puisse paraître, était la clé de la sécurité de son équipe. Rien d'autre n'importait.

« Dans ce cas, il faut que vous preniez des forces. A voir vos petites mines je peine à croire que l'armée américaine nourrisse nos petits de façon correcte. Une tarte aux pommes maison vous fera à tous le plus grand bien ! »

Le visage bienveillant de leur voisine ne fit que renforcer la culpabilité d'Hannibal mais il accepta le présent avec le sourire.

« Merci Madame, passez une bonne journée. »

« Vous aussi mon garçon. J'habite la maison d'en face, vous pourrez venir me rendre le plat lorsque vous aurez terminé. »

Hannibal acquiesça et continua de sourire jusqu'à ce que la porte se referme sur l'image d'une vieille femme soulagée d'avoir enfin des nouvelles, de bonnes nouvelles, d'une personne à qui elle tenait.

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« Futé, trouve-nous une voiture. » Marmonna l'arnaqueur. « Et sans dépenser un centime. » Continua t-il en imitant son colonel et en posant un regard désespéré sur les épaves de véhicules qui l'entouraient.

Evidemment le meilleur endroit pour trouver une voiture sans avoir à la payer ni à la voler n'était autre que la casse. Enfin, sans avoir à la voler, c'était vite dit. Le problème en revanche était que toutes les voitures qui se trouvaient ici y étaient pour une bonne raison et Futé se demanda ce que préfèrerait Hannibal. Une vielle Ford sans moteur ni pneus ou une allemande à moitié désossée ?

Mais comme d'habitude, le colonel avait tout prévu en demandant à Barracuda d'accompagner Futé dans son expédition.

« Il y a quelques bonnes pièces. » Commenta l'imposant corporal en farfouillant dans un tas de ferraille. « De quoi bricoler n'importe laquelle de ces épaves. »

« Si tu le dis… » Soupira Futé dont les rêves de Corvettes et autres décapotables de luxe s'étaient dissipés à la seconde où il avait posé le pied dans la décharge.

« Hé vous là ! Vous n'avez rien à faire ici ! »

Une main passée dans ses cheveux pour les lisser, un sourire hautain fixé sur ses lèvres, un nouveau masque pour un nouveau personnage. Futé se retourna, déjà imprégné de son rôle, pour faire face à l'homme qui venait de les interpeller.

« Eh bien ce n'est pas trop tôt, vous savez depuis combien de temps nous vous attendons. Je croyais que nous avions convenu seize heures. Ce retard ne jouera certainement pas en votre faveur, vous pouvez me croire. » Futé secoua doucement la tête pour illustrer sa déception, se rapprochant d'un pas assuré du probable gardien des lieux.

L'homme, brun, moustachu, petit, pas plus d'un mètre soixante, s'était arrêté net, l'incompréhension se lisant sur son visage. Il semblait chercher dans sa mémoire un quelconque indice sur l'identité de cet importun donc la coupe de cheveux impeccable, le costard parfaitement lisse et le sourire confiant juraient avec les immondices amoncelées tout autour d'eux.

Futé ne lui laissa pas le temps de se poser plus de questions.

«Eh bien ne restez pas planté là. Il faut que nous réglions les derniers détails au plus vite. Le tournage a déjà pris du retard et il me faut cette voiture. »

« Euh. Le tournage ? » Chercha à comprendre le pauvre homme dont l'esprit était déjà complètement embrouillé par la performance de l'arnaqueur.

Futé fronça les sourcils, sorti un petit carnet de la poche de son pantalon et fit mine de lire quelque note ou prise de rendez-vous. Evidemment son interlocuteur n'avait pas besoin de savoir que le carnet en question ne contenait qu'un résumé des comptes de l'équipe et un dessin animé gribouillé en bas de chaque page par Murdock qui prenait vit lorsqu'on les faisait défiler. Un petit hélicoptère qui volait en paix jusqu'à ce qu'un pingouin armé d'un bazooka entre en scène et le fasse exploser…

« Vous êtes bien monsieur Smith ? Le responsable de la décharge ? » S'inquiéta Futé.

« Mon nom à moi c'est Atkins monsieur, Rob Atkins. Y a pas de Smith ici, vous avez du vous tromper pour sûr. »

Le visage de Futé se décomposa.

« Oh. Vous en êtes certain ? Bien sûr que vous en êtes certain. Excusez-moi, je réagi très mal à la pression et cette voiture doit être sur le tournage dans deux heures pour que l'équipe technique puisse mettre au point l'explosion. C'est la dernière erreur de ma carrière, je le crains. L'accident avec le cascadeur et le tigre il y a deux semaines, l'incendie du studio, l'intoxication alimentaire qui a cloué toute l'équipe au lit pour trois jours… Je suis fichu. »

Futé sorti un mouchoir en tissu pour s'éponger le front, la main tremblante. Il n'y avait pas une goutte de sueur à éponger mais sa victime semblait tellement désolée pour lui qu'elle ne le remarqua même pas.

« Vous tracassez pas comme ça, m'sieur. Si c'est qu'd'une caisse dont vous avez besoin, y en a plein ici. Vous faut quoi exactement ? »

Très bonne question. Une question à laquelle il allait falloir trouver très vite une réponse.

« Hé boss ! »

Futé était tellement pris par sa prestation qu'il en avait complètement oublié Barracuda. Le caporal n'était pas resté les bras croisés et avait en toute vraisemblance trouvé son bonheur parmi les carcasses de véhicules.

« J'ai trouvé exactement ce qu'il nous faut, boss. » L'informa Barracuda.

Futé se méfia un peu du sourire radieux et oh combien inhabituel de son ami mais après tout c'était lui l'expert en mécanique.

« Bien, dit Futé en se tournant à nouveau vers le gardien de la décharge, je vais avoir besoin d'une dépanneuse si cela ne vous ennuie pas. Ma voiture n'est pas faite pour tracter un autre véhicule. »

Il n'allait tout de même pas lui avouer être venu en bus.

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N'ayant plus de raison de se cacher des voisins, Hannibal s'était installé dans le jardin, sur une chaise en plastique à l'ombre d'un pommier. Il avait trouvé un vieux roman à l'eau de rose dans les quelques affaires qui se trouvaient encore dans la maison. Il appartenait probablement au père de Meyers. Quoi que, d'après les conversations passionnées que le jeune médecin avait eu sur la gente féminine avec Futé, le livre pouvait tout aussi bien être le sien.

L'histoire n'était évidemment pas des plus complexes mais elle avait au moins l'avantage de le couper pour un moment des soucis qui lui travaillaient l'esprit.

Près de lui, allongé sur le dos dans l'herbe, Murdock profitait sans un mot de la douce brise qui venait lui chatouiller la peau. En général il était le premier à troubler les rares moments de quiétude de ses compagnons, il avait trop de mal à supporter le silence et l'inaction. Mais l'épuisement de la fuite et ses nuits troublées avaient finalement eu raison du pilote. Il était fatigué, si fatigué.

Le ciel était d'un bleu magnifique, sans nuage. Quelques oiseaux passèrent au dessus de la maison, virevoltant en formation, jouant des frasques du vent. Murdock tendit la main vers eux, observant entre ses doigts écartés le jeu de la liberté.

Lui aussi était né pour voler mais ses ailes avaient été oubliées…

Attrapant l'ourson gris étendu à ses cotés, dans la même position, Murdock le fit doucement voler au dessus de lui, le petit estomac gris posé sur la paume de sa main.

« Vrrrrrrrrr. Ici le capitaine Chuck, le ciel est clair et les conditions météo sont idéales pour une petite balade à bord de notre appareil. Accrochez vous bien à vos sièges pendant que le pilote effectue quelques loopings avec un avion qui n'est absolument pas prévu pour ça. Vrrrrrrrr. »

Chuck effectua quelques loopings contrôlés au dessus de la pelouse avant de reprendre un vol plus conventionnel.

Derrière son livre, Hannibal sourit du monologue de son capitaine. Des loopings non conventionnels, il en avait vu un sacré nombre avec Murdock comme pilote. Et bien qu'il tente généralement de rester impassible pendant ces exercices aériens, il ne pouvait nier avoir eu, plus d'une fois, quelques sueurs froides.

Evidemment, il savait à quoi s'attendre après son premier vol avec son tout nouveau pilote. Avant ce jour, il ignorait qu'un hélicoptère pouvait faire de telles prouesses aériennes. Barracuda ne s'en était d'ailleurs jamais remis.

L'arrivée devant la maison d'une remorqueuse rouillée et grinçante annonça le retour de ses deux autres compagnons d'armes. Se levant de son confort pour jeter un œil à la voiture que Futé leur avait déniché, il réalisa vite que Futé n'avait rien à voir avec le choix du véhicule tracté par la dépanneuse.

S'il lui manquait les jantes et la bande rouge tape à l'œil, le van, lui, était bien identique à celui que Barracuda avait du laisser derrière lui au Mexique, près de neuf ans plus tôt. Enfin, il n'avait pu faire autrement, le pauvre véhicule ayant été réduit en bouille suite à un malheureux accident. Quoique la thèse de l'accident restait à prouver. La seule chose que Murdock n'avait pas pu prévoir en heurtant la cheminée d'air conditionnée avec son hélicoptère était que celle-ci tombe justement sur le bien le plus précieux de Barracuda…

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Aux premières lueurs de l'aube, le lendemain, Barracuda était déjà sur le pied de guerre, tournevis et clé à molette à la main.

Remettre en état le van noir n'allait pas être de tout repos mais à la seule idée de lui redonner une nouvelle jeunesse, le sergent était aux anges. Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas eut les mains couvertes de cambouis et ca lui manquait.

Il avait récupéré toutes les pièces qu'il lui fallait à la casse et avait insisté pour faire un détour sur le chemin du retour afin d'acheter un pot de peinture pour carrosserie. Il faudrait du temps avant que ce van égale le petit bijou qu'il avait perdu mais cela ne rendait le chalenge que plus attrayant. Barracuda envisageait même de rajouter quelques options. Peut être même un compartiment secret susceptible d'abriter un ou deux fusils, des armes de point, quelques grenades… Le strict minimum.

Démonter tout ce qui était démontable pris plus de temps que ce que Barracuda avait imaginé. Certaines pièces étaient rouillées ce qui rendait difficile leur extraction, d'autres se brisaient à la moindre pression. Au final, lorsque le sergent posa le dernier siège sur le trottoir, près du moteur et de tous les autres éléments qui faisaient du van un van, la matinée était déjà bien entamée.

Quelques enfants du voisinage, sortis profiter du beau temps une fois leur petit déjeuner terminé, jouaient au football sur la route à quelques mètres de là. Ils observaient avec curiosité le géant à l'iroquoise qui désossait sa voiture, sans oser s'approcher de trop près. Les rideaux des maisons voisines se soulevaient de temps à autre, signe discret d'une mère veillant à la sécurité de ses enfants. Il fallait bien avouer que l'apparence générale de Barracuda prêtait à la méfiance.

La présence des enfants ne dérangeait pas le colosse. Au contraire.

Barracuda rentra un moment dans la maison Meyers pour y remplir un seau d'eau savonneuse. Lorsqu'il sortit à nouveau, les gamins, qui avaient abandonné leur ballon pour venir inspecter la carcasse du van, s'enfuirent comme un troupeau d'antilopes à l'approche d'un lion.

Barracuda sourit du jeu des enfants et plongea une éponge dans l'eau chaude.

« Pourquoi tu as cassé la voiture ? »

Le sergent ne sursauta pas quand la petite voix s'éleva dans son dos. Il avait vu le petit garçon s'approcher, bravant les mises en garde de ses ainés qui guettaient à présent la réaction du géant.

Barracuda ne se retourna pas de peur d'effrayer le bout de chou qui ne devait pas avoir plus de cinq ans et continua de nettoyer la carrosserie noire.

« Eh bien, répondit-il, elle était déjà cassée alors je vais réparer tout ce qui a besoin d'être réparé avant de remettre les morceaux à leur place. »

Un silence suivit l'explication puis la petite voix se fit à nouveau entendre.

« C'est pas tout facile… » Constata le petit garçon.

Barracuda se retourna et sourit de l'air sérieux affiché par l'enfant dont le front, sous ses mèches noires, était plissé par la concentration. Le sergent lui tendit gentiment l'éponge, attirant sur lui les yeux bleus foncés qui étaient jusque là fixés sur le van.

« Je vais avoir besoin d'aide. » Sourit Barracuda.

Le petit bonhomme ne se fit pas prier et saisit l'éponge avant de la jeter violemment dans le seau, envoyant une partie de l'eau rejoindre le bitume. Il lança un regard fier aux autres enfants et se mit à la tâche, tenant l'éponge à deux mains. Barracuda essaya de lui indiquer les endroits les plus faciles à nettoyer mais décida finalement de le laisser faire ce qu'il voulait après le deuxième « je fais tout seul ».

Très vite les autres enfants se joignirent à eux, s'attelant au nettoyage du van avec dextérité et motivation.

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Hannibal laissa le rideau retomber devant la vitre, amusé mais pas surpris de voir la petite armée que s'était constituée son sergent mettre tant de cœur à l'ouvrage. Barracuda avait toujours su s'y prendre avec les enfants.

En parlant d'enfants, il était temps de voir ce que les siens faisaient. Le silence le rendait nerveux. Quittant la cuisine, il prit la direction du salon.

« Je met cinq dollars sur le hibou. »

« Tu ne peux pas parier sur un match Pokémon, Futé. »

Hannibal trouva son capitaine et son lieutenant là où il les avait laissés quelques minutes plus tôt, c'est-à-dire avachis sur le canapé devant des dessins animés.

« Pourquoi pas ? Ne me dis pas que la souris va l'emporter ? Ca serait complètement illogique. Les hiboux mangent les souris. »

« C'est un dessin animé. Les héros gagnent et personne ne se fait dévorer. » Comme pour illustrer les propos de Murdock, le Pokémon ailé fut mis à terre, sonné par une décharge électrique.

Avant que Futé ne puisse faire remarquer l'absurdité de la scène, Murdock ajouta « Et personne ne meurt après une décharge de deux cents mille volts... »

« Plutôt que de rester là à ne rien faire, vous pourriez sortir aider Bosco. » Proposa le colonel, ce qui lui valu un regard outré de la part de son lieutenant. Murdock se contenta de l'ignorer, à nouveau plongé dans l'action de Pokémon, son ours en peluche calé contre son torse.

Exaspéré, Hannibal n'insista pas. Il avait prévu de reprendre la route rapidement après la remise en état du van. En attendant, il pouvait bien laisser son équipe profiter un peu du semblant de paix que leur offrait cette maison.

Il se laissa tomber dans un fauteuil, observant d'un œil critique l'écran de la télévision, sans concevoir un seul instant que lui aussi aurait pu donner un coup de main à Barracuda au lieu de se laisser aller à la paresse.

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La clé tourna délicatement. Une fois, deux fois et le moteur se réveilla enfin de son long sommeil, faisant trembler le van d'impatience.

Le son était loin de ressembler au doux ronronnement d'un moteur neuf mais Barracuda n'en avait pas encore fini avec lui. Hannibal lui avait demandé un véhicule opérationnel et véhicule opérationnel il avait. Un tel résultat en une seule journée de travail était déjà extraordinaire, même si le van s'était avéré en moins mauvais état que ce qu'il avait craint.

Hannibal, Futé et Murdock étaient venus proposer leur aide de temps en temps, plus par acquis de conscience que par réelle volonté pour certains. Barracuda avait très vite renvoyé les deux premiers à leurs précédentes occupations. Hannibal par ce qu'il ne pouvait s'empêcher de prendre le contrôle des opérations. Futé parce qu'il passait plus de temps à se plaindre qu'à travailler.

Murdock aurait pu faire du bon travail si seulement Barracuda ne l'avait pas empêché de s'approcher du van. La culpabilité n'avait fait que grandir en Barracuda depuis, bien qu'il fasse tout son possible pour l'ignorer. Il avait été un peu dur en chassant le pilote sans raison valable. La destruction de son ancien van datait de plus de huit ans et le pilote, qui n'avait pas d'hélicoptère sous la main, ne risquait pas de faire beaucoup de dégâts.

Il avait noté le regard blessé qui avait remplacé le sourire de Murdock alors que celui-ci jetait un œil aux enfants qui tournaient autour du van et à qui Barracuda faisait visiblement plus confiance qu'à lui.

Soupirant au souvenir de cette scène qui s'était déroulée un peu plus tôt dans l'après-midi, Barracuda coupa le moteur et descendit du van.

Il ne restait plus sur le bord de la route que les quatre jantes qu'il avait prévu de peindre en rouge. Il pourrait peut être demander à Murdock de l'aider avec la peinture pour se faire rattraper.

Se baissant pour ramasser le pot de peinture entamé il ne s'attendait absolument pas à ce que le rouge carrosserie lui explose soudainement au visage.

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De la fenêtre du premier étage, Murdock n'attendit pas que la balle rebondissante atteigne le seau de peinture pour disparaître à l'intérieur de la chambre. Le cri de surprise et de colère qui résonna dans la rue suffit à lui prouver le succès de l'opération « Vengeance rouge ».

Le pilote, dont les yeux étaient couverts d'un bandeau à carreaux bleus et jaunes, attrapa l'ourson en peluche qui était assis à ses pieds. Chuck portait un bandeau identique et une petite cape découpée dans le même tissu. Le sacrifice d'une vieille nappe avait permis la naissance de nouveaux supers héros.

« Le Vengeur ailé à encore une fois frappé juste, murmura Murdock à son petit acolyte. Il est temps à présent de disparaître. »

« Muuurdock ! »

Le grognement de Barracuda fit trembler les murs fins de la maison. Dans un réflexe de survie, le pilote masqué se jeta sur le sol, face contre terre, derrière le lit.

« Pas un mot Chuck. Fondons-nous dans l'ombre… » Murmura t-il, persuadé que Barracuda ne penserait pas à le chercher à cet endroit. Il ne réfléchissait pas beaucoup lorsqu'il était furieux. Malheureusement, ses poings n'avaient pas besoin de réfléchir pour trouver leur cible…

Murdock eut à peine le temps de se dire que sa dernière heure était venue qu'une poigne puissante le souleva de terre.

Retenu par le col de sa chemise, le pilote se retrouva nez à nez avec un Barracuda littéralement rouge de colère. Le moment était bien choisi pour un jeu de mots mais Murdock, s'il était fou, n'était pas suicidaire.

« Vous devez vous trompez. Il n'y a pas de Murdock ici, seulement le Vengeur ailé. » Articula t-il tout de même.

Hannibal et Futé s'étaient précipités à l'étage à la suite de Barracuda pour empêcher la situation de dégénérer mais lorsqu'ils passèrent la porte de la chambre, c'était déjà trop tard.

« Le Vengeur ailé ? Il doit savoir voler alors. »

Murdock sentit Chuck quitter le confort de ses bras et ne put que regarder, impuissant, le petit ours gris voler à travers la fenêtre ouverte, sa cape de héros flottant derrière lui.

Barracuda regretta son geste à la seconde où le regard du pilote se voila. Sa colère retomba immédiatement et il lâcha Murdock qui courut vers la porte, bousculant Futé au passage. Celui-ci se lança à sa poursuite, laissant seuls les deux autres membres de l'équipe.

Hannibal n'eut pas besoin d'explication pour comprendre la situation. Son sergent était couvert de peinture de la tête aux pieds et l'identité du responsable ne faisait aucun doute. Il avait perdu son sang-froid, comme cela s'était déjà produit à maintes reprises ces dernières années. Murdock était imbattable dans l'art de mettre Barracuda hors de lui. Paradoxalement il était aussi celui qui parvenait le mieux à calmer le géant lorsque celui-ci finissait par exploser.

Mais cette fois, c'était différent. Murdock était encore fragilisé par son internement en Allemagne. Les drogues qu'il avait été forcé d'avaler, lorsqu'il ne parvenait pas à en feindre la prise, avaient rendu son comportement erratique et instable. Le Murdock qu'ils avaient fait évader était plus proche du Murdock rencontré à Mexico que de celui qu'il était devenu au sein de l'Agence tous risques.

Et si quelques jours avaient suffi pour que la folie inquiétante qui brillait dans les yeux du pilote disparaisse au profit du pétillement de malice qui le caractérisait si bien, il faudrait encore du temps pour que tout rendre dans l'ordre. La trahison de Morrison, l'armée qui leur tournait à nouveau le dos… Tant de coups durs qu'il allait falloir surmonter. Et cela valait aussi bien pour Murdock que pour les autres membres de l'équipe.

Perdu dans ses pensées, Hannibal ne s'était pas rendu compte qu'il fixait Barracuda depuis plusieurs secondes, mettant ce dernier particulièrement mal à l'aise et décuplant son sentiment de culpabilité. Hannibal lui offrit un sourire qu'il espéra rassurant.

« Ne t'inquiètes pas Bosco. Tu sais comment est notre capitaine, il aura tout oublié d'ici une heure ou deux. »

Il aurait pu paraître crédible si le claquement brutal d'une porte au rez-de-chaussée n'était pas venu ponctuer sa phrase.

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Futé sortit de la maison quelques secondes après Murdock pour le trouver agenouillé sur le trottoir. Le pilote lui faisait dos et était penché sur ce que Futé supposa être son ours en peluche. Il avait du être bien abîmé par la chute...

Le lieutenant se rapprocha de son ami et posa une main sur son épaule pour le réconforter. Il la retira aussitôt, surpris par la tension inhabituelle des muscles du pilote.

« Murdock, est-ce que ca va ? » Demanda t-il doucement.

Lorsque le regard émeraude se tourna vers lui, il n'y trouva ni la tristesse ni les larmes auxquelles il s'était attendu. Le masque de super-héros avait disparu, abandonné sur le bitume. Et les yeux verts, mis à nus, n'étaient plus que terreur.

Le choc empêcha Futé de réagir immédiatement lorsque Murdock se leva soudainement pour courir à l'intérieur de la maison.

Une porte claqua mais Futé ne se retourna pas. Il ne pouvait quitter du regard la scène macabre qui s'étendait à ses pieds.

Chuck gisait là, sur le dos. Immobile. Intact.

Et sous son petit crâne gris, luisait une flaque écarlate.

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« Murdock ? »

Futé frappa une nouvelle fois à la porte du réduit, sans succès. Il se retourna vers Hannibal et Barracuda dont les traits reflétaient la même inquiétude qui nouait ses propres entrailles.

« Murdock ? Tenta t-il encore une fois, posant sa main sur la porte qu'il savait non verrouillée. Je vais rentrer, d'accord ? »

Futé poussa doucement la porte et entra dans la petite pièce sombre. Le pilote était recroquevillé contre le mur, entre deux cartons. Quelques objets, éparpillés sur le sol, témoignaient du passage de Murdock qui, quelques jours plus tôt, avait découvert dans ces mêmes cartons les cadres qui ornaient à présent la cheminée.

Les genoux remontés contre sa poitrine, les mains agrippées à ses cheveux, le capitaine se balançait d'avant en arrière, murmurant des propos inintelligibles. Le cœur serré, Futé s'accroupit en face de son ami. Il ne pouvait qu'imaginer ce que Murdock avait cru voir, là-dehors, à la place de l'ourson baignant dans une mare de peinture rouge.

Après toutes ces années passées à ses côtés, il lui était toujours difficile de comprendre comment fonctionnait le cerveau de son ami. Parfois il ne percevait que les personnages inoffensifs d'un univers d'enfant mais il arrivait aussi que les hallucinations soient plus violentes, lui rappelant les morts qui ne lui souriraient plus et la Mort qu'il avait vu de si près.

Passant une main derrière la nuque du pilote pour l'attirer contre lui, dans une étreinte réconfortante, Futé comprit enfin les mots qu'il répétait en litanie.

« Je veux que tout redevienne comme avant, je veux que tout redevienne comme avant… »

Avant… Quand ils n'étaient pas des fugitifs. Avant… quand leur existence avait un but…

Et alors qu'il serrait son meilleur ami dans des bras, Futé comprit une chose. L'Agence tous risques faisaient partie d'eux. Elle était devenue, au fil des années, la clé de voute de leur identité.

Sans elle, qui étaient-ils ?

Sans elle, qu'allait devenir Murdock ?

Fin du chapitre 2

Un troisième et probablement dernier chapitre verra le jour… un jour. En attendant j'espère que ce chapitre vous a plus. N'oubliez pas de me laisser une petite review

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