Les parents de Sixtine ne tardèrent pas à rentrer, et les huit adolescents, absolument ravis de leurs cadeaux et de leur soirée en général – Lily et James en particulier, comme on peut le deviner – filèrent tous vers le grenier pour une dernière nuit tous ensembles avant longtemps.

-Vous savez, hoqueta Sacha vers trois heures trente du matin, vous allez me manquer chez nos vieux. J'aurais presque préféré qu'ils nous laissent au Venezuela, poursuivit-elle. Vous savez, avec Liam on est nés là-bas, et notre tante nous a élevée comme elle a pu.

-On avait des chiens là-bas, se souvint Liam. On a toujours eu des chiens – des gros chiens, pour se protéger – et maintenant, Tante Pillàr s'est mariée avec un type riche et ils ont un refuge animalier sur le bord de la mer…

-Je sais que les vacances d'été c'est dans mille ans, mais… franchement j'vous aime vraiment très très beaucoup, poursuivit Sacha, louchant légèrement, alors vous voudriez pas venir à là-bas avec nous en juillet ? C'est très très marrant, assura la Batteuse. Il fait beau, il fait chaud, et l'eau est transparente, et on peut faire des fêtes du tonnerre à cause que y'a pas de législation sur l'alcool là-bas, ni sur le cannabis…

Les Gryffondors se regardèrent du coin de l'œil, Lily blottie sur le torse de son Potter à lunettes.

-Combien de temps ? demanda prudemment Sirius.

-Oh ch'ais pas ! s'exclama joyeusement Sacha, qui, comme les autres, était probablement saoûle – elle tenait une bouteille de Whisky Pur-Feu depuis plus de trois heures, et le niveau de la bouteille descendait régulièrement mais elle se re-remplissait comme de par enchantement, ce qui était sûrement le cas. Un mois, trois semaines, deux, huit, comme vous voulez ! De toutes façons avec Li' on y est au moins jusqu'à la mi-août.

La Batteuse prit une grande rasade de whisky et dodelina un peu de la tête. Son maquillage avait été enlevé par les elfes de maison, et Dieu merci, car elle aurait été bien incapable de s'en débarrasser elle-même.

-On verra, dit Sixtine d'un ton catégorique en se mettant à genoux pour attraper la bouteille de Sacha (la Serdaigle la leva le plus haut possible avant d'admettre qu'effectivement, il était possible qu'elle ait trop bu). Là, il est presque quatre heures du matin et je vous rappelle, Sacha et Liam, que votre mère vous attend pour quinze heures aujourd'hui… et que vos valises ne sont pas prêtes du tout.

Si ce fait n'eut pas l'air de paniquer Sacha du tout, Liam, lui, eut l'air beaucoup plus concerné.

-Allez Sacha, au dodo maintenant, dit-il doucement mais avec fermeté.

Il enleva la robe de sa sœur et la glissa dans son futon. Son chien vint se rouler à ses pieds et la jeune fille s'endormit presque aussitôt. La plupart des adolescents suivirent la jeune fille dans les bras de Morphée – bien que Morphée ai des lunettes pour certaines…

-DEBOUT ! hurla une voix bien connue de tous à treize heures.

-, gémit Sirius.

La jeune fille avait déjà enfilé son attirail spécial confusion-des-parents, son chignon – elle ne pouvait raccourcir magiquement ses cheveux – ses lunettes et son maquillage habituel. En fait, elle avait l'air en pleine forme, si ce n'était les grands cernes sous ses jolis yeux gris – ils n'avaient pas tellement dormi, en une semaine passée ensemble, trop occupés à rire, glousser, imaginer des scénarios d'amour ou encore veiller une possédée.

Toujours était-il que la Batteuse, indifférente aux quatre litres de Whisky Pur-Feu qu'elle avait ingurgité au petit matin, était debout avant tout le monde, à son habitude, et supervisait les deux elfes de Sixtine qui faisaient sa valise et celle de Liam.

Sacha traversa la pièce à grands pas et piqua son frère dans les côtes de son minuscule index.

-Debout, flemmard, dit-elle d'une voix goguenarde. Tu sais ce qui se passe aujourd'hui !

-Tagueeeeeeeeeeeeeeeule, répliqua le jeune homme, sortant sa tête de la couverture, le teint grisâtre. Attends… merde, ouais !

-Ce qui est marrant avec moi, ricana Sacha, c'est que je ne tiens pas l'alcool. Ce qui est marrant avec toi, poursuivit-elle en poussant légèrement son frère sur le nez, c'est que tu ne tiens pas la gueule de bois. Justice, conclut-elle avec un léger rictus.

Elle récupéra sa valise et passa une laisse à son chien avant de descendre les deux. Juste avant de passer la porte, elle se retourna et annonça :

-Au fait, les parents de Sixtine annoncent que si vous avez l'air d'avoir mal à la tête quand vous descendrez, leur courroux sera… douloureux. Il y a du Doliprane dans l'armoire à pharmacie…

Et puis la jeune fille aux cheveux noirs descendit lourdement les escaliers. Dès que ses pas furent hors de portée d'oreille, la voix éraillée de Sixtine sortit du tas de couvertures sur le lit :

-A quiconque qui se demande pourquoi elle est aussi désagréable, c'est à cause de ses parents, alors ne la cherchez pas, vous allez vous faire cogner – et fort en plus !

Un concert de grognement lui répondit.

Trois quarts d'heures plus tard, les sept adolescents restants finirent par descendre avec un air frai et dispos plutôt convaincant. Ils mangèrent tous en compagnie de Mr et Mrs Valencourt qui avaient l'air de plus en plus sombre au fur et à mesure que les jours passaient. Lila et Valériane gazouillaient tranquillement dans leurs chaises hautes, indifférentes ; les deux dobermans des jumeaux faisaient profil bas sous la longue table et personne ne parlait.

Après le repas peu joyeux, Liam et Sacha firent leurs adieux à tous, avec l'air de ceux qui sont condamnés à mort ; après quoi ils disparurent dans la cheminée, avec valises et chiens.

Ils réapparurent quelques instants plus tard dans le grand salon du manoir Irlandais, encore une fois ; le tapis persan était toujours là et les jumeaux s'appliquèrent à le couvrir de cendres avant de rejoindre discrètement leurs chambres mitoyennes.

Sacha posa sa valise, ôta la laisse de son chien et regarda la cage vide de Hettie, sa chouette ; l'animal était partit depuis une semaine porter une lettre à sa tante Pillàr au Venezuela.

Elle laissa son regard glisser sur sa chambre. Sacha l'aimait bien, cette chambre ; elle était spacieuse, bien que froide. Un lit en fer forgé était dans un coin, couvert d'une couette ivoire et de coussins vieux rose ; un grand tas de peluches encombrait son pied.

Entre les deux grandes fenêtres protégées par des rideaux blancs, la coiffeuse sur laquelle Sacha se parait tous les matins ; le dessus était vide et poussiéreux ; les tiroirs l'étaient aussi.

En face du lit, le bureau de la jeune fille était rangé également ; deux petits casiers de métal foncé étaient remplis de papier blanc et de parchemins ; celui du dessus était voué à recevoir le courrier. A part ces casiers, un pot à crayons et une radio, le dessus du bureau était vide, de même que la bibliothèque qui y était accolée, qui supportait un cadre montrant une Sacha aux cheveux ras brandissant un trophée de base-ball, entourée par son équipe, quelques livres moldus, deux classeurs minces et de vieux livres de contes.

La Batteuse soupira et reprit sa valise qu'elle posa sur sa commode blanche ; elle la déferait plus tard. Dans l'intervalle, la jeune fille se laissa aller sur son lit, se déchaussa et ôta ses lunettes. Aujourd'hui, le 25 décembre 1975, c'était Noël, mais c'était également l'anniversaire d'Ismaël, le petit frère des jumeaux, qui était mort deux ans auparavant, dans un accident de voiture, peu de temps avant son troisième anniversaire.

Les jumeaux n'avaient que treize ans quand le petit garçon était mort mais ils l'aimaient beaucoup, et ce n'était pas toujours facile de se rendre sur la tombe de l'enfant.

D'ailleurs, Sacha préférait toujours aller voir Ismaël seule. Aussi, la jeune fille remit ses chaussures, sa longue cape en velours noir, enfila ses gants en cuir et son bonnet en laine, remit la laisse de Junkie et sortit de sa chambre. Elle toqua à la porte de Liam qui lui ouvrit, pieds nus, chemise ouverte et cheveux décoiffés.

-Je vais au cimetière, déclara la jeune fille en tenant son chien. Tu veux que je sorte Jup' ?

-Ouais, s'il te plait, grogna son frère. Je vais essayer de récupérer un peu de sommeil, j'irais ce soir.

-Ok, répondit distraitement Sacha.

Elle siffla doucement à l'intention de Jupiter qui vint renifler sa main tendue pendant que la Serdaigle lui passait sa laisse.

Tenant fermement la laisse des deux chiens, la jeune fille descendit le monumental escalier de bois qui donnait dans le hall, carrelé de pierres noires et blanches. Elle sortit par la grande porte de bois qui cachait de redoutables mécanismes de fermeture, et descendit les quelques marches qui menaient au jardin qui dormait sous près d'un mètre de neige par endroits.

Un petit chemin dégagé menait au portail de la propriété. Sacha referma le battant de fer forgé avec soin et prit le chemin à gauche.

Elle croisa quelques voisins qu'elle salua, et, au bout d'un moment, croisa un jeune homme qui tenait un cheval par la longe.

-Salut, Joey, dit Sacha en retenant fermement ses deux énormes chiens afin d'éviter qu'ils ne blessent le cheval, ou que le cheval ne balance son sabot ferré sur la truffe d'un de ses bien-aimés dobermans. Ça va ?

Joey était lad au ranch voisin.

-Très bien et toi ? Passé un bon réveillon ? demanda le jeune homme blond en empêchant le cheval qu'il ramenait au ranch de brouter la haie enneigée.

-Ça va, répondit maussadement Sacha en haussant les épaules. Et j'ai passé le réveillon en France, je viens juste de revenir… quoi de neuf ?

-Toujours pas promu, grimaça Joey. Je n'désespère pas, mais j'imagine que le patron a oublié de me proposer aux propriétaires pour leurs prochaines courses…

Sacha compatit quelques instants avec le lad puis ils se séparèrent, l'un vers le ranch, l'autre vers le cimetière.

Ledit était un endroit vraiment charmant. Il y avait des tombes terriblement anciennes, des monuments énormes, et, au centre, un mausolée qui appartenait à la famille du père des jumeaux, les O'Dwyer. Après avoir attaché Jupiter et Junkie à l'extérieur, la Serdaigle entra sans hésiter dans le bâtiment et, ignorant les grandes pierres qui contenaient les restes de ses aïeux, se dirigea vers le fond et tourna à droite dans la section des enfants.

Tout était en marbre blanc ; on avait essayé de rendre cette partie la moins sinistre possible. Sacha s'arrêta à la troisième tombe en partant de l'entrée. Les autres étaient encore vides, contrairement à celles d'en face.

La jeune fille baissa ses yeux sur la tombe de son petit frère, dont la plaque gravée en écriture cursive indiquait « Ismaël Marcus O'Dwyer ¤ 25 décembre 1970 – 27 octobre 1973 ». Dessous, il était écrit « Aucun parent ne devrait avoir à enterrer son enfant », encore dessous était gravé une petite étoile de David.

La pierre tombale en elle-même était gravée de petits dragons joufflus, de fées et d'animaux à l'air bienveillant. Une photo était posée dessus, montrant deux jeunes Sacha et Liam, tous les deux en tenue de Quidditch, leurs battes à la main, Ismaël sur les épaules de son frère, déjà grand et bien bâtit. Cette photo, se souvint Sacha, avait été prise durant l'été 1973, peu de temps avant la mort du bambin – qui souriait de toutes les minuscules dents qu'il avait.

-Joyeux anniversaire, Ismaël, chuchota Sacha.

Sacha n'amenait jamais de fleurs à son petit frère ; cependant, cette fois, elle sortit une petite plaque de bronze de son sac et la déposa sur la tombe blanche. Dessus, il était écrit : « A notre petit frère, qui aurait dû aller à Poudlard, dormir dans un dortoir de Serdaigle et jouer au Quidditch. » La phrase était accompagnée par un aigle gravé dans un coin et un balai volant dans son opposé. Après cela, Sacha disposa une petite bougie bleue aux côtés de la plaque et l'alluma. La jeune fille posa également un rouleau de parchemin à côté de la tombe, juste à côté de deux autres, qui avaient été déposés aux deux Noël précédents.

Une fois qu'elle eut déposé sa lettre, qui était sa façon personnelle de prouver aux morts qu'elle ne les oubliait pas, elle tourna le dos à la tombe de l'enfant en essuyant son œil droit avec un petit reniflement. Elle s'arrêta devant la tombe de sa grand-mère et s'inclina légèrement devant elle puis sortit du mausolée et détacha ses chiens.

Elle les libéra de leurs laisses quand elle eut quitté le cimetière. Elle mit son écharpe devant son nez alors que le vent se levait, amenant d'épais nuages gris foncé, puis enfonça ses mains gantées dans les poches de son épais chandail gris et informe. Les deux chiens galopaient un peu partout, ravis de se dégourdir les pattes ; Sacha, elle laissa son esprit dériver.

Elle avait énormément apprécié cette semaine avec les Gryffondors. James, un peu prétentieux mais incroyablement drôle, Sirius, aussi prompt que Sacha pour partir dans des délires sans queue ni tête ; Lily, splendide, mais également gentille et rieuse ; Peter, nettement plus agréable qu'il n'en avait l'air – et qui avait l'air d'apprécier énormément Teresa – et Remus.

Remus, qui avait plus de facettes qu'un œil d'abeille – Sacha se félicita elle-même de cette brillante comparaison. Sacha connaissait le Remus timide – le plus courant – mais aussi le Remus enjoué, le Remus blagueur, le Remus qui avait l'air de porter tout le poids du monde sur ses épaules, mais elle avait aussi entrevu ce qui semblait être le « vrai » Remus. Ce matin-là, sur le toit du manoir Valencourt, elle s'était sentit à l'aise avec le Gryffondor, bien qu'elle n'aime pas spécialement les hommes depuis que Balthazar l'avait bernée de A à Z quand elle était sortie avec lui dans sa troisième année ; en fait, elle en était venue à tous les détester de tout son cœur. Sixtine lui avait dit qu'elle exagérait, que Balthazar n'avait fait que la tromper, que c'était certes exécrable mais qu'il ne fallait pas généraliser à tous les garçons.

-Je ne veux pas retomber amoureuse d'un garçon, dit-elle à voix haute.

-Ah oui, vraiment ? demanda une voix froide et traînante derrière elle.

Sacha fit volte-face tout en tirant sa baguette de sa manche. En moins de deux secondes, Junkie avait jeté l'homme qui avait parlé à terre et lui montrait ses crocs ; le résultat était effrayant. Jupiter, lui, tenait un bras du jeune homme dans sa gueule, prêt à le lui arracher.

En trois pas, Sacha fut sur le blond et lui pointait sa baguette dessus avant de le reconnaître.

-Lucius ! Qu'est-ce que tu fais dans… - Sacha prit une expression fourbe – dans cet endroit plein de terribles et dégoûtants Moldus et Sangs-de-Bourbes ?

-Oh, tais-toi, ordonna le Grand Prince des Serpentard en attrapant la main tendue de Sacha. Alors c'est ça, vos chiens ?

-Non, ce sont évidemment des Runespoors, répliqua Sacha, pince-sans-rire.

-Très drôle, soupira Lucius en repoussant

Jupiter qui voulait lui lécher les oreilles.

J'étais sûr qu'il se passerait quelque chose de ce genre quand je rencontrerais enfin ces saletés de bestioles…

Sacha donna au Serpentard une petite tape sur la tête, indifférente au regard de chouette indignée que le noble Malfoy lui lança.

-Bon, alors, qu'est-ce que tu fais là ? redemanda Sacha au Serpentard.

-Je viens voir Liam pendant deux heures pendant que mon père et ma mère ne sont pas chez moi, répliqua Lucius.

-Tout s'explique, ricana Sacha en désignant le paquet que Malfoy tenait à la main.

Les deux adolescents revinrent vers le manoir de O'Dwyer, où la mère des jumeaux était manifestement rentrée.

-Sacha ! s'exclama Primavera dès que la jeune fille eu posé un pied dans le hall, Lucius derrière elle. Liam m'a dit que tu étais au cimetière, ça s'est…

Mais elle s'interrompit dès qu'elle nota le splendide jeune homme qui accompagnait Sacha.

-Mère, commença Sacha, je te présente…

-LUCIUS ! cria quelqu'un dans les escaliers.

Liam fonça droit sur le blond et l'écrasa littéralement contre lui. Le blond posa ses lèvres sur celles du jeune homme ; à cet instant précis, la porte d'entrée s'ouvrit sur un homme aux cheveux châtains et bouclés, qui avait les yeux d'un gris soutenu, qui était vêtu d'un complet noir et gris et qui portait un attaché-case à la main.

C'était Declan O'Dwyer, et lorsqu'il vit que son fils embrassait une jeune fille aux longs cheveux blonds platine dans son hall, il sourit fièrement avant de remonter ses lunettes sur son nez.

-Eh bien, fils, on peut dire que tu n'as pas perdu ton temps pour nous présenter ta charmante compagne ! s'exclama l'homme avec une voix chaude plutôt agréable.

Lucius sentit Liam se tendre dans ses bras ; le Serdaigle serra doucement son petit ami dans ses bras puis se détacha de lui. Le temps de son coming-out était venu.

-Père, commença Liam avec une voix qu'il espérait mesurée, Lucius n'est pas une femme.

Mr O'Dwyer se figea et son attaché-case tomba par terre ; Mrs O'Dwyer poussa un couinement dans le dos de son fils.

-Je suis gay, compléta Liam.

Lui et son père se fixèrent dans le blanc de l'œil pendant une minute ; Mr O'Dwyer avait l'air tellement dégoûté qu'il ne pouvait plus parler. Liam tremblait, et sans la présence de Lucius dans son dos, il aurait certainement craqué pour s'enfuir dans les escaliers.

Soudain, la voix de Sacha tinta dans les oreilles de Liam.

-Lucius, emmène Liam dans sa chambre.

Le blond attrapa son petit ami par le bras et commença à le faire monter les escaliers quand la voix furieuse de Mr O'Dwyer frappa les deux sorciers.

-Non, reste là ! ordonna-t-il, pâle comme un crâne. Tu as jeté la honte sur la famille, alors écoute ce que j'ai à te dire !

Liam avait les yeux brillants mais ne bougea pas. Lucius lui tenait l'épaule et Liam sentait qu'il tremblait également, mais sûrement de fureur, lui.

-Tu es anormal, cracha Mr O'Dwyer. Anormal et contre nature. Tu es répugnant… d'ailleurs, tu n'es même pas mon fils !

-COMMENT OSE-TU DIRE CA ? hurla soudain une Sacha visiblement hors d'elle, mais Lucius fut plus rapide qu'elle.

-SECTUSEMPRA ! cria le blond depuis les escaliers.

-LUCIUS, NON ! hurla Liam. Tu vas avoir des ennuis !

-J'ai déjà des ennuis, siffla Lucius, interrompant toutefois le sort ; Mr O'Dwyer était allongé par terre, une longue entaille pas très profonde en travers de la poitrine, entaille qui imbibait tout de même la chemise grise de sang.

-COMMENT OSE-TU DIRE DES CHOSES PAREILLES A MON FRERE ? hurlait toujours Sacha, qui avait l'air d'être folle de fureur. L'HOMOSEXUALITE N'A RIEN DE REPUGNANT OU ANORMAL ! TU N'AS JAMAIS RESSENTIT DE L'ATTIRANCE POUR UN HOMME, TOI ? JAMAIS ? BIEN SÛR, MONSIEUR EST INNOCENT ET PUR COMME LA NEIGE !

La jeune fille prit quelques inspirations avant de poursuivre, toujours en hurlant.

-DE TOUTES FACONS TU N'AS JAMAIS ETE NOTRE PERE, CA NE CHANGERA PAS GRAND-CHOSE POUR NOUS ! QUAND AS-TU ETE LA POUR NOUS RECONFORTER, POUR NOUS AIDER ? NON, MONSIEUR SE CONTENTE DE RAPPLIQUER HUIT ANS APRES NOTRE NAISSANCE : « Salut, je suis votre père, je viens vous récupérer de la famille qui vous a élevé et aimée ! »

Et la jeune fille gifla son père.

-ET TOI ! continua Sacha, qui semblait décidée à dire tout ce qu'elle avait sur le cœur. QUELLE MERE ES-TU DONC POUR ABANDONNER TES ENFANTS NOUVEAU-NES A TA SŒUR QUI N'AVAIT PAS LES MOYENS DE NOUS ELEVER ET QUI A POURTANT FAIT LE MIEUX QU'ELLE A PU POUR NOUS NOURRIR, NOUS EDUQUER ET NOUS PROTEGER DE LA RUE ?

Mrs O'Dwyer avait l'air purement pétrifiée.

Elle semblait incapable de bouger, de parler ou de faire quoi que ce soit impliquant un mouvement.

Sacha souffla par le nez et monta les escaliers, embarquant un Lucius mi-despéré, mi-furieux et un Liam tout tremblant.

-Je ne resterais pas une seule minute de plus dans cette maison, déclara Lucius d'un ton glacial.

-Moi non plus, répliqua aussitôt Sacha, et de toutes façons, je pense que les parents refuseront de nous laisser rester. Par contre, Lucius, je pense que tu vas avoir des problèmes avec les Moldus pour ce que tu as fait à mon père, mais je te remercie quand même.

-Ne t'inquiète pas, je vais arranger ça, déclara Lucius avec un sourire cruel.

Sacha haussa les épaules et se pencha sur son frère pendant que Lucius quittait la pièce.

-Liam, souffla la jeune fille.

Son frère leva des yeux brillants de larmes sur elle et ouvrit la bouche.

-Non Liam, tu n'es pas dégoûtant, ni contre-nature, ni anormal, dit aussitôt Sacha. C'est juste cet homme qui est incroyablement stupide. Toi, tu es le meilleur frère du monde entier, je t'aime et tu aussi normal que moi ou que n'importe quel humain sur cette planète.

Liam referma sa bouche et vint sangloter contre sa sœur qui lui caressa l'arrière de la tête.

Lucius revint bientôt dans la chambre.

-J'ai recollé ton père comme j'ai pu, et j'ai lancé un sortilège d'amnésie sur les deux pour leur faire oublier que j'ai lancé un sort, déclara-t-il. Vous avez un endroit où aller ?

-Chez notre tante Lettie, acquiesça Sacha. Elle habite sur St Ann's Rd, à Southend-on-Sea, à l'Est de Londres.

Lucius haussa les sourcils avec mépris – l'Est de Londres n'était pas réputé pour sa richesse ou la noblesse de ses habitants.

-Tante Lettie est très gentille, déclara Sacha en foudroyant le Serpentard du regard, toujours caressant Liam derrière la tête.

Ledit la lâcha et s'essuya les yeux mais bientôt il pleurait sur le torse de Lucius.

-Prépare ta valise, marmonna Lucius à l'intention de Sacha, ses bras entourant Liam.

Sacha ouvrit sa valise et lança tous les

objets qui restaient dans sa chambre à l'intérieur. Elle demanda à Lucius de miniaturiser sa commode, son bureau, sa bibliothèque, son lit et sa coiffeuse pour les mettre également dans sa valise ; très bientôt, ils étaient debout au milieu d'une pièce vide. La chambre de Liam subit le même traitement et Lucius transplana bien très bientôt avec les deux valises, puis revint pour les chiens, et enfin fit voyager les jumeaux.

Ils quittaient le manoir O'Dwyer pour vingt ans.