-A partir d'aujourd'hui, égrenait la voix soporifique d'Andy Lancan, le lundi suivant à onze heures, nous allons étudier les loups-garous.

Sacha regardait son professeur de Défense Contre les Forces du Mal avec un œil vitreux, n'ayant strictement aucune idée de ce qu'il venait de dire.

A sa gauche, Sixtine soulignait proprement le titre de sa leçon sur son parchemin.

A sa droite, Liam-je-fais-des-diversions-au-péril-de-ma-vie-mais-je-suis-cependant-déjà-guérit écrivait également sur un parchemin, mais ce n'était pas une leçon, lui. Le jeune homme donna un coup de coude à sa sœur, qui en perdit presque sa tête – elle la tenait appuyée sur le bras dans lequel Liam avait cogné – et regarda le Batteur avec un air de reproche avant d'aviser le parchemin sous son nez.

t'as pas l'air en forme, chérie. Y'a quoi ?

Sacha leva les yeux au ciel et prit sa plume sous le regard en coin de Sixtine.

mal dormit

à d'autres. Aboule la vérité, sale jambon.

Sixtine déroba le parchemin.

Il a raison, bébé… y'a quoi ? Ce matin t'étais pas réveillée avant nous.

z'êtes chiants tout les deux hein. Rien de spécial, juste un peu énervée que Remus soit pas venu au match. Et en plus, c'est vrai, j'ai mal dormit. Encore + que dhabitude, jveut dire.

C'est pour ton bien ma chérie d'amour… Pourquoi ça t'énerve autant ? C'est pas ton genre. Et en plus, c'est « je veux dire » entre autres fautes.

La blonde marque un point, loute. Et Six', arrête de la faire chier avec ses fautes.

Si j'vous dis que j'en sais rien moi-même, vous me lâcher ? Et puis ouais, fout moi la paix avec mes fautes, j'y peux rien, j'y arrive pas.

C'est lâchez, Sacha.

ON. S'EN. BRANLE.

tu sens quoi quand tu penses à Remus, ma sœur d'amour ?

Je sais c'que vous pensez, mais c'est pas ça. Je suis pas amoureux de Remus. Jsuit pas hétéro, jvous rappelle.

Sérieusement Sacha, faudrait penser à arrêter de faire des fautes d'orthographe…

Là n'est pas la question. Lacan rapplique, on en reparle plus tard.

Y'a rien à reparler bande de loutres !

Sacha roula le parchemin couvert de leurs écritures respectives et le cacha entre ses cuisses pendant que ses deux voisins parvenaient à avoir l'air concentrés.

-Mademoiselle O'Dwyer, puis-je savoir ce que vous cachez sous votre jupe ? demanda le grand homme blond et bronzé.

-Professeur, cette question est très mal tournée, vous ne trouvez pas ?

Andy Lacan foudroya son élève des yeux et Sacha fit un sourire blanc.

-Avez-vous pris des notes, au moins ? demanda sèchement le professeur.

Le sourire de Sacha s'effondra légèrement et Lacan renifla d'un air supérieur.

-Cela coûtera dix points à Serdaigle.

Sacha foudroya ses voisins du regard tandis qu'ils regardaient ailleurs et ils passèrent le reste du cours à noter très sagement.

La journée déroula son long ruban de cours sans que les Smashin'Mushrooms ne prennent de nouveau le risque d'en « reparler » via parchemin.

La journée du mardi se leva sur la perspective d'une longue journée remplie de matières détestables. Pourtant, ce mardi ne serait pas un mardi comme les autres, ça non.

Sacha s'était levée aux aurores, comme à son habitude – qu'elle avait certes rompue la veille, mais elle c'était endormie à l'heure où elle se levait d'habitude – et avait réveillé Sixtine à l'heure pour son option Divination. Dans la salle commune, les deux jeunes filles avaient trouvé Liam, qui pourtant aurait dû se lever une heure plus tard.

Comme si chacun avait inconsciemment deviné qu'il leur fallait se lever tôt ce matin-là.

Pourtant, ce fut d'une excellente humeur qu'ils descendirent tous trois à la salle commune, riant comme des baleines à une grimace de Liam accompagnée par une blague de mauvais goût qu'on ne citera pas ici.

Ils entrèrent dans la Grande Salle en riant à gorge déployée et s'installèrent. Liam entreprit d'imiter le jour où Jacob White avait essayé de le faire trébucher et s'était fait mal.

Lucius entra dans la salle et jeta un regard triste et fuyant sur les trois Serdaigles qui étaient écroulés de rire sur leur table. Sacha vit le Serpentard et fit un grand geste avec un sourire brillant, suivie par Liam qui envoya un baisé au Sang-Pur.

Le blond eu un air crispé, terriblement crispé, et fuit vers sa table. Le regard des jumeaux se croisa et ils surent alors précisément cela : l'autre aussi ressentait cet étrange pressentiment dans l'estomac.

Les trois Serdaigles mangeaient, toujours riants, pour des raisons plus ou moins diverses et avouables, quand le courrier arriva, dix minutes plus tard. Sacha paya la chouette de la Gazette du Sorcier et déplia le journal à grand bruit pour consulter la première page.

Son rire se tu et son visage se décomposa. A cet instant précis, elle, et elle seule, connaissait la nouvelle qu'apportait la chouette à l'aspect officiel dans l'assiette de sa meilleure amie.

Sixtine, interloquée par le silence soudain de sa meilleure amie et par la chouette couleur feu dans son assiette, récupéra la lettre et regarda l'oiseau s'envoler. A la table des professeurs, le Professeur Chourave fixait la blonde avec un air désolé, de même que McGonnagal qui fronçait les sourcils d'un air grave.

Sixtine décacheta la lettre et en sortit un simple parchemin. Elle le parcourut rapidement, la couleur quittant son visage au fur et à mesure qu'elle avançait.

Lorsqu'elle eut finit de lire, elle jeta le parchemin dans son assiette et se leva pour courir hors de la Grande Salle.

Sacha lâcha son exemplaire de la Gazette dans ses œufs à la poêle.

-Sixtine attend ! cria la Batteuse en se levant à son tour pour courir après son amie.

Liam se leva également et les trois Serdaigles quittèrent la Grande Salle sous le regard interloqué des élèves, Liam courant après Sacha qui courait après Sixtine.

Dans l'assiette de Sacha, trempant dans ses jaunes d'œufs, on pouvait voir ce gros titre, surplombant une double photo d'un couple que les jumeaux connaissaient bien :

DOUBLE MEURTRE DES AURORS FRANÇAIS DOROTHEE ET DOMINIQUE VALENCOURT

A leur domicile de Versailles. Alors qu'ils avaient la charge des tous jeunes enfants de (suite p.2)

Etrangement, Sixtine parvint à distancer les jumeaux. Ils la cherchèrent pendant plus d'une demi-heure, ignorant la cloche, rongés par l'inquiétude.

Ils ne trouvèrent pas Sixtine. Toujours inquiets, mais résignés, ils retournèrent vers la Grande Salle. Un grand nombre d'élèves de Serpentard étaient devant les doubles portes du réfectoire, dont Lucius.

Sacha et Liam passaient devant les Serpentards quand une voix s'éleva :

-Eh, Sangs de Bourbe !

Liam ferma les yeux et prit une longue inspiration. Sacha s'était arrêtée à côté de lui et ils pivotèrent tous deux vers la masse d'élèves.

C'était Bellatrix Black, qui était en 7ème année, qui avait parlé.

-Qu'est-ce que tu veux, Black ? cracha Liam, qui commençait visiblement à perdre le contrôle de ses nerfs.

-Pas trop abattus par la mort des parents de votre délicieuse petite amie ? J'ai entendu dire que les vôtres vous avaient abandonnés…

Sacha bondit sur Bellatrix et lança son poing fermé vers son visage. Les phalanges de la Serdaigle heurtèrent la pommette de la Black avec un craquement sinistre des plus équivoques et Bellatrix allait pour tomber quand Sacha la rattrapa par le col pour lui assener un grand coup de tête.

Bellatrix Black tomba au sol, le nez et la pommette brisés. Aussitôt, Rodolphus Lestrange attrapa Sacha par l'épaule et la fit pivoter il lui assena un coup de genou dans l'estomac et Sacha tomba à genoux, le souffle coupé. Lestrange saisit la Serdaigle par le col et colla son poing sur sa pommette. La jeune fille fut jetée au sol et Lestrange s'apprêtait à lui lancer un coup de pied quand le large poing de Liam entra en collision avec la tête.

Le Serpentard tomba deux mètres plus loin pendant que les autres Serpentards se massaient autour des jumeaux. Sacha, la joue tuméfiée et la lèvre en sang, s'était redressée et les jumeaux s'apprêtaient à faire face aux Serpentards qui les encerclaient quand le professeur McGonagall, suivie par Slughorn, fit irruption dans le hall.

-Vous n'avez pas honte ? cria McGonagall aux Serpentards. Dix contre deux !

-C'est eux qui ont commencé ! cracha Narcissa Black.

Malheureusement pour elle, elle se trouvait près de Sacha qui l'attrapa par le col pour lui assener un coup de tête.

-Miss O'Dwyer ! s'indigna Slughorn.

-Désolée, j'avais un compte à régler avec elle, répliqua Sacha avec hargne en s'essuyant la lèvre.

-Ce n'est pas une raison ! Filez tous chez le directeur ! exigea McGonagall.

-Professeur écoutez, il faut qu'on retrouve Sixtine, on sait pas où elle est et elle pourrait faire une bêtise… plaida Liam pendant que les Serpentards commençaient à partir

A cet instant, ce fut une Sixtine trempée qui passa discrètement la porte du hall. Lorsqu'elle vit Sacha et Liam, elle s'arrêta en plein milieu du perron, inondant le sol.

Sacha bondit aussitôt sur sa meilleure amie pour la regarder de plus près. A part le fait qu'elle était trempée de la tête aux pieds, la blonde avait le regard parfaitement vide. Juste vide. Elle ne dit rien quand Sacha la toucha, ne montra même aucun signe de vie. Elle se tenait juste debout.

Liam rejoint sa sœur et prit doucement Sixtine dans ses bras. Le professeur McGonagall acquiesça sèchement, les yeux brillants

Les jumeaux traversèrent le château jusqu'au fin donc de l'aile Est, où une armure discrètement gravée des initiales « S.M. » gardait une porte banale.

Une fois franchie cette porte, Liam jeta un « Kurt Cobain » sec à une deuxième armure avant même qu'elle ait eu le temps de lever leur lance contre eux, et ils passèrent une deuxième porte.

La pièce dans laquelle ils arrivèrent était plutôt petite et douillette. Les murs étaient entièrement couverts de bois, de même que le plafond le sol était en pierre, mais couvert d'un épais tapis bordeau. Une grande cheminée était disposée entre deux hautes fenêtres qui donnaient sur le parc le matin, le soleil entrait à flot et la pièce se parait de couleurs miel.

Liam ignora l'immense canapé et les deux fauteuils en vieux cuir pour franchir une porte à côté d'un escalier, qui donnait sur une salle de bain il déposa son précieux chargement sur un tabouret en bois et laissa Sacha s'occuper de la blonde.

Sacha se pencha sur la jeune fille trempée et cria en espagnol à l'adresse de son frère qui répondit de manière parfaitement incompréhensible. Après cela, Sacha se pencha sur la grande baignoire creusée dans le sol et la remplit d'eau chaude elle ajouta du bain moussant qui emplit la salle de bain d'un parfum de figue et déshabilla Sixtine qui se laissa passivement faire.

Avec une force surprenante venant d'une fille aussi maigre, Sacha mit sa meilleure amie dans le bassin emplit de mousse et d'eau brûlante et entreprit de lui laver les cheveux.

Sixtine agita tout doucement ses mains dans l'eau mais ne dit rien. Sacha faisait mousser le shampooing dans les boucles de la blonde, silencieuse.

Au bout de plusieurs minutes, la Vénézuelienne rinça les cheveux de son amie et les enveloppa d'une serviette. Après cela, elle s'assit en tailleur à côté de la baignoire et dit :

-Parle-moi, Sixtine.

Sixtine ferma les yeux et pinça les lèvres. Sacha se leva et sortit elle revint un instant plus tard avec un cutter et entreprit de se couper le dessus de la main avec indifférence.

Après plusieurs minutes, Sacha avait la main ensanglantée. Elle posa le cutter sur le rebord de la baignoire et alla se laver les mains. Elle entreprenait de désinfecter les plaies quand Sixtine éleva la voix.

-Sacha, coupe-moi les cheveux.

Sacha ferma les yeux à son tour avant d'acquiescer.

-D'accord.

Sixtine sortit de la baignoire et enfila le peignoir que Sacha avait disposé sur le radiateur à cet instant, Liam entra. Il ramassa le cutter, le désinfecta avec soin et entreprit également de se couper le dessus de la main, sans un mot.

Sacha, qui avait pansé et bandé sa main gauche, se dirigea vers Sixtine qui s'était assise sur le tabouret de bois. Liam, assit contre le mur, regardait sa sœur avec tristesse.

Sacha ôta la serviette de la tête de Sixtine et ses longs, beaux cheveux blonds tombèrent en cascade sur ses reins. La Batteuse démêla les boucles blondes avec douceur puis sortit des ciseaux de couture d'un tiroir sous l'évier.

Elle fit une queue de cheval basse à son amie et la prit dans sa main avant de couper d'un coup tous les cheveux de son amie. Les cheveux désormais courts de la jeune femme blonde en profitèrent immédiatement pour rebiquer vers l'avant.

Sacha déposa la queue de cheval à côté de l'évier puis égalisa les pointes de telle sorte qu'elles arrivent précisément sous la mâchoire pendant que Liam désinfectait à son tour sa main gauche, puis elle sécha rapidement les cheveux de Sixtine qui prirent soudain du volume.

-Allez au salon, déclara Sacha, j'arrive.

Liam attrapa Sixtine par la taille et l'accompagna au salon, où un grand feu ronflait avec enthousiasme dans la cheminée. La jeune fille s'installa sur un des fauteuils usés et fixa les flammes avec ardeur pendant que Liam disparaissait derrière une autre porte il en revint presque aussitôt avec trois tasses fumantes en lévitation, qu'il déposa sur la table basse en bois couverte de ronds de verre, de marques de brûlure et de coupures.

Sacha sortit à cet instant de la salle de bain, les cheveux de Sixtine dans la main, un pansement sur la lèvre inférieure & une forte odeur d'arnica autour d'elle elle alla chercher un bol à la cuisine et mit les cheveux blonds à l'intérieur.

Après cela, et toujours sans un mot, elle prit une mèche de ses propres cheveux et la coupa au niveau des racines. Elle ajouta sa mèche, longue de près d'un mètre et épaisse comme le pouce, dans le bol, mêlant son deuil à celui de amie après quoi elle tendit les ciseaux à Liam qui ajouta à son tour une mèche.

Sacha mélangea les cheveux et les jeta dans le feu ils regardèrent se consumer cet hommage silencieux aux parents de Sixtine dans le plus grand des silences.

Lorsque les cheveux eurent disparus, Liam attrapa sa tasse, réchauffa le café qui s'y trouvait d'un sort et le but en silence.

Sacha l'imita rapidement seule la tasse de Sixtine resta sur la table basse.

-Sixtine, dit Liam avec douceur. Qu'est-ce que tu veux faire ?

La blonde agita sa tête de gauche à droite, indiquant qu'elle refusait de parler.

-Tu veux parler ? proposa Sacha.

Elle nia de la tête.

-Tu veux manger ? demanda à son tour Liam.

De nouveau, négation.

-Tu veux dormir ?

Encore un non.

-Tu veux rester seule ?

La blonde nia encore. Sacha se leva alors et posa son front contre la fenêtre à droite de la cheminée, sa tasse à la main Liam resta silencieusement sur le canapé avec sa tasse. Au bout d'une heure ou deux, pendant laquelle aucun des trois d'avait parlé, Sixtine se leva de son fauteuil et se blottit dans les bras de Liam, avant de réclamer Sacha du regard.

La Batteuse rejoignit rapidement l'étreinte et là, blottie dans les bras de ses deux meilleurs amis, Sixtine s'adonna aux larmes.

Pendant plus d'une heure, la blonde pleura toutes les larmes de son corps ce ne fut qu'à près de midi et demi qu'elle parvint à se calmer. Son visage et ses yeux étaient rouges, son nez bouché et ses lèvres irritées, et elle était épuisée ; Liam la prit dans ses bras comme un bébé koala et monta les escaliers avec son fardeau pendant que Sacha s'éclipsait à la cuisine pour préparer une bricole à manger.

Quels instants plus tard, Liam était de retour dans la cuisine & dévisageait sa jumelle, qui était debout face à un saladier avec un fouet à la main. Sacha avait le teint blafard et le bandage taché de sang sur sa main n'arrangeait pas l'image d'ensemble.

Liam s'assit à la table et regarda sa sœur d'un air absent.

-Je ne peux pas y croire, marmonna Sacha au bout d'une dizaine de minutes.

Elle remuait vigoureusement son fouet dans la pâte de son gâteau.

-De tous les Aurors français et anglais, il a fallu que ça tombe sur eux. Marie, Xavier. Maintenant, eux. C'est pas possible ! s'exclama l'adolescente.

Elle retira une casserole du feu et versa le mélange qu'elle contenait dans le saladier avant de touiller vigoureusement.

Liam la regarda plusieurs minutes avant de dire :

-Sacha… est-ce que tu fais un space-cake ?

Sacha fusilla son frère du regard.

-Oui ! Ca me calmera !

Liam se leva et alla au salon, où il se prit la tête entre les mains.

Lui non plus n'arrivait pas à croire que Dominique et Dorothée Valencourt étaient morts. S'ils étaient vraiment morts, quelque chose de plus grave aurait dû intervenir dans leur quotidien, quelque chose de pire qu'une simple lettre du Parlement Sorcier et un article de journal.

Le monde aurait dû changer, arrêter de tourner, ou alors une pluie de météorites aurait dû s'abattre sur l'Angleterre. Quelque chose aurait dû les prévenir, ils n'auraient pas dû être aussi insouciants hier, alors que les parents de Sixtine vivaient leur dernier jour. La veille, leur seule préoccupation était de taquiner Sacha au sujet de Remus, et rien d'autre aujourd'hui les parents de leur meilleure amie étaient morts.

-La guerre… marmonna Liam en se frottant le visage.