Prologue (3 ans plus tard)

La route de déroulait dans un inconfortable silence. Lorsque Booth avait appelé Brennan très tôt ce matin-là même pour annoncer qu'un corps avait été trouvé complètement calciné à l'aéroport de Burlington dans le Vermont, elle avait compris que la route serait non seulement très longue, mais aussi très pénible.

Sa relation avec Booth, professionnelle comme personnelle, s'était détériorée au cours des derniers mois. Après avoir rejeté les sentiments de Booth plusieurs mois auparavant, ils s'étaient séparés chacun de leur côté afin de vivre quelques mois d'aventure et Booth était revenu amoureux d'une jeune et intrépide journaliste avec qui il avait une relation aussi intense que passionné. Brennan avait évidemment appris avec surprise cette nouvelle, mais l'avait accepté avec autant de tact et d'amitié qu'elle pouvait éprouver. Pourtant, pendant que les sentiments et la relation entre Booth et sa nouvelle copine s'intensifiaient, elle ressentait tous les jours un sentiment plus fort de jalousie et de regret. Comme toute passion finit par s'essouffler, celle de Booth s'évanouit lentement jusqu'au moment du départ de sa copine vers des cieux plus stimulants.

Il ne pouvait dire qu'il avait eu le cœur brisé; il avait, lui aussi, senti s'éteindre peu à peu le feu. Il savait toutefois qu'il l'avait réellement aimé d'un amour tendre et sincère. Un amour réparateur qui lui avait permis de se remettre de la gifle que lui avait donné Brennan un an auparavant. Il ne pouvait savoir pourquoi sa relation entre Brennan et lui s'était effrité à ce point. Sweet lui avait dit qu'il s'éloignait peut-être d'elle inconsciemment pour se venger de son refus, de la douleur qu'elle lui avait causée, mais il sentait qu'il n'était pas le seul à ressentir le malaise entre elle et lui.

Le voyage devait durer plus de six heures ce qui était malgré tout plus rapide à faire en voiture qu'en avion. Ils venaient de traverser New-Heaven lorsqu'une idée lui traversa l'esprit. Peu avant d'arriver à Hartford, il emprunta une sortie.

« Heure du lunch! Dit-il avait enthousiasme.

- Mais il n'est qu'onze heures, nous avions dit que nous dinerions à Hartford!

- Changement dans les plans!

- Booth!

- Vous allez apprécier, je vous le promets! »

Elle sourit lorsqu'ils pénétrèrent dans la petite municipalité dans laquelle ils n'avaient pas mis les pieds depuis plusieurs années. Malgré l'étrange affaire qu'ils avaient eu à résoudre, elle avait trouvé les habitants du village plutôt colorés et divertissants. Stationnant le véhicule utilitaire-sport devant le casse-croûte dont le goût du café serait éternellement gravé dans leur mémoire, les occupants sortirent de la voiture et regardèrent le restaurant chez Luke avec admiration et joyeuse nostalgie.

« N'avais-je pas raison? Dit Booth en pointant ses doigts vers la vitrine du restaurant avec son traditionnel sourire arrogant.

- Je dois avouer que je ne suis pas déçue. La nourriture était en effet fort excellente! Il y avait un hamburger végétarien extraordinaire!

- Sans oublier le café! Ce café! Quel café!

- Allons en boire une tasse!

- Disons plutôt une carafe », rit-il en dirigeant sa partenaire vers le restaurant.

L'endroit n'avait presque pas changé d'une miette; les tables, les décorations, tout était pareil. Pourtant, l'ambiance était différente. L'air semblait plus léger, ce qui était, selon Brennan, ridicule puisque la température ambiante et sa composition étaient les mêmes qu'il y a quelques années. Néanmoins, il y avait quelque chose de réellement différent, même la jeune docteure le sentait.

En entendant la clochette de son restaurant sonner, le propriétaire sortit de sa cuisine pour accueillir ses nouveaux clients et fut surpris de voir les deux agents qui l'avaient arrêté il y a quelques années. Il n'avait jamais gardé de rancune contre les deux agents; il n'était une personne rancunière, et sa surprise se changea rapidement en enthousiasme. Il les accueillit comme il accueillait de vieux amis, avec une chaleureuse poignée de main et un repas à sa charge qui fut évidemment refusé par les deux agents.

« Je vous prie! Sans vous deux, je moisirais probablement en prison en ce moment! La moindre des choses que je puisse faire est de vous offrir un repas! C'est la maison qui paie!

- Si vous le dites. Ce sera un hamburger pour moi et un café, dit Booth.

- Même chose!

- Un hamburger, Bones? Je n'aurais jamais cru entendre ces mots sortir de votre bouche.

- Je vous ai entendu parler de ces hamburgers pendant des mois la dernière fois que nous sommes venus ici, il n'est pas question que ce soit la même chose cette fois aussi.

- Peut-être, pourrais-je vous convaincre de prendre une pointe de tarte par la suite?

- Il ne faudrait pas rêver!

- Dites, vous ne m'avez jamais dit ce qui était arrivé avec cette conférence lorsque vous y étiez retournée.

- Elle a été un franc succès! Les élèves ont posé plusieurs questions et on a dû arrêter la conférence avant la fin puisque les cours commençaient! Vos conseils ont été très utiles!

- Mes conseils sont toujours utiles », disait-il avec arrogance alors que Luke arrivait avec leurs assiettes.

Ils mangèrent dans un silence plus confortable que pendant le voyage en voiture. Ce fut Brennan qui fut d'abord surpris de voir un petit être humain, dont elle estimait l'âgeà environ 18 mois, entrer dans le restaurant au pas de course.

« Papa papa papapa!

- Eh! Petit homme! Fit Luke en prenant l'enfant avant de le poser sur le bar pour renouer un lacet qui s'était défait.

- Ton fils a définitivement trop d'énergie, dit Lorelai, incontestablement enceinte, en pénétrant dans le restaurant.

- Si tu ne t'étais pas exclusivement nourri au café pendant ta grossesse, il en aurait peut-être moins.

- En fait la prise de caféine a un effet que sur le développement du fœtus pendant la grossesse, mais n'en a aucun sur son comportement après la naissance.

- Docteur Brennan! Oh mon Dieu! Ça fait plaisir de vous revoir, viens petit homme, dit-t-elle en prenant son fils dans ses bras et l'amena à la table où mangeait le couple d'amis. William voici l'agent Booth, c'est un policier, tu aimes les policiers toi, non?

- Oui, poliche… fit le petit homme.

- C'est ça. Et là, il y a le docteur Brennan, elle écrit des livres.

- PETIT CHARRON ROUGE! Cria le petit homme.

- Pas tout-à-fait comme Le petit chaperon rouge, mon cœur, mais oui, c'est un livre. Elle travaille aussi avec os.

- Il est totalement adorable. J'aime sa petite casquette, dit Booth en prenant le petit garçon dans ses bras.

- Il est particulièrement avancé sur le plan du langage.

- Il fait des phrases complètes parfois, je crois qu'il aura les qualités verbales de sa maman, sourit-elle en regardant son fils jouant avec la cravate de Booth. Que vous amène-t-il ici?

- On est en route pour le Vermont.

- Le Vermont?

- Ouais! On a encore plus de quatre heures de route devant nous, dit Brennan le regard plongé vers le petit garçon.

- Ouais, fit Booth en prenant la dernière bouchée de son hamburger, et c'est pour cette raison exacte que je vais aller faire quelque chose que personne ne peut faire à ma place. Vous savez où sont les salles de bains?

- Au bout du couloir, à droite! Dit Lorelai en reprenant son enfant.

- Je peux le prendre?

- Bien sûr? Vous aimez les enfants docteur Brennan?

- J'adore les enfants! J'en ai presque eu un il y a quelques années, mais on a dû abandonner le projet.

- Pourquoi?

- Booth a eu une tumeur au cervelet!

- Oh mon Dieu! Il va bien?

- Oui, la tumeur était bénigne, mais ça lui a permis de réfléchir à toute cette histoire de paternité et a décidé de ne pas en faire partie.

- Oh! Je ne savais pas que l'agent Booth et vous étiez ensemble!

- Nous ne sommes pas ensemble, n'avons jamais été, du moins pas dans le contexte romantique que vous insinuez. Mais ne vous en faites pas, la plupart des gens nous confond pour un couple.

- C'est étrange.

- Non, Booth et moi préférons garder notre relation strictement professionnelle et amicale.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je comprends ce que tout le monde autour de nous pensait de Luke et moi il y a quelques années, avant ce qui est arrivé avec Christopher.

- Expliquez.

- Pendant des années, on nous a dit que Luke et moi étions fait pour être ensemble, que le fait que nous ne soyons que des amis était ridicule, vous voyez où je veux en venir?

- Vous insinuez que vous croyez que Booth et moi sommes faits pour être ensemble.

- Et, vous saviez, ça m'agaçait vraiment toutes ces insinuations! Ce n'était pas des affaires des autres ce que je faisais de ma relation avec Luke. Mais, aujourd'hui, je comprends qu'ils voulaient simplement notre bonheur.

- Vous l'êtes? Vous êtes heureux?

- Les débuts n'ont pas été faciles. Je veux dire, je devais faire mon deuil de Christopher, il était un bon ami. Luke a eu de la difficulté à accepter l'ombre qu'il mettait sur notre relation au début. Puis, il y a eu mes parents qui ont tout fait pour nous séparer! Mais, un jour, le petit bâton est devenu rose et Luke était tellement heureux! Je n'aurais jamais imaginé à quel point il pouvait être content d'avoir un enfant. Aujourd'hui, avec notre deuxième sur le point de naître, je peux vous dire que je suis heureuse. Je peux vous dire quelque chose?

- Si, par cette phrase, vous me demandiez la discrétion, je peux vous la donner.

- Kirk avait raison; il a réussi. Sans toute cette horrible affaire, qui sait combien temps on aurait perdu avant d'avoir cette vie, si on aurait vécu cette vie? Il a réussi, aussi terrifiant soit ce fait! Vous savez? Je réalise maintenant, on ne doit pas perdre de temps! Je peux comprendre qu'on veuille éviter de gâcher une amitié ou un partenariat, mais ceci, affirma-t-elle en pointant son fils s'endormant tranquillement dans ses bras alors qu'elle échangea un regard avec Luke, en vaut définitivement le risque.

- Vous croyez?

- J'en suis persuadée. Je suis toujours terrifiée que quelque chose d'horrible arrive à Luke ou aux bébés, qu'il cesse soudainement de m'aimer, qu'une jeune et sexy avocate vole mon café, blagua-t-elle. Mais, je sais que peu importe, il sera là pour moi! C'est comme ça, on ne peut rien y faire.

- N'aviez-vous pas peur de lui briser le cœur?

- C'était ma plus grande peur. Je n'avais pas spécialement le meilleur dossier en termes de relations amoureuses. J'ai laissé mon ex quelques jours avant notre mariage, je retombais dans les bras de Christopher chaque fois qu'il se pointait les cheveux dans le village. Mais toutes ses relations ratées, ce n'était pas de l'amour. J'ai appris ce qu'était l'amour avec Luke. Je l'ai appris la première fois que nous avons fait l'amour, la première fois qu'il m'a dit qu'il m'aimait, la première fois que je l'ai amené dîner chez mes parents qui avaient été particulièrement méchants avec lui. Je l'ai appris lorsqu'il m'a prêté l'argent nécessaire pour acheter mon auberge. Je l'ai appris lorsque j'ai vu son sourire quand je lui ai annoncé que j'étais enceinte, les deux fois. Je l'ai appris lorsque je lui ai dit que je l'aimais pour la première fois. C'était la première fois de ma vie que je prononçais ces mots. Je l'ai appris en croisant son regard en descendant la grande allée. Je l'apprends tous les jours lorsqu'il m'interdit de boire du café ou de manger des frites par peur pour notre santé au bébé et à moi.

- Ça en vaut la peine?

- Ça en vaut la peine, je vous le jure, dit-elle alors qu'elle vit Booth sortir des toilettes. Elle lança un clin d'œil à Brennan avant de se lever pour laisser la chaise à Booth.

- Bon, de quoi parliez-vous pendant mon absence, les filles?

- William, fit Lorelai en regardant l'enfant enfin endormi dans ses bras. Comment tout cela en vaut la peine!

- Ayant moi-même un enfant, je vous promets que ça en vaut la peine.

- C'est ce que je disais, affirma Lorelai en lançant un de ses plus radieux sourires.

- Allons Bones! Il faut y aller si on veut arriver avant la tombée de la nuit! Merci Luke pour le repas.

- Mon plaisir, littéralement, souriait-il à sa femme. Il avait entendu sa conversation et n'arrivait pas à croire son culot.

- Au revoir, soyez prudent! Ne vous faites pas manger par un orignal!

- Les orignaux sont herbivores!

- Justement, blaguait Lorelai.

- Oh! Vous faisiez une farce! Très amusante! » Rit-elle avant de sortir du restaurant.

Ça en valait vraiment la peine? Elle prit une grande inspiration.

« Booth? J'ai quelque chose à vous dire… »

À l'intérieur du restaurant, Lorelai redescendait des escaliers menant à l'ancien appartement de Luke ayant été porté le fils endormi dans son parc qu'elle y avait laissé. En traversant le rideau, elle vit à travers la vitrine du restaurant le couple de policiers s'embrassant à pleine bouche près du véhicule de Booth sous le regard ébahi de Luke. Se retournant pour voir sa femme souriant triomphalement, il hocha de la tête de gauche à droite. Oui, ça en valait la peine, mais il avait parfois de la difficulté à comprendre comment il en était arrivé là!

Oh! C'était vrai! C'était le couple qui s'embrassait de l'autre côté de la rue qui lui avait sauvé les fesses.