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Le mariage

One Last Breath- Creed

MACKAYLA LANE regarda encore une fois autour d'elle, incapable de croire ce qu'elle voyait. Des centaines de roses, un tapis rouge, un autel surchargé de fleurs, des murs blancs ornés de motifs alambiqués, des tapisseries brodées d'or, des rideaux de soie fine, incrustés ici et là de pierres précieuses, des chaises vides, immaculées et drapées de voiles translucides, un buffet portant une grande abondance de plats raffinés et luxueux...

" Mademoiselle Lane !" apostropha Barrons d'un ton exaspéré. Elle se retourna vers le colosse en smoking avec un regard méfiant.
" Qu'y a-t-il, encore ?" dit-elle en levant les yeux au ciel.

" Nous sommes au milieu de votre cérémonie de mariage, si vous pouviez y prêter un peu plus d'attention, vous nous honoreriez." répondit-il avec une grimace ironique.

Ces paroles provoquèrent un frisson dans le dos de Mac, qui demanda:

"Oui, d'ailleurs, rappelez-moi au nom de quelles sadiques raisons vous vous êtes mis en tête de m'épouser !"

Barrons grimaça et posa un regard indéchiffrable sur la jeune femme, qui se tenait droite et fière dans sa robe de mariée vaporeuse et son voile transparent, tenant à la main un bouquet de roses blanches. Puis il s'aperçut qu'elle attendait toujours une réponse et dit:

" Très simple, mademoiselle Lane. Le Haut Seigneur pense vous avoir sous son contrôle. Il vous a demandé de me séduire, dans le but évident de m'éloigner de Dublin. Nous devons lui faire penser que nous partirons en voyage de noces dès ce soir.
- Mais nous ne sommes pas obligés de nous marier VRAIMENT !
- Si, mademoiselle. Les registres officiels seront la première chose qu'il vérifiera, parce qu'il vérifiera, n'en doutez pas. Maintenant, silence, le moment approche. Ceci ne me plaît pas plus qu'à vous.
- Mensonge", lança Christian MacKeltar, qui avait été désigné pour remplir le rôle du marieur.

Barrons lui lança un regard assassin et ajouta avec un rictus forcé:

" Je dois avouer que je prends plaisir à voir mademoiselle Lane dans un tel état.
- Mouais !", fit Christian, dubitatif. La phrase était strictement vraie, mais il savait que l'énigmatique allié de Mac cachait quelque chose en ce qui concernait leur relation. Tandis qu'il continuait à réciter les formules d'usage, Mac murmura à Barrons:

" Peut-être qu'il commencera par les registres officiels...
- Ce n'est pas "peut-être", c'est certain, coupa Barrons, tout en glissant l'alliance magnifique et hors de prix au doigt de Mac, qui, en dépit de tous ses efforts, rougit légèrement. Elle l'ignora et continua:
" ...mais dès l'instant où il cherchera un peu plus loin, il s'apercevra du fait que je ne vous aime pas et ne vous aimerai jamais ! "

Un éclair de rage passa dans les yeux sombres de Jéricho Barrons.

"...Vous pouvez embrasser la mariée.", dit Christian.
"Fermez-la, Mac", assena-t-il rageusement.

Et il écrasa ses lèvres sur celles de la jeune femme, qui commença par résister, puis abandonna la partie et lui rendit son baiser. elle enroula ses bras autour de la nuque de Barrons, et le serra contre elle de toutes ses forces, comme si elle voulait lui transmettre sa solitude, sa peur, sa méfiance, sa colère, son sentiment d'injustice et de faiblesse et son envie de tout laisser tomber. Barrons, quant à lui, semblait étrangement...ému. Pourtant, tout ceci n'était qu'une mascarade pour tromper l'ennemi, il l'avait dit lui-même... Il décolla un instant ses lèvres de celles de Mac et lui souffla à l'oreille, haletant:

" A partir de maintenant, vous serez MacKayla Barrons...ma femme..."

Puis il ramena son visage contre celui de la jeune femme médusée, qui se demandait si cette journée n'était pas simplement un délire total de son esprit pendant son sommeil. Il se remit à l'embrasser, et soudainement elle ne s'inquiéta plus de savoir si c'était un rêve ou une réalité.

Alors qu'elle se perdait dans cette étreinte brûlante, Mac sentit tout à coup un objet froid dans son dos. Avant qu'elle puisse réagir d'une quelconque façon que ce soit, une lame s'enfonça dans son épaule et lui transperça le cœur.

Toujours dans les bras de Barrons, elle se figea, puis sentit son esprit partir à la dérive, et à mesure que la vie quittait son corps, elle s'effondra lentement. Barrons, tenant toujours son poignard ensanglanté, adoucit sa chute en laissant une de ses mains dans le bas de son dos, et mit un genou à terre tandis qu'il l'allongeait contre son torse, la tête sur son genou. Il lui vola un dernier baiser, et lorsqu'il sentit l'ultime souffle de vie s'envoler, une larme amère coula sur sa joue et tomba sur celle de Mac. Elle n'avait rien deviné et s'était laissée prendre au piège jusqu'à la fin.