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Ready,set...

Dance with the Devil- Breaking Benjamin

-Aïeuh, gémit Karin en grimaçant de douleur, affalée au milieu des ordures. Une main prit son poignet, et elle sursauta, puis elle reconnut Christian MacKeltar. Le druide l'aida à se relever, puis il tourna la tête vers Miriam. Il lança :

- Satisfaite ?

Miriam, abasourdie, les yeux ronds, hocha la tête. Jericho Barrons venait d'envoyer valdinguer la sidhe-seer la plus musclée et la plus féroce de l'Abbaye à plusieurs mètres, d'une seule main et sans forcer. Elle déglutit, reprit une expression neutre et répondit :

-Ahem…Oui. Je vous accorde ce point-là. Continuons, je vous prie.

C'était le lendemain du Conseil, peu après dix heures du matin, sur une place publique désertée par les Ombres. Le soleil matinal diffusait une lueur d'un tendre orangé. Miriam et son équipe avaient entraîné les deux hommes vers un vaste espace dégagé, pour pouvoir voir de leurs propres yeux les capacités du cynique colosse et en témoigner auprès de Rowena. Première chose sur la liste : la force physique. Incontestable…Miriam enchaîna sans se laisser démonter :

-Bien, voyons voir. Sauf votre respect, monsieur Barrons, nous sommes dubitatifs concernant le…dédoublement…

Elle leva un sourcil, sceptique. Barrons n'avait pas dit un mot depuis la veille. Muré dans son silence, il préférait donner les preuves directes sans argumentations interminables. Il ferma les yeux, bras croisés, et, comme sorti de nulle part, son double en costume Armani, impeccable, apparut, tout d'abord flou puis, ses contours se précisèrent, et un deuxième Barrons se tint à côté du premier, immobile, en chair et en os, et indissociable de l'original. D'un regard, Barrons n°1 envoya son clone vers Karin, qui se retrouva une fois de plus à terre. Christian précisa à l'intention de son public bouche bée, d'un air innocent.

-Le double a bien entendu toutes les capacités de l'original, sans aucune défaillance ou faiblesse…

-B-Bien entendu, balbutia Miriam, qui essayait de garder sa dignité.

-La démonstration se poursuivra donc avec le double, au cas où vous douteriez de mes affirmations, dit Christian avec un sourire angélique, enfonçant le clou.

Un regard assassin se fixa sur lui, mais sa propriétaire soupira lorsqu'elle vit que le jeune homme ne perdait rien de son assurance. Elle continua :

-D'accord. L'hypervitesse, s'il vous plaît, énonça-t-elle succinctement.

Toutes les têtes se tournèrent vers Barrons, qui hocha la tête, et…ne…bougea pas d'un seul orteil. Karin, remise de ses deux chutes, émit un rire sarcastique :

-Haha. Vous n'y arrivez pas, monsieur l'Espoir-de-la-race-humaine ?

Barrons jeta un regard méprisant à la téméraire jeune femme, puis consentit enfin à ouvrir la bouche :

-Ne vous y trompez pas, sidhe-seer. Je viens de faire le tour de la place sans me presser.

Christian sourit et ordonna :

-Placez un objet, n'importe quoi, à l'autre bout de la place, et demandez-lui d'aller le chercher.

Une des sidhe-seers obéit et plaça son MacHalo à l'endroit indiqué, puis elle revint. Barrons se retrouva une fois de plus centre d'attention, et ne bougea pas plus que la première fois. Pourtant, d'une seconde à l'autre, le casque lumineux se balançait au bout de ses doigts. Tous hoquetèrent d'étonnement, puis gardèrent le silence, impressionnés.

La suite des démonstrations se passa dans un silence respectueux, et plus personne ne mit en doute les affirmations de Christian, qui énumérait :

-Invocation du prince Seelie V'lane, et qualité de null.

Barrons appuya sur son poignet le faë apparut. Le clone s'avança vers lui, et V'lane, prévenu, se laissa pétrifier pour quelques instants, avant de repartir sans s'attarder.

-Détecteur d'Objets de Pouvoir.

Barrons regarda Miriam avec insistance, et son clone fut autorisé à fouiller la sidhe-seer. Il trouva sans s'en étonner l'Epée, cachée dans son dos. L'arme lui avait été confiée temporairement après la mort de Dani. Christian poursuivit :

-Annulation des barrières magiques, ce que vous avez pu constater hier pour le Conseil, Barrons ayant traversé sans effort les protections entourant l'Abbaye.

Les sidhe-seers hochèrent la tête, sans dire un mot.

-Maîtrise des armes blanches et des armes à feu.

Avant que personne n'ait pu bouger, une lame siffla à l'oreille de Karin, et se planta dans une toute petite branche de l'arbre qui se trouvait cent mètres plus loin. La jeune femme eut à peine le temps de calmer son cœur battant que Barrons n°2 dégainait un Sig Sauer et tirait. La balle traversa une feuille morte alors qu'elle chutait de son arbre, puis se ficha dans un mur à l'autre bout de l'espace. Les spectateurs étaient tétanisés par la rapidité du libraire et n'osaient pas bouger d'un poil.

Christian brisa la tension :

-Bon ! Parfait. Maintenant, communication avec les espèces animales.

Barrons siffla mélodieusement une hirondelle vint se poser sur sa main. Karin, courageuse, leva la main et demanda tout haut ce que tout le monde pensait tout bas :

-Excusez-moi, je ne vois pas vraiment l'intérêt de cette technique…

Le druide sourit et désigna Barrons n°2 du menton. Ce dernier se mit à siffler à son tour seulement, les notes étaient plus basses, plus lentes. Tout d'abord, rien ne se passa. Puis, tout le monde put voir glisser vers eux un énorme serpent noir. Il se dressa devant Barrons, le défia du regard. Pendant un moment critique, tous se figèrent, pressentant l'imminence de l'attaque. Mais la bête baissa la tête, puis s'éloigna tranquillement.

Christian dit :

-Vous comprenez, Karin ?

La jeune femme était blême.

-Parfaitement. Il aurait pu étrangler n'importe lequel d'entre nous, ou bien l'empoisonner. De plus, les humains au service des nos ennemis ne se méfient pas des animaux, si dangereux soient-ils.

-C'est tout à fait ça. Nous pourrons par exemple utiliser des scorpions ou des animaux discrets. Continuons. Télépathie.

Barrons récita d'un ton indifférent :

-« Eh bien, ce Barrons m'intrigue…D'habitude, les hommes ne peuvent pas me dépasser en puissance, mais lui, largement…il est froid en apparence, mais au lit, ce doit être un dieu… »

Karin rougit jusqu'aux oreilles. Barrons s'interrompit :

-C'est bien ça, mademoiselle Karin ? Ou voulez-vous que je continue ?

-N-Non…ça ira, répondit-elle, rouge de honte.

Miriam lui lança un regard sévère et dit d'une voix sèche :

-S'il te plaît, concentre-toi sur ta mission !

Barrons n°2 intervint :

-Vous n'avez pas grand-chose à lui reprocher, étant donné que vos pensées étaient à peu près les mêmes à l'égard de MacKeltar.

Ce fut au tour de Miriam de prendre une teinte rouge. Elle dit rapidement :

-Bon, OK, télépathie, oui, on a compris…On peut passer à la suite ?

Une esquisse de sourire ironique se dessina sur le visage de Barrons. Christian répondit :

-Bien sûr. Invisibilité.

Une onde statique parcourut le corps des deux Barrons, qui disparurent purement et simplement, puis réapparurent un peu plus loin.

-Repérage des failles inter-dimensionnelles et des faës durant leurs transferts.

Sortant de sa poche une carte de la ville, Barrons et son double marquèrent les transferts les plus récents et les failles.

-Action sur la mémoire.

Barrons regarda Miriam dans les yeux. Puis il lui demanda :

-Où habitent vos parents et quel est votre prénom ?

-Mes parents vivent en Australie, à Sydney, et je m'appelle Juliette.

Les sidhe-seers échangèrent des regards perplexes. Il était évident qu'elle ne s'appelait pas Juliette…De plus, ses parents étaient morts, et elle avait toujours vécu à l'Abbaye. Barrons n°2 lui rendit ses souvenirs, et Miriam cligna des yeux, effarée.

-Enfin, termina Christian, Barrons a reçu de nombreuses qualités intellectuelles et militaires. Voilà, mesdames, vous avez eu les confirmations que vous attendiez.

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Can't fight the moonlight- Leanne Rimes

23h04. Mon ombre est ma seule compagne alors que je marche dans les rues désertes de Dublin. Un rhino-boy isolé tente sa chance, mais il sent mon aura et me laissa tranquille. Hmmm. Efficace. Le Haut Seigneur n'a pas menti. Je souffle sur mes mains gelées pour les réchauffer un minimum, et je continue mon chemin.

Au bout d'une dizaine de minutes, j'arrive devant un bâtiment, seul éclairé et seul debout de la ruelle. Sur la devanture, un néon vert annonce : Sally's Underground Bar. C'est la boîte de nuit que Rowena a fait construire. Je franchis les barrières de protection, qui seront désactivées le jour du rituel pour le moment, seules les sidhe-seers connaissent son existence.

J'entre, et découvre un décor de bar irlandais confortable, mais je sais que ce n'est que la partie visible de l'iceberg. La pièce étant vide, je pousse la porte de l'arrière-salle et je descends un escalier de fortune menant à la salle souterraine.

Christian et Barrons sont là, entourés de Sally et de son équipe. Le druide est plongé dans un manuscrit celte, préparant le déroulement de l'opération. Un enchevêtrement de lignes et de symboles est dessiné au sol, en rouge. Je me demande brièvement quelle est cette substance, puis j'aperçois dans un coin un bûcher de carcasses d'animaux, et je frissonne. Du sang animal. Charmant. Heureusement, ce cercle de runes sera couvert par la moquette lorsque les préparatifs seront terminés.

Je m'approche du groupe, essayant d'engranger le maximum d'informations et de détails, puis je souris à Christian, qui me regarde, surpris, puis me sourit en retour. Je lui demande :

-Tout va bien ?

-Parfaitement bien. Nous serons prêts pour la date prévue. Il nous manque encore deux ou trois ingrédients importants, mais Barrons s'en charge.

L'intéressé, se trouvant derrière lui, ne fait pas mine de bouger. Il fixe le mur d'un air absent on sent qu'il est très loin. Je reprends :

-Puis-je avoir quelques détails concernant le rituel ?

Tout à coup, son regard se fait plus dur.

-Pourquoi ?

-Je suis désignée en tant qu'appât, et j'aimerais mesurer les risques.

Toujours méfiant, il me résume tout ce que j'ai besoin de savoir. Pas plus. Rien à propos du rituel en lui-même. Tant pis, je le ferai parler. Et je sais comment.

Ne laissant rien paraître, je le remercie, jette un dernier coup d'œil à la salle, puis je repars vers l'Abbaye.

Christian est la source principale d'informations, et la plus accessible pour moi, traîtresse à la solde du Haut Seigneur, qui doit rester discrète.

A peine rentrée, je suis convoquée dans le bureau de Rowena. Je marche calmement vers la lourde porte en bois d'ébène, et j'entre dans la pièce spacieuse et sobrement décorée. La vieille harpie me regarde avec des yeux inquisiteurs, puis soupire et me dit :

-Alors ?

-Le druide pense être prêt à temps. Monsieur Barrons doit encore aller chercher deux ou trois ingrédients, puis ce sera terminé en-dehors des détails.

-Parfait. J'aimerais que vous transmettiez ces informations à Barrons. Voilà le texte.

Elle me tend un bout de papier. La missive est courte, mais exploite et complète. J'accepte, puis je sors de la salle en lisant la fin du message. Alors, une idée germe dans mon esprit. Barrons…Barrons est le seul individu vraiment indispensable pendant le rituel. Je n'ai qu'à changer l'heure donnée dans la lettre, et il sera absent, le rituel voué à l'échec… Un sourire diabolique étire mes lèvres.

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Pas ici. Pas ici non plus. Au nom d'Aoibheal, où était ce maudit bouquin ?

V'lane cherchait. Avant de boire au Chaudron, il avait lu ce manuscrit…dont le fantôme subsistait quelque part au fond de sa tête…mais pour le moment, ses recherches se révélaient vaines. Cependant, il ne perdait pas espoir. Une idée lui traversa l'esprit : la bibliothèque d'Alymna…Oui. Peut-être.

Le faë s'évapora dans les airs.

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Untouched-The Veronicas

Après le départ de la sidhe-seer, Christian MacKeltar se replongea dans son livre. Le rituel était long, difficile et très risqué…Mais ils n'avaient pas le choix. Pour le moment, le cercle magique était tracé, avec du sang de petites bêtes, au sol de la boîte de nuit.

Maintenant, il fallait réunir les ingrédients permettant de l'activer. Tout ce qu'il aurait à faire, ce serait de se badigeonner les mains avec la mixture, dessiner quelques runes sur son visage, et étaler une couche de produit très précisément à droite et à gauche des lignes sanglantes, et en veillant à ne pas mélanger les deux substances.

Le problème était que premièrement, les ingrédients étaient très difficiles à récolter, et deuxièmement, une seule erreur dans les symboles ou la formule provoquerait l'éclosion de flammes inextinguibles, auxquelles personne ne pourrait échapper. La formule étant très longue, cela requérait une précision et une attention sans faille.

Soupirant, il posa le précieux livre dans un coffre scellé, puis se rendit à l'Abbaye, dans le but de prévenir Rowena de la suite des opérations.

Cependant, en route pour l'imposant bureau, une main prit son poignet et l'entraîna dans un des couloirs annexes de l'établissement. Levant les yeux, il reconnut Miriam, la jeune sidhe-seer qui avait proposé l'idée de l'embuscade lors du Conseil, et qui, il devait bien l'avouer, lui avait tapé dans l'œil.

La jeune femme lui fit un clin d'œil tout en posant son index contre ses lèvres, lui intimant le silence. Christian se laissa faire, intrigué. Miriam le fit entrer dans une salle obscure, puis referma la porte derrière elle, et ferma à double tour. Allumant la lumière et révélant une petite chambre chaleureuse, elle se campa devant Christian, les bras croisés, une lueur malicieuse dans les yeux, et dit :

-Tu n'as pas encore compris ?

Le druide avait fort bien compris. Il venait de se faire entraîner dans une chambre fermée à double tour par une charmante jeune fille en tenue légère, il n'avait pas besoin de plus de détails.

Sans dire un mot, il s'empara de la taille de Miriam, et l'embrassa sans autre préambule. Il fit durer l'instant, pour que la jeune femme s'habitue à sa présence et à sa fougue, puis il la serra un peu plus fort contre lui et commença à la dévêtir. Lentement, il la coucha sur le lit, puis, tout aussi doucement, prit possession d'elle.

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My immortal-Evanescence

Barrons était accroché d'une main à un rocher, quelque part dans le Nord de l'Irlande, un pied pendant dans le vide en-dessous de lui alors que la prise qu'il utilisait venait de rompre sous son pied.

Quelques cailloux dégringolèrent et allèrent se perdre dans le tourbillon du courant de la mer grondante, quelques centaines de mètres plus bas. Même le colosse ne s'en sortirait pas intact s'il tombait d'aussi haut…Néanmoins, il était le plus apte à s'occuper de cette mission.

En effet, l'un des ingrédients de la substance rituelle était une certaine espèce de lichen, qui ne poussait que dans cette région à l'extrémité du pays, au bas des falaises rocheuses. Barrons jura tout bas et tâta le roc pour retrouver une prise solide. Cela fait, il continua sa descente.

Sitôt arrivé sur un à-pic, il s'agenouilla et recueillit avec des gants la mousse, d'une étrange couleur bleue, qu'il mit précautionneusement dans un pot de verre.

Il leva les yeux vers le massif qu'il lui fallait à présent remonter et maudit cette foutue hypervitesse qui ne lui servait strictement à rien dans cette situation. Certes, elle lui avait permis d'arriver jusqu'à ce promontoire en un temps record, mais pour l'escalade, elle était inutile...

Le libraire fut vite de retour sur la terre ferme.

Se retournant, il se perdit un instant dans la contemplation du paysage, s'immergea dans le silence qui régnait en maître sur l'endroit. Le crépuscule peignait l'océan de teintes orangées et d'ombres mystérieuses, donnait à la modeste verdure de la falaise un gris cendré. Lui, plus ombre qu'homme, s'intégrait parfaitement au tableau. L'esprit vide et calme, il prit une goulée d'air marin et ne put s'empêcher de s'émouvoir de la beauté et de l'intemporalité de la vision. Ce paysage serait le même, dix, cent, dix mille ans plus tard. Un rire de femme, le rire de Mac, résonna à ses oreilles. Il ferma les yeux et s'en fut.

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Je m'approchai du coffre avec méfiance et prudence. Regardant autour de moi, essayant de percer l'obscurité de la nuit noire, je m'assurai que j'étais seule. Puis je concentrais mon attention sur le petit objet en bois de chêne, et appuyai à trois endroits bien précis de relief sculpté.

Le coffre s'ouvrit. A l'intérieur, le fameux manuscrit celte des formules interdites. Je l'admirai un moment, puis je secouai la tête et l'ouvris.

Je trouvai rapidement la formule traitant du rituel, et survolais le texte dans le but de trouver un mot auquel je pourrais changer une lettre, une seule. Très appliquée, je ne fis que rajouter un trait pour faire un « e » d'un « c », puis je refermai le livre, le replaçai, refermai le coffre et partis sans me hâter, d'un air tranquille, même si mon cœur battait fébrilement.

Cette petite lettre allait faire échouer tout le rituel.

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« Si'n ka'mn'a…m'olknom… »

Au nom de la Reine…mais…c'est ça ! C'est CA ! J'AI ENFIN TROUVE ! AAHA !

V'lane poussa un cri de joie sauvage, puis rit comme un fou, et se transféra.

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Within Temptation- Our farewell

Le lendemain, veille du premier essai, en-dehors des derniers détails, tout était prêt.

Seulement, personne n'y songeait vraiment, car aujourd'hui était le jour où l'on enterrait Mac…

V'lane les avait tous transférés en Faery, Barrons, Christian, Rowena, Miriam, Kat, Sally, toutes les autres sidhe-seers qui avaient demandé à assister à la cérémonie.

La petite troupe silencieuse se tenait dans une prairie dorée, où le vent soufflait doucement, et où le soleil reflétait ses rayons sur les herbes. Devant eux, un cercueil argenté. A l'intérieur, le corps parfaitement conservé de MacKayla Lane, allongée sur un lit de roses blanches. Son teint était frais, son visage, tranquille. On aurait juré qu'elle dormait. V'lane n'était pas un prêtre et il ne se l'improviserait pas. Alors, au lieu de prononcer un long discours, il invita chacun à venir faire ses hommages à la défunte.

Rowena murmura quelque chose au creux de son oreille, puis attacha à son cou un talisman vert émeraude. Alors qu'elle laissait la place à Christian, tous purent voir ses yeux s'humidifier.

Le druide ne dit rien il se contenta de la regarder un long moment, puis de replacer une mèche de ses cheveux. Sa mine était triste et sombre.

Barrons, lui, s'approcha lentement et posa une main sur sa joue. Il la caressa tendrement et murmura d'une voix rauque, que tout le monde prétendit de ne pas entendre : « Je suis désolé, Mac. Tellement désolé… » Puis il l'embrassa doucement sur le front, comme on embrasse quelque chose de très précieux. Enfin, il se recula, et fit signe au prince faë.

V'lane hocha la tête et posa sa paume sur le front de la jeune femme. Une onde se propagea dans tout son corps, puis disparut. Quelques instants plus tard, elle commença à s'évaporer dans les airs en milliers de petits scintillements argentés, dispersés au gré des courants du vent.

Christian jeta un furtif coup d'œil sur son imposant coéquipier, et vit très distinctement une larme briller sur sa joue, une souffrance indicible dans ses yeux, alors que Mac disparaissait à jamais. A ce moment-là, il évoquait un enfant qui a peur, perdu dans le noir. Mais le jeune homme se tut, respectueux.

La cérémonie terminée, tous retournèrent dans le monde humain pour peaufiner les derniers détails, sans beaucoup de cœur à la tâche. Le rituel serait enclenché à 4h du matin.

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Mozart l'opéra rock-je dors sur des roses

5h34, Grand Canyon, USA.

Barrons, vêtu de son éternel costume taillé sur mesure, même sous la chaleur étouffante, essayait de repérer la petite cabane protégée dont Christian lui avait parlé.

Enfin, il la vit, petite construction au bord du lit du Colorado, et désactiva sans effort les barrières magiques de l'endroit. Il entra dans une pièce confortable, visiblement quittée précipitamment. L'occupant de la maison devait encore être dans les parages, surpris par l'intrusion du colosse.

Soudain, une lame glacée s'appuya contre sa gorge.

-Que voulez-vous ?, demanda une voix grave derrière lui. Barrons garda un calme olympien et dit d'une voix claire :

-Je viens de la part de Christian. S'il m'ar ban, ma'n rag'na.

En entendant la formule faërique de reconnaissance dont lui et son fils avaient décidé, le père du druide, Caïn MacKeltar, baissa son arme et se recula. Barrons découvrit un homme grand, à la peau mate et couverte de tatouages, les cheveux bruns et coupés très courts. La beauté dont son fils avait hérité aiguisait ses traits et musclait ses épaules.

Il garda le silence, analysant son visiteur, et attendant la suite. Barrons, obligeant, lui expliqua la situation, puis lui demanda :

-Je suis venu chercher le dernier ingrédient de la substance rituelle.

-Qui est ?

-Il nous faut…le sang d'un père.

Les yeux verts et vifs de Caïn MacKeltar se posèrent sur le libraire, puis il demanda tranquillement :

-Vous avez un récipient ?

Barrons sortit de son veston un petit flacon en verre et le lui tendit. Caïn prit le flacon, s'empara de sa lame, et, avec un sang-froid exemplaire, entailla profondément son poignet. Sans un cri, il laissa couler le liquide vital dans le flacon, puis il dessina avec ce même sang un cercle magique autour de sa blessure. Marmonnant une formule incompréhensible, il fit naître au creux de sa paume une lueur bleue, et la seconde suivante, les chairs se refermaient totalement. Il nettoya les éclaboussures rougeâtres, puis il tourna la tête vers l'entrée, congédiant son imposant visiteur.

Juste avant qu'il ne sorte, il lui lança :

-S'il vous plaît. Dites…dites à Christian que je… non, dites-lui ceci : « S'al m'irka na'mal. »

Barrons accepta d'un hochement de menton, puis partit sans s'attarder.

23h32. Dans l'avion retour pour Dublin. Un garçon lui apporta une lettre de Rowena qui lui indiquait l'heure du début du rituel. 6h du matin…