La Mort d'Or

Chapitre 1 : l'île

Mardi 14 mars 1542

L'océan Pacifique n'avait jamais aussi bien porté son nom. Une douce brise poussait le galion espagnol qui voguait pesamment sur les flots calmes. Le navire lourdement chargé de l'or des Incas, naviguait lentement vers le Sud du nouveau monde afin de rejoindre le détroit de Magellan et de là, l'Espagne pour apporter ces trésors au roi Charles Quint. Le capitaine Jùan Sebastian Hernández était un homme fort et assez trapu, son visage était buriné par les années qu'il avait passé sur les océans. Il avait le pied ferme et orgueilleux alors qu'il arpentait fièrement le pont en solide chêne de Castille. La Santa Luz n'était pas un gros vaisseau, il était à peine plus grand que la Señora de la Conception, mais il naviguait bien et vite. Enfin, la plus part du temps. En effet, les cales du navire regorgeaient d'or, d'argent et de pierres précieuses arrachés au peuple Inca. Et puis une histoire circulait dans les auberges et les tavernes, depuis quelques temps, les galions disparaissaient et il n'y avait aucune trace de naufrage ni aucun corps dérivant. La peur avait saisi tous les équipages et tous tremblaient à l'idée de traverser l'océan. L'équipage de la Santa Luz était encore plus effrayé, car le navire était lent, trop lent. En cas d'attaque, ils n'auraient aucune chance de s'en sortir vivant.

Le capitaine regardait les marins manœuvrer les lourdes voiles blanches afin de forcer le navire à aller plus vite dans un vain espoir de rallier plus rapidement l'océan Atlantique afin de rejoindre l'Espagne et de là sa tendre fiancée Luciana qui l'attendait à Cadix. Soudain, un cri résonna dans l'air chaud et calme de cette fin de matinée :

-Voile ! Capitaine ! Voile à tribord !

-Comment ? Que fait un navire aussi loin au Sud ? Est-ce un galion espagnol ?

-Non capitaine. Je… je n'ai jamais vu un tel navire.

Fronçant ses épais sourcils, le capitaine se plaça face à la voile étrangère et déplia sa longue vue afin de voir s'il était capable de reconnaître la forme de la coque ou de la voile, mais même avec la lunette, le vaisseau était trop loin. La seule chose qu'il pouvait voir à cette distance, c'est que le navire était bien plus grand que lui. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était attendre que l'étranger s'approche. Il était de plus en plus nerveux et regrettait d'avoir accepté d'avoir pris cette cargaison. Ils étaient vraiment trop lourds et ne pouvaient pas distancer le moindre ennemi. Ils n'arriveraient même pas à doubler un escargot. Il reprit sa marche sur le pont et de temps à autre regardait par la lunette, pour savoir s'il pourrait reconnaître le navire. Au bout de quelques minutes, il regarda de nouveau et crut reconnaître les formes des voiles. Où déjà ? Mais bien sûr c'était une jonque Chinoise. Mais que faisait une jonque aussi loin de son pays ? Et puis d'habitude les navires chinois ont des voiles blanches ou colorées, mais jamais noires ! Son anxiété devint nervosité puis peur quand il se rendit compte que ce n'était peut-être pas une jonque. Il regarda de nouveau et la peur prit possession de son être alors qu'il ne reconnaissait pas la forme du navire. Il ordonna de déployer toutes les voiles, mais même ainsi, il savait qu'il avait peu de chance de le distancer.

Alors il décida de se préparer à la bataille, car il sentait au plus profond de ses tripes que ce navire étranger n'était pas là pour boire une tasse de chocolat chaud. Les hommes d'équipage avaient peur, ils étaient même terrorisés, ils tremblaient à l'idée que ce soit ceux qui étaient responsables de la disparition des différents galions. Ils devinrent tous blêmes en voyant le navire étranger se rapprocher. Il était tellement près d'eux que tous purent voir les couleurs qui flottaient sur le plus haut mât. Maintenant que le navire étranger était très proche, il pouvait voir que ce n'était pas une jonque malgré ce que les voiles lui avait fait penser quelques temps avant. La coque était d'une étrange couleur rougeâtre, d'une essence qu'il n'avait jamais vu auparavant. Sa coque était élancée tout en finesse et le navire avait l'air de voler sur l'eau calme de l'océan. Il trembla de peur quand il vit un drapeau qu'il n'avait jamais vu auparavant, mais que tous les marins connaissaient et craignaient. Un drapeau rouge sang preuve qu'il n'y aurait aucune pitié venant des pirates. Tous les marins de la Santa Luz sursautèrent quand le capitaine Jùan Sebastian Hernández hurla :

-Branle bas de combat !

Dès qu'ils entendirent cet ordre, tout l'équipage fonça se positionner afin de combattre l'ennemi qui venait vers eux. La peur se lisait dans leurs yeux à tous, mais ils préféraient mourir en combattant que se faire massacrer sans s'être défendus. La peur donnait des ailes à l'équipage, le capitaine ne les avait jamais vus courir aussi vite. Au bout de quelques minutes, tous étaient à leur place et prêts au combat. Cependant, ces quelques minutes avaient permis au bateau ennemi de s'approcher encore plus de la Santa Luz. Il n'était plus qu'à un mille du galion. Le capitaine commençait vraiment a être affolé, car ce navire ennemi était vraiment plus rapide que le sien, il devait au moins faire du huit nœuds alors que lui se trainait péniblement à deux nœuds. C'était une véritable catastrophe. Il ne pourrait jamais le distancer, leur seule chance de survie, c'était le combat.

Maintenant que son équipage était prêt, le fougueux capitaine hurla :

-Ouvrez les sabords !

Dans un même mouvement, les ouvertures du côté droit du galion se soulevèrent et découvrirent les crocs du navire. A peine une minutes plus tard, le capitaine cria :

-Sortez les canons !

Deux rangés de huit canons chacun sortirent du flanc du navire montrant la puissance de frappe du galion. Maintenant, les espagnols avaient une chance de vaincre s'ils touchaient au but. Hernández hurla :

-Canonniers à vos pièces ! Fuego !

Les canons pointés sur le grand navire crachèrent la mort en boulet et si une partie passa largement au dessus, l'autre toucha le bateau pirate. Rendu à moitié sourd par les explosions, le capitaine n'entendit pas les cris de joie de ses hommes. Voulant détruire cet ennemi, il hurla de nouveau :

-Fuego !

Cependant, il n'y eut pas une seule explosion. Seul le silence lui répondit. Il se tourna vers ses hommes pour leur hurler dessus et eut un aperçu de l'enfer. Le sang avait pris la place de l'eau, il n'y avait plus un seul mouvement à part le roulis du galion. Tous ses hommes étaient sur le pont, la gorge tranchée ou le crâne fracassé. Sa terreur ne connut pas de borne quand il vit face à lui un homme à la peau brune, un homme aux yeux d'or, froid comme de la glace, luisant d'une lueur malsaine et sadique. Non, ce n'était pas un homme, c'était le diable en personne. Venu sur terre pour châtier les espagnoles responsables de la destruction des incas. Il le reconnaissait, c'était un inca et il avait une étrange rune non pas une rune, mais la forme d'un visage de vieil homme ou de vieille femme avec un étrange sourire gravé sur le front de l'homme. Le plus étrange était que cette image avait été comme incrustée d'or. Malgré la fascination qu'il avait envers le métal précieux, celui qu'il voyait le remplissait de terreur. Il savait que s'il restait ici, c'était la mort qui viendrait le prendre. La peur qu'il ressentait le clouait sur place, il ressemblait à un oiseau qui observe le serpent s'approcher de lui. Et en effet, le sauvage s'approchait avec un air de ravissement morbide au fond de ses yeux dorés. Alors qu'il voyait l'homme lever le bras qui tenait une espèce de massue en bois dont l'extrémité était une boule en bois dur agrémentée de pics en pierre, Hernández sentit son instinct de survie se réveiller et il fit la seule chose qui lui vint en tête, il fonça sur l'homme et le bouscula. Entraîné par son élan, il prit de la vitesse, attrapa le bastingage et sauta par-dessus bord. Alors que la surface miroitante de l'océan s'approchait à grande vitesse, il entendit un cri :

-Tin Talzaho'ob tile ca cimzao'ob wa peck (1)

Hernández soupira mentalement de soulagement en percutant la surface de l'eau et en coulant. Il était lourdement chargé avec sa cuirasse et sa cote de mailles. Le plus calmement possible malgré sa panique, il retira son armure et se sentit plus léger. Il remonta à la surface et vit que le courant l'avait très éloigné de son navire et l'avait dirigé vers l'Est et donc vers la terre. Alors il se mit à nager, s'il avait regardé en arrière, il aurait vu l'indien le regarder avec haine ainsi qu'un soupçon de cruauté. Hernández nagea frénétiquement vers la rive ne se rendant pas compte qu'il s'éloignait de plus en plus l'Amérique Centrale pour se diriger vers le grand large. Plus il nageait, plus la fatigue s'installait et moins il avait le courage de continuer. En plus de cela, il sentait son corps se déshydrater à cause de l'attraction de l'eau par l'eau. Alors qu'il allait abandonner et se laisser couler, une vague plus grande que les autres le poussa rapidement vers l'Est et il s'écrasa sur une plage de sable fin. L'espagnol resta endormi une bonne partie de la journée et ce ne fut qu'au moment où il sentit un violent pincement au niveau de sa main. Il tenta d'ouvrir les yeux, mais c'est comme s'il y avait une croute dure sur ses paupières. Il secoua la tête, se releva et sentit de nouveau un pincement, mais cette fois-ci au niveau de ses orteils. Énervé, il frotta ses paupières et retira la gangue de sel qui engluait ses yeux et put voir la raison de ses pincements. Un crabe. Il y avait un crabe qui tentait de le mettre à son menu. Hernández sortit la dague qu'il portait à son ceinturon et poignarda le crabe. Au moins, il aurait quelque chose à manger sur cette terre. Il se releva et poussa un cri de douleur, le forçant à se rassoir. Il regarda l'origine de sa douleur et vit avec horreur que son pied était en sang et qu'il lui manquait trois doigts dévorés par les crabes. Il comprit en voyant des rochers affleurer l'eau qu'il avait dû heurter le récif et les crabes avaient fait le reste.

Son corps et surtout ses nerfs encore endoloris par la température glaciale de l'eau, ne transmettaient pas à son cerveau les messages de douleur dû à cette blessure. Cependant, Hernández savait que cela n'allait pas durer et que s'il ne se soignait pas rapidement, il risquait la gangrène et de là, la mort la plus atroce qui soit. Comment faire ? Mais bien sûr. Il regarda son ceinturon et en plus du fourreau de sa dague, il lui restait sa rapière ainsi que son fourreau. Il prit son arme et l'utilisa pour se lever et se mouvoir. Il regarda à droite et vit une plage infinie, il regarda à gauche et vit une falaise et un trou qui montrait une caverne. Il aurait un endroit pour se protéger des animaux sauvages et des éléments. Il se mit en route vers la grotte en s'aidant de sa rapière et en boitant lourdement. Le soleil tapait fort, l'air était lourd comme s'il allait y avoir un orage. Il avait de plus en plus de mal à avancer, mais il lutta encore. Il n'avait pas réussi à atteindre la terre ferme pour mourir si près du but. Il mit près d'une heure avant d'arriver à bon port et faillit pleurer de joie quand il entendit le bruit caractéristique d'une rivière. Il changea de direction et boitilla vers le torrent. Quand il vit l'eau vive, il se laissa tomber sur la berge et trempa son pied meurtri dans l'eau. Il frémit de douleur en sentant l'eau passer sur les plaies, mais le courant et certains petits poissons ne se nourrissant que de chair putréfiée nettoyèrent la plaie. Hernández retira son pourpoint, déchira les manches et fit avec des pansements rudimentaires qui protègeraient ses plaies. Maintenant que c'était fait, il se reposa sur le sol dur de la grotte et soupira de soulagement. C'est à ce moment qu'il entendit que la pluie tombait drue. Il y avait bien un orage comme le prouva l'éclair suivit du tonnerre qui brisa le silence. La fatigue était telle qu'Hernández s'endormit comme une souche.

La pluie tomba toute la journée et toute la nuit. Alors que la nuit était tombée depuis presque quatre heures, Hernández se réveilla en pleurant. Il sentait la douleur dans son pied le harceler constamment. La souffrance était atroce. Il ne pensait qu'à ça et sentait la fièvre dû à la lutte contre l'infection grandir en lui. Il avait chaud, puis était gelé. Les yeux rendus flous par la fièvre, il regarda autour de lui et vit avec soulagement des débris de bois flottants dans un coin de la grotte. Tremblant, il rampa vers le tas de bois, sortit d'une bourse qu'il avait toujours à sa ceinture, un briquet à silex. Il le fit fonctionner deux fois, puis réussit à allumer un feu. La chaleur tirée du feu réchauffa son corps gelé. Il avait froid mais surtout, il avait mal. Son pied le faisait horriblement souffrir et dans sa souffrance, il décida de faire quelque chose. Il prit sa dague, la mit dans le feu et laissa la lame chauffer. Ensuite, tremblant de tous ses membres, il retira son pansement et poussa un hurlement de douleur quand la chair collée au tissu s'arracha de son pied et laissa du pus sortir de sa plaie. Il avait tellement mal qu'il voulait faire disparaître cette souffrance n'importe comment. Alors quand la lame de sa dague fut rendue blanc par les flammes, il la prit et poussa un cri strident en la posant sur ses chairs meurtries, cautérisant efficacement et très douloureusement sa blessure. La souffrance fut telle qu'il s'évanouit. Quand il se réveilla de nouveau, la douleur était encore là, mais c'était une douleur plus sourde, moins vive et moins prenante. En ouvrant les yeux, il vit que le soleil s'était levé et son feu brûlait encore. Grâce à cette luminosité, il put voir qu'il n'y avait plus de sang qui coulait de sa plaie, l'infection avait été détruite par la chaleur. Il déchira son autre manche et s'en fit un nouveau bandage afin de protéger son pied des éléments extérieurs. Il savait maintenant qu'il allait survivre. Il se battrait pour cela. Laissant sa dague dans la grotte, il s'aida de nouveau de sa rapière pour se relever et avança vers la forêt afin de trouver des fruits et des proies afin de trouver de la nourriture.

Il avait survécu deux ans, mais il voulait retrouver son Espagne natale afin de pouvoir retrouver sa tendre fiancée. Il avait conçu un radeau qui lui permettrait de quitter cette île. Il se sentait surveillé, il avait peur et voulait survivre. Il avait suffisamment navigué sur les mers du monde pour savoir qu'il avait peu de chance d'arriver en vie sur l'océan. Durant ces deux années, il avait écrit un journal de bord sur un livre en peau de cervidé. Il avait suivi avec fidélité les jours et les nuits passant. Grâce à son expérience de la vie, il savait comment se repérer dans le temps, il savait donc qu'il était arrivé sur l'île dans la journée entre le 14 et le 15 mars. A partir de cela, il avait pu faire un journal quotidien de sa vie sur cette île déserte. Cependant, alors qu'il avait réussi à concevoir une embarcation à voile et à rame qui pourrait le transporter, il vit au loin la forme d'un galion. Fou de joie, il décida de partir plus tôt. Il prit ses affaires et poussa son embarcation dans l'eau et prit la direction où se trouvait le Galion. Il avait de la chance, car les courants et le vent l'emmenaient rapidement vers sa destination. Seulement, il devait faire vite, car la nuit tombait vite dans ces latitudes proches de l'équateur. Il n'avait que peu de temps. Et en effet, quelque quinze minutes plus tard, la visibilité était quasi nulle, mais grâce à la lune montante, il put suivre le Galion qui l'amenait loin vers le Sud puis vers l'Ouest. Quand il arriva à rattraper le Galion, il avait viré vers le Nord, puis vers l'Est pour se diriger vers une île avec une montagne, une longue falaise qui faisait presque le tour de l'île et une ouverture dans la roche. Le galion pénétra dans la grotte, vite suivit par Hernández. Là, il découvrit le navire qui les avait attaqués, entièrement rénové et un chemin qui se prolongeait dans les profondeurs de la roche. L'espagnol se laissa glisser dans l'eau et le plus silencieusement possible, rejoignit le chemin afin de savoir ce qu'il en était. Il sortit discrètement de l'eau après avoir regardé autour de lui, puis suivit le chemin.

Au bout de quelques minutes de marche précautionneuse, il découvrit une immense pièce. Sur les murs étaient peint des fresques qui représentaient des hommes et des animaux. Toujours la même sorte d'animaux, des félins. Ils ressemblaient tous aux félins qui étaient représentés dans les temples incas ou aztèques, un jaguar. Après avoir bien regardé les murs, il se tourna vers le fond de la pièce et vit un véritable trésor. Il voyait des montagnes d'or, de pierreries et de bijoux tous dans les métaux les plus précieux. Il regarda autour de lui, mais il ne vit personne. Il était véritablement fasciné par ce qu'il voyait et surtout l'idole en or qui se trouvait en haut d'un autel en pierre qui rappelait les pyramides dans villages incas. Son attention était totalement fixée sur l'idole et tout ce qu'il voulait, c'était la prendre. Ainsi il pourrait la vendre ou la fondre et devenir riche. Avec un sourire cupide, il regarda de nouveau autour de lui, mais il n'y avait personne. Il se faufila silencieusement dans l'immense salle, grimpa au sommet de l'autel et prit la statuette qu'il mit sous sa chemise. Regardant de nouveau en cas de danger, il découvrit au fond de la salle, à l'opposé du chemin qu'il avait pris, l'homme qui avait tenté de le tuer. L'indien le regarda avec une haine incroyable. Mais son regard s'assombrit encore plus quand il vit qu'il n'y avait plus l'idole de leur déesse Mama Quilla, la déesse Lune. Sortant sa massue à pointe, il hurla :

-Cel ! Hun peck-mecnehn yanhal xik ca ku kultah ! Cimzaho'ob tile ! Caix tin talzaho'ob hiz pol caix hiz puczical ! (2)

L'espagnol fit demi-tour et se mit à courir le plus vite possible pour rejoindre la mer et la sécurité. Dès qu'il arriva devant l'eau, il plongea, puis monta sur son embarcation. Il prit les rames et pagaya comme un fou pour quitter la grotte, un peu avant de disparaître, il se tourna vers l'intérieur et vit l'homme qui le regardait avec haine, à ses côtés se trouvait un énorme félin noir qui grondait et crachait vers l'espagnol. Heureusement, son embarcation était plus légère que celle des autres et il put les distancer rapidement. En tentant de s'éloigner, il reconnut au loin l'île qui l'avait protégé et qui était liée à la première par une bande de sable. Il sortit la voile et fonça vers son île. Il fit rapidement le tour, puis découvrit une grotte à moitié sous l'eau. Quand il fuit proche, il démâta, plongea et amena son embarcation dans les profondeurs de la grotte. Il savait qu'il n'avait que peu de temps avant que les autres arrivent pour le tuer. Il prit son carnet de bord et écrivit :

-Nous sommes le 20 mai de l'an de grâce 1544, j'ai découvert un trésor merveilleux ! S'il n'est pas bougé par les sauvages aux yeux d'or, il se trouve sous la falaise de l'île du Sud reliée à l'île du Nord par un isthme de sable. J'ai pu leur prendre une statuette en or que je vais mettre dans le bambou qui contiendra une carte des deux îles et ce journal de bord. Je n'ai plus le temps à présent. Que notre Seigneur me protège de ces sauvages !

Après avoir écrit cette dernière ligne, il enroula son livre et la carte autour de l'idole, les entoura avec une peau huilée, puis les inséra dans un tube en bambou qu'il scella avec de la cire qu'il avait gardé dans sa bourse. Il regarda une dernière fois la grotte qui lui venait de lui sauver la vie, monta sur son bateau et pagayant comme un fou, il quitta les rives de la terre pour les périls de la haute mer. Ensuite, il remit le mat, largua la seule voile de son embarcation et chercha le vent puis en quelques secondes la voile se gonfla et l'embarcation fit un bond en avant. Prit d'une subite impulsion, il accrocha le bambou à un autre bambou vide avec une corde et la jeta à l'eau. Il vit les courants emmener le bout de bois vers la haute mer et décida de le suivre. Il se battit contre un océan qui ne voulait pas que l'espagnol survive, contre des vents qui tentaient de le ramener vers l'île et des courants puissants qui le menaient vers le large. De ce fait, son embarcation était malmenée par tous ces éléments. Après presque deux semaines de voyage, Hernández devint blême quand il vit venir rapidement vers lui un galion qu'il reconnaîtrait entre tous, la Santa Luz. Il tenta de faire accélérer son embarcation, mais un boulet bien visé brisa ses rêves de survie. Hernández regarda avec horreur le trou béant qu'avait fait le boulet en traversant son ventre et son embarcation qui commençait déjà à couler. La dernière chose qu'il sentit fut le requin qui se jetait sur lui pour le dévorer encore vivant. Avant de rendre l'âme, il jeta un coup d'œil et vit le bambou s'éloigner de lui. Sa dernière pensée fut que son journal soit trouvé par quelqu'un d'autre que le monstre qui l'avait tué.

A suivre

(1) Amenez le moi. Tuez ce chien

(2) Alerte ! Un fils de chien a volé notre sainte idole ! Tuez-le ! Et amenez-moi sa tête et son cœur !