Pitt = Dirk Pitt sr

Dirk = Dirk Pitt jr

Chapitre 14, les otomis.

Maintenant qu'elle avait enfin accouché, Delphine était épuisée, elle avait donné toute sa force pour mettre au monde un bébé hurleur qui avait fait fuir Hope, Célia et Sheitan. Patrick lava avec tendresse son petit-fils, l'entoura de linge propre, puis le posa de nouveau sur la poitrine de sa fille. Il eut un doux sourire devant le tableau que représentaient sa fille et son petit-fils, la vierge à l'enfant. Il se leva et allait partir quand Delphine murmura :

-Où tu vas, papa ?

-Je vais aller sur les lieux du crash pour voir si je ne trouve pas de quoi habiller ton… comment vas-tu l'appeler ?

-Alexandre Dirk O'Ryan.

Patrick regarda sa fille avec bonheur, puis l'embrassa tendrement et murmura :

-Il sera digne de la famille O'Ryan et deviendra un bon policier.

-Ah non ! Biologiste marin ! s'insurgea faussement Delphine.

-Dans la famille O'Ryan, les hommes et les femmes d'ailleurs deviennent d'excellents policiers et des agents du FBI émérites.

-Quoi qu'il devienne, je serais fière de lui. Il fera ce qu'il voudra faire.

-Tu as raison ma chérie. Bon je vais y aller.

-Où ?

-Chercher du linge pour Alexandre et du lait au cas où les autres survivants ne seraient pas passés par là.

-N'y vas pas seul. Il pourrait y avoir d'autres malades comme ton géniteur. Et ils s'appellent comment d'ailleurs ?

-Ils se font appeler Otomi, ils ont prit le nom d'une tribu qui était connu comme étant de puissants guerriers. Ils se sont fait massacrer par les conquistadors. C'est d'ailleurs une vengeance, ils veulent annihiler les européens et les blancs, les chasser d'Amérique du Sud et remettre en pratique les anciennes coutumes des précolombiens.

-La vache ! Fait attention à toi, je ne voudrais pas perdre mon père alors que je viens de le retrouver.

-N'aie aucune crainte, je vais y aller avec Hope et Célia.

-D'accord, papa.

Patrick fit un sourire à sa fille et lui murmura tendrement :

-J'adore quand tu m'appelles papa.

Delphine lui fit un sourire endormi tandis que son père partait, accompagné de Hope et de Célia. Dès qu'il fut hors de la grotte, il prit le train de canot et il rejoignit le lieu du crash. Patrick sentait encore les relents de la vieille charogne. Pour la première fois de sa vie, il pénétra dans la cabine éventrée de l'avion et vit des squelettes sur lesquels adhéraient encore de la chair putréfiée. Les deux félins suivirent paisiblement l'homme cette odeur ne les dérangeant pas vraiment. L'homme se dirigea immédiatement vers l'avant de l'appareil et entra dans la petite cuisine. A l'intérieur, il vit les corps de deux hôtesses et d'un steward. Ils avaient été tués durant les premières secondes du choc et n'avaient pas souffert d'après l'angle anormal de leurs nuques et les fractures profondes sur leurs crânes. Patrick les regarda un instant, puis se mit à fouiller dans les placards, à l'intérieur, il trouva des merveilles, preuves que les survivants n'avaient pas pu dépasser le barrage des trois cadavres. Patrick vit sur le sol un sac de sport. Il le vida, puis le remplit de tout ce qu'il pouvait trouver, café, lait en poudre, sucre, sel, chocolat en poudre, doses de crème liquide, bouteilles d'eau, d'alcool, de soda, des paquets de biscuits, de bonbons, de chips, de cacahuètes et de tout ce qui était mangeable dans les placards. En fouillant, il trouva même des petits pots pour bébé et du lait premier âge ainsi que des couches jetables, mais elles n'étaient utilisables que pour les bébés plus vieux. Cependant, il y avait tellement de chose qu'il dut prendre un autre sac et encore un autre à mesure qu'il les remplissait. A la fin, il en avait six pleins à ras bord. Il les prit deux par deux et les installa dans le train de canot, puis ordonna à Hope et à Célia de les protéger. Quand tous les sacs furent dans les canots, il en vida un autre et décida de fouiller les sacs des passagers.

Là, il trouva des barres chocolatées, des plaquettes de chocolat, des boissons énergisantes, des capsules de vitamines et aussi des médicaments dont des cachets de magnésium, de potassium, de fer et de calcium. Avec ça, sa Delphine allait pouvoir reprendre les forces dont elle avait besoin et tous les éléments qu'elle avait perdu durant son accouchement et cette dernière année. Il se promenait entre les fauteuils délabrés quand il vit un tableau qui le fit vomir. Devant lui se trouvait le cadavre d'une mère qui serrait encore contre elle le corps d'un nourrisson. Il avait encore en tête la vision de sa fille portant son enfant. Cette vision lui fit mal, car il lui montrait ce qui aurait pu arriver à sa fille s'il n'avait pas été là durant son accouchement. Il se nettoya rapidement la bouche, puis vit à côté des deux cadavres un sac de langes. Il l'ouvrit et à l'intérieur, il vit des couches premiers âges, des bodys et une petite couverture en polaire bleue. Il prit le sac s'éloigna rapidement de la mère et de l'enfant, pour tomber sur la même scène, mais avec un bébé plus vieux. De nouveau il trouva un sac de langes, mais avec des couches lavables. Alors qu'il allait partir, il vit un portefeuille sur le sol avec de l'argent à l'intérieur. Il regarda l'argent et se rendit compte que pour sauver sa famille, il allait en avoir besoin surtout quand ils voudront traverser le canal de Panama et surtout quand ils arriveraient aux USA. Faire les poches à des morts, il se sentait monstrueux, c'était pire que tout. Mais comme le dit l'adage, nécessité fait loi. Il n'avait pas le choix. C'est donc avec un dégoût incroyable qu'il fouilla dans les affaires des passagers et prit l'argent. Il ramassa presque vingt mille dollars en billets et en pièces. C'est avec écœurement et tristesse qu'il quitta la cabine. Il prit une grande respiration d'air pur loin de l'odeur nauséabonde des corps putréfiés quand il remarqua de Célia et Hope feulaient méchamment en regardant vers la forêt. Il savait ce que cela voulait dire, les otomis étaient sur ses traces. Ils ne tueraient pas encore Delphine, mais lui ne servait plus à rien, donc ils pouvaient l'abattre.

Il caressa tendrement la fourrure hérissée de sa panthère, puis se dirigea calmement vers le train de canot et y jeta le sac rempli, puis monta à bord et siffla à Célia de lui suivre. Hope cracha une dernière fois vers la forêt, puis bondit agilement dans les canots alors que Patrick détachait les amarres. Le train de canot avançait rapidement sur la rivière et quand les otomis arrivèrent sur les lieux du crash, Patrick ainsi que les deux panthères étaient depuis longtemps à l'abri dans la grotte, regardant Delphine mettre une couche sur les petites fesses bien propres et bien sèches du nouveau venu. Quand Alexandre fut changé et couché, Delphine prit avec bonheur une bonne tasse de chocolat chaud tandis que Patrick réapprenait avec bonheur le goût d'un café très fort.

Pour les deux adultes, le temps passa très vite entre les changements de couches et les tétées. Delphine se remettait lentement mais sûrement de son accouchement difficile et elle n'avait qu'une hâte, que son enfant fasse enfin ses nuits et qu'il soit sevré afin qu'elle puisse reprendre la construction de son bateau. Patrick, lui, avait décidé de continuer à concevoir des armes pour se défendre contre les otomis. Oh pas grand chose, arcs, flèches, machettes peut-être même lances, tout ce qui pourrait être susceptible de tuer ou blesser un être humain à distance. Les otomis sur l'île n'étaient pas nombreux, ils avaient décidé de changer de quartier général quatre siècles auparavant, mais cette île était une base d'entraînement pour les étrangers avant de les faire devenir des otomis. De plus, sur cette île, il n'y avait aucune arme à feu que des massues et des flèches en obsidienne. Il faisait des flèches en abondance afin de pouvoir tenir un siège, il les entreposait dans un coin de la caverne près des deux machettes qu'il avait conçu. Au bout de six mois, Delphine décida qu'il était temps de commencer à sevrer Alexandre. Heureusement, dans un des sacs de langes, se trouvait un livre sur les bébés et les soins à leurs apporter. Alors en plus du lait maternel, elle lui donnait des pots de bébés et aussi des biscuits broyés et mélangé avec du lait chaud. Alexandre était un bébé joueur, malicieux et très curieux. Il était vif aussi voulant découvrir le plus possible son territoire. Sa mère lui avait confectionné une peluche avec des rubans en tissus et une petite couverture.

Malgré la dureté de la vie sur l'île, les deux adultes fêtèrent joyeusement le premier anniversaire d'Alexandre. Cependant alors que Delphine couchait un enfant épuisé, Hope et Célia se mirent à gronder dangereusement. Patrick jeta un rapide coup d'œil à l'extérieur et vit des ombres à deux et quatre pattes s'approcher furtivement de la grotte. Il murmura :

-Ils arrivent.

Tous les deux prirent des arcs et des flèches, puis se mirent à tirer sur les ombres qu'elles soient humaines ou animales. Grâce à la pleine lune et à leur emplacement privilégié, ils n'eurent aucun mal à toucher les ombres les hommes tombaient en poussant des cris de douleur, les panthères poussaient des feulements de désespoirs quand leurs humains tombaient. Les otomis étaient peu nombreux et au bout du vingtième à tomber, ils préférèrent se replier et abandonner l'île aux mains des occidentaux. Ils emportèrent leurs blessés, car malgré le fait qu'ils étaient des ennemis pour Patrick et Delphine, ces derniers ne pouvaient les tuer, il y avait eu suffisamment de mort sur cette île. Le père et la fille soupirèrent de soulagement quand ils virent que les guerriers partaient et bientôt il ne resta que le chef de l'escadron qui cria dans un anglais parfait :

-Tu as gagné cette bataille et ta guerre, Ocelotl. Tu es libre, nous ne serons plus tes ennemis. Mais ne croise plus notre route.

-Mon but est de retrouver ma vie. Je ne suis pas un otomi comme toi.

-Et cela a été l'erreur de Mictlan. Il est resté dans le passé, il aurait dû t'enlever à la naissance ce que je voulais faire avec ton épouse, mais elle s'est enfuie, protégeant son enfant. Tu peux garder ton fils, ta lignée est déchue pour nous. Ce qui est à toi t'attend, mais si c'est par cupidité, alors tu mourras.

Le dernier guerrier quitta la plage, puis il ne resta plus que Delphine et Patrick. Ils avaient vaincu les otomis et maintenant, ils pourraient faire ce qu'il fallait pour fuir sans la crainte d'être attaqué dans le dos. Epuisés par cette bataille, Delphine et son père se couchèrent sur le matelas puis s'endormirent entre les pattes de leurs fauves, Alexandre dormant entre celles de Sheitan…

…Alexandre allait fêter ses quatre ans et il observait tous les jours le bateau qui les emmènerait loin de cette île, se faire construire. Sa mère travaillait dure et lui l'aidait du mieux qu'il pouvait, il lui ramenait de l'eau quand elle avait soif, de la nourriture quand elle avait faim, des câlins quand elle n'en pouvait plus et qu'elle craquait. Pour lui, ce bateau était le plus beau bateau du monde. Il était très grand et très haut. Sa mère disait qu'il était tout en angle et que sa coque était bizarre, mais il l'aimait quand même. Le lendemain, ils allaient partir sur les lieux du crash pour aller chercher un moteur pour le bateau et ensuite, elle souderait tous les ponts et elle mettrait les mâts et puis le bateau serait prêt à partir. Mais aujourd'hui il fêtait ses quatre ans, son grand-père venait de terminer son gâteau d'anniversaire et il sentait un danger terrible s'approcher d'eux.

Delphine en avait assez, elle voyait son fils grandir et elle n'avait pas le temps pour lui, elle passait ses journées sur le voilier. Au moins, la double coque était terminée, le gouvernail qui venait de la queue de l'avion, était posé, de même que l'axe sur lequel serait accroché l'hélice. Elle avait fait un travail de fourmis et elle était fière d'elle. Pourtant, un mauvais pressentiment la harcelait, il fallait que le bateau soit terminé le plus vite possible et pour cela, ils devaient aller chercher l'un des réacteurs. Mais aujourd'hui, c'était l'anniversaire de son fils. Ils avaient quand même un peu de temps avant d'y… non ! Elle ne ferait pas ça à son fils, ce serait le véritable anniversaire. Soudain elle sursauta quand Alexandre se plaça près d'elle et lui dit :

-Maman, on doit aller chercher le moteur.

-Tu es sûr de toi mon poussin ?

-Oui, maman.

-Bien, alors… Papa ! Viens vite, on va aller chercher l'un des réacteurs, Alexandre vient avec nous.

-Mais et la fête ? demanda Patrick.

-On la fera ce soir, lui dit sa fille.

-Et de toute façon, je sais ce que je veux comme cadeau, lança Alexandre.

-Ah oui, lequel ?

-Aider maman à construire le bateau.

Les deux adultes regardèrent l'enfant avec tendresse, puis tous les six avec les trois félins, montèrent dans le train de canot et se dirigèrent vers les lieux du crash. Ils allaient devoir travailler dur pour réussir à trouver et sortir un réacteur d'avion et ensuite, le poser sur les canots et aussi de quoi faire les mats du bateau. Quand ils arrivèrent dans la clairière, la première chose qu'ils firent, fut de rechercher un moteur en état. Ils fouillèrent partout avec l'aide de leurs félins. Ce fut Alexandre qui trouva, caché sous un morceau d'aile un réacteur qui avait l'air en excellent état. Les deux adultes retirèrent le morceau d'aile, puis libérèrent le réacteur de son berceau et se retrouvèrent avec un monstre presque deux fois plus gros qu'eux et largement plus lourd. Delphine ne pensait pas qu'il était aussi gros alors elle décida de retirer tout ce dont elle n'aurait pas besoin et ainsi alléger le réacteur. En fait, elle ne garda que le compresseur qu'elle et son père installèrent dans un canot avec une partie du berceau. Ils étaient fatigués et retournèrent auprès du bateau. Là, ils déposèrent délicatement le compresseur dans le berceau le protégeant ainsi du sol et des mouvements de la houle. Alexandre regarda sa mère souder le compresseur à l'axe de l'hélice, puis elle transforma le simple compresseur en moteur. Maintenant que c'était fait, ils fêtèrent enfin l'anniversaire d'Alexandre.

Ce qu'ils ne surent jamais, c'est que le chef des otomis observa avec attention le bateau qu'ils construisaient. Yappan faisait donc son possible pour quitter l'île en protégeant sa famille. Il se demanda un instant si lui-même aurait fait la même chose à la place de l'autre. Peut-être, Yap… Patrick avait eu le courage de tout abandonner pour protéger sa famille, il avait tout fait pour elle, il n'avait jamais été intéressé par l'or qu'on lui proposait, il le prenait et le jetait dans le volcan. Il se rappellerait toujours la tête de Mictlan quand son fils avait pris son or et l'avait jeté dans le volcan. Il sentait que bientôt la montagne de feu entrerait en éruption et que cette fois-ci l'île ne s'en remettrait pas. Il partit rejoindre ses hommes et leur dit :

-Voulez-vous les aider à partir plus vite ?

-Ils sont de fiers combattants et ils n'ont jamais tenté de nous tuer, toujours de nous blesser. Il leur faut des mâts mais il n'y a aucun bateau à voile dans le coin.

-Je crois savoir ce qui pourrait nous aider.

Ses hommes ne comprenaient pas quand ils le virent observer les échafaudages qui avaient été installés pour refaire le plafond de la salle du trésor. Les otomis démontèrent les tiges puis les déposèrent sur les lieux du crash. L'homme regarda vers l'autre île et eut un léger sourire. Les deux descendants des serviteurs de Kukulkan étaient toujours aussi parfaits, la prophétie avait bien prévenue qu'ils quitteraient les otomis mais protègeraient Uqux Palo contre Buluc Chabtan.

A suivre