« La perfection des moyens et la confusion des buts semblent caractériser notre époque » - Albert Einstein

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Chapitre 6 : Faire connaissance, partie 2 :

Point de vue d'Edward :

Ses poumons se contractèrent. Un démon lui écrasa le dos et lui serra la gorge à l'étouffer. Il se débattit maladroitement, les doigts engourdis. Il ne pouvait pas...

Son corps se balança d'avant en arrière, dans une vaine tentative pour se débarrasser de l'adversaire qui le tenait. Des éclairs rouges et noirs l'aveuglèrent. Il se tourna, lançant les poings au hasard, et toucha quelque chose.

Trop tard. Cette pensée l'accompagna tandis qu'il sombrait dans le néant. C'était donc ça, la mort...

Soudain, la pression intolérable cessa. Il inspira l'air avidement. Une douleur aiguë se répandit dans sa poitrine, et sous se s paupières fermées se déploya un rideau rouge sang. D'un coup de pied, il se libéra, roula sur lui-même, heurta un mur et plaqua le dos contre la paroi. Haletant, il se prépara à une nouvelle attaque.

Quand il ouvrit les yeux, tout était obscur. Il faisait nuit, et il n'entendait ni coups de feu ni hennissements de chevaux. La bataille était finie. On l'avait laissé pour mort, livré aux vautours humains qui pillaient les champs de batailles jonchés de cadavres. Où étaient passés ses hommes ? Jamais ils ne l'auraient abandonné. Cela ne pouvait signifier qu'une chose : la débâcle. Ils avaient dû perdre le combat et battre en retraite.

A côté de lui, quelqu'un étouffait. Un mourant

Il se rendit compte alors qu'il n'était pas allongé dans la terre, mais sur quelque chose de doux. Il crispa le poing sur... du tissu. Il se sentit si désorienté que la tête lui tourna. Puis il comprit. Il n'était pas sur un champ de bataille, mais dans un lit. En France. Dans l'auberge du vieux Gareth.

Et il se battait contre Isabella Swan

C'était Bella qui était en train d'étouffer à côté de lui. Il se souvenait, à présent. Il l'avait frappée à coups de poing. Avec une telle force qu'il aurait pu tuer un homme.

Qu'ai je fais ?

Il faisait trop sombre pour qu'il puisse la voir, mais il l'entendait. Ses mains trouvèrent la courbe d'une hanche. Elle était nue et agitée de tremblements irrépressibles.

Enfer et damnation !

Il lui fallait de la lumière. Il se leva en titubant et traversa la chambre. Des braises rougeoyaient encore sous la cendre, et il remua les bûches du bout du pied jusqu'à ce que des flammes oranges s'élèvent dans l'âtre. Saisissant la bougie posée sur le manteau de la cheminée, il l'approcha des flammes. Il fallut une longue seconde avant que la mèche ne s'enflamme.

La jeune femme était recroquevillée sur le matelas, les bras serrés sur son estomac.

Grey ficha la bougie sur une pointe métallique, sur la tête de lit. Bell, haletante, était aussi pâle que les draps de lin. Ses épaules étaient humides et glacées. Il la fit rouler sur le dos. Les yeux vides d'expression, elle le regarda sans le reconnaître. Il fût envahi d'une terreur intense.

Où t'ai-je frappée ?

Il n'y avait pas de sang sur son visage, pas de marques sur sa gorge. Dieu soit loué ! Il ne l'avait frappée qu'une fois, il en était presque sûr. S'il s'était attaqué aux petits os délicats de son visage, elle se serrait brisée comme du verre.

Ses bras étaient plaqués sur son ventre. C'était donc probablement là qu'il l'avait frappée. La cage thoracique. Lui avait-il cassé des côtes ? Il la palpa doucement sur les côtés. Elle avait des os fins et fragiles, très peu de chair pour les protéger. Si une côte était cassée, il la sentirait.

Il la prit sur ses genoux et n'eut aucun mal à lui écarter les bras pou l'examiner. Il découvrit de petits seins, une peau très pâle et, juste sous le cœur, entourée par des hématomes plus anciens, une marque rouge de la taille de son poing. Il l'avait atteinte en plein plexus solaire. Rien d'étonnant à ce qu'elle ait du mal à respirer.

-Restez tranquille. Vous avez la respiration coupée, c'est tout.

Mon Dieu, j'espère que ce n'est pas plus grave.

-Je vous ai frappée à la poitrine, et vous avez la sensation d'étouffer. Cela ira mieux dans une minute.

Il posa une main sur elle et pressa doucement ses muscles contractés pour l'aider à se détendre.

-Ça va déjà mieux, n'est-ce pas ?

Elle inspira doucement et toussa. Tous ses muscles furent secoués.

-Je vous tiens. Doucement.

Il continua de lui murmurer des paroles rassurantes, tout en lui massant la poitrine, tandis que son corps s'arquait involontairement.

-Tout va bien. Du calme. Du calme, mon petit.

Sa voix était aussi douce que lorsqu'il parlait aux juments de son frère. Cela produisait l'effet qu'il espérait. Elle finit par prendre une grande inspiration, puis exhala lentement.

-Voilà, c'est mieux.

La main de la jeune femme se crispa sur la sienne. Sa tête retomba contre lui, et elle se mit à sangloter.

-Tout va bien, ce n'est rien.

A moins qu'il ne lui ai vraiment brisé une côte. Ou bien qu'elle n'ait une blessure interne qu'il ne pouvait détecter. Il appuya délicatement la main sur son ventre, en plusieurs endroits, et elle n'eut pas de réactions particulière. Ce devait être bon signe.

Il fit glisser plusieurs fois sa main le long de son diaphragme, puis sur son ventre plat. Ses muscles étaient durs et bien distincts sous sa peau. Elle reposait dans ses bras, les yeux fermés, respirant avec difficulté. Ses seins frémissaient chaque fois que l'air passait dans sa gorge. Ses mamelons étaient d'un rose plus pâle qu'il ne s'y attendait – sans doute parce qu'elle avait la peau si blanche.

Il continua de lui caresser le ventre et la sentit se détendre, muscles après muscles. Sa peau était douce comme su satin, et elle n'avait pas un gramme de graisse. La toison entre ses jambes était noire comme l'ébène, avec de grosses boucles à l'aspect doux et luxuriant. Tout son corps était un véritable appel à la luxure.

-Non ! Laissez-moi !

Elle s'écarta brusquement, se jeta de l'autre extrémité du lit et lui tourna la dos, se recroquevillant sur elle-même comme un hérisson.

C'était bon signe. Elle ne se serait pas tordue en tout sens si elle avait eu une côte cassée.

-Je vois que vous respirez normalement, constata-t-il.

Pas de réponse.

Des pans de soie rouges étaient étalés autour d'elle, donnant l'impression qu'elle se trouvait dans le cœur d'une orchidée. Ses cheveux d'un noir d'encre, qui se parsemaient de quelques reflets bruns à la lueur de la bougie, se détachaient sur la peau blanche de ses épaules. Elle n'avait pas du avoir la vie facile, ces derniers temps. A tel point qu'on pouvait lui compter les côtes sans problèmes. Des traces d'hématomes à différents stades de guérison s'attardaient un peu partout sur son corps... un corps réellement adorable. Sans être pulpeux, il offrait cependant des formes parfaites. On eût dit une figure de porcelaine qu'on ose toucher qu'avec les yeux. Dire qu'une aussi belle créature était devenue une espionne !

Le garrot d'un rouge vif dont elle s'était servie était abandonné au bord du lit. Le lien du peignoir de soie qu'il avait lui-même introduit dans cette chambre. Quel idiot !

Ce cordon tressé était d'un solidité à toute épreuve. Une arme élégante et mortelle. Si elle avait réellement voulu le tuer, il serait mort à l'heure qu'il est.

«Cette fille est des nôtres, avait dit Emmett. C'est une des meilleures.» En cet instant, elle était si faible qu'elle ne songeait même pas à repousser les cheveux qui retombait sur son délicat visage.

Il l'avait vaincue.

Félicitations Edward. Un autre espion français mis hors d'état de nuire. Tu as fait du bon travail.

Bon sang, il détestait devoir s'attaquer aux femmes !

Au cours de leur altercation, les couvertures avaient glissées au sol. Il en ramassa une pour la couvrir, car son petit corps tremblotait de froid. Ce geste sembla enfin la tirer de sa torpeur. Elle remonta la couverture sur son menton et se pelotonna dans le lit.

-Est-ce que je vous ai fait mal ? Demanda-t-elle.

Edward s'attendait à tous sauf à ça.

-Quoi ?

-Est-ce que je vous ai fait mal, avec la cordelette ? J'avais peur de vous tuer. C'est très dangereux, ce genre d'arme. Mais je n'avais pas le choix, alors j'ai pris le risque.

Il s'assit sur le lit et glissa une main sous la couverture pour lui prendre l'épaule. Elle ne parut pas avoir conscience de son geste.

-Vous avez pris le risque ?

-J'ai manqué mon but, avec le chandelier. Il ne me restait plus que la cordelette. C'était mon dernier recours. J'étais pas certaine de ne pas vous tuer, mais on se sait jamais. Il y a toujours un risque.

Le calme de sa voix faisait partie de ses mensonges. Il n'avait pas besoin de regarder son visage pour le savoir. Les légers tremblements qui secouaient son corps trahissaient sa peur et son épuisement. Elle était sous le choc. Il avait déjà observé cet état chez certains hommes après une bataille, ou chez des prisonniers pendant leur interrogatoire. Il arrivait toujours un moment, quand on poussait quelqu'un à bout, où il devenait détaché, presque indifférent. Bella en était là.

-Il y a toujours un risque, répéta-t-il avec douceur.

-Je ne me suis jamais servie de ce genre d'armes pour éliminer un ennemi auparavant. Jean m'a montré comment faire un jour, dans la cuisine de Nathalie. Mais elle ne s'est pas débattu aussi violemment que vous. Je suppose que c'était à cause de la porcelaine.

-La porcelaine, oui. Ce devait être le problème.

-Nathalie n'aurait pas été contente, si nous avions cassé sa vaisselle.

Elle se passa une main sur le visage.

-Jean m'a appris beaucoup de tours dangereux, et même mortels. Mais ils ne m'ont pas étés aussi utiles qu'il le pensait, expliqua-t-elle en soupirant. Je n'aurais pas dû essayer de vous étrangler. Je le savais, mais je n'ai pas écouté la petite voix qui me le disait. Cela n'a servi à rien, en fin de compte. J'ai été si maladroite que je n'ai réussie qu'à vous faire mal et à vous mettre en colère.

Bella n'avait pas été aussi maladroite qu'elle le disait. Si elle avait perdue le contrôle de la situation, c'était seulement parce qu'elle n'avait pas vraiment voulu le tuer.

-Vous ne m'avez pas fait mal.

-Je suis sûre que si, mais vous vous maîtrisez. Grâce au Ciel, je ne vous ai pas brisé la nuque. C'était ce que je craignais le plus.

Elle s'étira sous la couverture.

-Pourtant, vous méritiez que je vous blesse. Vous n'auriez pas dû me traiter comme vous l'avez fait. C'est vraiment méprisable de prendre des femmes au piège, de les kidnapper et des les obliger à porter des vêtements indécents, tout cela uniquement parce que vous ne leur faites pas confiance.

-Nous exerçons un métier méprisable.

-C'est ce que je me dis parfois, répondit-elle en haussant les épaules. Vous n'avez pas besoin de me tenir. Je vous assure que je suis totalement résignée.

-Docile comme un agneau.

Sa main demeura fermement posée sur l'épaule de la jeune femme. Sous sa paume, il percevait la tension qui l'habitait. Cela l'intrigua. Son corps lui livrait des secrets, malgré elle.

-Vous êtes sceptique. C'est naturel, vu votre profession. Cependant, je trouve triste que vous ne puissiez tout simplement vous fier à moi.

Elle parlait de simplicité ? L'esprit d'Isabella Swan était semblable à un labyrinthe sans fin. Mais, avec un peu de temps, il s'y retrouverait. Il l'avait déjà en partie percée à jour. Il en était presque sûr...

Il promena un doigt le long de son épaule et la sentit frissonner. Elle avait les nerfs à fleur de peau. Comme les poulains de son frère, ceux qui n'avaient encore jamais été touchés par un homme.

Bell n'était ni blasée ni endurcie. Comment avait-il pu se convaincre que cette femme avait l'habitude des hommes ?D'après Jasper, elle n'avait rien d'une catin, et Jasper ne se trompait jamais sur les femmes.

Combien d'hommes as-tu connus, Bella ? Pas beaucoup, j'imagine. Tes maîtres t'ont-ils préservée afin que tu sois plus convaincante sous les traits d'un garçon ? Si c'était le cas, ils avaient commis une erreur, car son ignorance la rendait plus vulnérable. Tôt ou tard, cela se retournerait contre elle.

-Que diable fais-je faire de vous, Bella ?

-Laissez-moi partir.

-Non. Non, pas question.

-Je savais que vous ne seriez pas d'accord. Pourtant, il vaudrait mieux pour vous et moi que je quitte ce lit et disparaisse tranquillement dans la nuit. Vous n'avez pas besoin de me garder prisonnière.

-Que s'est-il passé à Bruges ?

Un frisson courut sur sa peau. Elle savait.

-C'est pour cette raison que je vous garde. Essayez de me faire confiance. Je vaux mieux que Lenoir.

-J'espère vous échapper à tous les deux, répondit-elle dans un soupir. Même maintenant, j'ai encore une chance.

-C'est possible. Vous êtes habile.

Dans son réseau d'espions, il aurait pu compter sur les doigts d'une main les agents de la valeur de Bella. Elle valait à elle seule toute une division de cavalerie.

-C'est justement pour cela que je ne vous lâcherai pas.

-J'ai connu plusieurs hommes dans votre genre. Aucun d'entre-eux n'étaient sensibles à la raison, commenta-t-elle d'un ton résigné. Nous sommes dans une impasse. Qu'allez-vous faire de moi ?

-Du diable si je le sais ! Vous emmener en Angleterre, probablement. Une fois là-bas, j'aviserai. Entre-temps, nous aurons fait plus ample connaissance.

-Je voulais dire, qu'allez-vous faire de moi ce soir ? Je vis au jour le jour en ce moment, monsieur.

Certains hommes auraient poussé l'interrogatoire plus loin dès maintenant, l'auraient harcelé pour la faire parler. Elle était si épuisée qu'elle pouvait à peine réfléchir. Il y avait de fortes que, sous la pression, elle commence à commettre des erreurs. Il suffisait de lui faire peur, puis de se montrer un peu compatissant, et elle craquerait. Il avait vu cela se produite des centaines de fois.

Sauf que... même en admettant qu'il puisse se résoudre à employer ce genre de méthode, il doutait que cela marche avec Bella Swan.

-Je ne déciderai rien ce soir. Et je ne vous attacherai pas.

Il passa encore une fois la main sur ses cheveux noirs et emmêlés. C'était le premier pas dans sa tentative de séduction. L'habituer à être touchée. De toute façon, il en avait envie.

-Pensez-vous que vous puissiez vous retenir de me tuer jusqu'au petit-déjeuner ?

-Je dois me reposer avant de faire une nouvelle tentative. C'est épuisant, de se battre contre vous.

Il posa une deuxième couverture sur elle. Par chance, elle ne se tourna pas pour le regarder. Elle aurait compris qu'il la désirait. Le lendemain, il la ferait surveiller par Emmett. Un homme marié et totalement insensible à son charme.

-Vous feriez bien de dormir. A moins que Vauban et les autres ne vous aient enseigné une façon de tuer son adversaire avec un oreiller ?

-Oui, on m'a appris cela aussi.

Elle se pelotonna sous les couvertures comme un animal frileux et émit un ^petit gloussement amusé. La dernière couverture avait glissé sous le lit. Edward la tira vers lui et l'étendit sur le fauteuil. Puis il s'assit, posa les pieds sur l'appui de la fenêtre et ramena les pans de la couverture sur lui. Les nuits étaient fraîches.

La poitrine de Bella se soulevait régulièrement. Cela pouvait signifier deux chose. Soit elle dormait, soit elle se préparait à l'attaquer de nouveau.

Il verrait bien.

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Chapitre où il ne se passe pas grand chose de vraiment très intéressant, mais obligé pour faire la transition avec le prochain chapitre. Ce dernier devrait arriver l'année prochaine.

Je ne donne pas de teaser pour le prochain chapitre, afin de garder un peu de suspens. Car Edward fera une grande découverte dans le prochain chapitre.

Envoyez-moi donc vos propositions, ainsi que vos impressions sur ce chapitre.

Bon réveillon à tous !