Ce texte est écrit pour un pour les Nuits du FoF : une heure pour un thème. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un MP.

Thème : Guirlande

Titre : Pieds nus

Personnage/Couple : Jenny

Disclaimer : Tim Burton

Spectre est une ville des plus charmantes. La vie y est douce et toujours joyeuse, pleine de bonheur et de couleurs. D'envie, d'entrain. Chaque jour est une fête où l'on s'enchaîne, bras dessus, bras dessous, en farandole inépuisable. Ses habitants y sont ouverts, chaleureux et avenants, quoiqu'un peu trop attachés les uns aux autres. Les relations se tissent vite et bien, une véritable toile d'araignée englue les citoyens, en plus des nombreuses autres, denses et brillantes, qui s'étirent entre les troncs de la forêt en barrières menaçantes.

Jenny y avait rencontré Edward, jeune homme fringant et peu impressionnable de dix-huit ans, soit dix ans de plus qu'elle. Elle s'était rapidement liée d'amitié avec lui. Scotchée à ses basques – qu'elle lui avait prises dès le premier jour soit dit en passant – et pendue à son bras, elle se comportait comme une gamine surexcitée devant son nouveau jouet. En l'occurrence, elle ne le considérait pas de cette manière. Pas du tout même.

Elle n'avait pas souvent l'occasion de rencontrer de nouvelles personnes en vivant à Spectre. C'était bien la seule chose qu'elle reprochait à sa ville. Parce qu'hormis ça, quels inconvénients pouvait-on y trouver ? Les problèmes d'argent n'existaient pas, on ne payait rien, les adultes distribuaient des bonbons aux enfants dans les rues… Tout y était parfait.

Les soucis n'existaient pas.

Pourtant, ce n'était pas cette raison qui faisait rester les étrangers à Spectre. Non.

Jenny ignorait ce qui poussait – voire forçait – les gens à rester. La guirlande à souliers peut-être ? Le câble tendu au dessus du chemin qui amenait à cette ville, où étaient suspendues toutes les chaussures dont chacun disposait, leurs lacets réunis en une jolie boucle. Qui aurait eu le courage – ou la folie – de retourner dans la forêt pieds nus ?

Toujours est-il que cela fonctionnait imparablement et qu'avec le temps, ils étaient tellement enracinés dans leur nouvelle vie qu'ils en oubliaient celle d'avant et le monde extérieur.

Certaines fois, elle aurait bien aimé le découvrir elle aussi mais ce qu'elle en avait retenu était sa négativité. Ses innombrables défauts. Ses problèmes. Alors puisqu'elle ne pouvait s'en aller, elle s'arrangeait pour qu'ils restent et prennent racine à leur tour. Elle jouait au jeu des adultes et une fois qu'on avait commencé, on ne s'arrêtait plus.

C'était la fête tous les soirs. On se prenait la main, on s'attachait aux autres et à la bonne humeur générale et personne ne faisait mine d'en sortir parce que cela aurait entraîné des regrets inévitables.

Déchirants.

Pourtant, elle aurait bien aimé connaître le monde. Un ailleurs. Principalement depuis le jour où Edward avait mis fin au jeu et avait détaché ses mains de petite fille de sa veste. Pieds nus sur la pelouse moelleuse, il avait brisé la farandole. Et c'est toujours pieds nus qu'il avait repris sa route.

Edward n'était pas de ceux que l'on enchaîne. Et c'est lorsqu'elle regarda les nombreuses chaussures se balancer doucement au dessus de sa tête, elle comprit que même pieds nus, du moment qu'on est libre, on peut aller où l'on veut.