Voilà finalement le dernier chapitre… La première partie des aventures de Bella s'achève. J'espère que vous aurez apprécié lire cette histoire et je vous remercie pour tous vos messages ! N'hésitez pas à m'en laisser d'autres ! A bientôt ! JD

Chapitre 25

Lorsque j'arrivai devant chez moi, Alice m'attendait dans ma chambre. Je me jetai dans ses bras, lui sautant littéralement dessus, sachant pertinemment qu'elle n'aurait aucun mal à me rattraper dans ma chute. Elle rit et mon cœur se serra. Nous n'avions plus beaucoup de temps ensemble et cela me rendait malade. Je voulais en profiter au maximum mais la simple pensée que nous allions être séparées paralysait complètement mes fonctions mentales. Alice me fit sortir de ma rêverie en me demandant :

- Alors, comment ça s'est passé avec Jacob ?

- Plutôt bien ? Enfin je ne sais pas... Disons qu'il s'est excusé pour ce qu'il m'avait dit et qu'il n'a pas l'air d'être complètement rebuté par le fait que je sois gay, mais...

Comme je ne continuai pas, elle insista :

- Mais ?

- Mais... Il est persuadé que tu n'es pas vraiment amoureuse de moi et que tu es simplement en train de jouer avec moi comme avec une proie...

- Mais il a parfaitement raison !

Elle avait dit cela avec le plus grand sérieux du monde mais je ne pouvais pas manquer la lueur de malice dans ses yeux. Je pris tout de même un air blessé et indigné avant de rétorquer :

- Qu'est-ce que tu attends pour faire de moi ta victime ? Tu sais bien que je n'attends que ça !

Un grondement sourd s'échappa des lèvres d'Alice. J'étais toujours surprise que des sons aussi graves et profonds puissent sortir d'un si petit corps. Cependant, je n'eus pas le loisir de m'étendre sur ce détail car elle me plaqua sur le lit d'un seul mouvement, immobilisant mes deux bras au dessus de ma tête et enfouissant son visage dans mon cou. Je frissonnai de désir et d'anticipation pendant qu'elle inspirait profondément. Elle approcha ses lèvres de mon oreille et murmura :

- Ton heure n'est pas encore venue... J'ai d'autres projets pour toi...

Ce qui me fit frissonner de plus belle. Je tentai de dégager mes mains mais elle me tenait fermement. J'étais à sa merci, et elle le savait. Elle m'embrassa langoureusement avant de descendre le long de ma mâchoire puis dans mon cou. Sa main libre caressait mon ventre et remontait lentement vers ma poitrine. Je me tortillai de plus belle.

J'étais en proie à des sentiments contradictoires et je ne savais plus très bien ce que je ressentais. Elle provoquait comme toujours une vague de désir irrésistible en moi, mais ma peur de partir me nouait le ventre et une boule se forma dans ma gorge.

- Alice...

Elle sentit immédiatement mon désarroi et relâcha mes mains pour me prendre dans ses bras. Je me blottis contre elle et la serrai de toutes mes forces. Elle me berça en fredonnant et je me mis stupidement à sangloter.

- Je suis désolée Alice...

Elle ne me laissa pas poursuivre et répondit :

- Tu n'as pas à être désolée Bella.

- Peut-être, mais je suis désolée quand même. Je... j'ai peur. Je ne veux pas te laisser... Je voudrais profiter à fond de nos derniers moments ensemble mais je n'arrive pas à... je ne peux pas me détendre... J'ai peur...

Elle rit doucement et prit mon visage dans ses mains. Elle plongea ses yeux dans les miens et mon discours déjà loin d'être cohérent devint complètement désarticulé.

- Ne te mets pas la pression Bella, peu importe ce que l'on fait ces derniers jours ensemble, l'important, c'est qu'on soit toutes les deux non ?

J'hochai la tête pour toute réponse, trop perdue pour émettre le moindre son. Après quelques instants à lutter contre le tumulte dans ma tête, je poursuivis sur ma lancée, complètement culpabilisée :

- Mais Alice, je voudrais te montrer à quel point je t'aime et je... je voudrais... enfin, ne crois pas que je n'ai pas envie que tu me fasses l'amour, bien au contraire, mais... je... je ne sais pas...

- Tu n'as pas besoin de faire quelque chose de particulier pour me montrer à quel point tu m'aimes... Je le sais. Je le ressens. Et ce n'est pas parce que tu pars après-demain que nous devons faire l'amour pendant deux jours sans interruption... Rien ne nous y oblige. Ce qui compte c'est que l'on soit ensemble. Alors ne te mets pas la pression, d'accord ?

- D'accord.

Finalement, la fin de l'après-midi passa sans que l'on ne s'en aperçoive. Alice tenta de me changer les idées et me raconta des anecdotes sur sa vie passée et me parla des faits politiques et historiques auxquels elle avait participés de près ou de loin. C'était passionnant et je finis par laisser de côté mes craintes pour me perdre dans ses yeux et dans ses histoires. Nous abordâmes également la découverte que j'avais faite la veille lors de la soirée et Alice m'expliqua plus en détail l'histoire de la famille Cullen et ses relations avec les Quileutes. Elle semblait absolument certaine de réussir à faire modifier le traiter pour pouvoir me transformer en vampire. Je frissonnai à cette idée. Je n'avais pas vraiment eu le temps de réfléchir à cette probabilité qui était à la fois totalement excitante mais également absolument terrifiante. Cela semblait tellement surnaturel qu'il était difficile de croire que cela puisse être de l'ordre du possible. Comment moi, Bella Swann, adolescente sans histoire pourrais-je devenir un vampire, à la beauté stupéfiante et à la vie éternelle ? Complètement incongru.

- Alice... Est-ce que tu as... eu une vision du moment où je te demanderais de me transformer ?

- Non... Mais par contre, j'ai eu une vision où tu es un vampire.

Elle sourit de manière éclatante en me répondant et je ne pus m'empêcher d'être curieuse :

- Ah bon ? Comment j'étais ? Est-ce que tu étais avec moi ?

Elle rit doucement devant mon enthousiasme et répondit :

- Oui, j'étais avec toi, et tu étais... à couper le souffle. Encore plus belle que maintenant si c'est seulement possible.

Je rougis à sa réponse, ce qui la fit rire de plus belle.

- Alice... Tu sais, cette idée me fait un peu peur... Je veux dire, devenir un vampire... Tu vois, avoir la vie éternelle avec toi, c'est beaucoup plus de bonheur que ce que je suis capable d'imaginer... Je préfère ne pas trop y penser parce que ça me donne des espoirs que je ne suis pas sûre de pouvoir supporter. Pourtant... je ne sais pas... Je trouve que la contrepartie est... terrifiante. Je ne sais pas comment l'expliquer... Mais dans ta famille, personne n'est devenu vampire par choix, tu vois... Je trouve que faire ce choix c'est... se prendre pour Dieu... ou je ne sais pas... C'est égoïste, c'est je ne sais pas... C'est un choix impossible.

Je ne savais pas comment exprimer ma pensée et je ne savais pas si j'étais moi-même bien sûre de ce que je ressentais par rapport au fait de devenir un vampire.

- Effectivement, nous sommes tous devenus vampires par la volonté de quelqu'un d'autre, de bien intentionné ou non. Faire ce choix soi-même en connaissance de cause, c'est vrai que c'est... je dirai que c'est comme décider de se suicider... Et je comprends que cela te fasse peur ou que tu ne te sentes pas capable de prendre cette décision maintenant.

Elle marqua un temps d'arrêt et je ne pus qu'acquiescer à ses propos. Effectivement, si je décidais de devenir un vampire, je décidais de ma propre mort en tant qu'humaine. Cette idée me répugnait.

- Mais il n'est pas encore temps Bella. Nous n'avons pas besoin de parler de tout cela maintenant. Tu as encore beaucoup de choses à vivre.

- Je sais mais... tu ne vieillis pas... Je veux dire physiquement... Je ne veux pas être vieille et fripée quand tu me changeras !

Elle rit et répondit :

- Même si tu es vieille et fripée, tu seras toujours la même à mes yeux... ! J'aurais juste l'impression de sortir avec ma mère, voilà tout !

Je pris un air dégoutté et lui ébouriffai les cheveux pour l'embêter. Elle avait horreur de ça et sa vengeance ne se fit pas attendre. En un rien de temps, elle se tenait à califourchon sur moi et me chatouillait sans pitié. Je fus obligée de la supplier pour qu'elle arrête et que je puisse reprendre mon souffle. Finalement, la sonnerie du téléphone interrompit ma séance de torture et je me précipitai dans l'escalier pour décrocher. C'était Charly :

- Bella, je voulais te prévenir que je ne pourrais pas rentrer dîner ce soir, une affaire urgente à Seattle... Est-ce que tu crois que tu peux aller manger chez les Cullen si ça ne les embête pas ? J'aimerais bien que tu ne sois pas toute seule. Je vais appeler Madame Cullen.

- Ok papa, mais sois prudent ?

- Ne t'en fais pas pour moi.

- Quand est-ce que tu rentres ?

- Je ne sais pas, probablement demain dans la journée. J'ai déjà prévenu que je ne travaillerai pas demain soir pour passer la dernière soirée avec toi.

- D'accord, merci papa. Bon courage. Et ne t'en fais pas pour moi, je suis sûre qu'Esme ne verra pas d'inconvénient à ce que je mange avec eux.

- Bonne soirée Bella, et sois prudente.

Je raccrochai. J'étais inquiète pour mon père. Cela faisait quelques temps qu'il travaillait souvent tard le soir, voir la nuit, et cette affaire à Seattle semblait beaucoup le préoccuper. Je remontai les escaliers lentement, perdue dans mes pensées. Alice prévint Esme que nous étions en chemin et lui demanda de me préparer à manger, ce qu'elle accepta avec joie. Esme adorait utiliser sa cuisine suréquipée et pourtant inutile, sauf quand j'étais là.

Nous fîmes le trajet jusqu'à chez les Cullen dans mon camion et je pouvais sentir Alice bouillir à côté de moi, trouvant probablement que nous ne nous déplacions pas assez vite. Cependant, au bout d'un moment, elle me regarda l'air inquiet et dit :

- Bella, est-ce que tu pourrais aller plus vite s'il te plait ?

Surprise j'acquiesçai, non sans lui demander pourquoi. Son regard soucieux m'inquiétait et je voulais savoir ce qui la tracassait.

- J'ai un mauvais pressentiment, j'ai l'impression de vivre une vision que j'ai eue plusieurs fois il y a quelques temps et je n'aime pas du tout ça.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passait dans ta vision ?

Elle n'eut pas le temps de répondre qu'un choc violent se fit ressentir. Je pilai, ne sachant pas d'où venait l'impact et ce qui l'avait provoqué. Alice sortit son téléphone et se mit à parler frénétiquement et tellement vite que je ne comprenais absolument rien de ce qu'elle disait. Je la regardais paniquée, sentant à son attitude que nous étions en danger. Un vent de panique s'empara de moi et je tentai sans y parvenir de redémarrer mon camion. Alice raccrocha et m'attrapa la main pour me forcer à la regarder. Elle plongea son regard dans le mien et déclara :

- Bella, je t'aime, et je ferrai tout ce qui est en mon pouvoir pour te protéger. J'ai appelé Carlisle, ils arrivent. En attendant, quoiqu'il arrive, reste à l'intérieur du véhicule. Tu m'entends, tu ne bouges pas d'ici.

Je la regardai complètement paniquée, n'ayant pas la moindre idée de ce qu'il se passait. J'avais pour seule certitude que ce qui allait se passer n'allait pas me plaire. J'hochai la tête et répondis :

- Alice... ne me laisse pas. S'il te plait.

Je l'implorai presque. Cependant, elle se pencha vers moi, m'embrassa furtivement murmura à nouveau "je t'aime" et sortit en trombe. Il faisait nuit, je ne voyais rien et j'étais complètement paniquée. Le discours d'Alice sonnait à mes oreilles comme un discours d'adieu et une main glacée s'empara de mon cœur. Il était hors de question que je reste assise à ne rien faire si Alice était en danger. L'idée que si Alice était en danger, je l'étais probablement mille fois plus ne me vint même pas à l'esprit. Tout ce qui m'importait était qu'il puisse arriver quelque chose à Alice.

Je scrutai intensément le noir à travers le pare-brise afin de tenter de distinguer quelque chose. Je ne voyais rien mais j'entendis tout à coup un rire qui provoqua un frisson glacé le long de ma colonne vertébrale. Le rire fut bientôt couvert par un grondement de colère et de rage puis un bruit de choc assourdissant résonna et je ne pus qu'imaginer ce qu'il s'était passé. J'étais paralysée par la peur. Les bruits et les grognements que j'entendais, bien qu'irréels, ne laissaient pas l'ombre d'un doute : Alice était en train de se battre avec un autre vampire - peut-être plusieurs. Je ne pouvais pas rester là sans rien faire et entendre les chocs et les grognements sans rien voir était au dessus de mes forces. Je réfléchis à toute vitesse malgré ma panique. Je tentai de relancer le moteur de mon camion en priant de toutes mes forces pour qu'il réponde. J'avais peur pour Alice et j'étais au bord de la crise de panique. Je commençais à me demander si je n'avais pas noyé le moteur lorsqu'enfin celui-ci se décida à démarrer. Avec lui, les phares reprirent vie et éclairèrent la scène devant moi. Lorsque mon cerveau eut fini d'analyser le désastre devant mes yeux, je me fis la réflexion, que finalement, ne rien voir n'était peut-être pas si angoissant que cela. La route aurait très bien pu figurer parmi les images d'un après-tremblement de terre : la chaussée était fendue en deux et une crevasse d'environ un mètre de large séparait le centre de celle-ci et des débris d'arbres jonchaient le sol comme si un cyclone était passé par là. Je ne voyais pas Alice ni son adversaire, mais j'entrapercevais des ombres furtives et surtout, j'entendais des bruits. Des bruits horribles. Je voulu me couvrir les oreilles de mes mains, mais rien n'y faisait. J'agrippai le volant de toutes mes forces et je sentis les larmes me bruler les joues. L'angoisse me nouait l'estomac et je ne pouvais m'empêcher d'imaginer le pire. A cet instant précis, j'aurais souhaité plus que tout au monde être moi-même un vampire pour être capable de venir en aide à Alice. Je me sentais impuissante et ma frustration se mêlait à mon angoisse. Soudain, un énorme fracas se fit entendre sur ma gauche et je vis enfin notre assaillant. Une femme d'une beauté exceptionnelle, aux longs cheveux roux était assise à califourchon sur Alice, lui enserrant la gorge de ses deux mains. Mon cœur s'arrêta, mon cerveau cessa de fonctionner et j'hurlai le prénom d'Alice en m'extirpant de mon siège. Mon cri parut distraire l'opposante d'Alice qui tourna brusquement la tête vers moi. Lorsque son regard se fixa sur moi je frissonnai de tout mon corps. Ses yeux étaient rouges comme le sang et son regard d'une cruauté froide. Je reculais jusqu'à ce que mon dos heurte l'avant de mon camion et déglutis péniblement. Alice tourna la tête vers moi et me lança un regard implorant.

En un clin d'œil, le visage du vampire se trouva à quelques centimètres du mien et son sourire me glaça. Je n'eus pas le temps d'analyser ni de comprendre ce qu'il se passait lorsque je fus projetée à terre et qu'une douleur fulgurante envahit mon bras. Mon cerveau prit feu et la douleur se répandit dans tout mon corps. Je ne voyais plus rien je me tordis de douleur en hurlant le prénom d'Alice avant de perdre connaissance.

J'entendais des voix qui chuchotaient autour de moi, et des chaises qui raclaient le sol. J'entendais des bips réguliers et agaçants qui m'empêchaient de me rendormir. J'avais froid et j'avais soif. Mais par dessus tout, je ressentais le besoin de voir, d'entendre et de sentir Alice près de moi. Rassemblant toutes mes forces et toute ma volonté, je murmurai dans un souffle :

- Alice...

Quasiment instantanément, une main glacée vint se poser sur ma joue et une vague de soulagement déferla en moi. Je me mis à pleurer. Les larmes roulaient sur mes joues sans discontinuer et je parvins à soulever mes paupières. Elle était là, en face de moi et me regardait de ses yeux couleur or. Nous nous dévisageâmes un moment sans rien dire. Il n'y avait pas besoin de mots. Nos regards étaient suffisants pour exprimer notre soulagement de nous savoir mutuellement en vie, notre bonheur d'être ensemble et notre amour sans bornes. C'est en tout cas ce que je pouvais lire dans ses yeux et ce que je tentai de lui faire passer avec les miens.

Au bout d'un moment, elle se pencha vers moi et posa ses lèvres glacées sur les miennes. Mon cœur accéléra brusquement à ce contact et les bips incessants des appareils accélérèrent simultanément. Cela nous fit rire et Alice me regarda l'air contrit avant de prendre la parole :

- Est-ce que ça va ? Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? Tu as mal quelque part ?

Elle s'arrêta et sourit timidement. Je ne pus m'empêcher de rire à nouveau devant sa sollicitude. Elle était tellement mignonne.

- J'ai un peu froid, j'ai soif, et euh... Je ne crois pas avoir mal où que ce soit. Mon bras me brûle un peu, mais c'est supportable.

Je vis une ombre de tristesse passer dans ses yeux mais elle s'affaira pour aller me chercher une couverture et un verre d'eau et appela Carlisle pour le prévenir que j'étais réveillée. Celui-ci pénétra dans la chambre en blouse blanche, un dossier à la main et parut très heureux de me voir réveillée :

- Ah Bella, je suis ravi de voir que tu as repris connaissance. Comment te sens-tu ?

- Mmmh, à vrai dire pas trop mal.

- Est-ce que tu as mal quelque part ?

- Non pas vraiment, je me sens juste un peu... courbaturée et mon bras gauche me brûle. Mais sinon ça va.

- Ok, très bien. C'est normal, je vais juste t'examiner un peu.

Après que Carlisle fut parti, je me tournai vers Alice et lui posai la question qui me brulait les lèvres :

- Alice, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Elle me regarda tristement, pris ma main dans les siennes et répondit :

- Je suis désolée Bella, tout est de ma faute. Je... j'aurais du te protéger, je m'en veux terriblement, je t'ai mise en danger et je le regrette sincèrement...

Je ne la laissais pas poursuivre sa séance d'autoflagellation et déclarait :

- Alice... Tu sais très bien que je ne t'en veux pas et que tu n'as pas à t'en vouloir non plus. Tu as fait tout ce que tu pouvais, et regarde, je suis là, tout va bien. Ne t'en veux pas, s'il te plait.

Elle se tortilla sur le bord du lit et poursuivit :

- La vampire qui nous a attaquées s'appelle Victoria. C'est la partenaire du vampire qui m'a transformé... et que j'ai tué. Elle voulait se venger de la perte de son partenaire et... C'est pour ça qu'elle nous a attaquées. Elle n'en voulait qu'à moi, mais quand elle s'est aperçue que tu étais là et que... je tenais beaucoup à toi, elle...

Elle s'arrêta et je serrai sa main dans la mienne pour qu'elle continue.

- Elle a essayé de boire ton sang.

Je restai interloquée. Je ne me souvenais pas de grand chose à part d'une douleur fulgurante au bras. Je baissai les yeux pour apercevoir mon bras gauche. Un bandage recouvrait la base de mon poignet et je ressentais toujours une légère brûlure. Ce n'était pas douloureux, plutôt désagréable. Je levai un regard interrogateur sur Alice et celle-ci confirma ce que j'avais déduis :

- Elle t'a mordu au poignet. La douleur que tu as ressentie, c'est son venin.

- Mais... Mais... Je ne comprends pas... Si elle m'a mordue, je devrais être morte... ou transformée en vampire ?

Alice baissa les yeux et répondis :

- Je... J'ai... je t'ai mordue aussi pour aspirer son venin.

Elle avait l'air troublée au plus haut point et regardait dans toutes les directions sauf la mienne. Surprise, je la questionnai :

- Alice... Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je suis désolée... Je n'aurais jamais du faire ça... Je... C'était...

- Alice... Tu m'as sauvée non ? C'était ce qu'il y avait à faire et tu n'avais pas le choix !

- Oui, peut-être... Mais qui suis-je pour décider si tu dois vivre ou mourir ? Je n'ai pas pu supporter de te voir souffrir et je n'aurais pas pu vivre une seconde de plus si tu...

Elle fut secouée par un sanglot et se blottit contre moi sur le bord du lit.

- Bella... je suis désolée...

- Ne sois pas désolée Alice, tu as fait le bon choix. Tu as le droit d'être heureuse. Et si pour toi être heureuse veut dire être avec moi, tu n'as pas à culpabiliser. Et sache que tu as fait ce que j'aurais voulu que tu fasses si j'avais été consciente pour faire ce choix. Je veux vivre Alice. Et la raison pour laquelle je veux vivre, c'est pour être à tes côtés.

Elle parut un peu rassurée par mes paroles mais ajouta pourtant d'une toute petite voix :

- Je suis un monstre Bella.

- Pourquoi tu dis ça ? Tu m'as sauvé la vie, cela ne fait pas de toi un monstre, loin de là !

- Non, ce qui fait de moi un monstre, c'est que... Quand j'ai commencé à boire ton sang pour aspirer le venin de Victoria, j'ai cru que jamais je ne pourrais m'arrêter. J'ai failli te tuer. Ton sang m'a rendue folle. C'était... tellement... C'était comme si tu étais avec moi pour toujours, comme si je pouvais communier avec toi, comme si nous ne faisions qu'une... J'aurais voulu boire tout ton sang et mourir.

- Mais tu ne l'as pas fait Alice. C'est ça qui est important.

- Peut-être.

- Alice ?

- Oui ?

- Est-ce que je peux savoir ce qui t'a arrêté ?

Elle baissa les yeux et répondit :

- Je me suis arrêtée parce que... Parce que tu n'étais pas là avec moi. Parce que je buvais ton sang, ce qui provoquait des sensations comme jamais encore je n'en n'avais ressenties, mais tu étais inconsciente et tu ne partageais pas cette extase avec moi. Je voulais... j'aurais voulu que ce soit toi qui me supplies de boire ton sang et que tu me serres dans tes bras pendant que je le faisais. Mais tu n'étais pas là. Tu étais déjà presque partie. Et... je n'ai pas pu le supporter. Alors j'ai arrêté. J'ai cru que j'allais devenir folle. Heureusement Jasper était là et il... il m'a empêché de faire n'importe quoi...

- Alice... je t'aime.

- Moi aussi Bella... Si tu savais...

- Je sais.

Je sortis de l'hôpital le lendemain. J'avais raté mon avion et je n'étais pas dans une forme olympienne. Ma mère avait téléphoné à l'université pour prévenir que je ne pourrais arriver à la date prévue initialement. Mon départ fut repoussé d'une semaine. Carlisle avait raconté à mes parents que j'étais tombée dans les escaliers et de ce fait étais passée à travers une vitre. Rien de plus naturel pour moi et ni Charly ni Renée ne remis en question cette version des faits. Emmett et Jasper avaient provoqué un éboulement de terrain là où Alice et Victoria s'étaient battues pour expliquer les dégâts sur la chaussée et Edward, Rosalie et Esme avaient poursuivi Victoria jusqu'à la frontière canadienne, où ils l'avaient mise hors d'état de nuire. C'est ainsi que j'appris comment on pouvait mettre fin aux jours d'un vampire immortel : il fallait lui arracher la tête et les membres puis brûler les morceaux. Charmant.

J'avais perdu beaucoup de sang, et si je n'avais pas été gravement blessée, je n'étais pas franchement en pleine forme. Je passai la plupart de mes journées avachie dans mon lit ou dans celui d'Alice, blottie dans ses bras. Lorsque je parvenais à dormir, c'était la plupart du temps d'un sommeil agité et le rire démoniaque et les yeux cruels de Victoria hantaient mes rêves. J'étais plus que reconnaissante à Alice de veiller sur moi. J'appréhendais encore plus le moment où je devrais la quitter pour me rendre en Europe. J'étais tellement désespérément amoureuse d'elle, j'avais tellement besoin d'elle que cette année de séparation allait être une véritable torture. Pour la millième fois je me demandai ce qu'il avait bien pu me passer par la tête...

- Alice ? Rappelle-moi pourquoi on doit se séparer déjà ?

Elle me sourit tristement et répondit :

- Pour que tu puisses vivre des aventures extraordinaires, découvrir un nouveau pays, une nouvelle langue, rencontrer d'autres humains de ton âge, voyager, te faire des amis, découvrir des spécialités culinaires...

- Mais je peux très bien faire tout ça avec toi !

Je savais pertinemment que ce n'était pas le cas, et c'était injuste de ma part de rappeler à Alice qu'elle ne pouvait pas vivre normalement, mais je ne voulais pas accepter que c'était la dure réalité. Je voulais garder un peu d'espoir, aussi infime soit-il.

- Tu sais bien que ce n'est pas possible Bella...

Je la serrai dans mes bras pour lui transmettre tout mon amour. Alice culpabilisait encore d'avoir eu des visions de l'attaque de Victoria et de ne pas avoir su la déjouer ou s'y préparer plus efficacement. J'étais largement aidée par l'ensemble des Cullen dans la difficile tâche de la convaincre qu'elle ne pouvait pas tout prévoir et que même si elle avait pu déjouer cette attaque de Victoria, celle-ci en aurait imaginé une autre. Il fallait de toute façon que la confrontation ait lieu.

Elle culpabilisait encore plus d'avoir bu mon sang et surtout d'y avoir pris un tel plaisir. Personnellement, je ne l'en aimais que plus. L'imaginer boire mon sang avait un très fort pouvoir érotique sur moi et je trouvais cela terriblement excitant. Je devais être un peu folle.

Je me laissai tomber sur mon lit. J'avais enfin terminé de préparer mes bagages. Ma valise était bouclée, elle pesait 19,8 kg si j'en croyais le pèse-personne. J'avais vérifié trois fois que j'avais bien mon passeport, mon billet d'avion et tous les papiers pour l'université. J'étais prête à partir. Ou plutôt tout était prêt pour que je parte. Car je n'étais pas prête à partir. Je commençais à sérieusement angoisser et je me mis à faire les cent pas dans ma chambre. Je sursautais en entendant frapper à la fenêtre. J'allai l'ouvrir pour laisser Alice entrer. J'adorai quand elle se perchait sur le rebord de la fenêtre et je ne pouvais m'empêcher de l'imaginer dans le costume de Cat Woman. Je souris à cette pensée.

- Qu'est-ce qui te fait rire ?

- Non, rien... J'aime bien quand tu entres dans ma chambre par la fenêtre, c'est tout.

Je rougis furieusement en répondant. Elle ne fut bien sûr par dupe et tenta d'en savoir plus :

- Est-ce que ça a un rapport avec le costume de Cat Woman que tu veux m'acheter ?

Je lui tirai la langue pour toute réponse et elle m'attira dans ses bras pour m'embrasser.

- Tu as finis de tout préparer ?

- Oui.

Elle eut l'air satisfaite de ma réponse et m'entraîna vers le lit. Je ne me fis pas prier et nous nous retrouvâmes allongée l'une en face de l'autre à nous dévisager intensément. J'avais des milliers de choses à lui dire, mais il n'y avait pas de mots pour les exprimer.

- Alice...

Je prononçais son prénom avant de m'emparer de ses lèvres pour l'embrasser avec tout ce que je ressentais. Lorsque je dus reprendre mon souffle, son regard brûlait du feu de la passion, et elle pouvait probablement en dire autant du mien. Je lui fis l'amour lentement, lui enlevant ses vêtements un par un et caressant toutes les parties de son corps que je dénudai. Je voulais graver dans mon esprit la douceur de sa peau, la beauté de son corps, le son de son rire et de ses gémissements de plaisir. Je mis toute la force de mon désespoir de la quitter, de mon espoir de la revoir, de ma foi en nous, de mon amour et de ma passion dans mes caresses et me laissai complètement submerger par tous ces sentiments. Je la serrai de toutes mes forces dans mes bras pendant qu'elle se laissait aller au plaisir que je lui procurais et sentis les larmes couler sur mes joues lorsqu'elle s'affaissa dans mes bras en murmurant :

- Bella... Je t'aime.

Nous restâmes emmêlées dans les draps, nos corps nus serrés l'un contre l'autre, sans rien dire, nous contentant de nous regarder, d'échanger sourires et caresses jusqu'au dernier moment. Lorsque le réveil sonna pour nous rappeler que nous devions aller à l'aéroport, mon cœur se serra. Alice me caressa la joue, passa sa main dans mes cheveux et m'embrassa. Je savourai avec un mélange d'amour, de tristesse et de nostalgie la sensation de ses lèvres et de sa langue glacées. C'était son baiser d'adieu.

Charly nous accompagna à l'aéroport. J'eus toutes les difficultés du monde à ne pas pleurer lorsqu'il me serra maladroitement dans ses bras. Je lui promis, comme à ma mère, de lui donner régulièrement de mes nouvelles. Je serrai une dernière fois Alice dans mes bras et je me dirigeai vers la douane.

Je m'installai sur mon siège près du hublot. Les jeunes derrière moi rigolaient entre eux, probablement contents de partir en vacances. Je bouclai ma ceinture de sécurité et regardai par le hublot. Lorsque l'avion décolla, je ne pus retenir mes larmes. Je ne savais pas ce que j'allais trouver là bas, outre Atlantique. J'avais peur. Et j'aurais tout donné pour qu'Alice soit à mes côtés pour me rassurer. Pourtant, c'était une épreuve que je devais réussir par moi-même. C'était un rite de passage, une accession à l'indépendance que je me devais de vivre seule. Pour me prouver à moi-même que j'en étais capable. Etre fière de moi.

Les expériences que j'aurais vécues, je pourrai les partager avec Alice, parce que j'avais foi en notre amour et que je savais, au plus profond de moi-même que rien ne pourrait l'ébranler.

Essuyant mes larmes, je me fis la promesse de profiter au maximum de cette aventure dans laquelle je m'embarquais, d'en vivre chaque instant à fond. Pour que notre séparation ait un sens.

FIN