Troisième Chance

Author: Gege .net/u/763188/

Catégorie : Romance / Aventure saupoudré d'une pincée d'humour

Résumé : Trésor, magie, amour, princesses et voleurs, tapis volants et ennemis méprisables, connaissances anciennes et dieux maléfiques en abondance, mais pas forcément dans cet ordre !

Rating : M à partir de ce chapitre

Décharge 1 : Je ne suis pas le propriétaire de Prince of Persia, mais il n'y a pas de souci car les gars d'Ubisoft font vraiment du super boulot

Décharge 2 : Je ne suis pas l'auteur de cette fan fiction, mais uniquement son traducteur.

Vous trouverez le profil de l'auteur sur .net/u/763188/

Vous trouverez la version originale en anglais sur .net/s/4744335/16/

NOTE DE L'AUTEUR :
Les chapitres 14 et 15 contiennent des scènes à caractère érotique, dont certaines décrivent des rapports sexuels de manière explicite.
La fiction sera donc officiellement côtée M à partir de maintenant.
Si vous n'accrochez pas à ce genre de description, rendez-vous au chapître 16.

Chapter 15 - … en territoire inconnu

Résumé du traducteur :
Guidée par le Prince, Elika découvre un nouveau terrain de jeu au travers d'un parcours initiatique que ses connaissances livresques ne lui avaient laissé qu'entrevoir.

Il s'empara d'une grappe de raisin, et entreprit de détacher les meilleurs grains de la tige, les faisant sauter un par un dans sa bouche, appréciant le jus frais à l'intérieur du fruit, se remémorant les sujets de conversation sûrs et moins sûrs allant de "Parle-moi de tes grands parents" en passant par "Tu es tellement belle" jusqu'à "J'ai bien vu comme tu regardais, ça te dit ?" une attitude qui avait fait ses preuves au delà de toutes espérances par le passé.

« Je voulais te demander, commença Elika, s'avançant vers lui, comment est-ce qu'ils font pour conserver tous ces bassins à la bonne température ? »

Les grands parents, nous y voilà, pensa t-il, puis il répondit : « Pour le froid, c'est facile, c'est simplement la température ambiante. Sous le tiède et le chaud, c'est un système complexe de tuyaux qui amène l'eau à de grands fourneaux quelque part dans le bâtiment. » Il haussa les épaules d'un air d'excuse. « C'est à peu près tout ce je sais, j'en ai peur. Le hammam est chauffé de la même façon. »

« C'est quoi au juste, un hammam ? » demanda t elle, ignorant vaillamment la nudité toute proche de l'homme qui se tenait près d'elle. Même si un jeune ouvrier des jardins royaux retirant sa chemise avait un jour suscité un vague élan de curiosité de sa part, l'impression n'était en rien comparable à la présence du Prince dont il était impossible de faire abstraction. Embarras, griserie, gorge sèche, corps chauffé à blanc, elle ne savait que faire de tout cela, mais l'idée que lui savait probablement, et qui plus est, qu'il l'avait prévu, la remplissait d'une excitation frémissante.

« Une pièce complètement remplie de vapeur », répondit-il, cessant de fixer le vide pour la regarder bien en face.

« Ca, j'ai bien compris, mais quel est l'intérêt ? »

« Transpirer purge le corps de tous les éléments nocifs spirituels et matériels, du moins en théorie. En ce qui me concerne, je trouve que c'est surtout rafraîchissant, mais certains médecins ne jurent que par ça », dit-il.

« Il suffit d'entrer, de se sentir mal, et d'en sortir ? »

« C'est à peu près ça, mais je t'assure que c'est bien mieux que ça n'en a l'air. On commence par un bain froid, et on termine avec ça. »

A ces mots, Elika s'avança vers le bassin froid et y plongea précautionneusement un orteil, le retirant aussitôt d'un geste brusque.

« Hors de question », dit-elle avec véhémence.

« Comme tu voudras », dit le Prince. Il fit deux pas nonchalant vers elle, et sans cérémonie, la poussa énergiquement, la prenant totalement par surprise. L'écho du plouf et du hurlement suraigu qui suivit son action se répercuta à travers la salle.

Elika émergea, le souffle court, prête à se venger, mais le Prince avait déjà reculé de trois pas, hors de portée de toutes représailles éventuelles.

« Ca, tu vas me le payer. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais au moment où tu t'y attendras le moins, ma vengeance s'abattra sur toi, et elle sera terrible, et tu te souviendras de ce moment comme l'origine de toutes les souffrances que je t'infligerai, et tu sauras que tu ne peux t'en prendre qu'à toi même », dit elle en refermant ses bras sur sa poitrine, les narines dilatées.

« Allez, arrête ! » Il se mit à rire, revint vers le bassin, s'accroupit, et prenant appui avec ses bras sur le rebord, se laissa glisser dans l'eau, tandis qu'Elika restait immergée à hauteur d'épaule, lui envoyant des dagues du regard. « Ce n'est pas si terrible. »

« Dix mille ans de torture ne sont pas "si terribles". Ce que tu as fait est tout simplement cruel », bougonna t-elle, adoptant une attitude qui lui ressemblait si peu que le Prince ne put s'empêcher d'éclater de rire à nouveau.

« D'accord, je n'ai donc pas d'autre choix que de me traîner à tes genoux pour implorer ton pardon. Que puis-je faire pour me racheter à tes yeux ? »

« Commence pas me trouver en endroit chaud, et j'y réfléchirai. Mais n'espère pas t'en tirer si facilement cette fois », dit elle en réprimant un frisson. « Par Ohrmadz, cette eau est aussi froide qu'un ruisseau au printemps. »

« En fait, la chaleur n'est pas le problème ; c'est même l'idée en quelque sorte. Sors de l'eau, et viens par là », dit il en désignant la porte du hammam. « Et si cette eau est froide, dans le pire des cas c'est juste que nous avons trop chaud. »

« Qui de sain d'esprit voudrait d'un bassin d'eau froide, de toute façon », grommela t-elle en sortant du bain par les escalier situés dans le coin le plus éloigné du bassin.

« Je te reposerai la même question quand tu auras passé une heure à l'intérieur », répondit-il, en l'observant se retrancher derrière avec grand intérêt. Sa tunique de bain était à présent complètement trempée, confirmant au cas où il subsisterait encore un doute, qu'elle était bien totalement nue en dessous. Le tissu mouillé collait à ses fesses comme une seconde peau. Le jeu de ses muscles asséchèrent la gorge du Prince en un instant, et il s'estima heureux d'être immergé jusqu'à la poitrine dans un bain froid. Il avait l'impression qu'il allait y retourner fréquemment toute la nuit durant.

« Ohrmazd, aide moi », marmonna t il dans sa barbe.

« Pardon, qu'est-ce que tu as dit ? » Elle se retourna au sommet des escaliers, toujours recroquevillée sur elle-même.

« J'ai dit j'arrive », dit il, sortant de l'eau et les guidant à travers la salle.

Il souleva le loquet de la porte puis tira dessus, et elle s'ouvrit, grinçant en signe de protestation. « Allez, entre là dedans », dit-il en donnant une tape espiègle sur les fesses d'Elika, l'écho de la claque se répercutant deux fois dans le couloir avant de mourir. Il s'attendait à une explosion d'indignation, mais n'eut droit qu'à un vif "Hé "en réponse alors qu'elle sursautait. Le chasseur en lui aurait voulu faire monter les enchères, ferrer la proie et jouer avec le feu, trouver les frontières et les franchir en toute sécurité, alors que la part de prudence dans son âme ne souhaitait rien d'autre que d'atteindre le bout la nuit en offrant simplement du bon temps à Elika, tandis que chacun conserverait ses vêtements.

« Huh », fut la première réaction d'Elika lorsque la brûlure oppressante de la vapeur l'enveloppa, avant d'être rapidement prise d'une quinte de toux. Le Prince entra à sa suite et referma la porte derrière eux pour empêcher la vapeur de s'échapper. La pièce ne mesurait guère plus de sept pieds sur douze, avec deux bancs qui couraient le long de ses murs et un caillebotis qui tenait lieu de sol recouvrant une vaste fosse d'où s'élevait l'air chaud.

« C'est plus facile si tu respires très lentement et seulement par le nez. Le réflexe est de respirer par la bouche, mais de cette façon, ça brûle encore plus finalement. »

« Tu as l'air bien au courant », dit elle en réprimant sa toux.

« Tout le monde sait ça, je t'assure. Assied-toi », dit-il en désignant un banc. « Plus bas tu es, moins c'est pénible. »

« Je sais, l'air chaud aime monter, c'est comme ça que fonctionnaient les engins volants de l'alchimiste », dit-elle.

Préférant ignorer le commentaire, le Prince s'assit près d'elle, son coude effleurant le sien. La pièce pouvait aisément accueillir dix personnes, mais il ne ressentait pas le besoin d'une compagnie supplémentaire. Il se pencha vers l'avant, les coudes sur les genoux, le menton en appui sur ses phalanges. Il tourna la tête vers Elika, respirant par le nez en inspirant lentement et posément, laissant l'air brûlant infuser en lui. Drapée dans une chemise mouillée qui ressemblait davantage à un sac pourvu de trois trous qu'à un vêtement à proprement parler, la chevelure en bataille, elle irradiait toujours cette même beauté intérieure, cette même force de caractère qui l'avait poussé à la suivre à travers les gorges venteuses de la Vallée, à peine un mois plus tôt.

« Je n'ai plus froid », dit-elle après un moment, le regardant d'un air penaud à travers sa chevelure. Le long de ses tresses, perlaient des gouttelettes d'eau qui, une fois descendues au bas de ses cheveux, ruisselaient jusqu'au sol telles des diamants mélancoliques éclaboussant les lames du plancher au dessous. Le silence s'éternisait entre eux, agréable et plein de promesses.

« Comment tu ... »

« On dirait … », Ils rompirent le silence au même moment, et éclatèrent de rire, le gloussement enroué du Prince produisant un son grave qui fit écho au rire cristallin d'Elika. Ils attendirent un moment puis parlèrent à l'unisson une fois encore.

« Toi d'abord. »

Ils échangèrent un autre sourire, les yeux rieurs.

« Qu'est ce que tu penses de la chaleur ? » demanda t-il vivement, avant qu'elle n'ait pu reprendre sa respiration.

« Etrangement réconfortante, même si ma peau commence à devenir désagréablement chaude. »

« J'ai un petit avantage sur toi, je n'ai pas de chemise qui s'imprègne de sueur. Dis-moi quand tu voudras y aller, un plongeon dans le bassin froid devrait te rafraîchir agréablement si ça devient trop insupportable. »

« Cette fois, j'y vais toute seule, compris ? » dit-elle, levant un doit en signe d'avertissement.

« Je n'oserais imaginer autre chose. » Il ne put cependant conserver une expression impassible bien longtemps, et un sourire carnassier éclaira son visage dès qu'Elika détourna le regard en essayant de coincer une mèche de cheveu derrière son oreille. Lorsque celle-ci retomba immédiatement, alourdie par la sueur, la condensation et l'eau, elle soupira et abandonna. Elle se retourna vers le Prince, réalisant tout à coup à quel point il était proche d'elle, une paire d'yeux inquisiteurs à peine plus éloignée que la portée d'une main.

« Merci », dit-elle.

« De quoi ? »

« Pour tout ça. Pour le bain, le massage, les pigeons, pour m'accompagner, me guider, me protéger. Je serais perdue sans toi. »

Il regarda dans le vague, ses lèvres bougeant silencieusement tandis qu'il essayait de trouver les mots justes. « Tout serait perdu sans toi. »

Elle sauta du banc, et se dirigea vers la sortie, faisant en sorte de marcher sur les parties déjà humides du sol surchauffé. Lorsqu'elle atteignit la porte, elle le regarda par dessus son épaule et dit avec douceur :

« A l'avenir, lorsqu'une reine t'adresse ses remerciements du fond du coeur, ne cherche pas d'excuse, accepte les gracieusement ». Devant son attitude indéchiffrable, les tripes du Prince se nouèrent et il ouvrit la bouche pour s'excuser, mais la glace s'était déjà brisée, et l'expression d'Elika métamorphosée en un sourire mutin.

« Le dernier qui sort est un œuf pourri ! »

Il sauta à son tour, et s'élança vers la porte, mais il était trop tard pour qu'il ait une chance. Elika plongea dans le bassin au moment où il franchit le seuil, il choisit donc de ne pas se précipiter à sa suite, referma la porte du hammam, s'assura qu'elle était bien verrouillée, et marcha nonchalamment vers elle, sa peau encore fumante. Il sentit son regard caresser sa peau, courir le long de ses bras, s'attarder brièvement sur sa poitrine, et suivre la ligne de ses abdominaux, descendant jusque sous son caleçon de bain, lui aussi plutôt humide et collant à sa peau.

« Tu apprécies la vue ? » l'interpella t-il, s'arrêtant au bord du bassin. Il fit jouer ses muscles, adoptant la posture des compétiteurs sacrés de l'Olympe avant le début des jeux.

« Je n'ai pas eu le temps de me faire une idée exacte», répliqua t elle depuis le bassin, les yeux brillants d'une lueur égrillarde. « Et si tu me donnais un aperçu ? »

Il leva les bras et tourna lentement sur lui même, tout en continuant à parler.

« Tu veux aussi tester la marchandise ou seulement regarder ? Nous avons une garantie satisfait ou remboursé. »

Ne recevant qu'un rire nerveux en guise de réponse, il franchit le dernier pas qui le séparait du bassin et entra lentement dans l'eau. Bien que ses gesticulations aient calmé la sensation de chaleur, le contact de l'eau sur la peau était toujours apaisant. Il plongea la tête sous l'eau et émergea en projetant des gouttelettes tout autour de lui.

Au lieu de s'abandonner aux compliments multiples et variés et autres remarques enjôleuses qu'il avait sur le bout de la langue, il se laissa flotter vers la table.

« N'oublie pas de prendre à boire avant d'y retourner. »

« C'était bien mon intention, maman. En plus, je meurs de faim. Et j'ai de nouveau froid. Je crois que je vais sortir avant de devenir toute bleue. » Au lieu de prendre escaliers, elle opta pour le chemin le plus court, sortant du bassin en prenant appui sur le rebord, et se rétablissant sur le pavé pour se remettre debout. Dans l'affaire, sa chemise remonta le long de ses cuisses en se tendant, et le Prince eu droit à un gros plan sur son postérieur bien ferme, ce qui le poussa à s'interroger sur la part d'innocence surjouée et la part de sensualité purement instinctive. Petite garce, songea t-il, mais c'était un jeu qui se jouait à deux. Il se souleva hors de l'eau, et tandis qu'Elika remplissait leurs gobelets à ras-bord, il s'empara d'une grappe de raisin. Laissant le vin de côté pour l'instant, il détacha un grain de raisin bien juteux et le fit sauter dans sa bouche.

« Tu en veux ? » proposa t-il en levant la grappe.

« Et comment ! », répondit elle, en levant la main, s'attendant à ce qu'il prenne la grappe et la casse en deux mais il ne détacha qu'un grain de raisin et le présenta devant sa bouche, le tenant entre le pouce et l'index. Elle entrouvrit ses lèvres et ses yeux se fermèrent inconsciemment. Elle sentit le grain frais glisser lentement dans sa bouche, tandis que le Prince l'accompagnait de son pouce suffisamment longtemps pour qu'elle puisse sentir un soupçon de goût salé, alors que sa main lui enrobait le visage, son index traçant délicatement un chemin de ses oreilles à sa mâchoire, puis se retirait. Elle le sentit s'approcher d'elle, une autre main chaude toucha sa hanche, et elle sentit son souffle, torride comme le soleil du désert, effleurer son cou.

« Allez, c'est l'heure du bain de vapeur », et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il avait disparu. Elika réprima un gémissement de frustration lorsque le contact fut rompu et ses yeux s'ouvrirent. Le Prince, toujours aussi nonchalant, se tenait près de la table, un gobelet à la main, et détachait un autre grain de la grappe, laquelle ayant désormais rempli son office en tant qu'arme dans la guerre des sexes, reposait sur le plateau en étain. Le cœur d'Elika pulsait comme le chant d'un oiseau pris au piège dans la main de celui qui l'observe, et une magie bien différente du feu blanc aux abois qui sommeillait en elle lui parcourut les veines. La part consciente et détachée d'elle même lui murmurait que ce n'était que le début d'une délicieuse danse autour d'une chose primale et inévitable, mais il n'en restait pas moins qu'elle se perdait dans le brouillard du souvenir de sa peau contre la sienne. Elle s'efforça de sourire en essayant d'agir comme si de rien n'était, et s'empara de son gobelet, le vidant en trois grands traits. Evitant le regard du Prince, elle choisit une pomme et mordit profondément dedans, inconsciente de l'effet que produisaient sur le Prince les deux trainées de jus de fruit qui coulait sur son menton.

Le chasseur en lui refit surface, et il dut faire abstraction de l'image qu'il avait de lui en train de s'approcher d'elle, lui arrachant la pomme des mains, et embrassant les gouttes sucrées qui perlaient sur son menton. Au lieu de cela, il choisit lui aussi une pomme, tourna le dos à la table et entreprit de la dévorer, se concentrant pour croquer des bouchées égales et précises, laissant s'estomper le désir. Il n'avait pas complètement terminé lorsqu'Elika, ayant fini sa pomme, passa devant lui en demandant :

« Tu viens ? »

Il reposa le fruit sur le plateau, s'écarta de la table, et la suivit sans mot dire à travers la pièce, retournant dans la vapeur.

Il s'assit en face d'elle, et fixa la grille en bois au sol, s'attachant à inspirer et expirer, inspirer et expirer, la chaleur environnante caressant sa peau fatiguée.

« Tu es souvent venu ici ? » demanda Elika, bien trop nerveuse pour être à même de se détendre sans arrière-pensée.

« Après pas mal de nuits agitées, j'ai fini aux bains, parfois seul, parfois avec des gens que j'appellerais des amis aujourd'hui. Rien n'est plus efficace pour chasser la fatigue qu'un bon massage, suivi d'une longue trempette dans un bassin d'eau chaude. Mais ici, je ne suis venu qu'une fois, peut-être deux. Ce n'était pas vraiment sur ma route », répondit-il sans lever les yeux. Il ne donna pas davantage de détails, et elle ne posa de questions, alors que son esprit vagabondait sur des pistes dangereuses.

« Tu dois avoir raison », dit elle rompant tout à coup le silence.

« C'est une évidence communément admise en ce bas monde », dit il par principe, puis il demanda : « A propos de quoi en particulier, cette fois ? »

« Ce sera surement plus agréable sans la chemise qui s'imprègne de sueur. » Il releva brusquement la tête en entendant le ton presque grinçant sur lequel elle acheva sa phrase, juste à temps pour la voir se lever, tendre les bras pour attraper le bas de sa chemise, et la passer par dessus sa tête d'un seul mouvement fluide. Le vêtement atterrit sur le banc avec un son qui tenait à la fois du bruit sourd et du plouf, et Elika se rassit, obligeant ses mains à reposer sur le banc, jambes croisées, luttant contre l'envie impérieuse de se couvrir.

« Elika », commença t-il, hésitant, cherchant ses mots. Il ne savait pas comment réagir ; le simple fait de la repousser, même en faisant preuve d'une délicatesse exemplaire, la blesserait profondément. Si tant est qu'il y eût un moment pour parler émotions, sagesse des choix, et bien fondé de l'attente, ce n'était pas maintenant. Il avait des scrupules, mais cette jeune dame laissait clairement entendre qu'il n'y avait aucune ambiguité sur son choix. Il ravala ses avertissement, et retomba dans le rôle qui lui allait le mieux ; celui du fringuant escroc. Un large sourire éclaira son visage, il s'assit bien droit, se pencha en arrière, prenant appui sur ses épaules. Il délaissa le ton de la conversation pour adopter des intonations plus profondes, plus riches, un changement pas tout à fait inconscient, et demanda en agitant les sourcils :

« Quel effet ça te fait de laisser ta peau respirer ? »

« C'est libérateur. Et étrangement chaud », répondit elle avec légèreté, même si c'était exactement l'inverse de ce qu'elle ressentait. L'excitation, la peur, et tout simplement la nervosité la mettait sur des charbons ardents et elle puisait dans ses dernières ressources pour rester calme.

« Normalement, il devrait y avoir quelqu'un qui passe toutes les cinq minutes et secoue une grande serviette pour brasser l'air, dès que ça devient étouffant », dit-il en agitant l'air pour reproduire le mouvement.

« Merci, mais je trouve que je suis déjà bien assez téméraire pour l'instant, à essayer un bain de vapeur et tout le reste », dit-elle.

« Princesse, personne de sain d'esprit n'oserait t'accuser de lâcheté », dit-il en riant. « Dis-moi », dit-il en se penchant nonchalamment, « Que pense Ohrmadz de la propreté ? »

« Aucun texte sacré dont je me souvienne n'aborde le sujet, quoiqu'en accomplissant un rite sacré, tu te doives de purifier ton corps et ton âme, ne serait-ce que pour une question de courtoisie élémentaire envers ton dieu. Mais les dogmes ne sont pas son fort, du moins comparé à toutes les religions autochtones qu'on trouve par ici. »

« Et les doctrines que les pratiquants doivent, euh … pratiquer ? »

« Ca t'intéresse de te convertir ? » dit-elle en levant un sourcil, à mi-chemin entre la raillerie et l'interrogation, pleinement consciente de chaque pouce carré de sa peau découverte.

« Je ne sers aucun dieu, mais si je dois verser le sang pour l'un deux, j'ai envie d'en savoir un peu plus. »

« En fait, les commandements ne sont pas son fort non plus. Ohrmadz ne propose aucun cadre rigide pour régir ta vie, à part des généralités du type " fais en sorte de vivre ta vie en faisant le plus de bien et le moins de mal possible ". Aide ceux qui ont besoin d'aide, protège ceux qui ont besoin de protection, et soit gentil avec les autres. Pas de règles tordues et pas d'ambiguité, juste toi et ta conscience. » Elle sentait que le Prince allait formuler un énorme "mais", elle rectifia donc rapidement : « Bien évidemment les Ahura étaient plus proches de lui, et davantage centrés sur l'objectif, mais c'était plus lié à l'Arbre de Vie, qu'à la religion elle-même. »

« Et tu te demandes pourquoi les disciples ne se bousculent pas, dit-il. Tu as besoin d'un slogan accrocheur, d'un inventaire précis des devoirs et des sanctions pour rameuter les populations », continua t-il, cherchant plus à la faire sortir de ses gonds qu'à initier une véritable discussion, essayant de voir s'il pouvait l'inciter à gesticuler de manière suffisamment éloquente pour voir apparaître certaines parties de son corps en mouvement.

« Tu l'as déjà dit, mais certaines personnes s'investissent réellement dans le business religieux parce qu'elles sont croyantes. »

Parler de son dieu, tenter de présenter sa foi avec des mots choisis, l'aidait à surmonter sa nervosité initiale. Le Prince ne s'était pas moqué d'elle, ne l'avait pas traité de pauvre idiote, pas plus qu'il ne lui avait sauté dessus, ainsi que le lui suggérait la force perfide en elle lorsqu'elle s'allongeait sous les étoiles pendant le voyage depuis Ankuwa. Apparemment être nu … n'était pas un souci. Cela l'excitait et lui envoyait des frissons, mais le Prince ne réagissait en aucun cas de la façon dont elle l'avait imaginé.

« En fait, j'adorerais te voir argumenter avec le clergé de Marduk, où l'apprentissage des marges bénéficiaires compte bien plus dans la formation des jeunes prêtres que les prières à proprement parler », dit-il. Elika se contenta de hausser les épaules.

« Je ne ressens pas le besoin d'argumenter avec qui que ce soit. Je suis bel et bien réelle, et mon dieu me protège à chacun de mes pas. »

« Je croyais que c'était mon boulot. »

« Tu crois que vous pouvez vous partager cette responsabilité ? » demanda t elle, taquine.

'It is Ohrmazd who will have to learn how to share,' he said with conviction. 'How is he with sharing you, anyway? What's the word from upstairs on priestesses, prophets, queens, or whatever your title would be?' he asked the question that had been bothering him all evening. Every religion had their own dogma about the family life of god's servants, from the sacred whores of Ishtar to the priestesses of Hestia, who were buried alive if they knew the touch of a man.

« C'est Ohrmazd qui va devoir apprendre à partager, dit il avec conviction. D'ailleurs, comment est-ce qu'il voit le partage ? Quel est le terme là-haut pour les prêtresses, les prophètes, les reines, ou quelque soit ton titre ? » Il avait posé la question qui l'avait perturbé toute la soirée. Chaque religion avait sa propre doctrine en ce qui concernait la vie de famille des serviteurs du dieu, des putains sacrées d'Ishtar aux prêtresses d'Hestia que l'on enterrait vivantes si elles se laissait toucher par un homme.

'Are you asking me, if it is okay for me to lay with a man?' came the question, her expression suddenly dangerously blank.

« Tu me demandes si je peux coucher avec un homme ? » La question tomba, son visage se faisant tout à coup dangereusement inexpressif.

'Yes, I guess I am,' he said slowly.

« Oui, j'imagine », dit-il lentement.

'And what if it's not?' A decade of practice in seduction had honed the Prince's instincts, and now all the alarm bells were screaming that there were a lot of wrong answers to her question, and there might not be a right one. Time to decide how the night would end. Time to see if he knew her as well as he thought he did.

« Et si ce n'était pas le cas ? » Une décennie de pratique de la séduction avait aiguisé les instincts du Prince, et à présent toutes les cloches sonnaient l'alarme, l'avertissant que les mauvaises réponses à sa question étaient légion, et qu'il n'y en avait peut être aucune d'acceptable. Il était temps de décider comment la nuit allait finir. Temps de voir s'il la connaissait aussi bien qu'il le croyait.

« Alors Ohrmadz le prendra très mal quand je t'embrasserai. »

« Oh », fut la seule réponse qu'il reçut, mais le non-dit était plus qu'éloquent. Son silence lui apprit qu'il avait bien choisi ses mots. Son sens inné du devoir travaillait contre elle, transformant dans son esprit les propos du Prince en inestimable compliment qui laissait entendre que le prix à payer s'ils déclenchaient le courroux de leur plus puissant allié deviendrait lui même anecdotique face à la force des sentiments qu'il éprouvait.

« Donc ? » demanda t-il.

« Donc quoi ? »

« Il n'a y a pas de souci si tu couches avec un homme ? »

« Du point de vue théologique, ce n'est pas un problème. Du point de vue personnel … », elle s'arrêta songeuse. Elle releva les yeux, abandonnant les faux-semblants l'espace d'un instant. Elle semblait vulnérable et peu assurée lorsqu'elle demanda : « Il va se passer quoi ce soir ? »

Il se leva et lui tendit la main, des gouttes d'eau et de sueur propre formant une trainée le long de son bras ; un détail vide de sens et hors de propos qui pourtant, sans raison apparente, s'imprima en lettres de feu dans la mémoire d'Elika.

« Et si tu venais avec moi et qu'on le découvrait ensemble ? » C'était plus un constat qu'une invitation. Elle leva les yeux, rencontrant un regard indéchiffrable et un sourire crispé qui se dessinait sur ses lèvres serrées.

Elle prit sa main, et les muscles du Prince se bandèrent l'espace d'un instant lorsqu'il tira sur son bras pour l'aider à se relever. La réalité de sa nudité, quasiment oubliée auparavant, s'imposa à elle comme une évidence brutale, mais les yeux du Prince restèrent indéfectiblement plongés dans les siens, sans explorer le territoire inconnu, du moins pas à un moment où elle aurait pu s'en apercevoir. Il la conduisit hors du hammam, et ils s'avancèrent sur les carreaux de pierre froids. L'air extérieur n'était pas froid, juste rafraîchissant, et des volutes de fumée s'échappaient de sa peau, serpentant autour d'elle, s'envolant vers le plafond. Elle regarda son autre main et dit, perplexe :

« Je fume. »

« Il faut qu'on te sorte de là avant que tu ne prennes feu ! » déclara t-il, se penchant vers elle et passant un bras derrière ses genoux. Elle se laissa tomber dans ses bras ouverts, volontairement. Il se redressa, les muscles de son dos jouant un jeu complexe sous sa peau, tandis que le bras d'Elika remontait pour s'enrouler de lui-même autour de son cou. La sensation de sa peau rêche contre la sienne lui mettait les nerfs à vif, et une fois encore, une grosse boule eut l'air d'apparaître dans sa gorge venue de nulle part . La chevelure du Prince collait à son crâne et ses épaules dans un fouillis inextricable, désormais plus retenue pas son écharpe, et l'espace d'un instant crucial, Elika se demanda quel effet cela ferait si elle retombait en rideau autour d'eux, avec les yeux du Prince transperçant les siens. Mais au lieu de fixer son regard sur celle qu'il tenait dans ses bras, il regardait droit devant lui.

Avec une dizaine de pas précautionneux, il la porta jusqu'aux escaliers du bassin froid, et l'y déposa. D'une caresse légère comme une plume, la main du Prince suivit légèrement les contours de son corps, de ses fesses jusqu'à ses omoplates, avant qu'il ne s'éloigne et ne descende de quelques marches dans le bassin. Elle le suivit, le contact de l'eau rafraîchissant sa peau surchauffée. Il se tourna, et elle eut la sensation que pour la première fois, depuis qu'elle avait retiré sa chemise, il la regardait vraiment.

« Tu es tellement belle. » L'émerveillement faisait vibrer sa voix, sans fard, faisant fondre ses appréhensions. Elika leva une main hésitante vers son épaule, et du bout de ses doigts, explora son bras, lui envoyant des frissons dans le dos. Il se sentait tiraillé, délicieusement raide sous l'effet de l'excitation, repoussant l'instant de la conclusion finale aussi longtemps que possible. C'était la plus douce des attentes, nimbée d'un mystère qui disparaîtrait à jamais une fois que leur lèvres se seraient rencontrées, et il avait bien l'intention d'en profiter.

« Tu n'es pas mal non plus », murmura t-elle, les mots semblant venir de très loin. Ses mains explorèrent sa poitrine, s'arrêtant l'espace d'un instant avant de continuer leur voyage vers le nord. Ses mains à lui commencèrent également à errer sous l'eau, les paumes sur ses hanches nues remontant jusqu'à sa taille fine d'une lente caresse, pleine d'émerveillement. Elle laissa l'un de ses doigts s'aventurer le long de son menton, effleurant sa barbe de trois jours.

« Piquant », murmura t-elle, la boule dans sa gorge disparue , remplacée par une sensation rapeuse qu'elle ne pouvait pas vraiment expliquer.

« Soyeux », dit-il avec un sourire qui adoucissait ses mots. L'intérieur de son bras effleura son sein, et les bout de ses doigts s'enfoncèrent plus profondément dans ses omoplates. « Courageuse. Intelligente. Pleine de vie et de feu. Et incroyablement, étonnamment belle. » Sa voix se brisa sur les derniers mots, et dans un éclair de lucidité, Elika sentit quelque chose d'intense se produire, quelque chose qui justifiait tous les combats et toutes les douleurs. Elle leva les yeux, et leurs regards se verrouillèrent l'un dans l'autre une fois encore. Il n'avait pas de mots pour exprimer ce qu'il ressentait, et l'attraction magnétique de ses lèvres légèrement écartées devenait peu à peu irrésistible. Inconsciemment, elle passa le bout de sa langue rose sur ses lèvres pour les humidifier et avala sa salive. Au dernier moment, dans un sursaut de volonté, il mit un terme à l'échange de regards, plongea les bras sous l'eau, et la souleva à nouveau, suscitant un cri de protestation aigu de sa part.

« Où est-ce que tu m'emmènes ? » demanda t-elle alors qu'il la portait hors de l'eau.

« Après le froid, c'est le bai-in chaud », grogna t-il alors qu'elle se pelotonnait contre lui et lui mordait le cou avec espièglerie. Il baissa les yeux pour rencontrer le regard pétillant de la diablesse qu'il tenait dans ses bras.

« Je vois que tu es disposée à coopérer. »

« De quoi sont remplies tes mains ? »

« Laisse moi te poser et tu vas voir. »

« C'est une menace ou une promesse ? » railla t-elle.

« Une promesse. Et je tiens mes promesses », grogna t-il, et elle frissonna en entendant le ton farouche de sa voix. Elle n'avait même pas remarqué qu'il était entré dans l'autre bassin jusqu'à ce que ses fesses nues soient prises dans la chaude étreinte de l'eau. Elle laissa retomber ses jambes, et toujours suspendue à son cou, laissa son corps se déplier contre le sien pour se coller à lui, leurs fronts se touchant, ses orteils atteignant à peine le fond du bassin. Avec un "ha-ha" silencieux, elle sentit une raideur à laquelle elle s'attendait, mais qu'elle n'avait jamais ressentie, s'appuyer contre sa hanche à travers le tissu de son caleçon.

Des mains vigoureuses, pressantes saisirent ses cuisses et la soulevèrent, l'enroulant autour de lui. Elika accrocha instinctivement ses chevilles autour de ses fesses. La tension née d'un mois de flirt et de badinage, toutes les émotions refoulées, toutes les larmes non versées trouvaient finalement un exutoire, la heurtant de plein fouet, attisant les flammes du désir qui brûlaient dans ses veines telles un enfer, laissant peu de place aux pensées conscientes en dehors du besoin indéniable de toucher, de sentir, d'être.

Sa main droite descendit et ses doigts s'enfoncèrent dans les muscles de son dos. Elle appuya sur sa nuque de son autre main, pour rapprocher sa bouche de la sienne.

Le Prince dans un dernier effort de volonté, résista, haletant. « Elika. »

Ses yeux s'arrêtèrent sur lui l'espace d'un instant, mais elle ne s'arrêta pas de masser, de tirer, de pousser. « Il faut qu'on … fasse attention … Je ne voudrais pas te mettre enceinte. »

La seule réponse fut une lumière bleue brillante inondant ses yeux, les transformant l'espace d'un instant en deux trous béant d'un éclat azuré puis aussi vite qu'elle l'avait envahie, la magie se retira. « Ca n'arrivera pas », dit-elle, ses mots résonnant d'un écho métallique.

La soudaine manifestation du pouvoir agit comme un seau d'eau froide sur le Prince. « D'accord, c'était flippant. Impressionnant mais flippant », dit-il, la voix de baryton du séducteur cédant la place à celle de ténor précipitée d'un marchand de chameau juste avant que le client ne découvre les dents de plâtre. Ils se figèrent dans leur étreinte, elle les jambes serrées autour de lui, sa main gauche toujours enfouie dans ses cheveux, la gauche agrippée à ses fesses, et lui la maintenant à bout de bras, seulement séparés par une couche de lin trempé et un souffle court qui les empêchaient de ne faire plus qu'un. Percevant son mouvement de recul, Elika sentit elle aussi son sang refroidir rapidement, et le frottement de ses seins contre sa poitrine qui la rendait folle à peine un instant plus tôt lui semblait à présent embarrassant. Elle décrocha ses chevilles et se laissa tomber, laissant pendre ses bras le long de son corps, se laissant aller. Elle passa une main dans ses cheveux, et les écarta de son visage, son bras passant devant ses seins dans un geste protecteur.

« Il s'est passé quoi là, Elika ? » demanda t-il d'une voix douce, mais grave. Il avait vu beaucoup de moyens ingénieux d'empêcher une graine de germer, et même si certains d'entre eux impliquaient la magie, aucun ne faisait appel à la magie dont il venait d'être témoin.

« Je … c'est … je ne suis pas sure. » Elika luttait pour mettre des mots sur ce qu'elle-même ne comprenait pas. « Je crois que ça réagit au besoin et à l'émotion, plus le besoin est fort, plus la magie monte aux créneaux rapidement. »

« Et ton besoin était carrément pressant, hein ? » dit-il en retrouvant une pointe de morgue. Son air auto-satisfait n'apaisait guère l'embarras d'Elika ; elle s'estimait heureuse que la chaleur de la pièce dissimule sa rougeur. Elle tenta de se retrancher derrière un sourire aigrelet, et lâcha :

« On peut dire ça comme ça. »

« Hé, il n'y a pas de mal à être humain. » Le mensonge facile qui consistait à dire qu'il n'avait jamais rien ressenti de tel auparavant effleurait le bout de sa langue, mais il le ravala et dit : « Je n'avais pas fait de truc aussi dingue depuis un bon moment moi, non plus. » Puis après une pause : « Alors tu ne peux pas tomber enceinte ? »

« Pas ce soir. » Elle regarda dans le vague et dit : « Je n'avais pas fait attention, mais j'ai également raté mon cycle de lune, ça aurait du arriver dans le désert, avec la nouvelle lune. »

« Si tu pouvais en faire des conserves, tu serais plus riche que Crésus. »

« Ce serait un noble usage des pouvoirs dont je suis investie », répondit-elle d'un ton sarcastique en reculant à nouveau d'un demi-pas.

« Magie ou pas, tout ce que j'ai dit tient toujours. Tu es la femme la plus incroyable que j'ai jamais rencontrée et je n'échangerais pas un an avec des houris contre un instant avec toi. »

« Même si ça veut dire des yeux flamboyants, des voix étranges, des dieux vengeurs et tout ce qui fait mon lot quotidien ? » demanda t-elle, toujours peu en confiance.

« Surtout si ça veut dire ça. » Il posa une main totalement dénué de sensualité sur son épaule. « Tu ne l'as peut-être pas remarqué, mais je ne suis pas attiré par la sécurité et la normalité. Et tu es le danger, le mystère et l'innocence, le tout emballé dans un incroyable lot de sandales à prix cassé. » Il laissait errer ses yeux sur son corps, prenant sciemment le temps d'étudier tout ce dont Ohrmadz l'avait gratifiée.

« Merci », dit-elle, se sentant paralysée et incapable de trouver les mots qui lui permettraient lui rendre la pareille. « J'ai cassé l'ambiance, hein ? » dit elle après un silence embarrassé. Le Prince se contenta de hausser les épaules.

« Il y a des choses qu'on ne contrôle pas. La prochaine fois, je ne perdrai pas mes moyens si ta lumière commence à briller à des endroits inhabituels, c'est promis. D'ailleurs, quel effet ça fait d'avoir la magie qui se balade ? » Il passa devant elle tout en parlant et s'assit sur le banc de pierre à l'intérieur du bassin, laissant nonchalamment reposer ses coudes sur le rebord, la tête appuyé sur les carreaux arrondis de la margelle.

« La prochaine fois ? » demanda t-elle, haussant un sourcil et ignorant sa question.

« Tu ne peux pas rester éloignée de tout ceci bien longtemps », dit-il en se désignant d'un geste enveloppant du bras.

« Tu es toujours aussi insupportablement sûr de toi, où bien j'ai droit à un traitement spécial ? » demanda t-elle en refermant ses bras sur sa poitrine, se tenant toujour au centre du petit bassin.

« Pour ta gouverne, sache que si tu prétends le contraire, je saurais te le rappeler en temps utile », dit-il sans même lever les yeux. Elika hésita l'espace d'un instant. Elle mourait d'envie de lui jeter des noms d'oiseau à la tête, mais elle suspectait qu'il n'en serait que plus arrogant s'ils se retrouvaient à nouveau dans une position compromettante, et maintenant que cette raison avait finalement pris le pas sur les émotions, elle ne savait plus très bien comment la nuit allait finir, ni jusqu'où elle avait envie d'aller. Elle espéra que ça ne serait pas le début de la fin, quelque puisse être cet indéfinissable "ça" entre eux.

« Ton silence est éloquent Princesse », remarqua t-il, les yeux toujours fermés, et ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Elle frappa la surface, projetant une large gerbe d'eau qui forma une arche au dessus du bassin et l'atteignit en pleine figure. Il se releva en crachotant, et lentement, délibérément, abandonna la position assise pour s'accroupir sur le banc, les yeux brillant d'un éclat menaçant.

« Non, non, non, non, pas ça ! » s'écria Elika, battant en retraite, les mains levées en position défensive, les aigus de sa voix montant vers les cieux.

Le Prince bondit soudain à travers le bassin, comme s'il avait été assis sur un ressort géant, les bras tendus vers elle. Elika poussa un cri perçant, et disparut avec lui sous l'eau, pour refaire surface à ses côtés quelque secondes plus tard, complètement désorientée. Elle leva les yeux vers lui, prête à l'éclabousser à nouveau en représailles, mais son bras levé retomba dans l'eau, inerte, lorsque son regard rencontra celui du Prince.

Elle s'immobilisa, hypnotisée, alors qu'il se penchait sur elle, sa tête se renversant en arrière et ses yeux se fermant alors que son corps la trahissait une fois encore, et que finalement, les lèvres du Prince effleuraient les siennes, d'abord délicatement, d'une douce caresse, puis tiraient sur sa lèvre inférieure, réclamant l'accès avec insistance.

Les lèvres d'un autre sur les siennes lui parurent étrangères, mais elle finit par lui rendre son baiser, lentement, avec hésitation, ne sachant pas si elle s'y prenait bien ou mal, se fiant à son instinct et aux bribes de phrases que le personnel des cuisines échangeait en ricanant au palais de son père.

Le Prince, de manière quasi indifférente, l'accompagnait avec douceur, la guidant d'abord avec ses lèvres et avec sa main qu'il avait passée autour de sa nuque, puis avec sa langue taquine, en s'appropriant sa saveur. En réponse, l'enthousiasme d'Elika s'accrût et leurs dents s'entrechoquèrent. Il étouffa d'une caresse encourageante le "désolé" qu'elle émit en bafouillant, tout en continuant à faire durer le baiser. Il s'était imaginé cent fois leur premier baiser, et en dépit de tous les autres paramètres, quand il s'agissait d'amour, Elika n'était pas différente des autres qui l'avaient précédée. D'un geste presque calculé, il abandonna sa tête et laissa glisser ses mains sur sa colonne vertébrale jusqu'au creux de son dos, écartant les doigts, la laissant s'habituer à la pression qu'il exerçait, tandis que lentement, sa langue enlaçait la sienne avec des caresses de plus en plus appuyées.

Elika ignorait tout du cheminement intérieur qui agitait l'esprit du Prince, elle s'abandonnait totalement au baiser ; se concentrant sur la mince tranche de présent suspendu entre le passé et le futur. Les yeux fermés, il n'existait plus que la sensation de ses lèvres et de ses mains ; le contact de l'eau en dessous d'elle et la caresse de l'air au dessus. La chaleur qui se répandait dans son bas-ventre l'emplissait d'un violent désir de contact physique, et elle tentait avidement de s'approprier la totalité du corps du Prince en une seule fois, errant sur les muscles de son dos, leurs peaux glissant maladroitement l'une contre l'autre. La bouche du Prince disparut soudainement pour réapparaître en s'attaquant sauvagement à son cou, embrassant à pleine bouche le point sensible juste sous son oreille. Haletante, elle renversa la tête en arrière pour lui faciliter l'accès. Il suça la peau et à titre d'expérience, la caressa avec sa langue pour voir comment elle réagissait. Il fut récompensé d'un gémissement étouffé, et de griffures d'ongles dans le dos.

Il fit remonter sa main le long du ventre d'Elika et enroba l'un de ses seins, titillant le téton de son pouce rugueux, encore et encore, l'envoyant au delà des limites ultimes du désir telles qu'elle ne les aurait jamais crues possible. Le corps d'Elika était en feu, alors que le Prince s'échauffait à peine et commençait tout juste à l'explorer. D'un coup sec, elle lui remonta brusquement la tête et s'attaqua de nouveau fébrilement à sa bouche, essayant de se presser contre lui aussi fort que le permettaient les lois de la physique, voire plus encore.

Le désir d'Elika était contagieux et l'enseignement distant fit place à la passion. Sa main gauche empoigna ses fesses, ses doigts s'enfonçant dans ses muscles fermes, la soulevant contre le mur du bassin comme si elle ne pesait rien. Leur baiser s'interrompit mais la bouche du Prince ne resta pas inactive ; capturant son téton libre entre ses lèvres, le têtant avec soin. Les jambes d'Elika s'écartèrent à nouveau, et se refermèrent sur sa taille, ses mains s'enfouissant d'elles-mêmes dans les cheveux du Prince. Il rendait grâce à ses seins avec des caresses de langue appuyées d'un coté, et des pincements stimulants de l'autre, son autre main la maintenant en l'air, le bout de ses doigts se recourbant en dessous d'elle, se rapprochant suffisamment des zones qui n'avaient pas encore été stimulées pour qu'elle puisse les sentir. Instinctivement, elle verrouilla ses chevilles autour de lui, et se repoussa encore plus haut, lui permettant de déplacer sa main, qui toucha enfin au but, quoi que sous un angle peu commode. Il pouvait difficilement caresser les poils drus depuis cet endroit, mais c'était suffisant pour colorer le désir de sa partenaire d'une teinte brillante d'excitation. Elle n'eut pas à attendre longtemps. Les pensées du Prince accompagnèrent les siennes. Sa main droite abandonna son sein et se faufila entre les deux, alors qu'elle s'écartait encore de lui pour lui laisser plus d'espace. Sa main se referma sur sa vulve, et son index se fraya un chemin, repoussant les plis pour atteindre la peau luisante, massant son ouverture avec des mouvements circulaires volontairement lents. Elle haleta, et une fois encore la fièvre en elle atteignit des sommets jamais égalés auparavant. Jamais elle n'aurait pensé qu'une si infime partie d'elle même puisse procurer autant de sensations ; la route qu'empruntaient le bout des doigts du Prince s'élevait à travers la symphonie que lui jouaient ses sens, telle un violon torturé par un fou génial jusqu'à un allégro encore plus rapide.

Elle prit fermement appui sur ses épaules, sortant presque totalement de l'eau, sans savoir ce qu'elle voulait, seulement sûre qu'elle en voulait plus. Son téton s'échappa des lèvres du Prince, mais il s'en empara à nouveau avec dextérité, le suçant passionnément, faisant affluer le sang dans la pointe déjà douloureusement dure. Elle retomba sur lui avec un halètement, et sa main vola vers son autre sein, à présent délaissé, pour titiller l'autre téton. La vision stimula le Prince ; il tata l'entrée de son ouverture du bout d'un doigt, s'efforçant d'être doux et attentif. Il ne rencontra aucune résistance, un détail qu'il nota pour plus tard, et s'aperçut qu'elle était dans les meilleures dispositions, à tel point que même l'eau du bassin ne pouvait dissiper tous ses fluides. Lorsqu'il la pénétra, elle éprouva une sensation qui occulta tout le reste, et l'espace d'un instant plus rien n'exista, à part l'anneau de ses muscles inexpérimentés qui se resserraient autour du doigt qui les explorait, et le délicieux frottement intérieur lorsqu'il recourba son doigt contre sa parois intime, juste assez profonde pour deux doigts. Le prince déplaça adroitement son pouce de son ouverture au point central qui se dressait sous sa forêt, et commença à décrire des cercles légers et rapides autour, tandis que son index continuait à la satisfaire de l'intérieur.

Elle reconnut la sensation qui l'irradiait de l'intérieur d'après les explorations nocturnes qu'elle avait menées derrière les portes soigneusement verrouillées de sa chambre à coucher, mais la spirale qui l'emmenait vers la conclusion n'avait jamais été aussi vertigineuse, aussi rapide que maintenant, sous les caresses amoureuses du Prince. Ses propres besoins oubliés, il était trop heureux de lui montrer ce que l'amour pouvait faire, et le fait de prouver qu'il pouvait envoyer même une vierge au delà de la limite ultime lors de sa première nuit en tant que femme, était pour lui une question de fierté. Sa bouche bougeait en rythme avec le reste de ses mouvements, aspirant un téton fripé, le frottant entre sa langue et son palais. Sa main droite s'activait entre ses cuisses onctueuses, un doigt massant l'intérieur sa paroi intime encore et encore avec le même mouvement de va et vient, son pouce stimulant son clitoris avec de petits gestes rapides. Son autre main la tenait par les fesses, un doigt appliquant une pression ferme mais patiente sur son anus. Il la faisait aller et venir dans ses bras, et le rythme qui s'accélérait à chaque mouvement envoyait des décharges sensorielles à Elika.

Elle jouit rapidement et violemment, quelques minutes seulement après qu'il ait touché son clitoris pour la première fois, sa bouche s'arrondissant en un O silencieux, sa respiration s'accélérant avec des halètements saccadé, ses yeux hermétiquement clos. Tout son corps trembla, puis se rigidifia, tous ses muscles se tendant, les parois de son vagin se crispant fortement sur son doigt, se détendant et se crispant, encore et encore, par vagues. Il continua à la faire jouir aussi longtemps que possible, mais il n'était pas suffisamment habitué à jouer avec l'intimité de son corps pour savoir quand et comment calmer le jeu pour faire de l'épilogue d'un orgasme le commencement d'un autre. Un son docile et enroué lui apprit que c'était suffisant, et il retira doucement son doigt de la Princesse tremblante, sa main se refermant sur son dos, la serrant très fort contre lui alors que les derniers soubresauts de plaisir la parcouraient toute entière. Son caleçon, si large qu'il fut, était devenu trop serré durant ces dernières minutes, et un désir impérieux en lui exigeait qu'il possède cette fille, comme bien d'autres avant elle, de toutes les manières possibles. Il remit cela à plus tard, et écouta les battements du cœur d'Elika passer de ceux d'une souris à un bruit sourd plus régulier. S'écroulant après son orgasme, elle s'était effondrée sur lui, son menton reposant sur son épaule, ses bras refermés sur lui, ses jambes l'enserrant fermement, plus du fait de l'abandon, que d'un ardent désir.

« Je … commença t-elle, je n'ai jamais ... »

« Je sais. »

« C'était extraordinaire. »

« Je sais. »

« Tu es vraiment bouffi d'arrogance. »

« Tu n'imagines pas à quel point. » Son jeu de mots ne suscita qu'une grimace de sa part. Elle décrocha ses jambes et se détacha de lui, encore chancelante et il émit un soupir de soulagement silencieux ; son dos commençait à le tuer à petit feu, bien qu'il ne l'eut en aucun cas admis. Nageant et marchant à la fois, il passa devant elle et s'assit sur le banc de pierre, un calme étrange prenant le pas sur son désir. Il sentait la lassitude dans ses os, du fait du long exercice physique et de la longue journée. Il laissa reposer ses muscles, et observa Elika en train de le regarder silencieusement. Indéchiffrable, elle s'avança vers lui, ne s'embarassant plus désormais de sa nudité, et il fit le point sur ses atouts avec un intérêt renouvelé, sa paix intérieure l'abandonnant aussi vite qu'elle l'avait envahi.

Il restait peu de choses dans son corps qui le surprenaient encore, il l'avait tenue dans ses bras suffisamment souvent pour être habitué à la fermeté de ses muscles et à la douceur de sa peau. Cependant, si c'était une chose de la rattraper par sa taille fine en la réceptionnant après un saut périlleux, c'en était une autre d'apprécier cette vision à loisir. Elle s'arrêta net, et leva les bras au niveau de ses côtes, s'étirant.

« Tu apprécies la vue ? » demanda t-elle ?

« Absolument », dit-il en repliant un genou pour y appuyer son coude, et poser son menton dans la paume de sa main. « Tourne-toi. » Obéissante, elle effectua une pirouette, les paumes de ses mains suspendues au-dessus de l'eau. « Plus lentement » dit-il, et elle s'exécuta, se sentant à la fois stupide et excitée.

« Je suis censée faire des acrobaties ? » demanda t-elle par dessus son épaule, sa pirouette à moitié achevée.

« Tout à l'heure », vint la réponse. « Tu as un cul extraordinaire, personne ne te l'a jamais dit ? »

« Aussi bizarre que ça puisse te paraître, ce n'est pas un compliment qu'une reine en devenir entend fréquemment », répondit-elle. « Mais merci », ajouta t-elle après coup.

« Je déconne pas. Toutes ces grimpettes sur les falaises et ces sauts dans le vide, c'est vraiment efficace. »

« C'est quoi ton problème avec les culs ? » demanda t-elle en terminant sa pirouette, et une expression accablé apparut sur le visage du Prince. Ce ne fut qu'au prix d'un effort surhumain qu'il parvint à ravaler sa réplique ; ce n'était pas le tour qu'il souhaitait donner à la conversation.

« Tout ce que je sais, c'est que je veux celui-là sur mes genoux. Viens ici ! » Il lui fit signe d'approcher, et elle ondula vers lui de façon suggestive, se sentant à la fois audacieuse et sensuelle, la brume du désir ne s'étant jamais vraiment dissipée dans son esprit. Lorsqu'elle l'eut rejoint, elle se pencha vers l'avant et ses seins suivirent le mouvement bien que freinés par l'eau, se balançant d'avant en arrière avec un clapotis, après que ses mains se furent posées sur les genoux du Prince. « Dis-moi, demanda t-elle, je dois m'asseoir face à toi … ou plus loin ? ».

Il tendit la main et tortilla l'un de ses tétons, lui infligeant juste ce qu'il fallait de douleur pour lui envoyer une vive décharge à travers le corps. « La vraie question, ma beauté, est de savoir si je dois porter quelque chose à ce moment-là. »

Les implications et le sérieux dissimulés derrière cette question mutine échappèrent à Elika. Etrangement, le Prince accordait plus de valeur à sa virginité qu'elle-même. Elle n'obéissait à aucune règle sociale, n'était promise à aucun futur mari qui s'attendrait à des draps souillés durant leur nuit de noces, n'avait aucun avenir à préparer elle n'était mue que par la sensation que c'était, ici et maintenant, ce qu'il fallait faire. Lorsqu'elle avait retiré sa chemise moins d'une heure plus tôt, elle s'était donnée à lui corps et âme, et toute autre barrière n'était que technique, pas affective.

« Ca n'aurait pas grand intérêt, autrement, non ? » demanda t-elle en retour, et ses mains remontèrent le long des cuisses du Prince, essayant de le caresser à travers le vêtement. Le contact du tissu rêche sur la peau délicate de son gland arracha une grimace au Prince. Il lui prit les mains et les guida jusqu'à la ceinture de son caleçon, défaisant le nœud du lien d'un coup sec. Lorsqu'elle tira, il souleva ses fesses du banc ; puis repoussa du pied le vêtement vers le centre du bassin. Le regard d'Elika se dirigea immédiatement vers le bas, sa main droite explorant son nouveau jouet, s'émerveillant de la texture, de la couleur, de la forme, tandis que sa main gauche reposait sur le haut de la cuisse du Prince, supportant son poids. Son visage exprimait l'émerveillement à l'état pur, alors qu'à titre d'expérience, elle tirait la peau en arrière avec précaution ainsi qu'elle l'avait vu dans l'un des livres de la bibliothèque de son père.

La façon maladroite qu'elle avait de le toucher éveilla l'appétit du Prince, lui donnant envie de plus, beaucoup plus, mais il devait d'abord définir quelques règles de base. Il prit sa main dans la sienne, et l'ajusta sur sa queue. « Tiens-la comme ça, dit-il en respirant par à-coup. Et regarde le bout, c'est aussi sensible que ta …. ». Il fit un vague mouvement en direction de son triangle sombre. « Elle n'aime qu'on la touche que si elle est mouillée. » Il luttait pour trouver les mots appropriés, tandis qu'Elika, qui la tenait mieux désormais, appliquait ses connaissances livresques et la gratifiait de quelques secousses à titre expérimental. « Mais pas avec de l'eau, avec des trucs lubrifiants. De l'huile, toi, ou de la salive par exemple. »

« Ma salive, hein ? » demanda t-elle, en déplacant lentement sa main de haut en bas, la tenant délicatement, se délectant de l'expression de son regard. « Ca me donne une idée. »

« Tiens-la bien, n'aies pas peur de serrer, mais ne tire pas trop fort quand ta main … ooh, c'est ca ». Elle s'avança, et appuya ses genoux légèrement pliés contre le banc sur lequel il était assis, et son autre bras, dont elle n'avait plus besoin pour supporter son poids, erra d'un air absent sur le ventre du Prince, caressant son visage, son cou, ses épaules, alors qu'elle focalisait son attention sur le fait de conserver le même rythme de va-et-vient sur sa queue, observant son visage à la recherche d'indices qui l'aiderait à savoir ce qu'il pouvait apprécier ou non, ce qui était trop fort ou trop doux. Elle se sentait dépassée, essayant de suivre ses conseils, et espérant que sa maladresse ne susciterait pas la dérision. La façon dont le Prince haletait en suivant ses mouvements lui indiquait qu'elle avait probablement vu juste sur certains points, mais une petite voix dans sa tête lui susurrait en se moquant d'elle qu'il ne faisait que simuler, et qu'elle n'avait aucun espoir de lui donner le même plaisir que celui qu'il lui avait offert.

Elle n'eut pas à s'inquiéter. Rapidement, le Prince laissa échapper un gémissement animal, et attrapa sa main, l'écartant vigoureusement de sa queue pour l'amener vers son cou, l'attirant brusquement contre lui pour l'embrasser. Il enfouit une main énergique dans sa chevelure, et ses lèvres s'écrasèrent sur les siennes, s'en emparant avec avidité. Il ne la lâcha que lorsque l'air commença à devenir un problème, et lui dit dans un râle :

« J'ai envie de toi ».

Elle l'avait déjà vu en train de l'observer auparavant, vu ses yeux s'assombrir en prenant des nuances opaques qui l'excitaient particulièrement, et elle pensait avoir trouvé le moyen de reconnaître les moments où le Prince était amoureux, mais l'intensité de ses yeux était stupéfiante. Ses pupilles se dilataient au point qu'elle avait l'impression qu'il ne restait plus que deux bassins noirs, et toute cette attention se concentrait sur elle. Au ton de sa voix, elle comprit que sa maitrise de lui-même ne tenait plus que par un fil ténu, et la perspective de casser net ce dernier fil rayonnait d'une magnificence à couper le souffle.

« Je suis à toi », souffla t-elle, succombant à la puissance du désir du Prince, inondée par l'excitation. Sans savoir quoi faire exactement, elle posa un genou sur le banc, puis l'autre, se positionnnant quelques pouces à peine au-dessus de lui. Il laissa courir sa main entre leurs corps, sa paume enrobant d'abord sa touffe, fouillant le tapis de fourrure épaisse, puis se glissant entre ses jambes et écartant les plis avec l'aisance d'un expert. Elle plongea son regard dans le sien, captivé par l'instant, tandis que son doigt la pénétrait, vif et inquisiteur, bientôt rejoint par un autre, lui procurant une sensation d'écartement inconnue, mais pas tout à fait désagréable.

Le Prince posa son autre main sur la pente douce au creux de son dos et la guida vers le bas, alignant son gland avec son ouverture. Il s'immobilisa l'espace d'un instant jouissant de la pure sensualité de l'instant. Elika incapable de se retenir plus longtemps, commença lentement à descendre, et il se glissa en elle à la perfection. L'intensité du contact de leurs peaux l'une contre l'autre les fit tous deux gémir à l'unisson. Elle avançait, pouce après pouce, agonisante, s'étirant lentement sur lui, et il luttait contre la réaction instinctive de va-et-vient qui le submergeait, la laissant d'abord s'habituer à la pénétration.

La douleur fut intense, un peu comme l'odeur du citron, et elle refoula les larmes qui menaçaient de jaillir. Mais cela s'estompa rapidement, cédant la place à une sensation complexe qu'elle n'avait jamais ressentie. Un soupir lui échappa lorsque ses cuisses vinrent finalement s'appuyer contre celles du Prince, une interminable expiration, la plénitude de l'instant transcendant tout son être. Elle se pencha vers l'avant et l'embrassa doucement, la brume de l'acte sexuel fou dissipée par la douleur qui cédait la place à une étrange tendresse. Leurs lèvres se caressèrent et elle expérimenta le va-et-vient de ses hanches, le plaisir remontant des tréfonds de son être se répandant en elle. L'instinct prit le dessus, et elle regarda son corps bouger de lui-même, piégée de l'intérieur et réduite au silence, telle une étrangère et une spectatrice, tandis qu'une force primale prenait le contrôle de ses muscles. Elle fut submergée par la lame de fond des sensations qui montaient de l'endroit où ils fusionnaient, de sa lèvre inférieure prise entre celles du Prince, de ses cuisses frottant contre la texture rêche de sa peau, du point blanc brillant qui l'électrisait depuis le téton qu'il titillait entre ses doigts ; la perception bouleversante issue de l'intérieur et de l'extérieur.

Elle s'accrocha à lui, enfouissant ses mains dans les cheveux de sa nuque et empoignant ses épaules, alors qu'elle allait et venait entre ses bras, glissant d'avant en arrière sur son membre. La montée en puissance était lente et régulière cette fois, malgré les protestations de ses muscles qui n'avaient jamais servi. Le Prince lui mordit l'épaule, tentant de se retenir, focalisant toute sa lucidité sur leur point de contact, les dernières semaines qui les avaient privés d'intimité lui rendant la tâche quasiment impossible. Le rythme qu'elle imposait était une torture pour lui, l'amenant trop vite au bord de l'explosion. Se raccrochant au peu de lucidité qui lui restait avant de la retourner sur le rebord du bassin et de la défoncer jusqu'à en perdre la raison, il attrapa sa main, et la poussa entre eux. Elle saisit l'allusion et commença à se caresser sans casser le rythme, d'abord doucement, puis de plus en plus vite.

Il empoigna ses hanches, accompagnant le mouvement, l'accélérant. Le halètement d'Elika emplissait ses oreilles, son monde, et il sentit qu'il ne pouvait plus se retenir. Un grognement guttural explosa de sa gorge, et il se durcit sous l'effet du plaisir, éjaculant violemment en elle, encore et encore. Les gémissements d'Elika s'arrêtèrent net lorsqu'elle eut le souffle coupé en le sentant se répandre en elle, ce qui la propulsa à son tour au delà de la limite et la fit jouir en même temps que lui, tandis que ses doigts masturbaient furieusement son clitoris. Ils frémirent à l'unisson, se laissant porter par leur orgasme simultané.

Puis lentement, ils s'arrêtèrent, trouvant le repos dans les bras l'un de l'autre, aussi intimes que deux personnes puissent l'être, s'étreignant mutuellement, lui toujours enfoncé en elle, simplement enlacés. Les minutes passèrent, silencieuses, et les cuisses et les genoux d'Elika se rappelèrent lentement à son bon souvenir.

Elle se dégagea doucement de lui, sa semence giclant hors d'elle, laissant une mince coulée blanche dans l'eau. Elle recula d'un pas et tendit la main, essayant de capturer un fil glissant avec une curiosité indifférente, tout sauf affronter le Prince.

« Viens », dit-il, amusé et détendu, se levant lentement et montant sur le banc, prêt à quitter le bain. « On va aller au bassin d'eau chaude ». Elle quitta des yeux ses expériences sous-marines, rencontrant son pénis qui pendait à moitié ramolli à hauteur de ses yeux. Elle s'efforça de regarder au loin, vers le haut, et attrapa la main qui se tendait pour l'aider. Ils sortirent ensemble de l'eau, l'air nettement plus frais que lorsqu'ils y étaient entrés. Main dans la main, nus comme au jour de leur naissance ; ils traversèrent le sol en pierre et descendirent dans le bassin d'eau chaude. Ils s'assirent silencieusement à l'angle du banc. Le Prince s'appuya contre le mur, lui ouvrit les bras et elle se blottit contre lui, la tête posée sur son épaule, les yeux fermés, laissant le bruit sourd des battements de son cœur effacer la confusion qui y régnait.

« Mm-merci », dit-il, sa voix se voilant.

Seul le silence lui répondit, un silence circonspect.

« Merci de me faire confiance, tenta t-il à nouveau. Même si je t'ai donné mille et une raisons de ne pas le faire. Merci de me confier ta vie, ton cœur, ton corps. Merci de partager avec moi cette merveille que tu es. »

« Comment je pourrais ne pas te faire confiance ? demanda t-elle. Tu as été là, à chaque fois. Tu râlais et tu pleurnichais, mais quand c'était important, tu étais là. Tu as peut-être condamné le monde à une éternité de ténèbres dans l'histoire, mais tu m'a prouvé à quel point tu tenais à moi. »

« Ah bon, j'ai fait ça ? »

« Ben oui, tu l'as fait », dit-elle en souriant, et bien qu'il ne put voir son visage, il sentit que son sourire l'irradiait toute entière. Il passa ses bras autour de son ventre en réponse, la serrant encore plus fort. Ils restèrent sans parler pendant quelques instants, avant qu'il ne rompe le silence.

« C'est le moment où tu me remercies, au fait. »

« Ah bon ? » dit-elle, feignant la surprise, ravie de changer de sujet.

« Yep. Pour avoir fait de ta première nuit en tant que femme une expérience dont tu te souviendras jusqu'à la fin de tes jours. »

« Ton arrogance atteint des sommets, dit elle en tendant la main derrière elle pour attraper son membre flasque. « Hmm, plus tant que ça, en fait »

« Ce jeu de mots fait toujours son petit effet, on dirait ? » grogna t-il. « Je n'ai pas dit que tu devais enlever ta main, s'insurgea t-il vivement. Mais franchement, reconnais que tu as eu droit à une visite guidée d'anthologie à travers tout l'empire des sens. Et j'ai une bonne nouvelle pour toi : ce sera encore mieux la prochaine fois. »

Elle se tortilla entre ses bras, s'agenouillant sur le banc, face à lui, sa main jouant toujours avec sa bite qui commençait lentement à se gonfler sous la surface de l'eau.

« Tu es sûr que tu peux faire mieux que ça ? Parce que c'était carrément génial jusqu'à présent. »

« Si tu me laisses faire, je te guiderai vers des territoires dont même les auteurs de tes manuels n'ont jamais entendu parler. »

« Un postulat qui ne manque pas d'audace, mon Prince », dit elle en riant, tirant sur son prépuce avec une lueur diabolique dans le regard.

« Tu me connais, je suis un casse-cou intrépide. »

« Je n'ai donc pas d'autre choix que de te suivre où que tu m'emmènes, ne serait-ce que pour savoir si tu bluffes ou non. »

Quelque chose s'altéra en elle, et sa main cessa de jouer, son regard se voila l'espace d'un instant, et sa voix résonna sombrement alors qu'elle disait d'un ton sentencieux : « Mais ce n'est pas parce je suis prête à te suivre aveuglément que ça t'autorise à m'emmener là où je ne veux pas aller. »

« Compris », acquiesça t-il solennellement, sans la quitter du regard. Elle acquiesça d'un signe de tête, scellant l'accord qu'ils venaient passer. Lasse, elle ferma les yeux l'espace d'une seconde, et lorsqu'elle les rouvrit, la même flamme dansait à nouveau dans son regard.

« Et maintenant, soit un gentil escroc, assied-toi sur le bord, et explique-moi cette histoire de « salive » en détail ... ».