Note de l'auteur :Tout est à Dieu, en tout cas les anges, pour le reste c'est à la Warner ! Cette histoire est très vieille tout du moins le début (l'histoire de Phanuel mis à part) et portait le doux nom de garde malade emplumé. Deux jours après la réouverture du word qui datait de 2007, voilà une histoire glauque qui mérite sa place parmi mes fics.
Bonne lecture !

Warning : Spoiler saison 6, concernant Sammuel ! Spoil fin de saison 5 ! Folie, douleur, déprime, homophobie et trucs gais en tout genre... interdit à toute personne qui ne supporte pas les non happy ending ! Possibilité d'une séquelle, mais juste sur demande :o

Acrystar.


Phanuel
1


Phanuel était le quatrième, il était né de la main de Dieu en tant que cinquième ange. Le premier fut le Séraphin, Métatron, le plus haut ange du monde céleste. Nait de Dieu lui-même, on se plait à dire qu'il est le seul à pouvoir le voir, le toucher et l'entendre. Le Métatron est celui qui offre les révélations aux anges leur permettant d'entendre avec discernement les paroles de Dieu. Pourvu de trois paires d'ailes, il est au sommet de la hiérarchie angélique et ne peut par conséquent jamais quitter l'éden sous peine de briser l'harmonie des dimensions. Le Métatron est aujourd'hui une sorte de légende, je ne l'ai moi-même jamais rencontré.
Ensuite Dieu créa les premiers archanges, les jumeaux Michael et Lucifiel, les mains de Dieu capable d'anéantir le mal sous sa forme la plus concentré. Chefs de toutes les légions, Michael fut le seul à l'époque, capable de maitriser et d'envoyer Lucifiel, son propre frère dans la cage qui le retient prisonniers des abysses.
Il créa ensuite Gabriel, si les premiers furent des anges guerriers, le second était prédestiné à porter la parole de Dieu parmi le peuple humain, Gabriel fut l'envoyé choyé de son père et devint le premier ange vu dans le monde terrestre. On se plait à dire que Gabriel, qui avait toujours été très farceur, leur avait fait croire qu'il disposait d'ailes emplumées comme celle des colombes. Il n'y a jamais eu de méchanceté en lui, mais il se plaisait toujours à faire des farces. Si aujourd'hui le monde humain semble rempli d'incohérence à notre sujet, je suis persuadé qu'il y est pour quelque chose.
Il eut quelques temps plus tard Raphaël, au départ il fut créé à l'intention des humains, car tous savaient qu'ils étaient les créatures les plus fragiles de l'éden, ainsi, Raphaël les soutenait dans leur évolution et plus tard, il devint l'ange qui guérissait de tous les maux. Vu sous cet angle, on peut dire qu'il a beaucoup changé, en effet, l'éden n'est plus ce qu'il avait été jadis.
Le quatrième archange fut Phanuel, autrement appelé visage de Dieu, il veillait à ce que les humains vivent correctement dans leur monde et faisait très souvent des allées et retours entre l'éden et la terre. Archange du jugement, il n'hésitait pas à agir dans le monde humain si jamais il n'était pas satisfait de leur agissement. Phanuel était le seul archange à pouvoir approcher le Métatron et de ce fait, il était le plus proche de Dieu et avait la permission d'entrer dans les jardins. Il vaquait souvent en compagnie de Joshua ; de tous mes frères, il était le seul à posséder une réelle lumière divine qui nous baignait d'un amour aussi puissant que celui de notre père.
Le cinquième Archange fut Uriel, l'ange de la terre et des lourdes décisions. On le confondait souvent avec Azraël, mais Uriel ne décidait pas de la mort des humains mais de celle de ses frères, il était le bras vengeur et la main qui arrachait les ailes à ceux qui désobéissaient à la parole de leur père. Quelque part, Uriel est le seul avec Gabriel à être resté immuable depuis ces temps reculés.
L'avant dernier des archanges fut Samaël, il est à l'origine des rébellions et des prises de libre arbitre, il est coutume de dire qu'il a su se défaire de l'emprise des révélations et qu'il a emmené Lucifer sur les sentiers de la perdition, c'est pourquoi, il fut renvoyé de l'éden. J'eus le plaisir d'être pris une fois dans sa légion et sa force de caractère a à jamais changé la nature profonde de mon âme.
Le dernier fut Azraël, qui était le faucheur céleste, lorsque la mort partait moissonner suivant le destin écrit, Azraël venait chercher les âmes qui étaient choisies pour rejoindre l'éden, c'est par conséquent le seul archange à ne jamais être dans les cieux et demeure parmi les humains, je n'ai jamais eu le plaisir de le rencontrer, mais je sais que c'est lui qui viendra le chercher en temps voulu.

Voilà comment le monde céleste marchait, il y a encore des milliers et des milliers d'années bien avant cette histoire...

- Sam revient ! »

Sans se retourner, Sam s'en était allé dans la nuit avancée, ça faisait deux mois qu'il avait disparu de la surface de la terre, et quand bien même Castiel avait essayé de le retrouver, Sam semblait avoir trouvé un moyen de se cacher assez bien pour que ses pouvoirs d'ange ne le détecte pas. Dean devait avouer que tout ça le mettait dans une humeur des plus chaotiques. Il avait perdu sa femme, en quelque sorte son fils, son frère se baladait comme une machine sans âme et venait de décider de rester un robot jusqu'à la fin de sa vie ! Oncle Bobby était parti avec un de ses potes en Amérique du Sud pour une mission Kamikaze à cause d'un troupeau d'Okami dont il était le seul à maitriser la chasse toute particulière. Dean était donc seul, livré à lui-même, l'ainé des frères Winchester menait une vie décousue de sens et entre les chasses où il rentrait blessé de partout, les nuits d'ivresse dans des tripots mal fréquentés, quelque chose s'était éteint dans ses yeux bleus.

Sam ne partait jamais aussi longtemps sans lui donner de nouvelle, mais aujourd'hui était différent puisque l'humain n'avait plus d'âme, il ne prenait pas conscience que ça pourrait causer un tel bouleversement dans l'attitude de son frère. Cela dit Crowley l'avait annoncé, Castiel aussi les avait mis en garde, récupérer l'âme du cadet était dangereux, voir suicidaire, mieux valait qu'ils oublient tout ça, de toute façon, le nouveau Sam se sentait bien comme ça, il était bon chasseur, quitte à mettre en péril sa propre famille, mais soi-disant, il savait gérer sa vie sans aucun sentiment, il n'avait donc besoin de personne, c'est pourquoi, il faisait tout pour que Dean ne le retrouve pas.

- Aller vient... »

Une femme laissa trainer son bras autour du corps de Dean, depuis peu, il ne prenait plus garde aux femmes qui se pressaient contre lui, y'avait vraiment quelque chose qui n'allait plus chez lui. Un sourire désuet fit face à la femme, il n'avait aucune envie de la suivre dans une de ces alcôves alors sans détourner son regard de sa bière, le chasseur la laissa lutter contre son implacable froideur.

- Désolé, il est avec moi. »

Un bras glissa autour de son cou, Dean haussa les épaules, ailleurs, il lui semblait qu'on se disputait sa non présence, s'en était risible, il n'était avec personne et ne voulait être avec personne. Il avala sa bière d'un trait faisant mine au barman de s'approcher.

- Un whisky et laissez la bouteille ! »

Aussi aimable qu'une porte de prison le barman ramena sa bouteille en grommelant, le bras autour de son cou essaya de le tirer hors de son tabouret, mais le chasseur esquiva le mouvement et attrapant la bouteille, il se servit un verre qu'il avala cul sec. Non, il ne partirait pas ! Il était vanné par sa dernière chasse, et après avoir laissé deux messages aux abois sur le répondeur de son frère, Dean se sentait d'un vide qu'il n'avait jamais éprouvé. Était-ce encore son frère ? Pouvait-il le laisser comme ça ? Même sans âme, les messages qu'il venait de laisser, devraient au moins le faire rappeler... Mais Sam s'en fichait, il ne ressentait plus aucune émotions humaines, alors que pouvait-il sentir au fond de lui lorsque la voix de Dean se brisait dans le combiné, cherchant une main pour le repêcher.
Ça devait être sa punition pour avoir changé le futur en ramenant à la vie son petit Sammy, à croire que l'apocalypse et l'enfer ne suffisaient pas pour le pardonner de cet acte désespéré qu'il avait eu trois ans plus tôt. Une larme échappa ses yeux embués, le bras qui le tenait encore l'attira vers une présence, absent, le chasseur se laissa faire. En fait peut-être que ce soir, il suivrait quelqu'un. Dans un sourire d'écorché vif, Dean embrassa la femme qui se tenait à ses côtés. Étrange, elle n'avait pas de longue chevelure, ni d'habits moulant sexy, elle avait même une corpulence loin d'être féminine... Avait-ce une réelle importance ?

- Vient... »

Il n'opposa pas de résistance, le chasseur suivit la présence qui le menait à un motel, il s'allongea dans le lit aux côtés de la fille vraiment... incongrue, diable c'était surement un travestit, mais qu'importait ! A peine fut-il allongé que le chasseur ferma les yeux et tomba dans un sommeil sans rêve qui plus est, même pas réparateur.

Phanuel était d'une lumière resplendissante, je n'ai jamais vu ange plus beau que lui. Il me plaisait de l'observer pendant les débuts de ma carrière. Hum, on peut carrément parler de carrière, à l'instar de vos carrières militaires, après tout, je suis passé d'ange au statut d'Archange en prenant la place de Michael dans les cieux. Je disais donc qu'au début de mes jeunes années, Phanuel avait été en quelque sorte mon exemple, mon but. Si je devenais un ange guerrier, alors je pourrais un jour me battre à ses côtés. C'est pourquoi je fus l'un des premiers volontaires à entrer dans la légion de Samaël, mais aussi l'un des seuls à en réchapper.
Beaucoup de mes frères sont tombés en grande partie à causes des doutes qu'il éveilla en nous, en grande partie à cause de sa parole empoisonnée qui remettait en question chaque morceau du royaume angélique. Je me demande encore si toute cette histoire serait arrivée, si je n'avais pas voulu suivre les pas de Phanuel en me mettant aux ordres de l'archange qui ébranla le ciel.
Lorsque la grande guerre éclata, j'eus le plaisir de servir sous les ordres de Phanuel, je l'ai aidé à repousser les assauts de nos frères sur le chemin de la déchéance. Lorsque Michael enferma son jumeau, le monde des anges replongea dans la paix, jusqu'à ce que les humains soient définitivement envoyés dans le monde terrestre, un peu plus pour leur bien que pour autre chose. Beaucoup d'entre nous jalousaient encore leur statut et ils furent mis à l'abri sur la Terre, s'ils croient encore que c'était une punition, alors qu'ils regardent au fond de nos yeux contemplatifs, car ils ont tout ce que nous aurons jamais : la vie, l'amour, le plaisir, le bonheur, l'envie, la passion, le toucher, le goût... toutes ces choses dont notre plan nous éloigne à jamais, dont notre essence nous préserve maladivement...

- Je l'ai trouvé, oui, mais je pense qu'il... je ne sais pas quoi faire, il ne se réveille toujours pas. Il a besoin de... je sais, d'accord, mais... »

Castiel fronça les sourcils, son interlocuteur venait de lui raccrocher au nez. Il n'aimait pas les portables, pourquoi les humains éprouvaient le besoin de se parler au travers de ces boites rectangulaires ? Dans un regard contemplatif l'ange laissa tomber le portable sur la table basse et délaissant l'objet, il tira sur la manche d'un blouson l'ôtant de son propriétaire encore endormi. Dean puait l'alcool, il ne menait pas une vie saine depuis la disparition de son frère. Profitant d'une accalmie dans le monde céleste, Castiel avait pris des vacances dans le monde humain pour s'occuper de son protégé. Comme il lui avait avoué, il préférait nettement être là, qu'en haut. Il n'avait jamais aimé les guerres entre anges... Soupirant il tira sur la ceinture puis déshabilla l'humain comme le lui avait suggéré son interlocuteur. Son regard divin glissa sur le corps de Dean qu'il contempla à la fois béatement et avec curiosité. L'ange ne connaissait pour ainsi dire pas la nudité, et ne l'avait découvert que quelques mois plus tôt lors d'un porno. Bien sûr, il n'en avait pas compris la portée, tout comme celle de l'érection qu'il l'avait saisi devant ce spectacle à la fois merveilleux et totalement étranger. Le monde humain ne lui parlait pas, pour dire vrai, il le vivait sans le comprendre réellement... et puis... il le recopiait bêtement, étonnant les gens qui le regardaient tout à coup comme un pauvre d'esprit.
Castiel n'en avait cure, ce qu'il faisait, il le faisait, car... il pensait que c'était des coutumes humaines, comment pouvait-il savoir qu'on ne roulait pas une pelle comme ça à la première femme venue alors qu'un livreur de pizza dans un film porno l'avait fait à la première babysitteur rencontrée et trouvait ça normal de... d'ailleurs Castiel n'avait pas compris ce que les acteurs avaient fait avant la séance fessée. Et qu'avait bien pu faire de mal cette femme pour mériter ces coups ? Il haussa les épaules, quelque part il désespérait de comprendre, un jour, les humains ! Mais n'était-ce que cela ? Il avait été lui-même le premier étonné de cette soudaine... envie d'embrasser quelqu'un, qui plus est un démon !

- Dean ? »

Un gémissement lui répondit, la carcasse de l'humain se tassa puis se retourna dans les draps. Castiel soupira, il attrapa à nouveau le portable et appuya sur le répertoire, sélectionnant la lettre B, Castiel colla son oreille contre le combiné et attendit patiemment que Bobby lui réponde.

- Castiel ? »

Bobby attrapa son arme tirant sur l'Okami qui suivait leur voiture, l'ange tombait très mal, le chasseur envoya une grossièreté.

- Je pense avoir un souci, j'ignore quoi faire de lui. »
- De qui ? »

Bobby coinça le combiné entre son épaule et sa nuque rechargeant son fusil, il s'adressa à son pilote pour qu'il fasse une embardée afin d'esquiver le prochain assaut de la créature. Il avait du mal à se concentrer, alors il voulait que l'ange aille droit au but.

- Dean... »

Allons bon, l'ange s'inquiétait pour Dean, il ne fallait pas. L'ainé était fort, il se remettrait de la disparition de son cadet. Ce n'était pas comme si Sam était mort, il allait bien, enfin comme on le pouvait dépourvu d'âme, Sam n'avait pas besoin de Dean et inversement, mieux valait qu'ils s'écartent pendant un certain temps...

- Il dort depuis deux jours. »

Deux jours, hein ? Bobby balança une nouvelle bastos dans le corps de la créature qui les poursuivait en courant à folle allure, ils allaient devoir s'arrêter et faire face, il appuya sur le haut-parleur balançant son téléphone sur le bureau de bord.

- Putain, il est coriace ! »
- Je crois qu'elle est en colère... »
- Laisse-moi deviner pourquoi... parce que TU as tué ses enfants devant elle ! »
- Je pensais qu'elle était morte... »
- Combien de fois devrais-je te le dire... »
- Oui, oui, je sais ! »
- Et pour Dean ? »

Ah oui, Dean ! Bobby délaissa l'engueulade pour se focaliser sur l'ange, alors qu'avait-il dit déjà ? Dean dormait depuis deux jours ? Rien de dramatique, non ?

- Il a de la fièvre ? »
- De la quoi ? »
- Est-ce que... ra pose ta main sur son front et dit-moi si il est chaud ! »

L'ange inclina la tête, écoutant Bobby, il s'approcha de Dean qui maintenant de dos ronflait comme un bien heureux. L'ange posa sa main sur le front de Dean et attendit.

- Alors ? »
- Est-ce que ça doit me brûler ? »

Le bruler ? Bobby eut un hoquet de surprise, diable, un ange n'était pas fichu de comprendre les mots qui sortaient de sa bouche ? Son conducteur s'esclaffa sous la question idiote que le dénommé Castiel venait de formuler.

- Non, est-ce qu'il est plus chaud que d'habitude ? »
- Je l'ignore je n'ai jamais touché son front avant aujourd'hui. »
- Je rêve... Bon tu sais quoi, Castiel, prends son portefeuille, tu vas dans une pharmacie et tu demandes un thermomètre quand ça sera fait tu me rappelles ! »

Pour clore la discussion Bobby tira à deux reprises avant que le conducteur ne freine brusquement, armé, le chasseur descendit de la voiture, c'était le moment de se mettre au boulot !

Une pharmacie ? A quoi cela ressemblait ? Castiel mit le téléphone dans sa poche tout en se questionnant. Comme Bobby le lui avait demandé, il attrapa le portefeuille de Dean puis quitta la chambre, après l'avoir scellée d'un enchantement de haut niveau. Cheminant dans la rue tout en regardant autour de lui, Castiel se demandait comment il trouverait cet endroit ? Il n'avait jamais visité de pharmacie avant ça, et n'avait même jamais acheté quoi que ce soit ! Si il avait eu l'idée de ce à quoi pouvait ressembler un thermomètre, alors il aurait pu en matérialiser un, mais là... Pensif, l'ange traversa la route, il entendit un bruit suraigu avant de se faire percuter par une voiture. Son corps traversa le pare-brise puis retomba sur le bitume devant les regards de badauds effrayés. A force d'avoir le nez dans les nuages, il en avait oublié combien le monde humain pouvait être dangereux, enfin, dangereux... ce n'était pas un accident de la route qui allait la réduire en bouillie.

- Appelez une ambulance ! »

Des cris lui martelèrent le crâne, des gens se pressaient à ses côtés murmurant des choses vides de significations pour ses yeux bleus surnaturels... Castiel fronça les sourcils, il lui semblait que le corps humain qu'il habitait était brisé de toutes parts, devant les regards médusés, l'ange se releva comme si de rien n'était, de toute façon il allait vite réparer tout ça. Sa main épousseta ses habits dans un geste souple puis sa main angélique glissa sur son crâne d'où gouttait le sang, voilà d'où venait les maux de ce corps, et bien que cela ne tiennent, il était en train de cicatriser tout ça. Maintenant que le sang coagulait, il ne lui restait plus qu'à continuer ce pourquoi il était venu. Son regard bleu fit le tour des gens qui le regardaient de plus en plus étonnamment, il ne prit pas garde aux murmures prouvant la présence d'extraterrestres sur terre ou de miracle sacrosaint, non, il s'arrêta sur la femme qui s'était précipitée la première vers son vaisseau, il était temps pour lui de demander son chemin afin d'éviter un nouvel incident.

- Où est la... pharmacie ? »

Bouche bée la femme pointa une vitrine, elle observa l'homme marcher en direction de la pharmacie en papillonnant des yeux, voyait-elle quelqu'un marcher avec une fracture ouverte ?
Castiel poussa la porte de la boutique sans prêter plus attention aux gens qui chuchotaient en le regardant, la pharmacienne laissa tomber sa pile de médicaments lorsqu'elle regarda le client passer la porte d'entrée.

- Mr Portman, Monsieur... »

Ne pouvant en dire plus, elle regarda son supérieur qui reposa ses lunettes sur le bout de son nez. Un jeune homme venait d'entrer dans sa boutique, il semblait... pourquoi diable ressemblait-il à un accidenté ?

- Puis-je vous aider ? »
- Je voudrais un... »

Castiel aurait dû le noter, il inclina la tête essayant de se souvenir du mot. Tous ces mots humains le laissaient perplexe, et même après avoir lu la totalité du dictionnaire humain, il lui semblait que le vocabulaire de l'humanité resterait un obscur langage.

- Ter... Un tertomètre ? Vous savez pour savoir si, les gens sont... chauds ? »

Un tertomètre ? Le vieille homme haussa un sourcil, ce jeune homme semblait avoir quelques soucis de linguistique, de son doigt rongé par le temps il pointa un rayon, oubliant pour le coup la façon ambigüe qu'avait eu le client de s'exprimer sur la température corporelle. C'était sûrement un touriste.

- Thermomètre, vous en trouverez plusieurs modèles ici. Lequel voulez-vous ? Anal ? Buccal ? Nous avons même ce dernier sorti qui s'applique directement sur le front et donne le résultat sous forme de cristaux liquide... Et, ho, nous avons aussi des modèles électroniques marquant à la virgule près. »

L'homme lui parlait chinois, Castiel regarda l'étalage avec une étrange sensation, pourquoi en existait-il autant ? Bobby n'avait pas spécifié quoi que ce soit à propos de son achat, devait-il en prendre un au hasard ?
Sous la perplexité de son client, le vieil homme essaya de lui faire acheter un des modèles le plus couteux, fallait bien faire des affaires, non ? N'ayant toujours pas vu le fémur de son interlocuteur faire une sortie à l'air libre, le vieil homme s'intéressait d'abord à ses rentrées d'argent !

- Je vous conseil, l'électronique. Prenez la boite bleue. »

Soulagé que le pharmacien lui dise quoi prendre, Castiel attrapa la boite désignée, puis se dirigea vers les caisses. Son corps se remettait à vue d'œil car la commotion cérébrale venait de se résorber, les côtes avaient repris leur place et l'hémorragie interne venait de se stopper, mais pourtant, quelque chose clochait encore au niveau de sa jambe. Castiel pensa à raison que ça pouvait bien attendre qu'il soit de retour dans le motel avant de vérifier ça.

- Heu... monsieur, vo... votre fémur... »

Le vieil homme, à présent paniqué, essaya de sortir de derrière son présentoir, la terreur qu'il venait d'imprimer par sa voix fit tiquer l'ange qui observa son corps. C'est tout naturellement que l'ange tira sur l'os pour le remettre à sa place, faisant presque faire un infarctus au pharmacien qui s'écroula à terre sous cette vision surréaliste. Interloqué, l'ange regarda le vieil homme tomber à terre, dormait-il au milieu de sa boutique ? Castiel tourna son regard bleu givré sur la femme qui se cacha derrière un étalage de produits de beauté bio. Que se passait-il dans cette boutique ?

- Prenez tout, la caisse aussi, mais je vous en prie, ne me faites pas de mal ! »

Prendre tout ? Devait-il se servir ? Il ignorait quoi prendre d'autre. Se grattant le crâne, Castiel quitta cette boutique sans comprendre pourquoi la jeune femme l'avait regardé comme une menace. Son corps maintenant entièrement rétabli, il apparut en un claquement d'ailes dans la chambre de Dean. Le temps pour lui d'appuyer sur la touche rappel, Castiel entendit la voit de Bobby s'élever dans le combiné.

- Tu l'as ? »
- Oui. »
- Tu lui mets dans la bouche, mais AVANT tu le sors de l'emballage, hein ? »
- D'accord... »

Cette recommandation paraissait idiote, mais venant de Castiel, Bobby savait bien qu'il était impératif de rappeler l'évidence même. Il entendit vaguement l'ange soupirer en arrivant enfin à extraire le fameux thermomètre de son étui. Impossible de croire qu'ils avaient arrêté l'apocalypse avec une telle créature et qu'elle était à présent en train de guerroyer dans un autre plan pour la sauvegarde de l'éden.

- Si y'a un bouton, tu appuies dessus, et tu lui fiches dans le bec, quand ça sonnera tu regardes le chiffre et tu me dis. »

Le chasseur grogna, regardant son conducteur enterrer leur créature maintenant morte. Il était sur les rotules ! Chasser les Okamis n'était pas une partie de plaisir, dire que y'a pas vingt ans, il s'en faisait dix des comme ça...

- Alors ? »
- Trente-huit point neuf. »
- Rien de grave... tu le couvres bien, qu'il n'attrape pas froid, je pense qu'il s'en sortira. »
- Tu penses ? »

Castiel sembla s'alarmer, sous cette tournure de phrase, Bobby ne put s'empêcher de glousser tellement l'ange était candide. Ne comprenait-il pas l'humour ? Ha là là. Bobby soupira avant de clôturer la discussion.

- C'était de l'humour, personne ne meurt pour une petite fièvre. Laisse-le dormir au pire prépare lui un grog, je t'envoie la recette en texto, je devrais être là après-demain. Si la fièvre augmente, n'hésite pas à lui faire prendre un bain bien froid pour la faire baisser... Mais au fait j'y pense, tu ne peux pas le soigner avec tes pouvoirs angéliques ? »
- Je... je n'y arrive plus. »
- Comment ça, tu n'y arrives plus ? »
- Je l'ignore, j'ai essayé, mais... »
- Pas grave, on en finit avec l'Okami et je suis là. »

Castiel soupira, la téléphone retomba sur la table basse, il ignorait pourquoi quelque chose venait perturber ses pouvoirs angéliques lorsqu'il essayait de glisser dans le corps de l'humain. Prenant enfin compte qu'il était dans un état vestimentaire proche du clochard, l'ange se dévêtit glissant aux côtés de l'humain. Bobby avait dit de le protéger du froid non ? L'ange prit l'humain dans ses bras puis ferma les yeux dégageant une lumière chaude et réconfortante.

Phanuel fut pendant longtemps l'ange le plus respecté et le plus respectable de mon monde. Tous les anges s'accordaient à dire que son lien avec Dieu était si puissant que nous pouvions obéir à ses ordres sans douter un seul instant. Après avoir servi sous ses ordres, j'oubliais les doutes, les questions, ce qu'avait semé Samaël en moi ne restait qu'un lointain écho auquel je ne m'attachais plus. J'ignorais qu'il se réveillerait plus tard me poussant sur la déchéance et l'humanité.
A cette époque j'étais un ange modèle qui aurait certainement ravi Zachariah, je ne remettais jamais en question mes ordres, mais je dois avouer que je ne m'étais jamais approché des humains et lors des rares missions qui me menaient dans le monde terrestre, je n'y restais qu'une à deux journées. On devait me croire encore trop instable pour y rester plus longtemps...
C'est bien des temps plus tard, que je fus de plus en plus amené à effectuer des missions avec Phanuel et apprendre de lui tout ce qu'il savait sur le monde humain, tout ce qui devait me servir ou m'empêcher de mener une mission à bien, je l'apprenais du seul ange qui fut jamais ce que l'humain appelle mentor.

- C'est ici, tu peux y aller, Dean me raccompagnera quand il sera sur pied. »

Après un rapide au revoir, Bobby se dirigea dans le motel, il poussa la porte surmonté d'un huit puis se stoppa au milieu de la pièce. Était-il en train de voir Dean et Castiel allongés tous les deux dans le même lit ? Le chasseur fronça le nez, le spectacle était pour le moins louche. D'un mouvement rapide il poussa les volets faisant entrer un soleil brulant dans la chambre. Une forme humaine grogna puis se dégagea des draps, dévoilant un corps angélique dénudé au regard cette fois-ci perplexe du vieil homme.

- Moi qui pensais te voir à l'agonie ! »
- J'ai mal au crâne... »
- Un restant de fièvre certainement, ça va sinon ? »
- Hum... »

Dean se frotta les yeux, il remonta les draps sur ce qu'il crut être une femme, mais la rencontre des yeux bleus de Castiel l'arrêtèrent dans son mouvement. Il avait ressenti un corps chaud contre le sien, il n'avait pas rêvé ? Alors c'était l'ange qui l'avait enlacé comme ça ? L'ainé des Winchester ne put s'empêcher une grimace en voyant Castiel se lever et exhiber son corps devant son regard. Oh mon dieu, il avait dormi enlacé par un homme nu ! Dean sentit des frissons lui parcourir le corps, c'était sûr, il n'allait pas s'en remettre !

- Castiel... tu devrais t'habiller ! »

C'était gênant, tout de même, la visière de Bobby essaya de couvrir ses yeux, voir un homme nu ne l'avait jamais dérangé avant ça, pas que c'était un spectacle qui l'enchantait, mais ça ne lui faisait ni chaud, ni froid, mais là, c'était tout de même un ange, et celui-ci se prêtait à une sorte d'exhibitionnisme fortuit, ne se rendant même pas compte que Dean venait de se prendre la plus grande claque mentale du siècle.

- Pourquoi ? Je ne comprends toujours pas pourquoi vous avez un tel attrait pour la nudité tout en essayant de la cacher. »

Les humains voulaient toujours dévêtir, c'étaient dans leur gêne, comme ce livreur de pizza qui avait dénudé cette femme en quelques tour, comme ces femmes qui dansaient et que Dean dévorait du regard lorsqu'elles se déshabillaient, comme lorsque les regards de Sam s'égaraient dans le décolleté d'une femme... Alors pourquoi les humains s'habillaient ? Chez lui, personne n'avaient d'habits, quand il avait revêtu son premier corps humain, Castiel s'était sentit étriqué, c'était un peu plus supportable de revêtir un corps nu, qu'habillé. Sans essayer d'en dire plus, l'ange attrapa le sac de Dean et lui chipa des vêtements propres, il allait devoir nettoyer son éternelle tenue, mais il ne ferait pas utilisation de ses pouvoirs avant d'être totalement seul.

- Heu, ôte-moi un doute là, c'est toi... que j'ai embrassé au bar ? »
- Oui. »

Bien que peu habitué à ça, Castiel ne s'en était pas formalisé, cependant Dean ne l'avait jamais accueilli de cette manière. D'ailleurs, Castiel n'avait pas détesté ça, bien au contraire... Mais qu'importait, non ?

- Ok... normal que je me sente... si... propre, Meg avait raison, c'est aussi radicale qu'un lavage à l'eau de javel ! »

Mieux valait prendre ça sur le ton de l'humour, soit jaune, mais de l'humour quand même. Embrasser un homme n'était pas dans ses habitudes, et même si c'était Castiel, ça lui laissait un goût dans la bouche plutôt désagréable. Dean passa une main dans sa chevelure pèle mêle, comment expliquer ce qu'il ressentait ? Un vide, un mal de crâne et cette même fraicheur qu'il avait ressentie lors de sa résurrection. C'était une impression incongrue de... super propreté.

- Bon et bien, si tu te sens en forme, je voudrais rentrer chez moi, j'ai plus de chauffeur ! »
- On y va... »
- Je vous suis. »
- Quoi ? »
- J'ai promis de pas te lâcher. »

Promis ? Dean avait une petite idée de la personne qui avait confié cette tâche à Castiel, alors Sam s'inquiétait quand même ? L'ainé Winchester fit un large sourire avant d'emboiter le pas derrière Oncle Bobby.