Base : Merlin est une série de la BBC.
Genre
: À moitié AU. Première partie d'un triptyque.
Pairing
: Arthur/Merlin principalement.
Rating
: K+ pour quelques scènes suggestives par la suite, mais rien de bien méchant.

Note : Je suis ravie de vous présenter aujourd'hui le premier chapitre de Me, Myself and Merlin. Cette histoire est librement inspirée d'une fanvideo de AnalystProduction (profil dans mes favoris) que vous pourrez visionner sur mon site perso ou sur Youtube. Le scénario diffère quelque peu assez rapidement, mais j'ai gardé l'idée de base avec son accord, il va sans dire.

Dans la mesure où j'ai déjà 5 chapitres d'avance, je tâcherai d'updater cette histoire une fois par mois minimum.

Je dédie cette histoire à Lélé sans qui elle n'aurait jamais vu le jour dans l'état actuel des choses et sans qui je n'aurai jamais découvert cette série géniale !


ME, MYSELF AND MERLIN

Chapitre 1

Le soleil se levait sur Camelot. Le printemps était installé sur le royaume depuis quelques jours et déjà les rudesses de l'hiver semblaient oubliées. Mais c'était sans compter sur la propension des créatures magiques à apparaître près du château d'Uther Pendragon.

Le Chevalier qui passa la porte de la salle du Conseil se matin-là aurait très certainement été puni d'une semaine de cachot si sa tenue parfaitement incorrecte n'avait été causée par quelque créature visiblement très agressive. La cour présente à cet instant-là autour du petit paysan venu demander audience au roi Uther se tourna vers lui et retint un hoquet de surprise choquée.

Un regard vers Arthur, qui s'était levé précipitamment de son siège pour soutenir le malheureux à bout de force, fit comprendre à Merlin que la journée serait longue et difficile. Le regard déterminé du Prince promettait une chasse et une fin terrible pour la chose qui avait ainsi osé défier l'un de ses hommes. Il soupira avant de se tourner vers Gaïus sur sa gauche. Le vieil homme hocha doucement la tête, tout à fait d'accord avec l'avis silencieux de son protégé.

— Votre Altesse, murmura le Chevalier dans un souffle, les mains crispées sur ses côtes. Une bête… À deux jours de marche… vers l'Est… Elle a déjà… attaqué trois villages… Je suis dés…

Il ne put en dire plus et s'effondra dans les bras d'Arthur. Gaïus s'avança alors entre les spectateurs de qui s'élevaient déjà des murmures peu rassurés. Le jeune sorcier leva les yeux au ciel. La capacité du peuple a toujours avoir peur de tout lui paraissait souvent ridicule. Il avait toute confiance en Arthur pour terrasser une fois de plus la cause de cette soudaine terreur. Il l'avait déjà fait un nombre incalculable de fois, pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ?

Gaïus emmenait maintenant le blessé vers ses appartements pour le soigner et pouvoir le veiller le temps de son rétablissement. Merlin échangea un regard avec Arthur pour savoir s'il allait avoir besoin de lui immédiatement, mais ce dernier lui fit comprendre qu'il devait d'abord s'entretenir avec son père. Avec une révérence, il quitta la pièce, non sans un dernier regard vers la tête blonde.


Les portes se refermèrent sur les derniers membres de la cour et Arthur prit place devant son père, déterminé à obtenir l'assentiment qu'il était venu chercher. La déclaration de ce chevalier ne le rassurait pas et il était de son devoir de protéger les habitants de ce royaume.

— Père, laissez-moi…

— Bien entendu ! l'interrompit Uther avant qu'il n'ait pu en dire plus. Il est hors de question de laisser cette bête faire plus de dégâts que nécessaire.

Cette déclaration laissa Arthur sans voix quelques instants. Il s'était attendu à devoir argumenter, tempêter, voire pleurnicher et bouder pour avoir la permission de son père d'aller pourfendre la créature qui sévissait à l'autre bout du pays. Mais ce n'était pas le cas. Uther était-il malade ?

Le regard suspicieux du Prince n'échappa pas à son souverain et il ajouta avec un discret sourire ironique et de la tendresse dans la voix :

— Tu irais même sans permission, Arthur. Alors autant te la donner, nous gagnerons un temps précieux. Quand souhaites-tu partir ?

— Le plus tôt sera le mieux, mais j'aimerais avoir plus de détails sur l'aspect de cette créature. Je vais aller voir si le Chevalier s'est réveillé ou s'il a pu donner des indications à Gaïus pendant un instant de conscience. Je vous informerai de mon départ.

— Bien, consentit le roi devant la prudence dont faisait preuve son descendant.

C'était une chose plutôt inhabituelle, Arthur ayant pour habitude de réagir avec son cœur avant de réfléchir avec sa tête. Cela lui avait parfois été d'une grande aide, ainsi qu'au reste du royaume, mais le discernement et la prudence étaient des qualités appréciables chez un souverain.

Uther regarda son fils quitter la pièce et resta songeur quelques instants. Ces derniers mois avaient été rudes et il avait vu le changement s'opérer chez celui qui serait le prochain roi de Camelot depuis la mort de Morgane. Il pouvait désormais voir quel genre de roi serait Arthur et il en était fier, bien plus qu'il ne l'admettrait jamais. Après toutes les épreuves qu'il avait su surmonter et les alliés qu'il s'était faits, il ne doutait plus qu'Arthur règnerait avec sagesse et humilité sur son royaume.

Il savait également que certains soutiens du jeune prince n'étaient pas ceux auxquels il s'était attendu. Il ne pouvait pas désapprouver ouvertement la trop grande confiance que son fils avait en son serviteur car Merlin avait su se faire apprécier des membres de la cour à une vitesse étonnante. Mais il devait concéder une chose au jeune serviteur : il n'avait jamais vu plus loyal que lui.


Merlin retira la serviette du front du blessé pour l'humidifier à nouveau avant de l'y reposer. La fièvre était venue après que Gaïus lui eut administré un remède censé prévenir de toute infection des plaies et il travaillait maintenant à les désinfecter. L'eau chauffait sur le feu et l'infusion de sauge viendrait bientôt compléter le traitement. Le jeune sorcier était soulagé : les blessures ne semblaient pas provoquer une quelconque réaction étrange ou magique. La créature ne possédait vraisemblablement pas de griffes empoisonnées ou quoi que ce soit du même genre. Indice essentiel après toutes les créatures magiques qu'ils avaient eu à affronter.

Il réprima un frisson, s'empêchant de repenser à la chasse donnée contre la Bête Glapissante. C'était très certainement un des épisodes les plus traumatisant de toute sa vie et il ne savait pas ce qu'il ferait si Arthur était à nouveau blessé par une de ces bestioles. Il avait beau savoir que leurs destins étaient liés, il doutait sincèrement que toutes ces épreuves soient nécessaires. Même s'il devait admettre que le caractère du prince semblait s'améliorer au fil des mois.

— Il est moins agaçant.

— Qui donc ? demanda innocemment Gaïus depuis sa table de travail.

Merlin se rendit compte qu'il avait pensé à voix haute et se mordit la lèvre, mais il ne pouvait pas ne pas répondre. Il prit cependant garde à ne pas regarder Gaïus directement, laissant son visage tourné vers leur patient.

— Arthur. Je trouve qu'il s'est amélioré depuis notre rencontre. C'est toujours un crétin, bien sûr, mais son degré de crétinerie a quelque peu diminué.

— Trop aimable, Merlin ! fit la voix dudit crétin depuis le seuil.

Avec un sursaut, le serviteur se retourna, renversant la bassine d'eau fraîche et lâchant la serviette qui tomba à terre dans un bruit mouillé.

— Altesse ? Que faites-vous là ?

— Je viens diminuer mon degré de crétinerie, rétorqua Arthur avec un sourire qui promettait à Merlin qu'il paierait l'insulte pendant plusieurs jours.

Il adressa à son maître son plus grand sourire, y mêlant innocence et contrition. Leurs regards s'affrontèrent quelques secondes avant qu'un gémissement ne s'élève à gauche de Merlin. Ils reportèrent tous deux leur attention sur le blessé et Merlin se pencha par-dessus lui pour ramasser la serviette et la reposer sur le front couvert de sueur. Arthur s'approcha à grands pas, tout juste précédé de Gaïus. Les yeux vitreux du Chevalier apparurent sous ses paupières lourdes et il ouvrit la bouche. Aucun son n'en sortit et Gaïus porta un gobelet à ses lèvres.

— Buvez, mais ne tentez pas de parler plus que vos forces ne vous le permettent. Vous avez été grièvement blessé.

— Justement, nous avons besoin d'avoir une description plus précise de la créature, Gaïus, annonça Arthur.

Délogeant Merlin de son tabouret d'une taloche derrière le crâne, il se pencha sur le blessé et capta son attention.

— Dis-moi à quoi ressemblait cette bête et nous irons lui régler son compte, promit-il.

Le Chevalier ferma les yeux, comme si l'évocation seule de la créature lui était insupportable. Sous ses paupières, ses yeux bougeaient à une vitesse rapide et Arthur se demanda un moment s'il n'avait pas de nouveau perdu connaissance. Mais la voix éraillée s'éleva finalement sous lui et il tendit l'oreille pour ne pas perdre une miette des informations qui allaient lui être confiées.

— Je n'ai jamais rien…. vu de tel, votre Altesse. C'est très certainement l'œuvre du Démon… La bête est… Jaune, sa queue se termine par une pointe hérissée et sa gueule… Monstrueuse n'est qu'un gouffre noir… Luisant de crocs et de salive. Son grondement… Son grondement faisait trembler la terre sur plusieurs mètres à la ronde.

Un violent frisson le parcourut et il se tut, la respiration sifflante et la sueur couvrant à nouveau son front. Arthur jeta un coup d'œil interrogateur à Gaïus qui secoua la tête.

— Il a de nouveau perdu connaissance. Je vais lui faire ingurgiter l'infusion de sauge, cela devrait apaiser la fièvre et l'aider à combattre une éventuelle infection et la fatigue.

Le Prince acquiesça et se redressa s'éloignant du blessé tout en réfléchissant. Il n'avait jamais entendu parler d'une telle créature et elle semblait se manifester pour la première fois, comme venue de nulle part.

— Gaïus, est-ce que…

— Non, votre Altesse. La description de cette bête ne me fait penser à aucune créature de ma connaissance. Et les blessures guérissent normalement, je n'envisage même pas que ce soit une créature magique, même si la profondeur des entailles est plutôt exceptionnelle.

— Bien, merci Gaïus. Prenez soin de lui.

Le médecin de la cour accepta avec une courte révérence et Arthur se tourna vers Merlin qui avait repris sa place au chevet du blessé.

— Merlin ! l'appela Arthur. Prépare nos chevaux, nous partons sur l'heure.

C'était l'ordre qu'il s'était attendu à entendre à la seconde où Arthur était entré dans la pièce. Il sourit doucement en se rendant compte que le prince avait presque attendu cinq minutes de plus que d'habitude pour le donner. Comme quoi, il apprenait.

— À vos ordres, Altesse ! répondit Merlin en sautant sur ses pieds.

Arthur disparut sans un mot de plus et son serviteur s'apprêtait à le suivre quand Gaïus le rappela.

— Et la bassine, crois-tu qu'elle va se remplir toute seule ?

La remarque à peine voilée sur sa maladresse tira une grimace à Merlin. Se retournant, il avisa la petite flaque qui s'était formée à la tête du lit du patient et un peu plus loin le seau d'eau vide normalement destiné à l'eau propre. Les chevaux devraient attendre un tout petit peu.


Ils avaient finalement quitté Camelot deux heures plus tard, le mécontentement d'Arthur sur son incompétent serviteur les accompagnant pendant les premières heures de leur voyage. Merlin se contentait de prendre un air contrit quand le Prince le regardait d'un œil noir puis de lever les yeux au ciel dès qu'il lui tournait de nouveau le dos.

Il se demandait parfois si cela n'avait pas été une erreur d'entrer au service de l'héritier du trône. Tous deux s'entendaient plutôt bien la majorité du temps, mais certaines journées étaient plus difficiles que d'autres à cause du caractère intransigeant et hautain d'Arthur. Et à côté de ces instants de doute, ils leur arrivaient de partager de réels moments de complicité qui lui réchauffaient le cœur et lui faisaient oublier les instants d'agacement précédents.

Il n'osait prétendre au titre d'ami du Prince, mais il savait qu'il était celui à qui étaient confiés des doutes, des décisions et parfois des peurs qui ne l'étaient à personne d'autre. Merlin aimait à penser qu'Arthur, au-delà de son attitude de crétin royal qu'il arborait à cet instant précis, se souciait un temps soit peu de lui et l'appréciait pour ce qu'il était : un jeune homme de son âge avec qui il partageait d'incroyables aventures.

Sans compter qu'il lui avait sauvé la vie plusieurs fois, se rappela Merlin. Cela devait très certainement peser un peu dans la balance de leur destin.


Arthur jeta un énième regard noir à Merlin. Son suivant prit immédiatement un air contrit et tenta un petit sourire en coin, mélange de désolation et d'innocence. Cela ne tira qu'un énième soupir exaspéré au blond qui reporta son attention sur la route qui se déroulait sous les sabots de son cheval.

Merlin était agaçant, mais plus tout à fait de la même manière que l'avait d'abord ressentie Arthur après leur rencontre. Dans un premier temps, il avait trouvé le petit paysan distrayant. Ce n'était pas tous les jours qu'un passant le défiait et l'injuriait en pleine rue ! Merlin avait été le premier à se montrer aussi franc avec lui. Morgane ne comptait pas : elle avait été comme sa sœur et Arthur n'avait jamais pris ses remarques très au sérieux. Bien sûr, ce n'était pas pour ça qu'il avait été heureux quand cet empoté s'était retrouvé à le servir jour et nuit. Mais finalement, il avait appris à le connaître et il ne pouvait désormais plus lui reprocher que son incroyable maladresse.

Il pensait parfois que c'était maladif dans le cas de Merlin. Mais cette maladresse avait depuis quelques temps tendance à le rendre… Arthur n'aimait pas ce qualificatif car ce n'était pas celui qui correspondait le mieux, mais oui, Merlin en devenait presque adorable. Le Prince grimaça à cette pensée, mais force était de constater qu'il n'arrivait plus à être véritablement en colère bien longtemps quand Merlin lui souriait comme il venait de le faire à l'instant. Et s'il se détournait aussi rapidement, c'est parce qu'il avait tendance à vouloir lui rendre ce sourire.

C'était vraiment très agaçant.


À la fin de leur premier jour de voyage, ils établirent leur bivouac pour la nuit dans un léger creux naturel, au beau milieu des bois. L'endroit était dégagé sur plusieurs mètres alentours puis bordé d'épais fourrés. Ils seraient protégés du vent et la température ne tomberait pas trop rapidement.

— Merlin, va chercher du petit bois pour le feu, ordonna Arthur. Je m'occupe des chevaux.

— Oui, Altesse, acquiesça le suivant.

Cela faisait partie des corvées dont il se serait bien passé s'il seulement il avait pu se servir ouvertement de sa magie. Il s'éloigna donc du campement en retenant un soupir de lassitude.

Les premiers pas furent douloureux puis il laissa son corps se détendre de la longue chevauchée qu'ils avaient effectuée. Arthur avait tenu à maintenir un rythme soutenu. « Plus vite nous arriverons, plus vite nous rentrerons », avait-il l'habitude de répondre à Merlin quand il se plaignait. Ils avaient ainsi parcouru plus de la moitié du trajet et devraient arriver le lendemain dans la matinée dans un des villages concernés par les attaques de cette étrange créature.

Tout à son ouvrage, Merlin laissa ses pensées s'égarer sur l'aspect de la bête décrite par le Chevalier. Il n'avait jamais entendu parler d'une telle créature et il avait pourtant vécu dans un village très reculé, entre plateaux et montagnes. De plus, il avait consulté la quasi-totalité des ouvrages de Gaïus sur les animaux, magiques ou non et aucun ne faisait mention d'une bête jaune à la gueule ainsi garnie de crocs.

Il revint finalement au campement, les bras chargés de petits bois qu'il plaça au centre d'un foyer délimité par des pierres. Il en garda un peu de côté pour attiser le feu au cours de la nuit si besoin était et fouilla dans sa besace pour en sortir les silex. Cette méthode lui paraissait tellement préhistorique qu'il caressa un instant l'idée de prononcer rapidement une formule, mais un hennissement lui rappela qu'Arthur pouvait arriver d'un instant à l'autre. Le feu jaillit donc bientôt des deux pierres et il s'affaira à préparer leur repas.

Quand Arthur revint, un bol de bouillon l'attendait ainsi qu'une miche de pain et des œufs durs. Assis en tailleur devant le feu, Merlin semblait vouloir hypnotiser les flammes et n'avait pas encore touché à sa propre part. Le contournant pour gagner sa place, Arthur surprit son regard à s'égarer sur la nuque découverte du jeune servant. C'était étrange, les courts cheveux avaient l'air doux…

Arthur se secoua et s'assit lourdement, tirant brusquement Merlin de sa rêverie. Saisissant son bol, il commença son repas avec un grognement agacé.

— Bon appétit, Altesse, lui souhaita son serviteur avec un sourire amusé.

Les minutes passèrent dans un silence léger. Les animaux nocturnes s'éveillaient et le sous-bois fut bientôt empli de hululements divers et variés. Sa pitance avalée, Merlin rangea leurs couverts et nettoyage deux places de chaque côté du feu avant d'y poser leurs couches de voyage et de s'étendre sur la sienne, les mains croisées derrière la tête.

Il essayait toujours d'imaginer à quoi pouvait ressembler la créature qu'ils recherchaient, mais rien à faire, les éléments donnés par le Chevalier lui faisaient imaginer quelque chose de tout à fait improbable et certainement pas viable. Se tournant vers le feu, il demanda finalement son avis à Arthur :

— Altesse ?

— Hum ?

— Que pensez-vous que soit cette bête ?

La question attira l'attention du Prince qui s'installa sur le flanc à son tour, cherchant sur le visage de Merlin la raison de cette soudaine interrogation. N'y voyant qu'une franche curiosité, il plongea son regard dans les flammes en haussant les épaules.

— Je n'en ai aucune idée, avoua-t-il. Peut-être une bête venue d'une autre contrée, que sais-je ?

Sa propre ignorance l'énervait. Il avait pourtant l'habitude de combattre d'horribles bestioles inconnues, légendaires ou magiques. Mais depuis qu'ils avaient quitté Camelot, il avait une drôle de sensation. Et dès qu'il y pensait un peu trop, il se sentait obligé de vérifier que Merlin était bien là, près de lui, souriant avec douceur et bienveillance. Parfois, Arthur avait l'impression que ce sourire dissimulait toute la sagesse du monde. Ce qui était parfaitement idiot quand il se rappelait que ce sourire venait de Merlin.

— Allez, dormons. Il nous reste de la route à faire et une bête à terrasser, ordonna-t-il en se rallongeant sur le dos et en fermant les yeux pour montrer l'exemple.

— Oui, Altesse.

Merlin ne s'endormit que lorsque la respiration d'Arthur fut profonde et régulière.


— On approche du lieu de la dernière attaque, l'informa Arthur.

Avec appréhension, Merlin regarda autour de lui. La végétation n'avait pas changé. La forêt s'étendait à perte de vue autour d'eux. Le pas des chevaux était toujours calme et régulier. Les oiseaux gazouillaient et aucun bruit étrange ne troublait la tranquillité du sous-bois.

— Ça m'a l'air calme, observa-t-il.

— Ça a toujours l'air calme avant que ça ne se gâte, tempéra Arthur en mettant pied-à-terre. Laissons les chevaux là. Je voudrais repérer un peu les alentours.

Merlin acquiesça et descendit à son tour. Il attacha son cheval à côté de celui d'Arthur et prit avec lui une gourde d'eau et le petit sachet de provisions qui leur restait puis suivit l'héritier du trône de Camelot qui s'enfonçait déjà entre les buissons.

Dans un premier temps, Merlin crut qu'il accusait un coup de fatigue. Ses paupières se faisaient lourdes et ses oreilles bourdonnaient très faiblement. Mais plus ils s'enfonçaient dans le sous-bois et plus l'impression de marcher à côté de ses chausses se faisait forte. Se secouant, il se rendit compte que c'était une impression qu'il avait déjà ressentie. C'était celle que provoquait chez lui l'utilisation d'une grande force magique.

De nouveau complètement alerte, il allait prévenir Arthur qu'un danger était imminent quand ce dernier se tourna vers lui et lui intima le silence avant de montrer quelque chose du doigt droit devant eux. Levant les yeux, le jeune sorcier aperçut une étrange lueur flotter entre les arbres à quelques mètres d'eux.

Il fronça les sourcils en sentant la magie pulser de la lumière. C'était comme un cœur qui battait trop fort, trop vite. Un gros cœur au bord de l'explosion. La propre magie de Merlin semblait apprécier cette manifestation, poussant contre sa peau pour rejoindre la lumière. Il suivit Arthur qui se rapprochait prudemment sans se rendre compte que lui-même ne prenait aucune précaution.

Le Prince s'arrêta à seulement quelques centimètres de la lumière. Elle flottait à environ un mètre au-dessus du sol et mesurait bien deux mètres de haut sur un de large. Arthur semblait fasciner, mais Merlin avait l'impression de se retrouver devant une déchirure de l'univers, comme si une lame quelconque avait pu déchirer le voile de la réalité.

— Qu'est-ce que c'est ? souffla-t-il.

— Je ne sais pas, répondit Arthur en partant du principe que la question lui était adressée.

Un court silence s'installa avant qu'il ne se redresse et lance à Merlin un regard qui ne lui disait rien qui vaille.

— Qu'y a-t-il ? demanda-t-il immédiatement, les sens en alerte.

— Je veux que tu ailles voir ce que c'est, déclara Arthur.

Merlin resta incrédule une seconde avant de répéter :

— Vous voulez que j'aille voir ce que c'est ?

Arthur acquiesça avec un petit sourire en coin horriblement horripilant et Merlin secoua la tête avec frénésie.

— Mais, vous venez de dire que vous ne saviez pas ce que c'était. Ça pourrait être dangereux !

— Raison de plus pour que tu y ailles le premier, argua le blond. Après tout, je dois baisser mon niveau de crétinerie, n'oublie pas !

Ah, il savait qu'il allait en entendre parler pendant des jours ! Il s'était même étonné de n'avoir rien entendu plus tôt, mais en fait, Arthur avait seulement attendu le bon moment pour lui renvoyer ses propres mots à la figure.

Enfin cela ne justifiait pas le fait que ce soit à lui d'y aller le premier. Il était loin de se débrouiller au corps à corps et il n'avait pas d'épée à son flanc contrairement à un autre. Bien sûr, il avait sa magie et pouvait terrasser n'importe quel ennemi, mais il ne pouvait en faire usage devant Arthur. Pas encore, du moins.

Impatient, le Prince se retourna vers lui, le regardant comme s'il était étonné de le trouver encore là. Levant brièvement les yeux au ciel, il poussa Merlin d'une main dans le dos. Un frisson remonta le long de la colonne vertébrale du sorcier quand la chaleur de la main transperça sa veste jusqu'à réchauffer sa peau. Profitant de sa confusion, Arthur accentua la pression et Merlin se retrouva juste devant l'ouverture.

D'aussi près, il pouvait maintenant entendre la magie chanter. C'était doux, chaud et hypnotisant. Ça venait jusqu'à lui par vagues caressantes et apaisantes, l'effleurant comme pour l'évaluer. Elle sembla satisfaite car elle l'entoura avec délicatesse, déposant un voile tiède et doux tout autour de lui. Merlin se laissa faire, oublieux d'Arthur, du danger potentiel de cette manifestation magique et de son propre destin. Tout ce qu'il savait, c'était que cette magie était douce et chaude et qu'elle le voulait.

Merlin fit un pas en avant et tout bascula.


— MERLIN !

Arthur n'avait pas eu le temps de crier autre chose que le prénom de son serviteur quand ce dernier disparut dans la lumière qui flottait au-dessus du sol. En moins d'une seconde, Merlin avait été aspiré sans rien dire, sans même se débattre.

Son cri sembla attirer l'attention de la lumière qui s'approcha de lui. Par réflexe, Arthur fit tourner son épée pour faire respecter une distance de sécurité à l'étrange manifestation lumineuse. Elle se le tint pour dit et resta à flotter un peu plus près de lui que précédemment, mais à une distance respectable pour qu'il ne se sente pas trop mal à l'aise.

Tournant sur lui-même, il inspecta ce qu'il voyait des sous-bois, persuadé que Merlin se cachait derrière un buisson et se foutait ouvertement de lui. Mais aucun son ne se faisait entendre et pourtant son serviteur n'était pas un champion de la discrétion.

Une sourde angoisse prit Arthur à la gorge et il se retourna avec lenteur pour fixer la faille lumineuse qui n'avait pas bougé. Il crut apercevoir quelque chose à travers l'aveuglante lumière blanche dont elle semblait faite, mais cela disparut aussi vite que c'était venu.

Arthur ferma les yeux et inspira profondément, priant pour que tout ceci ne soit qu'un cauchemar. Merlin ne pouvait pas l'abandonner, il était le plus fidèle, celui qui était toujours là, même quand on ne l'attendait pas.

Merlin était son ami.

Quand il les rouvrit, la lumière avait disparu.

— Merlin…

À suivre…

L'auteur accepte les commentaires avec plaisir !