Fanfiction en partenariat ! -revisitée-

MADELIGHT : Bienvenue pour cette nouvelle fic sur Crows Zero (blablabla, tu devrais déjà finir tes fics, blablabla...)

Je me charge d'introduire un peu de féminité dans ce monde de brutes bastonneuses. Je vous préviens, si des combats et des rivalités sont clairement présents, il s'agit avant tout d'une romance...!

Alerte pour tous ceux qui n'aiment pas ça, ne venez pas lire : vous userez vos beaux yeux en pure perte.

Pour les autres, je vous laisse avec plaisir découvrir mon intrigue : tout directement inspirée du film (je ne m'appuie ni sur le manga Crows, ni sur Worst, ni sur le manga adapté de Crows Zero : même si je les adore, ce n'est pas ce qui m'intéresse ici. Uniquement le film, donc !)

(H)AEDE :

Bonjour a tous !

Eh bien, que dire pour me présenter ? On va faire simple. Je suis Haede (ou Aede sur d'autres sites). Simple lectrice de fictions en tous genres, auteure à ses heures perdues. J'ai répondu il y a quelques temps à la demande officieuse de Madelight afin de remanier sa fiction. J'ai accepté fébrilement cette tâche. Car après tout, comment corriger une auteure qui excelle déjà dans le domaine ?

La règle ? Me lâcher. J'ai eu quartier libre pour ajouter, modifier, supprimer ce qui « clochait ». Mais soyons honnêtes, la version originale de Kaminari Today étant déjà excellente, il était impensable d'y aller a coup de bulldozer. Je suis avant tout une grande fan de cette histoire. Ainsi, en aucun cas je me suis permise de modifier la trame ou les protagonistes déjà brillamment mis en scène par Madelight. Elle reste le chef d'orchestre incontesté de cette histoire, rassurez-vous.

Moi ? Je me suis juste contentée d'apporter plus de détails pour que vous ayez une lecture plus immersive encore. J'espère que cela va fonctionner. J'espère aussi que vous ne serez pas perturbé par ces quelques petits changements.

En tout cas merci encore à Madelight de m'avoir fait confiance pour que je retouche son bébé. Chose difficile, je le conçois.

Ma chère amie, je t'en serais éternellement reconnaissante.

(H)Aede.

DISCLAIMER:

MADELIGHT : A part Gin et d'autres personnages que vous aurez tout le loisir de découvrir, les personnages d'Hiroshi Takahashi ne m'appartiennent en aucun cas ; ni ce qu'en à fait Takashi Miike avec l'aide de Shogo Muto.

Je m'inspire aussi très librement du manga Shijou Saikyou No Deshi, Kenichi pour les techniques de combats (que ce soit arts-martiaux ou combats de rues).

Soyons clairs, décrire de la baston n'est pas très intéressant. C'est pratiquement toujours les mêmes coups (sauf pour les combats SPÉCIAUX comme le Genji/Tamao du film etc...)... J'ai donc pris la liberté d'attribuer à beaucoup de personnages des styles propres de combats, alimentés de mes connaissances -minces, mais en progrès- d'arts-martiaux divers et variés ! Ne soyez donc pas étonnés de découvrir que le monde de ma fanfiction est très largement rattaché à celui de la compétition martiale à mains nues.

Toute ressemblance avec autre écrit ou fanfic est fortuite : je n'ai lu qu'une seule fanfiction sur le monde des Crows et il s'agit de celle dont je vais parler dans les prochaines lignes. Sans avoir lu d'autres choses -notamment parce que le fandom français de Crows Zero est VIDE.- je me doute de ne pas trop innover : le thème "Une fille dans le monde de Suzuran" a, je le sais, été repris par de nombreux auteurs étrangers donc je me doute que je ne suis pas la première francophone à y songer ! Épargnez donc tout effort à vos doigts si vos critiques abondent en ce sens (à savoir, la question de l'originalité de la fanfic)...

HAVE FUUUUUUUN!

(Madelight:) Je dédicace ces premières lignes à Hachiiko, première auteure française dans le fandom Crows ZERO.

Voici un lien vers sa fanfiction géniale : /s/6616728/1/

J'entends le gang...
A ce jour, un dernier raïe...
Et du courage pour cogner... !
Rage pour cogner...!

J'étais pas contre,
Mais pas pour être des vôtres,
Mais pris de court...
Les filles criaient !
Les flics priaient !

J'sais pas quand, j'sais pas où
Mais j'ai un rendez-vous
Avec les gars du gang, avec les gars du gang...
Ces mecs-là sont des vrais fous,
'Mettent les filles à genoux...
Fais gaffe à toi ma grande, fais gaffe à toi ma grande...

J'entends le gang, à ce jour,
Et je resterai de velours.
Les filles criaient, les filles criaient...

J'entends le gang...
A ce jour, un dernier raïe...
Et je cours me faire cogner...
Me faire cogner...!

Je sais, mais moi j'en m'en fous,
Moi, j'ai un rendez-vous...
Avec les gars du gang, avec les gars du gang.
Ces mecs là sont des vrais fous,
'Mettent les filles à genoux...
Fais gaffe à toi ma grande, fais gaffe à toi ma grande...!

C'est la belle qui nous rate...
Ces gars n'ont rien compris... !
C'qu'on veut c'est de l'audimat'...
Des filles et du whisky... !

Je sais pas quand, j'sais pas où
Mais j'ai un rendez-vous...
Avec les gars du gang, avec les gars du gang...
Viens pas me chercher des poux...
On peut vite devenir fou,
A traîner dans le gang, à trainer dans le gang...

J'sais pas quand, j'sais pas où
Mais j'ai un rendez-vous
Avec les gars du gang, avec les gars du gang.
Ces mecs là sont des vrais fous
'Mettent les filles à genoux
Fais gaffe à toi ma grande, fais gaffe à toi ma grande...

Leur boucan, je m'en tape...!
Ces gars n'ont rien compris,
A tout bout de champs, ils frappent,
Pour moi tout est fini...!


Un craquement sinistre vint rompre le calme qui régnait en cette fin de soirée.

Cette mâchoire, brisée par les coups, produisit un son innommable qui résonna avec fracas dans toute la ruelle. L'homme finit par s'écrouler, mollement, sur un sol jonché de détritus. C'est dans un bruit mat qu'il rejoignit ses compagnons, tous plus ou moins inconscients.

Indifférente à ce piteux spectacle, une jeune fille fit consciencieusement craquer les jointures de ses doigts ensanglantés. Elle ne réprima que difficilement un haut le cœur en sentant un gout métallique dans sa bouche : sa lèvre inférieure avait éclaté. Mais au moins toutes ses dents étaient intactes, observa-t-elle avec soulagement. Aussi consciente de son état désastreux, elle tenta de réajuster son tee-shirt trop large et à moitié déchiré, mais en vain. Il était foutu. Elle se contenta juste d'épousseter son short usé grâce à d'amples mouvements de bras.

- Vous étiez tenaces, les gars, marmonna-t-elle alors en récupérant sa veste au sol, à moitié trempée.

Mais aucun ne répondit. Seuls se firent entendre quelques discrets gémissements de douleur. Ils étaient probablement tous trop engourdis ou choqués pour lui rétorquer une quelconque insulte… Après leur avoir jeté un dernier coup d'œil sceptique, la jeune fille tourna les talons. C'est sans remords qu'elle s'apprêtait à les abandonner, gisant dans cette ruelle humide et reculée.

- Sango !, s'écria subitement l'un d'entre eux.

- Quoi…? , s'enquit-elle d'une voix lasse tout en se retournant.

- On s'en souviendra…

Face à cette menace non dissimulée, ses lèvres déchirées ne l'empêchèrent pas d'esquisser un sourire moqueur. C'est rieuse qu'elle lança :

- J'imagine que tu as raison… On ne peut pas vraiment oublier une rouste comme celle-là…

- Pointe-toi à Suzuran, qu'on se marre, salope !

Pour toutes réponses, la jeune fille lui adressa un beau doigt d'honneur avant de disparaitre définitivement au bout de la ruelle.


- Bienvenue au Houdaï !, s'écria une jeune fille en accueillant trois adolescents qui venaient de pousser la porte de son restaurant. Asseyez-vous près de la fenêtre, je vous prie !

Les garçons la dépassèrent sans lui prêter attention, la démarche ridiculement exagérée. Habituée aux collégiens qui jouaient les caïds, elle décida de ne pas faire de commentaire et leur apporta le menu avec un sourire magnanime. Sourire superbement ignoré par les trois rejetons. Ne tenant pas compte de leur impolitesse flagrante, elle retourna sereinement derrière le comptoir. Après tout, elle n'était qu'une lycéenne de dix-sept ans, et n'allait pas commencer à se charger de l'éducation de tous les péquenots du coin.

Gin était en effet une jeune fille tout ce qu'il y avait de plus banal : taille moyenne, les cheveux bruns et les yeux noisette. Si l'on avait demandé à un tiers de la décrire, ce dernier aurait probablement dit « Charmante » ou encore « Très mignonne». Sa vie n'avait rien d'extraordinaire non plus. Fille unique, elle avait été élevée seule par sa mère. L'abandon douloureux de son père à ses six ans les avait forcées à faire face, seules. Elles vivaient modestement grâce aux efforts de sa mère qui trimait tous les jours dans son petit restaurant de soba. Elles habitaient ainsi à Tsutsomu, un quartier malfamé d'Azabuza faute de pouvoir s'offrir mieux. Cette partie de la ville était notamment réputée pour ses taux de criminalité et de délinquance exceptionnellement élevés.

Tsutsomu, était en effet une vaste zone isolée au nord de la ville, délabrée et industrielle. Les habitations y étaient vétustes et aucun mur n'avait été épargné par les élans créatifs des délinquants. Mais après tout, seuls ces innombrables tags colorés brisaient la monotonie des murs gris de la ville. Ville composée notamment de plusieurs quartiers, dont chacun subissait les assauts répétés des lycéens, des bandes, et même de divers gangs et mafias.

Gin en revanche, allait au lycée pour filles du coin : Akafuuji. Un lycée tout à fait banal, et somme toute assez ennuyeux… La jeune fille n'avait pas vraiment eu l'occasion de se lier d'amitié avec d'autres lycéennes, ratant souvent les cours pour aider sa mère au restaurant. Ce travail supplémentaire ne l'avait jamais empêchée d'avoir de bonnes notes. Et aider sa mère ne la gênait pas le moins du monde, au contraire. C'était plus une évidence, un moyen comme un autre de soulager le poids qui pesait sur ses épaules depuis tant d'années. Du coup, au lycée, elle passait un peu pour une paria : la rebelle. Celle qui séchait les cours pour aller zoner avec les autres lycéens délinquants du coin… Et c'était tant mieux ! Cette réputation se révélait en effet très utile pour dissuader les autres filles de son âge de faire ami-ami avec elle. Elles étaient vraiment trop différentes.

Car sa vie avait beau être en apparence celle d'une adolescente normale, Gin était unique. Charmante ? Très mignonne ?

Oh que non.

Elle était très loin de correspondre à ces qualificatifs. Et contrairement à ce que l'on pouvait imaginer en la regardant, Gin était une adolescente plutôt à part…

La grande passion qui dominait sa vie se résumait en effet un seul mot : combat. Contrairement aux autres filles, voire lycéens en général, elle aimait se battre et se fichait bien de garder des séquelles physiques des coups qu'elle aurait reçu. Elle y était habituée. Depuis ses dix ans, elle avait pratiqué divers arts-martiaux avec un maître en la matière, Kurimari Sosuke. Et étant une bonne combattante, elle n'avait pas perdu de combat depuis ses quinze ans, un exploit pour un adolescent d'Azabuza…

Mais malheureusement pour elle, elle n'avait pas beaucoup d'occasion de se battre, à part lorsqu'elle se faisait alpaguer dans la rue… Elle aurait presque préféré que cela soit plus régulier pour pouvoir se défouler plus souvent… Et ce n'était pas non plus les filles de son bahut qui allaient l'impressionner. Même si elle avait déjà été menacée de persécution au collège, personne n'avait pu finalement se vanter de l'avoir tourmentée. Certes elle dérangeait ses chères camarades de par sa solitude dérangeante et ses fréquentations peu recommandables, mais elle n'y accordait aucune importance. C'était avec grand plaisir qu'elle s'était détachée de cet univers féminin de médisances et de coups bas. Elle préférait rentrer dans le lard de ses ennemis plutôt que d'utiliser des méthodes si pernicieuses.

En vérité, le problème qui s'opposait invariablement à sa passion était son sexe. Les filles n'étaient en aucun cas tolérées dans les combats, et la plupart du temps tournées en ridicule. Il fallait évidemment reconnaitre que les garçons avaient une force que le « sexe faible » n'avait pas. Mais Gin mettait à profit son agilité et sa souplesse acquises après des années d'entrainement et qui se révélaient souvent assez redoutables pour ses adversaires.

La jeune fille ne pouvait toutefois pas s'empêcher de penser que sa vie aurait été bien plus agréable si elle avait été un garçon. Son code vestimentaire trahissait d'ailleurs cette grande frustration… Elle enviait les hommes, de tout son cœur. Eux, qui n'avaient rien à prouver, à personne. Alors qu'elle devait toujours déglinguer sans scrupules ses opposants pour démontrer sa propre légitimité en tant que combattante. Elle n'en pouvait plus de voir ces sourires ironiques, moqueurs voir dédaigneux s'afficher dès qu'elle parlait de combat…

La zone d'Azabuza en elle-même était d'ailleurs particulièrement dangereuse. Les lycées masculins environnants concentraient tous les étudiants les plus violents du pays… Deux d'entre eux étaient particulièrement connus pour leurs bastons sanglantes et leur éternelle rivalité : Housen et Suzuran.

Suzuran n'était d'ailleurs pas très loin de chez elle, ni de son propre lycée… Son ami d'enfance, Makise Takashi, était l'un des chefs de classe des troisièmes années. Ce dernier lui avait toujours formellement interdit de s'approcher de son lycée… prônant qu'il était bien trop dangereux. Mais étant férue de combats –et très peu obéissante-, elle s'était dit qu'elle devait y passer, par principe, juste pour voir à quoi pouvait bien ressembler un lycée de délinquants. Elle n'était alors qu'en seconde lorsqu'elle s'arrêta devant pour la première fois. Abasourdie, elle n'avait pu se retenir d'écarquiller les yeux devant ce bâtiment délabré.

Il y avait des tags partout et les murs semblaient prêts à s'effondrer à n'importe quel moment. Les tas d'immondices recouvrant le bitume étaient même presque plus engageants que les nombreux vélos démantibulés, exposés tels des trophées. Rien ne tenait droit. La seule question qui lui vint a l'esprit fut : Mais la vache, comment une telle ruine peut-elle être appelée une école ? Entre le peu de vitres qui étaient restées intactes et les portes dégondées, tout sembler donner à l'établissement un aspect désaffecté.

Passé le premier choc, des bruits exaltés avaient attiré son attention. Au loin, elle apercevait une baston entre deux groupes de lycéens, qui effectivement n'avaient pas l'air de plaisanter. Et là où n'importe quelle fille, et même garçon, de quinze ans aurait tourné les talons avec précipitation, elle s'était sentie happée dans l'ambiance agressive du combat. Alors, éblouie, elle avait regardé de loin les coups sauvages et sans précision des garçons… Comme un ballet de muscles tendus et de poings destructeurs, prêts à en découdre avec quiconque remettrait en question leurs forces. Le martellement des coups résonnait avec tant de puissance qu'elle fut foudroyée par tant de hargne. Elle connaissait ce sentiment qui transparaissait sur les visages tuméfiés des combattants. Ce sentiment que seul un vrai combat pouvait procurer : celui d'être pleinement vivant. Et encore une fois, elle les avait enviés pour ca.

Elle fut ramenée à la réalité par les voix déplaisantes de ses clients.

- …se sont fait éclater par une meuf d'Akafuuji…

Cette phrase fut prononcée avec un tel mépris qu'elle capta toute son attention. Elle se rapprocha discrètement d'eux pour écouter, versant subtilement du sel dans les salières à la table adjacente.

- T'y crois toi ?, demanda un autre, sceptique.

- Putain… une meuf qui se bastonne, on aura tout vu dans ce quartier….

Gin posa la salière qu'elle avait remplie avec plus de violence que prévue. Ce genre de mentalité la mettait hors d'elle. Fille ou garçon, chacun avait le droit de combattre. Au pire, s'ils avaient des préjugés, elle pouvait les faire sortir devant tout de suite pour les affronter… ?

Elle se retint toutefois de tout commentaire : elle s'était promis de ne jamais provoquer d'esclandre dans le restaurant de sa mère. D'abord parce qu'elle ne voulait pas lui attirer d'ennuis et ensuite parce que sa mère s'inquiétait terriblement quant à ses envies combatives… Elle essayait par tous les moyens de lui faire abandonner cette passion dangereuse pour lui éviter des problèmes. La jeune fille se retenait à chaque fois de lui dire que c'était peine perdu.

Gin se rapprocha encore de la tablée des garçons, un calepin en main et demanda promptement :

- Qu'est-ce que je vous sers ?

Ils lui jetèrent à peine un regard. Il fallait dire qu'elle était vraiment débraillée et loin d'être attirante. Elle n'était pas de ces adolescentes qui passaient des heures à se préparer devant un miroir. Elle passait ainsi souvent inaperçue et c'était tant mieux. Pour le coup ses cheveux étaient retenus par deux baguettes de bambou et cachés sous une sorte de toque cuisinière. Elle portait aussi un vieux tee-shirt usé et une salopette en jean. Ses chaussures n'avaient rien de féminin non plus, comme le reste de sa tenue en fait. Il s'agissait de vieilles rangers complètement défoncées ayant appartenu à Takashi. Et enfin, de la farine étalée sur son visage complétait le tableau… Bref, un vrai garçon manqué.

Ils commandèrent d'un ton indifférent, presque ennuyé :

- Je veux un bol d'udon au porc.

- La même chose.

- Des soba froides au bœuf…

Aussitôt, ils se détournèrent, reprenant leur conversation là où elle les avait interrompus. Elle se retint de toutes ses forces de ne pas leur brailler des insultes à la figure : ils ne connaissaient vraiment pas le mot politesse ?

Lorsqu'elle leur apporta leur plats quelques minutes plus tard, rebelote.

- Tenez. Bon appétit, avait-t-elle lancé.

Ils l'ignorèrent encore, saisissant leurs baguettes pour attaquer leurs plats avec avidité. Sans pouvoir se contenir davantage, elle aplatit fermement sa paume sur la table.

- Eh, les gars. Vos mères ne vous ont jamais appris la politesse ?, pesta-t-elle.

Figés, ils la jaugèrent d'un œil virulent dans un silence de plomb.

- Tu veux quoi, toi… ?, s'enquit sèchement l'un d'eux. Ferme ta gueule.

Elle l'attrapa par le col, énervée.

- Ne sois pas insolent, gamin !

- Tu veux te battre, ou quoi, bouffonne ?, siffla-t-il d'une une voix bourrue.

Gin se retint de toutes ses forces de le frapper… Elle se rappela soudain sa promesse faite a sa mère et se calma quelque peu. En revanche, un tel affront ne pouvait rester impuni. Elle lança donc avec autorité :

- Ce soir, 22h. Ruelle des marécages…

- Gin… ?

La jeune fille se redressa précipitamment à l'entente de cette voix claire pour faire face à sa mère. Sa colère retomba immédiatement face à ses yeux noisette étonnés. Elle rassit calmement le garçon avant d'épousseter sa chemise avec une attention trop exagérée pour être vraie. Cherchant désespérément une excuse valable, elle la rassura :

- Désolée ! Je lui ai mis un peu de farine dessus, sans faire exprès…

Sa mère soupira et repartit en cuisine en faisant virevolter ses cheveux bruns désordonnés, pas dupe le moins du monde.

- Tu vas pisser dans ton froc, salope, prédit l'un des gosses dans son dos avec une voix menaçante.

Ils ricanèrent et en deux temps trois mouvements ils finirent leurs assiettes. Ils jetèrent l'argent sur la table en se levant, sans lui laisser le temps de rendre la monnaie.

- Pour ton bouiboui, cracha un des jeunes hommes en claquant la porte.

Gin les suivit du regard, sidérée, et se mit subitement à sourire : Takashi venait de les intercepter au bout de la rue. Il ne valait mieux pas claquer la porte du restaurant de son amie d'enfance devant lui. Ils semblèrent avoir une discussion animée et lorsque Makise retroussa ses manches, ils finirent par s'enfuir en courant.

En même temps, ça pouvait se comprendre, Takashi avait vraiment la dégaine d'un tueur. Très grand, le crâne rasé, petits yeux bruns perçants et la voix rauque et bourrue. Mais malgré ce style redoutable, il restait l'homme le plus droit et fière qu'elle connaissait. Derrières ses airs bougons, il savait faire preuve d'une loyauté infaillible envers ses amis. Bon, son seul point faible restait les filles, mais elle ne désespérait pas que cette manie de perdre tout sens des réalités en présence d'une greluche lui passe avec les années.

- Ils voulaient quoi, ces zouaves ?, baragouina-t-il alors en entrant, l'air énervé.

- Mon poing dans leurs…

- Gin…, la coupa-t-il en grimaçant.

Sa mère sortit de la cuisine et s'écria, ravie, un sourire rayonnant sur son visage rond :

- Makiseeeee-kun ! Pile au moment où je commençais à me dire que nous n'allions pas y arriver seules !

Gin roula des yeux. Quelle ingratitude... Makise accorda un grand sourire à Kana avant d'interpeller son amie.

- Gin, répéta Makise avec sérieux. Il va falloir qu'on parle, toi et moi.

Elle le regarda avec plus d'attention, cherchant à déceler ce qui le tracassait. Mais sa mère les fixait d'un air suspicieux et elle s'empressa d'ajouter fermement un « plus tard ».Il acquiesça silencieusement, préférant aussi se taire. La plupart du temps il commettait des gaffes terribles. Mieux valait garder le silence.

Le service se passa rapidement et bientôt, il fut l'heure de fermer le restaurant. Gin recommanda alors à sa mère d'aller se reposer, lui disant qu'elle allait terminer le travail avec Takashi. Elle ne posa pas de questions et leur prépara juste deux bols de sobas froides, comme dans leurs enfance. Elle ajouta même un peu de porc, sachant que Makise en raffolait. Elle le considérait presque comme son fils, donc cette attention n'était pas très étonnante. Kana leur conseilla juste de ne pas se coucher trop tard avant de monter les escaliers, les laissant enfin seuls.

Ils s'assirent finalement tous les deux à une des tables en formica, fatigués et les yeux abimés par la lumière crue dégagée par les néons. C'était avec bonheur qu'ils entamèrent leurs plats : un pur régal. Sa mère faisait surement les meilleures sobas du Japon.

- Vous fermez plus tôt ce soir ?, demanda finalement Takashi dans un grognement inquiet.

- De plus en plus… on pourrait attendre des heures mais plus personne ne se pointe après 21h… Y'a trop de lycéens énervés dans le coin, il parait…, railla-t-elle sans joie.

Il avala ses dernières bouchées d'une traite, de la sueur coulait désormais à grosses gouttes de son front. Cela étonna Gin. Il agissait pourtant rarement comme ca avec elle, réservant ses réactions étranges aux autres filles. Elle se leva donc pour aller lui chercher de l'eau et le frappa sur l'arrière de la tête au passage.

- Takashi, tu veux te détendre, ouais ? Je ne vais pas te bouffer, dit-elle, lasse.

- C'est pas pour ça… Depuis quand j'ai peur de toi, gamine ?, rétorqua-t-il sans la regarder.

Soudainement, il plongea ses petits yeux dans les siens, plissant le nez comme se retenant d'éternuer de toutes ses forces. Ok, quelque chose devait vraiment le tracasser pour qu'il tire une tronche pareille.

- Quoi ?, finit-elle par demander, sur la défensive.

- 'Parait que tu t'es bastonnée avec la bande d'Orashi.

Gin roula des yeux dans une mimique exaspérée. Ce n'était donc que pour ca… C'est rassurée qu'elle lança avec dédain :

- Ces abrutis m'ont cherchée.

- Cette histoire a fait le tour de mon bahut, putain !, dit-il en frappant soudain la table de frustration, Arrête de les tabasser parce que je te jure qu'ils n'auront aucune pitié… Tu es une fille.

- Ah ça y est c'est reparti, revoilà le discours habituel…, se plaignit-elle en s'avachissant sur sa chaise.

- Tu ne te rends pas compte de ce que tu es en train de provoquer, Gin… ! , continua t'il avec son ton moralisateur

- Je sais qui tu es, Makise, brava-t-elle.

A chaque fois qu'elle était fâchée contre lui, elle l'appelait par son nom de famille.

Mais il ne comprenait apparemment pas où elle voulait en venir vu ses sourcils froncés. C'est sur un ton bourru qu'il demanda :

- Et alors ?

- Bah, tu es le chef de l'une des factions de Suzuran.

- Et alors ?

- Et alors, on m'a dit qu'un mec s'est pointé pour prendre le contrôle…

- Et alors ?

Gin tapa du poing sur la table, certaine qu'il le faisait exprès.

- Et alors, dès qu'Housen va savoir ça, ils vont encore péter un câble. Le quartier n'est déjà pas très sûr. Je défends mes intérêts, putain !

- Ca ne te regarde pas, c'est un putain de lycée pour mecs ! Tu piges ?

- T'es venu ici pour me faire la morale, Makise ? le défia-t-elle, se levant d'un bond en le fusillant du regard.

Il se leva, l'empoignant par le tee-shirt, seulement séparé d'elle par la table en formica.

- Je sais que j'ai l'air… parfois… de faire comme si t'étais pas une meuf ! Mais je ne peux plus l'oublier maintenant !, s'exclama-t-il.

Elle resta immobile, les yeux écarquillés. Elle détestait qu'on lui rappelle sa « situation ». Il continua :

- Arrête de faire comme si tu pouvais tous les battre. Les mecs que t'as explosé sont des bouffons qui se font ramasser par les sous-merdes qui n'arrivent même pas à prendre la tête de leur classe… !

Gin se dégagea de son emprise, révoltée, le repoussant violemment sur sa banquette.

- Qu'est-ce que tu sous-entends, Makise ? Que je suis mauvaise ?, tança-t-elle en remuant les bras furieusement.

- Ta gueule. C'est pas négociable !

Il se radoucit, comprenant plus ou moins l'indignation de son amie. Il savait qu'être une fille à Azabuza était loin d'être une partie de plaisir, surtout pour Gin. Il finit par ajouter calmement, craignant de la blesser de nouveau :

- Bon… demain je passe te chercher, je t'amène à ton lycée… Et je viendrais te chercher …

- Comme si j'avais besoin de toi pour me défendre… dit-elle, boudeuse.

Mais une lueur malicieuse traversa alors ses yeux sombres, elle ajouta :

- Oh Maki-maki, avoue-le, tu viens pour mater les meufs hein ?, railla-t-elle.

Il baissa la tête, à la fois penaud et très bougon.

- Arrête de m'appeler Maki-maki…

- Tu sais quoi ? D'accord… Faisons ça, finit-elle par dire d'un ton faussement enthousiaste.

Takashi plongea son regard dans le sien, cherchant à y trouver l'idée qu'elle avait forcément derrière la tête. Cela ne lui disait rien qui vaille.

- Allez, va-t-en maintenant… ! Je dois fermer.

Il la regarda encore un instant avec beaucoup de suspicion et quitta le restaurant. Etant son amie, elle savait que la seule manière d'éloigner Takashi, c'était d'agréer. Et là, elle n'avait plus beaucoup de temps devant elle : elle avait des mecs à latter !

Elle lança un rapide coup d'œil à l'horloge de la salle : 21h47 …

La ruelle des marécages n'était pas très loin mais elle devait tout fermer avant de partir. Elle n'avait vraiment pas envie qu'il arrive malheur au gagne-pain de sa mère… Après avoir tout fermé et verrouillé, elle se mit à courir en direction de la fameuse ruelle. Lorsqu'elle arriva sur place, elle constata essoufflée qu'il n'y avait personne. Elle ne prit pas le temps d'observer l'environnement obscur qu'elle regardait déjà sa pauvre montre digitale : 22h03…

- Quelle bande de mauviettes, maugréa-t-elle, renfrognée.

Soudain, elle sentit quelque chose l'approcher par derrière. En un clin d'œil, elle plaqua ses mains au sol et balança brutalement sa jambe en arrière dans la direction de l'intrus. Elle fit évidemment mouche et son pied percuta la mâchoire d'un des garçons avec une force folle. Il s'écroula au sol, sonné, tandis que les deux autres se jetaient sur elle à leur tour. Deux contre un, pas très courageux mais ca pimentait un peu les choses. Parfait. Apres avoir esquivé quelques attaques, la jeune fille reçut un mauvais coup à l'arrière du crane, la faisant vaciller dangereusement. Elle se retourna in extremis pour décrocher quelques coups de poings bien placés. Elle fut soulagée en sentant son poing s'enfoncer dans un estomac. L'adversaire s'effondra ensuite en toussant à en réveiller les morts. A ce stade, pas de pitié. Elle finit par mettre l'autre KO avec un admirable uppercut qui fit craquer sa mâchoire. Elle le termina prestement avec quelques coups de pieds, tandis qu'il tentait vainement de se dégager en rampant au sol.

Soudain, une porte s'ouvrit a la volée. De surprise, Gin s'immobilisa en pleine action. Les vibrations de la ferraille contre le mur lui fendirent le crane. De même, la lumière artificielle qui venait d'envahir la ruelle, ajouté au mauvais coup de tout à l'heure, suffirent à l'aveugler quelques instants. Elle fut heureuse que son moment de faiblesse soit dissimulé par la pénombre. Silencieuse, elle eut juste le temps de voir un groupe émerger par une porte de service donnant sur l'allée avant de s'écarter. Eblouie, elle ne les distinguait que difficilement, ne voyant que des ombres incertaines sous un nuage de fumée. Puis une voix rauque retentit, la sommant de se montrer à la lumière dans un autoritaire : « Qui c'est ? ».

Gin se tourna lentement vers eux, sur ses gardes pour ne pas se faire repérer. Elle sentit du sang dans sa bouche et remarqua que sa blessure du combat avec Orashi s'était rouverte. Elle jura dans l'ombre, tâtonnant en silence ses lèvres de ses doigts tremblants d'adrénaline. La voix se fit de nouveau entendre dans un autre aboiement menaçant et impatient :

- Qui c'est, putain ?

Le coup qu'elle avait reçu derrière la tête lui donnait encore d'affreux vertigesau point qu'elle ne vit que difficilement deux ombres venir fureter dans sa direction. Elle réalisa le danger. Il valait mieux pour elle de partir avant de succomber à l'inconscience en milieu hostile: une commotion avait ses conséquences, après tout.

Alors, elle tourna le dos au groupe pour ne pas se trahiret détala à toute allure. Mais en s'apprêtant à bifurquer au bout de la ruelle, elle percuta à pleine vitesse une masse imposante et robuste. Projetée au sol avec facilité, elle mit du temps avant de comprendre ce qui lui était arrivé. Elle tenta de voir à qui elle avait à faire, mais la nuit l'empêchait de distinguer clairement ses traits. Elle comprit d'après sa carrure que cela ne pouvait être qu'un homme. Il restait juste calmement devant elle, les mains enfouies dans les poches et semblait peu enclin à lui venir en aide. S'en fichant complètement sur le moment, elle se releva aussi vite qu'elle le pouvait, entendant les autres se rapprocher. Par pur reflexe, stupide soit-dit en passant, elle murmura « pardon » en passant à coté de lui. Au moins elle restait polie, pensa-t-elle avec ironie.

Elle n'eut que le temps de croiser deux yeux bruns scrutateurs, éclairés par l'embout d'une cigarette fumante, avant de courir aussi vite qu'elle le pouvait vers chez elle. Elle emprunta plusieurs chemins pour semer d'éventuels suiveurs. Une dizaine de minutes plus tard, c'est hors d'haleine qu'elle verrouillait la porte de son appartement situé juste au dessus du restaurant, s'appuyant du même coup sur la porte. A bout de souffle et toujours saisie de vertiges, elle se rendit dans la salle de bain d'un pas plus ou moins assuré et se déshabilla péniblement.

Se glissant sous la douche, Gin tourna le robinet d'eau froide pour se remettre les idées en place. Le gout métallique de sa blessure lui fit réaliser qu'elle l'avait vraiment échappé belle sur ce coup. Elle se rinça alors abondamment la bouche pour s'ôter le gout amer de la fuite et tamponna prudemment sa lèvre éclatée. Après un bon quart d'heure de calme relaxant sous l'eau, ses muscles se détendirent et l'adrénaline cessa petit à petit de faire effet. Elle finit par esquisser un sourire en se disant que cela avait été plus sportif qu'elle ne l'aurait cru de prime-abord. Enfin bon, aucune importance puisqu'elle avait puni les petits insolents de l'après-midi. C'était tout ce qui comptait. Et puis, personne ne la reconnaitrait... D'abord parce que ces imbéciles ne se doutaient probablement pas qu'elle était une fille. Et ensuite parce que même s'ils avaient vu son visage : vu les vêtements qu'elle portait et l'obscurité qui régnait dans la ruelle, ils ne pourraient jamais décrire ses traits avec précision. Gin enfila finalement un grand tee-shirt et un short avant de s'écrouler sur son lit, enfonçant ses écouteurs dans ses oreilles.

Elle mit à fond Little Linda de Kenichi Asaï et s'endormit, la musique en boucle.


Un grand arc-en-ciel noir et blanc traversait le ciel, au dessus de Tokyo. Lorsqu'elle regarda les buildings avec plus d'attention, elle se sentit chuter vers eux à une vitesse folle. Alors, soudainement, quelque chose l'attrapa. Elle se retourna : c'était juste une étoile de mer d'un vert éclatant.

Son radioréveil la tira brutalement du sommeil. Comme l'annonça intelligemment l'animateur, c'était lundi. Elle se faisait un point d'honneur à toujours aller au lycée ce jour de la semaine.

Elle resta cependant quelques secondes assise, plongée dans ses pensées encore somnolentes. Mais Bordel… C'était quoi ce rêve… ?

Elle enfila calmement sa jupe et sa chemise d'uniforme. Le matin, elle aimait prendre son temps : de toute manière, ne se maquillant que très rarement, elle n'avait pas vraiment trente-six choses à faire. Saisissant sa brosse à cheveux parmi le désordre de la petite salle de bain, elle tenta de se les démêler. Sans surprise, elle échoua lamentablement et opta pour la solution classique. C'est donc avec négligence qu'elle en fit un chignon qu'elle scella de deux baguettes…

Gin se brossa ensuite les dents le plus doucement possible, de peur de réveiller de nouveau la coupure de sa lèvre. Mais une grimaça de douleur lui échappa malgré elle au moment où sa mère pénétrait dans la salle de bain. Cette dernière se figea en voyant son état.

- Mais qu'est-ce que tu as fait encore… ?, murmura t'elle alors qu'elle attrapait son bras aux multiples bleus.

Gin récupéra son bras sans brusquerie mais ne dit rien pour autant. Pour toute réponse, elle embrassa tendrement sa mère sur la joue et quitta la pièce. La restauratrice ne put s'empêcher de demander :

- Tu ne te fais pas persécuter, au moins… ?

Pour toute réponse, un grand rire clair résonna dans l'appartement.

- T'en fais pas, maman…

La porte d'entrée claqua et Sango Kana soupira fortement. Sa fille était désespérante …

Takashi lui tournait le dos avec nonchalance. Bien trop tentée, elle se jeta sur lui par derrière, l'étranglant à moitié.

- Ne baisse pas ta garde, Maki-maki !

Elle rit avant de se faire envoyer valser sans trop de violence par un Makise apparemment contrarié. Gin préféra ne pas faire de réflexion. Après tout, elle appréciait qu'on ne la harcèle pas de questions quand ça n'allait pas fort. Les deux jeunes gens se mirent à marcher, lentement.

Apres quelques minutes de silence, elle demanda, curieuse :

- Dis, Taka'… C'est comment, Suzuran… ?

- C'est pas fréquentable, murmura-t-il.

- Mais moi non plus, répliqua-t-elle avec un grand sourire.

Takashi ne sourit pas. Il n'avait pas envie de parler de ça. Cela se voyait et elle avait bien remarqué que quelque chose le tracassait. Elle attendait juste qu'il se décide à lui en parler. C'est alors avec sérieux qu'il plongea ses yeux dans les siens et posa la question qui lui brulait apparemment les lèvres depuis qu'ils s'étaient rejoints :

- Gin... Hier. Une fois que je suis parti… T'es pas allée te coucher, pas vrai ?

La jeune fille fuit son regard, soudain mal à l'aise. Elle aurait dû se douter que cela la concernait, il n'était pas comme d'habitude. Il n'avait pas fixé ses cuisses dénudées pendant trois plombes… Si Takashi n'était pas pervers, il fallait aussitôt s'inquiéter. C'est comme prise en faute qu'elle murmura :

- Non.

- J'en étais sûr !, s'exclama-t-il, faisant exploser sa colère.

Il l'approcha en la fusillant du regard, menaçant, et ajouta :

- Ils savent que t'es une meuf, contente ?

Elle recula en écarquillant les yeux, son cœur faisant soudainement de grands bonds dans sa poitrine. Elle ne comprenait pas.

- Comment ça… ils savent ?

- Abrutie…

- Ne me dis pas que… C'étaient leurs amis… Ces petits collégiens ?

Il ne répondit pas, effaré par sa naïveté.

- Tu leur donne officiellement rendez-vous ! Sur leur propre territoire ! Ils savent qui tu es, et pire, ils savent que tu travailles au restaurant. Tu ferais mieux de te faire toute petite si tu n'as pas envie qu'il vous arrive des bricoles à toi et à ta mère !, brailla-t-il, les yeux écarquillés par la colère, lui donnant un air un peu dément.

- Comment ça leur territoire ? Azabuza t'appartient, non ?

Il soupira lourdement, portant sa main à sa tempe. Il lui apparut soudain beaucoup plus mature. La gorge de la jeune fille quant à elle était bien trop serrée pour qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit.

- Pourquoi crois-tu que je te mettais en garde ? Tu crois qu'il n'y a que toi en danger ?, souffla-t-il, exaspéré. Je peux vous défendre, oui, mais pas contre ta propre bêtise !

C'est vrai, elle s'était montrée stupidement imprudente. Mais jamais elle ne se serait doutée que ces gars appartenaient à Suzuran… Elle les avait pris à juste titre pour des collégiens : après tout ils ne portaient pas l'uniforme du lycée ! Dans ce quartier, ils avaient pourtant tout intérêt à signifier publiquement à quel camp ils appartenaient… Ils devaient être inconscients. Elle ne comprenait pas. La voix de Makise la sortit de ses pensées accablantes.

- Maintenant, t'arrête tes conneries ! Je vais aller m'excuser pour toi… Et dorénavant, tu fermes ta gueule, même si on te cherche !, cria-t-il, ponctuant ses mots de gros postillons énervés.

Les sourcils de Gin se froncèrent. Là, c'était elle qui se mettait en colère.

- Tu ne vas certainement pas aller t'excuser. Ces petits merdeux ont été odieux… Ils ont mérité une bonne punition !

- Tu ne comprends vraiment pas dans quoi tu te mets, là… ?, lâcha-t-il en lui saisissant le bras, interloqué.

Mais la jeune fille se dégagea avec force, ne voulant pas l'écouter plus longtemps. Elle se mit soudain à courir à toute vitesse, distançant déjà un Takashi interdit.

- Putain… Putain ! Gin ? Où tu vas, bordel ? Reviens !

Affolé, il se mit à la poursuivre malgré l'avance évidente qu'avait prit son amie. En vérité, il savait pertinemment où elle allait. Elle allait à Suzuran. Elle voulait lui éviter des problèmes à cause de sa connerie d'hier soir, mais surtout, lui éviter de devoir s'excuser à sa place. Attitude noble, si ce n'était pas juste un prétexte pour aller régler ses comptes, comme elle en avait toujours rêvé. Il continua à la pourchasser, la rattrapant tant bien que mal.

- Gin ! Reviens, putain !, cria t'il, avec ses dernières forces.

Heureusement, il était tout de même très respecté là-bas, les autres suivraient ses ordres. Il réussirait sûrement à arranger les choses, mais il n'avait vraiment pas envie qu'une fille vienne y mettre les pieds. Enfin, plus précisément, il n'avait pas envie que cette fille y mette les pieds. Habillée en uniforme d'étudiante en plus… Il fallait évidemment qu'elle s'habille en fille le jour où il ne le fallait pas, l'idiote.

Car malheureusement, Suzuran était tout sauf un endroit pour le sexe faible.

Gin hésita un peu à entrer devant ce portail à l'aspect déplorable. Elle avait déjà vue cette ruine de lycée par le passé et l'effet rendu était le même : un mélange entre le scepticisme et l'admiration. Après tout, cet endroit représentait ce qu'elle aurait pu vivre si elle était née garçon… Les pas de course derrière elle la ramenèrent à la réalité et l'incitèrent à pénétrer dans l'enceinte de l'établissement. Ce n'est que lorsqu'elle déboula dans le hall qu'elle s'arrêta net, essoufflée mais ébahie. Seigneur, c'était encore plus crade qu'à l'extérieur ! Le sol était jonché de déchets en tous genres. Et lorsque les murs n'étaient pas troués ou démolis, ils étaient tagués façon môme de la maternelle. Les injures n'étaient même pas correctement orthographiées…

Le hall en lui même était rempli de lycéens, assis ou debout : jouant aux cartes, brandissant des battes de base-ball ou des barres en fer. Certains comparaient leurs muscles ou se défiaient avec exubérance, d'autres se fixaient comme objectif d'enfumer totalement l'espace en enchainant clopes sur clopes. Elle nota aussi que ces uniformes noirs leurs donnaient vraiment l'apparence de tueurs.

Puis peu à peu, le silence se fit. Alors que la grande partie des lycéens se retournaient vers elle, certains la fixaient avec des mines hostiles, d'autres l'air intéressés. Ces regards mirent Gin mal à l'aise. Elle fut donc soulagée de voir Makise, hors d'haleine, se précipiter à sa suite à l'intérieur. Elle se dit tout de même qu'il allait vraiment falloir retourner courir tous les deux, parce qu'être essoufflés pour si peu, c'était assez pitoyable... Mais l'envie de rire lui passa lorsque son ami lui saisit la main avec force.

- Gin !

Takashi se pétrifia soudain en réalisant qu'ils étaient déjà le centre de l'attention. Il déglutit en reconnaissant les lycéens de Tokaji, autant dire ceux de Serizawa, affalés autour d'une table et jouant au majong. La foule se remit à parler et à rire avec vigueur dans un brouhaha assourdissant. Il entendit juste ses éternels rivaux lancer, moqueurs :

- Eh… Makise… Ne me dis pas qu'elle te fuyait ?, railla un des lycéens d'un groupe plus âgé.

- Ta gueule, Manabu…, cracha Takashi en resserrant sa prise sur le poignetde Gin.

Mais déjà, quelques uns des garçons se rapprochaient d'elle, curieux.

- Elle est mignonne ta copine, Makise.

- On partage ?, lança le dénommé Manabu.

Il retint sa respiration en sentant Gin se crisper. De même que toute forme d'espoir le quitta lorsque la voix hargneuse de la jeune fille résonna dans le hall dans un tonitruant :

- Fermez vos gueules, bande de bouffons !

Un silence pesant s'établit brutalement après ces mots. Chacun avait les yeux rivés sur leur nouvelle proie : Gin. A cet instant, Makise se dit que cela ne pouvait être pire. C'était juste une catastrophe.

Un des membres du groupe d'inconscients affalé autour de la table l'alpagua malgré tout :

- T'as dit quoi, toi… ?

Elle dégagea soudain son poignet de la main de Takashi, l'air impénétrable, et s'approcha de la bande qui l'invectivait depuis le début. C'est sans se démolir qu'elle répliqua, placide :

- Et sourd, en plus de ça ?

Un poing vint directement s'abattre sur la table qui la séparait des garçons. La moitié du plateau de cette dernière vola en éclats. Mais Gin essaya de ne pas y prêter attention, conservant un air impassible face aux éclairs de fureur de son vis-à-vis.

- C'est qui cette gamine, Makise ? T'es dans le hall là… T'es chez nous ! Casse-toi avant de te faire péter le cul.

Ne pouvant laisser passer une telle insulte, Gin décala d'un bref coup de pied ce qu'il restait de la table et s'avança parmi les pièces de plastique colorées étalées au sol. Elle empoigna violement le type, le projetant contre un mur.

- Parle autrement où je te fais bouffer tes doigts par le nez… T'as compris ?, menaça-t-elle d'une voix calme mais tremblante de haine.

- Gin, putain !, hurla Takashi, l'empoignant brutalement et la balançant précipitamment sur son épaule, rompant du même coup son combat visuel.

Elle se mit à hurler de frustration et à tambouriner le dos de son ami alors qu'il tournait les talons. C'est sous les rires moqueurs de l'assemblée qu'elle lui lança, hors d'elle :

- Makise, pose-moi tout de suite ou je te jure que je t'explose la cervelle !

Ce dernier s'éclipsa alors rapidement du hall et l'emmena tout droit à son repaire : le premier étage. Au moins elle y serait en sécurité. Tout ce qu'il espérait, c'était que Tokaji oublierait vite cet incident stupide et insensé. Mais il n'y croyait pas, il savait pertinemment qu'il entendrait parler de cette histoire… Décidément Gin avait le don pour le mettre dans la mouise jusqu'au cou.

Tout le long du chemin, des lycéens ne cessèrent de se retourner sur eux, affichant des mines stupéfaites. Gin, résignée, se contentait de fusiller du regard les petits impertinents qui les dévisageaient avec trop d'insistance, les dissuadant au passage de l'ouvrir. Mais certains osaient tout de même braver ses regards meurtriers pour commenter, entre deux éclats de rire, le spectacle pathétique qui se déroulait sous leurs yeux. Tout cela s'opérait au grand dam d'une Gin fulminante mais impuissante qui ne pouvait que graver leurs visages dans sa mémoire en vue d'une future vendetta. La vengeance était un plat qui se mangeait froid …

- Je te jure que tu vas me le payer, Makise. Si je ne te respectais pas autant, tu serais déjà aplati par terre…, maugréa-t-elle, bouillonnante.

Soudain, Takashi s'arrêta. Ne voyant rien de ce qui se passait devant, elle préféra garder le silence, attendant la suite. Comme rien ne venait, elle l'interpella :

- Makise… ?

Des rires éclatèrent alors, certains satisfaits, d'autres railleurs. Un l'ouvrit plus que les autres :

- Ne me dis pas que tu vas la violer… T'es pas désespéré à ce point, quand même ?

Takashi reprit sa marche et rétorqua, sur la défensive :

- Vous faites les malins quand Izaki n'est pas là… hein…

- C'est pas parce qu'il te respecte qu'on doit en faire autant, pigé ?, dit un autre avec mépris avant d'ajouter flegmatiquement : et puis, il t'attend dans la salle de classe, de toute manière…

Makise ne répondit pas et bifurqua pour pénétrer dans une pièce sur sa gauche. Gin s'était tue pour suivre avec attention cet échange. Makise aurait-il des problèmes ?

Son ami s'arrêta a sa grande surprise au centre d'une salle de classe tellement en bordel qu'une chatte n'y aurait pas retrouvé ses petits. Les tables étaient soit empilées les unes sur les autres, soit placées en cercle, surement pour jouer aux cartes ou au mah-jong. A croire qu'ils ne savaient faire que ca. Le tableau noir était rempli d'insultes ou d'obscénités, toujours aussi peu subtiles.

Ces crétins confondent même les caractères… Et « duck you » ne veut strictement rien dire… Abrutis…

Un frisson la parcourut lorsqu'un courant d'air traversa une des vitres cassées, et elle fut arrachée à sa contemplation dubitative par la voix de Takashi.

- Izaki…, mâchonna-t-il. Tu veux quoi ?

Hormis le fait que cette position devenait de plus en plus inconfortable, elle se tortilla pour voir à qui il parlait, en vain. Elle se figea cependant en entendant une voix inflexible qui la fit frémir, mais cette fois, pas moyen de mettre ça sur le compte du vent.

- Certains de mes hommes ont eu un souci dans ton secteur, hier soir… On a un pacte de non-agression, tu te souviens… ?, murmura cette voix posée et grave.

- Je suis désolé pour ça…, bougonna Makise.

Ne supportant pas voir son ami se rabaisser de cette façon, elle s'échappa de l'emprise de Takashi soudainement moins réactif. Prise par un nouvel élan combatif et respirant mieux, elle s'écria avec aplomb tout en se retournant :

Moi pas du tout !

Mais elle se figea.

Les yeux bruns de la veille…

Il devait avoir dix-huit ou dix-neuf ans, le teint halé, les cheveux blonds. La première chose qu'elle se dit, c'était qu'il était bien trop beau garçon pour être un combattant. Mais elle fut très vite détrompée par son regard terrible : ce brun profond et hypnotisant qu'elle avait déjà croisé la veille...

Alors c'était ça, un chef de faction de Suzuran ? Il n'était pas plus impressionnant que Takashi, au niveau du gabarit… Il était de taille moyenne, un peu plus petit que son ami. Ceci dit, tout le monde était plus petit que Makise. Il restait tout de même bien bâti mais sans être un colosse, d'après ce qu'on pouvait en voir à travers son uniforme noir.

Mais elle savait mieux que quiconque que la taille des muscles n'était qu'un leurre, qu'il ne fallait pas s'y fier… Il dégageait une telle force et un tel charisme qu'elle sut tout de suite pourquoi les autres avaient autant de respect pour lui. Même Takashi en semblait grincheux.

Elle se mit sur ses gardes instinctivement en sentant son regard se poser brièvement sur elle. Encore interdite, elle ne put ajouter quoi que ce soit, se contentant de le dévisager.

- C'est qui, cette gamine ? Tu les prends au collège, maintenant ?, l'invectiva Izaki, semblant retenir un rictus.

Elle ne réagit pas immédiatement, puis réveillée par son intervention elle réalisa : Gamine ? Fulminante, elle le fusilla du regard.

- En quoi ça te regarde, si j'ai dix ou vingt ans, bouffon ?, s'agaça Gin.

Il tourna lentement la tête vers elle, la jaugeant de haut en bas le temps d'une seconde, et reporta finalement son regard sur Makise.

- Sérieusement ?, s'enquit-il calmement en considérant Takashi. Tu ferais mieux de lui dire de tenir sa langue, Makise…

Ne supportant pas d'être ignorée et traitée comme une gosse, elle brava de nouveau :

- Ou bien quoi ? Si tes mecs savaient tenir la leur, il ne leur arriverait rien non plus… !

Il ne lui accorda qu'un bref regard et esquissa un micro sourire narquois. Il s'adressa ensuite à elle avec tant de mépris qu'elle sentit son sang bouillonner.

- Tu parles comme si tu savais ce qu'est la politesse, gamine… Mais vraisemblablement, tu ne sais pas qu'il faut se taire quand les adultes parlent.

Makise, prévoyant sa réaction, attrapa la jeune fille par les épaules, l'empêchant de se jeter sur lui. Elle perdit tout contrôle d'elle-même et se débâtit comme une lionne. Elle jura et finit par lancer :

- Répète un peu ! Espèce de… !

Le chauve lui imposa tant bien que mal sa main sur la bouche, l'empêchant de l'insulter davantage.

- Tu connais la règle, Makise, dis-moi les noms de celui ou ceux qui ont fait ça…, continua le blond sans s'intéresser aux accès de rage de la jeune fille.

Gin mordit violemment la main de Makise, lui coupant l'herbe sous le pied et récupérant sa faculté de parler. C'est dédaigneuse qu'elle reprit la parole :

- Putain, tu ne comprends vraiment rien toi, hein ? C'est moi qui…-

Takashi jura et replaça sa main là où elle était, appuyant plus fortement sur sa mâchoire pour la faire taire. Les choses avaient déjà suffisamment dégénéré. Mais Izaki, d'abord sceptique, plongea alors son regard brun dans le sien, semblant comprendre. Même si Takashi la retenait fermement contre lui, son corps se tétanisa aussitôt face à cet examen. Ce gars n'était pas humain pour lui faire un tel effet. Un long frisson parcourut son dos, y laissant une impression désagréable. Ce n'était définitivement pas le vent.

- C'est elle ?, murmura-t-il soudain.

Il sembla songeur tout à coup, comme plongé dans ses souvenirs.

Puis, sans crier gare, il s'approcha. Il attrapa fermement une Gin figée de surprise, l'arrachant du même coup aux bras protecteurs de son ami. Il la plaqua sur la première table venue puis saisit sans pitié son visage, l'orientant vers la source de lumière la plus proche. Il scruta avec attention ses traits tout en plantant sans vergogne ses doigts dans ses joues. Pendant les quelques secondes où il la fixa, elle se sentit comme paralysée : il l'avait attrapée avec une telle facilité qu'elle n'avait même pas pu esquisser le moindre geste. Bon sang, mais d'où sortait-il sa puissance, celui-là ? Son corps oppressant la soumettait à une pression trop forte. Elle grimaça de douleur en sentant ses poignets maintenus fermement au dessus de sa tête, être tordus un peu plus à chaque seconde. Elle ragea davantage en se disant qu'il ne devait même pas y mettre d'effort.

Un sourire sournois se forma alors sur ses lèvres. Takashi, sentant le danger, s'approcha pour la récupérer mais Izaki l'en dissuada d'un regard. Il marquait son territoire. C'est la voix remplit d'arrogance qu'il demanda :

- C'est quoi son nom ?

La mâchoire comprimée par les phalanges du garçon, elle ne put articuler son prénom. De toute façon, il ne s'adressait pas à elle. Elle était trop perdue pour dire quoi que ce soit.

- Sango. Sango Gin… Ecoute, Izaki, je suis vraiment désolé pour tout ça. Ca se reproduira pas, plaqua fermement Takashi, avec une voix sûre. Relâche-la, maintenant.

- Je ne peux pas faire ça, répondit-il sans hausser le ton, son corps puissant dominant toujours la jeune fille.

- Comme tu l'as dit, on a un pacte de non-agression. Et je te jure que si tu la frappes…

- Ta gueule, Makise, le souffla nonchalamment Izaki.

Il releva brusquement Gin, la plantant sur ses pieds, et la poussa vers le chauve. Sonnée, elle fut rattrapée in-extremis par Takashi, les joues brûlant encore du contact féroce imposé par les doigts du blond.

- Qu'elle arrête ses conneries. Elle a de la chance d'être une fille… Je te jure que je ne serais pas aussi indulgent la prochaine fois.

Cet avertissement eut le don de lui faire retrouver ses esprits. Elle ne put laisser passer cette occasion d'avoir le dernier mot et de le remettre à sa place.

- Apprends d'abord la civilité à tes singes et tu repasseras, pigé ?

Encore une fois, il la darda de son regard implacable, laissant le silence reprendre ses droits. Un silence terrible durant lequel Gin lutta de toutes ses forces pour ne pas baisser les yeux, ou encore s'écrouler, sans trop savoir lequel était le pire entre les deux. Ses jambes flageolant, elle se retint discrètement à Makise. Elle attendait la suite.

Mais contre toute attente, Izaki n'esquissa pas un geste, gardant ses mains dans ses poches. En revanche, ses yeux dévièrent pour fixer son ami. Il haussa les sourcils, comme attendant une réponse à une question silencieuse. Makise sembla comprendre où il voulait en venir car brusquement, le chauve se tourna vers Gin et la gifla. Le choc lui fit tourner la tête avec violence. La douleur était moins grande que sa surprise.

- Ta gueule maintenant, Gin !

Hors d'elle, elle se retourna immédiatement et lui assena un énorme crochet du droit. Takashi, ne le voyant pas du tout venir, le reçut en pleine tête et recula de quelques pas, le nez en sang.

Désormais trop en colère pour se laisser dominer par la peur qui l'envahissait, elle s'approcha d'Izaki et le poussa vivement de ses paumes. Il ne recula même pas, ni ne répondit à sa provocation, ses yeux bruns fixés sur le nez sanguinolent de Takashi. Soudain, il planta ses yeux dans les siens. Elle allait amorcer une sorte de mouvement de recul lorsqu'il la devança en lui demandant :

- Tu n'es pas effrayée, gamine ?

- Tu n'es pas très effrayant…, marmonna-t-elle pour toute réponse, le fusillant du regard.

Gin le fixa encore pendant quelques instants, hypnotisée par ses yeux, s'abrutissant de plus en plusà mesure que les secondes passaient. Elle se sentit à nouveau saisie de cette torpeur qui l'avait précédemment pétrifiée. Et avant que cette dernière ne se propage, elle tourna les talons et partit le plus dignement possible.

Mais elle sut qu'elle ne l'avait pas trompé lorsqu'elle suivit son regard : il fixait d'un air impassible ses mains, tremblantes…