Cette armée d'humains

Auteur: Eole

Personnages: Matsuda, Mogi, Aizawa, Ide, Yamamoto (surtout Matsuda)

Rating : K+

Nombre de mots: 3 300

Correcteur/trice : Eru-kun

Disclaimer: L'univers de death Note appartient aux talentueux Tsugumi Ohba et Takeshi Obata; cela comprend l'intrigue et les personnages. Ils ne m'appartiennent d'aucune facon, et je ne recois pas de rétribution avec cette histoire.


« Near n'en dira pas plus. »

La rue commence à se remplir de monde. Elle n'est pas bien grande, mais ils sont tous arrivés en même temps. Ceux qui y étaient avant, et qui semblaient à de simple badauds, finissent leur course, et se joignent à la foule.

C'est étrange, car des femmes sont venues avec leurs enfants, parfois en poussette. Les gens discutent, marchent sereinement. Pour l'instant. Ce n'est pas un foutu centre commercial, c'est une zone susceptible de devenir une véritable scène d'affrontement.

« Et comme d'habitude, c'est à nous de faire le sale boulot, sans aucun… »

-Matsuda, ne sois pas bête.

C'est plutôt calme, à présent, presque festif. Mais les affiches commencent à apparaitre, bien qu'elles ne soient pas dressées. Des jeunes gens sortent quelques bouteilles, mais ce sont les hommes mûrs, à la démarche agressive et assurée, qui sont les véritables loups.

« Tu sais bien qu'il est probablement aux Etats Unis. Et un détective ne donne à la police que des preuves, pas des déductions. Et nous sommes de la police…

-Oui, je sais.

Aizawa et Yamamoto sont tous deux en hauteur. Ils surveillent à une fenêtre, à deux pas d'ici. Ils ont vérifié la sortie de secours, car on ne sait jamais quel cinglé pourrait mettre le feu. La discrétion est de mise.

Dans la pièce, en dehors du matériel de surveillance, des caméras, des téléphones portables, il y a de multiples photographies. Sur beaucoup d'entre elles, on reconnait de jeunes hommes, en plusieurs exemplaires parfois, parce que déguisés.

On dirait qu'on va assassiner Kennedy, pense Aizawa.

Ils sont restés là, parce qu'il faut quelqu'un pour superviser l'opération, et parce que Yamamoto est trop inexpérimenté pour avoir affaire à une situation déstabilisante comme celle-ci.

Ide, Mogi et Matsuda sont en bas. Mogi à l'écart, à cause de sa carrure, il ne passe pas inaperçu. On doit le prendre pour un casseur, pense Matsuda. C'est drôle qu'on soit les seuls ici à savoir qu'il est très timide.

Ce n'est pas si drôle, mais ca le détend un peu. La présence d'Ide près de lui aussi, le détend. Je vais essayer de pas trop le lâcher, sinon je vais encore faire des conneries.

« Ne sors pas sa photo, surtout. Si on te voit avec ça dans les mains, tu risques de te faire tuer immédiatement.

-D'accord, mais si j'ai un doute ?

- Je ne sais pas, tu te démerdes sans prendre de risques ! C'est un peu tard pour y penser, alors tu le fais et c'est tout.

Ide est anxieux, alors il râle. Ça aussi, ça détend Matsuda.

-J'avais pas l'intention de plaquer au sol le premier suspect.

-Content de l'apprendre.

Ils sont interrompus par leur téléphone. Aizawa teste les lignes, vérifie que les réseaux ne sont pas saturés. Il leur demande d'essayer de ne pas se perdre trop longtemps de vue, d'appeler si ils apercevaient un geste étrange, un regard furtif.

« Near n'en dira pas plus, mais il nous suffit de savoir que cette marche est organisée par un groupe extrémiste, plus anti-police que pro-Kira. Ils menacent de faire exploser le centre-ville, pour que le Président reconnaisse leurs actes comme légitimes... Ils se disent plus puissant que leur Seigneur Kira, Near a l'air de prendre ça au sérieux. Vous savez comment sont les sectes… »

Aujourd'hui, la section spécial de la police japonaise, c'est-à-dire les quelques membres à être en contact avec Near, et à être au courant pour les cahiers de la mort, recherchent activement trois jeunes hommes, à la tête d'une organisation qui rassemble de plus en plus de fidèles, et soupçonnés d'être responsables de quelques attentats au Japon. Rien de grave pour le moment, mais aujourd'hui ca pourrait être différent. Near est persuadé que ces trois hommes vont infiltrer une manifestation de partisans de cette nouvelle secte, et y déposer d'une quelconque façon des explosifs. Apparemment, leur projet est de faire porter le chapeau au gouvernement, et de montrer d'inefficacité des services judiciaires sans Kira. Un bain de sang, un jardin de mines, une apocalypse, Near était convaincu de l'urgence de la situation et ça, ça vaut toutes les preuves du monde pour ces membres-ci de la police.

Aujourd'hui, ce n'est pas un président Américain que Aizawa guette à sa fenêtre. Il s'agit de trois jeunes garçons, dans une foule de 600 personnes -voir plus, dans l'après midi. Ils ne sont que cinq policiers, mais Near a insisté sur ce fait. Il y a, de plus, peu de chance pour que l'attentat ait lieu aujourd'hui. Il n'y a pas assez de monde, le coin d'est pas assez connu.

Mais justement, avait balancé Near avant de couper la conversation, il y a quelque quatre jours.

La marche commence. Elle va durer tout l'après midi, en souvenir de Kira.

« Fais attention à ton flingue aussi, marmonne Ide avant de s'éloigner.

Matsuda attend quelques minutes, puis sort du magasin où ils s'étaient mis en fraction. Il a très peur, mais essaie de prendre un air détendu. Après tout, les manifestants n'ont pas un air trop grave sur leur visage.

Il essaie de ne pas avoir l'air de trop chercher non plus.

Comment on fait, pour avoir l'air de ne pas chercher des psychopathes dans une foule ?

Plus loin, il croit voir la silhouette de Mogi. Non, en fait il en est sûr. Matsuda est soulagé, il n'est pas le seul à ne rien faire d'autre que de marcher.

Autour de lui, les gens discutent à peine, en dehors de quelques adolescents qui rient, derrière, et qui boivent, et qui se bousculent. C'est, de ce côté-là, une manifestation comme une autre. D'ailleurs, il y a un beau soleil, et l'air est doux. Le quartier est franchement sympa. De nombreuses boutiques, qui attirent beaucoup les jeunes. Mais aussi un petit charme vieillot, qu'on ne voit pas souvent dans une grande ville Japonaise. Mais aujourd'hui, il n'y a pas de commerçants.

Matsuda se replace au centre du défilé, et ouvre -enfin- ses oreilles.

« Après tout, le Seigneur n'a jamais hésité à se salir les mains. Faut bien que quelqu'un se mouille, pour reconstruire notre monde… »

-Il ne tuait que les criminels, et il rendait un vrai service à notre société.

-Ma femme est morte, elle s'est faite attaquer par des voyous… Comment accepter cela ?

-Si ce n'était qu'un homme, il était vraiment intelligent… Et quelqu'un d'intelligent ne crée pas une société nouvelle sur de fausses bases. Qui je suis, moi qui n'ait pas fait de longues études, ni de carrière brillante, pour remettre en question un sauveur ?

Merde… Là, il a vraiment envie de se boucher les oreilles. Matsuda a terriblement honte, parce que ce qu'il entend de ce groupe d'hommes et de femmes à l'air tout à fait respectable, c'est ce qu'il a toujours pensé au fond de lui.

En fin de compte, ce qu'il a toujours reproché à Kira -Light- , c'est d'avoir tué des innocents. Des policiers qui le cherchaient. Les détectives qui le traquaient.

D'avoir mené à la mort le sous directeur Yagami, son père.

De s'être comporté comme un animal, à la Yellow Box.

Avant que toute cette histoire ne commence, Matsuda n'aurait jamais adhéré à des idées aussi extrêmes. Il était contre la peine de mort, et pensait qu'un changement de mentalité ne pouvait pas passer par la violence. C'est pour cela qu'il y croyait autant, à son métier.

Mais quand Kira était apparu, quand la civilisation urbaine avait été un peu plus calme, quand ils avaient beaucoup moins de mise en garde à vue, et que sa jeune sœur avait dit, un dimanche « Je peux enfin rentrer tard chez moi, sans risquer de me faire agresser !».

Devant les faits… Matsuda avait changé d'avis. C'est pas la peine de faire tant de bla bla : si ca marche, c'est que la solution à tous ces problèmes de société, c'est une solution radicale aux allures de divin fléau.

Pas si simple; Matsuda est policier. Et il fera son travail, parce qu'il en est passionné.

Mais si quelqu'un peu changer la société, ce n'est pas lui qui dira non, en son fort intérieur.

A présent, les affiches sont levées. «Le Retour de Kira », « L'Injustice arrange le gouvernement ! » …

Autour de Matsuda, les esprits sont troublés. Où sont les CRS ? Après tout, on arrive au centre de la ville… Et on marche depuis une heure.

Near et Aizawa se sont arrangés pour que ces derniers n'interviennent pas. Ce n'est pas la peine de mettre le feu aux poudres.

La procession ralentit. Leur accorde-t-on si peu de poids ? Le gouvernement veut étouffer l'affaire…Les journalistes ne sont pas nombreux, parce que c'est la cinquième manifestation depuis le début du mois.

Les esprits s'échauffent, les jeunes ont bu.

« Vous voulez pas vous barrer de là? Vous dérangez les clients, avec votre marche inutile… »

Le voilà, le déclencheur. Cet homme, propriétaire d'un café.

Il se fait huer par un groupe d'adolescents éméchés. Mais surtout, un homme plus vieux, au sombre regard, s'approche de lui.

Les policiers, disséminés dans la foule, n'interviennent pas. Ce n'est pas la raison de leur présence ici. Matsuda cherche du regard la silhouette éventuelle d'une jeune homme qui ne regarderait pas le spectacle, et placerait des bombes ici et là à la place.

Les hommes commencent à se battre. D'abord en duo, le commerçant et son agresseur sont rejoint par d'autres habitants du quartier et par d'autres manifestants, ceux qui n'attendaient visiblement que ca. Certains continuent la marche, décidant d'ignorer ces fauteurs de trouble. Ils ne sont pas très nombreux. Beaucoup se sont arrêtés pour regarder le spectacle. La fascination que l'on ressent toujours devant les déchainements de violence; c'est très humain, tout ca. Des enfants pleurent, mais beaucoup sont justes surexcités, ne tiennent pas en place. Comme ces « grands », qui encouragent leur favoris, se contentent de huer, rient et commentent les coups. Eux aussi, on sait pourquoi ils sont là, aujourd'hui.

Les marcheurs de fin de procession arrivent enfin à leur hauteur, avec force banderoles, panneaux, fleurs parfois. Mais cette dernière chance de retrouver une ferveur religieuse n'est pas prise; les hurlements, après une courte chute d'intensité, reprennent de plus belle. Certaines familles sortent discrètement de chez eux.

Et ca y est. De bagarre en bagarre, une vitre est cassée; c'est la première. C'est toujours des vitres que l'on casse en premier.

Les jeunes gens aiment beaucoup ca, casser des vitres. Ca dégrade la rue, ca fait du bruit, des éclats de verre partout. Inconsciemment, on sent bien que ces bouts de cristaux vont plausiblement blesser quelqu'un. C'est violent, le verre, et agressif; mais pas meurtrier.

La vraie violence, celle des poings, ce n'est pas ce que recherchent les plus fervents. On ne les écoute pas, on ne leur laisse pas la parole; il faut faire du bruit. Avec tout ca, c'est une révolution qu'ils vont lancer. Et les tueurs, les patrons abusifs, les bandes de voyous qui vous humilient quotidiennement dans le meilleur des cas, le chômage, l'administration mal foutue, bref toutes ces injustices que l'on reproche à la société… Ici est une bataille. Comme ils le pensent tous: il faut bien se mouiller.

Le verre pleut, les coups tombent un peu au hasard sur ceux qui ne se fondent pas dans l'atmosphère ambiante, les hurlements, les premiers blessés, les magasins saccagés… Les CRS sont obligés d'intervenir. A ce moment, les personnes qui ont gardé un minimum de lucidité s'en vont. Les autres se jettent dans la mêlée.

Matsuda reste en retrait, perdu dans la tempête. Le bruit -et la peur- lui donne une démarche d'halluciné, mais il continue tout de même à suivre le plan fixé -retrouver les jeunes leaders. Dans la confusion, ça serait encore plus facile.

Il ne sait pas où se trouve Mogi, et il se fait un sang d'encre pour Ide. Mais c'est inavouable, et ce n'est pas ici qu'il va céder à ses sentiments. Matsuda continue de marcher, contourne les groupes de combattants, fait parfois un détour dans une ruelle non surveillée, avant de se refaufiler dans la foule.

Ca sent la sueur et la fumée; une voiture à pris feu. De gaz lacrymogènes, aussi, plus loin derrière lui. Des animaux, se répète t'il. Ces personnes ne sont pas des monstres, ils ne veulent qu'une société meilleure pour leur famille, moins d'injustices. Un autre jour, tu pourrais les trouver tout à fait normaux, sinon charmants. Peut être même en connais-tu quelques uns.

- Excusez-moi, jeune homme.

Matsuda se retourne.

« Je suis désolé, je vais avoir besoin de votre aide, expliqua une jolie femme d'une quarantaine d'année, au facies doux, et à l'autorité maternelle.

Mais qu'est-ce qu'elle est venu fiche ici…

-Bien sur, un problème ? Ânonna-t-il.

-Merci beaucoup. Là bas, il y a des hommes qui voudraient faire sauter des feux d'artifices, pour créer de la fumée et faire reculer les CRS. Seulement, il risque d'y avoir des étincelles dangereuses…

Wow, maintenant Matsuda cherchait comment expliquer à une femme qu'on ne peut pas les en empêcher, ni mettre à l'abri tout les pélerins innocents que ces fous furieux…

« Vous qui êtes du coin, vous ne pourriez pas nous donner l'emplacement d'un bâtiment, avec vue sur la grand place ? Comme ça, quand on les repoussera jusqu'à là-bas, les flics seront les seuls à être touchés… »

Le jeune policier se sentit soudain très fatigué. Il n'eut même pas à refuser; on les bouscula, et elle disparut dans la foule.

Des êtres humains, rien d'autre. Avec des convictions, un idéal de paix, une éducation, un pays riche; mais quand ils se trouvent plongés dans un climat de haine et de destruction, il faut qu'on s'y mette, c'est plus fort que nous…

Au hasard de ses pas, Matsuda repèra Ide, de l'autre côté de la rue. Ce dernier croisa son regard, et son regard s'éclaira tandis que son visage prit une expression soulagée.

En fait, l'idéal de Light reposait sur… du vent. L'humain ne changera pas, même sous la peur d'une punition divine…

Ils se rejoignent bientôt, et Ide prend la manche de son collègue, l'entraine un peu plus loin. Il fait plus calme, et ses oreilles se débouchent enfin.

-On est au bout du quartier. T'as rien vu ?

-Rien.

-Je vais appeler Aizawa, je crois qu'il faut laisser faire leur travail au CRS.

-Si ça explose plus tard que prévu, même si les fidèles ne sont plus là…

-Je crois qu'il n'y a plus beaucoup de monde, en dehors de cette place. Ils ont fait un barrage derrière aussi.

Au téléphone, même si ils peinent à l'entendre, ils comprennent que Aizawa n'arrive pas à joindre Mogi. Il faut y retourner; les deux flics sont inquiets. A présent, Matsuda n'en est plus du tout aux considérations sur l'être humain; d'ailleurs, ils sont prêts à se battre, eux aussi, pour libérer leur collègue.

Dans la foule, ils bousculent à présent tout ce beau monde, au lieu de s'en détacher. Ils avancent le plus vite possible, et ne s'occupent plus des ces humains en perdition.

Ils le retrouvent finalement. Mogi ne pouvait pas répondre au téléphone, car il s'est fait enrôler par des fervents, pour porter haut et fort une bannière: « On prend la relève ! »

Ils arrivent enfin à l'en dépêtrer, inventant un bon prétexte, plaisantant un moment avec le petit groupe d'âge mûr qui avait recruté Kanzo Mogi, avant de s'en retourner discrètement vers le point de rende-vous -l'étape la plus délicate de la mission, car il serait dangereux pour eux que l'on voit trois hommes quitter la manifestation, comme des traitres. Aucun d'entre eux n'a envie de se prendre un Molotov dans le dos.

Une fois qu'ils sont sûrs ne pas avoir été suivis, ils entrent par la porte de service d'un restaurant désert,s'assurent qu'ils sont seuls, puis Ide appelle Aizawa.

-Rien de rien ?

-On n'a vu personne de louche, répond Ide à la laconique question de son ami.

-On n'y voit pas tellement plus qu'avec une caméra, au final, remarque Matsuda. Même Mogi approuve.

-Bon, bah ramenez-vous, on vide la planque et on s'en va avant que le proprio ne revienne.

Les trois hommes ressortent dans la rue, et remontent le long de la rue. C'est un vrai désert, l'armée est passée, détruisant tout sur son passage. A présent, c'est le silence des champs de bataille, quand l'affrontement est terminé –enfin. Les bris de verres sont toujours là des chaises renversées, des bouts de papier, la sensation que le silence est tout neuf, et recouvre quelques derniers échos. Eux non plus, ne font pas de bruit. Ide, Mogi et Matsuda sont fatigués.

On est en plein milieu de l'après midi leurs allées et venues dans la foule n'auront duré qu'une heure ou deux.


Aizawa guette avidement à la fenêtre, vérifiant que des fanatiques ne se sont pas attardés. Dans un climat à feu et sang comme celui-à, il est malheureusement fréquent que, excités par l'ambiance générale, certains attendent un passant, l'entrainent dans une ruelle, et le passent à tabac. Même trois hommes d'âges mûr.

Il ne voit personne, mais rien n'y fait : il sera inquiet tant que ses collègues ne seront pas revenus.

Il entend enfin des pas dans les escaliers, et Ide, Matsuda et Mogi sont là.

Si Mogi est plus ou moins comme d'habitude, Ide à l'air las, et Matsuda se tait, le regard ailleurs. Mais il a l'air plus réveillé et moins triste que d'habitude. Depuis que Light est mort, Matsuda a l'air complètement perdu. Ou bien complètement ailleurs, ou encore un peu agressif. Rien de très grave, à vue de ce qu'il a vécu, mais Aizawa se fait quand même du souci.

« On rentre, on fait le rapport, et on mange quelque part, si ça vous va. »

A part lui, les autres n'ont pas vraiment de vie de famille.

Yamamoto et Matsuda descendent les lourdes caméras –jeunesse oblige, rit Aizawa, pendant qu'il range le reste avec les deux autres.

Il fait toujours beau, le temps est très doux. Matsuda est très étonné de cet état de lieu. Il avait l'impression que le ciel s'était assombri, la journée s'étirant. Mais non : pendant les bagarres, les casses, les cris, le temps est resté doux, le soleil tiède.

Et Matsuda se sent mieux qu'il ne l'a plus été depuis quelques mois –le poids sur sa poitrine ne l'avait plus quitté depuis qu'il lui avait enfoncé cinq balles dans le corps. La sensation de stress intense dans laquelle il a été plongé aujourd'hui a disparu. Et il a hâte d'être à demain, pour se repencher sur ce cas –comme cela ne lui était pas arrivé depuis six ans. Depuis avant cette triste affaire Kira.

En fait, cet après-midi, il n'est plus à la recherche de la juste mesure entre l'idéologie de Light et ses crimes. Il est beaucoup moins en colère, contre lui-même, et contre les autres qui n'ont pas l'air aussi tourmentés que lui.

C'est aussi con que ça : les humains ne changeront pas. Il n'a qu'à faire son travail –le faire bien, du mieux qu'il peut. Il est policier, il arrête les criminels. Il n'a pas à trouver de solutions miracles. En fin de compte, la justice n'est pas de son ressort.

Matsuda évite les bris de glace par terre, charge le matériel dans le coffre, vérifie qu'il n'a laissé tomber ni son badge, ni son flingue, et monte dans la voiture avec Ide. Encore de longues heures de travail l'attendent ces prochains jours.