Auteur : DQRC

Traductrice : Moi

Spoilers : -

Rating : T

Genre(s) : Angst/Romance

Disclaimers : Tout l'univers des Cullen appartient à Stephenie Meyer. L'histoire que vous allez lire appartient à DQRC. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.

Bêta : jul-l-amazone... Merci Juliane!

Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.

Je rappelle que vous pouvez désormais me trouver sur Facebook sous le nom de Saw Trombone... Si vous voulez discuter de mes fics ou vous tenir au courant de ma vie :D Vous êtes les bienvenus!


- Chapitre 9: Du sang sur les mains -

-PoV Bella-

Je me réveillai samedi matin dans un froid glacial et un appartement silencieux. Il me fallut cinq minutes, trois couches de vêtements par-dessus mon pyjama et des gros chaussons fourrés pour me persuader de quitter la chaleur relative de mon duvet pour aller enquêter sur la raison pour laquelle la température de mon appartement était tombée sous zéro. Sur le chemin de la cuisine, je regardai par la fenêtre et m'immobilisai.

La rue était absolument déserte; elle était complètement vide de la mêlée habituelle de voitures, de bus, et de piétons qui étaient le traffic habituel de Rochester le samedi matin. La neige recouvrait absolument tout, des toits aux rues, en passant par les lampadaires. Je grognai; on aurait dit qu'au moins vingt centimètres de neige fraîche étaient tombés au cours de la nuit. Ce qui expliquait le silence mais ne me donnait aucune indication sur les raisons pour lesquelles mon appartement était soudainement devenu une glacière. Frissonant, j'entrai dans la cuisine et ouvris le placard qui dissimulait ma chaudière. Mon coeur se brisa; elle ne marchait clairement pas et la lumière rouge m'indiquant que je devais appeller l'assistance technique clignotait. Il n'y avait pas moyen qu'un ouvrier vienne fixer ça par ce temps; à en juger par ce que j'avais vu, les routes n'avaient même pas encore été sablées.

J'appelai mon chauffagiste qui confirma mes pires craintes en me disant qu'ils ne pourraient pas m'envoyer quelqu'un avant mardi au plus tôt. Irritée, je ramassai plus de couvertures dans ma chambre et me créai un cocon sur le canapé en lançant un regard noir à ma montre. Il était neuf heures et demi; j'avais environ une heure et demi avant qu'Alice et Rosalie n'arrivent. Si elles viennent toujours, songeai-je. Même si le mauvais temps n'avait pas tempéré la ferveur d'Alice pour le shopping, je ne serais pas surprise que ma petite cascade en moto de la veille la fasse changer d'avis. La nuit dernière, ça m'avait semblé être la chose la plus intelligente à faire, mais une fois que j'étais arrivée à la maison et que l'excitation que j'avais ressentie à l'idée de remettre Edward à sa place était retombée, j'avais commencé à me sentir mal à l'aise. Je savais par expérience que la colère d'Edward avait des conséquences jusque dans sa famille. Et s'il avait été si enragé par mon comportement qu'il avait forcé sa famille à quitter Rochester? Je devais bien admettre que ce scénario que j'avais trouvé si désirable quelques semaines plutôt avait perdu tout son attrait désormais.

Que ça me plaise ou non, j'avais maintenant besoin de voir Edward tous les jours. Il était une drogue, et j'étais une junkie qui n'avait pas eu sa dose depuis des années; mon désir pour lui était inévitable. Si les Cullen partaient maintenant...je ne voulais même pas penser à l'effet que ça aurait sur moi. Jacob avait eu raison; cette fois, j'étais seule. Sans personne pour me reconstruire, comment pourrais-je bien survivre à la douleur du départ d'Edward? Je frissonnai à nouveau, mais cette fois-çi, ce n'eut rien à voir avec le froid. J'allumai la télé pour essayer de me distraire et au bout de quelques minutes, je tombai sur un bulletin météo.

"Les températures très basses dans l'état de New York semblent stationnaire, mais le vent va se lever mardi prochain et poussera les nuages vers le nord. A Rochester, d'autres tempêtes de neige sont à prévoir dans la journée et les conducteurs sont invités à-"

J'éteignis brusquement la télé, ne voulant pas entendre plus. Génial, songeai-je, il va faire froid partout. Pourquoi ai-je choisi de vivre ici, déjà? Je ne connaissai pas la réponse à cette question, mais déménager de Rochester semblait une meilleure idée à chaque heure qui s'écoulait. Pendant longtemps, je restais assise en silence, avec le regard perdu dans le vide. C'était ironique que bien que j'ai initialement détesté l'idée d'emménager à Forks, c'était là que j'avais été la plus heureuse dans toute ma vie. J'avais tellement de souvenirs dans cette petite ville, des bons et des mauvais, alors qu'ici je n'en avais aucun; à moins de compter ceux qui concernaient Edward. Ça faisait moins d'un mois qu'il était à Rochester, et déjà, chaque souvenir que j'avais le concernait. C'était dingue - je l'aimais tellement que mon coeur me faisait souffrir, et pourtant, en même temps, j'éprouvais tellement de colère à son égard. D'une certaine façon, j'avais l'impression que penser à mon amour pour Edward était la pire des trahisons - envers moi-même, envers Jacob et envers... Brady.

Je grimaçai en pensant à son nom, et je sentis ma culpabilité et mon dégoût de moi-même habituels s'emplifier. Encore une autre raison de retourner à Forks. Je ne l'avais pas vu depuis des années, pas depuis que j'avais déménagé six ans plus tôt, il y avait toujours eu une raison ou une excuse qui m'empêchait de lui rendre visite, mais en vérité, c'était parce que j'étais bien trop lâche pour aller le voir. Je soupirai. Jacob avait raison; je ne pourrais pas fuir mon passé pour toujours.

Je fus sortie de mes pensées en entendant mon réveil sonner et je fus surprise de voir qu'une heure s'était déjà écoulée. A contre-coeur, je me traînai dans ma chambre pour me changer. Au cas où Rosalie et Alice viendraient, je savais qu'elles ne seraient vraiment pas contentes de me voir en pyjama. Je me changeai aussi rapidement que possible et enfilai une tenue digne des premiers explorateurs de l'Antartique. Pas question de mode aujourd'hui, mon principal objectif était de ne pas mourir de froid. J'étais en train de fermer une grosse veste en laine lorsque je reconnus le bruit d'un véhicule traversant la rue. Le bruit amplifia jusqu'à ce qu'il arrive devant ma fenêtre avant de s'arrêter. Je marchai jusqu'à la fenêtre de ma chambre - mes gestes limités par les couches de vêtements que je portais - et éclatai instantanément de rire.

Garée juste sous ma fenêtre se trouvait la jeep d'Emmett, mais je ne l'avais jamais vu comme ça auparavant. Ses immenses pneus qui m'arrivaient à la taille était couverts de chaînes plus épaisses que mes poignets, et il y avait encore plus de lampes accrochées à la barre fixée sur le toit, toutes allumées, qui faisaient scintiller la neige comme scintillait la peau des vampires. Mais le mieux - ou le pire, ça dépendait du point de vue, c'était la pelle industrielle qui avait été fixée à l'avant de la jeep. Elle faisait au moins deux mètres de long et elle était d'un rouge vif parfaitement assorti à la jeep. Je secouai la tête avec incrédulité; j'avais été une idiote de croire qu'Alice laisserait une petite chose comme une tempête de neige ruiner une virée shopping. Le minscule vampire susmentionné avait déjà bondi au bas de la jeep et me faisait déjà des grands gestes de la main. "VIENS BELLA!" me dit-elle en exagérant les mouvements de sa bouche, rayonnante. Je répondis à son sourire et hochai la tête avant de me retirer dans mon appartement pour rassembler mes affaires. En moins de cinq minutes, j'étais dehors, sur le troittoir avec Alice.

"Salut Bella!" me dit-elle joyeusement en me faisant un large sourire. "Comment tu trouves la jeep?"

"C'est... très inventif," lui dis-je en faisant un large sourire avant de regarder le véhicule monstrueux, "où est-ce que t'as trouvé la pelle?"

"Oh, ce petit truc?" me demanda Alice avec un sourire amusé et les yeux pétillants, "c'est juste quelque chose qui traînait dans le garage."

Je levai les yeux au ciel. "J'en suis sûre." Il était évident que la jeep avait été modifiée pour mon bénéfice. Autrefois, j'aurais été irritée qu'Alice ait fait tant d'efforts pour moi, mais maintenant, je lui en étais juste reconnaissante. Marrant comme ma perspective avait changé en vieillissant; peut-être que ça avait été l'expérience d'une vie sans les Cullen qui m'avait appris que j'avais été un peu stupide, et plus que malpolie de rejeter constamment leurs tentatives de me faire plaisir. J'acceptai l'aide d'Alice lorsqu'elle ouvrit la portière arrière avant de me porter sans effort pour me déposer sur le siège arrière où je fus immédiatement enveloppée par une vague de chaleur. Rosalie était assise derrière le volant, les yeux fixés avec détermination sur la route enneigée. Alors que je me débattais avec les nombreux harnais de sécurité, son regard se posa brièvement sur moi avant de retourner directement sur la route. Je secouai tristement la tête; c'était clairement toute l'étendu du bonjour que j'allais recevoir. Alice monta à l'avant et s'installa à côté de Rosalie.

"Alors," me dit-elle joyeusement, en se tournant pour me faire face, "où veux-tu aller?"

"Euh," dis-je, distraite par le rugissement du moteur lorsque Rosalie mis le contact et s'engagea sur la route. Même malgré la pelle et toute la neige, elle réussit à rouler au-dessus de la limitation de vitesse. C'était quoi le problème des vampires avec les voitures? "Je ne sais pas, Alice, est-ce que les magasins seront même ouverts par un temps pareil?"

Alice leva les yeux au ciel. "Stupide Bella, tout est ouvert si t'as ça." Elle agita sa carte de crédit sous mon nez avec un large sourire.

Je secouai la tête. Cette bonne vieille Alice. "Ben, j'ai pas exactement fait beaucoup de shopping dans cette ville; je suis sûre que tu sauras mieux que moi où aller." C'était une façon comme une autre de présenter les choses. A part l'école, la bibliothèque et l'épicerie, je vivais comme une recluse.

"Okay!" dit Alice avec plaisir et elle se tourna vers Rosalie pour lui donner une liste de directions. Il était évident qu'elle avait anticipé ma réponse et prit de l'avance. Je me renfonçai dans mon siège et laissai ses mots flotter dans l'air alors que je savourais la sensation d'avoir chaud pour la première fois depuis des heures.


A ma plus grande surprise, j'appréciai beaucoup notre virée shopping. Nous nous étions rendues dans l'un des centres commerciaux les plus 'fournis' du sud de la ville (décision d'Alice) et même si je n'appréciai pas vraiment le fait que j'étais constamment forcée d'essayer des vêtements très chers, je m'amusai beaucoup en regardant Alice et Rosalie faire un défilé. Elles étaient si belles qu'il était difficile de ne pas être fasciné, et il était clair que les vendeuses ressentaient la même chose que moi; on les regarda toutes avec ahurissement alors qu'elles gloussaient et essayaient tenue après tenue - que de la marque bien sûr. Elles brillaient comme des flammes, et nous, simples mortelles, étions comme des papillons de nuit souhaitant désespérément nous complaire dans leur lumière.

Mais les humains qui jouent avec le feu finissent toujours par se brûler, murmura une voix dans ma tête et je les regardai sous un jour différent. Moi seule, parmi tous les humains présents, connaissait la douleur qui était toujours présente malgré leurs apparences joyeuses et le prix à payer pour leur beauté et leur jeunesse. Voulais-je devenir comme elles? La réponse évidente était OUI, mais quand j'y réfléchissais plus sérieusement, je n'en étais plus aussi sûre. Mon désir de devenir un vampire avait toujours été lié au fait que je serais avec Edward pour l'éternité, mais maintenant que ce n'était plus une option, j'avais commençé à prêter plus d'attention aux inconvénients de l'immortalité. Être constamment prisonnière d'un corps qui ne pouvait pas vieillir ou se développer, d'être incapable de rester en contac avec mes amis et ma famille et de devoir boire du sang... je frissonnai intérieurement. Peut-être qu'Edward avait eu raison - c'était stupide de renoncer à quelque chose d'aussi précieux que mon humanité.

On continua à faire du shopping, passant de boutique en boutique, collectant de plus en plus de sacs. Malgré mon hésitation à essayer des vêtements, Alice semblait bien déterminée à m'offrir une nouvelle garde-robe entière et quand on s'arrêta pour déjeûner sur les coups de quatorze heures, je traînai neuf sacs emplis de nouveaux vêtements. Une fois qu'on se fut assises, cependant, je souhaitai qu'on ait continué à faire les magasins. On avait décidé que je mangerais -vu que les deux autres n'avaient clairement aucune envie de consommer de la nourriture humaine - au bistro italien situé au coeur du centre commercial, et une fois que j'eus passé commande, Alice me lança un regard déterminé et je sus soudainement de quoi elle allait me parler. Edward. Jusque là, j'avais réussis à éviter ce sujet, mais j'avais l'impression que ma chance était sur le point de disparaître.

Souhaitant déséspérement gagner du temps, je fis semblant de devenir fascinée par le menu et insistai pour que le serveur me traduise le nom de chaque plat de l'Italien à l'Anglais. Il s'exécuta avec plaisir, mais je suspectai que c'était plus pour pouvoir reluquer Rosalie au passage qu'autre chose. S'il s'attendait à avoir du succès, cependant, il fut sévèrement déçu - elle passa tout ce temps le regard perdu dans le vide avec mauvaise humeur et il finit par partir avec une expression de déplaisir sur le visage. Dès qu'il fut assez loin pour ne plus nous entendre, Alice commença à parler.

"Alors Bella," commença-t-elle d'une voix bien trop nonchalante pour être sincère, "Edward et toi avez semblé mieux vous entendre hier soir." Je la regardai silencieusement. Vraiment? Je veux dire, vraiment? Etait-ce dans la vraie vie, ou était-ce dans le monde imaginaire dans lequel elle vivait, et où tout était parfait? Alice sembla détecter mon scepticisme, parce qu'elle développa immédiatement son propros, "Bon en tout cas, jusqu'à ce truc avec la moto - qui était génial, soit dit en passant."

Cela me surprit. "Attends, tu as trouvé ça génial?"

"Bien sûr!" sourit-elle. "Il était temps que tu prennes le contrôle de ta relation avec Edward."

"Je ne qualifierais pas vraiment ça de relation," marmonnai-je sombremement en attrapant le chocolat chaud que le serveur venait de me ramener avec mauvaise humeur. "Plutôt de dispute prolongée."

Alice leva les yeux au ciel. "Ouais, bien sûr, "dit-elle sarcastiquement, "il n'y a absolument rien entre toi et Edward - il fait seulement semblant d'être raide din-"

"Alice," l'interrompit Rosalie sur un ton d'avertissement. Je la regardai avec surprise; j'avais presque oublié qu'elle était là - j'avais été si concentrée sur Alice. Alice semblait l'avoir oublié aussi, parce qu'elle eut soudainement l'air honteuse comme si elle avait été surprise la main dans le sac. Elle changea de sujet à la vitesse de l'éclair. "Euh, qu'est-ce qu'il fait ce serveur avec ta nourriture?"

Mais je ne la laisserais pas s'en tirer aussi facilement. "Qu'allais-tu dire?"

"Qui, moi? Rien, je-" me dit Alice en feignant l'ignorance.

"Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, Alice, qu'allais-tu dire au sujet d'Edward?"

"Je-" elle s'interrompit. Je continuai à la regarder en plissant les yeux.

"Oui?"

Rosalie soupira. "Bien joué, Alice, Edward va être fou de joie."

Je la regardai avec confusion. Fou de joie? Qu'est-ce qu'elle veut dire? Soudainement, quelque chose cliqua en place et mes yeux s'écarquillèrent. "Attends, Edward a dit à Alice qu'elle n'avait pas le droit de me parler?" Je sentis immédiatement une vague de colère me submerger - il n'était même pas et il essayait ENCORE de contrôler ma vie.

"Seulement sur certains sujets," clarifia rapidement Alice.

"Comme quoi?!"

"Comme, euh..." elle s'interrompit pendant un moment, vacillant clairement entre sa loyauté envers Edward et sa loyauté envers moi. "Il a dit que je ne pouvais pas...que je n'avais pas le droit de...te parler de..." Alice s'interrompit à nouveau et lança un regard désespéré à Rosalie.

La vampire blonde releva la tête du menu qu'elle avait étudié avec dédain et leva les yeux au ciel avec impatience. "Oh, franchement Bella; c'est pas si dur que ça à comprendre," me dit-elle d'une voix moqueuse. Je la regardai avec la mâchoire pendante; je n'arrivais pas à me rappeller d'une seule fois où Rosalie s'était jamais adressée à moi en utilisant mon prénom auparavant. Que voulait-elle dire? Rosalie étudia ma confusion et soupira. "Je croyais qu'elle était censée être intelligente..." marmonna-t-elle sombrement à Alice avant de me regarder en plissant les yeux. "Edward ne veut pas qu'on te parle de certains sujets qu'il préférerait aborder lui-même avec toi. N'as-tu vraiment aucune idée de ce que pourraient être ces sujets?"

Je regardai Rosalie sans rien dire. Certains sujets? Mais Edward et moi avions déjà parlé de tout - ce qu'on avait fait depuis Forks, ce que nous faisions maintenant et - je grimaçai à ce souvenir - ma nouvelle appréciation des moyens de transports à deux roues. Nous n'avions plus rien à aborder, à moins que... je repensai soudainement à ce qu'Alice venait de me dire: '...temps que tu prennes le contrôle de ta relation avec Edward'. Si je ne connaissais pas la vérité, j'aurais pensé que le mot 'relation' impliquait... mais non, c'était ridicule. Je savais qu'Edward ne m'aimait pas et rien de ce qu'Alice pourrait me dire ne pourrait changer cette certitude. Pourquoi m'aimerait-il? J'étais banale, pathétique, ennuyeuse et moche et même s'il y avait la moindre chance qu'Edward puisse ignorer tous ces défauts, il m'avait déjà dit clairement qu'il ne ressentait plus rien pour moi. Si ça avait été le cas, il me l'aurait déjà dit, il m'aurait laissée l'embrasser dans la classe. Il ne serait jamais parti de Forks.

Et pourtant, je ne pouvais pas dire en toute honnêteté que le fait qu'Alice et Rosalie croient le contraire ne me semblait pas légèrement encourageant. Si elles, qui connaissaient Edward si bien, pensaient vraiment qu'il avait encore des sentiments pour moi, alors peut-être qu'il y avait un fond de vérité dans les mots d'Alice. Edward et moi n'étions pas ensemble, mais peut-être que nous pourrions finir par devenir amis. Je sentis soudainement la confiance m'envahir, me réchauffant le coeur et les joues. C'était un sentiment inhabituel mais agréable.

Je ne suivis pas beaucoup la conversation après ça. Alice et Rosalie semblaient toutes les deux penser qu'elles avaient été bien assez loin, parce qu'aucune d'elles ne mentionna à nouveau Edward. A la place, Rosalie sortit un magasine de son sac et commença à lire pendant qu'Alice se tournait vers le sujet bien plus confortable des vêtements. Malheureusement pour moi, elle n'était pas vraiment satisfaite par mes achats de la matinée, qui consistaient en de très belles tenues conservatrices que je pourrais aussi mettre pour le travail. J'avais complètement refusé d'essayer quoi que ce soit de plus voyant, mais Alice avait tout de même réussis à glisser quelques petites choses dans mes sacs. Une fois que la table fut débarrassée, je découvris l'une de ces choses pour la première fois - c'était un morceau de jean rectangulaire si minuscule qu'il ressemblait à une serviette, et pourtant les vendeuses avaient eu l'audace de le qualifier de jupe.

"Je ne porterais pas ça," m'étranglai-je en sortant cette chose d'un de mes sacs.

"Pourquoi pas?" me demanda Alice avec une légère expression de surprise sur le visage, "c'est ta taille."

"C'est minuscule!"

"C'est la mode," répliqua-t-elle calmement, en étudiant à nouveau les vêtements que j'avais achetés d'un oeil critique.

Je la regardai avec la bouche grande ouverte, mes yeux voyageant du morceau de tissu se faisant passer pour une jupe à la vampire qui se tenait devant moi. Finalement, je dis, "Alice, je ne porte tout simplement pas ce genre de choses."

Elle fronça les sourcils, son front parfait se creusant momentanément alors qu'elle me regardait. "Mais pourquoi, Bella?"

Parce que j'aurais l'air d'une idiote? "Parce que c'est pas mon style!"

"C'est stupide," renifla Alice en se tournant à nouveau vers mes sacs. "Tu es si belle, Bella, quand vas-tu enfin le réaliser?"

Hein. Moi, belle. Ouais, c'est ça. Je regardai à nouveau la jupe et une voix me murmura dans mon esprit, Tu ne portes pas ce genre de vêtements parce que tu n'as personne pour qui les porter. C'était vrai; je ne pouvais pas me rappeller de la dernière fois où je m'étais habillée avec l'intention de séduire quelqu'un. Je n'avais pas eu de rendez-vous depuis des années; en fait, je ne pouvais pas me rappeller de la dernière fois où j'avais parlé avec un homme qui n'était pas un étudiant ou un collègue. Et pour quoi que ce soit de plus... ben disons juste que mon expérience sexuelle avait commencé et finit avec Jacob au cours d'une seule nuit douloureusement gênante durant l'été de mon année de Terminale. Le mot 'désastre' n'était pas assez fort pour la décrire; parce que j'avais commencé à pleurer lorsque j'avais réalisé que la peau chaude que je caressai était le complet opposé de la peau glacée que je mourrais d'envie de toucher. Jake avait été aussi compréhensif qu'un adolescent pouvait l'être dans une telle situation, ce qui avait été beaucoup plus que je ne l'aurais mérité. Il s'était arrêté immédiatement, nous n'avions pas réessayé et il n'avait jamais insisté pour qu'on le fasse, mais ce fut l'avant dernière chose qui mena à notre rupture. La goutte d'eau qui fit déborder le vase fut l'accident de Brady quelques mois plus tard...

"Bella?" Soudainement, je réalisai qu'Alice me parlait et je me forçai à me sortir de mes pensées.

"Oui?

"Je veux dire, sérieusement, tu t'habilles comme une vieille," me dit Alice avec désespoir en sortant une paire de mocassins des tréfonds d'un de mes sacs. Je les y avais glissés quand elle ne regardait pas en supposant qu'elle n'apprécierait pas mon choix de chaussures. Il était évident, à en juger par son expression dégoûtée que j'avais eu raison. "Qu'est-ce que c'est que ça? Sérieusement? Pourquoi insistes-tu pour porter des vêtements qui auraient leur place dans un hospice?"

Et bien, je suis plus âgée maintenant, Alice-" commençai-je. La vérité, c'était que j'aimais ces vêtements parce qu'ils me permettaient de me cacher; si je me rendais indésirable aux yeux des hommes alors je n'aurais pas à subir leurs avances et à me rappeller d'Edward.

Alice renifla, un son qui n'était vraiment pas fait pour un vampire. "Vingt-quatre ans, ce n'est PAS vieux."

"Mais c'est plus vieux que Rosalie et toi - c'est même plus vieux que Carlisle!" et c'est presque sept ans de plus qu'Edward compléta mon inconscient.

"Oui, Bella, en années humaines. Mais on est des vampires! Pour nous, tout ce qui est en-dessous de trente ans, c'est pré-adolescent. Et de toutes façons, tu ne fais pas plus vieille que vingt ans."

"J'ai l'air plus vieille que toi."

Alice leva les yeux au ciel. "Tout le monde à l'air plus vieux que moi, je fais un mètre cinquante!"

J'éclatai de rire malgré moi. "Okay, tu marques un point," dis-je avec résignation. Les yeux d'Alice s'illuminèrent.

"Vraiment?" me demanda-t-elle avec excitation. "Est-ce que ça veut dire que tu me laisseras choisir tes prochains achats?"

"Euh..." le regretterais-je? Probablement, mais l'expérience m'avait apprit que c'était beaucoup plus facile d'accepter ce qu'Alice voulait. "Bien sûr, je suppose," finis-je lamentablement. Ce qui provoqua de nombreux couinements excités chez Alice, tellement en fait, que Rosalie daigna relever la tête de son magasine. Alice décida qu'il était temps que nous quittions le restaurant, donc on paya la facture à un serveur qui n'appréciait pas que deux tiers de notre groupe aient complètement ignoré leurs assiettes, on récuppéra nos sacs et on retourna dans le centre commercial.

"Dix boutiques de faites, plus que douze restantes!" cria joyeusement Alice. Je grognai, et si j'avais su que ce n'était pas le cas, j'aurais pu jurer avoir entendu Rosalie en faire autant.


Quatre heures, douze sacs et plusieurs milliers de dollars plus tard, on quitta le centre commercial. Les routes avaient été sablées depuis le matin et étaient effectivement débarrassées de toute la neige, rendant la pelle de la jeep encore plus ridicule qu'avant. Alors qu'on arrivait dans ma rue, je m'aperçus avec gêne que les passants nous fixaient tous. Je réalisai soudainement de quoi ça aurait l'air pour les autres; Bella Swan l'hermite était partie faire du shopping avec deux étudiantes de son école - deux étudiantes qui se trouvaient être les soeurs de l'élève qu'elle semblait détester. Je me renfonçai dans mon siège et essayai de dissimuler mon visage aux gens dans la rue. J'avais vraiment un don pour attirer l'attention.

Dès que la jeep s'arrêta, je sautai au bas du véhicule en attrapant mes affaires au passage. "Bon, les filles, c'était vraiment sympa!" dis-je rapidement alors que mes yeux se posaient partout avec anxiété, à la recherche de personnes à l'écoute, "on devrait définitivement le refaire un de ces quatre. Je dois y aller maintenant, okay, bye!" J'essayai de faire volte-face et de me précipiter ves les escaliers de mon appartement mais chargée comme je l'étais, je réussis à déraper sur une plaque de verglas et à glisser comiquement. Avant que je ne tombe en avant cependant, Alice me rattrapa et me redressa sans effort.

"Bella," dit-elle en prenant quelques-uns de mes sacs pour les porter pour moi, "Rosalie et moi nous demandions si tu aimerais...venir chez nous ce soir. On achètera beaucoup de nourriture humaine, donc ne t'en fait pas pour ça. Tu manques beaucoup à Carlisle et Esme, et aux garçons - ils ont tous hâte de te revoir donc on se disait que peut-être..." elle s'interrompit avec espoir.

Je la fixai. Que pouvais-je bien dire? Même si ma journée avec ses soeurs avait boosté ma confiance en ce qui concernait Edward, je n'étais pas sûre d'être prête à passer toute une soirée avec lui. Je lui en voulais encore pour la façon dont il avait réagi pour ma moto et je ne voulais pas lui laisser l'opportunité de commencer une autre dispute. Mais je ne pouvais pas nier que passer un samedi soir avec ma famille préférée - les Cullen - était beaucoup plus tentant que la passer à trembler de froid toute seule dans mon appartement. "Ben je-" commençai-je, sans savoir quoi répondre.

"S'il te plaît, Bella?" m'implora Alice.

En la regardant dans les yeux, j'eus soudainement la solution. J'irais chez les Cullen, mais seulement si je pouvais rouler avec ma moto jusque là-bas. Comme ça, j'aurais un moyen de m'enfuir rapidement si les choses devenaient trop gênantes. Edward serait probablement à nouveau en colère, mais je décidai que le provoquer serait un risque que je devrais prendre, et de toute façon, j'en avais assez qu'il me dise quoi faire. Je ne choisirais jamais de conduire volontairement une moto par un temps pareil, surtout vu l'état des routes, mais je devrais sacrifier mon confort pour ma tranquilité d'esprit. Je partageai rapidement mon plan avec Alice. Au début, elle ne fut pas vraiment convaincue par l'idée mais après quelques minutes de conversation, elle sembla accepter. "-et de toute façon," ajoutai-je, "il y a tellement de sacs dans la jeep que j'ai pas de place, et une fois qu'on se sera arrêtées pour acheter de la nourriture, ce sera encore pire..." J'attendis sa réponse avec le souffle court.

"Okay, très bien," souffla finalement Alice, "mais si Edward demande, ça n'a rien à voir avec moi, okay?"

"Bien sûr!" criai-je joyeusement en la serrant dans mes bras. Ensemble, on monta mes sacs dans mon appartement où je les échangeai contre ma veste en cuir, mon casque et mes clés. Puis on redescendit dans la rue pour trouver une Rosalie irritée qui nous attendait au bas de la jeep. Alice lui expliqua la situation et après un simple 'Edward va FLIPPER', elle accepta de rouler plus lentement pour que je puisse les suivre jusque chez eux.

On partit, Rosalie et Alice dans la jeep avec moi les suivant en moto. Le vent glacial me fouettant, gelant les quelques sections de ma peau qui n'étaient pas couvertes et je fus contente d'avoir mon casque pour me protéger. Le trajet était facile, mais l'état de la route signifia qu'il nous fallut plus de temps que ce à quoi je m'étais attendue et après s'être arrêtées pour acheter de la nourriture, il devait être 19h30 lorsqu'on arriva finalement au manoir des Cullen. Je fus frappée par une impression irrésistible de déjà-vu en m'engageant dans la longue allée. De grands arbres étaient alignés de chaque côté; elle ressemblait beaucoup à celle qu'ils avaient eu à Forks. Les similarités continuèrent une fois que l'on fut en vue de la maison, qui était très grande et entourée d'arbres couverts de neige. Cependant, cette maison était bâtie en briques rouges au lieu de blanches, et ma connaissance de la géographie locale me disait qu'un lac devait se trouver à l'arrière de la maison et non pas une rivière. Je ralentis lentement devant la maison avant de couper le moteur. Je sautai au bas de ma moto, sur la neige compacte qui étouffa le bruit de mes pieds et fis un signe de la main à Alice qui sortait de la jeep.

"La maison est magnifique," dis-je avec admiration en la rejoignant. "Je trouvais que celle que vous aviez à Forks était incroyable, mais celle-là est juste... wow." Alice tint la portière de la jeep ouverte pour Rosalie pendant qu'elle déchargeait leur sacs. Une fois qu'ils furent tous sortis, elle ferma la portière et me fit un sourire malicieux.

"Tu sais ce qu'il y a d'autre qui est incroyable, Bella?" me demanda-t-elle innocemment.

"Quoi?"

"La neige!" gloussa-t-elle, et avant que je ne puisse répondre, elle m'en avait jeté une poignée. La neige s'écrasa sur ma joue, me faisait frissonner. Je criai de protestation et commençai immédiatement à préparer des boules de neige moi-même. Avant longtemps, Alice et moi étions en pleine bataille de neige, gloussant et criant alors que nous attaquions l'autre et utilisions les voitures pour nous cacher. Rosalie s'était précipitée dans le garage dès qu'elle avait vu la neige voler - elle ne voulait clairement pas qu'on ruine sa coupe de cheveux - me laissant seule avec Alice. La vitesse et la force vampirique d'Alice lui donnaient un énorme avantage et en quelques minutes, il devint évident que je ne serais plus en mesure de la combattre très longtemps. Abandonnant, je courus jusqu'à la maison, hilare, pour essayer de trouver un refuge. Je montai les marches du porche en trébuchant lorsque j'entendis Alice crier derrière moi, d'une voix soudainement sérieuse.

"Non Bella, attends! N'ouvre pas la porte-"

"Pourquoi? Pour que tu puisses continuer à me lancer des boules de neige? Pas moyen!" la taquinai-je. Bien sûr, comme si j'allais marcher dans cette blague-là! Avec un large sourire, je poussai la porte et elle s'ouvrit sans problème.

Se tenant dans l'entrée, directement devant les portes, se trouvaient deux silhouettes. J'en reconnus une immédiatement - c'était Edward. Pendant une fraction de seconde, je ne remarquai rien d'autre que son magnifique visage, mais ensuite, je sentis mon coeur s'arrêter en voyant toute la scène. Edward se tenait, à moitié nu, au beau milieu de la pièce avec une femme belle à couper le souffle collée à lui. Oh mon Dieu, elle TIENT sa chemise, souffla mon cerveau. Je ne pus pas m'en empêcher - je haletai bruyamment.

Ils se tournèrent tous les deux vers moi avec la même expression de surprise sur le visage. En quelques secondes, les lèvres rouge rubis de la femme s'étirèrent en un sourire amusé. Elle était vraiment magnifique; elle possédait un look digne de rivaliser avec Rosalie. Je sentis mon coeur disparaître en voyant ses boucles blondes, ses yeux d'un miel pur et sa silhouette parfaitement proportionnée. Donc c'était de ça qu'Edward parlait en disant 'distractions'. Mes joues s'enflammèrent de mortification - comment avais-je même pu rêver ne serait-ce qu'un instant qu'Edward m'aimait encore? Comme si j'appartenais à son monde, ou à celui de la blonde. Bien sûr qu'il préférerait sa perfection à ma médiocrité.

"Bella!" s'étrangla Edward, ses yeux topazes s'écarquillant sous l'effet du choc. Il repoussa les mains de sa compagne et fit un pas vers moi. J'essayai de me concentrer sur son visage, mais son torse musclé - que, pour ma défense, je n'avais jamais vu nu auparavant - me distrayait. Puis, alors que mes yeux voyageaient sur ses abdos parfaitement dessinés, j'entendis la blonde rire doucement. Le rouge me monta aux joues lorsque je réalisai ce que je venais de faire. Je viens de reluquer un étudiant. Seigneur, tuez-moi maintenant. C'était trop.

"J-je suis d-désolée de vous avoir interrompus," bégayai-je en détournant les yeux avec honte.

"Non, attends, Bella!"

Je fis volte-face et me précipitai vers la porte, ignorant les mots d'Edward. Je ne voulais pas entendre ses excuses ou ses explications - elles ne signifiaient rien pour moi. Je savais ce que j'avais vu de mes propres yeux; Edward avait clairement été très 'occupé' avec sa visiteuse blonde et je n'avais absolument aucun désir de les interrompre. Je manquai de tomber sous le porche, aux pieds d'Alice qui s'était élancée jusqu'à moi à toute vitesse. Elle me fixa, horrifiée. Je passai à côté d'elle et descendis les marches aussi rapidement que possible.

"Bella!" m'appela Alice en se précipitant devant moi pour bloquer ma fuite, "ce n'est pas ce que tu crois, il-" essaya-t-elle de m'expliquer rapidement.

"Est-ce que tu as vu que ça allait se passer?" chuchotai-je aussi doucement que possible, bien consciente du fait qu'Edward pourrait entendre chacun de mes mots.

"Oui, mais-" continua Alice. Je compris soudainement; ça devait être pour ça qu'elle m'avait crié de ne pas entrer dans la maison. Elle avait eu une vision de moi interrompant Edward et sa 'compagne' et avait voulu l'empêcher, mais pourquoi? Pour qu'elle puisse continuer à me dire qu'il m'aimait? Je sentis une vague de colère envers Alice. Comment osait-elle me mentir comme ça?

"Ecoute," l'interrompis-je. "Je m'en moque. Non sérieusement, Edward a parfaitement le droit de passer du temps avec qui il veut. Maintenant si tu veux bien m'excuser, je dois y aller." Je la contournai et commençai à me diriger vers ma moto.

"Mais Bella!" Elle apparut à nouveau à mes côtés, avec une expression blessée sur le visage, "Tu as dit que tu resterais ce soir, tu as dit que tu voulais voir les autres!" Je ressentis une pointe de culpabilité sous mon embarras et ma colère.

"Je sais bien, mais... ben, je ne pense pas que ce soit une très bonne idée. Je peux pas..." Je m'interrompis, incapable d'exprimer ma douleur. C'était juste si dur d'être en présence d'Edward et de savoir qu'il était heureux sans moi; ça me faisait si mal de voir qu'il avait été capable d'avancer dans sa vie alors que j'étais toujours aussi accro à lui que je l'étais à dix-huit ans. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, cependant, j'entendis une voix masculine m'appeler.

"Bella!" Alice et moi fîmes volte-face pour voir Carlisle sortir du garage et traverser l'allée couverte de neige. A quelques pas derrière lui se trouvais Jasper, qui fixait Alice avec intensité comme à leur habitude. Et derrière Jasper, je pouvais voir Edward, désormais intégralement vêtu, grimacer sous le porche en se faisant disputer par une Esme enragée. Oh Seigneur, grimaçai-je, elle le dispute! Pour moi! Est-ce que ça pourrait devenir encore plus embarrassant? Mon rougissement s'assombrit alors que je me tournai pour faire face à Carlisle qui, à en juger par son expression imperturbable, n'avait aucune idée de ce qui venait de se passer. Il écarta les bras pour m'accueillir mais je le vis jeter un coup d'oeil confus à mon visage rouge. "C'est formidable de te voir, Bella," me dit-il gentiment, "nous sommes enchantés que tu ais pu venir ce soir."

"Euh, merci Carlisle," dis-je mal à l'aise.

"J'ai cru comprendre que tu resterais pour le dîner?"

"Oh," dis-je hâtivement, "oh, ce n'est pas important, c'est probablement un inconvénient pour vous. Je devrais rentrer." J'espérai qu'il accepterait, je voulais soudainement être aussi loin de la demeure des Cullen que possible.

"Pas du tout," dit grâcieusement Carlisle, "c'est un véritable plaisir de te voir ici. Aimerais-tu entrer te réchauffer? Il fait vraiment froid dehors." Je savais qu'il ne disait ça que pour mon bénéfice - les changements de température ne signifiaient rien pour les vampires. Je ne savais pas quoi dire. Je ne voulais pas me montrer malpolie, mais je ne voulais pas non plus aller à l'intérieur et assister à d'autres démonstrations d'affection entre Edward et sa blonde.

"Euh," dis-je en hésitant toujours. Du coin de l'oeil, je vis Alice lancer un regard appuyé à Jasper et je me sentis immédiatement submergée par une vague de confiance calme. Je lui lançai un regard noir, mais il me fit juste un sourire d'excuse avant de renforcer son influence avec une dose d'émotion encore plus forte. J'essayai d'y résister sans succès pendant quelques secondes. Finalement, je soufflai, suffisamment intelligente pour admettre ma défaite. "Okay," dis-je doucement à Carlisle, "je suppose que quelques verres ne me feront pas de mal..."

"Excellent," rayonna-t-il. "Si tu veux bien-" il fut interrompu par un cri jubilatoire. Nous fîmes tous volte-face pour voir Emmett se précipiter hors de la maison par une des nombreuses portes vitrées.

"OUAIS! Bella est là!" cria-t-il joyeusement, en apparaissant à mes côtés en un instant pour me serrer de toutes ses forces dans ses bras.

"Merci, Emmett," haletai-je, la poitrine écrasée par son étreinte, "c'est formidable de te revoir." Il me relâcha et me fit un large sourire.

"T'veux voir l'intérieur de la maison?"

"Euh, oui bien sûr," répondis-je en essayant d'avoir l'air aussi enthousiaste que possible. "Je te suis." Je le suivis à l'intérieur, les yeux fixés à plusieurs mètres de la silhouette aux cheveux cuivrés qui se tenait sous le porche. Ce n'était pas parce que je passais du temps avec sa famille que je devais m'intéresser à lui. Je le sentis faire un pas vers moi et murmurer mon nom lorsque je passai, mais je l'ignorai et continuai à avancer, la tête haute. Peut-être que si je prétendais que rien ne venait de se passer, alors le reste de la famille n'aurait pas à entendre parler de ma découverte embarrassante. Une fois que je fus entrée, je fus accueillie chaleureusement par Esme, qui semblait bien décidée à me faire me sentir aussi à l'aise que possible. Malheureusement, mon plan tomba à l'eau lorsque l'étrangère blonde entra dans la pièce.

"Oh," dit Emmett en lui jetant un coup d'oeil, "Bella, voici Tanya, c'est une bonne amie à nous, n'est-ce pas Edward?" Il se tourna vers son frère, souhaitant clairement l'inclure dans la conversation. Edward venait juste de rentrer discrètement, mais lorsqu'Emmett parla, il s'immobilisa et lui lança ce qui ne pouvait être décrit que comme un regard meurtrier. Emmett le regarda avec ahurissement. "Quoi?" demanda-t-il avec incrédulité, "j'ai juste dit que-"

"Emmett, tais-toi," ordonna rapidement Alice, ses yeux voyageant entre Edward et moi. Puis elle dit quelque chose bien trop rapidement pour que mes oreilles humaines puissent suivre, mais il était évident, à en juger par le ton de sa voi, qu'elle lui expliquait ce qui venait de se passer. Je gigotai, mal à l'aise et sentis mes joues s'enflammer lorsque tous les regards se posèrent sur moi et que l'atmosphère dans la pièce devint soudainement lourde. Personne ne parla, ils se contentèrent tous de me fixer intensément. Je ne croisai le regard de personne, ne souhaitant pas voir la pitié briller dans leurs yeux. Merci Alice, songeai-je avec amertume, comme si j'avais besoin d'encore plus de monde se sentant désolé pour moi. Le silence dura encore quelques secondes pendant que j'essayai de trouver le moyen de changer de sujet. Cependant, à l'instant-même où j'ouvrais la bouche pour parler, je sentis quelque chose vibrer dans la poche de ma veste. C'était mon portable. Je le regardai avec surprise pendant quelques secondes; j'avais même oublié que je l'avais sur moi.

"Excusez-moi," dis-je à tout le monde, "je ferais mieux de prendre cet appel." Soulagée d'avoir une bonne raison d'échapper au silence étouffant de l'entrée, j'ouvris rapidement la porte en prenant bien garde de ne surtout pas effleurer Edward. Une fois dehors, j'ouvris le clapet de mon téléphone pour voir que j'avais cinq appels manqués. Je vérifiai le numéro et sentis mon estomac se serrer quand je vis le nom de Jacob s'afficher en majuscule. Pourquoi m'aurait-il appelé cinq fois? Etait-il possible qu'il sache que j'étais avec les Cullen? Mais non, c'était ridicule, comment pourrait-il bien le savoir? Il était à des milliers de kilomètres de là, à Forks, et même s'il avait de nombreux talents extraordinaires, il n'était pas voyant. En effaçant mes appels manqués, je m'aperçus que Jake m'avait aussi laissé un message vocal. Je composai le numéro de mon répondeur avec un mauvais préssentiment inexplicable m'étreignant le coeur. J'attendis impatiemment que le message d'accueil automatique m'informe de la date et de l'heure de mon message; Jacob m'avait appelé pendant que je roulais, pas étonnant que je n'ai rien entendu. Puis le message automatique toucha à sa fin et j'entendis un bip aigü suivi par la voix profonde de Jacob.

"Bella!" Je sus immédiatement que quelque chose n'allait vraiment pas. Jacob semblait paniqué et tendu; sa voix était rauque et il y avait de nombreux bruits de fond, ce qui fit que je dus me concentrer pour entendre ses mots suivants. "Bella, j'ai pas arrêté de t'appeler, bon sang t'es où? J'ai essayé de t'appeler sur ton fixe aussi, j'aime même essayé d'appeler l'école avant de me rappeler qu'on était samedi," me dit Jake avec animation. "Pourquoi tu n'es pas chez toi? Tu ne sors jamais le week-end, putain pourquoi t'as choisi ce week-end précisément?" Mes yeux s'écarquillèrent lorsque je réalisai à quel point il était en colère. Qu'est-ce qui se passe? Je n'arrivai pas à trouver ce qui aurait pu stresser Jacob suffisamment pour qu'il passe sa colère sur moi. Je me dirigeai vers le bord de la véranda et m'appuyai contre la barrière, en me forçant à rester calme. "Bella, je dois t'annoncer une mauvaise nouvelle- Quoi, Sam?" Soudainement, Jacob s'interrompit et sa voix s'éteignit, comme s'il avait éloigné le téléphone de son visage pour pouvoir parler à quelqu'un d'autre. Je tendis l'oreille encore plus pour entendre ce qu'il disait. "Ouais, je sais, je lui laisse juste un message...ben dis leur que c'est pas assez! Est-ce que je dois... non... ouais, sûr... okay, je serais là dans quelques minutes."

Il y eut une pause, puis la voix de Jake redevint plus forte et plus claire. "Hey Bella, c'est encore moi, je suis désolé pour ça- je devais parler à Sam. Ecoute, comme je te disais, quelque chose d'horrible est arrivé et je devais t'appeler pour te le dire. Je...ben, c'est...c'est pas bon." Il s'interrompit à nouveau et tout ce que j'entendis ce fut son souffle lourd. Il était plus court que d'habitude, comme à chaque fois qu'il était vraiment, vraiment inquiet. "Ouais, c'est pas génial, mais ne flippe pas parce que ça ne changera rien. Compris Bella? Ne panique pas, okay?" Il semblait essayer de se calmer autant que me calmer moi. Mes mains agrippèrent la rampe en bois si fort que je sentis des échardes commencer à s'enfoncer dans ma peau. Que s'était-il passé? Est-ce que quelqu'un était blessé? Billy? Carole? Charlie? "Et... ah, merde, je ne voulais pas te dire ça par message," dit Jacob d'une voix tremblante avant de prendre une profonde inspiration, "Mais je savais que tu voudrais savoir. C'est... c'est Brady, Bells."

Non.

Le monde disparut et fut remplaçé par un vide sidéral.

Non. Seigneur, pitié, non.

Je sentis mon corps se tendre.

Pas encore. Pitié, faite qu'il ne lui arrive rien d'autre.

J'avais à peine conscience du froid ou de la douleur dans ma main là où les échardes s'enfonçaient dans ma peau.

Pas Brady, songeai-je désespérement. Pitié, suppliai-je, il a bien assez souffert.

Et ensuite: J'ai bien assez souffert.

A travers mon choc et ma douleur, j'entendis les mots de Jacob continuer, comme s'il me parlait de très très loin. "Brady est malade, Bella," me dit-il d'une voix rauque, "il est vraiment, vraiment malade. Il a eu une crise cardiaque ce matin dans sa chambre et maintenant... main-maintenant, il est dans le coma et les docteurs ne savent pas... ils ne savent pas s'il va se réveiller. Je suis à l'hôpital avec la meute et les parents de Brady là." Il s'interrompit à nouveau et j'entendis une femme commencer à pleurer en fond sonore; je réalisai soudainement que mes propres yeux brûlaient. "S-Seigneur," dit Jacob d'une voix tremblante, "J- je suis désolé de t'appeler comme ça, je sais que ce n'est pas juste, tu ne peux rien y faire- bordel, t'es à Rochester pour l'amour de Dieu - mais j'ai pensé que tu devais savoir, je sais que je voudrais savoir si j'étais toi. Pas que ce soit ta faute, Bella, tu sais que ce n'est absolument pas le cas. Il aurait pu faire cette crise cardiaque même sans ce qui s'est passé cet été-là, donc ne-ne t'-t'en v-veux pas pour ça parce que je sais que c'est ce-ce que tu v-vas faire." Il perdait vraiment le contrôle maintenant. Je le savais au tremblement de savoix, à l'inflexion de ses voyelles et aux profondes inspirations qu'il prenait. Jacob, mon Jacob craquait. Il tombait en pièce de l'intérieur à cause de ce qui était arrivé à Brady, résultant de la monstruosité que j'avais causé six ans plus tôt - quelque chose qui, malgré ce que Jacob disait, aurait été évitable si je n'avais pas été aussi stupide. Brady ne serait jamais tombé malade si je n'avais pas...si je n'avais pas...

"Ce n'était pas du tout ce que je voulais, que tu te sentes coupable," continua Jacob, en interrompant ainsi mes pensées, "c'est juste que je-" il s'interrompit à nouveau avant de se forcer à continuer, s'étranglant presque sur chaque mot, "c'est ju-juste que j'ai si...j'ai si peur, Bells. Je ne...veux pas...qu'il meurt." Mes larmes coulaient rapidement maintenant; je les sentais glisser sur mes joues et goutter dans mon cou. "Je dois retourner à l'intérieur pour parler aux docteurs; je n'ai pas le droit d'utiliser mon portable dans l'hôpital. Je suis si désolé Bella, je t'aime. Je suis désolé. Au revoir." Le message toucha à sa fin. J'essayai immédiatement de rappeler Jacob, mais je n'eus aucune réponse; son téléphone était éteint. Je restai debout là, paralysée par la douleur alors que l'horreur de cette nouvelle m'étouffait. Des visions de cette nuit catastrophique d'il y a six ans, indésirables et pourtant terrifiantes de par leur intensité, me revinrent en tête. Moi courant sans rien voir jusqu'à l'orée de la forêt de Forks et trébuchant douloureusement sur un tronc tombé au sol; Brady, dans son corps de loup, ses longues pattes tremblant d'une excitation craintive alors qu'il sautait devant moi pour me protéger, créant une barrière vivante entre mon agresseur et moi; un éclair d'orange brûlant et de dents blanches; l'odeur de la mort et de la vengeance et de la peur dans l'air alors que des cris de triomphe et des hurlements de douleur déchiraient le silence; des flaques de sang, si rouges, malgré la nouvelle lune traîtresse; une nuit d'un noir d'encre se transformant en ténèbres absolues alors que je perdais finalement connaissance...

Je lâchai mon téléphone; il tomba avec un bruit sourd dans la neige alors que je tombais à genoux en enroulant mes bras autour de ma poitrine. Il va mourir, me cria mon esprit, Brady va mourir et c'est de ta faute. Je sentis soudainement une douleur vive et en regardant mes mains, je réalisai que j'avais réussi à me couper sur la rampe en bois en tombant. Je les baissai et dans mon esprit fiévreux et embrumé par la douleur, ce ne fut pas mon sang qui tâcha la neige d'un blanc pur, mais celui de Brady; il coula librement de mon âme maudite comme la marque de mes péchés. Un sanglot s'arracha à ma gorge alors qu'un mot brûlait dans mon esprit.

Meurtrière.


Prochain chapitre : DES LOUPS-GAROUS!

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