Auteur : givemesomevamp

Traductrice : Moi

Spoilers : -

Rating : M

Genre(s) : Drama/Romance

Disclaimers : Tout l'univers des Cullen appartient à Stephenie Meyer. L'histoire que vous allez lire appartient à givemesomevamp. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.

Bêta : GingerRin... Merci Marine!

Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.

Je rappelle que vous pouvez désormais me trouver sur Facebook sous le nom de Saw Trombone... Si vous voulez discuter de mes fics ou vous tenir au courant de ma vie :D Vous êtes les bienvenus!


- Chapitre 9 : Vais la tuer -

-PoV Peter-

"Non," dis-je encore une fois.

"Tu as dit que je n'étais pas une prisonnière."

"Bien sûr que tu n'es pas une prisonnière, tu es plutôt comme ma cousine germaine que je n'avais jamais rencontré auparavant."

"Alors pourquoi je peux pas aller au magasin? Hm?"

"Et si quelqu'un te reconnaissait?"

"Il n'y a rien eu aux infos et tu peux juste faire tes trucs de vampires si quelqu'un nous cause le moindre problème. Combien de fois ont-ils perdu une schizophrène après qu'elle ait tué trois employés? Ils ne veulent pas de ce genre de pub. Ils feront profil bas," répliqua-t-elle, plutôt raisonnablement pour quelqu'un qui était sorti de l'asile depuis moins de vingt-quatre heures.

Quelque chose n'allait pas. Elle magouillait un truc...

La nuit s'était remarquablement bien passée à mon avis. Elle ne s'était pas réveillée en hurlant et elle n'avait pas hurlé en nous voyant, ni quand on avait enfin réussi à la convaincre que nous étions, effectivement, réels. C'était intéressant mais merde. Qu'est-ce qui n'avait pas été intéressant depuis qu'elle s'était réveillée? Intéressant mais étouffé par de la confusion et par une large tranche de c'est quoi ce bordel.


Alors qu'on se tenait devant la porte de sa chambre, à l'écoute de ses signes vitaux pour savoir quand elle serait réveillé, on reçut un avant-goût des choses à venir. Je me demandai brièvement si ça se passait dans ma tête mais un coup d'oeil à Garrett fut toute l'assurance dont j'avais besoin. Ses sourcils étaient si froncés qu'ils ressemblaient à un mono-sourcil et son nez était légèrement plissé alors qu'il essayait de déchiffrer ce qu'on entendait. Citrouille était en train de marmonner et le son était étrangement étouffé. Avait-elle mis un oreiller sur sa tête?

Des nuages? Au moins, elle aimait le lit.

"Où on est?" demanda-t-elle légèrement plus fort. Je tendis la main vers la clenche pour pouvoir lui répondre mais fus stoppé par un Garrett qui semblait toujours très confus.

"Elle a dit on?" me demanda-t-il. Il avait raison, elle avait dit 'on'. Je m'arrêtai pour réfléchir à ce que ça pouvait dire mais vu que fixer une porte close ne m'aiderait pas à résoudre ce mystère, je fis mine de l'ouvrir à nouveau pour être une fois de plus stoppé.

"Notre chambre." Elle avait répondu à sa propre question mais d'une voix plus douce et plus cinglante. Sa voix était toujours étouffée mais tout de même plus forte que ses marmonnements au sujet du lit. Alors qu'elle continuait à se rappeler de la veille, je découvris que c'était facile de suivre ses pensées qui semblaient partir dans tous les sens. Vu que Garrett essayait encore de comprendre ce qu'il se passait, je décidai d'avoir pitié du bâtard et de lui expliquer.

"Les mots qui sont murmurés à voix très basse sont ses pensées, je pense, et on dirait qu'on en loupe une bonne partie. La voix la plus forte et celle qui lui répond, c'est elle qui a une conversation avec elle-même," lui expliquai-je à voix de vampire. Il sembla moins confus mais beaucoup plus inquiet.

"Est-ce que c'est normal pour les humains? Je sais que je n'ai pas énormément d'expérience avec eux mais ça ne me semble pas normal," me demanda-t-il prudemment. Je savais que son inquiétude devait avoir submergé son souhait de ne pas m'offenser. Bien qu'il ait apprécié de me mettre une droite plus tôt, il n'aimait pas l'idée de m'énerver.

"Je ne sais pas si c'est normal, mais franchement c'est quoi normal pour une meuf qui traîne avec notre espèce? En plus, Dieu seul sait quelles autres merdes lui sont arrivées dans sa courte vie. Je suis surpris qu'elle ne soit pas plus dingue!" Je commençai à m'énerver donc je pris une profonde inspiration avant de continuer d'une voix patiente pour pouvoir essayer d'apporter quelques putains de clarifications pour mon ami. "Ecoute-moi attentivement, espèce de bâtard. D'après ce que je sais, elle ne parlait pas quand elle était à l'hôpital. Tu as entendu ce petit merdeux! Il n'avait jamais entendu le son de sa voix et je ne sais pas combien de temps elle a passé là-dedans. Si t'es une personne saine d'esprit entourées par des dingues, à qui tu parles? Si tu as été blessée et abandonnée en enfer par tout le monde, avec qui tu communiques? Avec qui tu partages tes idées? Avec la seule personne que tu connais et en qui tu as confiance; TOI-MÊME. Elle n'est pas folle; c'est une survivante. Je ne dis pas qu'elle n'aura pas des problèmes; mais j'ai cette impression..." Je m'interrompis alors que mon indignation disparaissait. Ce fut à cet instant que je recommençai à écouter Citrouille.

"Elle croit qu'on est dans sa tête. Il y a très peu d'endroits au monde qui me font peur, mon ami, mais sa tête est désormais sur cette liste." Je lui lançai un regard noir et il rigola doucement. "Je dois bien admettre qu'elle est plutôt amusante." C'était un euphémisme. Au moins, il ne s'inquiétait plus de son bien-être mental.

Je ricanai, "Dis-lui donc ça." Il regarda la porte avec méfiance avant de tourner à nouveau son attention vers moi.

"Laisse-moi te dire ça différemment. Nos vies seront beaucoup moins prévisibles désormais. Mieux?" Je me contentai de lever les yeux au ciel avant qu'on ne se reconcentre tous les deux sur le discours étouffé provenant de la chambre. Elle ne pouvait pas voir dans le noir et c'était un concept que nous n'avions même pas pris en considération.

"Pour un mec qui sait des trucs, tu loupes beaucoup d'évidences." Garrett exprima mes pensées à voix haute mais d'une voix amusée alors que j'étais sérieux. Je n'avais pas su qu'elle aurait besoin de lumière. Oh Dieu! Elle allait certainement avoir besoin d'autres trucs. De la nourriture, de l'eau, des vêtements; en pleine crise de panique, je commençai à faire une liste. Pour la toute première fois, je me demandai si j'arriverais à tout gérer. Pas que j'ai le choix; le destin était à l'œuvre. Sentant ma détresse intérieure, Garrett pressa sa paume à l'arrière de ma tête, imitant Char. Je lui montrai légèrement les dents, mais ça eut l'effet voulu. On prendrait ce qui viendrait et on contrôlerait les dommages lorsqu'on ferait n'imp, ce qui arriverait souvent, j'en étais sûr. Ouvrant la porte, on attendit qu'elle remarque notre présence.

"...un rêve...rêver...ils...donné...pilules violettes...erreur...parce que...en train de rêver...plongé...abysses...si...avais su...canons...reluquer...plongé plus tôt. Ils ne sont pas réels. Ce n'est pas réel..."

Son déni continue de la réalité s'échappait constamment de sa bouche et elle commença à se balancer d'avant en arrière mais tout ce qu'on put faire fut de la regarder fixement. Si je n'avais pas été un vampire, je n'aurais jamais su qu'elle était entrain de parler. Elle pourrait être la meilleure putain de ventriloque au monde. C'était pour ça que ses mots étaient étouffés. Elle n'ouvrait la bouche que d'un dixième de millimètre. Ce nouveau développement était impressionnant et dérangeant à la fois. Les pantins m'avait toujours fait flipper.

Quelques-uns des rares souvenirs humains que j'avais étaient des souvenirs de ma grand-mère. Je me rappelle que j'aimais sa cuisine et que ses cookies à la mélasse étaient mes préférés au monde mais le souvenir le plus clair que j'ai c'était de quand j'allais dormir chez elle. Elle avait une petite maison à deux chambres, et dans la seconde chambre, elle exhibait sa collection de poupées. Mon grand-père lui en achetait une à chaque occasion méritant un cadeau et les étagères de la petite pièce étaient tellement couvertes qu'elle avait commencé à les pendre au plafond. Durant la journée, ça semblait surchargé mais rien de plus. Mais la nuit, allongé sur ma couche par terre, ces foutus trucs semblaient devenir vivants, balançant dans la brise que la fenêtre ouverte laissait entrer et créant des ombres dans le clair de lune. Cette image me donnait des frissons encore maintenant. Les poupées qui bougent et parlent ne sont pas naturelles.

Vu qu'elle n'était clairement pas consciente qu'elle était en train de parler à voix haute, je décidai de me montrer gentil. Je serais le gentleman vu que Garrett ne pouvait pas arrêter de glousser comme une collégienne assez longtemps pour être utile."Isabella, nous sommes vraiment là. Et toi aussi." Elle continua à faire son truc flippant de ventriloque donc je l'interrompis à nouveau. "Pas vraiment 'intérieur', le dialogue, Citrouille." Elle se tut et plissa les yeux. Je n'étais pas vraiment sûr de savoir ce que j'avais fait de mal donc je continuai prudemment. "Je ne suis pas un fragment de ton imagination. Je m'appelle Peter et Rire, à côté de moi, s'appelle Garrett."

Vingt minutes plus tard, on avait fini les présentations, l'incident' avait été discuté et une petite parcelle d'une pensée que je n'aurais pas dû entendre m'ouvrit les portes de la vérité. Citrouille n'était pas une étrangère après tout. C'était l'amie d'un ami si je ne me trompais pas, et je me trompais rarement. Oh Bordel! Soit y'avait eu un putain de miracle digne de Jesus Christ lui-même soit une putain d'embrouille et des mensonges. Je pariais plus sur ça.

Garrett entendit ce qu'elle dit, mais il ne comprit pas la référence; cependant, il sembla réaliser que je venais de faire une énorme découverte dans l'énigme qu'était Citrouille. "Est-ce que tu vas me dire ce qui vient de se passer?" me demanda rapidement Garrett. Au lieu de lui répondre, je pris une profonde inspiration et retournai à notre conversation à bâtons rompus.

"Ensuite on t'a sortie de là et on t'a ramenée chez nous." Elle resta figée plus longtemps qu'elle ne l'aurait dû donc j'ajoutai, "Voilà; fini."

Elle eut l'air d'être complètement défaite mais ses mots ne nous donnèrent aucune indication sur le pourquoi du comment. Elle en trouva la force Dieu seul sait où et répondit d'une voix étonnamment claire; "Fini, mon cul blafard et ennuyeux." Elle continua ensuite, essayant de se lever en restant couverte, d'une voix de plus en plus paniquée à chaque mot; "Écoutez. J'apprécie ce que vous avez fait pour moi. Vraiment! Et maintenant que vous vous êtes occupés de la bande de pervers, tout ira bien. Donc, allez, ramenez-moi là-bas. Je dois y retourner." Des larmes emplirent ses yeux alors qu'elle nous suppliait.

Bordel de merde! Peut-être qu'elle est vraiment folle après tout. Elle ne peut pas retourner là-bas. Elle ne peut certainement pas VOULOIR retourner là-bas. Je l'avais vue se laisser vivre au jour le jour; en vie mais absolument pas vivante. Entourée par la folie, essayant de s'accrocher à la réalité tout en essayant de l'oublier parce que sa réalité était horrible; depuis combien de temps existait-elle comme ça? Et combien de temps aurait-elle encore pu tenir? Elle devait bien avoir une raison pour avoir été là-bas. C'était la seule explication qui avait du sens. Encore un autre obstacle ambigü. Je déteste les secrets. J'aime savoir des trucs.

Alors qu'elle pleurait, assise par-terre, j'essayai de décider quoi faire. Garrett avait recommencé à faire les putains de cents pas et alors que je me frottai le visage en essayant de me concentrer sur le problème et non pas sur la fille entrain de pleurer, je lui demandai son avis.

"Je réduirais cet endroit en ruines et viderait tous ceux qui s'y trouvent de leur sang avant de la ramener là-bas," cracha-t-il.

"Putain, je suis d'accord avec toi. Maintenant, est-ce qu'on exige des réponses ou est-ce qu'on essaye juste d'arrêter la fuite d'eau?" lui demandai-je en continuant à me frotter le visage comme si ça me permettrait de me calmer. Ouais, c'est ça.

"Question de priorité, mon ami." Bordel, il avait raison. D'abord calmer le jeu; et ensuite satisfaire notre curiosité. Après avoir juré si vulgairement que Charlotte m'aurait bottéle cul, j'étais prêt.

Je m'approchai lentement d'Isabella et m'assis délibérément à côté d'elle; prenant bien garde à laisser un peu d'espace entre nos corps, avant d'enrouler mon bras autour de ses épaules. Vu sa détresse, et vu ce qu'on avait vu plus tôt quand on l'avait libérée, je n'avais même pas besoin qu'on me rappelle d'être prudent. Tout chez elle criait fragile.

Je la sentis se tendre et je sus qu'elle voulait bouger mais j'espérai qu'elle accepterait le réconfort que je voulais lui offrir. Relevant enfin la tête vers moi, je vis une lueur de compréhension dans ses yeux chocolats. Ses yeux, qui révélaient chaque émotion qu'elle avait jamais expérimentée, me dirent qu'elle savait qu'elle avait sa place parmi nous et même les pensées qu'elle marmonnait inconsciemment me le confirmèrent.

"En tout cas pour le moment."

Elle ne savait pas ce que je savais. Je ne faisais que garder la place de quelqu'un d'autre. Il la remettrait sur pieds et elle lui retournerait définitivement la faveur. C'était le destin. Elle nous complétait. Citrouille commença à se lever et je me sortis de mon moment Jerry McGuire lorsque je dus la rattraper avant qu'elle ne s'écrase la tête la première au sol.

Elle se durcit une fois de plus, "Ça va mieux. Maintenant ramenez-moi."

Il nous fallut à peine un instant avant que nous ne répondions en chœur, "Non."

Vu que se regarder de travers ne nous mènerait à rien contrairement à ce que je voulais, je décidais qu'il me serait peut-être plus facile d'essayer de parlementer avec elle. ""Isabella, tu ne peux pas y retourner. D'une, tu es probablement recherchée pour meurtre maintenant." Vu qu'elle semblait déjà défaite par cette nouvelle réalité, je décidai de ne pas lui faire la liste du million d'autres raisons pour lesquelles elle ne pourrait pas y retourner et me contenter de continuer, "Sans mentionner que tu n'as pas ta place là-bas." Sa place était avec nous. "Maintenant bouges ton cul rachitique, habilles-toi et fais ce que les humains ont à faire. On s'en va dans quinze minutes."

Depuis que je l'avais informée de son petit problème de filtrage, ses pensées ne semblaient plus lui échapper autant qu'avant mais la plupart de ses conversations avec elle-même étaient encore bien audibles. A part lorsque Garrett ne pouvait pas contenir son amusement, nous essayions de ne pas répondre à ses pensées. Je pouvais comprendre qu'elle ne veuille pas qu'on entende ses moindres petites pensées; ça devait être complètement humiliant et elle ne pouvait clairement pas s'en empêcher pour le moment. Cependant, je ne pus pas ignorer la dernière de ses pensées que j'entendis.

"Oh, et Muffin?" Je déposai des vêtements de Char sur le lit pour elle. Ils n'étaient pas à sa taille, mais ils devraient suffire pour le moment. "N'y penses même pas." Je lui fis un clin d'oeil et la laissai bouder et s'habiller.

"Virée en voiture." Voilà qui serait marrant.


Sur les coups de onze heures, j'étais au volant de ma Ford F-150 bleue cobalt. Je n'avais pas souvent l'occasion de la conduire, mais bordel, qu'est-ce que j'aimais cette camionnette. Lorsqu'elle monta à l'arrière, je l'entendis murmurer.

"Oh! Regarde comme il caresse le tableau de bord avec tellement de tendresse. C'est mignon."

"Encore un peu, et il va commencer à violer le volant." Je me tournai pour la regarder de travers, mais après s'être mise à l'aise, elle se contenta de regarder par la fenêtre, ignorant complètement le coup qu'elle avait mis à mon égo. Garrett s'éclatait comme un fou. Bâtard.

Me réjouissant à nouveau d'être dans ma camionnette, que j'aimais d'une manière très appropriée, on se mit enfin en route. A part quelques murmures occasionnels et la country qui s'échappait doucement des hauts-parleur, les quelques premières heures de route furent calme. Je savais qu'elle avait besoin de plus de sommeil qu'elle n'en avait eu mais je ne savais pas exactement combien de temps elle devait dormir. Je commençai à être frustré par mon ignorance des besoins humains. J'en étais un avant putain, mais là encore, j'étais sûr que si on arrêtait quelqu'un en pleine rue pour lui demander combien de temps dormait une vache, il n'en aurait aucune idée. Si vous en apprenez trop sur votre nourriture, alors elle n'est plus de la nourriture.

Vers seize heures, elle commença à s'agiter et ensuite ça commença. Le chant qui n'aurait pas dû être entendu par qui que ce soit. Jamais. Pour de nombreuses raisons.

"Riding around in my automobile. Duh-dudududada-dun.
Vampire beside me at the wheel. Duh-dudududadua-dun." Les deux phrases suivantes étaient incompréhensibles. J'étais sûr qu'elle ne les connaissait pas et après ça, elle recommença au début.

Encore et Encore et Encore.

Au bout de la première demi-heure, Garrett commença à me supplier à voix basse de lui dire quelque chose, mais on s'était mis d'accord pour ne pas relever le fait qu'elle pensait à voix haute. Au bout de trente minutes supplémentaires à entendre la MÊME chanson, je craquai.

"Isabella," dis-je un peu trop sèchement mais ça attira son attention, et encore plus important, elle arrêta sa foutue chanson. "Est-ce que tu as faim? Je ne sais pas à quelle fréquence je suis sensé te nourrir," continuai-je d'une voix légère.

Elle siffla de colère, et ses yeux se fixèrent sur mon crâne et j'en conclus que j'avais touché un point sensible. "Je ne suis pas un putain de poisson rouge! Pas quelque chose que tu dois te rappeler de nourrir et de nettoyer, trou du cul. C'est ça que je suis pour vous les mecs? Un putain d'animal de compagnie?"

Note à moi-même: très sensible sur le sujet des animaux de compagnie.

Garrett grogna doucement en entendant ses mots. Il avait des problèmes aussi avec les 'animaux de compagnie'. Après avoir pris une profonde inspiration, il lui répondit d'une voix patiente mais ferme qui ne laissait place à aucun doute ou débat. "Petite, tu connais la vérité sur notre monde. C'est trop pour ton propre bien mais écoute-moi attentivement; tu as encore beaucoup à apprendre. Nos cultures varient autant que les cultures des humains. Le terme 'animal de compagnie' n'est pas à prendre à la légère. Les vampires et les humains portant ce titre sont vraiment des objets: maltraités et forcés d'obéir à leurs maîtres. Ils sont traités comme même moins que de la nourriture. Si tu étais l'animal de compagnie d'un membre de notre espèce, tu n'aurais aucun doute quant à ta place."

Elle eut l'air curieuse mais accepta que la conversation n'irait pas plus loin. Excellent, parce que sa question n'était pas appropriée. Après un autre 'débat interne', elle nous questionna différemment. "Que suis-je alors? Une prisonnière?" Elle jeta un rapide coup d'oeil à Garrett pour s'assurer qu'elle ne l'avait pas encore une fois offensé. Il se contenta de rire et de me regarder en attendant que je lui réponde.

Je ne pensais pas qu'elle était prête à entendre 'c'est ton destin' donc je restai simple. "Tu es notre invitée. Vu que tu sais ce qu'on est, ce sera permanent." Elle hocha lentement la tête, s'ajustant à cette nouvelle information. Tant qu'elle ne se remettait pas à chanter, j'm'en foutais qu'elle se parle à elle-même.

Une demi-heure avant le lever du soleil, on se gara sur le parking d'un petit motel sur le bord de l'autoroute. C'est toujours des endroits très classes si on vous demande si vous voulez payer à l'heure. J'espérai pouvoir convaincre Citrouille de se reposer et peut-être même de manger un morceau. De plus, je n'avais pas prévu ce voyage donc je n'étais pas vraiment sûr de la météo. J'avais décidé qu'il valait mieux prévenir que guérir, et donc que nous ne prendrions pas le risque de nous engager sur l'autoroute en scintillant comme des diamants.

Alors qu'elle était songeusement assise sur le lit sale, on entendit un grondement envahir la pièce. Ça semblait venir de l'intérieur de son corps. On la regarda avec inquiétude. C'était quand la dernière fois où elle avait mangé?

"Il faut que tu manges, Cacahuète," déclarai-je.

"Non, je n'ai pas faim." Ça, elle le dit d'une voix haute et claire. Elle continua ensuite de sa voix flippante.

Pourquoi t'arrêtes pas de bouder pour manger un peu?

Veux pas.

Sérieusement. On dirait vraiment que t'as deux ans. Tu peux avoir ce que tu veux. Je suis sûre qu'ils peuvent se faire livrer.

Non, je ne veux pas manger.
Est-ce que tu essayes de te faire mourir de faim?

Non.

...peut-être...si...meurs...si mal...

Garrett choisit cet instant pour éclater de rire; je commençai à me demander si la folie était contagieuse. "Si j'ai la moindre impression que tu envisages de te suicider, je n'hésiterais pas à te mordre. Tu n'auras pas le choix," déclara-t-il joyeusement en lui montrant toutes ses dents.

Une expression de pure horreur apparut sur le visage de Bella. "Tu n'oserais pas," s'exclama-t-elle avec choc.

"Provoques. Moi," répondit-il simplement, son visage ne révélant aucune hésitation.

"Tu me condamnerais à passer l'éternité toute seule? Tu condamnerais mon âme?" lui demanda-t-elle d'une voix hésitante mais curieuse. Ouais, quelqu'un lui avait raconté un paquet de connerie. Une excuse après l'autre jusqu'à ce qu'il la quitte avec un 'tu n'es pas assez bien pour moi.'

Garrett souffla. "Seule? Et moi je suis quoi? Je ne suis pas redevenu un fragment de ton imagination, hein?" Il aimait beaucoup trop la provoquer, bien que ce fut absolument hilarant de la voir taper du pied et l'entendre couiner. Elle était une contradiction ambulante; le corps d'une femme, l'âme d'une guerrière et les crises de nerfs d'une enfant.

"Côte d'agneau," elle tourna son regard laser vers moi. "On ne t'enlèvera ni ta mortalité ni tes choix à moins que tu nous y force. Garrett était absolument sincère et vu qu'à ma connaissance, il n'a transformé personne en plus de deux cent ans, je te conseille de le prendre au sérieux."

Ce serait une conversation pour plus tard donc je retournai au sujet de conversation principal. "Alors est-ce que tu vas prendre ton petit-déjeuner ou est-ce que c'est nous qui allons prendre le notre?"

Elle souffla avec irritation et répondit d'une voix boudeuse, "Je mangerais plus tard." Soudainement je vis une lueur torve s'allumer dans ses yeux, et elle ajouta, d'une voix nonchalante, "D'abord je dois aller au magasin et la météo semble coopérer."

"Elle est dingue," dit Garrett d'une voix ébahie.

"Qu'est-ce que tu dois acheter que Garrett ne peut pas aller acheter pour toi?" lui demandai-je, convaincu qu'elle ne nous dirait pas la vérité.

"Depuis quand je suis un servant? Il vous faudra autre chose, Maître?" Il leva les yeux au ciel. Il n'en avait rien à foutre de devoir aller au magasin; ce bâtard voulait juste faire le difficile. Il ne réalisait pas qu'il était pile là où elle le voulait. Je commençai à lui dire qu'elle magouillait quelque chose, mais elle m'interrompit avec perspicacité.

"Vous êtes pire que deux petites vieilles radotant au Bingo paroissial. Ayons une conversation à laquelle tout le monde peut participer, m'kay?" ordonna-t-elle d'une voix tout en plissant les yeux. Aucune pensée ne s'échappait de ses lèvres et pas la moindre trace de confusion apparut sur son visage. Elle était à fond et ça commençait à m'inquiéter. Cette femme avait une mission, mais laquelle?

Elle baissa timidement les yeux et nous regarda de sous ses cils. Merde, c'était pas juste. Elle ressemblait à un petit chiot battu avec ses grands yeux innocents. "J'ai besoin de produits féminins. C'est ma période du mois." Oh. Elle était maline. Si je n'avais pas eu mon intuition, j'aurais cru à ses conneries.

"Conneries," dis-je sèchement.

"Quels produits féminins, Petite?" lui demanda Garrett avec confusion. Je n'arrivais pas à croire qu'il marche là-dedans. Elle me regarda, légèrement alarmée, mais il n'y avait pas moyen que j'intervienne là-dedans. Elle n'avait qu'à expliquer les problèmes féminins à un vampire âgé de trois cent ans. Je me contentai de lui faire un sourire moqueur.

Au bout d'une minute, elle se redressa et je sus qu'elle avait trouvé la force de continuer son plan. "G-Rouge, tu as déjà été avec des femmes, hein? Tu sais, pour du sexe?"

Il avait l'air toujours aussi confus. "Je ne pense pas que ce soit en vente au supermarché." Je ris tellement fort à ça que j'en tombai de ma chaise. Elle prit une profonde inspiration.

"Réessayons, d'accord?" dit-elle d'une voix assez forte pour couvrir mes ricanements. "Je suis une femme en âge de donner la vie. J'ovule et j'ai mes menstruations, et elles vont bientôt arriver d'après les foutues crampes que j'ai," expliqua-t-elle d'une voix si forte que j'en fus impressionné. Ajoutez à ça qu'elle le regardait droit dans les yeux et il ne marchait pas, il courait.

"Qu'est-ce qu'il faut qu'on t'achète?" demanda-t-il, désormais inquiet parce qu'il pensait qu'elle souffrait.

"J'ai juste besoin de produits hygiéniques avant que ça commence et de Pamprin," répondit-elle doucement. Elle savait qu'elle l'avait attiré du côté obscur de la force.

"Pourquoi je peux pas aller te chercher ce qu'il faut?" demandai-je en soupirant de résignation. Elle allait gagner et elle le savait.

"Pas que ce serait pas fabuleux que tu ailles m'acheter mes tampons, mais je pense vraiment qu'on devrait rester ensemble. Je suis un membre de l'équipe maintenant, non?" Elle était tout à fait sarcastique.

"Y'a pas de 'je' dans une équipe," dis-je platement.

"Il n'y a pas de 'tu' non plus," répondit-elle sur le même ton.

"Je ne vois pas de problème, on peut l'emmener au magasin." Garrett lui sourit joyeusement.

Je finis par craquer. "Sale bâtard traître! Y'a pas cinq minutes, tu m'as dit et je cite, 'elle est dingue'."

Elle renifla bruyamment et répondit immédiatement. "Ouais, dingue comme un écureuil."

Alors que je la regardais de travers, Garrett essaya de maintenir la paix. "Je ne dis pas qu'elle n'est pas un peu imprévisible-"

Elle souffla et interrompit rapidement ce qu'il essayait de dire, quoi que ce soit. "Très bien. Donc, je suis un petit peu folle. Tu es un petit peu mort, mais je ne passe pas mon temps à te le reprocher!" Je devais bien admettre qu'elle marquait un point. J'étais toujours méfiant mais on était à deux contre elle.

"Quels problèmes peut bien nous causer une humaine?" Je pense que c'était une question rhétorique mais je lui répondis quand même.

"Putain, t'étais où ces vingt-quatre dernières heures? Tu perds la mémoire avec l'âge?" Il se contenta de me faire un sourire moqueur, fils de pute trop sûr de lui. Toutes sortes d'alarmes et de gyrophares me disaient qu'elle magouillait quelque chose et qu'elle réussirait. Vu les efforts qu'elle fournissait, quoi qu'elle ait prévu, c'était très important pour elle. Au moins, ça nous permettrait peut-être d'obtenir quelques réponses à la montagne de questions qu'on avait.

Maintenant que Garrett était fermement de son côté, elle se tourna à nouveau vers moi et me porta le coup de grâce. "Tu veux vraiment attendre jusqu'à ce que tu puisses le sentir ou encore pire, que je me remette assise sur les magnifiques sièges en cuir de ta camionnette-"

"Stop! Je t'en prie, stop. Ugh, dégoûtant. Très bien, ça marche." Avant qu'elle ne puisse compléter sa petite danse de la victoire, j'ajoutai, "Mais il faut que tu comprennes quelque chose, ma petite pêche. Tu resteras à moins d'un mètre de moi tout le temps où on sera au magasin. Si non, je te balancerais sur mon épaule, ramènerais ton cul à ma camionnette, et la prochaine fois où tu verras la civilisation ce sera quand tu iras percevoir ta première pension de retraite. Pigé?" grognai-je à travers mes dents serrées.

"Parfaitement, Petey ," me répondit-elle d'une voix doucereuse. "Allons-y, mes pétasses," marmonna-t-elle doucement en se dirigeant vers la porte, assumant qu'on la suivrait; ce qu'on fit.

Garrett rigolait presque silencieusement dans son dos. "Est-ce qu'on était sensés entendre ça?"

Je me contentai de hausser les épaules; tout était de sa faute. On était pas équipés pour gérer cette femme-enfant. Les choses s'éclairciraient si on pouvait l'amener à Charlotte, mais je ne savais pas si on arriverait jusque là. Je suis un VAMPIRE, bordel de merde. Garrett est un vampire. Ce n'est qu'une petite humaine. Il n'y pas photo... Oh merde. On est dans la merde. Je baissai la tête et traînai les pieds jusqu'à ma camionnette.

"Je pense que tu exagères. Sérieusement, Peter, je suis sûr que ce sera une excursion tranquille," me dit Garrett d'une voix légère.

"Tu sais, j'aimerais bien te dire que je suis d'accord avec toi, mais dans ce cas, on aurait tort tous les deux."


Même après qu'on ait attrapé un caddie et qu'on soit entré dans le magasin, elle continua avec la conversation qu'elle avait tenue depuis qu'on était partis de l'hôtel. "Tu n'as jamais été à Wal-Mart? Jamais?" Elle ne pouvait tout simplement pas l'accepter. Dites-lui que vous êtes une créature mythique, pas de soucis. Dites-lui que vous ne savez pas ce qu'est une caisse enregistreuse, et elle ne comprends pas ce que vous voulez dire. Incroyable.

"Non, je n'ai jamais eu le besoin d'acheter quoi que ce soit," répondit Garrett avec malice; il espérait qu'elle continuerait à le questionner, ce qu'elle fit.

"Comment tu te procures des vêtements et des produits hygiéniques et tout?" Elle lui demanda exactement ce qu'il voulait.

"Je n'ai pas besoin de tout ça. Je suis un nomade, un voyageur, c'est plus pratique pour moi de voyager léger." Il lui fit un clin alors qu'on continuait à explorer les allées.

"Okay. Je peux comprendre, mais du déo, du savon?"

"Je me lave quand je rend visite à d'autres vampires ou quand je désire avoir de la compagnie. On ne transpire pas et notre peau ne sécrète aucune huile naturelle, on se douche juste pour empêcher la poussière de s'accumuler. C'est agréable mais pas forcément nécessaire à moins d'aimer jouer avec sa nourriture."

"Comment tu te procures des vêtements?" Je me contentai de secouer la tête. Il allait lui dire. Il voulait voir sa réaction.

"Je ne dois me changer qu'une fois tous les six mois environ, et quand il me faut des nouveaux vêtements, je chasse quelqu'un de ma taille," lui dit-il d'une voix joyeuse avant d'attendre sa réaction.

Elle arrêta de pousser le caddie et le regarda fixement, sans bouger. Finalement, elle haussa les épaules et recommença à avancer. "C'est logique."

"Heureusement que c'est pas un travestit," marmonna-t-elle. Apparemment, elle avait fini de nous parler. Garrett eut l'air déçu par son manque de réaction mais aussi légèrement impressionné par son manque de peur. J'étais encore en train de rire lorsqu'on arriva à notre destination.

"Rouge, tu veux bien aller me chercher de la glace et des Pamprin?" m'ordonna-t-elle sur un ton interrogateur.

"Non," répondis-je sèchement. Avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit, Garrett se porta volontaire. Je pense qu'il essayait de s'attirer ses bonnes grâces. Lèche-cul. Elle hocha la tête et il partit comme un brave garçon.

"A vitesse humaine," lui rappelai-je doucement.

"Voilà qui va prendre longtemps," marmonna Citrouille.

"N'oublie pas, Cookie, un mètre," lui rappelai-je sévèrement. On devait aller lui chercher ses produits 'personnels' avant de se barrer aussi rapidement que possible. Elle hocha la tête et se tourna pour étudier les rayons. J'avais espéré qu'elle attraperait une boîte et qu'on repartirait aussi sec mais non. Ça aurait été trop facile.

"Je ne sais pas lesquels choisir. Qu'est-ce que tu en penses, Petey?" demanda-t-elle à voix haute et en parlant de plus en plus fort. On commençait à attirer l'attention des gens autour de nous. "Tellement de choix. Regarde toutes ces boîtes. Bon, commençons par le commencement, des serviettes ou des tampons? Peter?" Je me contentai de la regarder de travers. Je voulais la choper et la traîner jusqu'à la voiture, mais une foule avait déjà commencé à se former autour de nous. Bordel.

"Je pense qu'on devrait prendre des tampons," me dit-elle dans un chuchotement assez fort pour que tout le monde l'entende. "Je sais l'effet que cette odeur vous fait à toi et à tes amis." Ma mâchoire tomba alors qu'elle me faisait un sourire moqueur. Ce n'était pas facile du tout de m'embarrasser; en fait, j'étais généralement le tourmenteur d'hommes plus faibles que moi, mais je serais devenu plus rouge que le nez de Rodolphe si j'avais pu. Des mères de familles me regardèrent de travers avant d'entraîner leurs enfants dans la direction opposée, des hommes rigolèrent grassement, et un groupe d'ados dégingandés me montrèrent du doigt en se foutant de ma gueule.

"Qu'est-ce que tu en dis? Always ou Tampax? Applicateur en plastique ou en carton? Je sais que tu as dit que je devais prendre le moins cher possible mais ça va me gratter et..." Elle continua à parler d'une voix forte, hachée et dramatique. Oh mon Dieu! Elle continua et continua et tout ce que je fis, ce fut rester là, à la regarder avec la bouche grande ouverte jusqu'à ce qu'elle soit prête pour son grand final.

"Je suis tellement confuse!" commença-t-elle à brailler. "Je veux ma mère et tu ne m'aides pas du tout et je ne sais pas quoi acheter. Qu'est-ce que tu veux que je fasses?" Une employée eut pitié de moi en me voyant complètement ahuri, et elle s'approcha d'Isabella.

"Venez là, ma chère," lui dit-elle d'une voix douce. Citrouille devait vraiment être prête à tout pour son plan; je la vis grimacer et serrer les dents lorsque la femme passa son bras autour d'elle.

"Elle me touche!"

"Reste calme encore quelques secondes."

"Suis le plan. Suis le plan," psalmodia-t-elle doucement avant de se reprendre.

La femme, ignorant tout de la panique qu'elle lui avait causée en la touchant, commença à escorter Bella à travers le petit rassemblement de personnes autour de nous. Elle s'arrêta devant moi et me tendit trois boîtes de tampons. "Achetez ceux-là. Elle vous retrouvera à l'entrée du magasin." Tournant à nouveau toute son attention vers l'actrice qui reniflait dans ses bras, elle lui parla d'une voix douce et rassurante. "Ça peut être difficile à gérer mais les hommes sont ignorants. Allons vous rafraîchir un peu."

Je m'approchai d'elle pour protester lorsque deux choses arrivèrent simultanément. L'humaine plissa les yeux en me regardant, "Mon manager va vous escorter jusqu'en caisse." Elle fit un geste de la main vers un jeune homme à sa droite et Isabella souffla, "Les caméras te surveillent, Rouge. Si tu ne le suis pas, je crierais 'vampire', crois-moi, je le ferais. S'il te plaît, pars." Ses yeux me supplièrent pendant un instant avant qu'ils ne retrouvent leurs lueurs diabolique.

"N'oublie pas les protèges-slips, Petey. S'il te plaît." Elle renifla piteusement pour dissimuler son amusement. Après que j'ai été escorté vers l'entrée du magasin par le petit con graisseux qui me dit d'attendre à la caisse la plus lente que j'ai jamais vu, je vis un Garrett très confus se diriger vers moi, escorté par son propre 'garde'. Une fois qu'ils m'eurent rejoints, le manager nous fit la leçon sur le comportement approprié à suivre dans les magasins et nous demanda sèchement de faire nos achats dans un autre magasin à l'avenir.

"Je ne comprends pas. Elle voulait se débarrasser de nous?" me demanda Garrett. Je lui fis signe de se taire et essayai de la repérer dans cet enfer mercantile. Je me sentis à nouveau impuissant, debout là, mes bras remplis de produits hygiéniques sous la surveillance de deux agents de sécurité et de toutes les caméras du magasin.

Lorsque j'entendis Citrouille convaincre un employé qui venait de finir le boulot de la conduire quelque part, je sifflai, "Lorsqu'on l'aura rattrapée, je vais la tuer."

Je devins encore plus paniqué lorsqu'on l'entendit partir par la porte de service alors qu'on était encore à la caisse. Mon cerveau décida qu'il était temps de se remettre en route et je lançai un billet de cent dollars au caissier et au manager avant qu'on ne parte aussi vite que possible, tout en gardant une vitesse humaine (certes, c'était une vitesse digne d'un participant des Jeux Olympiques mais tout de même), les mains pleines de produits féminins.

Je retrouvai son odeur dans le parking, sur la droite du magasin. Suivant nos nez, on aperçut une vieille Honda prendre un virage et je reconnus son rythme cardiaque. "Elle est montée en voiture avec un parfait étranger. Je vais la tuer," grogna Garrett.

Je marmonnai mon approbation et on s'élança, suivant la voiture d'aussi près que possible tout en restant à couvert sous les arbres. Sa destination sembla être la plus vieille station-essence au monde. Elle remercia son chauffeur sans même le regarder alors qu'elle se précipitait dans le magasin. Garrett fit mine d'aller appréhender notre petite fugitive, mais je l'en empêchai.

"Je veux voir où elle va finir. C'était quoi son but? Je doute qu'elle ait fait tout ça pour aller s'acheter des bonbons. On sait qu'elle est en sécurité pour le moment, donc regardons ce qu'elle va faire." Je savais à en juger par la tension qui parcourait son corps et le regard enragé qu'il me lança que Garrett n'était pas d'accord avec ma décision, mais je n'en avais rien à foutre. On allait faire ça à ma manière et on avait besoin de réponses. Il hocha la tête et se détendit légèrement mais resta complètement alerte.

"Excusez-moi?" Elle essaya rapidement d'attirer l'attention du caissier, "Excusez-moi, monsieur, est-ce que vous avez un téléphone que je pourrais utiliser? C'est une urgence."

"Ouais. Dehors, près des toilettes," répondit-il d'une voix monotone sans même relever la tête. Elle le remercia et se précipita dehors, contournant la station tout en regardant autour d'elle pour s'assurer qu'elle était bien seule.

"Elle n'a pas d'-" commença-t-il mais il s'interrompit lorsqu'elle sortit de la monnaie de sa poche. Je ne sais pas comment elle s'était débrouillée mais ça prouvait clairement qu'on ne l'avait pas assez prise au sérieux. Je ne la sous-estimerais plus jamais.

On s'approcha du building alors qu'elle composait un numéro. Au bout de deux sonneries, on entendit quelqu'un décrocher et aboyer d'une voix bourrue, "Police Départementale de Forks, Sherriff Swan."

"Papa?" Elle souffla ce mot si tendrement et avec tellement d'émotion que je fus à nouveau abasourdi par cette fille. Elle ravala les larmes qui menaçaient de lui échapper et continua, "Papa, c'est moi."

"Bella?" demanda-t-il d'une voix incrédule.

Elle eut un rire sans joie. "Ouais Cha-Papa, t'as une autre fille?"

"Isabella! Où es-tu? On a apprit ce qui s'est passé à l'hôpital."

"On?" Sa voix perdit toute émotions; complètement neutre.

Il souffla. "Oui, on. Jake est ton meilleur ami. Bien sûr qu'il s'inquiète. Si tu te rends maintenant, on pourra t'aider."

"Papa, je ne peux pas faire ça. Je t'ai appelé pour te prévenir-" Il l'interrompit avant qu'elle ne puisse continuer.

"Ça suffit. Je ne peux pas t'aider si tu ne veux pas de mon aide. Il est temps que tu apprennes ce qu'est l'amour à la dur. J'ai laissé cette situation continuer trop longtemps."

"Sûr, sûr. Si tu le dis, Papa; je ne veux rien de toi. Je t'ai appelé pour te prévenir au sujet de J-Ja-Jacob." Son souffle se fit haletant lorsqu'elle cracha son nom. Je lui jetai un coup d'oeil et vis qu'elle avait pressé son front contre le building et que ses yeux étaient fermés.

"Quoi Jake?" demanda-t-il avec irritation avant de murmurer, "Si c'est cette histoire de loup-garou, je sais déjà."

Loup-garou? J'étais sans voix. Je me tournai vers Garrett et vis qu'il avait la même expression d'horreur confuse sur le visage que j'étais sûr d'avoir. Ses cicatrices venaient d'un loup-garou. Comment cette humaine ordinaire avait-elle pu survivre à une attaque de vampire et une attaque de loup-garou? Bordel.

Elle inspira brusquement, "Tu sais. Tu sais qu'il m'a attaquée?"

"Attaqué?" Il poussa un soupir. "Bella, j'ai honte de toi. C'est ton meilleur ami. Celui qui t'a remise sur pieds quand la sangsue et sa famille t'ont abandonnée dans la forêt comme un chien. Comment oses-tu essayer de salir son nom?"

"Non! Papa, il-" Il l'interrompit à nouveau. J'eus l'impression que les conversations n'étaient pas son point fort.

"Il m'a dit que tu finirais peut-être par l'accuser mais je n'y avais jamais cru. Pas ma fille. Jake m'a déjà dit ce que tu as fait, Isabella, pas besoin de mentir." Lorsqu'on lui jeta à nouveau un coup d'oeil, on vit des larmes rouler sur ses joues rouges. Mon cœur de pierre se brisait un peu plus à chaque seconde qui passait. Je ne savais pas quoi faire, intervenir ou la laisser continuer? Alors on ne fit rien.

"Que t'a-t-il dit?" lui demanda-t-elle d'une petite voix.

"Il m'a parlé des voix et de tes tentatives de suicide."

"Tentatives?" Elle semblait si épuisée que j'étais convaincu qu'elle allait s'effondrer d'une seconde à l'autre.

"Oui, tout. Il m'a dit que quand il t'a dit qu'il allait s'occuper d'Emily après la mort de Sam, tu t'es jetée sur lui." Sa voix était glaciale et comparée à celle de Citrouille, elle semblait vicieuse mais il n'avait pas encore fini. "Quand il t'a rejetée, tu l'as provoqué jusqu'à ce qu'il perde son calme. C'était un accident, rien de plus."

"Papa! Je suis entrée à l'asile pour toi. Pour te protéger." C'était horrible de la regarder supplier son père de l'écouter, de la croire, mais rien ne convaincrait cet homme.

"Isabella! Je ne t'écouterais PAS salir le nom d'un brave jeune homme juste pour justifier ton comportement inacceptable. Tu es volontairement entrée en hôpital pour recevoir l'aide dont tu avais besoin et maintenant je te suggère d'y retourner." Puis il raccrocha.

Elle resta debout là, les yeux fermés, le téléphone lui hurlant sa tonalité à l'oreille. On était tous figés. Je n'avais absolument aucune idée de ce que je pourrais bien faire pour la réconforter alors qu'elle devait une fois de plus s'habituer à une réalité bien plus horrible que celle à laquelle elle s'attendait. Le téléphone finit par glisser de sa main et elle fit volte-face comme si elle fonctionnait en mode auto-pilote et se dirigea vers les toilettes des femmes.

Redoutant qu'elle se perde complètement dans sa tête ou qu'elle fasse quelque chose de stupide, on la suivit quelques secondes plus tard. Lorsqu'on entra dans les toilettes dégoûtantes, la voir roulée en boule sur le sol alors que son corps tremblait sous la force de ses sanglots, fut atroce. Alors que Garrett s'asseyait contre la porte, serrant les produits féminins et la glace fondue de Citrouille contre lui, je m'approchai prudemment du coin où elle s'était roulée.

"Citrouille?" appelai-je doucement. Elle ne réagit absolument pas à ma présence, donc je fis ce que j'avais voulu faire depuis l'instant où sa première larme avait coulé. Je la pris dans mes bras et me rassis avec elle sur mes genoux. Après s'être raidie pendant une minute, elle fondit dans mon étreinte et continua à pleurer avec amertume. Je restai assis là, à la bercer lentement, satisfait parce qu'elle était dans mes bras, parce que je pouvais lui offrir un peu de réconfort dans cette foutue situation.

Lorsqu'elle finit par s'endormir, je l'allongeai sur la banquette arrière de ma camionnette, et on reprit la route en silence.


Prochain chapitre : Juste une histoire

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