Le brouillard

"Within, walls continued upright, bricks met neatly, floors were firm, and doors were sensibly shut; silence lay steadily against the wood and stone of Hill House, and whatever walked there, walked alone."

Shirley Jackson, The Haunting of Hill House

Chapitre I
Où l'on se dit que les gens sont décidément bien antipathiques

D'un geste superflu, quoiqu'un peu rassurant, elle rajusta son imperméable sur ses épaules. Une rafale de vent lui fouetta le visage et envoya ses cheveux valser devant ses yeux. Ses doigts se crispèrent sur le bastingage. Aussitôt, une nouvelle bourrasque la secoua tant et si bien qu'elle crut un instant valdinguer par-dessus bord. Le chapeau de feutre qu'elle portait, en revanche, ne résista pas, et, emporté par la rafale, s'en alla tournoyer au-dessus des eaux à quelques mètres au-delà de l'esquif. La jeune femme cracha un juron qui se noya dans les sifflements de la tempête.

- Pas le pied marin, à ce que je vois, déclara avec amusement l'homme qui se tenait à la barre.
- Pas trop, non. N'y a-t-il donc pas moyen de transplaner ?
- Transplaner ? Vous êtes une marrante, vous. Si on pouvait transplaner à Azkaban, toutes les cellules seraient vides depuis un bon bout de temps.

Elle avait encore parlé sans réfléchir. C'en était affligeant. Lorsqu'elle ne se sentait pas à son aise, elle ne pouvait s'empêcher de débiter un flot d'inanités qui la faisait immanquablement passer pour une crétine finie. En cet instant, elle était pourtant animée d'un irrépressible besoin de tenir une conversation, sans doute parce que c'était là le meilleur moyen d'empêcher ses dents de claquer.

- Et on ne peut pas atteindre la prison en balai ?
- Par ce vent, ce serait du suicide.
- Ca souffle toujours comme ça ?
- Souvent. Mais vous savez, ce n'est pas plus mal. Ca dissipe le brouillard.

Elle ne prêta pas plus d'attention à la remarque de Norman Harcon, toute occupée qu'elle était à le détailler du regard. La quarantaine bien conservée, quoique légèrement grisonnante, il avait les deux pieds vissés sur les planches avec une assurance qu'elle lui enviait. Une barbe de trois jours obscurcissait son menton. Et puis, il avait ces yeux. Noirs, très noirs, avec des pupilles immenses sous leurs paupières en amande. Des yeux de requin, songea-t-elle. Un requin en pleine mer.

- Dites, je ne voudrais surtout pas vous vexer, mais j'aurais besoin de vérifier que vous êtes bien Auror. Question de sécurité, vous comprenez, je ne peux pas faire entrer n'importe qui.
- Bien entendu.

Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de parvenir à saisir entre ses doigts la carte qui se trouvait dans la poche intérieure de son imperméable tant ses mains lui semblaient deux blocs de glace. Elle la tendit à l'homme. Brusquement, elle eut honte. Elle n'aurait trop su dire de quoi. Honte de sa photo d'identité, dont le regard fuyant évitait toujours de croiser celui de ceux qui la contemplaient, peut-être. Honte de ce visage auquel elle ne s'était jamais tout à fait habituée. Honte, aussi, tout simplement, d'être là, si petite. Pour la première fois, elle réalisa qu'elle ne savait absolument pas ce qu'elle faisait, qu'elle était dans l'obscurité la plus totale. Elle sentit un creux se forer dans son ventre.

- Magdalena Rohwe, hein ? C'est joli comme nom.
- Appelez-moi Maggie, j'ai l'habitude.
- Eh bien Maggie, sans indiscrétion de ma part, c'est pas bien courant de voir une femme seule se rendre à Azkaban, surtout lorsqu'elle n'a pas de menottes aux poignets. Je peux vous demander ce que vous venez chercher ici ?
- Un meurtrier.
- Vous allez être servie, on n'en manque pas.
- Oh, vous ne m'avez pas comprise. Je cherche des indices. Je suis chargée d'enquêter sur un certain empoisonneur.
- Je vois. J'ai eu vent de l'affaire, comme tout le monde je crois. Mais en fin de compte je n'en connais que ce que raconte La Gazette.
- Si vous savez qu'un détraqué s'amuse à éliminer les serviteurs de Vous-Savez-Qui acquittés à la suite de leur procès, vous en êtes à peu près au même niveau que moi. Pour ne rien vous cacher, l'enquête piétine.
- A ce point ? Etonnant, alors, que le Bureau des Aurors ne m'envoie que vous.
- Pour vous parler franchement, le Bureau des Aurors s'en contrefout. Ca les arrange bien, j'ai l'impression, que quelqu'un s'amuse à liquider Ses suppôts.
- Ah oui ?
- J'ai bien peur d'être la seule à m'intéresser à leur cas, poursuivit-elle. J'ai comme l'impression que la plupart des gens ont du mal à les considérer comme des victimes. J'irais même jusqu'à dire que certains seraient prêts à offrir une médaille à l'assassin.

Et puis, il y a quelqu'un à qui je le dois, fut-elle tentée d'ajouter.

Norman hocha la tête avec un air éclairé.

- Laissez-moi vous confier une chose, jeune fille. Lorsqu'ils débarquent ici, coupables ou innocents, ils sont tous les mêmes : ils crèvent de trouille. Les humains sont tous identiques devant la peur.

Il marqua une pause, comme pour ménager ses effets.

- Les seuls qui soient un peu différents, ce sont les cadavres.

Il éclata d'un rire sec, et Maggie jugea qu'il était temps pour elle de mettre fin à cette conversation.

[…]

Accoudé au bastingage, Norman Harcon contempla un instant la photo qui illustrait la carte que lui avait tendue la jeune Auror. Mignonne, la gamine. Des lèvres trop épaisses, peut-être, mais son côté grande perche dégingandée n'était pas pour lui déplaire.

Il fut ravi de constater qu'elle était aussi cruche que sa réputation le laissait supposer.

Magdalena Rohwe, lut-il. Un nom très évocateur, ça Magdalena. Ses lèvres se tordirent en un sourire faux, et il articula :

- Magdalena, hein ? C'est joli comme nom.
- Appelez-moi Maggie, j'ai l'habitude.

[…]

Ce froid, bon sang, ce froid. Narcissa songea un instant au manteau de fourrure qui était demeuré, enveloppé dans sa propre chaleur, au fond de l'armoire du salon. S'occuper, penser à autre chose. Elle écouta un instant les gerçures creuser des sillons sur ses lèvres. Ce froid, bon sang, ce froid.

- Madame Malefoy ?

Son rouge à lèvres. C'était toujours la première pensée qui traversait son esprit lorsqu'on lui adressait la parole. Il y avait tant de façons différentes de mal porter son rouge à lèvres. Il pouvait s'effriter et former des cloques sur sa jolie bouche, ou bien s'enfuir de la jonction des lèvres, et ne former plus qu'un contour fantôme de sa propre couleur.
Et Narcissa ne haïssait rien de plus que les gens qui portaient mal leur maquillage.
Elle hésita un instant à se rassurer, rapidement, en jetant un coup d'œil au petit miroir incrusté dans son poudrier. Mais il lui faudrait pour cela sortir ses mains des poches de sa veste cintrée. C'était au-dessus de ses forces. En cet instant, elle ne savait de toute façon même plus si elle avait encore des mains.

- Madame Malefoy ?
- En personne.
- Enchantée. Je suis Magdalena Rohwe. Vous pouvez m'appeler Maggie.
- Je ne crois pas, non.

La jeune femme garda la bouche ouverte sur l'embryon de sa prochaine phrase, les yeux légèrement écarquillés. Narcissa s'en félicita intérieurement, bien que son visage demeurât aussi figé que ses boucles laquées. Magdalena se décida cependant à reprendre, se dandinant d'un pied sur l'autre :

- Il fait sacrément froid, n'est-ce pas ?
- Vous croyez ? C'est bien aimable à vous de me le signaler, je ne l'aurais pas deviné toute seule.

S'ensuivit un nouveau silence embarrassé. Narcissa n'eut cependant pas le loisir de se demander si cette gamine oserait revenir à la charge.

- J'ai… J'ai été envoyée par le Ministère pour enquêter sur votre époux, ânonna Magdalena en lui tendant une carte qu'elle ne daigna pas même regarder.
- Vous vous y prenez un peu tard, non ? Son procès a déjà eu lieu, à ce que je sache.
- Je n'enquête pas à proprement parler sur lui. J'ai simplement pensé qu'il… que vous auriez besoin de ma protection.

Madame Malefoy la jaugea non sans un certain amusement. Grande, certes, mais moins qu'elle-même. Maigre comme un clou, aussi, avec des jambes qui ressemblaient à des aiguilles à tricoter. Toute pâle, comme si on pouvait lui passer au travers. Et surtout, ce regard fuyant, ces grands yeux en amande, bruns et larmoyants. Comment pouvait-elle se prétendre capable de la protéger ? C'était une crevette, une vraie crevette, et les crevettes, elle les empalait sur des cure-dents et les gobait napées de sauce cocktail.

- Et qu'est-ce qui peut vous faire penser que nous voudrions de votre… protection ?
- Je vous aviserai de ne pas prendre ma demande à la légère, la défia Magdalena. Votre époux a été innocenté, Madame.
- Eh bien, c'est merveilleux.
- Vous savez aussi bien que moi ce qui arrive à ceux qui sont à la fois libres et porteurs de la Marque.

Narcissa ne put s'empêcher de frissonner, et mit cela sur le compte du vent glacial. Elle rajusta avec empressement son foulard autour de son long cou blanc, et d'une œillade autoritaire, invita la jeune Auror à poursuivre. Le ton de celle-ci se radoucit.

- J'ai besoin de votre coopération, Madame Malefoy. S'il vous plait, parlez-moi de l'incarcération de Lucius.
- Comprenez-vous, je ne voudrais pas que nos drames finissent par noircir les colonnes de La Gazette.
- Ne vous en faites pas, tout ce que vous pourrez me dire demeurera strictement confidentiel.

L'épouse Malefoy, cependant, désigna d'un regard dubitatif la personne qui se tenait à quelques mètres de là, adossée au bastingage.
Comme un chien aux aguets, plume à l'affût et calepin à la main, Rita Skeeter semblait attendre que le vent daigne lui souffler quelques bribes de conversation.

- Strictement confidentiel, dites-vous ?

Narcissa laissa échapper un petit éclat de rire, puis se tourna vers la mer glacée, mettant un terme à leur conversation. Résignée, Magdalena soupira, et se dirigea d'un pas hésitant vers l'avant du navire.

Ce froid, bon sang, ce froid.

[…]

Le jeune homme chargé de l'enquête ne semble pas laisser l'épouse Malefoy indifférente. Lorsqu'il lui adresse la parole, ses pommettes slaves se colorent de rose. Celle que l'on a par le passé qualifiée de reine des glaces fond comme neige au soleil devant le jeune Auror, et son rire résonne dans tout le navire. A les voir, on ne croirait pas qu'elle vient à la rencontre de son époux, incarcéré depuis huit mois à la prison d'…

C'est alors que Rita vit Maggie se retourner, et qu'elle fut surprise par la longueur de ses cils, par la petitesse de son menton, et par ses lèvres au tracé diablement féminin. Aplatissant du plat de sa paume le casque blond de son carré dûment laqué, elle se fit la réflexion qu'il n'y avait pas idée pour une jeune femme d'adopter des manières aussi masculines.

La plume à papote hésita un instant, dressée de tout son long au-dessus du calepin, attendant les ordres.

- Remplace donc jeune homme par jeune femme, conclut la journaliste en accompagnant ses propos d'un grand geste de la main. Ce sera d'autant plus scandaleux.

Et son instrument s'exécuta.

[…]

Pansy souffla dans ses mains placées en coupe autour de sa bouche. La chaleur de sa respiration embua ses lunettes. Elle s'en fichait. Ce n'est pas comme s'il y avait eu quoi que ce soit d'intéressant à voir, de toute façon. Juste des vagues qui tressautaient, et qui vous crachaient des éclaboussures glacées dans le dos.

Elle se demanda ce que Drago faisait, au Manoir. Il était sûrement étendu de tout son long dans un divan moelleux, les doigts pressés contre une tasse de thé brûlant. Elle l'avait trouvé lâche, au début, de ne pas venir. Elle avait même ri aux éclats lorsqu'il avait tenté de se justifier en lui envoyant un hibou lui expliquant que Narcissa avait catégoriquement refusé qu'il l'accompagne. A présent, elle se disait qu'elle aurait sans doute été bien inspirée de faire de même. Pourquoi avait-elle supplié Madame Malefoy de l'emmener avec elle, déjà ?

Elle se souvint des événements comme elle les avait racontés à Narcissa, le lendemain de manière hachée, en essayant très fort de ne pas pleurer : de la chambre fermée à clef, et des chaussures d'Acacia Parkinson, jetées en désordre sur le paillasson de l'entrée. Elle n'avait pas pris le temps d'en défaire les lacets avant de les ôter, se disant certainement qu'elle en aurait tout le loisir plus tard. Pansy se demanda fugacement si elle portait quelque chose aux pieds lorsque les Aurors l'avaient emmenée.

Après tout, elle avait attendu huit mois de revoir sa mère. Elle aurait bien pu patienter deux jours de plus, avec Drago, les doigts pressés contre une tasse de thé brûlant. Elle ne l'avait plus vu depuis presque aussi longtemps ; plus depuis qu'il avait jugé bon de prendre des vacances à l'étranger, au début des procès des Mangemorts. Elle soupira.

Pansy devait bien se l'avouer, elle avait la trouille. Comme si… comme si un crochet planté dans son ventre la rattachait encore à la terre ferme, et qu'il la déchirait de l'intérieur alors que le bateau s'enfonçait dans la mer. Déjà, les vagues s'étaient refermées sur l'Angleterre. Vraiment, il n'y avait plus rien à voir.

Soudain, la réalité la frappa comme une évidence.

L'idée d'Azkaban la terrifiait.

[…]

Leurs têtes se levèrent en concert. Au-devant d'eux, pareille à un monstre de roche, l'île d'Azkaban émergeait de la tempête. Tous se demandèrent comment ils parviendraient à atteindre le haut de cette falaise monumentale. Tous, sauf Norman, qui connaissait l'endroit comme le fond de sa poche.

Dans une certaine mesure, du moins.

Il s'approcha d'un ponton qui s'enfonçait dans la mer au pied de l'île, et, lorsqu'il atteint le débarcadère, il immobilisa le bateau d'un sort, au milieu des vagues et des bourrasques.

Un à un, les passagers mirent pied à terre. La plus jeune du groupe fut la dernière à quitter le navire, et ce d'un pas sans doute plus hésitant que celui des autres. Norman songea, non sans sourire, qu'elle avait raison de se méfier. Après tout, elle n'était pas n'importe où.

Du coin de l'œil, il avisa la journaliste qui tentait de déchiffrer le nom de l'embarcation, étalé en lettres passées sur sa coque.

- Le Styx, commenta-t-elle en frottant ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer. Charmant.
- Bienvenue en enfer ! répondit Norman en désignant l'île d'un grand geste du poignet.

Si les sourcils de Rita Skeeter n'avaient pas été épilés en accents circonflexes, il aurait remarqué son air profondément dubitatif. Le soupir agacé qu'elle laissa échapper, cependant, suffit à exprimer son appréciation de la plaisanterie.

Norman Harcon était très certainement le plus enthousiaste spectateur de son propre public.

[…]

Narcissa grimaça en apercevant la volée de marches qui escaladait le flanc de l'île. Etant donné la hauteur de ses escarpins, elle aurait sans doute bien du mal à entreprendre l'ascension. Maggie ne manqua pas de lui lancer un regard qui se voulait méprisant, mais elle se refroidit immédiatement en rencontrant les iris polaires de Madame Malefoy. Cette femme pouvait décidemment s'avérer sacrément intimidante, en plus d'être un véritable glaçon. Elle ne put s'empêcher de rougir jusqu'aux oreilles, et se sentit tout bonnement ridicule.

Elle ne l'avait jamais aimée.

Désireuse de cacher sa gêne, elle ouvrit la marche, ses mains profondément enfoncées dans ses poches. Parce qu'elle avait le nez enfoui dans son écharpe, elle ne releva pas le clin d'œil entendu que Rita Skeeter lui lança sous l'auvent de ses faux cils, et ne comprit pas davantage pourquoi la journaliste s'empressa de noter quelque chose sur son calepin.

La montée lui sembla infinie, peut-être parce que la façade rocheuse de la falaise ne lui permettait pas de déterminer si, oui ou non, elle avançait réellement. Il lui sembla qu'elle piétinait encore et toujours la même marche avec obstination, et elle grelottait de froid.

[…]

Pansy avait mal au crâne. Comme si on lui tournait une vrille en travers de la tête. C'était le vent, sûrement. Elle ôta ses lunettes et les glissa dans sa poche. Peut-être n'avait-elle pas particulièrement envie de regarder en face ce qui l'attendait là-haut. Quelque chose en elle lui souffla qu'elle avait l'impression d'avancer en spirales le long des anneaux d'un grand serpent de mer. Et au sommet… au sommet, c'était la gueule.

Elle secoua brusquement la tête. Allons bon, toutes ces pensées étaient ridicules. Après tout, elle n'avait rien à craindre. Elle ne serait à Azkaban que pour quelques heures. On libérerait sa mère, et puis… et puis quoi ? On verrait bien. Elle n'était là qu'en qualité d'invitée, après tout.

Oui, c'était exactement cela : en qualité d'invitée. Ravie de vous recevoir, mademoiselle Parkinson. Nous vous avons réservé notre cellule la plus confortable. Mais non, c'est normal, vous êtes notre invitée. Excusez-nous, il fait un peu frisquet. Une cigarette, peut-être ? Ce sera la dernière…

Elle sourit toute seule. Puis, elle leva la tête, et son rire s'étrangla dans sa gorge. La prison se dressait devant elle, immense, l'écrasant de toute sa hauteur. Et elle comprit, d'un coup, pourquoi on n'en ressortait pas.

[…]

Car elle fermait la marche, Narcissa fut la dernière à pouvoir embrasser de l'œil l'immensité de l'île d'Azkaban. Elle laissa échapper un grognement étouffé qui forma une buée froide au-devant d'elle. Elle n'aurait su traduire son étonnement de manière plus expressive. Lucius lui en avait parlé, certes, mais elle n'avait pas imaginé un seul instant que ce serait si… si quoi ?

Presque sans en avoir conscience, elle posa une main maternelle sur l'épaule de Pansy et l'attira contre elle.

- Surtout, ne t'éloigne pas du sentier, lui souffla-t-elle.

La jeune fille se laissa faire et hocha la tête, les yeux écarquillés. Elle frotta les verres de ses lunettes contre la manche de son pull et les remit sur son nez.

- Oui, répondit-elle dans un filet de voix.
- Vous avez bien raison, Madame, renchérit le batelier. Si vous vous aventurez sur les parterres, ne comptez pas sur moi pour venir vous chercher.

- Pourquoi pas ? l'interrogea une petite voix.

Toutes les têtes se tournèrent vers Magdalena Rohwe. Narcissa songea qu'elle était soit complètement stupide, soit particulièrement habile à le faire croire.

- Née de parents Moldus, je présume ?

L'Auror acquiesça.

Je l'aurais parié. J'en ai vu défiler, des Sang-de-bourbe, et maintenant, je les devine d'instinct. Il y a comme une odeur de souillure autour d'eux.

- Les herbes qui jonchent le sol de l'île, Mademoiselle, ne sont pas des herbes ordinaires. Il s'agit de tourmentine, ni plus ni moins. Commettez l'erreur de la fouler du pied, et vous êtes égaré pour toujours. Vous pourriez vous trouver à un mètre du sentier, vous n'en tourneriez pas moins en rond, incapable de retrouver votre chemin, jusqu'à ce que vos jambes ne soient plus que de l'os et que vous tombiez en poussière, ou bien…

Il désigna du doigt les vagues qui se brisaient au pied de la falaise.

- Ou bien que vous ne fassiez le grand plongeon.
- Je vois, ajouta Rita Skeeter, impassible. Il n'y a donc qu'une voie d'entrée à Azkaban, et c'est la bande de terre sur laquelle nous nous trouvons en ce moment même ?
- C'est exact. Un seul moyen d'entrer, et un seul moyen de sortir.

Narcissa sentit que ces propos envoyèrent une décharge glacée le long de la colonne vertébrale de Pansy.

- Et cette unique porte de sortie, je la surveille en permanence. Voyez plutôt : à un bout du chemin, ma cabane. A l'autre… eh bien, Azkaban. Alors quand bien même un prisonnier parviendrait à quitter sa cellule, il serait, dans le meilleur des cas, piégé par la tourmentine, et dans le pire… cueilli par mes soins, dirons-nous.

Il souligna son explication d'un sourire mauvais.

- Et après ça, vous vous étonnez que cela m'amuse qu'on dise de Poudlard que c'est l'endroit le plus sûr du monde ! C'est ici que vous auriez dû envoyer les gosses pendant la grande bataille, je pense. Bien au chaud dans une cellule. En sécurité.

La cadette des sœurs Black ne put déterminer si oui ou non il plaisantait.

[…]

- Narcissa, vous avez besoin d'aide ?
- Non, bien sûr que non, je n'ai pas besoin d'aide, répondit l'intéressée en serrant son sac à main sous son coude. Ca va, Pansy, passe devant.

Pour parler tout à fait franchement, Pansy eût largement préféré rester auprès de Madame Malefoy. D'un autre côté, cependant, elle connaissait son sens de la dignité. Elle aurait certainement préféré se jeter du haut de la falaise plutôt que d'admettre qu'elle galérait pour avancer dans la terre molle du sentier, perchée sur ses talons aiguilles.

Les ampoules qu'elle n'allait pas se taper… C'était malin, aussi, de porter des chaussures pareilles alors qu'elle n'avait de toute évidence pas l'habitude de marcher avec des talons hauts.

La jeune fille haussa les épaules et rattrapa en trottinant le reste du groupe. Allons, elle n'avait pas besoin de Narcissa. Elle n'avait rien à craindre, vraiment. Après tout, se raisonna-t-elle, dès lors qu'elle ne mettait un pas un pied hors du sentier, rien ne pouvait lui arriver.

[…]

- Mais tu trembles ! s'étonna Maggie.
- Non, je vais bien, protesta Pansy.
- Tu n'as pas de manteau.
- Mon pull me tient chaud.
- Tu en es sûre ?
- C'est de la laine de Niffleur, décréta la jeune fille avec une indifférence supérieure. Vous savez ce que c'est, au moins ?

Ben voyons, songea l'Auror, de la laine de Niffleur. Il lui aurait fallu trois mois de salaire pour se payer un pareil vêtement.
Elle se sentit soudain submergée par l'envie de coller une bonne paire de baffes à cette sale petite prétentieuse.
Pourtant, elle remarqua qu'il y avait quelque chose d'anodin dans le grelottement qui secouait légèrement ses lèvres. Et puis, elle tenait sa tête profondément enfoncée dans son col roulé, comme si… comme si c'était la meilleure manière de la garder rattachée à ses épaules.

Elle n'a pas froid, se dit-elle, elle est morte de peur. Un peu honteuse de l'avoir si hâtivement mal jugée, elle lui fit un signe compatissant de la tête, reboutonna son imperméable, et marcha silencieusement à ses côtés.

[…]

Après une longue et épuisante randonnée le long d'une route semée d'obstacles, nous parvînmes en bien piteux état à la prison d'Azkaban…

- Nous avons à peine marché dix minutes, protesta Pansy, qui avait lu par-dessus l'épaule de Rita.
- C'est une hyperbole, mon chou. Une simple figure de style tout à fait inoffensive.

La journaliste se racla la gorge, et la plume à papote reprit son élégant tracé.

Nous patientons depuis des heures, transis de froid…

- Ca, ça tiendrait plutôt de l'euphémisme, l'interrompit la fille Parkinson.

Rita lui lança une œillade foudroyante qui ne s'embla pas l'affecter outre mesure.

Etrange.

Autant cette gamine lui avait parue terriblement fuyante et indigne d'intérêt lorsqu'elles se trouvaient sur le bateau, autant elle semblait brusquement avoir trouvé une certaine assurance en pénétrant dans la prison.
Azkaban était décidément capable du pire comme du meilleur.

Nous patientons depuis des heures, transis de froid, dans un réfectoire jadis utilisé par les prisonniers. Qui peut prédire qui sera servi en repas ce soir ?

Elle hésita un instant, jaugeant son effet dramatique. Elle tapota pensivement la monture ornementée de ses lunettes, et la plume raya ces dernières phrases.

dans un réfectoire où bien des condamnés ont pris leur dernier repas. Qui sait quels fantômes sont attablés avec nous aujourd'hui ?

Rita ne put retenir un sourire satisfait.

A notre entrée à Azkaban, Armand Narcon, gardien au regard torve et à l'humour douteux, a pris soin de nous confisquer nos baguettes magiques et de les entreposer dans sa cabane. Seule la très - trop ?- jeune Auror qui nous accompagne a été autorisée à conserver la sienne. Bien entendu, votre chroniqueuse préférée s'est courageusement insurgée contre ces mesures discriminatoires et…

- Ah bon ? questionna Pansy.

Rita Skeeter posa sur sa lèvre un doigt à l'ongle laqué et lança un clin d'œil complice à la jeune Parkinson.

Une peste et une mêle-tout : cette gamine irait loin.

[…]

Encore des marches, se renfrogna Narcissa en entreprenant l'ascension de l'escalier en colimaçon qui menait aux cellules. Elle ne voyait pas devant elle, parce qu'ils avançaient tous en file indienne et que les murs étaient à peine assez espacés pour les laisser se glisser dans l'escalier. Elle se demanda un instant comment ils parviendraient à faire descendre cette armoire à glace de Goyle.
Pour ce que cela la concernait, il pouvait bien rester là-haut.

Elle allait revoir Lucius.
Après huit mois, elle allait revoir Lucius.
Si ces imbéciles ne lui avaient pas obstrué le passage, elle aurait couru comme une dératée en montant les escaliers. Peut-être. Si personne n'avait été là pour la voir, elle l'aurait peut–être fait.

Les yeux fixés sur le bout de ses pieds, Narcissa Malefoy compta les marches qui la séparaient de son époux.

Une marche.
Je me suis poudré le nez.

Deux marches.
Je me suis parfumée.

Trois Marches.
Pourquoi fait-il si froid même à l'intérieur ?

Quatre marches.
Mon rouge. Est-il bien mis ?

Cinq marches.
Si seulement ils pouvaient nous laisser seuls un instant, le temps que je lui explique…

Six marches.
Et si je pouvais sortir ce miroir de ma poche…

Sept marches.
Merlin, j'ai des cloques sur le bout des pieds. On les voit sous la transparence de mes bas.

Une marche.
Etrange, il me semblait avoir compté les autres... Je ne…

- Vous avez de la chance, l'interrompit Norman, qui la talonnait : ils ne sont qu'au premier étage.
- Je ne suis pas fatiguée, trancha Narcissa la Terrible en levant le menton.

[…]

- Maman !

Et puis Pansy oublie tout. Il n'y a plus que son front appuyé contre les barreaux, et cette main fébrile qui lui caresse les cheveux à travers leur interstice, et cette personne qui lui dit des mots qui font poussin, poussin, comme je suis heureuse de te revoir, et qui résonnent dans sa tête sans qu'elle cherche à les comprendre.

Pansy oublie qu'elle agit toujours en peste lorsque ses émotions se font trop fortes, elle oublie qu'elle déteste que sa mère l'appelle poussin, elle oublie le froid qui lui transperce le corps, et elle oublie de se demander pourquoi Acacia Parkinson a des chaussures aux pieds.

[…]

Ils seraient presque mignons, se dit Maggie en observant les époux Malefoy. Etranges, aussi. Elle regarda Lucius se pencher sur son épouse, timidement, et déposer un baiser comme un souffle sur ses lèvres. Leurs deux têtes blondes, si proches, firent comme une tache blanche sur le théâtre obscur d'Azkaban.

Oui, ils seraient presque mignons si cette bonne femme n'avait pas gagné à avoir quelqu'un pour la poignarder à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche.

Pas aussi mignons que les Parkinson, cependant, qui n'avaient pas attendu que Norman déverrouille la cellule pour se tomber dans les bras.

Et certainement pas aussi drôles que Garrick Goyle, qui se dandinait d'un pied sur l'autre avec l'air de se demander ce que diable il pouvait bien faire là. Pour un peu, Maggie se serait attendue à ce qu'il saute au cou de Rita Skeeter, ne serait-ce que pour compléter ce charmant tableau d'embrassades.

[…]

- Narcissa… Cissy, tu es là ?
- Eh bien, eh bien, le Méchant Loup s'est réveillé ? ironisa Harcon.

Tous les regards convergèrent vers la même cellule. Fenrir Greyback se tenait là, ses deux mains aux ongles griffus serrées autour des barreaux de sa prison. Norman fit miroiter au loup-garou les reflets métalliques de son trousseau de clefs.

- Tu peux te rendormir, sale bête. Toi, tu ne sortiras pas de sitôt.

Fenrir eut un rictus mauvais qui découvrit ses crocs. Il poussa un grognement qui n'avait pas grand-chose d'humain, et, de sa voix rauque, il déclara :

- Prends garde à ce que tu dis, Norman. Je pourrais très bien avoir quitté l'île avant toi.
- On parie ? le défia-t-il
- Pourquoi pas.

Le lycanthrope se désintéressa presque aussitôt du gardien d'Azkaban, et planta ses iris jaunâtres dans ceux de Narcissa Malefoy.

- Cissy, Cissy, tu nous as manqué.

Lucius lui lança un regard glacial et prit la main de son épouse dans la sienne. Fenrir ne sembla pas s'en inquiéter outre mesure. Puis, une ombre s'agita dans la cellule voisine, et la forme noire qu'était Scabior se redressa sur ses coudes.

- La petite Pansy est là aussi, à ce que je vois… Et Drago… Oui, bien sûr, Drago n'a pas pu venir.

Le regard des époux Malefoy darda des éclairs, et d'aucun eut l'impression que Lucius allait se précipiter vers eux pour les étrangler au travers des barreaux. Norman, cependant, articula avec détachement :

- Impedimenta.

Et les deux prisonniers s'écroulèrent à nouveau sur le sol.

- Vous voyez, au moins, du temps où il y avait encore des Détraqueurs, ils la bouclaient, commenta-t-il sobrement.

Puis, il se tourna vers Maggie, et lui murmura, plus discrètement :

- Vous n'auriez pas quelques victimes potentielles à interroger, par hasard ?
- Je m'en occuperai sur le bateau, répondit-elle sur le ton de la confidence. Je ne voudrais pas gâcher leurs retrouvailles en les inquiétant encore davantage avec mes interrogatoires. Après tout, tant que nous n'aurons pas mis le pied en Angleterre, rien ne pourra leur arriver.
- Comme vous avez raison, conclut-il dans un rictus.

[…]

J'aurais mieux fait de crever à Azkaban.

Cette idée se répercutait dans le crâne de Garrick Goyle sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour l'infirmer.

Il n'y avait plus rien pour lui, là-dehors. Plus rien. Son fils refusait de lui adresser la parole. Sa femme avait mis les voiles. Son ami le plus proche ne lui donnait plus signe de vie.

Il passa une main calleuse sur son crâne chauve, et se recoiffa de son petit chapeau melon. Le couvre-chef ne payait pas de mine, et le feutre du rebord était sacrément élimé, mais voilà bien longtemps que l'ancien Mangemort avait compris qu'il ne serait de toute façon jamais réellement élégant. Il était trop épais. Trop gauche. Alors, vous voyez, il n'essayait plus vraiment.

Les mains dans les poches, se balançant d'un pied sur l'autre, il observa les Parkinson qui s'enlaçaient en pleurant de grosses larmes. D'un côté, il était heureux pour elles, bien sûr. Il avait toujours bien aimé Acacia – plus que cette garce de Narcissa, en tous cas – et il avait souffert de la voir se ronger les sangs en pensant à sa fille, secouée de sanglots, allongée en chien de fusil dans la cellule d'à côté.

De l'autre… de l'autre, il aurait préféré ne pas être seul, en sortant. Ou du moins, avoir un autre solitaire à qui parler.

Jaloux, lui souffla quelque chose en lui.

C'est cela, il était dévoré par la jalousie. Furieux, même, que Gregory ne soit pas venu l'attendre. La fille Parkinson, elle, avait fait le voyage. Oh, bien sûr, Drago n'était pas venu, mais Drago… c'était le Système, pauvre gosse.
Il se visualisa, poussant la porte de la maison vide. Froide. Plus froide qu'Azkaban.

- Allez, les encouragea Harcon, si vous voulez rentrer, il faudrait s'y prendre maintenant.

Rentrer où ? Mais il n'osa rien dire, et il baissa la tête.

[…]

Il est de ces lieux dont on ressent au plus profond de ses entrailles qu'ils sont fondamentalement mauvais. Des bâtisses qui ont été construites pour vous engloutir tout entiers, qui vous toisent de haut quand vous les regardez de l'extérieur, et qui vous pèsent sur les épaules et vous digèrent doucement dès lors que vous en poussez la porte. Azkaban, se dit Maggie, était de celles-ci.

Et pourtant… pourtant, alors qu'ils traversaient sagement le long hall d'entrée, les uns derrière les autres, Maggie se sentit soulagée. Ses tripes se dénouaient doucement. Elle s'était imaginé, confusément, qu'elle ne sortirait pas d'Azkaban. A présent qu'elle était sur le point de mettre le cap vers son Angleterre natale, elle se trouva ridicule d'avoir nourri de telles pensées. Elle jeta un coup d'œil derrière elle. Pansy souriait, elle aussi.

Le clapotis des vagues avait même quelque chose de reposant.

Clapotis ?

- Tiens, le vent me paraît s'être calmé ! s'exclama Maggie.
- Mauvais signe, grogna Norman.

Elle tourna vers lui un regard empreint de perplexité.

- Je vous l'ai dit, précisa-t-il, le vent dissipe le brouillard.

Maggie haussa les épaules. Ce n'était pas un bête brouillard qui allait l'empêcher de quitter cette île de malheur. Déterminée, elle poussa les lourdes portes d'Azkaban.

Et là, elle comprit.

Ce n'était pas un brouillard. C'était... c'était comme si la personne qui avait construit cette prison ne s'était pas donné la peine d'imaginer le monde qui s'étendait autour. La brume était blanche, épaisse, opaque, et elle recouvrait tout. Elle tendit le bras devant elle, et elle vit sa main disparaître dans la purée de pois. Elle la ramena aussitôt à l'intérieur, presque soulagée de constater qu'elle était toujours rattachée à son poignet.

- Qu'est-ce que c'est que cette chose… souffla Acacia Parkinson.

Norman dépassa le petit groupe et s'approcha du seuil de la porte.

- Ca arrive, une fois de temps en temps, lorsque le vent cesse de souffler. Ne vous en faites pas, ça ne dure pas trop longtemps. Un ou deux jours, tout au plus.
- Vous plaisantez, s'étrangla Pansy.
- J'ai bien peur que non. Demandez à votre ami Lucius. Il y en avait un de ce genre lorsqu'il a été emmené ici pour la première fois.

Monsieur Malefoy pinça les lèvres.

- J'ai été contraint de le garder attaché dans ma cabane pendant vingt-quatre heures.

Le gardien d'Azkaban ponctua ses propos d'un sourire mauvais, et Maggie vit une veine battre contre la tempe de Lucius.

- Alors… alors vous voulez dire que nous allons devoir passer la nuit ici ? demanda Garrick Goyle.

C'était tout à fait étrange : pour un peu, il aurait eu l'air soulagé.

- En effet j'ai bien peur de devoir vous abandonner ici, les enfants. Impossible de naviguer par un pareil temps. J'ai failli m'écraser contre les rochers, la dernière fois que le brouillard nous a surpris.
- Nous abandonner ? Mais où allez-vous ?
- Vous voyez ce petit point rougeoyant, au loin ?

Tous acquiescèrent.

- C'est un Feufolley. Il émane une lumière si puissante qu'elle est la seule chose capable de transpercer cette purée de pois. Je le garde dans une cage que je pose près de ma fenêtre, en prévision de ce genre d'occasions. Ainsi, si je suis pris à Azkaban, il ne me reste qu'à marcher droit devant moi en direction du point de lumière.

Il se gratta le menton, puis ajouta :

- Bien entendu, si je n'avais pas l'habitude de faire le chemin, je ne m'y risquerais pas. Souvenez vous de ce qu'il vous arrivera de si vous déviez du sentier… Feufolley ou pas, vous êtes mort.

La petite Parkinson paraissait sur le point de fondre en larmes. Sa mère lui caressa les cheveux d'un geste nerveux.

- Je vous logerais bien dans mon humble demeure, mais j'ai à peine assez de place pour faire entrer un invité. N'est-ce pas, Lucius ?

Monsieur Malefoy plissa les yeux de colère contenue.

- Vous trouverez de la nourriture dans les placards du réfectoire. Depuis ce même réfectoire, vous pourrez accéder à un dortoir du personnel. Il date d'avant l'instauration des Détraqueurs.
- Pas de salle de bains ? s'inquiéta Madame Malefoy.

Norman désigna d'un signe de tête une petite porte qui s'enfonçait légèrement dans le mur.

- Il y a une salle d'eaux juste ici, mais allez savoir si elle est encore fonctionnelle.

Il lança son trousseau de clefs à la jeune Auror qui l'attrapa au vol.

- Maggie, je vous laisse les clefs, au cas où, sait-on jamais, l'un d'entre vous devrait être mis sous verrou (il souligna ses propos d'un sourire entendu).
- Que voulez-vous dire ?
- Oh, on n'est jamais trop prudent. A ce sujet, les feux de détresse se trouvent au sous-sol, si vous veniez à en avoir besoin. Pas certain qu'on les voie à plus de cinq mètres, cela dit, avec un brouillard pareil.

Il partit d'un grand éclat de rire.

- Allons, je vous abandonne. Soyez sages.
- Non ! le retint Pansy en s'agrippant à son bras. S'il vous plaît, je ne veux pas rester ici ! Pas un instant de plus !

D'un geste brusque de la main, il desserra la poigne crispée de la jeune fille.

- Pas de panique, mademoiselle. Vous savez, depuis qu'il n'y a plus de Détraqueurs, Azkaban est presque devenue supportable.

Sur ces mots, Norman Harcon disparut dans le brouillard.

- Supportable… répéta Narcissa. Si seulement il n'y avait pas ce froid…