Epilogue


Note d'auteur : Merci (beaucoup beaucoup) à catie147 pour ses corrections sur ce chapitre.


Elle raya en pensée cinq noms de la liste qu'elle avait dressée : Greyback, Scabior, Goyle, Parkinson. Demeuraient Dolohov, Rosier, Travis et Lestrange. Leur nombre ne l'inquiéta pas outre mesure.
Elle les traquerait un à un s'il le fallait.

Elle n'avait plus peur de grand-chose, à présent.

Oh, bien entendu, elle avait éprouvé quelques sueurs froides, à Azkaban. Une certaine forme d'angoisse. Mais cela avait tenu de la poussée d'adrénaline davantage qu'autre chose.
La peur qu'elle avait ressentie à Azkaban n'avait rien à voir avec la peur paralysante, les tenailles glacées dans le ventre qu'elle avait éprouvé lorsque Drago avait cessé de donner signe de vie.

La peur à Azkaban avait quelque chose… d'exaltant. Oui, c'était le mot. Elle s'était découvert des talents qu'elle ne se connaissait pas sur l'île du Diable, un certain instinct de survie. Une réactivité aux choses du monde. Un calme impénétrable.

Elle repensa au calepin qu'elle avait arraché au cadavre de Rita Skeeter :
La reine des glaces était sans doute un sobriquet un tantinet ridicule, mais il lui allait fort bien au teint.

Elle caressa la tranche du magazine qu'elle tenait entre ses mains, puis le jeta distraitement sur le désordre de la table basse.

Elle hésita un instant à sortir son poudrier. On se sentait toujours mieux sous un glacis de rouge à lèvres.

Mais non, pas aujourd'hui.
Il fallait se forcer à pleurer.

Enfoncée dans la banquette de la salle d'attente du Ministère, elle révisa son témoignage.

Oh, Merlin, je ne parviens toujours pas à le croire ! C'est comme si… comme si tout cela n'était qu'un affreux cauchemar.

Si seulement il m'avait écoutée ! Monsieur Harcon n'aurait jamais dû s'aventurer dans le brouillard ! Si vous saviez, j'entends encore l'abominable fracas du Styx s'écrasant sur les rochers… Et la tempête. Les vagues m'ont immédiatement submergée. Je crois… je ne suis plus très sûre…

(Faites de votre mieux, Madame Malefoy, la rassurerait sans doute l'Auror, plein de bonne volonté.)

Je crois... Je crois avoir cherché à saisir la main de Drago dans la mienne. Mais il y avait tellement de vent, j'étais désorientée… Et puis le bateau s'est retourné.

Si elle parvenait à éclater en sanglots à ce moment précis, vraiment, ce serait du plus bel effet.

J'ai réussi à m'agripper à une planche. Je m'y suis accrochée du plus fort que j'ai pu. Les vagues étaient si hautes, et j'étais comme aveugle. Il me semble que j'ai essayé d'appeler Drago et Lucius, mais ils n'ont pas répondu… ou bien, ou bien je n'ai pas entendu. La tempête soufflait si fort !
Je me suis hissée sur la planche à la force de mes bras. J'étais épuisée. Et puis, je crois… je crois que je me suis évanouie.

Pause. Oui il fallait marquer une pause. Ne pas se précipiter, c'était essentiel. Sortir son mouchoir, peut-être ? Et puis elle demanderait, des larmes encore brillantes au coin de ses yeux :

Vous pensez… vous pensez qu'ils ont une chance de s'en être sortis ?

La naïveté dans le drame a toujours eu quelque chose de charmant.

Et selon toute probabilité, l'Auror qu'on aurait appointé pour retranscrire ses propos la dévisagerait avec gêne, et lui répondrait en lui servant des inanités dans l'esprit de…

Je l'ignore, Madame… vous savez, c'était une fameuse tempête. Vous avez eu une chance extraordinaire dans votre malheur et il est peu probable que… enfin, je veux dire, il y a peu d'espoir.

Bien entendu, qu'on ne les retrouverait pas. Elle en avait pris grand soin.

Oh, c'est affreux ! Drago, mon pauvre petit Drago ! Et Lucius… Non, je ne peux pas…

S'effondrer et demander un verre d'eau, peut-être ? Lentement reprendre son calme, et puis…

Il y avait Greyback, Scabior et Garrick Goyle, aussi. A peine libérés de prison… Et Acacia… Merlin, c'était ma meilleure amie ! Et sa pauvre petite fille !

Vous êtes bien sûr, Monsieur, qu'il n'y a vraiment aucune chance ?

Et l'Auror, un peu penaud, secouerait négativement la tête.

Aucune chance.

Elle éclata de rire dans la salle d'attente. Une sorcière replète leva les yeux et la dévisagea brièvement avant de reporter son attention sur sa revue. Narcissa ne s'en inquiéta guère. Elle n'avait aucun mal à deviner quels ragots cette respectable dame colporterait à l'heure du thé : « J'ai aperçu l'épouse Malefoy, aujourd'hui. Oui, dans la salle d'attente du Ministère. Vous avez lu La Gazette ? Exactement ! Il semblerait qu'elle ait tout perdu, même la tête ! »

Aucune chance, elle en était certaine. Après tout, elle le savait, les cadavres nageaient désormais avec les poissons.

Oui, la chance avait été de son côté, tout du long. Car après tout, et si le brouillard avait tardé à s'installer ? Et si Magdalena l'avait surprise à essayer de dérober sa baguette magique ? Et si Harcon s'était tenu sur ses gardes ? Et si Rita Skeeter n'avait pas mordu à l'hameçon, et si Lucius s'était montré plus lâche, Garrick Goyle moins suspect, et si, et si ?
Un peu trop de chance pour une seule personne, peut-être ?

Il n'y a pas de hasard, lui souffla une petite voix.
Voilà de sages paroles : la chance, c'était pour les autres.

Elle, elle avait reçu davantage, une sorte de bénédiction. Les meilleurs vœux d'Azkaban. Parce que sa cause était juste, et qu'ils méritaient tous ce qui leur est arrivé.

Même Pansy ?

- Même Pansy, répondit-elle à voix haute.

La sorcière ne lui adressa pas même un regard.

Le hasard n'y était pour rien.

Elle se voyait encore, assise en tailleur sur le lit conjugal, glissant méticuleusement ses instruments dans son sac – plusieurs tubes de rouge à lèvres, son poudrier, ses crèmes, des flacons d'essences et de parfum, une pastille de gerbe, deux boulettes de branchiflore, et enfin, une paire de talons aiguilles.

Elle avait même pris la peine de s'exercer à marcher avec, clac clac clac, en laissant de petites marques rondes sur la moquette du Manoir Malefoy.

Oui, elle s'en doutait déjà en préparant son sac ; son plan était sans faille, et les instructions simples : fais sortir Greyback et Scabior. Instructions proférées par Dolohov, la baguette appuyée contre la tempe de Drago.

- Trouve un moyen de les faire sortir, ou bien…

Elle n'avait pas tardé à échafauder un plan d'évasion.

Lorsqu'elle avait fait rouler la pastille de gerbe dans le fond de son sac, elle n'avait déjà plus peur. Assise sur le lit défait, elle tournait et retournait dans sa tête une phrase qu'elle ne comprenait pas : Méfiez-vous des gens qui n'ont rien à perdre.

Il lui faudrait s'acheter du temps, si le brouillard tardait à tomber, et les boîtes à flemme des Farces pour Sorciers Facétieux lui étaient apparues comme un ticket gratuit pour une nuit à Azkaban. Il lui suffisait d'avaler le cachet juste avant qu'ils embarquent à nouveau sur le Styx, prétendant un violent malaise. Impossible de rejoindre la côte tant qu'elle ne serait pas rétablie. Ainsi, elle n'aurait plus qu'à attendre que les effets se dissipent, confortablement allongée dans le dortoir du personnel.

Ne lui resterait plus, alors, qu'à mettre en route la machine qu'elle avait assemblée au préalable.

En effet, elle avait tout retenu de ce que lui avait relaté Lucius, à l'époque. Depuis la tourmentine jusqu'au sentier qui reliait la cabane de Harcon au pénitencier d'Azkaban. Il n'avait pas été étonné de l'insistance de ses questions, alors, et répondait en termes vagues :

- Une autre sortie ? Je ne sais pas. Il y en a peut-être des milliers, mais en ce cas, seul Norman Harcon en a connaissance.

Et elle avait bu ses paroles, fascinée comme une gosse. Il y avait quelque chose, dans l'idée d'Azkaban, qui l'attirait déjà, comme si…

- Tout le monde veut savoir. Mais croyez-moi, Narcissa, à présent, je préférerais ne plus avoir à y penser.

La cadette des sœurs Black, en effet, avait eu la chance de connaître sa leçon sur le bout des lèvres. Et puis, elle était aussi ingénieuse. Elle avait compris fort rapidement que, si passage secret elle voulait, elle se devrait de le bâtir elle-même.

Elle se fit un plaisir de passer de la théorie à la pratique. Elle allait les faire sortir par le chemin qu'elle avait arrangé juste pour eux.

Elle avait pris bien soin de toujours demeurer quelques mètres derrière les autres, prétextant que ses chaussures la faisaient souffrir. Elle avait même convaincu Pansy (Pauvre Pansy) de prendre la tête de la file indienne. Ainsi, alors que tous avançaient vers Azkaban, lentement, diligemment, elle avait creusé, du bout pointu de son talon, une fine ornière dans la terre meuble du sentier.

Le brouillard était tombé sans qu'elle ait même besoin d'ingérer les pastilles. Curieusement, elle s'était sentie accueillie, protégée. Comme enveloppée dans un duvet. Azkaban, semblait-il, l'encourageait.

Et c'était bien normal, après tout, parce qu'ils étaient tous, tous coupables, et qu'Azkaban voulait les avaler tout entiers.

Elle s'était mise en devoir de ne rien laisser paraître de son état. Les autres n'y avaient, de toute évidence, vu que du feu (Les feux. Les feux glacés d'Azkaban), ou bien s'avéraient trop préoccupés par l'entrain étrange de Garrick Goyle pour s'inquiéter de son cas.

Elle avait "oublié" son sac sur sa chaise, n'emportant avec elle que la branchiflore, deux tubes de rouge à lèvres, et deux flacons de parfum. Puis, elle avait prétendu être épuisée et avait pris congé des autres dans le réfectoire. C'était un pari risqué, en quelque sorte. Après tout, elle se privait là d'un alibi. Le jeu en valait la chandelle, cependant, car il lui fallait impérativement se trouver seule avec les deux prisonniers. Si elle prenait bien soin de ne jamais porter sur elle de preuve incriminante, tout irait pour le mieux.

Ne lui restait plus qu'à rejoindre Greyback et Scabior ; elle avait grimpé les escaliers quatre à quatre, puis les avaient appelés par leur nom.

- Cissy, Cissy, comme nous sommes heureux de te revoir.
- Je suis ici pour vous libérer, avait-elle récité d'une voix neutre.
- Oh, nous savons.

Puis, il avait ajouté :

- Nous t'attendions depuis longtemps.

Les lèvres de Narcissa s'étaient crispées en un sourire faux :

- Je vois. Vous aviez tout comploté avant même d'être enfermés ici, c'est cela ?
- Bien entendu. Nous sommes des gens prévoyants. As-tu des assistants ?
- Des assistants ? avait-elle répondu sans comprendre. Non, je n'ai pas encore eu le temps de parler à Lucius.
- Et Goyle ? Et Parkinson ?
- Je ne savais pas… j'ignorais que j'étais en droit de les prévenir.

Greyback s'était approché d'elle, tendant son visage entre les barreaux.

- Ces deux-là savent, bien sûr. Ils ont même proposé leurs gosses.

Les yeux de Narcissa Malefoy s'étaient soudain écarquillés – de surprise contenue, de rage aussi.

- Ils savaient ? Ils savaient que vous me prendriez Drago ?
- Nous étions tous au courant du Système.
- Tous ?
- Tous les Mangemorts.

Ses mains s'étaient crispées dans ses poches à lui en faire éclater les tendons. Elle avait espéré de tout cœur que son visage, en revanche, ne l'avait pas trahie.

C'est impossible. C'est impossible. C'est impossible.

- Et Lucius ?

Greyback avait semblé tirer un plaisir incongru de cet interrogatoire. Son sourire s'était étiré jusqu'à ses oreilles, et il avait répondu :

- Oui, Lucius aussi. Quoi qu'il avait refusé d'y participer. Ça ne vous aura pas été d'un grand service, cependant.

Son cœur était tombé à ses pieds.

- Je vois. Très bien.

Même Lucius ?

Au prix d'un effort certain, elle s'était reprise en main :

- Pas que cela ait une quelconque importance. Ce qu'il faut, c'est œuvrer, et rapidement, à votre évasion.
- Voilà de sages paroles, avait approuvé Scabior. Comment comptes-tu procéder ?
- Il vous suffira d'avaler ça, leur avait-elle intimé en glissant la branchiflore entre les barreaux.
- Branchiflore ? Intéressant. Tu comptes nous faire évader par la mer ?
- Je compte vous faire jouer les morts.
- Tu veux que nous cessions de respirer ?
- Exactement.
- Et n'aurais-tu pas peur que nous crevions comme deux carpes hors de l'eau sur le sol d'Azkaban ? l'avait interrogée le loup-garou sur un ton sirupeux.

Mais oui, c'est cela, c'est exactement ce que je veux. Mais pas maintenant. Pas encore. Pour le moment, je dois vous garder en vie pour récupérer mon fils.

- Je vais devoir vous demander de casser la cuvette des toilettes et l'évier. Si vous vous allongez sur le côté, cela devrait suffire à vous permettre de respirer.
- Tu veux que nous baignions dans les eaux d'évacuation, Cissy ? Ne te moquerais-tu pas un peu de nous ?
- Cela me semble bien peu si l'enjeu est votre liberté à tous les deux. Qui plus est, une eau sale dissimulerait les protubérances au niveau de vos gorges.

Un éclair jaune avait traversé les pupilles de Greyback, mais il avait accepté – à contrecœur, de toute évidence – d'un hochement de tête.
Scabior, lui, était demeuré silencieux.

- Bien. A présent, écoutez-moi attentivement. Dès que j'aurai quitté cet étage, je vous demanderai d'avaler votre branchiflore. J'ai eu tout le loisir d'observer ses effets lors du Tournoi des Trois Sorciers. Ceux-ci s'étendent sur une heure, à quelques minutes près.
- Je ne suis pas certain que l'approximation soit de circonstances, avait sèchement commenté Scabior.
- Je vous rassure, je sais très bien ce que je fais.

Elle avait alors souri de toutes ses trente-deux dents, un sourire qui, sans doute, eût été plus à sa place dans la bouche du loup-garou.

- Lorsque tu nous quitteras, Cissy, donc, avait répété Fenrir Greyback, nous prenons notre médicament. Et après ?
- Après, vous attendez. Je m'arrangerai pour ramener l'Auror avant que le délai d'une heure soit écoulé. Je m'occuperai au préalable de la… lester de sa baguette magique.
- Je comprends. Nous jouons les morts, donc, et nous attendons qu'elle ouvre nos cellules pour lui sauter à la gorge.
- Non. Je serais immédiatement suspectée et, même avec Magdalena six pieds sous terre, vous aurez bien du mal à échapper à Norman Harcon. Non, si Miss Rohwe croit dur comme fer que vous êtes morts, elle ne prendra pas la peine de sceller les verrous de vos cellules. A ce moment-là, vous pourrez filer.

- Ca ne fonctionnera pas, était intervenu Scabior. Il est bien beau de vouloir couper notre respiration, mais il lui suffirait de prendre notre pouls pour découvrir la supercherie. Le risque est bien trop grand.
- J'y ai également pensé, bien entendu. Il s'avère que j'ai justement connaissance d'une technique qui permet de masquer votre pouls au toucher. Il vous suffit pour cela de coincer ces petits cylindres sous vos aisselles.

Elle leur avait tendu à chacun un flacon de parfum ainsi qu'un tube de rouge à lèvres.

Personne ne s'était étonné du surréalisme de la scène.

- Si vous serrez vos avant-bras contre votre torse, cela agira comme un garrot et interrompra le flot de sang au niveau de vos bras. Impossible, donc, de prendre votre pouls au poignet. Puisque vos carotides baigneront dans l'eau, il est peu probable qu'elle choisisse de les toucher. Arrangez-vous pour laisser vos mains à sec. Laissez-les reposer sur votre estomac, ou que sais-je.
- N'y a-t-il aucun danger à cela ?
- Aucun si vous ne demeurez pas ainsi trop longtemps. Il vous suffira de prendre vos positions lorsque vous entendrez l'écho de nos voix dans l'escalier.
- Pas bête du tout, ton plan, Cissy.
- Lorsque vos cellules seront ouvertes, Miss Rohwe s'inquiétera certainement de prévenir les autres de votre décès. Vous devrez profiter de son absence pour vous enfuir.
- Comment être certains que nous ne la croiserons pas au détour d'un couloir alors que nous nous dirigeons vers la sortie ?
- Il me suffira d'utiliser les feux de détresse.
- Je ne suis pas certain de te suivre, mais poursuis donc. Nous t'écoutons.

Elle avait pris une grande inspiration.

- J'ai cru comprendre que, depuis la précédente tentative d'évasion, ceux-ci avaient été déménagés au sous-sol. Ainsi, s'ils sont lancés, cela voudra nécessairement dire que moi-même et mes… compagnons nous y trouvons. La secousse vous signifiera donc que la voie est libre.
- Es-tu bien certaine que nous disposerons d'assez de temps pour filer ?
- Cela peut s'arranger. L'Auror ne me porte pas dans son cœur. Je n'aurai aucun mal à la distraire en faisant mine de la soupçonner de meurtre.
- Au signal des feux de détresse, donc, nous foutons le camp. Où allons-nous ?
- Il vous faudra vous cacher durant le temps qu'il me faudra pour préparer le Styx.
- Où cela ?
- C'est bien simple : à l'heure où je vous parle, le brouillard est tombé sur Azkaban.

Etrange, comme Scabior avait dégluti, et comme les ongles de Greyback avaient crissé sur les dalles de pierre. Qu'avaient-ils tous contre Azkaban ?
(Oh, il faudra bien qu'ils s'y habituent, lui avait chuchoté une petite voix en elle. Ils y resteront longtemps, longtemps.)

- Avec cette purée de pois, il vous suffit de sortir de la prison pour devenir entièrement invisibles. Ni Harcon ni l'Auror ne seront capable de vous repérer.
- Tu oublies la tourmentine.
- J'y ai songé, au contraire. Il existe un sentier qui relie la cabane de Harcon au bâtiment. Si vous n'en déviez pas, vous êtes sauf.
- Lucius nous a parlé d'un Feufolley, en effet. Je présume qu'il fait partie intégrante de ton plan.
- A l'heure où vous pousserez les portes d'Azkaban, le Feufolley sera mort.
- Voilà qui est fâcheux.
- Bien au contraire : il me faudra éliminer toute possibilité pour que l'un d'entre nous décide de rejoindre la cabane, sans quoi, vous serez embusqués.
- Mais si…
- Laissez-moi vous expliquer : mon temps est limité. Lorsque je vous quitterai, je prendrai soin de dérober la baguette de Miss Rohwe. Ne me restera plus qu'à suivre le point de lumière en progressant sur le sentier, surprendre Harcon et le tuer. Puis, je me débarrasserai du Feufolley. Je reviendrai ensuite pour…
- Mais comment ? Tu n'as aucune chance de retrouver ton chemin dans le brouillard.
- J'y viens justement. Lorsque je suis arrivée à Azkaban, j'ai pris soin de tracer une ornière dans la terre du sentier du bout de mon talon. Si vous retirez vos chaussures, il vous sera facile de la sentir du bout du pied. Je reviendrai donc en utilisant ce stratagème et replacerai la baguette de Maggie dans la poche de sa veste. Il vous suffira de faire de même pour rejoindre la cabane. Attendez-moi là : Lucius et moi-même vous y retrouverons et vous ferons embarquer le Styx. Puis, nous retournerons discrètement dans le bâtiment. Ainsi, chacun pensera que vous vous êtes évadés par vous-mêmes.

Greyback avait passé une main griffue dans sa tignasse, pensif.

- Je serai au poste mercredi, dans l'arrière-boutique de Barjow & Beurk, comme convenu. Je ne doute pas du fait que j'y retrouverai Drago.
- Bien entendu, pour qui nous prends-tu ? l'avait assurée Scabior d'une voix doucereuse.

Une désagréable sensation avait agrippé Narcissa par la gorge.

Puis, Greyback avait conclu :

- Eh bien, Cissy, félicitations. Ton plan me parait sans faille.
- Il l'est. Sur ce, il faut impérativement que je vous quitte. M'absenter trop longtemps ferait de moi une suspecte. Quoi que cette Skeeter est sûrement allée se promener elle aussi. Elle fera une coupable idéale, s'il me faut détourner l'attention de ma personne.
- Tu crois vraiment, Cissy ? avait ironisé Scabior.

Un dernier sourire avait étiré ses lèvres maquillées :

- Non, pas vraiment. C'est juste que je ne l'aime pas beaucoup.

Elle n'avait eu aucun mal à lester Magdalena de sa baguette. Après tout, s'il était une personne qui l'insupportait davantage qu'elle-même, c'était bien la journaliste.

Il lui avait donc suffi de faire mine de la mettre en garde : Méfiez-vous de Rita Skeeter. Et tandis qu'elle proférait ces conseils, sa main s'était refermée sur sa baguette magique.

Maggie ne s'était, semblait-il, doutée de rien. Après tout, qui pouvait imaginer Narcissa Malefoy faisant les poches d'une Auror ? Elle-même avait un peu de mal à y croire.

Suivre le Feufolley, également, s'était avéré une tâche aisée. Il l'avait menée tout droit à la cabane de Harcon.
Lorsqu'elle en avait poussé la porte, celui-ci était endormi. Voilà qui lui facilitait grandement la tâche.
Elle avait appuyé la baguette de Maggie sur le front du gardien d'Azkaban et avait susurré Avada Kedavra, comme on chante une berceuse.
Il n'avait pas même remué dans son sommeil.

Ne demeurait qu'à fouiller sa cabane à la recherche des baguettes confisquées. Elle avait tout d'abord retourné tous les tiroirs de la commode, creusant dans les chemises crasseuses et la paperasse amoncelée. Elle n'y avait trouvé qu'un certain nombre de flacons identiques, lourds d'un liquide transparent. Si elle n'y avait, alors, pas prêté une grande attention, il lui semblait à présent évident qu'il s'agissait là de Morticaine.
Puis, elle avait entrepris d'inspecter la penderie. Là non plus, elle n'avait rien trouvé.
Alors qu'elle commençait à s'inquiéter du temps qu'il lui faudrait pour les récupérer, elle les repéra, proprement alignées sur la table de nuit.

Quel imbécile. Il n'a pas même pris la peine de les cacher.

Les baguettes au poing, elle avait poussé la porte de la cabane.

Narcissa s'agita nerveusement sur son siège dans la salle d'attente du Ministère. Oui, elle s'en souvenait : c'était à ce moment précis qu'elle avait compris. Alors qu'elle défaisait la boucle de ses escarpins, l'évidence l'avait frappée au front :

Pourquoi diable Acacia Parkinson portait-elle des chaussures aux pieds ?

Cela tenait peut-être du détail, mais ce détail la taraudait. Elle l'avait conservée bien vive dans sa mémoire, l'image de Pansy pleurant sur ses genoux. Pansy qui lui racontait les chaussures d'Acacia, retrouvées encore lacées sur le paillasson. Narcissa avait-elle-même plusieurs fois cauchemardé son amie d'enfance, pieds nus sur le sol glacé de sa cellule.

Ils l'on cueillie dans son manoir. Alors, j'en suis certaine, oui, bien certaine, elle ne portait pas de chaussures. Comment se fait-il, alors, que…

C'était absurde, complètement absurde, mais il n'y avait pas d'autre explication possible.

Elle serait repassée chez elle ?
Non, c'est ridicule, les Aurors ne l'auraient pas autorisée à aller chercher ses affaires, tout de même. C'eût été trop dangereux, elle aurait… qu'aurait-elle fait, au juste ? Mais rien, voyons. Rien du tout. Acacia tournait de l'œil à l'idée même de lancer un Doloris. C'est à peine si elle ne se bouchait pas les oreilles, pendant les réunions, lorsque leurs époux respectifs évoquaient…
Sous quelles accusations avaient-ils incarcéré Acacia Parkinson, en réalité ? Elle n'avait jamais même levé la main sur qui que ce soit.

Et les choses s'étaient soudain mises en place.

Ils étaient tous au courant du Système.

La cadette des sœurs Black saisit à nouveau un magazine, et le feuilleta sans le voir. Il lui fallait s'occuper les mains, les empêcher de se crisper ainsi. Si elle continuait de se montrer aussi nerveuse, les Aurors auraient tôt fait de la suspecter.
Elle ne cessait de penser à Acacia Parkinson.

C'était la première chose qu'elle avait faite, en reposant le pied sur l'Angleterre. Elle avait compulsé tous les vieux numéros de la Gazette qu'elle conservait près de la cheminée, et avait fini par exhumer l'article qu'elle cherchait :
« Acacia Parkinson, deux heures à peine après sa remise en liberté, a reconnu être impliquée dans la torture et le meurtre de Charity Burbage. »

Tout cela, elle le savait, n'était qu'un tissu de mensonges. Charity Burbage avait été assassinée par le Seigneur des Ténèbres en personne lors de leur dernière assemblée. Chacun pouvait en témoigner.
Pourtant…

Ils étaient tous au courant du Système.

Et en songeant aux actions d'Acacia Parkinson, elle avait compris ce dont elle aurait dû se douter depuis longtemps : elle ne reverrait plus jamais Drago. Elle s'était refusé de l'admettre pas tant qu'il y aurait encore de l'espoir. Pas tant qu'elle pouvait croire, encore, qu'ils lui rendraient son fils. Mais à présent, l'évidence la fléchait en plein cœur.
Tout s'emboîtait.
Agatha Goyle qui abandonnait son époux, Nancy et Luke Crabbe qui filaient à l'étranger, Acacia Parkinson qui plaidait coupable et se laissait enfermer à Azkaban…

Le Système, leur sortie de secours. Si vous êtes jetés en prison, ne vous en faites pas, il y aura quelqu'un pour vous libérer. Oh, ne vous inquiétez pas, nous trouverons toujours un volontaire : nous avons les moyens de faire pression.
Et c'était tombé sur Narcissa.
Non, pas tombé, non : il n'y a pas de hasard.

Acacia avait tout mis en œuvre pour qu'ils ne lui prennent pas sa fille.

Tous au courant du système.

Prêts à tout pour échapper à Azkaban, sales petits crevards ? Eh bien, je m'arrangerai pour que vous ne quittiez jamais l'île.

C'est ainsi que Narcissa avait échafaudé la seconde partie de son plan.

Avant de rejoindre la prison, elle devait prendre encore quelques précautions. Il lui fallait s'assurer que Greyback et Scabior n'auraient aucun moyen de se défendre lorsqu'elle…
Lorsque je les tuerai, leur tordrai le ventre, et le ferai plonger du haut de la falaise.

Elle avait appuyé l'une de ses paumes à plat contre la façade, et, sa main contre le mur, avait prudemment contourné la cabane, avançant à l'aveuglette dans le brouillard. Lorsqu'elle avait jugé s'être suffisamment éloignée de la porte d'entrée, elle avait laissé tomber les baguettes magiques au sol. Aucune chance pour que les deux Mangemorts les repèrent, on n'y voyait pas plus loin que le bout de son nez. Elle n'avait conservé que la sienne, qu'elle avait glissée dans la poche de sa veste, et celle, bien entendu, de Magdalena Rohwe.
Puis, elle avait ôté ses chaussures et ses bas, et avait entrepris de chercher l'ornière du bout du pied.

Zut, zut, zut, où était-elle ? Ah, voilà.

Elle avait été soulagée de constater qu'avancer dans ces conditions n'avait rien de difficile, dès lors qu'elle se montrait patiente. Jamais son talon ne devait dévier de la ligne de terre.
Sa prudence, cependant, avait failli lui coûter sa liberté.

En effet, Rita Skeeter l'attendait sur le seuil d'Azkaban, les bras croisés sous la poitrine, triomphante.

- Eh bien, Madame Malefoy, on se promène ?

Narcissa avait gardé le silence. Qu'y avait-il à répondre à cela ?

- Je viens de rendre visite à nos amis Greyback et Scabior. C'est étrange, ils sont… muets comme des carpes.

Elle avait ri tout haut de sa mauvaise plaisanterie, mais Narcissa n'avait pas cillé. Aussi la journaliste avait-elle repris, sifflante :

- Bien entendu, je ne compte pas me priver d'informer mes lecteurs de cette brillante, quoi que peu discrète, tentative d'évasion.

Narcissa l'avait gratifiée d'un sourire confiant.

- Oh, une tentative d'évasion, cela vous fait… quoi, la troisième page du Chicaneur ? Avec vos antécédents, personne n'ira vous croire.
- Il me suffira de demander à cette chère Miss Rohwe d'aller passer un petit bonjour à nos amis Mangemorts pour qu'elle confirme mes propos, avait rétorqué Rita Skeeter.
- Vous pourriez tout aussi bien choisir d'écrire sur ceux qui, une seconde fois, sont parvenus à déjouer les tours d'Azkaban. Voilà qui serait susceptible d'intéresser votre lectorat, une fois n'est pas coutume.
- Oh, je n'en suis pas si certaine. Je n'aurais pas grand-chose à dire sur une évasion réussie, outre le fait que j'étais moi-même sur place. En revanche, cette idée de branchiflore, et le fait que vous, Narcissa Malefoy, y ayez participé, a quelque chose d'épique. Non, je tiens à mon histoire.

La main de Narcissa avait lentement glissé vers la poche de sa veste mais, alors qu'elle s'apprêtait à resserrer les doigts autour de sa baguette magique, une autre idée lui était apparue.
Oui, c'était une évidence : si elle leur offrait la journaliste sur un plateau d'argent, Greyback et Scabior ne manqueraient pas de se débarrasser de ce témoin gênant.

- Et si je vous offrais deux histoires ?
- Intéressant. Poursuivez.
- Ecrivez donc sur cette évasion qui, je n'en doute pas, sera un succès. Je vous autorise même à révéler le fait que la branchiflore a été utilisée, si cela vous séduit tant.
- Loin de moi l'idée de douter de votre capacité à calculer, mais je n'ai toujours là qu'un article à écrire.
- J'y viens justement. En échange, je vous raconterai tout ce que je sais sur Magdalena Rohwe.

Les yeux de Rita s'étaient comme éclairés. Narcissa avait, de toute évidence, joué la bonne carte.

- Tout ce que vous savez, dites-vous ?
- Oui. J'ai cru comprendre, en vous écoutant parler dans le réfectoire, que vous vous intéressiez à son cas. Il se trouve que j'ai de quoi alimenter un article qui, je n'en doute pas, fera sensation.

Narcissa ne savait rien, absolument rien, au sujet de Magdalena Rohwe. Rita, cependant, serait morte bien avant de l'apprendre.

- Bien, très bien. Et en échange ?
- Je veux votre silence. Et que vous me rendiez un petit service.
- Un petit service, dites-vous ?
- En effet. Il se trouve que j'ai… emprunté la baguette magique de Miss Rohwe.

Rita Skeeter lui avait adressé un regard amusé de derrière ses lunettes en papillon. Narcissa avait, de manière assez surprenante, presque gagné sa sympathie.

- Si vous pouviez prendre soin de la remettre là où je l'ai trouvée, je vous en serai reconnaissante.
- Et où l'avez-vous donc trouvée ?
- Mettez-la sur la chaise qu'elle occupait dans le réfectoire. Elle croira certainement l'y avoir oubliée.
- Comment saurai-je que la voie est libre ? Voyez-vous, si je porte sa baguette sur moi, j'aimerais autant éviter de la croiser. Question de prudence.
- Bien entendu.

Oui, Narcissa savait très exactement comment rayer Rita Skeeter de sa liste de préoccupations :

- Comme vous l'avez d'ores et déjà très certainement compris, il me faudra convaincre Miss Rohwe de m'accompagner inspecter les cellules. Il vous suffira de vous tenir embusquée dans l'escalier. Lorsque vous entendrez nos voix, vous saurez exactement où elle se trouve.
- Parfait. Et après ?
- Après, attendez-moi dans les toilettes. Je vous y rejoindrai pour une… interview. Essayez de n'en pas sortir, voulez-vous ?
- C'est que je risquerais de m'ennuyer.

Narcissa s'était appliquée à composer son visage le plus concerné.

- Ma chère Rita… je ne voudrais pas qu'il vous arrive quelque chose.

La journaliste, pas effrayée pour un sou, avait acquiescé d'un mouvement de tête avant de lui lancer un clin d'œil entendu. Puis, sans préavis, elle lui avait tendu une main alourdie de bagues. Narcissa s'était fait violence pour la serrer.

Je ne te connais que trop bien, Skeeter. Sitôt que tu sentiras le choc des feux de détresse, ta curiosité te démangera jusque dans tes os, et tu ne pourras faire autrement que de quitter les toilettes. Et là… là, Greyback et Scabior se chargeront de te faire taire.
On a déjà dû te le dire, non, que ça te perdrait ?

Par la suite, elle avait rejoint Magdalena Rohwe ; il s'était avéré que celle-ci était sur le point de partir à la recherche de la journaliste. Les choses fonctionnaient à merveille. Narcissa avait fait mine de sympathiser avec sa cause. Rien ne servait de se la mettre encore davantage à dos.

L'Auror avait également admis elle-même avoir oublié sa baguette : elle ne s'était donc doutée de rien. Tout se déroulait décidemment au mieux.

Les choses s'étaient gâtées, en revanche, lorsque Maggie, cédant à la panique, s'était élancée dans les escaliers. Narcissa avait eu bien du mal à la suivre. Or, il ne fallait absolument pas qu'elle reste seule derrière elle. Sans quoi, elle serait immédiatement soupçonnée d'avoir déplacé les corps. Elle avait fait de son mieux pour la rejoindre, pantelante, et avait jugé bon de crier pour que Magdalena la sache dans son sillage.
Lorsque, finalement, elle l'avait rattrapée et avait courbé le dos pour reprendre son souffle, elle avait constaté non seulement qu'elle avait oublié de remettre ses bas, mais aussi que ses pieds étaient couverts de terre.

Si l'un d'entre eux, un seul d'entre eux seulement venait à le remarquer, elle aurait bien du mal à s'expliquer.

Elle avait été fort soulagée, alors, de constater que Rita Skeeter avait exécuté sa mission à la perfection. La baguette avait retrouvé sa place au chaud dans la poche de Maggie. Bien entendu, aujourd'hui, elle maudissait la journaliste de sa distraction.

Parce que Rita Skeeter avait pris une photo qui prouvait que ce n'était pas là qu'elle aurait dû se trouver.

Personne, heureusement, n'y avait prêté la moindre attention.

Sauf Pansy.
Oui, mais pour Pansy, il était déjà trop tard, alors.

La suite des événements s'était déroulée exactement telle qu'elle l'avait prédit. Cela ne l'avait pas étonnée outre mesure. Même Greyback l'avait affirmé : le plan était sans faille.

Le reste, en revanche, relevait davantage de l'improvisation.
Qu'importe.
Méfiez-vous des gens qui n'ont rien à perdre.

Elle avait sauté sur la première occasion de parler à Lucius. Seule à seul, dans un coin reculé du réfectoire, alors que tous les autres étaient absorbés par leurs propres conversations. Narcissa lui avait fait part de son stratagème, dans les détails. Le visage de son époux s'était comme décomposé alors qu'elle relatait les événements.
Il avait eu l'air au bord de la nausée lorsqu'elle lui avait expliqué l'enlèvement de Drago. A ses yeux élargis, elle l'avait deviné sur le point de céder à la panique.

- Lucius, calmez-vous, écoutez-moi.
- Comment voulez-vous que je me calme !
- J'ai besoin de votre aide. Maintenant.

Il l'avait dévisagée, et dans son regard, il y avait la même lueur terrifiée que celle qui s'allumait lorsqu'il parlait à Bellatrix.

- Pour les aider à s'échapper ?
- Non. Pour les tuer.
- Mais Narcissa, vous perdez la tête !
- Cessez de hausser le ton, je ne voudrais pas qu'ils nous entendent. Lucius, nous n'avons aucune chance de retrouver Drago. Il est mort à l'heure qu'il est. Mais moi, moi j'ai un plan pour le venger.
- Enfin, nous ne pouvons pas être sûrs, nous devons… je vous aiderai à les faire embarquer sur le Styx, nous les retrouverons comme convenu, ils nous le rendront et ce sera terminé. Je vous le promets.
- Vous ne pouvez pas me promettre une telle chose. Ils l'ont tué, je le sais, j'en suis certaine. C'est leur Système.
- J'ai refusé d'être inclus dans le système. J'avais un filet depuis le début, un contact au Ministère, alors…
- Mais ils s'en fichent, que vous en fassiez partie ou non ! avait vociféré Narcissa. Le fait est qu'ils ont pris Drago, et qu'ils n'avaient aucune, aucune raison de le garder en vie. C'est ça, le Système ! Et c'est pour ça qu'Agatha a mis les voiles, pour ça qu'Acacia a…
- Baissez la voix : c'est vous qui allez nous trahir.
- Lucius, je vous en supplie, vous êtes la seule personne à même de m'aider. J'ai ma baguette magique - je vous la confie.
- Vous l'avez ramenée ?
- Bien entendu. Ne faites pas cette tête Lucius, je vous parle de vengeance. Ils sont tous, tous coupables, et ils vont payer.
- Narcissa, je vous en conjure, gardez la tête froide. Nous ne pouvons pas nous…
- Drago est mort, avait-elle sifflé, et vous vous attendez à ce que je garde la tête froide ?
- Ce n'est pas ce que je veux dire.
- Vous êtes soit avec moi, soit contre moi.

Lucius avait tordu ses mains jointes.

- Avec vous, bien sûr… c'est juste que… que voulez-vous que je fasse de cette baguette ?
- Vous avez toujours été plus doué que moi pour les sortilèges informulés.
- Et vous vous attendez à ce que je…
- Je veux que si un seul d'entre eux, Miss Rohwe, Goyle, Acacia Parkinson, si un seul d'entre eux commet l'erreur de se séparer des autres, vous lui lanciez un Diffindo en travers de la gorge.
- Vous me demandez de les tuer ?
- Ne faites pas l'enfant (l'expression lui avait parue mal choisie, mais déjà, Lucius Malefoy ne reconnaissait plus son épouse), ce ne sera pas une première. Je veux que visiez la carotide. Faute d'examen médical, ils le mettront sur le dos de Greyback.
- Narcissa, ce n'est pas prudent… ce n'est qu'une question de temps avant que l'Auror décide d'organiser une fouille, et si nous sommes pris, elle nous…
- J'y ai pensé, Lucius. Il nous suffit de la laisser sur une chaise, ou bien sous une table, et de lui suggérer d'organiser la fouille. Nous la récupérerons après, et puis…
- Nous serions immédiatement soupçonnés d'avoir des choses à cacher, si nous le lui suggérons. Elle aura tôt fait d'avoir l'idée d'inspecter le réfectoire.
- Pas si nous procédons de manière indirecte.
- Que voulez-vous dire ?

C'était étrange, les sourires de Narcissa se faisaient de plus en plus incongrus, lorsque l'on y prêtait attention.

- Je crois bien que je sais où est Skeeter. Greyback et Scabior se sont, je pense, chargés d'elle.

Lucius avait dégluti avec difficulté.

- Je comprends. Vous comptez « accidentellement » découvrir le corps, et ainsi créer la panique ?
- Exactement. Elle n'aura pas d'autre choix que de nous fouiller tous.

Lucius avait lentement caressé son menton, comme souvent lorsqu'il réfléchissait – ou faisait mine de réfléchir. Puis, il avait suggéré :

- Je pense… je pense avoir une idée qui nous éviterait d'avoir à trop nous salir les mains.
- Je vous écoute, avait répondu son épouse, intriguée.

Sa voix s'était mue en un murmure à peine audible :

- Vous voulez que j'attende qu'ils se séparent pour les… pour que je les élimine chacun leur tour. Il me semble au contraire que plus il y aura de victimes, plus nous aurons tendance à vouloir rester groupés.
- C'est sensé, oui, mais je n'ai pas vraiment d'autres choix. Miss Rohwe a sa baguette magique en sa possession, à présent, et elle aura tôt fait de s'en servir si nous nous en prenons à elle. Je refuse de prendre un pareil risque.
- Justement, je crois bien pouvoir les diviser, si vous ne voyez pas d'inconvénient aux… dommages collatéraux.
- Je vous écoute.
- Eh bien, à propos de Magdalena Rohwe, justement : vous surprendrais-je si je vous disais qu'il ne s'agit pas de sa véritable identité ?
- A moitié seulement.
- Je l'ai connue sous le nom de Fungai Zabini.

Narcissa avait lentement hoché la tête, et s'était fait la réflexion qu'elle aurait dû l'anticiper.

- C'est elle, le « filet » dont je vous parlais plus tôt. J'ai jugé bon de l'épargner en lui donnant du Polynectar et une occasion de filer – il était prudent d'avoir un contact au Ministère, en cette période troublée.
- Fort bien, mais je ne vois pas en quoi elle pourrait vous assister.
- Oh, non, c'est elle qui ferait office de « dommage collatéral ». Laissez-moi aller au bout de mon idée. Il est encore plausible, à l'heure qu'il est, de pousser l'un d'entre nous à s'éloigner du peloton : Garrick, Acacia… Je sauterai sur cette occasion pour… utiliser votre baguette magique. C'est à présent que le plan change : au lieu d'attendre que nous nous séparions à nouveau, je me pencherai sur le corps et feindrai de céder à la panique. Puis, simulant une folie nerveuse, je me précipiterai dehors, dans le brouillard. Vous n'aurez qu'à me suivre en prétextant me rattraper.- En utilisant l'ornière, vous voulez dire ?
- Bien entendu. Puis, nous n'aurons qu'à attendre patiemment que le temps fasse son œuvre.
- Comment cela ?
- Miss Rohwe a pris du Polynectar.
- Je… je comprends. Si les effets de la potion se dissipent, ceux qui sont avec elle ne manqueront pas de la soupçonner, et puis…
- Et puis, nous n'aurons pas à lever le petit doigt.

Forte de ce nouvel allié, Madame Malefoy s'était sentie bien plus confiante pour lancer la suite des opérations. A la découverte du cadavre, ainsi qu'elle l'avait anticipé, Maggie avait décidé d'examiner leurs possessions. Sa baguette magique, alors, avait déjà roulé sous une table.

Elle avait tout d'abord envisagé d'attaquer Maggie dès lors qu'elle lui tournerait le dos, et une fois l'Auror mise à terre, de s'occuper des autres. Elle avait cependant compris à ses dépens que Miss Rohwe avait la baguette nerveuse. En duel, même Lucius n'aurait aucune chance. Fort bien, elle allait devoir ruser, encore une fois.
Cette pouffiasse lui avait lancé un Stupéfix. Elle allait payer. En temps et en heure.

Lorsque Lucius l'avait relevée et aidée à prendre place sur une chaise, elle lui avait soufflé au creux de l'oreille :

- Ma baguette.

Lui, perspicace, avait répondu à l'attention de tous :

- Vous avez perdu quoi, très chère ?

Puis, il s'était penché, faisant mine de chercher quelque chose au sol, avant de disparaitre sous la table. Elle seule l'avait aperçu récupérer sa baguette magique et la glisser dans sa poche.
Lorsque Lucius avait refait surface, il lui avait annoncé :

- Je suis désolé, je ne trouve pas vos pilules contre le mal de crâne. Etes-vous certaine qu'elles ne sont plus dans votre poche ?

Ils étaient deux, alors, et ils étaient armés.
Deux pour un petit moment.

Narcissa, utilisant à son avantage la découverte d'un flacon de Morticaine, avait tout mis en œuvre pour que Garrick Goyle décide de s'isoler. Lorsqu'il lui avait proposé un peu de chocolat pour se requinquer, elle l'avait perfidement traité de meurtrier. Elle avait retourné le couteau dans la plaie quand, dans la salle d'eaux, elle avait découvert l'appareil photo de Rita Skeeter.

- Garrick, où avez-vous trouvé ça ?
- Juste là, sur le sol.
- C'est cela, oui. Pourquoi ne l'avez-vous pas signalé ?

Alors qu'ils attendaient tous, le souffle court, que la photo soit développée, elle s'était glissée près de lui et lui avait soufflé : empoisonneur.

Tous les éléments étaient réunis.
Garrick Goyle avait annoncé à l'assemblée qu'il désirait s'éloigner de la salle de bains. Lucius avait quelque peu hésité à le suivre, semblait-il, mais la pression de la main de Narcissa sur son avant-bras lui avait rappelé sa promesse. Il avait poussé la porte, talonné par son épouse, et le sortilège informulé avait tranché la gorge de Garrick avant que Maggie ait même le temps de se relever.
Puis, il avait agi ainsi qu'il l'avait dit. Narcissa, un instant, avait cru que ses nerfs craquaient réellement – peut-être était-ce le cas ? Peu importait, à présent. Elle avait poussé l'Auror au sol afin qu'elle ne touche pas sa cible, et s'était éloignée avec lui dans le brouillard.

Eloignée était un bien grand mot. En réalité, les deux époux Malefoy étaient demeurés embusqués juste derrière l'entrebâillement de la porte, écoutant ceux qui restaient.

Très rapidement, Pansy avait décidé de rester seule, enfermée dans la salle d'eau. Une fatale erreur de jugement, oui, ils avaient fait une fatale erreur de jugement en croyant le coupable désarmé. Sitôt Acacia et Magdalena hors de vue, Narcissa s'était tournée vers son mari :

- Donnez-moi ma baguette.
- Pourquoi faire ?
- Eh bien, l'un d'entre eux s'est isolé, il faut agir.
- Mais c'est… c'est Pansy.
- Dommage collatéral, comme vous vous plaisez à le dire.

Lucius, terrifié, avait dévisagé son épouse ; elle était toute proche, et pourtant, ses contours se dissipaient dans le brouillard. Il lui avait tendu sa baguette magique.

- Etes-vous sûre ? Et si les autres décidaient de revenir et…

Sans se donner la peine de lui répondre, elle s'était avancée dans le couloir d'Azkaban, d'un pas calme et lent, sous le regard médusé de son époux. Devant la porte, elle avait scandé :

- Alohomora.

Puis, elle en était presque certaine, Lucius avait fermé les yeux.
La suite, elle ne voulait pas y penser.

Elle avait entendu Acacia et Magdalena se précipiter en dehors de la prison, avait suivi le son de leurs voix, le bout du pied prudemment pressé contre l'ornière. Un éclair de lumière verte avait déchiré le brouillard, et elle les avait sues toutes proches. Quelques instants plus tard, sa baguette magique s'enfonçait dans les omoplates d'Acacia Parkinson.

Elle en avait presque terminé avec eux.

Narcissa avait longé la ligne dans la terre, doucement, sans en dévier, sa main dans celle de Lucius, qui tremblait comme une feuille. Tous deux étaient parvenus à la cabane d'Harcon. Elle en avait ouvert la porte d'un coup de pied, et avant que Scabior et Greyback aient même le temps de se lever pour la saluer, deux Avada Kedavra les avaient frappés de plein fouet.

Les corps s'étaient affaissés sur le lit. Celui de Norman gisait désormais sur le sol.

- Et maintenant ? s'était inquiété Lucius d'une voix blanche.

Son épouse avait alors pointé sa baguette sur lui.

- Attendez, Narcissa… je ne… que faites-vous ?
- Vous n'auriez pas dû me la rendre, Lucius.
- Mais enfin, je…
- Méfiez-vous des gens qui n'ont rien à perdre.

Il avait reculé, les mains en l'air en signe de soumission, jusqu'à ce que son dos se presse au bois de la porte.

- Je ne comprends pas, Narcissa, je croyais que... je vous en supplie, ne faites pas quelque chose que vous pourriez regretter.
- Je vous l'avais annoncé, pourtant, que je vengerais Drago.
- Mais puisque je vous dis que j'avais refusé de participer ! J'avais Miss Rohwe, bon sang, je n'avais pas besoin de…
- Tous au courant du Système.

Et avant qu'il ait eu le temps de protesté, elle avait ajouté, dans un sifflement :

- Avada Kedavra.

Elle avait patiemment attendu que le brouillard se dissipe, assise sur le lit de Norman Harcon au milieu des cadavres, la nuque raide, sans penser à quoi que ce soit. Puis, dans un état proche de la transe, elle avait quitté la cabane.
Le monde était à nouveau clair.
Elle avait lesté les neuf corps de pierres, puis les avait précipités du haut de la falaise. Jamais ils ne referaient surface.

Sans réellement comprendre comment ses pas l'avaient menée là, elle s'était retrouvée sur le débarcadère. A la force de ses bras et à l'aide de sa baguette magique, elle avait précipité le Styx contre les rochers.
Elle avait récupéré une planche parmi les débris du bateau, la plus large d'entre elles, et s'y était hissée avant de la laisser flotter sur la mer. Elle enverrait des Périculum à intervalles réguliers jusqu'à ce que quelqu'un se décide à venir la chercher.
Elle n'était pas pressée.

Recroquevillée sur son embarcation de fortune, elle avait élaboré son mensonge dans les moindres détails. C'était certain, jamais les Aurors ne la soupçonneraient. Quand bien même ils sauraient, ils n'auraient aucune preuve à lui mettre sur le dos.

A moins, bien entendu, que l'un d'entre eux, plus futé que les autres, ne réalise que lorsque la tempête souffle, il n'y a pas de brouillard à Azkaban.
Mais qui relevait encore de tels détails ?

Alors qu'elle se perdait dans ces considérations, une voix quelque part, une voix aussi ancienne qu'elle-même, lui avait intimé de lever le menton.
La prison se dressait comme un phare entre les vagues.

Et puis cette voix alors, cette force étrange, l'avait poussée à envoyer un baiser en direction d'Azkaban ; un baiser lointain, rapide, comme s'en lancent les gens qui se reverront bientôt.