Note: Courte histoire, écrite suite à la disparition de Pierre Bottero. Je l'aurais publiée ici plus tôt si j'avais su que la catégorie existait ! J'espère qu'elle vous plaira. :)

Éclaircie

Le vallon s'étendait à leurs pieds, blotti entre les collines à l'ouest d'Al-Jeit. Salim l'avait repéré au hasard d'une de ses excursions et seule la pluie qui était tombée sans discontinuer pendant les deux derniers jours l'avait empêché d'y amener Ewilan plus tôt. L'endroit n'aurait rien eu d'extraordinaire sans la présence du bosquet qu'ils découvraient sur leur droite, à flanc de colline. Cinq arbres de taille moyenne, en fleur comme la plupart de leurs cousins en cette mi-printemps.

C'était pour ces fleurs qu'ils étaient là.

Elles semblaient avoir été saupoudrées à l'extrémité des branches sinueuses; leurs pétales du plus pâle des roses contrastant avoir le noir de l'écorce. Ils tombaient lentement vers le sol, un à un, emportés par la brise. Une impressionnante sérénité se dégageait de l'endroit, de ses courbes harmonieuses.

Salim se tourna vers sa compagne et ne put retenir un sourire. Ewilan était fascinée. Elle regardait les pétales sur les branches, les suivaient alors qu'ils virevoltaient dans la brise avant que ses yeux ne remontent le long d'un autre tronc et ne s'attardent sur d'autres pétales, d'autres fleurs.

Comme souvent, ce fut le jeune marchombre qui rompit le silence :

- Beau, non ?

Elle acquiesça lentement avant de murmurer une réponse.

- Magnifique. Mais elles sont si fragiles…

- Pas tant que ça. Elles ont bien résisté à la pluie. Et même une fois au sol, elles restent belles.

Sourire en coin puis elle reprit, plus fort, ne craignant sans doute plus de blesser les fleurs.

- Tu as raison. Merci de m'avoir conduite ici.

Elle se tu ensuite, mais Salim la connaissait trop bien pour ne pas savoir ce à quoi elle pensait. Cet endroit, elle aurait voulu le partager avec tous leurs amis. Lui aussi, bien sûr.

Sauf que.

Edwin était à la Citadelle des Frontaliers et surveillait les Marches du Nord.

Ellana était… quelque part, à abreuver son fils d'espace et de liberté.

Les parents d'Ewilan étaient repartis de l'autre côté de la Mer des Brumes.

Quant à Maître Duom, qui aurait su apprécier le spectacle à sa juste valeur… Leur groupe était orphelin depuis plus d'un an, à présent.

Il n'y avait plus qu'eux. Salim et Ewilan, la rosée et les fleurs, ces fleurs dont la danse semblait soudain écrasante de solennité.

Face à elles, même les plus grands Dessinateurs avaient le droit de douter.

- Salim… On sera heureux, n'est-ce pas ?

Même les plus libres des Marchombres n'étaient pas égoïstes.

- Bien sûr. Et tu sais quoi ? Quoi qu'il arrive, nous reviendrons ici au printemps prochain.

Le silence qui retomba alors sur le vallon était cette fois apaisé. Une promesse, devant témoins. Rassurés sans même s'être rendus compte qu'ils avaient besoin de l'être, ils se mirent à cheval et prirent lentement le chemin du retour. Quelques minutes plus tard, les tours de la capitale s'offraient à leurs yeux.