Auteur : Choices HP

Traductrice : Moi

Spoilers : -

Rating : T

Genre(s) : Family

Disclaimers : Tout l'univers des Cullen appartient à Stephenie Meyer. L'histoire que vous allez lire appartient à Choices HP. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.

Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.

Okay, alors le concept de cette histoire est un peu différent. Même concept que Changer le Futur...mais ici, on va redécouvrir l'histoire avec nos vampires préférés. Les Cullen vont nous relire les quatre livres (et demi) et on aura le droit à leurs commentaires et à leurs réfléxions au fil de l'histoire. Le grand changement viendra dans la cinquième histoire de cette série où l'on verra comment ils changent leur futur... Comme vous le réaliserez rapidement, les passages en gras sont l'histoire de Stephenie Meyer.


- Chapitre 1 : First Sight -

C'était une journée typique dans la ville pluvieuse de Forks - okay la maison n'était peut-être pas dans la ville-même mais ça ne comptait pas. Alice sautillait dans toute la pièce à vitesse surhumaine, remplaçant les fleurs et toutes les denrées périssables de la maison, même si ils n'avaient pas vraiment besoin de faire semblant d'être humains; qui mettrait jamais les pieds dans leur maison pour s'en rendre compte? - c'était un moyen comme un autre de passer le temps. Alors qu'elle courrait, elle pouvait entendre Jasper et Emmett discuter du match de lutte qu'Emmett avait perdu l'autre jour - il essayait de convaincre Jasper de lui donner sa revanche. Edward secoua la tête; il était assit à son piano et jouait la chanson favorite d'Esme. D'après son sourire en coin, Alice conclut que Jasper faisait semblant d'hésiter juste pour embêter Emmett, et lorsqu'elle regarda son mari du coin de l'oeil, elle en vit clairement les signes sur son visage. Bien que ce n'était pas le cas d'Emmett. Rosalie était assise sur le canapé, avec le regard dans le vide - ou plutôt sur l'immense fenêtre où elle pouvait admirer son reflet. Esme était entrain de travailler dans son bureau, mais comme à chaque fois qu'Edward jouait - et surtout cette chanson - une vague de paix et de bonheur émanait d'elle. Carlisle n'était pas à la maison pour le moment, mais il devait arriver d'une minute à l'autre; il était à l'hopîtal, à faire des heures supp' pendant les fêtes- c'était le jour de Noël - pour que ses collègues humains puissent avoir un jour de repos et passer cette journée avec leurs familles.

A peine cinq minutes plus tard, sa voiture remonta l'allée et trois secondes plus tard, il passa le pas de la porte en portant une boîte sous son bras. Il regardait la boîte avec curiosité, vu qu'il n'y avait aucune adresse dessus.

"Qu'est-ce que c'est?" demanda Emmett.

"C'est une boîte," répondit Jasper, en taquinant son frère qui était déjà frustré. Emmett lui lança un regard noir, mais ne releva pas, et l'étincelle brillant dans ses yeux indiqua à tout le monde qu'il préparait quelque chose.

"Je ne pense pas que ce soit dangereux," dit Edward, qui se tenait maintenant à côté de Carlisle et examinait la boîte. Il avait apparemment remarqué l''appréhension de son père. "Mais c'est bizarre qu'on ait rien entendu..."

"C'est juste une boîte, allez, ouvres-la," dit Emmett avec impatience. "Et ensuite, Jasper et moi, on pourra..."

"Je te l'ai déjà dit, je ne te donnerais pas une revanche," lui dit Jasper d'une voix ennuyée, mais la bouche d'Edward s'étira en un rictus amusé.

Carlisle ouvrit la boîte et en sortit quatre livres. "Twilight, New Moon, Eclipse, et Breaking Dawn," énuméra-t-il en lisant le titre de chaque livre. "Je n'ai jamais entendu parler de ces bouquins."

"On dirait des romans, peut-être même des romans d'amour," ricana Emmett. "Pas ton genre habituel."

"Voyons voir," dit Alice en attrapant le premier et en regardant la quatrième de couverture. Elle la lu en moins d'une seconde et fut plutôt intriguée en apprenant qui tomberait amoureuse du... Elle interrompit rapidement sa réfléxion, et alors que les autres vampires la regardaient avec curiosité, elle courut rapidement dans sa chambre pour aller y cacher les trois autres livres avant de rejoindre sa famille. "Je pense qu'on devrait lire ces livres ensemble."

"Pourquoi?" demandèrent plusieurs voix. Personne n'avait envie de lire ces livres pour le moment.

"Je pense que ça pourrait être intéressant," dit Alice en haussant nonchalamment les épaules et en passant son temps à traduire l'hymne national en espagnol pour empêcher Edward de lire dans ses pensées.

Edward la regarda, sans comprendre pourquoi elle essayait de le bloquer, et la curiosité commença à le ronger. Elle savait qu'il détestait qu'elle lui cache des choses. "D'accord."

"Très bien, je commence." Alice rayonna pendant une seconde avant de s'installer à la table à manger. Tous les autres l'imitèrent, légèrement interessés par les livres désormais.


"Prologue," lut Alice.

Je n'ai jamais beaucoup réfléchi à la manière dont je mourrais –

"Tu es déjà morte, Alice," ricana Emmett. "Pourquoi tu ferais ça?"

"Tu ne vas pas nous interrompre tout le temps, n'est-ce pas?" s'exclama Rosalie avec impatience - bien qu'elle n'ait pas vraiment l'air de s'intéresser à tout ça.

"Oh, on va tous interrompre les autres plus d'une fois," ricana Alice. "Je n'ai même pas besoin de mon don pour voir ça."

"Hmm," marmonna songeusement Edward, en lançant un regard perçant à sa soeur lorsqu'elle passa au latin pour sa cinquième traduction de l'hymne national. Elle se contenta de lui faire un sourire avant de continuer à lire.

même si, ces derniers mois, j'aurais eu toutes les raisons de le faire – mais je n'aurais pas imaginé que ça se passerait ainsi.

Haletante, je fixai les yeux noirs du prédateur, à l'autre bout de la longue pièce. Il me rendit mon regard avec affabilité.

"Vous pensez que c'est un vampire?" questionna Esme. "Une pauvre âme est chassée par un vampire?"

"Ça m'a l'air logique," dit Carlisle. "Ça pourrait aussi expliquer pourquoi ces livres nous ont été envoyés à nous."

"Oh, il y a d'autres raisons," sourit Alice et Edward plissa les yeux.

C'était sûrement une bonne façon d'en terminer. À la place d'un autre, d'un que j'aimais.

"Oui, c'est effectivement une bonne façon de mourir," dit Edward en détournant les yeux d'Alice juste assez longtemps pour regarder chaque membre de sa famille. Ils semblaient tous avoir pensé la même chose que lui.

Alice fronça légèrement les sourcils en voyant son expression. 'Tu n'as pas plus de raison de mourir que n'importe lequel d'entre nous, Edward.' Edward soupira et ses yeux se posèrent brièvement sur Jasper avant de retourner vers Alice, une action que seule Alice fut en mesure d'interpréter; elle connaissait son frère mieux que quiconque vu qu'ils étaient liés par leurs dons. 'Je sais que tu donnerais ta vie pour n'importe lequel d'entre nous sans hésitation, surtout en sachant que tu sauverais non seulement nos vies, mais celles de nos âmes-soeur aussi, mais Edward... on t'aime tous aussi. Ça nous tuerait de te perdre...Ça me tuerait de te perdre.' Oui, elle ne voulait définitivement pas perdre son frère préféré. Elle ignora Edward lorsqu'il leva les yeux au ciel et continua à lire en fronçant les sourcils.

Noble, pourrait-on dire. Ça devrait compter en ma faveur.

Si je n'étais pas partie pour Forks,

"Forks?" répétèrent plusieurs voix et Alice sourit, savourant le fait qu'elle avait eu raison, avant de reprendre sa traduction de l'hymne national - en Russe cette fois.

"Est-ce que ça veut dire que cette personne parle de l'un d'entre nous?" demanda Jasper, avec une expression inquiète à peine dissimulée sur son visage - il était le plus suspect d'entre eux.

"Je ne pense pas que tu ais besoin de t'inquiéter," lui dit Alice, d'une voix douce tout en lançant un regard inquiet à Edward avant de continuer.

je ne me serais pas retrouvée dans cette situation, j'en avais conscience. Pourtant, aussi terrifiée que je fusse, je n'arrivais pas à regretter ma décision. Quand la vie vous a fait don d'un rêve qui a dépassé toutes vos espérances, il serait déraisonnable de pleurer sur sa fin.

Ce fut avec un sourire aimable et tranquille que le chasseur s'approcha pour me tuer.

"Et ben, c'est pas jojo, tout ça," sourit Emmett. "Je pense que j'aimerais vraiment rencontrer cet humain."

"C'était la Préface, mais je pense que je vais continuer avec le prochain chapitre," dit Alice, en tournant la page.


"Première Rencontre," lut-elle.

Ma mère me conduisit à l'aéroport toutes fenêtres ouvertes. La température, à Phoenix, frôlait les vingt et un degrés, le ciel était d'un bleu éclatant.

"Le dernier endroit où il y a un risque de rencontrer quelqu'un comme nous," dit Emmett. "En journée, en tout cas."

En guise d'adieux, je portais ma chemise préférée, la blanche sans manches, aux boutonnières rehaussées de dentelle.

"Ce n'est pas une tenue assez chaude pour Forks," dit Esme, qui comme toujours, s'inquiétait pour tout le monde.

J'avais mon coupe-vent pour seul bagage à main.

"Voilà qui est mieux," dit-elle ensuite.

"Ugh," dit Alice en grimaçant. "Un coupe-vent."

Il existe, dans la péninsule d'Olympic, au nord-ouest de l'État de Washington, une bourgade insignifiante appelée Forks où la couverture nuageuse est quasi constante.

"Des conditions parfaites pour les familles," sourit Emmett. "En tout cas pour des familles comme la notre."

Il y pleut plus que partout ailleurs aux Etats- Unis. C'est cette ville et son climat éternellement lugubre que ma mère avait fui en emportant le nourrisson que j'étais alors. C'est là que j'avais dû me rendre, un mois tous les étés, jusqu'à mes quatorze ans, âge auquel j'avais enfin osé protester.

Ces trois dernières années, mon père, Charlie,

"Charlie? Vous pensez que c'est le Chef Swan?" demanda Carlisle.

"Ce serait logique, sa fille, Isabella, est censée emménager ici dans quelques semaines," dit Edward.

"T'as l'air bien renseigné," ricana Emmett; il passait son temps à taquiner Edward parce qu'il n'avait pas d'âme-soeur - et qu'il ne s'intéressait pas au sexe opposé.

"Elle est au centre de la plupart des commérages en ville." Edward leva les yeux au ciel et ne vit pas le sourire moqueur d'Alice.

avait accepté de substituer à mes séjours obligatoires chez lui quinze jours de vacances avec moi en Californie.

Et c'était vers Forks que je m'exilais à présent – un acte qui m'horrifiait. Je détestais Forks.

"Pourquoi vient-elle à Forks si elle déteste cette ville?" marmonna Edward, en secouant la tête.

"Peut-être que sa mère l'y a forcé," suggéra Jasper.

J'adorais Phoenix. J'adorais le soleil et la chaleur suffocante. J'adorais le dynamisme de la ville immense.

Rien ne t'y oblige, Bella, me répéta ma mère pour la énième fois avant que je grimpe dans l'avion.

"Maintenant, je suis confus," dit Edward, mais tous les autres haussèrent les épaules, ça ne semblait pas vraiment les intéresser.

Ma mère me ressemble, si ce n'est qu'elle a les cheveux courts et le visage ridé à force de rire. Je scrutai ses grands yeux enfantins, et une bouffée de panique me submergea. Comment ma mère aimante, imprévisible et écervelée allait-elle se débrouiller sans moi ?

"Euh, c'est pas elle l'enfant?" demanda Emmett.

"Les enfants prennent souvent des responsabilités parentales, surtout en cas de divorce," expliqua Carlisle.

Certes, elle avait Phil, désormais. Les factures seraient sans doute payées, le réfrigérateur et le réservoir de la voiture remplis, et elle aurait quelqu'un à qui téléphoner quand elle se perdrait. Pourtant...

J'en ai envie, répondis-je. J'ai beau n'avoir jamais su mentir, j'avais répété ce boniment avec une telle régularité depuis quelques semaines qu'il eut l'air presque convaincant.

Salue Charlie de ma part.

Je n'y manquerai pas.

On se voit bientôt, insista-t-elle. La maison te reste ouverte. Je reviendrai dès que tu auras besoin de moi.

Son regard trahissait cependant le sacrifice que cette promesse représentait.

"Elle semble être très prévenante," dit Esme en souriant.

"Oui, très altruiste pour une humaine," ajouta Edward.

Ne t'inquiète pas. Ça va être génial. Je t'aime, maman.

Elle me serra fort pendant une bonne minute, je montai dans l'avion, elle s'en alla.

Entre Phoenix et Seattle, le vol dure quatre heures, auxquelles s'en ajoute une dans un petit coucou jusqu'à Port Angeles, puis une jusqu'à Forks, en auto. Autant l'avion ne me gêne pas, autant j'appréhendais la route en compagnie de Charlie.

"Mais c'est son père," dit Esme en fronçant les sourcils.

"Qu'elle voit rarement. Leur relation doit être tendue," dit Edward, et Alice eut un sourire amusé en le voyant prendre la défense de la fille.

"En plus, imaginez devoir faire le trajet dans une voiture de police," dit Rosalie en frissonnant à cette pensée.

Charlie s'était montré à la hauteur. Il avait paru réellement heureux de ma décision – une première – de venir vivre avec lui à plus ou moins long terme.

"Bien sûr qu'il l'est, c'est son père," dit Esme. "Je ne pouvais même pas imaginer ne pas voir..."

Carlisle enroula rapidement son bras autour d'elle lorsqu'elle s'interrompit; ses yeux s'emplir de désespoir lorsque ses pensées se tournèrent vers un triste souvenir.

Il m'avait déjà inscrite au lycée, s'était engagé à me donner un coup de main pour me trouver une voiture.

Mais ça n'allait pas être facile. Aucun de nous n'est très prolixe, comme on dit, et je ne suis pas du genre à meubler la conversation. Je devinais qu'il était plus que perturbé par mon choix – comme ma mère avant moi, je n'avais pas caché la répulsion que m'inspirait Forks.

Quand j'atterris à Port Angeles, il pleuvait. Je ne pris pas ça pour un mauvais présage, juste la fatalité.

"Hmm...un esprit sensible," dit Carlisle; il pouvait s'entendre avec n'importe quelle personne un tant soit peu raisonnable - en fait, il pouvait s'entendre avec n'importe qui.

J'avais d'ores et déjà fait mon deuil du soleil.

Sans surprise, Charlie m'attendait avec le véhicule de patrouille.

"Okay, c'est un peu flippant," dit Emmett. "Ça commence vraiment à avoir l'air réel."

"J'ai l'impression que ça l'est," sourit Alice. "Et je suis plutôt sûre qu'on va tous bientôt apparaître dans ce livre." Elle ajouta ça en faisant un sourire moqueur à Edward.

Edward déglutit en voyant son étrange expression, et à en juger par l'expression de surprise et d'espoir sur le visage d'Esme, il commençait à deviner où cette histoire allait les mener.

Charlie Swan est le Chef de la police, pour les bonnes gens de Forks. Mon désir d'acheter une voiture en dépit de mes maigres ressources était avant tout motivé par mon refus de me trimballer en ville dans une bagnole équipée de gyrophares bleus et rouges.

"Personne ne peut lui en vouloir pour ça," dit Rosalie en grimaçant.

Rien de tel qu'un flic pour ralentir la circulation.

"Effectivement. C'est pour ça que je les évite," ricana Edward, bien que ce soit un peu forcé; il redoutait la direction que prenait tout ça.

Charlie m'étreignit maladroitement, d'un seul bras, lorsque, m'approchant de lui, je trébuchai.

Content de te voir, Bella, dit-il en souriant et en me rattrapant avec l'aisance que donne l'habitude.

"Qu'est-ce qu'elle veut dire par 'rattrapant'?" marmonna Jasper. "Elle n'a pas l'air d'être du genre à courir dans les bras de son père."

Les autres haussèrent les épaules; ils n'en savaient rien.

Tu n'as pas beaucoup changé. Comment va Renée ?

Maman va bien. Moi aussi, je suis heureuse de te voir, papa. Devant lui, j'étais priée de ne pas l'appeler Charlie.

"C'est malpoli tout court de l'appeler comme ça," dit Esme en fronçant les sourcils. "Les jeunes de nos jours."

"Mais au moins, elle lui montre du respect lorsqu'ils parlent," souligna Edward.

"Effectivement," sourit Esme, plus parce qu'il avait prit la défense de la fille qu'autre chose.

Je n'avais que quelques sacs.

"Hmph," fit Alice.

"Alice, tu ne prends jamais plus d'un sac en voyage," remarqua Jasper.

"C'est vrai," dit Alice en sachant qu'il ne comprendrait pas - c'était tout simplement parce qu'elle refaisait la moitié de sa garde-robe partout où elle allait; cette fille n'aurait aucune option.

La plupart des vêtements que je portais en Arizona n'étaient pas assez imperméables pour l'État de Washington. Ma mère et moi nous étions cotisées pour élargir ma garderobe d'hiver, mais ça n'avait pas été très loin. Le tout entra aisément dans le coffre.

Alice plissa à nouveau les yeux, mais cette raison était acceptable - enfin limite.

Je t'ai dégoté une bonne voiture, m'annonça Charlie une fois nos ceintures bouclées. Elle t'ira comme un gant. Pas chère du tout.

Quel genre ?

Son besoin de préciser qu'elle m'irait comme un gant au lieu de s'en tenir à « une bonne voiture » m'avait rendue soupçonneuse.

"Elle est perspicace," s'étonna Carlisle.

En fait, c'est une camionnette à plateau. Une Chevrolet.

Où l'as-tu trouvée ?

Tu te rappelles Billy Black de La Push ?

Tout le monde fronça les sourcils à la mention de ce nom. Carlisle leva les yeux au ciel en sentant la tension de sa famille, il aurait vraiment pouvoir mettre toute cette animosité entre eux et les Indiens Quileute derrière eux.

La Push est la minuscule réserve indienne située sur la côte.

Non.

Il s'en servait pour aller pêcher, l'été.

Ce qui expliquait pourquoi je ne m'en souvenais pas. Je suis plutôt douée pour gommer de ma mémoire les détails aussi inutiles que douloureux.

Emmett rigola en entendant ça. "Je pense que je vais beaucoup aimer cette nouvelle fille."

Il est cloué sur un fauteuil roulant, maintenant, continua Charlie, il ne peut donc plus conduire. Il m'en a demandé un prix très raisonnable.

De quelle année date-t-elle ?

Rien qu'à son expression, je compris qu'il avait escompté couper à cette question.

Euh, Billy a sacrément bricolé le moteur... Elle n'est pas si vieille que ça, tu sais.

"Il évite la question," remarqua Jasper avec un sourire amusé.

"Je ne pense pas que la fille va le laisser s'en tirer comme ça," ricana Edward. "Elle a l'air bien trop observatrice pour ça."

Il ne pensait quand même pas que j'allais renoncer si facilement ? Je ne suis pas cruche à ce point-là.

"Hmm...et têtue aussi," s'exclama Edward.

Il l'a achetée en 1984, me semble-t-il, enchaîna-t-il.

"C'est pas si vieux que ça," remarqua Emmett.

"C'est bien assez vieux," répliqua Rosalie en grimaçant à nouveau. "Même la voiture de patrouille pourrait être préférable à ça."

"Il a dit 'il l'a achetée'," souligna Carlisle avec un sourire, et ses yeux brillèrent d'amusement. "Je parie qu'elle est encore plus vieille que ça."

Neuve ?

Euh, non. Je crois que c'est un modèle du début des années soixante, avoua-t-il, piteux. Ou de la fin des années cinquante. Mais pas plus.

Char... Papa, je n'y connais rien en mécanique. Je serai incapable de la réparer s'il arrive quoi que ce soit et je n'ai pas les moyens de payer un garagiste...

"Tu pourrais la réparer, bébé," dit Emmett.

"Ugh," répliqua Rosalie. "Je ne toucherais jamais à cette chose."

T'inquiète, Bella, cet engin est comme neuf. On n'en fabrique plus des comme ça, aujourd'hui.

« Cet engin... » Ça promettait !

C'est quoi, pas chère ?

Après tout, c'était la seule chose sur laquelle je ne pouvais me permettre de me montrer difficile.

Euh, laisse-moi te l'offrir, chérie. Une sorte de cadeau de bienvenue.

Charlie me jeta un coup d'oeil plein d'espoir.

"C'est gentil de sa part," rayonna Esme.

Une voiture gratuite. Rien que ça !

Tu n'es pas obligé, papa. J'avais prévu d'en acheter une.

Fais-moi plaisir. Je veux que tu sois heureuse, ici.

Il se concentrait de nouveau sur la route. Charlie a du mal à exprimer ses émotions. Difficulté dont j'ai hérité. C'est donc en fixant moi aussi le pare-brise que je répondis :

"Famille intéressante," remarqua Emmett en rigolant.

C'est vraiment très gentil, papa. Merci. C'est un cadeau formidable.

Inutile de lui préciser qu'être heureuse à Forks relevait de l'impossible. Il n'avait pas besoin de souffrir avec moi.

"Une personne vraiment altruiste," dit Edward avec un sourire ébahi.

À cheval donné, on ne regarde pas la bouche. Pas plus qu'on ne regarde le moteur d'une camionnette qu'on n'a pas payée.

Euh, de rien, marmonna-t-il, gêné.

Nous échangeâmes encore quelques commentaires sur le temps – humide –, et la discussion s'en tint là. Ensuite, nous contemplâmes le paysage.

Magnifique, il me fallait en convenir. Tout était vert les arbres, leurs troncs couverts de lichen, leurs frondaisons dégoulinantes de mousse, le sol encombré de fougères. Même l'air qui filtrait à travers les feuilles avait des reflets verdâtres.

Une overdose de verdure – j'étais chez les Martiens.

"Euh...le vert est une couleur plutôt commune sur notre planète, en fait," dit Emmett avec confusion.

"Tu parles à un livre, Em", répliqua Alice avec un sourire amusé.

"En plus, elle vient de Phoenix; le vert n'est pas vraiment une couleur abondante là-bas," souligna Carlisle.

Nous finîmes par arriver chez Charlie. Il vivait toujours dans la maisonnette de trois pièces achetée avec ma mère aux premiers (et seuls) jours de leur mariage. Devant ce logis immuable était garée ma nouvelle – pour moi – voiture. D'un rouge délavé, elle était dotée d'ailes énormes et bombées ainsi que d'une cabine rebondie.

À ma plus grande surprise, j'en tombai amoureuse.

"Cette fille est folle," dit Rosalie en frissonnant une fois de plus.

J'ignorais si elle roulerait, mais je m'y voyais déjà. De plus, c'était une de ces bêtes en acier solide qui résistent à tout, de celles qui, en cas de collision, n'ont pas une égratignure alors que le véhicule qu'elles ont détruit gît en pièces détachées sur le sol.

Elle est géniale, papa ! Je l'adore ! Merci !

La journée abominable qui m'attendait le lendemain en serait d'autant moins atroce. Pour aller au lycée, je n'aurais pas à choisir entre une marche de deux kilomètres sous la pluie ou une virée dans la voiture de patrouille du Chef Swan.

"Hmm...Je préférerais la voiture de patrouille," dit Rosalie.

Ravi qu'elle te plaise, bougonna Charlie, embarrassé par mon expansivité.

Je ne mis pas longtemps à transporter mes affaires à l'étage. J'avais la grande chambre à l'ouest, celle qui donnait sur la façade. Elle m'était familière, ayant été mienne depuis ma naissance.

Le plancher, les murs bleu clair, le plafond incliné, les rideaux de dentelle jaunie à la fenêtre — tout cela appartenait à mon enfance. Les seuls changements opérés par Charlie au fur et à mesure que j'avais grandi avaient consisté à remplacer le berceau par un lit puis à ajouter un bureau. Sur ce dernier trônait désormais un ordinateur d'occasion, la ligne du modem agrafée le long de la plinthe jusqu'à la prise de téléphone la plus proche. Une exigence de ma mère, histoire de garder plus facilement le contact. Le rocking-chair qui avait bercé ma prime jeunesse était toujours dans le même coin.

Il n'y avait, sur le palier, qu'une petite salle de bains que je devrais partager avec Charlie, une perspective à laquelle je m'efforçai de ne pas trop penser.

Charlie a une grande qualité : il n'embête pas les gens.

"Il ne peut probablement plus supporter le silence gêné," dit Jasper.

Il me laissa donc m'installer tranquillement, un exploit dont ma mère aurait été incapable. Je fus contente de cet instant de solitude pendant lequel je n'avais ni à sourire ni à afficher un air béat. Je pus contempler à loisir la pluie battante ; découragée, je m'autorisai même quelques larmes.

"La pauvre chérie," soupira Esme.

Je n'étais cependant pas d'humeur à pleurer pour de bon. Je gardais ça pour l'heure du coucher, lorsque je devrais songer au matin suivant.

Le lycée de Forks n'accueillait que trois cent cinquante-sept élèves – cinquante-huit à présent : terrifiant ! A Phoenix, les classes de première comptaient à elles seules plus de sept cents individus. Ici, tous les mômes avaient grandi ensemble au même endroit, comme leurs grands-parents avaient fait leurs premiers pas à la même époque et au même endroit.

"Oui, c'est plus dur de se fondre dans la masse dans une petite ville," dit Esme. "J'espère que cette fille se fera des amis."

"A en juger par ce que tout le monde pense d'elle, elle ne devrait pas être seule trop longtemps," dit Edward. "Bien que je ne sois pas sûr qu'elle appréciera toute cette attention. Elle a l'air un peu timide."

Je serais la nouvelle, venue de la grande ville, un objet de curiosité, un monstre.

Si j'avais eu l'allure d'une fille de Phoenix, j'aurais sans doute pu en tirer avantage.

Mais, physiquement, je ne m'étais jamais adaptée. Au lieu d'être bronzée, sportive, blonde, joueuse de volley, et pourquoi pas pompom girl, bref, la panoplie de toute fille vivant dans la Vallée du Soleil,

"Il y toute sorte de gens dans le monde, cette fille ne devrait pas s'inquiéter pour ça," dit Edward en fronçant les sourcils.

j'avais, en dépit de l'éternel été d'Arizona, une peau d'ivoire, sans même l'excuse d'avoir les yeux bleus ou les cheveux roux. J'ai toujours été mince, dans le genre mou cependant – rien d'une athlète. Je n'étais pas assez coordonnée dans mes mouvements pour pratiquer un sport sans m'humilier –, et je ne parle pas des blessures que je m'infligeais, ainsi qu'à ceux qui se tenaient trop près de moi.

"J'espère qu'elle sera dans mon cours de sport." Emmett rigola à cette pensée.

Mes vêtements rangés dans la vieille commode en pin surmontée d'un miroir, j'emportai ma trousse de toilette dans la salle de bains commune afin de me débarrasser de la crasse du voyage.

Tout en démêlant mes cheveux mouillés, je m'examinai dans la glace. Peut-être était-ce la lumière, mais je me trouvai mauvaise mine, le teint terne. Ma peau pouvait être jolie – elle était très pâle, presque translucide – à condition d'avoir quelques couleurs. Je n'avais pas de couleurs, ici.

Devant mon reflet blafard, je fus contrainte d'admettre que je me mentais. Ce n'était pas qu'une question de physique. Je ne m'intégrerais pas. Si je n'avais pas réussi à me fondre au milieu des trois mille élèves de mon précédent lycée, qu'allait-il en être dans ce bled ?

"Cette fille n'a jamais eu de vrais amis," soupira Esme, en s'inquiétant une fois de plus pour elle.

J'avais du mal à m'entendre avec les gens de mon âge. Plus exactement, j'avais du mal à m'entendre avec les gens, un point c'est tout.

"Peut-être qu'elle s'entendra plus facilement avec des vampires." Emmett éclata de rire. Cependant, toutes les autres personnes présentes dans la pièce - à l'exception d'Alice - se tendirent à cette idée, parce qu'ils savaient à quel point ce serait dangereux pour tout le monde, y compris - et surtout - pour la fille.

Même ma mère, la personne au monde dont j'étais la plus proche, n'était jamais en harmonie avec moi, jamais sur la même longueur d'onde.

Edward fronça les sourcils à ça, il avait l'air d'essayer de déchiffrer cette fille étrange.

Parfois, je me demandais si mes yeux voyaient comme ceux des autres. Mon cerveau souffrait peut-être d'une défaillance. Mais la cause importait peu, seul comptait l'effet. Dire que demain ne serait qu'un début !

Je dormis mal, cette nuit-là,

"Toujours mieux que nous," ricana Emmett.

bien que j'eusse pleuré. Les claquements permanents des gouttes et du vent sur le toit refusaient de s'estomper en simple bruit de fond. Je ramenai le vieux couvre-lit délavé sur ma tête, y ajoutai plus tard l'oreiller. Rien n'y fit : je ne m'assoupis pas avant minuit, lorsque la pluie finit par se transformer en un crachin étouffé.

"Elle ferait mieux de s'habituer à ça," dit Emmett. "Il pleut toujours ici."

Au matin, ma fenêtre m'offrait pour seul spectacle un épais brouillard, et une sensation de claustrophobie grimpa sournoisement en moi. On ne voyait jamais le ciel, ici ; c'était comme d'être en cage.

Le petit-déjeuner en compagnie de Charlie se déroula en silence. Il me souhaita bonne chance pour le lycée. Je le remerciai, consciente de la vanité de ses bonnes paroles. La chance avait tendance à me fuir. Charlie se sauva le premier vers le commissariat – son épouse, sa famille. Une fois seule, je restai assise sur l'une des trois chaises dépareillées qui entouraient l'ancienne table carrée en chêne et examinai la minuscule cuisine aux murs palissés de bois sombre, aux placards jaune vif et au sol couvert de lino blanc. Rien n'avait changé.

"Il est évident que Charlie ne fait pas ce genre de chose. Tout comme il ne semble pas passer beacoups de temps dans cette maison," remarqua Edward.

C'était ma mère qui avait peint les menuiseries, dix-huit ans plus tôt, tentative dérisoire d'amener un peu de soleil dans la maison. Sur le manteau de la petite cheminée du salon adjacent, pas plus grand qu'un mouchoir de poche, se trouvait une rangée de photos. Une du mariage de Charlie et Renée à Las Vegas, puis une de nous trois à la maternité après ma naissance, prise par une infirmière serviable, suivie de la ribambelle de mes portraits d'école, y compris celui de l'année précédente. Ces derniers m'embarrassèrent – il faudrait que j'en touche un mot à Charlie pour qu'il les mette ailleurs, au moins tant que je vivrais chez lui.

Il m'était impossible, dans cette maison, d'oublier que mon père ne s'était pas remis du départ de maman. J'en éprouvai un certain malaise.

"Je parie que ça doit être difficile," dit Jasper. "Surtout depuis que sa mère s'est remariée."

Je ne tenais pas à arriver trop tôt au lycée, mais je ne supportais pas de rester ici une minute de plus. J'enfilai mon coupe-vent – qui me fit l'effet d'avoir été tissé dans un composant dangereux pour l'homme

"Horrible," marmonna Alice dans un souffle.

et sortis.

Il bruinait encore, pas de quoi me tremper néanmoins pendant les quelques minutes où j'attrapai la clé toujours cachée sous l'avant-toit de la porte et verrouillai celle-ci. Mes nouvelles bottes imperméabilisées chuintaient d'une façon agaçante. Les craquements habituels du gravier sous mes pas me manquaient. Je n'eus pas l'occasion d'admirer ma camionnette tout mon content ;

"Pourquoi voudrait-elle faire ça?" s'exclama Rosalie avec incrédulité. Cette fois-çi, tous les autres semblèrent d'accord avec elle.

j'avais trop hâte d'échapper à la brume humide qui virevoltait autour de ma tête et s'accrochait à mes cheveux, en dépit de ma capuche.

L'habitacle était agréablement sec. Billy ou Charlie avaient apparemment fait un brin de ménage, même si les sièges capitonnés marron clair sentaient encore un peu le tabac, l'essence et la menthe poivrée.

À mon grand soulagement, le moteur réagit au quart de tour, mais bruyamment, rugissant à l'allumage avant de tomber dans un ralenti assourdissant. Bah ! Un véhicule aussi antique ne pouvait être parfait. La radio antédiluvienne fonctionnait, une heureuse surprise.

"Sérieusement, c'est incroyable," renifla Emmett.

Bien que je n'y eusse jamais mis les pieds, trouver le lycée fut un jeu d'enfant. Comme la plupart des autres édifices officiels locaux, il était situé le long de la quatre voies. À première vue, il n'avait rien d'un établissement scolaire. Seul le panneau annonçant sa fonction m'incita à m'arrêter. On aurait dit une série de maisons identiques construites en briques bordeaux. Il était noyé au milieu de tant d'arbres et d'arbustes que j'eus d'abord du mal à en mesurer l'étendue. Où était passée la solennité de l'institution ? Me demandai-je avec nostalgie. Où avaient disparu les clôtures grillagées et les détecteurs de métaux' ?

"Pourquoi voudrait-elle ce genre de trucs?" Emmett renifla et rigola à la fois.

Je me garai devant le premier bâtiment, qui arborait, au-dessus de sa porte, un écriteau marqué ACCUEIL. Il n'y avait aucune autre voiture, d'où je conclus que le stationnement était interdit. Mieux valait cependant demander un plan à l'intérieur plutôt que de tourner en rond sous la pluie comme une idiote. Quittant à regret la cabine surchauffée, je remontai un étroit chemin pavé bordé de haies sombres. Je pris une profonde inspiration avant d'entrer.

L'intérieur était brillamment éclairé et plus chaleureux que ce que j'avais prévu. Le bureau n'était pas vaste : une salle d'attente exiguë avec des chaises pliantes capitonnées, une moquette mouchetée, orange et de mauvaise qualité, des murs surchargés d'avis et de trophées, une grosse pendule bruyante. Des plantes poussaient à profusion dans de grands pots en plastique, à croire qu'il n'y avait pas assez de verdure dehors. La pièce était coupée en deux par un long comptoir qu'encombraient des dépliants aux couleurs vives et des corbeilles métalliques débordant de paperasse. Derrière, trois bureaux, dont l'un réservé à une matrone à lunettes et cheveux rouges. Elle portait un T-shirt violet qui me donna aussitôt le sentiment d'être sur mon trente et un.

La femme à la crinière flamboyante leva la tête.

Je peux t'aider ?

Je m'appelle Isabella Swan, l'informai-je.

Immédiatement, un éclat alluma son oeil. Elle était au courant, j'étais attendue, un sujet de ragots à n'en pas douter.

"Sans aucun doute," ricana Edward.

La fille, enfin rentrée au bercail, de l'ex-épouse volage du Chef.

"Hmm, c'est ce que la plupart d'entre eux pense...enfin, les adultes, en tout cas," dit Edward.

Ah oui, acquiesça-t-elle.

Elle fouilla dans une pile dangereusement instable de papiers jusqu'à dénicher ceux qu'elle cherchait.

Voici ton emploi du temps. Et un plan du lycée.

Elle m'apporta plusieurs feuilles et m'indiqua l'emplacement de mes classes, surlignant les chemins les plus rapides. Elle me donna aussi une fiche à faire signer par chaque prof et m'avertit que j'étais priée de la lui rapporter en fin de journée. Avec un sourire, elle émit, comme Charlie, le voeu que je me plusse à Forks. Je lui répondis par le rictus le plus convaincant à ma disposition.

Lorsque je regagnai la Chevrolet, d'autres élèves avaient commencé à arriver. Suivant la file des véhicules, je contournai le lycée. Je constatai avec plaisir que la plupart des voitures étaient plus vieilles que la mienne, rien de tape-à-l'oeil. À Phoenix, j'avais vécu dans un des rares quartiers modestes ponctuant le district de Paradise Valley. Il n'était pas rare de voir une Mercedes ou une Porsche flambant neuves sur le parking.

"Si seulement," soupira Rosalie. Elle mourrait d'envie de pouvoir prendre sa voiture pour aller à l'école.

Ici, la plus belle voiture était une Volvo rutilante, et elle détonnait.

"Et c'est la voiture la plus commune qu'on ait," dit Edward; il aimait beaucoup sa Volvo, mais pas autant que son Aston Martin.

Malgré tout, je coupai le contact dès que j'eus trouvé une place, histoire de ne pas trop attirer l'attention par mes pétarades.

Avant de descendre, j'essayai de mémoriser mon plan afin de ne pas devoir le sortir à tout bout de champ, au vu de tous. J'enfouis ensuite les papiers dans mon sac, mis ce dernier sur mon épaule et respirai un grand coup. « Tu peux le faire, me mentis-je sans beaucoup de conviction.

"Ça ne sert à rien de se mentir," dit Jasper en secouant la tête. "Et le faire sans beaucoup de conviction est encore plus inutile."

Personne ne va te mordre. »

Tout le monde rigola à ces mots.

"On fera de notre mieux," ricana Emmett.

Sur ce, je soufflai et m'extirpai de l'habitacle.

Prenant soin de dissimuler mon visage sous ma capuche, j'empruntai le trottoir bondé d'adolescents. Ma veste noire unie se fondait dans la masse, ce qui me soulagea.

Une fois que j'eus dépassé la cantine, je dénichai le bâtiment 3 sans difficulté – un gros chiffre noir était peint sur fond blanc à l'un des angles de l'édifice.

"C'est vraiment dur de se perdre dans Forks," dit Emmett en levant les yeux au ciel, mais la lueur malicieuse qui y brillait révéla son amusement à l'idée que cette fille soit en mesure de le faire.

Au fur et à mesure que je m'en rapprochais, je sentais mon pouls s'accélérer de façon désordonnée. Je franchis la porte derrière deux imperméables unisexes en tâchant de contrôler ma respiration.

La salle de classe était modeste. Les élèves qui me précédaient s'arrêtèrent sur le seuil pour suspendre leurs manteaux à une longue rangée de patères. Je les imitai. C'étaient deux filles, une blonde à la peau de porcelaine, l'autre également pâle, avec des cheveux châtain clair. Au moins, je ne serais pas la seule ici à être blanche comme un lavabo.

"Oui, on apprécie ça aussi, bien qu'on soit toujours encore un peu trop pâle," dit Carlisle.

J'allai porter ma fiche de présence au prof, un grand homme au front dégarni dont le bureau portait une plaque l'identifiant comme M. Mason. En voyant mon nom, il me dévisagea bêtement – une réaction pas très encourageante – et, bien sûr, je rougis comme une pivoine. Sans prendre la peine de me présenter aux autres, il finit par m'envoyer à un pupitre vide au fond de la classe. À cette place, il était plus difficile à mes nouveaux camarades de me reluquer, ce qui ne les dissuada pas pour autant.

"Prêts à tout pour étudier la nouvelle," soupira Edward.

"Et cette fille n'a même pas les caractéristiques vampiriques que nous possédons," soupira Jasper à son tour. "Ça va prendre des jours, peut-être même des semaines avant qu'ils arrêtent de s'intéresser à elle." Jasper n'avait jamais apprécié l'attention qu'ils attiraient et il pouvait comprendre le dégoût de cette fille mieux que quiconque.

Je gardai les yeux baissés sur la bibliographie que le prof m'avait remise. Guère originale : Brontë, Shakespeare, Chaucer, Faulkner. J'avais déjà tout lu. Ce qui était à la fois réconfortant et... ennuyeux.

"A qui le dis-tu," gémirent les cinq vampires qui passaient tout leur temps au lycée.

Je me demandai si ma mère accepterait de m'expédier mon classeur de vieilles dissertations ou si elle considérerait que c'était de la triche.

"Si c'est le cas, alors je passe mon temps à tricher," dit Emmett.

"C'est quoi l'intérêt de réutiliser tes vieilles dissertations quand il ne te faut que deux minutes pour écrire quelque chose de nouveau," dit Edward.

"Étant quelqu'un qui a tout son temps, je ne m'attends pas à ce que tu me comprennes," répliqua Emmett, en remuant ses sourcils et son sourire s'élargit lorsqu'il vit le froncement de sourcils d'Edward alors qu'il approfondissait son propos dans son esprit.

Pendant que M. Mason ronronnait, je passai en revue différents scénarios de dispute avec elle.

Quand la sonnerie – espèce de bourdonnement nasal – se fit entendre, un boutonneux dégingandé aux cheveux aussi noirs qu'une nappe de pétrole se pencha depuis la rangée de tables voisine pour me parler.

"Eric Yorkie," dit Edward.

Tu es Isabella Swan, hein ?

Le prototype du joueur d'échecs excessivement serviable.

"Ouaip."

Bella, le corrigeai-je.

Tous ceux qui étaient assis dans un rayon de trois chaises se retournèrent pour me lorgner.

Quel est ton prochain cours ? demanda-t-il. Je dus vérifier dans mon sac.

Euh... civilisation. Avec Jefferson. Bâtiment 6.

J'étais cernée de tous côtés par des regards avides.

Je vais au 4, je peux te montrer le chemin.

(Décidément trop obligeant.)

"Elle est vraiment observatrice," dit Jasper.

"Et marrante," rigola Emmett.

Je m'appelle Eric.

Merci, répondis-je avec un sourire timide.

Enfilant nos vestes, nous sortîmes sous la pluie qui avait repris de plus belle. J'aurais juré que plusieurs personnes marchaient suffisamment près de nous pour entendre ce que nous disions. Je devenais paranoïaque, il fallait que je me surveille.

"Je ne pense pas que ce soit le cas," dit Alice. "Les gens peuvent vraiment être malpolis."

"Comme si tu ne serais pas toute aussi curieuse si tu n'étais pas en mesure de l'entendre depuis l'autre bout de l'école," lui dit Edward, et Alice lui tira la langue.

Alors, c'est drôlement différent de Phoenix, hein ? S'enquit Éric.

En effet.

Il ne pleut pas beaucoup là-bas, non ?

Trois ou quatre fois l'an.

"Presque l'exact opposé d'ici," souligna Edward.

La vache, ça doit être bizarre.

Juste ensoleillé.

Tu n'es pas très bronzée.

Ma mère est albinos.

Il me dévisagea avec une telle stupeur mâtinée de frayeur que je soupirai. Apparemment, nuages et sens de l'humour étaient incompatibles.

"Hm, c'était pas drôle," dit Emmett songeusement. "En tout cas, pas aussi drôle que les choses auxquelles elle pense. Tu sais Eddie, je pense que je peux désormais voir l'intérêt qu'il y a à être en mesure de lire dans les pensées des gens."

"Ce n'est pas toujours aussi drôle que ça," lui dit Edward, en fronçant les sourcils. "De nombreuses personnes ont...des pensées horribles."

Encore quelques mois de ce régime-là, et j'oublierais comment manier le sarcasme.

Contournant la cafétéria, nous nous dirigeâmes vers les bâtiments sud, près du gymnase. Éric se donna la peine de m'accompagner jusqu'à la porte, alors que celle-ci était visible à des kilomètres.

"On dirait qu'elle a au moins un admirateur," lui dit Emmett.

"Comme si quelqu'un voudrait de ce genre d'attention de la part d'Eric," renifla Edward, étrangement moqueur.

"Edward, sois gentil," le disputa Esme.

"Désolé, maman," répondit Edward, confus par sa propre réaction. Alice étudiait son frère avec attention, et était à peine capable de dissimuler son excitation - aussi bien sur son visage que dans ses pensées.

Eh bien, bonne chance ! me lança-t-il au moment où j'attrapais la poignée. Nous aurons peut-être d'autres cours ensemble, ajouta-t-il, plein d'espoir.

Je lui adressai un hochement de tête vaguement aimable et entrai.

Le reste de la matinée se déroula grosso modo de la même façon. Mon prof de maths, M. Varner, que j'aurais de toute manière détesté rien qu'à cause de la matière qu'il enseignait, fut le seul qui m'obligea à. me planter devant la classe pour me présenter.

"C'est vraiment un bâtard," dit Emmett; Mr Varner n'aimait aucun des Cullen.

Je balbutiai, piquai un fard et trébuchai sur mes propres chaussures en allant m'asseoir.

Au bout de deux heures de cours, j'étais capable de reconnaître quelques visages ; chaque classe avait toujours son courageux pour entamer la conversation et me demander mes impressions sur Forks. Je m'essayai à la diplomatie mais, pour l'essentiel, je mentis.

"Allez, dis-leur juste que c'est nul et que tu préférerais être n'importe où ailleurs," rigola Emmett. "Pourquoi prendre la peine de faire semblant?"

"Parce que les gens l'accepteront plus facilement comme ça," lui dit Edward en haussant les épaules. "Tu sais à quel point les humains ont besoin d'être acceptés par leurs pair."

"Je suppose," soupira Emmett. "Je pensais qu'elle serait au-dessus de ça."

Avantage : je n'eus pas une seule fois besoin de mon plan. Une fille s'assit à côté de moi en maths et en espagnol, et c'est ensemble que nous gagnâmes la cantine à midi. Elle était frêle, largement plus petite que mon mètre soixante-trois,

"Hmph, elle est plus grande que moi," dit Alice en fronçant le nez.

"Tout le monde est plus grand que toi, la naine," rigola Emmett, et Edward éclata de rire.

mais sa masse de boucles brunes compensait notre différence de taille.

"Jessica Stanley," dit Edward, à peine capable de retenir un frissonnement - elle avait été vraiment difficile à repousser et son don de télépathie était vraiment un désavantage quand elle était dans le coin.

"Je n'avais pas entendu ce nom depuis un petit moment," dit Esme en souriant à Edward. Ses frères l'avaient taquiné sans arrêt aux cours des premiers mois, lorsque Jessica pensait encore qu'elle avait une chance avec lui.

"Non, et elle n'est pas vraiment une bonne amie," dit Edward en fronçant les sourcils. "Elle veut probablement juste un peu plus d'attention."

Son prénom refusant de s'inscrire dans mon cerveau, je me contentai d'acquiescer à son verbiage sur les profs et les cours, un air béat sur le visage. Je ne tentai même pas de suivre la conversation.

Nous nous installâmes au bout d'une table bondée, et elle me présenta à quelques-unes de ses amies, dont j'oubliai les noms au fur et à mesure qu'elle les énonçait. Elles paraissaient impressionnées par l'audace dont elle faisait preuve en m'adressant la parole. De l'autre côté de la salle, le garçon de mon cours d'anglais, Eric, m'adressa de grands signes du bras.

C'est là, en pleine cantine, alors que je m'efforçais de discuter avec des inconnues indiscrètes, que je les vis pour la première fois.

"Aw, et nous voilà," dit Emmett avec excitation.

Rosalie tourna légèrement la tête et pour la première fois, elle sembla porter toute son attention sur le livre.

Ils étaient assis dans un coin, aussi loin que possible du milieu de la longue pièce où je me trouvais. Ils étaient cinq. Ils ne parlaient pas, ne mangeaient pas, bien qu'ils eussent tous un plateau – intact – devant eux. Contrairement à la plupart des élèves, ils ne me guignaient pas, et il me fut aisé de les observer sans risquer de rencontrer une paire d'yeux exagérément curieux. Ce ne fut cependant rien de tout cela qui attira – et retint – mon attention.

"Oh non, cette fille va immédiatement remarquer nos différences," dit Carlisle.

"Comme tout le monde," répondit Emmett en haussant les épaules, mais Carlisle avait l'air un peu nerveux de sa réaction vis-à-vis de sa famille.

Ils n'avaient aucun trait commun. L'un des trois garçons, cheveux sombres et ondulés, était massif – musclé comme un type qui soulève de la fonte avec acharnement.

"C'est moi," dit Emmett.

"Vraiment, j'aurais pas deviné," répliqua Jasper en secouant la tête.

Le deuxième, blond, était plus grand, plus élancé, mais bien bâti.

"C'est toi, Jazz," continua Emmett pour irriter son frère - et ça marcha...sur ses deux frères.

Le dernier, moins trapu, était long et mince, avec une tignasse désordonnée couleur cuivre.

"Moins trapu," dit Emmett en rigolant. "Ouais, très viril, Eddy."

Edward plissa les yeux mais ne releva pas.

Il avait l'air plus gamin que les deux autres, lesquels évoquaient moins des lycéens que des étudiants de fac, voire des enseignants.

"Ben, on est plus vieux que toi de quelques années," observa Jasper. "Mais je ne te qualifierais pas vraiment de gamin."

"Plus gamin que les deux autres," grogna Edward.

Les filles étaient à l'opposé l'une de l'autre. La grande était hiératique. Elle avait une silhouette magnifique, comme celles qui font la couverture du numéro spécial maillots de bain de Sports Illustrated, du genre qui amène chaque femme se retrouvant à côté d'elle à douter de sa propre beauté. Sa chevelure dorée descendait en vagues douces jusqu'au milieu de son dos.

"Et ben, c'est une bonne description, hein bébé?" dit Emmett et Rosalie eut l'air satisfaite - à en juger par son sourire flatté.

La petite, mince à l'extrême, fine, rappelait un lutin. Ses cheveux noirs corbeau coupés très court pointaient dans tous les sens.

"Hey, tu n'as rien dit sur moi," pleurnicha Alice. Elle s'était arrêtée pendant une seconde pour donner l'opportunité à Emmett de faire un commentaire.

"Nan," dit Emmett, en haussant les épaules. Il fut incapable de dissimuler son sourire lorsqu'elle lui tira la langue.

Et pourtant, ces cinq-là se ressemblaient de façon frappante. Ils étaient d'une pâleur de craie, plus diaphanes que n'importe quel ado habitant cette ville privée de soleil, plus clairs que moi, l'albinos.

"Ah, ce commentaire est plus marrant maintenant," rigola Emmett, sans remarquer les expressions inquiètes sur les visages de Carlisle et d'Edward.

Tous avaient les yeux très sombres, en dépit des nuances variées de leurs cheveux.

"On dirait qu'on a soif," commenta Emmett.

"Je me demande à quand remontait notre dernière chasse," marmonna Jasper. Il voulait voir combien de temps il pouvait tenir sans chasser, mais était nerveux à l'idée de tenter cette expérience.

Ils présentaient également de larges cernes sombres, violets, pareils à des hématomes, comme s'ils souffraient d'insomnie

"Peut-être un peu," ricana Emmett.

Carlisle, Edward, et maintenant Jasper redoutaient de voir tout ce qu'elle remarquait.

ou se relevaient à peine d'une fracture du nez. Bien que celui-ci, à l'instar de tous leurs traits, fût droit, parfait, aquilin.

Mais ce n'était pas ça non plus qui me fascina en eux.

"C'est à cause de notre beauté délicieuse,"renifla Edward , il devait subir ça encore plus que les autres parce qu'il entendait les pensées de tout le monde lorsqu'ils posaient les yeux sur sa famille pour la première fois - et sans mentionner le fait qu'il était le seul célibataire.

Ce furent leurs visages, si différents et si semblables, d'une splendeur inhumaine et dévastatrice. De ces visages qu'on ne s'attend jamais à rencontrer sauf, éventuellement, dans les pages coiffure d'un magazine de mode. Ou sous le pinceau d'un maître ancien ayant tenté de représenter un ange. Il était difficile de déterminer lequel était le plus sublime. La blonde sans défaut, ou le garçon aux cheveux cuivrés, peut-être.

"Elle pense que tu es sublime, Eddy," le taquina Emmett, qui ne remarqua pas la moue boudeuse de sa femme face à une telle hésitation.

Tous les cinq avaient le regard éteint. Ils ne se regardaient pas, ne regardaient pas leurs condisciples, ne regardaient rien de particulier pour autant que je pusse en juger. Soudain, la plus petite des filles se leva et s'éloigna de ces grandes enjambées rapides et élégantes qui n'appartiennent qu'aux mannequins. Je la suivis des yeux, ébahie par sa démarche gracile de danseuse, jusqu'à ce qu'elle se fût débarrassée de son plateau – canette non ouverte, pomme non entamée –

"Elle a remarqué que tu ne mangeais pas," souligna Jasper. "Qu'on ne mangeait pas."

et glissée par la porte de derrière, incroyablement vite.

"Alice," la disputa Rosalie - elle était celle qui faisait le plus attention à son apparence - pas que ce soit vraiment surprenant.

"Ça n'est pas encore arrivé," lui dit Alice en lui tirant la langue.

Je revins aux autres. Ils n'avaient pas bronché.

Qui sont ces gens ? Demandai-je à ma voisine, dont le nom m'échappait toujours,

"Hm, elle a oublié le nom de son amie, peut-être qu'elle n'est pas aussi observatrice que ça," dit Carlisle avec espoir, mais ses deux fils n'eurent pas l'air soulagé.

Au moment où elle se redressait pour voir de qui je parlais, bien qu'elle l'eût sûrement deviné rien qu'à mon ton, il leva brusquement la tête – le plus mince, le gamin, le benjamin sans doute.

"D'une certaine manière, je suppose," dit Edward. "Bien qu'en fait, il n'y ait qu'une seule personne qui soit vraiment plus vieille que moi ici."

"Pourquoi t'as relevé la tête, Eddy?" lui demanda Emmett.

"Jessica a probablement pensé mon nom," dit Edward en haussant les épaules. "Ou peut-être que j'ai entendu que la nouvelle pensait aux Cullen."

Il s'attarda moins d'une seconde sur ma collègue d'espagnol, avant de m'aviser.

"Pour analyser ses pensées sans aucun doute, apparemment Jessica a vraiment pensé à mon nom," dit Edward. "Même si ça aurait été mieux que je puisse entendre les pensées de la nouvelle plus tôt...j'aurais découvert à quel point elle est observatrice."

Il détourna les yeux rapidement, plus vif que moi, alors que, soudain très gênée, j'avais aussitôt baissé les miens. L'espace de ce bref instant, j'avais cependant eu le temps de noter que ses traits n'exprimaient aucun intérêt : c'était comme si mon interlocutrice l'avait hélé et qu'il avait réagi instinctivement, sachant pourtant qu'il n'avait aucune intention de lui répondre.

"Sa capacité d'observation est irritante," dit Edward, et tout le monde savait que c'était ce qui s'était probablement passé.

Confuse, ma voisine rigola et, comme moi, se concentra tout à coup sur ses ongles.

Edward et Emmett Cullen, Rosalie et Jasper Hale, récita-t-elle. Celle qui est partie, c'est Alice Cullen. Ils vivent avec le docteur Cullen et sa femme.

Tout cela dans un souffle.

"Ah, voyons voir si ils vont utiliser des scandales intéressants pour nous décrire," dit Emmett.

Je jetai un coup d'oeil à la dérobée en direction de l'Apollon qui, maintenant, s'intéressait à son plateau, réduisant en charpie un beignet avec ses longs doigts pâles. À peine entrouverte, sa bouche admirable remuait à toute vitesse. Ses trois commensaux l'ignoraient, mais il ne me fut pas difficile de deviner qu'il leur parlait à voix basse.

"Okay, je pense que je commence à voir ce que tu veux dire," dit Emmett. "Elle est un peu trop observatrice."

Des prénoms étranges et rares, songeai-je. Datant de la génération de nos grands-parents. À moins qu'ils ne fussent en vogue dans ces contrées. Je finis par me souvenir que ma voisine s'appelait Jessica, un prénom des plus communs. A Phoenix, j'en avais eu deux en cours d'histoire.

Ils sont... pas mal du tout.

Cette litote des plus flagrantes eut du mal à franchir mes lèvres.

Tu m'étonnes ! S'esclaffa Jessica. Oublie, ils sont en couple. Du moins Emmett et Rosalie, Jasper et Alice. Et ils vivent ensemble.

Sa voix dénotait à la fois l'étonnement et la condamnation typiques d'une petite ville, pensai-je avec dédain.

"Elle a l'esprit ouvert," sourit Carlisle.

Pour être honnête, je devais cependant admettre que, même à Phoenix, la situation aurait provoqué des commérages.

Lesquels sont les Cullen ? Ils n'ont pas l'air d'être de la même famille...

Ils ne le sont pas. Le docteur a la petite trentaine, il les a adoptés. Les Hale, les blonds, eux, sont frère et soeur, jumeaux. Placés en famille d'accueil.

Ils ne sont pas un peu vieux, pour ça ?

"Peut-être juste un peu," dit Emmett, sa nature taquine reprenant le dessus - il n'était pas vraiment du genre bileux et il s'amusait plus en lisant les commentaires de la fille qu'autre chose.

Sais pas. Ils ont tous les deux dix-huit ans,

"Bien sûr...ce sont des jumeaux," dit Alice en levant les yeux au ciel. "En tout cas, pour ce qu'elle en sait."

mais ils habitent avec Mme Cullen depuis qu'ils en ont huit. Elle est leur tante, genre.

C'est vraiment sympa de la part des Cullen. S'encombrer aussi jeunes d'autant de gamins.

Ouais, j'imagine, admit Jessica avec réticence.

J'eus l'impression que, pour une raison quelconque, elle n'aimait pas beaucoup le couple. Vu les regards qu'elle lançait à leurs rejetons, j'en conclus que c'était par jalousie.

"Ouaip," acquièsça Edward en hochant la tête.

Je crois bien que Mme Cullen ne peut pas avoir d'enfants, précisa-t-elle,

Esme fronça les sourcils à cela et Carlisle la serra contre lui. Lorsque chacun de ses 'enfants' lui sourit tendrement, elle ne put pas s'empêcher de répondre par son propre sourire.

comme si cela contrebalançait leur générosité.

"Elle a un coeur bon," dit Esme, son sourire s'élargissant encore plus.

Tout en conversant, je ne cessais d'épier furtivement mes surprenants condisciples. Eux continuaient à contempler les murs sans manger.

Ils ont toujours vécu à Forks ? Demandai-je. Auquel cas, j'aurais dû les remarquer pendant l'un de mes séjours estivaux.

"Je suis sûr qu'elle ça aurait été le cas," marmonna Carlisle.

Non, répondit Jessica d'une voix sous-entendant que c'aurait dû être évident, même pour une fille fraîchement débarquée comme moi. Ils ont déménagé il y a deux ans d'Alaska.

J'éprouvai un élan de compassion, puis de soulagement. De compassion, parce que, aussi beaux fussent-ils, ils restaient des étrangers rejetés par leurs pairs ; de soulagement, parce que je n'étais finalement pas la seule nouvelle et, surtout, pas la plus captivante.

"Dommage pour elle que les gens arrêtent rapidement de s'intéresser à nous," dit Jasper. "J'imagine que cette fille restera sous les projecteurs pendant un bon moment."

Tout à coup, le plus jeune d'entre eux, un des Cullen, plongea les yeux dans les miens. Son expression était, cette fois, celle d'une franche curiosité.

"Curiosité pour une simple mortelle, impossible," rigola Emmett pour se moquer d'Edward.

Je me dérobai vivement, mais pas avant d'avoir décelé en lui une sorte d'espérance à laquelle je n'avais pas de réponse.

"Je me demande de quoi elle parle?" s'étonna Edward.

"Donc tu assumes qu'elle a raison," dit Alice.

"Euh...je suppose que oui," dit Edward. "Toutes ses autres observations ont été correctes, donc je suppose qu'elle a encore une fois raison. Bien que ça puisse ne pas être le cas."

Qui c'est, ce garçon aux cheveux blond roux ? M'enquis-je.

Mine de rien, je constatai qu'il poursuivait son examen de moi. Contrairement aux autres élèves, il ne se montrait pas indiscret au point d'être impoli. En revanche, ses traits étaient empreints d'une sorte de frustration que je ne compris pas. Je baissai la tête.

"Sérieusement, c'est quoi cette histoire?" dit Edward - avec une expression semblable à celle décrite dans le livre. "Même si elle a tort au sujet de mon expression - pourquoi est-ce que je la regarde?"

"Peut-être que tu n'aimes pas ses refléxions," suggéra Jasper.

"Ou que tu n'as pas l'habitude de voir des gens aussi prévenants," intervint Alice. "Elle est une humaine étrange."

"Peut-être," soupira Edward.

Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps. Apparemment, aucune des filles d'ici n'est assez bien pour lui.

Jessica renifla avec une telle rancoeur que je me demandai quand il avait refusé ses avances.

"Plus d'une fois," ricana Edward.

Je me mordis les lèvres pour cacher mon sourire avant de m'intéresser de nouveau à eux. Edward avait beau s'être détourné, il me sembla bien que sa joue tressaillait, comme si lui aussi avait étouffé un rire.

"D'après ce qui est écrit, je pense que c'est le cas," sourit Alice.

Quelques minutes plus tard, tous les quatre se levèrent d'un même mouvement. Ils étaient d'une grâce remarquable, y compris le costaud. C'en était déroutant. Edward ne me prêtait plus aucune attention.

"Elle craque définitivement pour toi," rigola Emmett.

"Génial," dit Edward; il n'aimait vraiment pas le fait que la plupart des filles craquaient pour lui parce qu'il était le seul célibataire.

Je restai en compagnie de Jessica et de ses amies plus longtemps que je ne l'aurais voulu, alors que je ne tenais pas à arriver en retard à l'un de mes cours, en ce premier jour. Une de mes nouvelles connaissances qui, prévenante, me rappela son prénom – Angela –,

"Angela Weber est une très gentille fille," commenta Edward, approuvant ainsi la nouvelle amie de la fille. "Un esprit agréable."

avait classe de biologie avancée avec moi dans l'heure qui suivait.

"Hmm...On dirait qu'elle va avoir un cours en commun avec moi," dit Edward en fronçant les sourcils. "Et elle va devoir s'asseoir à côté de moi."

"Ça devrait être marrant," dit Alice, avec un sourire amusé.

Nous nous y rendîmes ensemble, en silence. Elle aussi était réservée.

Quand nous entrâmes dans le labo, Angela fila s'installer derrière une paillasse exactement identique à celles dont j'avais eu l'habitude en Arizona. Elle avait déjà une voisine attitrée. D'ailleurs, toutes les tables étaient occupées, sauf une, dans l'allée centrale. Je reconnus Edward Cullen à ses cheveux extraordinaires, assis à côté de l'unique tabouret libre.

Pendant que j'allais me présenter au prof et faire signer ma fiche, je l'observai en catimini. Au moment où je passai devant lui, il se raidit sur son siège et me toisa. Son visage trahissait cette fois des émotions surprenantes – hostilité et colère.

"Quoi?" s'exclamèrent plusieurs voix, mais aucune ne fut plus forte que celle d'Edward.

"Edward Cullen, comment oses-tu regarder cette fille comme ça," le réprimanda Esme. "Tu as été élevé mieux que ça."

"Désolé, maman," dit Edward. "Je ne comprends pas non plus pourquoi je la regarde comme ça."

"On sait que tu as soif, cette fille a dit que nos yeux étaient sombres," offrit Jasper.

"Mais c'est Edward," s'exclama Emmett avec incrédulité. "Carlisle est le seul à avoir plus de contrôle que lui."

Choquée, je m'esquivai rapidement en m'empourprant. Je trébuchai sur un livre qui traînait et dus me rattraper à une table. La fille qui y était assise pouffa.

Les yeux d'Edward étaient d'un noir d'encre.

"Vous voyez," dit Jasper. "Ça doit faire quelques semaines qu'il n'a pas chassé."

"Mais ce n'est pas une raison pour la regarder comme ça," insista Esme avec inquiétude.

M. Banner parapha ma feuille de présence et me tendit un manuel sans s'embarrasser de politesses inutiles. Je pressentis que lui et moi allions nous entendre. Naturellement, il n'eut d'autre choix que de m'envoyer à la seule place vacante. Je m'y rendis, regard rivé sur le plancher, encore stupéfaite par l'hostilité de mon futur voisin.

"Seigneur Edward, mets la encore plus mal à l'aise qu'elle ne l'est déjà," le taquina Alice, mais Edward n'était pas d'humeur; trop occupé à être déprimé par ce qu'il allait faire dans le futur.

J'eus beau garder profil bas quand je posai mes affaires sur la paillasse et m'assis, je vis du coin de l'oeil Edward changer de posture et s'éloigner, se pressant à l'extrême bord de son tabouret, la figure de biais, comme s'il tâchait de fuir une mauvaise odeur.

"Apparemment, elle sent bon," dit Emmett. "Je me demande à quel point son odeur est attirante pour toi?"

"Bien assez," dit Edward, tendu. "On dirait qu'il me faut toute ma volonté pour m'empêcher de lui sauter dessus."

En douce, je reniflai mes cheveux. Ils sentaient la fraise, le parfum de mon shampooing préféré. Un arôme plutôt innocent. Je m'abritai derrière la tenture de mes cheveux et m'efforçai de suivre la leçon.

Malheureusement, elle portait sur l'anatomie cellulaire, un sujet que j'avais déjà étudié. Je pris néanmoins des notes avec application, le nez collé à mon cahier.

Malgré moi, je revenais sans cesse à mon étrange partenaire de labo. Pas un instant il ne se détendit ni ne se rapprocha. La main posée sur sa jambe gauche, serrée, formait un poing où se dessinaient les tendons sous la peau blême. Elle non plus ne se relâcha pas.

"Tu la terrifies, Edward," lui dit tristement Esme.

"C'est toujours mieux que de l'attaquer," soupira Edward. "On dirait que c'est ce que je suis sûr le point de faire..."

Les manches longues de sa chemise blanche relevées jusqu'aux coudes dévoilaient des avant-bras étonnamment fermes et musclés. Il ne paraissait plus aussi fluet, loin de son robuste frère.

"Tout le monde a l'air fluet à côté de moi," dit Emmett - qui semblait tellement essayer d'alléger l'atmosphère qu'il ne prêtait même pas attention à ce qu'il racontait.

Le cours sembla s'éterniser. Était-ce parce que la journée touchait à sa fin ou parce que j'attendais que ce poing se relaxe ? En tout cas, cela ne se produisit pas. Edward ne broncha pas. On aurait dit qu'il ne respirait pas.

"C'est probablement le cas, c'est le moyen le plus facile d'ignorer une odeur...d'ignorer la tentation," dit Carlisle.

Qu'avait-il ?

Ce comportement était-il habituel ? Je revis mon jugement quant à l'amertume de Jessica. Elle n'était peut-être pas aussi aigrie que je l'avais supposé.

Cela n'avait rien à voir avec moi, sûrement. Il ne me connaissait ni d'Eve ni d'Adam.

"Si perspicace, mais elle renonce trop facilement," commenta Carlisle.

"Mais elle marque un point, c'est bizarre que quelqu'un semble lui en vouloir autant alors qu'ils viennent juste de se rencontrer," souligna Alice.

Je me permis un nouveau coup d'oeil, ce que je regrettai aussitôt. Il me contemplait de ses prunelles noires qui exprimaient une réelle répulsion. Je tressaillis et revins à mon livre en me tassant sur mon tabouret. La phrase « si les regards pouvaient tuer » me traversa l'esprit.

"La pauvre chérie," dit tristement Esme.

À cet instant, la cloche sonna, et je sursautai. Edward Cullen réagit comme un ressort. Me tournant le dos, il se leva avec souplesse – il était bien plus grand que je ne l'avais estimé – et quitta le labo avant que quiconque eût bougé.

"Tu bouges trop vite," dit Rosalie.

"Est-ce que tu penses que j'aurais mieux fait de m'attarder?" dit séchement Edward. "La vie de cette fille n'était pas la seule en danger dans cette pièce."

"Edward, tu ne pourrais jamais faire ça," dit immédiatement Esme d'une voix pleine de conviction.

"Elle va en parler à quelqu'un," souligna Rose. "Après les regards noirs que tu lui as lancé."

"Honnêtement, je ne pense pas qu'elle le fera," dit Carlisle. "Elle ne m'a pas l'air d'être du genre à se confier aux autres."

"Si tu le dis," répondit Rosalie en haussant les épaules.

Je restai pétrifiée sur place, le suivant des yeux sans le voir. Son attitude avait été odieuse. Injuste. Je rassemblai lentement mes affaires tout en m'évertuant à maîtriser la colère qui montait en moi, par crainte d'éclater en sanglots. Bizarrement, mes humeurs sont reliées à mon canal lacrymal. Je pleure lorsque je suis furieuse, un travers des plus humiliants.

C'est toi, Isabella Swan ? demanda soudain une voix masculine.

Levant la tête, je découvris un garçon au charmant visage poupin et aux cheveux blonds soigneusement gominés en pointes ordonnées. Il me souriait chaleureusement. De toute évidence, lui ne trouvait pas que je puais.

Bella, rectifiai-je d'une voix aimable.

Je m'appelle Mike.

Salut, Mike.

Tu as besoin d'aide pour trouver ton cours d'après ?

Je crois que je me débrouillerai. J'ai gym.

"Ah," bouda Emmett.

Moi aussi, s'exclama-t-il, visiblement ravi, alors que ce n'était sans doute pas une telle coïncidence dans un établissement aussi petit.

Nous y allâmes de conserve. C'était un bavard. Il alimenta l'essentiel de la conversation, ce qui m'arrangea. Il avait vécu en Californie jusqu'à l'âge de dix ans, et il comprenait mes réticences envers le climat local. Il se révéla qu'il partageait également mon cours d'anglais. Ce fut la personne la plus agréable que je rencontrai ce jour-là.

"Beaucoup plus agréable que mon cher frère," le taquina Alice.

Edward fronça les sourcils mais resta silencieux.

Enfin, jusqu'au moment où nous pénétrâmes dans le gymnase, car il me lança :

Alors, tu as planté ton crayon dans la main d'Edward Cullen, ou quoi ? Je ne l'ai jamais vu dans un tel état.

"Idiot, est-ce qu'il avait vraiment besoin de dire ça?" demanda Edward.

"Oui, il aurait mieux valut qu'elle te voit comme un psychopathe, qui déteste tout le monde," le taquina Emmett.

"Oui, il aurait mieux valut," acquièsça Edward avec sérieux.

Je chancelai. Je n'étais donc pas la seule à l'avoir remarqué. Apparemment, la réaction d'Edward Cullen avait été anormale. Je décidai de jouer les gourdes.

Tu veux dire le garçon à côté duquel j'étais assise en biologie ? Répliquai-je ingénument.

Oui. J'ai cru qu'il avait une rage de dents !

Je ne sais pas. Je ne lui pas adressé la parole.

Il est zarbi,

"Je suis d'accord avec lui," dit Emmett, en faisant un sourire moqueur à son frère.

poursuivit Mike en s'attardant auprès de moi au lieu de gagner les vestiaires. Moi, si j'avais eu la chance de partager une paillasse avec toi, je t'aurais parlé.

"Un autre admirateur," dit Alice. 'Tu risques d'avoir de la compétition.'

"Ce n'est pas drôle," dit Edward en lançant un regard noir à Alice, mais elle se contenta de hausser les épaules. Les autres étaient tous confus, mais pas un ne demanda ce qu'ils avaient loupé.

Le prof de gym, Clapp, me dénicha une tenue mais m'autorisa à ne pas participer à ce premier cours. À Phoenix, l'éducation physique n'était obligatoire que durant deux ans. Ici, on n'y coupait pas de toute sa scolarité. Forks était décidément mon Enfer personnel sur terre.

"Peut-être aurait-il été plus prudent qu'elle ne vienne pas ici alors," dit Edward, toujours aussi tendu.

"Tu ne lui feras pas de mal, Edward," dit Esme avec confiance.

"Ouais, une fois que tu auras chassé, tout ira bien," lui dit Jasper, l'expression sur son visage indiquant qu'il pensait autre chose - probablement que ça aurait été pire si il s'était retrouvé lui dans cette situation.

"Je ne sais pas," lui dit Edward, qui semblait répondre à ses paroles tout autant qu'à ses pensées.

J'assistai à quatre matchs de volley en simultané. Me souvenant du nombre de blessures que j'avais subies – et infligées – en pratiquant ce sport, la bile me monta aux lèvres.

La sonnerie finit par retentir. Je retournai lentement à l'accueil pour y rendre ma fiche. La pluie avait cessé, remplacée par un vent violent. Et froid. J'enroulai mes bras autour de moi.

Lorsque j'entrai, je faillis tourner les talons et m'enfuir.

Edward Cullen se tenait devant le comptoir.

"Pourquoi t'es là?" questionna Emmett, mais la seule réponse qu'Edward lui donna fut un froncement de sourcils encore plus prononcé.

Je le reconnus à sa tignasse cuivrée et désordonnée. Il n'eut pas l'air de remarquer mon arrivée. Je me pressai contre le mur du fond, attendant que la secrétaire fût libre.

Il discutait avec animation, d'une voix basse et séduisante. Je ne tardai pas à saisir l'objet de leur dispute : il essayait de déplacer son cours de sciences nat. N'importe quel autre horaire ferait l'affaire.

"Pourquoi?" redemanda Emmett.

"Elle doit sentir insupportablement bon," lui dit Jasper.

"Je pense, oui," dit Edward. "Je ne pense pas qu'une partie de chasse changera quoi que ce soit."

"Um," dit Carlisle, songeur.

"Qu'est-ce que c'est?" demanda Edward, en réponse aux pensées de son père.

"C'est quand le sang d'un humain chante pour toi," répondit Carlisle. "On dit que c'est un cadeau rare..."

"Un cadeau," renifla Edward. "C'est une fille innocente..." Il frissonna alors que ses pensées devenaient encore plus mornes.

"Je sais, fils," soupira Carlisle. "Je suis désolé..."

"J'arrive pas à croire que tu sois partit," dit Emmett. "Moi, je n'ai pas pu..."

"Mais ce n'est pas choquant qu'Edward ait pu le faire, avec sa discipline et tout," dit Esme, avec une expression fière sur le visage.

"Je suppose qu'on verra," soupira Edward.

Je ne parvins pas à croire que c'était uniquement à cause de moi. Il devait y avoir eu autre chose, un événement antérieur à ma présence. Sa fureur relevait forcément d'une exaspération qui ne me concernait pas. Il était impossible que cet inconnu éprouvât un dégoût aussi soudain et intense à mon égard.

La porte se rouvrit, et un courant d'air polaire envahit la pièce, agitant des papiers et ébouriffant mes cheveux.

"Quelle poisse." Edward fronça à nouveau les sourcils.

"On dirait que cette fille a vraiment la poisse aussi," commenta Emmett.

"Je n'en suis pas si sûre," dit Alice. "Si quelqu'un doit trouver son sang irrésistible, alors il vaut mieux que ce soit Edward."

"Je ne qualifierais pas ça de chance," grogna Edward.

"Non, pas de la chance," dit Alice. "Mais pas de la malchance non plus."

La nouvelle venue se contenta de glisser vers le bureau pour y déposer une note avant de ressortir, mais Edward Cullen se raidit. Il se tourna lentement et me toisa – sa beauté frôlait l'absurde – de ses yeux perçants et emplis de haine. Un instant, une bouffée de terreur pure hérissa le duvet de mes bras. Ce regard ne dura qu'une seconde, il réussit néanmoins à me transir plus que la bise glaciale.

"Tu étais vraiment sur le point de l'attaquer," nota Carlisle. "Ses instincts se sont réveillés."

L'Apollon s'adressa de nouveau à la secrétaire.

Tant pis, décréta-t-il de sa voix de velours. C'est impossible, et je comprends. Merci quand même. Là-dessus, il pivota sur ses talons et, m'ignorant royalement, disparut.

Je m'approchai du comptoir et tendis ma fiche signée. Je devinais que, pour une fois, je n'avais pas rougi mais, au contraire, blêmi.

Comment s'est passée cette première journée, petite ? me demanda la secrétaire d'un ton maternel.

Très bien, mentis-je.

Mal. Car elle n'eut pas l'air très convaincue.

Sur le parking, la camionnette était quasiment le dernier véhicule encore présent. Elle me fit l'effet d'un refuge, du lieu qui, déjà, évoquait pour moi le plus un foyer, dans ce trou perdu vert et humide. J'y restai assise un moment, contemplant le pare-brise avec des yeux vides. Je ne tardai pas néanmoins à avoir assez froid pour devoir brancher le chauffage, et je mis le contact. Le moteur rugit. Je rentrai chez Charlie, luttant tout le chemin contre les larmes.

"Tu l'as fait pleurer," soupira Esme.

"C'est la fin du chapitre," dit Alice.

"Je vais lire le suivant," dit Edward en tendant la main.

"Très bien," soupira Alice en lui donnant le livre.


Prochain chapitre : Open Book

[Mode Saw-v2 ON]

Vous voulez la suite ? Moi, je veux des reviews... Vous savez ce qu'il vous reste à faire !

[Mode Saw-v2 OFF]