Auteur : Choices HP

Traductrice : Moi

Spoilers : -

Rating : T

Genre(s) : Family

Disclaimers : Tout l'univers des Cullen appartient à Stephenie Meyer. L'histoire que vous allez lire appartient à Choices HP. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.

Bêta: Sophia...Merci Sophie!

Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.

Je rappelle que vous pouvez désormais me trouver sur Facebook sous le nom de Saw Trombone... Si vous voulez discuter de mes fics ou vous tenir au courant de ma vie :D Vous êtes les bienvenus!


- Chapitre 9: Theory -

"Théorie," lut Edward.

Tu m'autorises une dernière petite question ? Quémandai-je.

Edward roulait bien trop vite et de manière bien trop décontractée le long des rues silencieuses.

Une seule alors, soupira-t-il, l'air soucieux et les lèvres pincées.

Comment as-tu deviné que je n'étais pas entrée dans la librairie mais que j'étais partie vers le sud

Délibérément, il détourna la tête.

Je croyais que nous étions d'accord pour être francs, objectai-je.

"Non, pas encore, mais nous devrions l'être après cette conversation," dit Edward.

Tu l'auras voulu, bougonna-t-il avec un sourire réticent. Je t'ai flairée.

Il se concentra sur le pare-brise, me laissant le temps de me ressaisir. J'avais beau être pantoise, je stockai cette information dans un coin de mon cerveau afin d'y réfléchir plus tard et poursuivis mes investigations – s'il daignait enfin s'expliquer, j'avais l'intention d'en profiter.

Tu n'as toujours pas répondu à ma première question, lui rappelai-je, impitoyable.

"La fin du dernier chapitre était de la publicité mensongère...je voulais voir la réaction d'Edward," souffla Emmett.

Laquelle ? Gronda-t-il.

Comment tu arrives à lire dans les pensées des autres. Ça marche avec tout le monde ? N'importe où ? Tu t'y prends de quelle façon ? Est-ce que tes frères et sœurs...

Je me sentais un peu bête d'exiger des explications rationnelles à ces chimères.

"Ce ne sont pas des chimères et c'était plus d'une question - et tu ne m'as pas posé la plupart de ces questions au restaurant," rigola Edward.

Ça fait beaucoup de questions, tout ça.

Croisant les doigts, j'attendis en le couvant des yeux.

Non. Je suis le seul. Ça ne réussit pas toujours, et je dois être assez près des gens. Plus la « voix » m'est familière, plus je la capte de loin. Mais dans un rayon de quelques kilomètres seulement. (Pause méditative.) C'est un peu comme si tu étais dans un grand hall bondé où tout le monde parlerait en même temps. Je ne perçois qu'un bourdonnement, un brouhaha, jusqu'à ce que je me focalise sur une voix. Alors, ce que pense la personne devient clair.

"Bien que parfois, les pensées de certaines personnes sont plus fortes que d'habitude et ça attire mon attention," ajouta Edward. "Généralement quand je ne veux rien entendre."

En général, j'évite l'exercice, parce qu'il est assez perturbant. Et puis, il est tellement plus facile de paraître... normal (froncement de sourcils) en répondant aux paroles de quelqu'un plutôt qu'à ses réflexions.

À ton avis, pourquoi est-ce que tu ne m'entends pas, moi ?

"Parce que t'es dingue," dit Emmett.

"Hey," grogna Edward. "Il n'y a rien de dingue chez elle."

"C'était à prendre comme un compliment," dit Emmett en haussant les épaules.

"Je ne pense pas que ça puisse être pris comme un compliment," dit Edward en plissant les yeux, mais Emmett se contenta de hausser à nouveau les épaules.

Je n'en sais rien, avoua-t-il en me lançant un regard énigmatique. J'imagine que ton esprit ne fonctionne pas de la même manière que celui des autres.

Disons que tu émettrais sur ondes courtes alors que je serais branché sur les grandes.

Cette comparaison le fit sourire. Je m'insurgeai.

Mon esprit est détraqué, c'est ça ? Je suis dingue ?

"Tu vois, elle est d'accord avec moi," rigola Emmett.

"Elle n'est pas dingue," siffla Edward. "Je m'en moque qu'elle pense ça."

J'étais plus embêtée que de raison, sans doute parce qu'il avait touché un point sensible. J'avais toujours soupçonné ma différence, et j'étais gênée qu'il la confirmât.

C'est moi qui décrypte les cerveaux des autres, et c'est toi qui te crois folle ! S'esclaffa Edward.

"Tu marques un point là, frangin," rigola Emmett. "Tu es encore plus dingue."

Ne t'inquiète pas, il s'agit juste d'une théorie... Ce qui nous ramène à toi, ajouta-t-il en se fermant soudain.

Je poussai un soupir. Par où commencer ?

Franchise, franchise, chantonna-t-il.

Je m'arrachai à la contemplation de son visage afin de trouver mes mots. C'est alors que je remarquai le compteur de vitesse.

Nom d'un chien ! Hurlai-je. Moins vite !

Edward commença à rire hystériquement à ça et tout le monde le regarda bizarrement, même Emmett qui avait commencé à rire aussi.

"Qu'est-ce qu'il y a de si drôle?" demanda Esme avec inquiétude.

"Ma conduite," s'étrangla Edward. "La seule chose qui lui fait peur, c'est ma conduite."

"Elle fait tout de travers," réussit à souffler Emmett avant de rejoindre Edward dans son fou-rire.

Qu'y a-t-il ?

Il avait sursauté, sans pour autant lever le pied.

Tu roules à cent soixante kilomètres heure !

"Et je roulais déjà lentement," dit Edward en rigolant encore plus fort.

Affolée, je jetai un coup d'œil dehors, mais il faisait trop sombre pour y voir. Seule la clarté bleuâtre des phares illuminait la route. La forêt qui s'élevait de part et d'autre ressemblait à deux murs aveugles, deux murs sur lesquels nous irions nous fracasser si Edward perdait le contrôle du véhicule à cette vitesse.

"Comme si ça risquait d'arriver," renifla Edward.

Du calme, Bella!

Tu veux notre mort ou quoi ?

Pas de panique !

Tu as une urgence ?

J'aime bien conduire vite, rigola-t-il en me servant son sourire en coin.

Regarde où tu vas !

"Oh Bella," dit Edward. Il avait du mal à parler.

Je n'ai jamais eu d'accident, Bella. Ni d'amende. J'ai un radar intégré, pouffa-t-il en se tapant le front.

Très drôle. Charlie est flic, je te signale. On m'a appris à respecter les lois. Je sais bien que si jamais tu enroulais ta Volvo autour d'un arbre, tu t'en sortirais sans une égratignure...

"Argh, elle avait vraiment besoin d'être aussi logique?" grogna Edward, mais il souriait toujours.

Mais pas toi, admit-il.

C'est avec soulagement que je vis l'aiguille du compteur retomber peu à peu à cent trente.

Contente ? Maugréa-t-il.

Presque.

Je déteste rouler lentement.

Parce que tu trouves ça lent ?

J'en ai assez de tes commentaires ! Aboya-t-il. Raconte-moi ta théorie, plutôt.

"Mince, ma distraction n'a pas marché," dit Emmett en essayant à nouveau d'imiter la voix de Bella.

"Tu veux bien arrêter de faire ça," siffla Edward.

Je me mordis les lèvres, hésitante. Il me regarda. Ses pupilles couleur miel étaient étonnamment tendres.

Je ne rirai pas, promit-il.

"Absolument pas," corrigea Edward.

J'ai plus peur de ta colère.

C'est si délirant que ça ?

Pas mal, oui.

Il attendit. Je me mis à détailler mes mains afin de ne pas le voir.

Vas-y, insista-t-il, serein.

Je ne sais pas trop par quoi commencer.

Par le début... Tu m'as dit que tu n'avais pas inventé ta théorie toute seule.

Non.

Qu'est-ce qui t'a mis sur cette voie ? Un livre ? Un film ?

"Elle n'aurait rien trouvé là-dedans, ce n'est pas comme si nous sommes les vampires typiques que les histoires décrivent," dit Carlisle.

Non. Ça s'est passé samedi, au bord de la mer. (Un coup d'œil dans sa direction, il semblait surpris.)

"Je n'ai pas réalisé que les Quileutes étaient là," dit Edward, légèrement déçu par lui-même.

"Tu as dû te dire qu'ils n'oseraient pas lui dire," dit Carlisle. "Tu n'as probablement même pas réalisé qu'il y avait plus de risques que les jeunes Quileutes parlent plutôt que les Anciens - qui ne diront jamais rien."

Je suis tombé sur un vieil ami de la famille. Jacob Black. Son père et Charlie se connaissent depuis que je suis petite. (Edward était toujours aussi perdu.) Son père est un des Anciens de la tribu des Quileutes. (Il se figea.)

"Maintenant tu commences à comprendre," dit Emmett. "Je ne t'ai jamais vu réagir si lentement."

Nous nous sommes promenés (inutile de signaler que j'avais préparé mon coup), et il m'a raconté quelques-unes de leurs vieilles légendes, histoire de me faire peur. L'une d'elles... portait sur les vampires.

Je m'aperçus que je chuchotais. Je vis ses jointures blanchir autour du volant.

"Tu as de la chance de ne pas avoir réduit le volant en poussière," commenta Emmett.

Et tu as aussitôt songé à moi ? répondit-il d'une voix pourtant calme.

Non. C'est lui qui... a mentionné ta famille.

Il ne releva pas, concentré sur la route. Tout à coup, je m'inquiétai pour Jacob.

"Bon réflexe, techniquement, il a violé le traité donc je suis libre de lui faire tout ce que je veux," dit Edward.

II estime que ce sont des superstitions idiotes, m'empressai-je de préciser. Apparemment, il n'escomptait pas que je les prendrais au sérieux. (Hum, un peu faiblard. J'allais être forcée d'avouer.) C'est ma faute, en fait. Je l'ai amené à m'en parler, exprès.

Pourquoi ?

"Parce qu'elle mourait d'envie de découvrir ton secret depuis qu'elle a fait ta connaissance," dit Alice.

"Mourait," répéta Edward en haussant un sourcil.

"Ne recommence pas avec ça, Edward," répliqua Alice d'une voix menaçante.

Lauren a fait une allusion à toi. Pour me provoquer. Et un Indien plus âgé a rétorqué que ta famille ne mettait pas les pieds dans la réserve. Sa phrase paraissait être à double sens, alors j'ai réussi à isoler Jacob et je l'ai manipulé.

Je n'étais pas très fière de moi.

Comment t'y es-tu prise ?

Je l'ai dragué. Enfin, j'ai essayé. Ça a fonctionné au-delà de mes espérances, d'ailleurs.

Ce dont je ne revenais toujours pas.

J'aurais voulu voir ça, ricana Edward, acide.

"Parce que tu aurais aimé être à la place de Jacob," ricana Alice.

Et tu oses m'accuser d'éblouir les gens. Pauvre Jacob Black !

Je piquai un fard et me tortillai sur mon siège.

Et ensuite ?

J'ai fait des recherches sur l'Internet.

Et ça t'a convaincue ?

L'air à peine intéressé, ce que démentaient ses mains toujours aussi crispées sur le volant.

Non. Rien ne correspond. La plupart de ce que j'ai trouvé était stupide. Et après...

"Quoi? Quoi?" demanda Emmett lorsqu'Edward s'interrompit parce qu'il savait à quel point son frère pouvait être impatient. "Edward, lis ce foutu livre."

"Très bien," dit Edward avec amusement.

Quoi ?

J'ai décidé que ça n'avait pas d'importance.

Pardon ?

Son incrédulité me fit lever la tête. J'étais parvenue à briser son flegme soigneusement étudié. Il avait l'air un peu furieux aussi, comme je l'avais craint.

"Pourquoi es-tu en colère? Elle t'accepte pour ce que tu es," dit Esme.

"Ça n'a pas d'importance," dit Edward. "C'est juste si...je ne sais pas, on dirait qu'elle est résignée à mourir ou quelque chose de ce genre."

Non, murmurai-je. Ce que tu es n'a pas d'importance.

Que je sois un monstre inhumain te serait égal ? Sa voix avait pris des accents moqueurs et cruels.

Oui.

Il garda le silence. De nouveau, il regardait droit devant lui. Ses traits étaient froids et tristes.

Tu es en colère, soupirai-je. J'aurais mieux fait de me taire.

Non, objecta-t-il d'un ton aussi dur que son visage. Je préfère connaître ton opinion, même si elle me met en rogne.

Je me serais donc trompée une fois de plus ?

Ce n'est pas ça, fulmina-t-il. C'est ton attitude si désinvolte.

Alors, j'ai raison ? Hoquetai-je.

Parce que ça aurait de l'importance, hein ?

Pas vraiment, reconnus-je après avoir respiré un bon coup. Mais je suis curieuse.

J'eus la satisfaction de constater que mon ton restait ferme.

Curieuse de quoi ? demanda-t-il, soudain résigné.

Quel âge as-tu ?

La réponse fusa.

Dix-sept ans.

Et... depuis combien de temps ?

Un bon moment, admit-il, amusé.

Je me contentai de cette dérobade tant j'étais heureuse qu'il fût honnête avec moi. Il me jaugea prudemment, comme s'il craignait que je ne fusse choquée. Je lui adressai un sourire encourageant, il grimaça.

"Je me suis probablement dit qu'elle avait encore plus de raisons d'être choquée," dit Edward.

Ne rigole pas, mais comment se fait-il que tu sortes en plein jour ? Repris-je.

Il rit quand même.

C'est un mythe.

Le soleil qui vous réduit en cendres ?

Mythe.

Vous dormez dans des cercueils ?

Mythe... Je ne dors pas, ajouta-t-il après une brève hésitation.

"Ça, ça dût la surprendre," rigola Carlisle. "Ça n'a jamais été écrit nulle part. J'imagine que c'est parce que les gens n'ont jamais entendu parler d'une créature qui ne dort pas et qu'ils ne veulent pas accepter quelque chose d'aussi étrange."

Je mis un temps à digérer cette nouvelle.

Pas du tout ?

Jamais.

Cette fois, il avait été à peine audible. Une expression mélancolique se dessina sur son visage. Ses yeux dorés plongèrent dans les miens, et je me sentis chavirer. Malgré tout, je réussis à tenir jusqu'à ce qu'il se détourne.

Tu as oublié le plus important, lança-t-il.

De nouveau, il était tendu et froid.

"Tu penses à notre nourriture, n'est-ce pas?" dit Alice.

"C'est ce que nous sommes," dit Edward. "Et comment j'étais censé savoir que le chiot lui avait déjà dit qu'on est 'végétariens'?"

Quoi ?

Mon régime alimentaire, persifla-t-il.

Oh, ça...

Oui, ça. Tu n'as pas envie de savoir si je bois du sang ?

"Est-ce que tu essayes de la faire flipper?" demanda Alice.

"Oui," répondit Edward. "Je sais que ma version livre est toujours confus, Alice."

"Ça devient irritant," souffla Alice.

Je tressaillis.

Jacob a dit quelque chose à ce propos.

Et qu'a dit Jacob ?

Que vous ne... chassiez plus les humains. Que ta famille n'était pas censée représenter un danger parce qu'elle se nourrissait seulement d'animaux.

Il a dit que nous n'étions pas dangereux ?

"Censé, Edward," corrigea Jasper avec un sourire en coin.

Pas exactement. Juste que vous n'étiez pas censés l'être. Même si les Quileutes ne veulent pas de vous sur leur territoire, des fois que...

Il se pencha en avant, mais je ne sus si c'était pour regarder la route ou non.

Alors, il a raison ? Insistai-je en tâchant de contrôler ma peur. Vous ne chassez plus les humains ?

Les Quileutes ont bonne mémoire, murmura-t-il. Je décidai de prendre ça pour une confirmation.

Ne te réjouis pas trop vite, tempéra-t-il. Ils ont raison de garder leurs distances. Nous restons une menace.

Comment ça ?

Nous faisons des efforts. D'ordinaire, nous sommes très doués pour tout ce que nous entreprenons. Il arrive cependant que nous commettions des erreurs. Ainsi, quand je m'autorise à rester seul avec toi.

C'est une erreur ?

Mes accents de tristesse me frappèrent. J'ignore s'il les perçut lui aussi.

"Et voilà exactement pourquoi c'est une erreur," dit Edward.

Une erreur redoutable, marmonna-t-il.

Le silence s'installa. J'observais les phares épouser les courbes de la route. Nous roulions trop vite. Ça avait l'air irréel, comme un jeu vidéo. J'avais conscience que le temps m'était compté, et j'étais terrorisée à l'idée de ne plus avoir l'occasion de connaître ce genre de moments avec lui – confiants, sans murs pour nous séparer. Ses derniers mots le laissaient supposer, une perspective qui m'horrifiait. Il n'était pas question de gaspiller la moindre minute qu'il m'était accordé de passer en sa compagnie.

"Elle ne devrait pas s'en faire autant, je pense que je serais plus ouvert avec elle après cette conversation, pas moins," dit Edward.

Dis-m'en plus, le suppliai-je soudain.

Je me moquais de ce qu'il pouvait raconter pourvu que j'entendisse sa voix. Il me regarda brièvement, surpris par mon changement de ton.

Que veux-tu savoir ?

Pourquoi vous chassez les animaux plutôt que les hommes, par exemple.

"N'est-ce pas évident," dit Edward. "Je ne veux pas être un monstre. Je veux être quelqu'un dont mon père peut être fier."

"Tu aurais fait les mêmes choix sans moi, Edward," dit Carlisle sans une once d'hésitation. "Je sais que tu as eu des difficultés dans ta...euh jeunesse...mais avec tes dons, tu aurais développé une aversion même sans moi."

"Je suis d'accord avec lui, Edward," dit Jasper. "Ton don est beaucoup plus puissant que le mien dans ce sens-là et même moi j'ai développé une aversion."

"Peut-être bien...mais Carlisle m'a empêché de massacrer des innocents au moins," dit Edward. "Je ne pense vraiment pas que j'aurais eu suffisamment de contrôle pour ne serait-ce que prendre la peine d'écouter les pensées des gens lorsque j'étais un nouveau-né."

"De rien," dit Carlisle avec un sourire. Il savait à quel point Edward se sentait mal et coupable d'avoir tué des rebus de l'humanité durant sa période 'rebelle' et à quel point ça aurait été pire s'il avait tué des innocents.

"Merci," dit sincèrement Edward.

La détresse qui s'était emparée de moi ne s'estompait pas, et je m'aperçus que j'étais au bord des larmes. Je tentai de contenir le chagrin qui menaçait de me submerger.

Je ne veux pas être un monstre, chuchota-t-il.

Pourtant, les animaux ne sont qu'un pis-aller...

C'est une comparaison un peu hasardeuse, mais disons que ce serait comme vivre de tofu et de lait de soja pour toi. Nous nous traitons parfois de végétariens en guise de petite plaisanterie familiale. Notre régime ne comble jamais vraiment notre faim – notre soif, plutôt, même s'il nous donne la force de résister. En général. Il arrive que ce soit dur, cependant.

Ces derniers mots prononcés sur un ton des plus menaçants.

"Comme quand je suis avec elle," dit Edward.

"Je ne crois vraiment pas que tu passerais autant de temps avec elle si son odeur était si forte que ça," dit Emmett en le regardant avec incrédulité. "Je pense que c'est pas si horrible que ça."

"Je suis sûr que tu as tort," dit Edward.

"C'est juste que son amour pour elle est plus fort," déclara Esme, rayonnante. "Comme l'amour de Bella pour Edward semble être plus fort que ses instincts, il semblerait qu'il en est de même pour Edward."

"— C'est très difficile pour toi, en ce moment ?

Oui, admit-il en soupirant.

Alors que tu n'as même pas faim, affirmai-je avec confiance.

"Comment peut-elle savoir ça?" demanda Edward.

"La couleur de tes yeux, bien sûr," dit lentement Emmett.

"Mais comment peut-elle savoir que la couleur de mes yeux à quoi que ce soit à voir avec ma soif?" insista Edward.

"Euh...on le découvrira d'ici quelques lignes," dit Emmett en haussant les épaules.

Qu'en sais-tu ?

Tes yeux. J'ai remarqué que les gens, les hommes surtout, étaient plus bougons quand ils étaient affamés.

"Ah oui, le plus bougon, j'aurais dû m'en rendre compte," rigola Emmett.

Très observatrice, hein ? Se moqua-t-il.

Je ne répondis rien, me contentant d'écouter le son de son rire, de l'apprendre par cœur.

Tu étais parti chasser, ce week-end avec Emmett ? Demandai-je quand il se fut calmé.

Oui.

Il se tut une seconde, comme s'il hésitait à m'en confier plus.

Je n'en avais pas envie, mais c'était nécessaire. Il m'est un peu plus aisé de te fréquenter quand je n'ai pas soif.

Pourquoi ne voulais-tu pas y aller ?

Ça me rend... anxieux... d'être loin de toi.

Ses yeux étaient doux, mais leur intensité liquéfia mes os.

Je ne plaisantais pas, jeudi dernier, lorsque je t'ai priée de ne pas tomber à l'eau ou d'éviter de te faire écraser. J'avais la tête ailleurs tant je m'inquiétais pour toi.

"Argh," dit Emmett. "Ça veut dire que tu vas me rendre dingue."

"T'as qu'à considérer ça comme une vengeance," sourit Edward en haussant les épaules.

Et après ce qui s'est passé ce soir, je suis surpris que tu sois sortie indemne de ces deux jours. Enfin, ajouta-t-il en secouant la tête, presque indemne.

Comment ça ?

Tes mains.

Je baissai les yeux sur mes paumes égratignées, presque guéries maintenant. Rien ne lui échappait.

Je suis tombée, reconnus-je.

"Rien de bien surprenant là-dedans," rigola Emmett.

J'ai eu cette impression. Mais bon, avec toi, ça aurait pu être pire. Et ça m'a torturé tout le temps où j'étais loin de toi. Ces trois jours m'ont paru une éternité. J'ai vraiment tapé sur le système d'Emmett, avoua-t-il, malheureux.

Trois jours ? Tu n'es pas rentré aujourd'hui ?

Non, dimanche.

Alors, pourquoi n'étais-tu pas au lycée ?

J'étais presque furieuse que son absence m'eût tant déçue.

Tu m'as demandé si je craignais de sortir au grand jour, et je t'ai répondu que non. Néanmoins, mieux vaut que j'évite le plein soleil. Du moins, en public.

Pourquoi ?

Je te montrerai, un jour.

"Vraiment? C'est notre différence que tu détestes le plus pourtant," dit Esme.

"Je suppose que je veux qu'elle voit tout de moi," dit Edward en haussant les épaules.

Je méditai cette promesse quelques instants.

Tu aurais pu m'appeler, repris-je.

Il n'y avait pas de raison, s'étonna-t-il. Je savais que tu allais bien.

"T'es vraiment un abruti," dit Alice en levant les yeux au ciel.

"Quoi, tu penses que j'aurais dû l'appeler?" demanda Edward.

"Non, mais tu ne devrais pas lui montrer à quel point tu es égoïste," dit Alice. "A penser que seul toi est important."

Certes, mais moi, j'ignorais où tu étais. Je...

Oui ?

Une fois encore, son irrésistible voix de velours.

Je n'ai pas aimé. Ne pas te voir. Moi aussi, je suis anxieuse quand tu n'es pas là.

Cette confession m'enflamma les joues. Comme il ne réagissait pas, je lui jetai un coup d'œil timide. Il avait l'air peiné.

Ah, ronchonna-t-il, ça ne va pas du tout.

"Bella n'est pas la seule qui ne réagit pas normalement," dit Alice avec amusement. "T'es vraiment un idiot."

Les raisons de son mécontentement m'échappèrent.

Qu' est-ce qu'il y a ?

Tu ne comprends donc pas, Bella ? Que je me rende malheureux est une chose, mais je refuse de t'impliquer. Je ne veux plus t'entendre dire pareilles balivernes, ajouta-t-il en reportant ses yeux angoissés sur la route. C'est malsain, dangereux. Je pourrais te faire du mal, Bella, il faut que tu en aies conscience.

J'eus le sentiment qu'il me lacérait le cœur.

"Edward, arrête ça," soupira Esme. "Je sais que tu veux la sauver, mais je pense qu'il est trop tard pour ça."

"Ça ne change rien," dit Edward.

"Peut-être pas, mais j'espère que ta version livre s'en rendra rapidement compte et qu'il arrêtera de vous torturer tous les deux," dit Esme.

Je m'en fiche ! Protestai-je, telle une gamine boudeuse.

Je suis sérieux.

Moi aussi. Je te le répète, je me moque de ce que tu es. Il est trop tard, de toute façon.

Tais-toi !

Je me mordis la bouche. Heureusement, il ne savait pas à quel point il me blessait. Je reportai mon attention sur la route. Nous ne devions plus être très loin, maintenant. Il conduisait toujours trop vite.

A quoi penses-tu ? demanda-t-il tout à coup.

Je secouai la tête, incapable de lui répondre. Je sentis qu'il me regardait, refusai de me tourner vers lui.

"Ne rien dire, je suis sûr que ça rendra Eddy complètement dingue," rigola Emmett.

Tu pleures ? S'exclama-t-il, ébahi.

A mon insu, mes larmes avaient débordé. Je passai rapidement ma main sur mes joues – les traîtresses étaient bien là, elles m'avaient vendue.

Absolument pas, répliquai-je d'une voix tremblante.

Sa main se tendit vers moi, hésitante, avant de se reposer lentement sur le volant.

Je suis désolé.

Je devinai qu'il ne s'excusait pas seulement pour ses paroles. Un silence lourd s'installa dans l'habitacle, qu'il finit par rompre.

Dis-moi... commença-t-il d'un ton qu'il voulait léger.

Oui ?

Qu'avais-tu en tête, ce soir, juste avant que je n'arrive ? Je n'ai pas bien compris ton expression. Tu n'avais pas l'air tellement effrayée. Plutôt très concentrée.

Je m'efforçais de me rappeler comment on liquide un agresseur, les techniques d'autodéfense. Je m'apprêtais à lui enfoncer le nez dans le cerveau.

La seule pensée du type aux cheveux bruns me remplit de haine.

Quoi ? Tu voulais te battre ? S'emporta-t-il. Au lieu de t'enfuir ?

Je me casse la figure dès que j'essaye de courir.

"Je trouve ça marrant," dit gravement Emmett. "Mais je ne peux pas rire."

"Merci de nous faire partager ton opinion," s'exclama Rosalie, irritée.

Tu n'as pas songé à appeler au secours ?

J'allais le faire.

Tu avais raison, ronchonna-t-il. Te garder en vie est un vrai défi lancé au destin.

Je soupirai. Nous avions ralenti, ayant atteint les faubourgs de Forks. Le trajet nous avait pris moins de vingt minutes.

Je te vois demain ? Risquai-je.

Oui, j'ai un devoir à rendre. Je te garde une place à la cantine, ajouta-t-il avec un sourire.

"Voilà qui va la rendre heureuse," dit Esme avec un sourire. "Bien que tu aurais pu lui le dire plus tôt, comme ça, elle ne se serait pas autant inquiété."

Aussi absurde cela fût-il après nos confessions de ce soir, cette petite promesse déclencha des palpitations dans ma poitrine.

Nous étions devant la maison de Charlie. Les lumières brillaient, ma camionnette était garée à sa place, tout était parfaitement normal. J'eus l'impression de quitter un rêve. Edward coupa le contact, mais je ne bronchai pas.

Me jures-tu d'être là demain ?

Oui.

Je méditai sa réponse pendant une minute, puis acquiesçai. Je retirai sa veste, non sans en avoir humé une dernière fois l'odeur.

Garde-la, tu en auras besoin.

Je la lui rendis quand même.

Je ne veux pas devoir expliquer ça à Charlie.

"Ça serait gênant, non?" sourit Alice.

Ah, j'avais oublié, rigola-t-il.

J'hésitai, la main sur la poignée de la portière, tâchant de prolonger ce moment.

Bella ? demanda-t-il d'un ton différent, grave.

Oui ?

Promets-moi quelque chose à ton tour.

Oui ?

Ce que je regrettai aussitôt. Et s'il exigeait que je garde mes distances ? C'était là un engagement que je serais incapable de respecter.

Ne t'aventure pas dans les bois toute seule.

"Est-ce que tu sais qu'elle a été dans les bois quelques jours plus tôt? C'est pour ça que tu la préviens?" demanda Carlisle.

"Ça me semble probable," dit Edward.

Surprise, je le dévisageai.

Pourquoi ?

Disons que je ne suis pas la créature la plus dangereuse des environs, expliqua-t-il en plissant les yeux. C'est tout.

Je frémis tant il y avait de tristesse contenue dans ces paroles, mais j'étais soulagée. Voilà une parole que je n'aurais pas à trahir.

D'accord.

À demain.

Il poussa un soupir, et je compris qu'il souhaitait que je m'en aille, à présent.

"Je ne pense pas qu'il veuille vraiment qu'elle s'en aille," rigola Emmett.

À demain.

J'ouvris ma portière de mauvaise grâce.

Bella

Je me retournai. Il se penchait vers moi, son magnifique visage d'albâtre à quelques centimètres du mien seulement. Mon cœur eut un raté.

Dors bien.

Son haleine m'effleura, m'étourdissant. C'était, en plus concentrée, la même odeur exquise que celle de sa veste. Je clignai des paupières, subjuguée. Il se recula.

"Alors maintenant tu sais que tu n'as qu'à lui souffler dessus pour l'empêcher de réfléchir," rigola Emmett et une expression songeuse apparut sur le visage d'Edward.

Je dus attendre que mon cerveau se remette à fonctionner pour bouger. Alors seulement, je m'extirpai maladroitement de la voiture. Je fus obligée de m'accrocher à la carrosserie et je crus bien l'entendre réprimer un rire, mais le son était trop étouffé pour que j'en sois certaine.

Il attendit que j'eusse titubé jusqu'à la porte d'entrée pour démarrer. Je me retournai et vis la Volvo argent disparaître au coin de la rue. Je me rendis compte qu'il faisait très froid. Mécaniquement, j'attrapai ma clé dans mon sac, déverrouillai la porte et entrai. Du salon, Charlie me héla.

Bella ?

Oui, papa, c'est moi, répondis-je en m'approchant.

Il regardait un match de base-ball.

Tu es là tôt.

Ah bon ?

Il n'est pas encore huit heures. Vous vous êtes bien amusées ?

Beaucoup.

Je fus prise de vertige quand je me souvins de la soirée entre filles que j'avais projetée et de celle que j'avais finalement passée.

Jess et Angela ont trouvé leurs robes sans problème.

Ça va ?

Je suis fatiguée, c'est tout. J'ai pas mal marché.

File au lit, alors.

Charlie paraissait soucieux, et je me demandai quelle tête j'avais.

Il faut d'abord que j'appelle Jessica.

Tu ne viens pas de la quitter ?

Si, mais j'ai oublié mon coupe-vent dans sa voiture. Je veux juste m'assurer qu'elle ne l'oubliera pas demain matin.

Laisse-lui quand même le temps de rentrer chez elle.

Tu as raison.

Je me dirigeai dans la cuisine et m'affalai sur une chaise, épuisée. J'étais vraiment à deux doigts de m'évanouir, maintenant. Était-ce le fameux contrecoup ?

"Apparemment oui," dit Carlisle. "Je me demande si ta présence est la raison pour laquelle elle n'a rien ressenti de tel auparavant...elle a dit qu'elle se sentait en sécurité avec toi après tout."

"Non, je pense que c'est plus liée au fait qu'elle était toute excitée lorsqu'il lui a soufflé dessus," rigola Alice. "C'est là qu'elle agit bizarrement."

Soudain, le téléphone sonna, et je sursautai. Je décrochai vivement.

Allô ?

Bella ?

Salut, Jess. J'allais te passer un coup de fil, figure-toi.

Tu es bien rentrée ?

Elle semblait soulagée et... surprise.

Oui. J'ai laissé mon coupe-vent dans ta voiture. Ça t'embêterait de l'apporter au lycée ?

Bien sûr que non. Allez, raconte-moi !

Euh... demain. En maths, d'accord ?

Oh, ton père est dans les parages ?

Oui.

Je comprends. On se parle demain. Salut ! Son impatience était perceptible.

Salut, Jess.

"Elle va se faire interroger par Jessica, demain," dit Edward. "Je me demande ce qu'elle va lui dire."

Je montai lentement les escaliers, comme alourdie par une espèce de stupeur. J'effectuai mes préparatifs nocturnes sans prêter attention à mes gestes. Ce ne fut qu'une fois sous la douche, alors que l'eau bouillante me brûlait la peau, que je pris conscience que j'étais gelée. Je frissonnai violemment pendant plusieurs minutes avant que la vapeur chaude ne réussisse à détendre mes muscles contractés. Je restai sous le jet, trop lasse pour bouger, jusqu'à ce que j'aie presque vidé le ballon.

Ensuite, je m'enveloppai étroitement dans une serviette pour retenir un peu de la chaleur de la douche et enfilai rapidement mon pyjama avant de me glisser sous la couette, roulée en boule, serrée dans mes bras. Des images incompréhensibles s'entrechoquaient dans mon esprit, et j'en écartai la plupart. Au fur et à mesure que je sombrais dans l'inconscience, quelques vérités m'apparurent cependant.

J'étais à peu près certaine de trois choses.

"Oh, c'était l'extrait à l'arrière du livre," sourit Alice.

"La raison pour laquelle tu as pensé que ça nous intéresserait tous de le lire," dit Emmett avec impatience.

Un, Edward était un vampire ; deux, une part de lui – dont j'ignorais la puissance – désirait s'abreuver de mon sang ; et trois, j'étais follement et irrévocablement amoureuse de lui.

"Je n'arrive pas à croire que ça arrive enfin," rayonna Esme. Elle avait réalisé que ça signifiait qu'il avait enfin trouvé son âme-sœur.

"Je vois pourquoi ça t'a intéressé," rigola Emmett.

"C'était la fin du chapitre," dit Edward.

"Bien, ça veut dire que c'est à mon tour," dit Emmett en attrapant le livre.


Prochain chapitre : Interrogations

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