Dix huit heures, debout devant l'appartement de Jacob, j'attendais qu'il vienne me chercher pour m'amener dîner comme promis. Voilà trois fois maintenant qu'il me posait un lapin. Apparemment mon soi-disant meilleur ami préférait de loin s'envoyer en l'air avec des inconnues plutôt que de passer la soirée avec moi. Et moi, idiote comme j'étais, je lui laissais sans cesse de nouvelles chances. Pourquoi me direz-vous ? Et bien, j'espérais sans doute au fond de moi un peu de reconnaissance. Que quelqu'un veuille enfin s'intéresser à moi, passer du temps avec moi. Isabella Swan, inintéressante et inexistante Bella.

J'ai toujours été ce genre de personne. Sans vie, sans crédibilité, sans intérêt. Je n'avais pas la force de changer ou du moins je n'avais jamais eu la possibilité de changer.

Trois ans après avoir fini mes études de littérature, je travaillais toujours chez le même antiquaire du centre ville de Forks. J'aimais mon travail, enfin je l'aimais jusqu'à ce que le propriétaire change et devienne un homme sadique et sans cœur me faisant travailler plus que nécessaire, tout en me payant seulement la moitié de mon salaire. Ça aussi je n'avais pas le courage d'y remédier. Trop timide, trop faible, trop lâche, trop de mots me qualifiaient.

Je regardai ma montre, dix huit heures et demie. Une heure qui signifiait que ce soir j'allais encore dîner seule. Je soupirai et pris mon téléphone pour l'appeler.

Il y avait toujours cette petite partie en moi qui se faisait du souci pour lui. Peut-être cette fois-ci quelque chose lui était arrivée, quelque chose de réel.

-Jake ? Dis-je en l'entendant répondre.

-Hey Bells ! Quoi de neuf ? S'exclama-t-il.

À l'entendre, il allait parfaitement bien. Je souris faussement. Pire que de me poser un lapin, il avait oublié le rendez vous.

-Ne me dis pas que tu m'as encore oubliée ! Je t'attends devant ton appart depuis une bonne heure déjà !

-Tu m'attends ? Pour quoi ?

Garde ton sang froid Bella, de toute façon tu ne peux pas lui arracher les yeux, du moins pas dans l'immédiat.

Je pris une profonde inspiration et lui lançai :

-On était censé dîner ensemble ce soir ! C'est toi-même qui me l'as proposé !

-Oh…oh non ! Bella, j'ai complètement oublié, j'ai déjà prévu de faire autre chose et je ne peux pas…

-… me décommander, terminai-je d'un ton acerbe.

-Ne m'en veux pas je t'en supplie, je me rattraperai ce weekend !

-Ce dîner était censé être un rattrapage, Jake.

Je l'entendis soupirer au bout du fil.

-Excuse-moi, Bella… je ne sais vraiment pas quoi dire d'autre.

-Ne dis rien, ça n'est pas grave de toute façon.

-Bella…

-On se voit ce week-end ? Demandai-je pour essayer de clore ce nouveau chapitre.

-Tu sais que t'es la meilleure amie que je connaisse ?

Je levai les yeux au ciel et ne pus m'empêcher de sourire bêtement. Il réussissait toujours son coup de toute manière. Comment lui en vouloir ?

-Je sais et un jour ça va changer, lui dis-je en souriant.

-Non ça ne changera pas, parce que c'est ce qui fait que tu es merveilleuse, ma belle.

-Bon l'embobineur, t'as fini ?

-A vendredi soir ? Demanda-t-il.

-Ok…

Avant que je n'aie pu dire quoi que ce soit d'autre, la conversation fut coupée. Et voilà un très bon exemple de ce que je peux être… tout bonnement naïve et surtout envers Jacob Black.

Tout ce qu'il me restait à faire était de partir dîner seule, comme tous les soirs. C'est donc ainsi que je me retrouvai au restaurant, une assiette de ravioli au fromage devant les yeux, le journal local dans la main.

Ce soir là le restaurant était bondé de monde. C'est alors qu'un groupe de trois filles fit son apparition. Comme il n'y avait plus de place, elles s'installèrent à mes côtés, m'ignorant par la même occasion.

-Apparemment le grand bal c'est ce soir, dit l'une d'entre elles, les yeux brillants.

-Ce que j'aurais aimé y être, le grand discours sera encore une fois prononcé par le couple le plus glamour des Etats-Unis !

-Le plus glamour et le plus amoureux surtout !

Elles devaient sûrement être en train de parler du couple Cullen. Le couple le plus en vogue du pays. J'avais aussi eu des échos concernant un bal durant lequel Edward Cullen et son épouse Tanya allaient montrer leur grand amour.

Même s'ils le montraient sans cesse. D'un côté, ils n'avaient même pas besoin de le faire, ils respiraient la joie de vivre tout les deux. Pas une photo, pas une interview n'avait montré de discordance entre eux deux.

Ils étaient réellement à envier tous les deux. Je dirais même que Tanya Cullen était à envier. Qui ne rêverait pas d'être mariée à Edward Cullen ? Il était de loin le plus bel homme que je connaisse. Enfin, connaître est un bien grand mot, mais il était parfait physiquement. Et même moralement, il avait financé la construction de trois hôpitaux au Kenya, il avait versé des millions de dollars à des associations humanitaires dans le monde entier et j'en passe des meilleures. Parfait, voilà ce qu'il était.

Alors oui j'enviais sa femme d'être à ses côtés… et oui j'étais peut-être amoureuse de lui secrètement.

Tu es pathétique Bella ! Éprouver des sentiments pour une personne qui n'a jamais entendu parler de toi. Tu as vraiment atteint un stade qui relève de la folie.

De toute façon ce n'était qu'un rêve, un rêve que personne ne pouvait vivre et surtout pas moi.

Je souris face à mes pensées idiotes tout en me levant de mon siège pour rentrer chez moi.

À l'extérieur du restaurant, la température était encore plus glaciale qu'auparavant. Une des caractéristiques de Forks était son climat désastreux. Mais une fois de plus, je n'avais pas la possibilité de partir d'ici. Après mon bac, j'avais eu l'occasion de déménager à Seattle pour mes études, mais j'avais dû très vite revenir ici pour m'occuper de mon père malade. Il avait un cancer, une foutue maladie qui le rongeait de l'intérieur et qui le tuait petit à petit. Et ce n'est qu'un an plus tard qu'elle atteignit son but avec succès. De toute façon je ne pouvais pas le laisser face à cela tout seul. C'était à moi de m'occuper de lui, tout comme lui s'était occupé de moi à la mort de ma mère lorsque j'avais sept ans. Il n'avait jamais failli à son rôle de père. Il était génial.

À la mort de Charlie, j'avais hérité de la maison. Cette maison était devenue pour moi un point d'attache à Forks. Un point d'attache qui me contraignait à rester ici. Je ne pouvais pas me permettre de la vendre, elle était tout ce que mes parents avaient réussi à faire dans leur vie. La maison… et moi.

-Mademoiselle ? Entendis-je une voix rauque derrière moi.

Je me retournai et vis une personne assez âgée, vêtue d'une robe trouée à différents endroits et d'un vieux bonnet plein de peluche. Rien qu'en la voyant, je ne pus m'empêcher d'être désolée pour elle. Les gens comme moi se plaignent alors que d'autres vivent dans des conditions plus difficiles que les nôtres.

-Est-ce que je peux vous aider ? Demandai-je en m'approchant d'elle.

C'est alors qu'elle me tendit un petit objet en cuir brun. Je le regardai attentivement, tournant la tête pour mieux le voir dans le bon angle et après avoir ouvert mon sac pour chercher mon portefeuille, je vis qu'il avait disparu. Où l'avait-elle trouvé ?

-Vous venez de le faire tomber, me dit-elle tout en répondant à ma question intérieure.

-Oh…

Je tendis la main pour le prendre, quand une lueur étrange anima son regard. Bon sang qui était-elle ? Pourquoi ne l'avais-je jamais vue auparavant ? Forks est une petite ville, une personne comme elle n'aurait jamais pu passer inaperçue.

-Je vous remercie infiniment, lui dis-je en souriant chaleureusement.

Elle acquiesça, puis se retourna pour partir. Une immense boule vint s'installer dans ma gorge. Il m'était bien évidemment impossible de la laisser partir comme ça et surtout dans ce froid.

-Excusez-moi ! L'appelai-je en me précipitant vers elle.

Elle s'arrêta alors et me regarda, étonnée.

-Vous n'avez pas froid comme ça ?

Bravo Bella ! Non mais de quoi tu te mêles !

Son regard était toujours posé sur moi, mais aucun son ne sortit de sa bouche. J'espérai juste qu'elle ne prenait pas mal mon intrusion. Cette femme me faisait seulement de la peine. Je me devais de l'aider.

-Où est ce que vous vivez ? Insistai-je.

-Je ne vis pas ici, je suis seulement…

Elle se tut et m'observa longuement quand une autre vague glaciale souffla sur nous. Je la vis frissonner, puis croiser les bras, sans doute pour se donner chaud. C'est alors que sans me contrôler, je retirai ma veste et la lui donnai.

Elle écarquilla les yeux en la regardant.

-Prenez là, j'habite juste à côté et j'en ai des centaines comme ça, mentis-je.

Bien sûr que je n'en avais pas des centaines. C'était d'ailleurs ma seule et unique veste. En revanche, j'avais un manteau et celui-ci ferait l'affaire pour les jours à venir.

-Euh…merci ma petite, c'est vraiment très gentil de ta part.

Je lui fis un mince sourire et elle la prit pour l'enfiler rapidement. Cette fois-ci ce fut moi qui fus prise de tremblement. Seigneur, comment avait-t-elle fait pour tenir sous ce froid, vêtue que de cette robe.

-Vous avez froid maintenant, me dit-elle en s'apprêtant à l'enlever.

Je fis non de la tête et me précipitai vers elle pour l'en empêcher.

-Je vais rentrer chez moi d'ici cinq minutes, ne vous en faites pas. Et d'ailleurs, vous en avez plus besoin que moi.

-Merci beaucoup.

Je lui souris et ressortis mon portefeuille de mon sac. Elle me regarda faire jusqu'à ce qu'elle me voie sortir les derniers billets qu'il me restait.

-Non, je ne peux pas accepter…

-Bien sûr que vous allez accepter, ne vous en faites surtout pas pour moi, je vous dis. Avec ça vous pourriez vous payer une semaine dans un petit motel.

Elle parut hésiter à prendre l'argent, alors je lui pris la main, une main frigorifiée et lui mis les billets à l'intérieur avant de lui refermer fermement les doigts dessus.

-Je ne sais pas comment vous remercier, me dit-elle en me fixant.

-Ne me remerciez pas, ce n'est pas grand-chose.

Je m'éloignai alors d'elle et lui fis un dernier sourire. J'adorais aider les gens dans le besoin.

Oui surtout que toi aussi tu es dans le besoin.

Oui mais elle l'était davantage. Et voir un sourire se dessiner sur un visage comme le sien était amplement suffisant pour me remercier.

-Mademoiselle...

-Oui ? Lui demandai-je en me retournant pour voir si elle avait besoin d'autre chose.

-Tenez.

Elle me tendit la main et je vis un nouvel objet à l'intérieur. Un objet qui ne m'appartenait pas cette fois-ci.

C'était une sorte de pendentif, un bijou argenté sur lequel figurait la lettre « w ». Sans doute le seul objet de valeur qu'elle possédait pensai-je. Et elle voulait me le donner en guise de remerciement.

-Gardez-le, je ne peux pas accepter, lui dis-je tout en souriant.

-Non, c'est pour vous, me dit-elle fermement.

J'ouvris la bouche pour répondre, mais ne sus quoi rajouter d'autre. La seule chose que je pouvais faire était de refuser.

-Ecoutez…

-C'est pour vous ! Insista-t-elle.

Je la regardai, puis tournai mes yeux vers ce petit objet. Cette fois ci, ce fut elle qui me prit la main pour le déposer à l'intérieur. Une fraîcheur métallique se fit sentir sur ma paume, puis elle referma aussitôt mes doigts pour l'emprisonner à l'intérieur, puis me fixa intensément.

-Un vœu, seulement un vœu et il se réalisera, murmura-t-elle.

-Pardon ? Fis-je perplexe.

-C'est un talisman, vous avez droit à un seul vœu, tenez-le contre votre cœur et prononcez votre vœu.

Sans que je ne m'en rende compte, elle disparut aussitôt. Pauvre femme, en plus d'être pauvre, elle disjonctait complètement, pensai-je en regardant l'objet.

[…]

Une fois l'épisode de cette femme passé, j'étais chez moi, allongée sur le fauteuil de Charlie à zapper le peu de chaînes dont je disposais. Jusqu'à ce que je tombe sur les informations nationales. Edward Cullen tenait fermement sa femme dans ses bras et répondait à diverses questions à des journalistes.

Seigneur, qu'il était beau. Des yeux d'un vert émeraude, des lèvres parfaitement dessinées et des cheveux semblant être aussi doux que de la soie. Ce que j'aurais souhaité être à ses côtés à cet instant là.

Instinctivement, mes yeux se posèrent sur le petit ''talisman'' que j'avais posé sur la table en rentrant.

''Un vœu, seulement un et il sera réalisé''

-Non mais tu t'entends Bella ! Dans quel monde vis-tu ?

Je me mis à rire face à mon idiotie, en éteignant la télé, pour monter me coucher. Mais avant que je ne fasse le moindre pas, mes doigts se refermèrent sur le petit objet et sans me contrôler je le posai contre mon cœur.

-Je souhaite être l'épouse d'Edward Cullen, murmurai-je en fermant les yeux.

Et avant que je ne me maudisse de croire à pareilles sottises, je me sentis partir, m'envoler. Je n'étais plus moi, le poids que j'avais accumulé toutes ces années était en train de s'atténuer. J'étais légère, je n'étais plus moi.

En ouvrant les yeux, une lumière aveuglante m'atteignit de plein fouet.

Seigneur que se passe-t-il ?

-Un problème madame Cullen ? Entendis-je une voix demander.

Madame Cullen ? Quoi ? Qu'est-ce…

-Tu te sens bien, mon cœur ? Me murmura une voix de velours.

J'ouvris alors les yeux et me retrouvai face à deux pupilles vertes…


Voilà le premier chapitre a été posté dites moi ce que vous en pensez et si vous avez aimé... bises