Ouiiiiiii, je sais, j'ai encore du retard ! T-T Désolée ! :'(

Mais bon, voilà, entre le boulot de vacances, la paperasse à faire quand on n'est plus étudiante et mon intérim (oui un intérim ! *-* De 3 jours mais un intérim quand même :D) ben voilà (a) Mais promis, maintenant, je vais essayer de ne plus avoir autant de retard (j'ai le temps pour écrire, maintenant u_u) lol

Je tiens à remercier vivement Brienna of Sarmatia, Roselia001, Lotelemna Nullame, Gwla10, Aurore, Ailinn d'Avalon, Lily2811, Guest, Guest alias Alizée972, AnadoraBlack, Mikipeach (j'adore ton pseudo, soit dit en passant xD) et Rukie-chan pour leurs reviews. Merciiiii *-*

Aurore : Merci pour ta review, ça me fait plaisir que tu trouves ma fic bien :D J'espère que la suite te plaira ^^ Merci :3

Bon, y avait deux "Guest" et après un tour chez Google traduction, j'ai appris que ça voulait dire "invité". Donc je suppose que les deux Guest sont deux personnes différentes ^^ Voilà xD

Guest : Hihi, j'aime frustrer les gens ! xD Ce serait une profession que je deviendrai riche xD Merci pour ta review ^^ J'espère que la suite te plaira :)

Guest alias Alizée972 : Coucou :D Ah, contente que tu apprécies toujours autan, ça me fait plaisir *-* Et contente aussi que tu te retrouves un peu en Aëlys ^^ Avoue quand même qu'Horton, c'est un nom ridicule, hein ? (a) Pour l'entraînement à faire des mini-Tristan… c'est vrai que t'es une perverse ! xD Mais… qui sait ? :D (oui, moi je sais, mais pour un souci de garder le suspens, je me tais (a) Tu sais même pas comme j'ai du mal à tenir ma langue, des fois xD). Merci pour ta review en tout cas :D J'espère que la suite te plaira ^^

J'espère que la suite vous plaira ! :D

Enjoy ! ^o^

°o0o°

Chapitre 22 : Un jour comme les autres… (ou presque…)

Le collier resta trois jours sur la table en bois sans que j'y touche. J'étais toujours intriguée par ce bijou sorti de nulle part et je doutais que ce soit un chevalier qui m'en ait fait don. Car, le lendemain, j'avais scruté les chevaliers, attendant une réaction ou l'autre. Mais rien du tout. Aucun ne regarda en direction de mon cou. Alors, l'hypothèse de Bouletus m'a traversé l'esprit, mais elle fut vite refoulée en repensant à sa capacité intellectuelle proche de celle d'une huître.

C'est donc en jetant un dernier regard vers le collier tout en attachant mes cheveux que je sortis de ma chambre. Aujourd'hui, je n'avais eu besoin de personne pour me réveiller : les rêves de moins en moins avouables hantant mes pensées s'en chargeaient eux-mêmes.

Comme il était tôt, je me dirigeai vers les écuries où je fis une série d'échauffement, même si je détestais vraiment ça. Ensuite je m'entraînai. Non pas à l'épée, vu que je ne savais pas où était Gauvain, mais au karaté. Et je fus heureuse de voir que je n'avais pas oublié les gestes. Tout me revenait instinctivement, tandis que je frappais un Saxon invisible et désarmé. J'enchaînais ensuite les katas, me revoyant devant mon professeur ou devant un jury quand il était question d'avoir ma ceinture supérieure ou mes dans. Je fis donc des katas simples et enchaînai avec les plus compliqués.

Mais je dois avouer que c'était vachement plus confortable de s'entraîner en kimono ! Ah, que mon kimono confortable me manquait ! Ainsi que ma belle ceinture noire, avec mes trois dans ! Oui, j'étais fière de mes trois dans et il y avait de quoi ! Dire que je pensais obtenir mon quatrième dan d'ici quatre ans, c'est un peu mort… Car j'aurais énormément de retard à rattraper… si je parviens à rentrer un jour…

Dire que j'avais même envisagé aller jusqu'au cinquième dan… Non, pas plus haut car à partir du sixième, ça devient compliqué et faut remplir trop de paperasse. Sans oublier qu'il y a un âge minimum à avoir pour obtenir les dans. Le huitième dan, par exemple, faut avoir minimum soixante ans ! Vous y croyez, vous ?!

Enfin, bref. Essayant de ne pas penser à mon professeur qui, j'avoue, me manquait, je me répétais les préceptes de cet art martial tout en faisant mes enchaînements.

Mais, le truc avec les katas, c'est qu'il faut pousser de temps en temps des cris. Comme dans les films. Ça ne me dérangeait pas plus que ça, étant habituée, mais les chevaux, eux, appréciaient moins… Ils hennissaient au moindre de mes cris ce qui me tapait un peu sur le système, pour tout avouer. Enfin, je parvins à en faire fi.

Puis, en souvenir du nombre d'heures qu'il me fallut pour maîtriser ce kata, je m'entraînai sur Unsu. Cela signifiait "main en nuage". C'était, à mes yeux, le plus beaux kata. Mon préféré en somme. Mais qu'est-ce que j'avais eu des difficultés à le maîtriser, à l'époque ! Surtout le saut !

Bref, m'inclinant devant un jury invisible, je me mis en place en prenant une profonde inspiration.

- Unsu !

Car oui, il faut aussi crier le nom du kata que l'on s'apprête à faire. Je fis lentement les mouvements de mes bras nécessaires avant d'enchaîner rapidement avec l'attaque de la mante religieuse, comme je m'amusais à l'appeler. Puis, je donnais quelques coups de poings dans tous les sens avant de me jeter au sol (aïe, il est dur le sol, où sont les tatamis !) et de donner deux coups de pieds en l'air. Je me relevai et m'abstins de me débarrasser de la poussière. Je donnai une série de coups de pieds et de poings en tout genre avant de faire le saut retourné qui m'avait donné tant de fil à retordre, plus jeune. Je ne restai pas longtemps appuyée sur mon genou et me redressai. Quelques coups et un cri plus tard, je m'arrêtai. Me redressant, je saluai de nouveau un public invisible. Puis je me permis un sourire tandis que j'ôtais la poussière de mes vêtements et que je secouais ma queue de cheval. La poussière qui tomba devant mon visage me fit tousser.

- Et ben ça alors…

Surprise, je sursautai vivement et me retournai pour voir le regard éberlué et admiratif de Lucan, et ceux franchement choqués de Dagonet et Lancelot.

- Qu'est-ce que vous faites là ? m'écriai-je, rougissante qu'ils m'aient surpris sans que je m'en rende compte.

- On entendait des cris, dit Lucan, spontanément.

- On se demandait quelle était la bête que l'on égorgeait dans notre écurie, expliqua Lancelot, qui avait retrouvé sa superbe.

- Merci, Lancelot… marmonnai-je.

- Y a pas de quoi.

Je soupirai. Il rendait ma tâche de ne plus l'appeler "le boulet" difficile, là…

- C'était quoi, ça ? demanda alors Dagonet.

- Du karaté, répondis-je. Un sport de combat de chez moi.

- Tout le monde se bat comme ça, chez toi ?

- Euh… non… Ceux qui le décident peuvent le faire : ça s'apprend.

- Comme le cheval ? demanda Lucan.

- Euh… ouais… comme le cheval. Mais le karaté, tu peux en faire toute ta vie en apprenant des nouveaux trucs.

- C'est donc comme ça que t'as réussi à mettre Gauvain au tapis, dit Dagonet en esquissant un sourire.

Je répondis à son sourire.

- Exactement.

- D'ailleurs, où est-il ? demanda Lancelot en regardant autour de lui.

- Je ne sais pas, répondis-je. Je n'ai croisé personne en venant ici, à part Horton…

Je l'avais croisé au détour d'un couloir et il n'avait pas l'air enchanté de me voir.

- Il n'est pas censé t'apprendre ? fit Lancelot en haussant un sourcil.

- Si, mais il m'entraîne l'après-midi. C'est rare que je sois levée si tôt sans aide extérieure…

Je me tus, ne pouvant pas avouer que c'était des rêves pas trop catholiques qui me réveillaient depuis quelques jours. Bon, je suis sûre que Lancelot aimerait avoir des détails de ces rêves, mais je préférais ne pas avoir à le tuer, si possible…

- Sinon, pourquoi vous êtes réellement là ? demandai-je. Vous allez pas me faire croire que vous passiez "par le plus grand des hasards" près de l'écurie quand vous m'avez entendu crier, hein.

- Pour ma part, ce n'est le cas, en effet, répondit Dagonet en posant une main gigantesque sur l'épaule frêle et menue de Lucan.

- Il va m'apprendre à monter à cheval, extasia le petit breton.

Mon regard se posa sur Lancelot.

- Je marchais quand je t'ai entendue, c'est tout, répondit-il à mon regard interrogateur.

- Hmm…

J'étais pas convaincue, mais il n'y avait pas vraiment d'autres explications plausibles. Je décidai donc de le croire pour le moment.

- Bon, je vais vous laisser l'écurie alors, dis-je à l'enfant et à son nouveau professeur d'équitation.

- Tu sais monter à cheval ? me demanda alors soudainement Lancelot.

- Euh… Je sais tenir sur une selle en m'accrochant à la taille de quelqu'un. Ça compte ?

Il soupira et secoua la tête.

- Non, ça ne compte pas. Tu as du temps libre ?

- Oui, jusqu'au repas de midi. Pourquoi ?

Nan, ne me dites pas que… ?

- Je vais en profiter pour t'apprendre les bases de l'équitation. Viens.

Je restai un moment ébahie par ce qu'il venait de se passer. Je jetai un regard surpris à Dagonet qui sourit, avant d'emmener Lucan vers la stalle d'un cheval. Je repris mes esprits et rejoignis Lancelot qui était lui aussi entré dans une stalle. Il flattait l'encolure de son cheval, magnifique bête à la robe sombre et à la crinière soyeuse. Il lui murmurait doucement, ce que je trouvais mignon.

- C'est un beau cheval, dis-je.

- Et mon fidèle compagnon depuis des années, dit le chevalier et le caressant entre les deux yeux.

Je souris. Il parlait de sa monture avec affection. S'il pouvait se montrer aussi doux et tendre envers une seule et même femme, il serait un des hommes les plus romantiques de Bretagne. Au lieu de ça, c'était un coureur de jupons.

- Approche, dit-il. Viens, qu'il fasse connaissance avec toi.

Je m'approchai en me demandant comment on faisait connaissance avec un cheval. Je pourrais lui parler, mais me répondrait-il ? J'avais comme un doute, aussi me tus-je et m'approchai-je silencieusement. Ne sachant pas quoi faire, je restai plantée comme une potiche à regarder Lancelot caresser sa monture. Le chevalier me lança un regard amusé.

- Tu as peur qu'il te morde, ou quoi ? se moqua-t-il. Tend la main près de son nez.

Je hochai la tête et levai doucement la main. Le souffle chaud de l'animal caressa mes doigts. Alors, lentement, je mis ma main sur entre ses naseaux, remontant délicatement jusqu'à son front. L'étalon se laissa faire et je le caressai avec un peu plus d'assurance. J'étais contente qu'il me laisse le caresser sans s'agiter.

- Bien, fit Lancelot. Maintenant, on va lui mettre sa selle.

Je hochai la tête, continuant un bref instant à caresser le front de l'animal. Quand je me détournai de la monture, son cavalier me mit une selle pesante entre mes mains. Je ployai un peu sous le poids de ce truc.

- Voilà. Mets-la sur le dos du cheval. Mais fais attention : mets-la dans le bon sens.

Je baissai les yeux et examinai la selle. Il y avait un pommeau et je sus que cette partie-là serait à l'avant. Je me mis sur la pointe des pieds et posai la selle pesante sur le dos du cheval. Je fus soulagée lorsque le poids quitta mes bras, je me sentais plus légère. Je me tournai vers Lancelot qui hocha la tête avant de me montrer comment on fixait la selle. Je le regardais faire et l'écoutais avec grande attention (si, si, je vous jure !). Lorsqu'il me demanda de fixer moi-même la selle, après qu'il l'eut détachée, je sus le faire sans demander d'aide.

- Bien, me félicita-t-il.

Je souris, fière de moi. J'entendis alors un cheval au pas et tournai la tête. Je vis Lucan, en selle, sur un grand étalon. L'enfant paraissait encore plus petit sur l'immense animal. Dagonet le regardait d'un œil approbateur. D'après ce que je connaissais de l'équitation, je crois pouvoir dire qu'il s'en sortait bien.

- Toi aussi, tu y arriveras, me dit Lancelot.

J'hochai la tête, surprise par ses encouragements. Il ouvrit alors la porte de la stalle et guida sa monture en le tirant par la bride. Je les suivis en évitant de me tenir derrière la croupe du cheval : je savais que c'était dangereux si celui-ci décidait de donne un coup de jambes par-derrière. L'écurie était assez vaste pour que Dagonet et Lancelot nous apprennent sans qu'on se marche dessus.

- Alors, commençons, dit le chevalier. Monte en selle.

J'hochai la tête et m'approchai du magnifique cheval. J'avais déjà observé les chevaliers monter en selle et je savais plus ou moins comment faire. En théorie…

Prenant une grande inspiration, je me mis du côté gauche du cheval, posai mes mains sur la selle pour m'y accrocher, montai la jambe gauche pour poser mon pied dans l'étrier. Je poussai alors de toutes mes forces sur ma jambe droite et m'aidai de ma jambe gauche et de mes mains pour me hisser. Je passai ma jambe droite par-dessus le dos de l'animal et me tins au pommeau de la selle. Je remarquai alors que les étriers étaient à la taille de Lancelot et donc, trop bas pour moi. Je regardai Lancelot, penaude, les pieds dans le vide (mon pied gauche était sorti de l'étrier lorsque je me suis installée…). Le chevalier avant un petit sourire amusé et – je l'aurais juré – un brin moqueur.

- Bouge pas, me dit-il.

J'avais trop peur de tomber pour bouger. Mais plutôt mourir que de lui dire que j'avais peur de la chute (ou de quoi que ce soit d'autre). Donc, je me contentai d'hocher la tête et restai immobile. Il régla les étriers à ma taille et je pus y glisser mes pieds. Ah ! Je me sentais déjà mieux.

Les heures qui précédèrent midi furent donc consacrées à l'apprentissage des bases de l'équitation. D'après Lancelot, je m'en sortais bien. Mais je dois bien m'avouer que je me sentais mieux au sol. C'est qu'elle est grande, cette bête-là ! Et c'était très différent de monter seule que de monter derrière un chevalier avec une taille à laquelle m'accrocher (oui, même si ça n'a pas empêché mon fessier d'aller embrasser le sol, une fois…). M'enfin, le principal, c'est qu'il ait dit que je me débrouillais pas si mal. Dans la bouche de Lancelot, c'était un grand compliment !

J'avais donc appris à mettre le cheval au pas, à tourner, à m'arrêter. Le cheval était docile et je dus admettre que Lancelot savait apprivoiser sa monture. À croire que monture et cavalier se comprenaient d'un regard.

Lorsque je descendis du cheval, j'avais mal aux jambes et surtout, à l'intérieur des cuisses. Mais je ne dis rien et fis un effort pour marcher normalement. Mieux valait ne rien laisser paraître et que Tristan ne se doute de rien. Je m'étais déshabillée une fois devant lui. Pas deux ! Surtout pas avec les rêves que je faisais pour le moment !

Lancelot et moi ramenèrent le cheval dans sa stalle. On le débarrassa de sa selle et de ses brides. Puis, Lancelot prit une poignée de paille et frotta sa monture. Je fis de même de l'autre côté et Lancelot me lança un regard approbateur. Je répondis d'un sourire.

Finalement, après nous être occupés de l'étalon, nous quittâmes les écuries et nous dirigeâmes vers nos appartements afin de nous rafraîchir avant de manger. Lorsque nous arrivâmes, les autres chevaliers nous regardaient avec surprise et incrédulité. Ce que je peux comprendre vu que Lancelot et moi parlions sans nous lancer de piques. Une première ! Nous nous assîmes et mangeâmes. Ma sœur, qui avait autant de tact qu'une bouilloire, me demanda :

- Comment ça se fait que tu parles à Lancelot sans l'agresser ? Je pensais que tu pouvais pas le sentir…

Silence total autour de la table. Tous les chevaliers attendaient apparemment la réponse.

- Bah… il m'a défendue quand Bouletus s'en est pris à moi. Puis, il m'a…

- Bouletus ?

Arthur, Mélusine et Galahad se jetèrent un regard, surpris d'avoir parlé en même temps. Enfin, je suppose.

- Ouais, l'autre espèce de Romain qui se prend pour ne je ne sais pas quoi ! Sans vouloir vous vexer, Arthur…

Ils hochèrent la tête et le commandant me pardonna d'un petit sourire.

- Puis, repris-je, il m'a appris à monter à cheval, ce matin.

- Ce matin ? répéta Mélusine, yeux grands ouverts. Tu t'es réveillée tôt ?

- Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, dis-je.

- Il ne t'appartient pas souvent alors, répliqua-t-elle.

Outch. Un point pour Mélusine…

Je l'ignorai donc superbement et pris du pain. Mais ma jumelle n'en avait pas fini avec moi, bien sûr. Bien sûr…

- Et comment ça se fait ? Que tu te sois levée tôt, je veux dire…

C'est tout simple : je fais des rêves pas très catholiques dans lesquels apparaît un Tristan trop peu vêtu pour que je puisse l'avouer…

- Nicky Larson, répondis-je. Il miaulait pour sortir et je n'ai pas su me rendormir.

Mélusine hocha la tête et je me félicitai intérieurement d'avoir réussi à rouler ma moitié.

Le reste du repas se passa dans la joie, la bonne humeur et l'immobilité. Mais ce dernier point ne concernait que Tristan. Ensuite, comme d'habitude, Gauvain et moi allâmes dans l'écurie pour notre séance d'entraînement. Je fus surprise de constater l'absence des épées en bois, n'osant imaginer ce que cela voulait dire…

- Nous allons passer aux choses sérieuses, me dit mon professeur avec un sourire.

J'en aurais presque sauté de joie. Et cette réaction me surprit. Pourquoi avais-je tellement envie de manier l'épée ? Ça me dépassait. Peut-être que j'étais une belliqueuse dans l'âme ?

Quoi qu'il en soit, Gauvain prit son épée. J'en fis de même. Son poids me dérangea un moment : c'était vachement plus lourd qu'un bout de bois ! Nous commençâmes par des bottes et des feintes simples, que nous exécutâmes au ralenti. Et, bizarrement, j'avais l'impression que mes mouvement étaient innés, instinctifs. L'épée était parfaite dans ma main. Comme si c'était là ça place. Et non pas sur le mur d'une classe d'histoire.

Au bout d'un moment, Gauvain fronça les sourcils. Je me demandai pourquoi. Avais-je fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Allait-il dire qu'on retournait aux jouets en bois ? Mais il ne dit rien et continua. Par contre, quelque chose changea : j'eus l'impression que Gauvain avait accéléré ses mouvements. C'était infime, mais je le perçus. Et je me mis à son diapason : j'accélérai aussi. Brusquement, à ma grande surprise, il s'arrêta. Je m'arrêtai également. Il me regardait avec de grands yeux, comme si c'était la première fois qu'il me voyait.

- Quoi ? finis-je par lâcher, exaspérée par son mutisme.

- Tu… tu as changé…

J'haussai les sourcils. J'étais surprise, pas seulement par ses paroles, mais aussi par le fait qu'il avait balbutié. Et un chevalier Sarmate, ça ne balbutie pas (pas même Galahad !).

- Changé ? Comment ça ? demandai-je en fronçant les sourcils.

Il secoua la tête, comme s'il était à court de mots…

- Bon sang, mais qu'est-ce qu'il y a ? m'exclamai-je.

Il soupira et brandit son épée dans ma direction. J'eus un mouvement de recul.

- Ce qu'il y a ? Je vais te montrer ! Regarde !

Et là, il fonça sur moi à la vitesse de la lumière. D'instinct, je levai l'épée pour me protéger du chevalier. Juste à temps. Les deux lames se croisèrent dans un bruit assourdissant. Je cherchai une explication dans les yeux de Gauvain et j'y lus une incompréhension totale mêlée d'un respect craintif. Il s'éloigna et attaque de nouveau. Pendant quelques minutes, je laissai mes bras et mon épée me protéger des coups de Gauvain, même si je savais au fond de moi que jamais il ne me ferait le moindre mal. Au bout de ce qui me parut une éternité, le Sarmate s'arrêta, essoufflé. Je me rendis compte que j'étais dans le même état que lui.

- Merde ! jurai-je, furieuse. Tu te conduis comme Lancelot, maintenant ?

Il me considéra, bouche bée. Je crus durant un moment que j'avais un troisième œil au milieu du front, comme Ten Shin Han dans Dragon Ball. Mais il n'en était rien et Gauvain lâcha :

- Tu plaisantes, j'espère ? Tu t'es regardée ?

J'haussai les sourcils et baissai les yeux sur moi. J'étais normale. Mes habits étaient normaux (du moins, pour cette époque). Mes bottes étaient normales. Mes cheveux étaient normaux et normalement attachés. Et mon épée était normale.

Je relevai le regard, sourcils froncés.

- Et bien quoi ?

J'eus comme l'impression que le chevalier se retint de se frapper le front.

- Et bien, il se trouve que tu ne t'es jamais aussi bien défendue ! Même ton côté droit.

Ce fut à mon tour de le considérer avec surprise.

- Tu racontes n'importe quoi !

- Non, je t'assure ! trancha-t-il.

Et son ton laissait clairement transparaître que je n'avais pas intérêt à répliquer. Mais il m'était impossible de le croire. Comment aurais-je pu savoir me défendre avec cette épée alors que je galérais avec un bout de bois qui pesait dix fois moins lourd ?

- C'était comme si… comme si l'épée t'avait transformée.

Je regardai le Sarmate, les yeux grands ouverts.

- Tu as conscience que ce que tu dis n'a pas le moindre sens, n'est-ce pas ?

- Tout ce qui te concerne n'a pas le moindre sens, répliqua-t-il.

Et son ton était froid. Ça me blessa. J'essayai de ne pas le montrer mais j'ai dû échouer dans ma tentative puisque Gauvain soupira avec un air désolé collé au visage.

- Pardonne-moi. Je ne le pensais pas.

- Si.

Il m'interrogea du regard.

- Oh si, tu le pensais. C'est ce que tout le monde pense de Mélusine et moi, pas vrai ? Tu n'as fait que me le dire en face…

Il y eut un silence pesant entre nous et je n'avais qu'une envie : remettre l'épée dans le fourreau et ne plus jamais mettre les pieds dans cette écurie. Et c'est vraiment ce que j'allais faire si Gauvain n'avait pas repris la parole :

- Ecoute, je suis désolé, d'accord ? Mais mets-toi à ma place ! Avec un bout de bois, tu es une catastrophe ambulante et quand on te met une véritable arme dans les mains, tu deviens redoutable ! Je suis sûr que si tu avais eu des ennemis face à toi, tu aurais pu les tuer.

Là, je sentis mon visage se décomposer. Avait-il raison ? Serais-je capable de tuer avec cette arme ?

- N'est-ce pas le but ? dis-je du bout des lèvres. Tuer les ennemis qui pourraient s'en prendre à Mélusine ou à moi ?

Un nouveau silence plana dans les écuries, seulement entrecoupé par le hennissement ou le piétinement d'un cheval. Et j'évitai soigneusement le regard du chevalier. J'avais peur de ce que je pourrais y lire.

Soudain, les poils de ma nuque se hérissèrent tandis que je relevai la tête. J'esquissai un pas en arrière mais une épée à gauche de ma gorge coupa toute tentative de fuite. J'ouvris grands les yeux en voyant Gauvain tenir l'arme à un centimètre de mon cou. Mon épée pendait au bout de mon bras, inutile.

- Peut-être bien, mais il faut quand même revoir tes réflexes.

Il retira sa lame de mon cou et m'adressa un sourire dans lequel il montrait qu'il était désolé. Je lui répondis d'un sourire pour le remercier. Le remercier car il continua de m'entraîner comme si de rien n'était, me promettant à la fin de la séance de m'apprendre à manier une hache le lendemain, voir comment je me débrouillais avec d'autres armes.

°o0o°

Plongée dans mon bain quotidien, je repensais à ce qu'il avait dit à propos de l'épée. Surtout que lui pouvait vraiment me comparer : il m'avait "tuée" un nombre incalculable de fois quand on s'entraînait avec le jouet en bois. Et je repensais aussi aux paroles de Lancelot… "Cette fille qui prétend n'avoir jamais tenu une épée de sa vie a réussi à parer la quasi-totalité de mes attaques et a réussià me désarmer."

Peut-être que j'ai une épée magique ? Peut-être même Excalibur ? Non, pas possible. Ça, c'est l'épée d'Arthur. Mais n'empêche que mon épée est peut-être magique quand même ? Après tout, la première fois que je l'ai touchée, avant qu'elle nous transporte, Mélu et moi dans cette époque pourrie, j'avais ressenti comme des picotements dans les doigts. Une onde magique ? À la Harry Potter ?

Pour couper cours à mes élucubrations pathétiques, je plongeai la tête sous l'eau et y restai jusqu'à ce que mes poumons soient en feu et que je ressorte en toussant. Quoi de mieux pour remettre les idées en place ?

Je sortis de l'eau et, après m'être séchée, je m'habillais d'une robe romaine verte en n'oubliant surtout pas mon pantalon et mon soutif artisanal. J'étais en train de démêler mes cheveux quand Mélusine fit irruption dans la pièce. Je ne sursautai pas cette fois vu que c'était une habitude de ma sœur. Mais j'étais tellement occupée à mettre une mèche récalcitrante dans ma queue de cheval que je ne remarquai pas l'absence de sourire sur les lèvres de ma sœur.

- Je suis prête dans un instant ! lui dis-je, tandis que je réussissais enfin à enfermer cette boucle avec ses semblables.

- Prends ton temps, dit-elle en entrant plus dans la pièce.

Elle se dirigea vers mon lit et s'y laissa tomber. Elle caressa Nicky Larson. Je me retournai très vite quand j'entendis le chat feuler. Je le vis faire le gros dos à Mélusine avant de s'enfuir par la porte qu'elle avait laissé ouverte. J'avais les yeux grands ouverts.

- Qu'est-ce qu'il lui prend ? m'exclamai-je.

Il ne s'était jamais comporté de la sorte. Sauf avec Tristan.

- Je crois qu'il est comme toi : il n'aime pas quand on le réveille, plaisanta Mélusine.

Je me tournai vers elle, me disant que oui, ça devait être ça : il n'avait pas aimé être réveillé brutalement. Je m'en souviendrai pour une prochaine fois, me promis-je tandis que je faisais un dernier tour avec mon élastique.

- On y va ? fis-je à ma sœur.

Mais elle ne me regardait pas. Elle semblait obnubilée par le collier que j'avais trouvé à la poignée de ma porte, qui reposait actuellement sur le bureau. Je le lui aurais bien donné, mais j'avais comme un mauvais pressentiment à chaque fois que la perle en forme de larme entrait en contact avec ma peau.

- Mélusine ?

- C'est quoi ?

- Ce truc ? Je l'ai trouvé par hasard et je l'ai ramassé.

Je ne sais pas pourquoi je lui ai menti. Non, franchement, je ne sais pas. Peut-être que je me voyais mal lui dire qu'un parfait inconnu avait laissé ça sur la poignée de ma porte… Oui, ça doit être ça…

- C'est joli, me dit-elle en la prenant. Pourquoi tu ne le mets pas ?

Parce que je n'aime pas toucher cette fichue perle.

- Je sais pas… fut tout ce que je parvins à dire.

- Tu devrais la mettre ! s'exclama ma sœur en retrouvant son sourire habituel. Il mettrait tes yeux en valeur ! Bouge pas, je vais te le mettre !

Avant que j'aie pu protester, ma sœur se mit derrière moi et me mit le collier autour du cou. Le contact froid de la perle sur mon cou me fit frissonner mais Mélusine ne le remarqua pas et noua le lacet.

- Voilà ! dit-elle.

Elle se plaça devant moi et admira le résultat.

- Magnifique ! Et comme je l'avais deviné, ça met tes yeux en valeur !

Je lui répondis d'un sourire que j'espérais sincère. Mais il ne l'était pas car le contact de cette perle me dérangeait beaucoup trop. Trop froide. Elle paraissait même peser une tonne ! Mais ma sœur ne remarqua rien et m'entraîna derrière elle. Tandis que nous marchâmes, je cachai le bijou sous le tissu de ma robe. Contrairement à celles de Mélusine, mes robes n'avaient pas de décolleté, ce qui me permit de dissimuler cette larme nacrée.

Comme le lendemain de la soirée au cours de laquelle j'avais récupérer le collier, j'examinais chacun des chevaliers pour voir une réaction ou l'autre. Avant de me rappeler que j'avais caché la perle sous le tissu. Oui, des fois, je me sens bête.

Lorsque je rejoignis la taverne en compagnie de Vanora, Mélusine et Guenièvre, je me rendis compte que quelque chose ne tournait pas rond avec ma sœur. Elle semblait morose. Et je peux vous dire que si un chevalier Sarmate ne balbutie pas, une Mélusine Winds n'est jamais morose. En plus de vingt ans, je ne l'ai vue faire cette tête qu'une fois. J'avais donc de quoi m'inquiéter. Je m'approchai donc d'elle.

- Ça va ? lui demandai-je.

- Hum ? Oui, bien sûr que ça va. Pourquoi ?

- Tu me parais… un peu morose…

- Sûrement le mal du pays ! dit-elle avec un sourire dérisoire avant d'aller servir une table de Romains.

J'accusai le coup. Ma sœur ne se sentait pas bien et je n'avais même pas été capable de deviner pourquoi ! Faut vraiment que je trouve un moyen de rentrer chez nous ! Et un regard à Tristan et sa sangsue ne fit qu'accentuer cette envie. Et faut que je fasse en sorte d'embarquer Nicky Larson aussi. Il ne survivrait pas dans ce monde de brute…

Après quelques heures à servir et à servir encore, je me permis de prendre une petite pause. Je demandai de l'eau à Arion et en bus quelques gorgées quand une table réclama à boire. Mes trois comparses étant occupées, je n'eus pas le choix. Je posai mon godet à contrecœur et m'emparai de l'amphore que me tendait le vieil Arion avec un sourire désolé. J'allais servir la table qui ne prit même pas la peine de me remercier. Bande de mufles ! Et si je brisais l'amphore sur votre tête, seriez-vous capable de sortir ce simple mot de politesse ?

C'est en soupirant que je rendais l'amphore vide à Arion tout en reprenant mon godet.

- On peut dire que depuis que vous êtes là, toutes les trois, je fais mon chiffre d'affaire ! s'amusa Arion.

Je lui répondis d'un sourire avant de boire mon godet d'une traite que je rendis ensuite au tavernier. De bonne humeur, il le lava directement avant de me tendre une nouvelle amphore.

Tandis que j'essayais de faire la conversation à une tablée de joueurs de dés qui me prenait à témoin d'une soi-disant triche, une vague de chaleur parcourut tout mon corps, le couvrant d'une fine couche de sueur. Je déglutis péniblement en affirmant pour la énième fois que je n'avais pas assisté au lancé qui posait problème vu que je leur servais à boire. Ils râlèrent mais je réussis à leur échapper. Je rendis l'amphore vide à Arion et l'observais tandis qu'il l'emplissait à nouveau. Les lignes se mirent alors à onduler.

Oh, oh… on dirait qu'il y a un souci, là… Et Arion dut se dire la même chose lorsque je ne fis que contempler l'amphore qu'il me tendait avant de me détourner et de partir, sans un mot et sans amphore.

Rentrer. Oui. J'allais rentrer. Je n'allais pas bien. Donc, fallait que je rentre. Marcher le long du couloir. Rentrer dans ma chambre. Fermer la porte. Dormir pour que ça passe.

Je suis où, là ? Elles sont où, les portes ? Pourquoi je me trouvais devant une petite maison que je ne connaissais pas ? Et qu'est-ce qu'il faisait chaud ! Comment ai-je réussir à me perdre ? Bon. Demi-tour. Tout doucement. Car j'ai la tête qui tourne et les jambes en coton. Que m'arrivait-il, bon sang ?

Voilà, demi-tour réussi. Mais je me sentais comme à bord d'un bateau dans une tempête : il tangue, il bouge, il coule… Sauf que le bateau, ben c'est moi…

Quand je réussis à me stabiliser sur mes jambes traitresses, je poussai un soupir de soulagement. Bien. Maintenant, marcher. Essuyage de front couvert de sueur. Et marche. Un pied. Puis l'autre devant. Bien. Et recommencer. Et continuer jusqu'à ce que je puisse m'effondrer sur mon lit.

Malheureusement, je perdis l'équilibre et me serais étalée par terre si une main secourable ne m'avait pas retenue. Je crus un moment que c'était lui, avant de me rendre compte que je détestais la poigne qui se faisait sur mon bras. Mais bon, j'avais évité la chute, j'allais donc être polie…

- Merci…

Ma voix semblait faible. Et est-ce que je rêvais ou bien seul un ricanement me répondit ? Au prix d'un terrible effort, je réussis à lever la tête pour tomber sur un sourire goguenard et une paire d'yeux verts qui luisaient, tels les yeux d'un fauve caché dans l'obscurité, prêt à sauter sur une proie. Wouah, c'est beau ce que je viens de dire…

Sauf que je trouvai ça moins beau quand je reconnus enfin Bouletus. Et encore moins beau quand il me redressa sans ménagement. Je remarquai alors qu'il n'était pas seul : il y avait deux autres Romains. Sûrement des potes à Bouletus…

- Je t'avais dit que je t'aurais, pas vrai ? me susurra Bouletus.

- Ouais, trouvai-je la force d'ironiser. Avec deux potes car t'as peur d'être seul…

Un ricanement. Un sourire suffisant qui disparaît. Et un mur qui entre brutalement en contact avec mon dos.

Ok, là, je commence un peu à flipper, malgré mon comportement bizarre…

- Lâche-moi…

- Pas possible, ma belle. Il se trouve que ce soir, tu seras à moi.

Ses deux potes vinrent me maintenir contre le mur tandis que Bouletus me fusillait du regard. Tout vacillait autour de moi, mais je pus voir son regard lubrique s'arrêter sur ma poitrine. Et je détestai cela. Puisant au fond de moi, je levai la jambe avec l'intention de l'envoyer dans le bide de mon ennemi. Mais franchement, je sais pas ce que j'ai, mais mes mouvements étaient lents, maladroits, pathétiques. Il n'eut aucun mal à attraper ma jambe, avec un sourire carnassier. Tenant ma jambe sur le côté, il se colla à moi, pressant son bassin contre le mien tandis que je protestai. Mais ma voix était si faible qu'il m'était difficile de la reconnaître.

- Et si on s'amusait un peu, tous les deux ? murmura-t-il à mon oreille.

Un frisson de dégoût me parcourut le corps tandis que la main du Romain alla sous ma robe pour rencontre mon pantalon. Cela avait l'air de le contrarier. Et tant mieux. Je me félicitai d'avoir tenu à en porter sous ces robes légères… Bouletus dut voir le sourire qui était apparu sur mes lèvres car il s'empara de mon menton avec férocité. Il plaqua ses horribles lèvres sur les miennes et je protestai d'un grognement. Quand il se sépara de moi, le monde tangua encore plus.

- Ce n'est pas grave, m'assura-t-il. Tu seras à moi de toute manière.

- Non.

- Oh si, ma jolie. Je n'aime pas être humilié par une péronnelle dans ton genre.

Il se colla encore davantage à moi, ce qui me rendit nauséeuse.

- Non !

- Vous avez entendu quelque chose, les gars ? plaisanta Bouletus en regardant ses camarades.

Ceux-ci ricanèrent en secouant la tête. Au moment où Bouletus repencha la tête vers moi, une main se posa sur son épaule et la lui broya.

- Moi, j'ai entendu qu'elle disait non !

Un soulagement sans borne s'empara de moi tandis qu'un poing atteignit Bouletus au visage. Les deux autres me lâchèrent et je glissai au sol, le long du mur. J'étais sauvée…

°o0o°

J'avoue, j'étais soulagé d'être débarrassé de Claudia. Et cela avec une bonne excuse : chercher Aëlys. Ça faisait un moment qu'on ne l'avait pas vue, à la taverne. Mais bon, avec son entraînement et son refus catégorique de se ménager (cette femme est folle, je vous le dis moi !), je suis quasiment certain qu'elle est partie se reposer. Mais la femme de Bors vint contredire mon idée. Après une discussion un peu plus longue avec le tavernier, elle était venue nous voir à notre table. Au nom d'Aëlys, elle obtint toute mon attention, ce qui ne plut pas à Claudia. Bors était du même avis que moi et essaya de rassurer la mère de ses enfants. Cela ne fonctionna pas…

- Arion a dit qu'elle avait vraiment l'air bizarre, insista-t-elle.

- Sûrement la fatigue, assura Gauvain. Elle n'a pas eu une matinée de tout repos.

J'avais hoché la tête, signe que j'étais d'accord. Vanora avait alors pincé les lèvres, vivement contrariée et j'avais compris pourquoi ce regard faisait que Bors se ratatinait un peu à chaque fois qu'il y avait droit : ses yeux auraient été capables de lancer des éclairs que nous nous serions tous retrouvés foudroyés.

- Elle n'a prévenu personne ! Pas même sa sœur. Arion dit qu'elle transpirait et qu'elle était pâle. Et surtout, elle n'est pas partie en direction de ses appartements ! Alors vous vous bougez le derrière et vous allez la chercher avant que je me décide à vous éjecter d'ici à coup de balais dans le…

- C'est bon, avait coupé Bors en se levant, désireux sûrement de ne pas savoir où nous recevrions ses coups de balais. On va y aller…

Vanora avait hoché la tête, un peu calmée et s'était éloignée, ses cheveux roux volant derrière elle.

Voilà comment je me retrouve avec Bors et Gauvain à arpenter les rues à la recherche d'une tignasse rousse et d'une robe verte. Mais bien sûr, aucune trace d'elle. Faut toujours qu'elle me complique la vie…

- Je me demande si elle n'est pas simplement rentrée en faisant un détour, fit Gauvain.

- Nous le saurons assez tôt, répliquai-je. Galahad et Dagonet sont partis y jeter un œil.

- Puis, ça se trouve, elle est juste partie prendre l'air, hein… dit Bors.

Gauvain et moi hochions la tête. Ça ne pouvait être que ça. Une femme comme Aëlys ne disparaît pas comme ça. Elle ne peut être partie que de son plein gré : si ça avait été le contraire, elle n'aurait sûrement pas fait preuve de discrétion. Ce n'est pas l'un de ses points forts. Puis, elle savait se défendre.

- Mais je comprends un peu l'inquiétude de Vanora, dit Bors au bout d'un moment. La petite n'a rien dit à sa sœur. C'est bizarre.

J'avoue que sur ce point, il marque un point.

Alors qu'on passait à côté d'une ruelle étroite, un son me fit m'arrêter tandis que mes deux comparses continuaient : un grognement bizarre. Je tournai la tête et restai bouche bée en voyant trois Romains. Et une femme. L'un des Romains embrassait la femme sans douceur, ce qui ne semblait pas lui plaire. Et mon sang ne fit qu'un tour lorsque je reconnus la chevelure rousse d'Aëlys…

- C'est pas grave, entendis-je le Romain dire. Tu seras à moi de toute manière.

- Non.

- Oh si, ma jolie. Je n'aime pas être humilié par une péronnelle dans ton genre.

Lorsque je vis qu'il collait son corps contre celui d'Aëlys, je crus que j'allais le décapiter à mains nues. Aussi me dirigeai-je vers eux sans remarquer les regards interrogateurs de Bors et Gauvain. La seule chose qui m'importait, c'était Aëlys et sa voix faible quand elle répliqua catégoriquement :

- Non !

- Vous avez entendu quelque chose, les gars ? plaisanta le Romain.

Ignorant les ricanements des deux autres, j'abattis ma main sur l'épaule du Romain et la broyai de toutes mes forces. Je croisai le regard d'Aëlys et y lus du soulagement.

- Moi, j'ai entendu qu'elle disait non ! assénai-je froidement.

Aussitôt après, mon poing atterrit sur la mâchoire de l'agresseur de la jeune femme et je le reconnus : c'était celui qui s'en était pris à elle, le soir de son arrivée. Celui à qui elle avait donné un surnom plus qu'étrange.

Les deux autres lâchèrent Aëlys et en la voyant choir, je n'eus qu'une envie : la rattraper. Je ne pus me le permettre car je dus rendre des coups. Les Romains attaquaient et je devais me défendre et défendre Aëlys qui semblait incapable de bouger. C'est alors que Bors et Gauvain entrèrent en scène. Bors non plus ne fait pas dans la discrétion : il poussa un cri de guerre en entrant dans la mêlée. Tandis qu'ils se battaient contre les deux comparses de l'agresseur d'Aëlys, je me réservai celui-ci. Il s'était relevé et le regard qu'il me lança me déplut fortement. Son sourire ensanglanté me donnait juste envie de le frapper plus fort.

- Oh, je vois, ricana-t-il. Les grands chevaliers viennent à la rescousse de leur protégée.

Il cracha du sang au sol et me jeta de nouveau un regard.

- Ou alors, c'est une catin collective ?

Il éclata de rire mais pas pour longtemps : je le plaquai contre le mur en le tenant à la gorge sans serrer trop fort (manquerait plus que ça, qu'il crève sans que je lui fasse regretter !) et commençai à donner coup de poing sur coup de poing. Je ne m'arrêtai pas lorsque j'entendis le craquement sinistre de son nez. Pas plus quand du sang se mit à couler de son arcade sourcilière. Et toujours pas quand je le sentis au bord de l'inconscience. J'allais d'ailleurs le frapper encore une fois quand une main ferme retint mon poignet.

- Bon sang, Tristan ! s'exclama Gauvain tandis que je me tournais vers lui. Ça fait cinq fois que je t'appelle ! Laisse-le, tu vas finir par le tuer ! Et au cas où tu l'aurais oublié, tuer un Romain, c'est pas le meilleur des plans !

Il me fallut un moment pour que les paroles de Gauvain aient un sens pour moi. Je compris alors. Je relâchai ma poigne sur le Romain et le regardai tomber par terre sans l'once d'un remord. Et puis quoi encore ?

- T'es couvert de sang, m'apprit Gauvain en me lâchant.

Je baissai mes yeux vers mes mains et constatai qu'en effet, elles étaient couvertes de sang. Mais pas du mien…

Me rappelant soudainement la raison de ma présence dans cette ruelle sombre, je me tournai vers Aëlys qui semblait confuse. Bors, accroupi à côté d'elle, essayait vainement de lui parler. Essuyant négligemment mes mains sur ma tunique, je me dirigeai vers eux et m'accroupit de l'autre côté de la rouquine. Elle semblait perdue, confuse, nauséeuse.

- Il me faut de la lumière, décrétai-je.

Les deux autres furent surpris mais ne dirent rien lorsque je soulevai Aëlys dans mes bras. Lorsque nous fûmes sortis de la ruelle sombre, à la lueur d'une torche, je m'accroupis et posai mon fardeau au sol en gardant un bras autour de ses épaules pour l'empêcher de tomber au sol. Elle était molle dans mes bras, sa tête ballotait et ses paupières papillonnaient.

- Aëlys ? l'appelai-je.

- Hmmm ?

Ce fut tout ce qu'elle réussit à dire et elle garda les paupières fermées. Quand je vous disais qu'elle ne me facilitait pas la vie… Je soupirai et réussis à caler sa tête au creux de mon coude. Avec mon autre main, j'orientai son visage vers moi.

- Ouvre les yeux, lui dis-je.

Elle protesta d'un grognement et essaya de se dégager de ma main.

- Aëlys, dis-je d'un ton plus autoritaire, ouvre les yeux.

Elle dut comprendre ma menace implicite (comme quoi je m'en chargerais si elle n'obtempérait pas) et souleva ses paupières. Cela parut lui coûter énormément mais elle parvint à fixer ses yeux sur les miens. Je ne voyais presque plus la couleur de son iris tellement ses pupilles étaient dilatées. Je relâchai son menton et elle referma aussitôt les yeux. Je la repris dans mes bras et me tournai vers Bors et Gauvain.

- Elle a été droguée, leur annonçai-je.

- Quoi ? rugit Bors.

Gauvain resta silencieux mais serra les poings.

- Allez prévenir les autres. Je vais la ramener et la veiller. Il y a de fortes chances pour qu'elle ne se souvienne de rien au réveil et qu'elle panique.

- Lave-toi avant, alors, me dit Gauvain. Je ne suis pas sûr que la vue d'un Tristan en sang la rassure…

J'hochai la tête et partis sans attendre. Je fis un détour pour ne pas avoir à passer près de la taverne. En chemin, nombreux furent ceux et celles qui me lançaient de drôles de regards. Je les ignorai.

Arrivés dans le couloir abritant nos appartements, je fus soulagé de trouver la porte de ceux d'Aëlys ouverte. Jouant avec les coudes, je parvins à l'ouvrir et y entrai. Je la déposai doucement sur le lit et entreprit d'allumer la lampe à huile. Quand ce fut fait, je me tournai vers elle.

Elle dormait, mais je savais que ce n'était pas un sommeil naturel : c'était l'effet de la drogue. Sa bouche avait été malmenées et étaient rouges. Une tâche sur son menton attira mon attention sous ses lèvres. Du sang. Du sang que j'avais laissé sur son visage en maintenant sa tête pour que j'examine ses yeux. Du sang que, d'après Gauvain, j'avais partout.

Je me dirigeai vers la salle d'eau d'Aëlys et y trouvait de l'eau froide. Elle devait s'en servir pour se rafraîchir après le travail à la taverne. Je m'y rinçai les mains et le visage. À la vue de l'eau rougie par le sang, je ne pus m'empêcher de grimacer. Après m'être essuyé et avoir mouillé un bout de tissu, je jetai l'eau par la fenêtre. Avec le tissu humide, je nettoyai la tâche de sang que j'avais laissée sur la peau pâle de l'endormie. Elle soupira dans son sommeil et je me surpris à sourire doucement. Avant de réprimer ce sourire. Non. Je ne souriais pas. Jamais. Ou très peu. Mais pas en regardant bêtement une femme dormir…

J'allais me lever et m'asseoir à la table pour attendre son réveil quand quelque chose d'autre attira mon regard. Autour du cou d'Aëlys était attaché un lacet noir. Le collier disparaissait dans les plis de sa belle robe romaine. Je n'avais jamais remarqué qu'elle en portait un. Il ne me semblait pas l'avoir vu quand elle se baignait dans ce lac. Pas plus que je ne le vis quand j'ai massé son dos. C'est pourquoi mes mains se dirigèrent vers son cou sans que je m'en rende réellement compte. Je tirai doucement le lacet pour voir ce qui y pendait.

Quand je reconnus le pendentif, je le relâchai aussitôt, comme si son contact m'avait brûlé les doigts. Le bijou retomba sur les plis verts de la robe d'Aëlys. Je ne pouvais en détacher mon regard, me demandant par quel vilain tour ce bijou avait atterri autour de ce cou…

°o0o°

Je sens que Lot' va pas être contente :x *Se barricade dans sa maison, quelque part en Belgique* Mais pour ma défense, Bouletus a rien eu le temps de faire et Tristan est arrivé à temps ! :D Donc, suis-je pardonnée, même si j'ai pas trouvé de Prada à Mélusine ? (a)

Pour le kata qu'Aëlys réalise au début du chapitre, je vous conseille d'aller voir sur Youtube (http*:*/*/*www*.*youtube*.*com*/*watch*?*v*=*BPRlpGLcDOs) car ça vaut vraiment le détour. Bon, ici, elles sont trois et quand elles ont fini le kata, elles le mettent en pratique en simulation de combat… mais bon, je trouve ça beau quand même :3 Suffit de retirer toutes les * dans l'adresse ^^

Le boulet Romain s'est ramassé la trempe de sa vie, va-t-il s'en sortir ? Pourquoi Tristan a-t-il réagi ainsi en voyant le collier d'Aëlys ? Va-t-il profiter de son sommeil pour l'embrasser ? Va-t-il la veille ou va-t-il s'endormir ? Comment réagira Aëlys en se réveillant ? Va-t-elle castrer le Romain ? Mélusine va-t-elle lui crever les deux yeux (au Romain, pas à Aëlys :P) ?

A vous de jouer :D