Inspiré par la chanson "Salesman at the Day of the Parade" de Rogue Wave

Note de la traductrice : j'ai eu un véritable coup de coeur pour ce texte. Il est court mais sublime, et j'espère l'avoir bien traduit. Je remercie encore une fois Falco Conlon de m'avoir autorisée à traduire son texte. Rien n'est à moi :)

Enjoy'


Unrequited :

Il y eut un moment, pendant les dernières minutes de la vie de Charlie Prince, où son regard passa de Ben debout devant lui au fermier qui saignait au sol et il devint clair comme de l'eau de roche combien son temps passé avec Ben Wade avait été du gaspillage. Ce n'était pas totalement une révélation. Dès les premiers jours passés avec Wade cette pensée s'était incrusté au fin fond de son esprit alors qu'il voyait Wade abattre ses hommes un par un. Il avait tué Tommy de la même façon qu'il avait tué un coyote deux nuits plus tôt. Ben n'avait même pas pris la peine de lui tirer dans la tête, mais avait à la place touché Tommy à la gorge pour le laisser saigner jusqu'à la mort. Il ne s'était même pas soucié de tuer le garçon rapidement.

Mais ça ne serait jamais lui, avait pensé Charlie alors qu'il dévalisait les diligences, descendait les députés et brûlait les dépôts de chemin de fer, tout cela pour Ben Wade. Et à la fin de la journée, après qu'ils eussent divisé le butin et alors que Wade faisait les yeux doux à la femme la plus proche, quelle qu'elle fût, Charlie levait son verre à son patron en pensant que ce ne serait jamais lui.

Amen.

Mais à présent Ben Wade se tenait en face de lui et Charlie sentit la balle remuer et s'enfoncer jusqu'à son dos. La terre sembla trembler sous les pieds de Wade. Le monde de Prince glissait progressivement vers l'obscurité. Cela ne faisait pas mal, pensa-t-il avec une muette surprise alors qu'il regardait Ben s'approcher. Ses genoux se dérobèrent sous lui, mais aussitôt Ben le retint par sa veste et tout ce que Charlie put faire fut de lever les yeux vers lui, sans ciller, et se demander comment il en était arrivé là. Il avait sauvé la vie de Ben et à présent il allait mourir de la main de Ben.

Les doigts de Wade étaient serrés sur le vêtement crasseux, et il portait le poids mou de Charlie avec facilité. La pression de l'arme au-dessus de son cœur ressemblait à une piqure d'épingle dans l'étendue engourdie de son corps. Il ne pouvait pas dire où il terminait, et où le reste du monde commençait, où Wade commençait. Il n'avait jamais su où Charlie finissait et où Wade commençait, et pendant un moment il avait pensé que peut-être cela voulait dire qu'il était sain et sauf. Que pensait Wade des autres ? Il ne le pensait pas de Charlie.

Mais si, et la facilité avec laquelle Wade pressa la détente le prouva. A la dernière seconde de la vie de Charlie Prince, son cœur se brisa.