Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Prologue

D'un avis général, la haine désigne un sentiment d'hostilité très intense éprouvé à l'égard de quelqu'un ou quelque chose. Cette aversion fait le plus souvent référence à un état de fureur absolue, alliant colère et indignation.

Parallèlement, l'amour est un sentiment d'attachement envers une personne ou même un objet. Il réunit tendresse, envie et passion. Ses objectifs premiers résident en l'assouvissement d'un désir puissant.

La plupart des gens affirment que la haine est l'envers de l'amour, qu'il s'agit là de deux sentiments contraires. Je ne suis pas d'accord.

« Bonjour, je m'appelle Isabella Swan et…

― Oui, Monsieur Banner attend votre arrivée avec impatience. Son bureau est au troisième étage, je préviens son assistante » me coupa la standardiste de cet établissement financier.

Après avoir emprunté l'ascenseur, j'atteignis le dernier palier de l'immeuble où une secrétaire à l'accent espagnol parlait au téléphone. En me voyant arriver, elle raccrocha aussitôt et m'offrit un sourire rayonnant.

« Suivez-moi. »

Nous traversâmes le hall d'entrée à grandes enjambées puis longeâmes un passage assez large où plusieurs tableaux de renom étaient accrochés aux murs. La jeune femme toqua à l'une des portes alentours avant de prendre la parole prudemment.

« Monsieur Banner ?

― Oui Maria ?

― Mademoiselle Swan est ici.

― Très bien. Faites-la entrer » conclut une voix grave.

La dénommée Maria me fit signe d'avancer. À l'intérieur du somptueux bureau m'attendait mon futur patron.

« Bonjour Isabella, vous allez bien ? me salua-t-il poliment.

― Oui merci, lui répondis-je tout en échangeant une poignée de main avec lui.

― J'espère que l'attente n'a pas été trop longue, ajouta-t-il, faisant ainsi référence aux quelques semaines qui s'étaient écoulées depuis mon entretien d'embauche.

― Non, mentis-je.

― Parfait, installez-vous je vous prie. »

Assise face à son imposant bureau, j'écoutais ses recommandations d'une oreille attentive. Je ne voulais courir aucun risque et être bien certaine que ce poste me correspondait.

J'avais décidé de quitter Liverpool pour m'installer à Londres. Mes études en mathématiques financières et mon précédent emploi m'avaient permise de postuler dans de grandes administrations, et notamment dans les banques. Par chance, une agence de Barclays située en plein cœur de la capitale avait accepté de me rencontrer.

« Des questions ? me demanda Monsieur Banner à la fin de son monologue.

― Tout est clair » approuvai-je d'un air satisfait.

Stylo en main, j'apposai ma signature sur les différents exemplaires du contrat.

« Venez avec moi. »

Au deuxième étage, les murs étaient peints d'un bleu pâle reposant. Une belle et imposante plante verte était placée près d'un petit comptoir où une femme bien plus âgée que Maria était à l'affût du moindre appel. Deux portes accolées occupaient le pan gauche de l'entrée, faisant face à une grande baie vitrée. Pour finir, un long couloir se dessinait droit devant et donnait accès aux différents bureaux de l'étage.

« Bonjour Madame Cope.

― Bonjour.

― Je vous présente Isabella Swan, notre nouvelle analyste, me présenta le directeur. Elle travaillera aux côtés de Monsieur Cullen.

― Soyez la bienvenue parmi nous » enchaîna la secrétaire tout sourire.

Monsieur Banner emprunta le corridor, je le talonnai de près en inspectant les alentours minutieusement.

« Et voici votre bureau personnel, ajouta-t-il en entrant dans une pièce aux couleurs claires. Disposez les meubles comme bon vous semble.

― D'accord.

― Monsieur Volturi est en réunion, continua-t-il en regardant sa montre. Je vous laisse vous installer tranquillement en attendant son arrivée.

― Merci. »

Il disparut aussitôt et referma la porte derrière lui. Désorientée, j'ouvris la fenêtre pour observer le paysage voisin. Malgré un nombre de bâtisses incalculable, je fus soulagée d'apercevoir un coin de verdure au milieu de toute cette grisaille que constituait le centre de la ville.

Ayant apporté quelques biens personnels avec moi, je déposai une photo de famille sur le bureau et rangeai mon agenda dans un tiroir. Quelqu'un toqua à la porte l'instant d'après.

« Entrez » hélai-je.

Un homme aux cheveux courts et bruns apparut face à moi.

« Bonjour. Je suis Demetri Volturi, le responsable de l'étage, se présenta-t-il tout en me tendant une main ferme que je serrai avec méfiance. Vous êtes Isabella, n'est-ce pas ?

― Bella, le repris-je.

― Je n'ai pas pu me libérer dès votre arrivée, je suis désolé.

― Ce n'est rien.

― Adressez-vous à moi si vous rencontrez la moindre difficulté, continua-t-il tout en me dévisageant impoliment.

― C'est noté.

― Parfait. Suivez-moi, je vais vous présenter quelques uns de vos confrères. »

Lorsque nous entrâmes dans la salle de réunion, les conversations se dissipèrent et tous les regards se braquèrent sur moi.

« Bonjour à tous, je tiens à vous présenter Isabella Swan qui vient d'être mutée au poste d'analyste.

― Contente de te rencontrer enfin » me salua une jeune femme visiblement surexcitée qui s'approcha de moi pour me faire la bise.

Je répondis à son échange sans hésiter, agréablement surprise par sa jovialité.

« Moi aussi, lui répondis-je finalement, après avoir répondu à son échange.

― Je suis Alice Brandon, chargée de clientèle.

― Et moi Rosalie Hale, enchaîna l'une de ses voisines. Je m'occupe de la salle des marchés.

― Enchantée » continuai-je, serrant timidement la main qu'elle me tendait.

Contrairement à Alice, Rosalie était grande et possédait des formes plus marquées. Son visage était très beau, digne des plus grands mannequins. Et ses cheveux blonds reflétaient la lumière du jour de manière incroyable. J'en étais stupéfaite.

« Je m'appelle Jasper. Je suis trader, se présenta ensuite l'un des hommes présents dans la pièce.

― Jacob Black, négociateur. Bienvenue parmi nous.

― Merci.

― Emmett, poursuivit son ami. Je suis négociateur également. »

Parmi eux, le plus musclé était sans doute Emmett dont la chevelure était brune et courte. Cependant, Jacob était impressionnant de par sa taille et le hâle de sa peau trahissait ses origines. Enfin, contrairement aux autres, Jasper était blond et semblait relativement timide.

« Tanya Denali, termina bientôt la dernière femme présente sur les lieux dont l'apparence était d'un chic inégalé. Technicienne des finances, me précisa-t-elle.

― Heureuse de faire votre connaissance à tous, terminai-je.

― Réservez le meilleur accueil possible à Isabella, reprit Demetri.

― Appelez-moi Bella » le corrigeai-je tout en m'adressant aux autres également.

Sans me laisser le temps d'assimiler les prénoms de chacun, il me fit visiter les lieux en vitesse puis s'arrêta près d'une photocopieuse usagée.

« Voici votre première pile de dossier à traiter » m'informa-t-il en pointant du doigt une caisse pleine à craquer qui traînait par terre.

Il m'aida à la porter jusque dans mon bureau puis reprit la parole.

« Monsieur Banner a dû vous parler de Monsieur Cullen, votre coéquipier.

― Oui en effet, lui répondis-je.

― Son bureau se trouve juste en face du vôtre, me précisa Demetri. Il est en congé. Vous le rencontrerez dès son retour, lundi prochain. »

Après m'avoir donné quelques brèves explications sur le contenu des dossiers que je devais éplucher, Demetri repartit d'un air nonchalant tout en m'offrant un sourire séducteur auquel je ne prêtai pas attention. Assise face à mon bureau, j'inspirai un bon coup puis saisis un premier porte-documents afin d'entamer mon travail.

« Rose et moi allons manger ensemble. Est-ce que tu veux venir avec nous ? me proposa Alice en fin de matinée.

― Avec plaisir » lui répondis-je enjouée.

Sans plus de cérémonie, j'éteignis mon ordinateur et enfilai mon manteau. Nous rejoignîmes Rose au rez-de-chaussée, là où quelques guichetiers et plusieurs conseillers financiers accueillaient les clients.

« On a l'habitude d'aller à Prêt à Manger pour ne pas perdre trop de temps.

― Je vous fais confiance » souris-je.

Après avoir marché pendant trois minutes, nous arrivâmes devant la célèbre enseigne de restauration rapide qui n'a de français que le nom. Je choisis un sandwich jambon beurre et allai m'installer à une table d'angle.

« Tu habites à Londres ? me demanda Alice en piochant dans sa salade.

― Seulement depuis quelques jours. Je viens de Liverpool, leur expliquai-je.

― Qu'est-ce que tu faisais là-bas ?

― Je travaillais dans une petite banque de quartier.

― Et tu as démissionné ?

― J'avais besoin de faire évoluer ma carrière, admis-je. Et vous, ça fait longtemps que vous êtes à Barclays ?

― Ça fait quatre ans, me répondit Alice.

― Sept pour moi » enchaîna Rose.

J'acquiesçai en mordant dans mon sandwich.

« L'ambiance au bureau a l'air détendue, ajoutai-je.

― Tout dépend des jours.

― Certains ou certaines sont parfois insupportables.

― Vraiment ?

― Tanya est sans arrêt en train d'aguicher quelqu'un, m'expliqua Alice en grimaçant. Elle a couché avec la moitié des employés.

― Sans parler de Demetri qui répond à ses avances au galop.

― Edward n'est pas le dernier non plus.

― Edward Cullen ? m'enquis-je, curieuse d'en apprendre plus sur mon principal collaborateur.

― Oui, continua Alice. Lui et ses coucheries… éluda-t-elle.

― Il a une nouvelle partenaire chaque semaine, je me demande même où il les trouve.

― Il faut dire qu'il n'est pas désagréable à regarder.

― Je vois, soufflai-je.

― En dehors de ça, il est gentil.

― C'est vrai qu'il est sympa à ses heures perdues. Du moment que tu ne fais partie de son terrain de chasse…

― Emmett et lui sont meilleurs amis, reprit Rose.

― Emmett ?

― Mon compagnon, me précisa-t-elle. Tous les deux se connaissent depuis le primaire. C'est d'ailleurs grâce à ça que j'ai décroché mon poste. »

Notre pause déjeuner ne s'éternisa pas. Après avoir partagé un gros muffin pour dessert, les filles et moi retournâmes à nos occupations.

À bord de ma Mini Cooper, je traversais les rues de Londres pour rejoindre Victoria, un quartier animé où j'avais élu domicile quelques semaines plus tôt. Arrivée à bon port, je composai un code secret pour déverrouiller la grande porte de l'immeuble avant d'emprunter l'ascenseur pour rejoindre mon appartement.

Quelques cartons de déménagement traînaient encore dans le salon. Un peu plus loin, ma nouvelle table à manger n'était pas déballée et la vaisselle pas faite.

Un peu désespérée face à tant de désordre, j'enfilai un pantalon de jogging pour pouvoir faire le ménage dans de bonnes conditions. Quelques secondes après, mon téléphone sonna. J'abandonnai mes gants de ménagère dans un coin pour répondre.

« Allô ?

― Bella ? Alors ? s'enquit Renée avec avidité.

― Tout s'est bien passé, lui appris-je. Le directeur est très gentil, les employés aussi.

― Je suis contente. Je te passe Charlie, il veut te dire deux mots, conclut-elle. À bientôt ma chérie.

― Oui.

― Allô ? enchaîna la voix de mon père.

― Papa ?

― Comment est-ce que tu vas ?

― Bien, l'ambiance de l'entreprise est agréable.

― Et ton travail ? me demanda-t-il intéressé.

― Je pense m'en être bien sortie aujourd'hui.

― C'est l'essentiel.

― Sans doute.

― Bon, je te laisse. Passe nous voir un de ces jours. Gros bisous.

― D'accord, à bientôt papa » terminai-je.

Dans la lancée, j'appelai mon amie Angela Weber afin de lui raconter ma journée en détails puis allumai la télévision afin de me divertir un moment.

Plus tard dans la soirée, je quittai mon studio pour aller promener dehors, histoire de prendre l'air. Vers vingt heures, je rentrai chez moi et grignotai deux parts de pizza froides devant mon ordinateur portable.

En fin de compte, je me glissai sous la couverture de mon lit relativement tôt, pensant et repensant à mon nouvel emploi que j'adorais déjà.

À première vue, le personnel était avenant, mon bureau me plaisait, tout me semblait parfait. Cependant, je ne savais pas encore ce que me réservaient les jours à venir…