Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Épilogue

Un an plus tard…

« Ça va ?

― Est-ce que j'ai l'air d'aller bien ? criai-je la tête penchée sur la cuvette des toilettes.

― Pas vraiment » admit Edward qui me tenait les cheveux en l'air.

J'eus de nouveau un haut-le-cœur et mes vomissements reprirent de plus belle.

« Pitié, jurai-je lorsque la déferlante fut passée. Aide-moi à me relever. »

Au lieu de me tendre la main, Edward m'attrapa par la taille et me porta à la salle de bains. J'étais malade depuis une semaine. Entre malaises et nausées, je n'avais plus un brin de répit.

« Je me demande si ces médicaments sont vraiment efficaces, grimaça Edward en déposant deux petits comprimés au creux de ma paume.

― Merci. »

J'avalai les gélules avec un peu d'eau puis me lavai les dents sans demander mon reste.

« Je peux toujours appeler mon père, insista-t-il pour la énième fois.

― Je t'ai déjà dit que ce n'était pas la peine. J'ai la gastro.

― Ça pourrait très bien être une intoxication alimentaire.

― Non, c'est une gastro.

― Je t'ordonne d'aller voir un médecin cet après-midi.

― J'ai pris rendez-vous hier pour aujourd'hui » mentis-je.

Il déposa ses lèvres chaudes et humides sur mon front puis dans mes cheveux.

« Je dois retourner au travail.

― Je sais.

― À ce soir ?

― À ce soir. Passe le bonjour aux autres. »

Après son départ, je fis la sieste pendant deux bonnes heures pour me requinquer. Ces derniers jours m'avaient épuisée. Une fois debout, je renfilai mon pantalon, me recoiffai grossièrement et attrapai mon sac à main pour me rendre en ville.

Même si je voulais me persuader du contraire, je savais au fond de moi que je n'avais pas attrapé une simple maladie infantile. Rosalie et Alice étaient venues me voir trois jours auparavant. Leurs propos m'avaient mis la puce à l'oreille : une femme enceinte avait les mêmes symptômes que moi. Et en y repensant bien, j'avais oublié de prendre ma pilule deux soirs de suite…

Arrivée à la pharmacie, je me fis la plus discrète possible pour rejoindre le rayon maternité. Couches, biberons, pommades, tests de grossesse. Mon cœur fit un triple saut périlleux dans ma poitrine lorsque le fameux test de grossesse se retrouva entre mes doigts. Tête baissée, je contournai plusieurs étalages à la vitesse de l'éclair pour aller payer mon achat le plus vite possible. Manque de bol, quelqu'un me percuta de plein fouet à l'angle d'une étagère.

« Je suis désolé, pardonnez-moi » chanta une voix masculine.

Mon sang se glaça. Face à moi, le bel apollon se baissa pour ramasser le test qui était tombé par terre. Il se releva, j'avalai ma salive de travers au moment où nos regards se croisèrent.

« Bella ? » s'enquit Edward les yeux grands ouverts.

Il regarda attentivement la petite boîte en carton qu'il tenait toujours dans sa main, je la lui arrachai aussi sec.

« Qu'est-ce que tu fais là ? m'enquis-je sur la défensive.

― Je venais chercher des médicaments pour toi, répondit-il teigneux. Et toi, qu'est-ce que tu fais avec ça ?

― J'allais payer, lui répondis-je comme si de rien n'était.

― Est-ce que tu es…

― Je n'en sais rien, c'est bien pour ça que je suis venue acheter un test de grossesse ! m'emportai-je en allant faire la queue.

― Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ? continua-t-il en bousculant les clients pour me rejoindre.

― Parce que je ne savais pas quoi dire.

― Tu ne savais pas quoi dire ? reprit-il ironiquement.

― Exactement, claquai-je.

― Si je comprends bien, je n'ai plus besoin d'acheter de remèdes contre les nausées ?

― Non.

― Juste le test de grossesse ? » nous demanda timidement le pharmacien.

Tous les deux à cran, Edward et moi répondîmes un oui franc à l'unisson.

« Vingt-cinq livres s'il vous plaît. »

Je fouillai dans mon sac à la recherche de mon porte-monnaie, Edward me devança pour payer et récupéra notre précieux butin.

« On se retrouve à la maison, dit-il en se dirigeant vers sa voiture. On a besoin de parler.

― Je sais » conclus-je en montant dans la mienne.

Après m'être garée au pied de notre immeuble à la va vite, je rejoignis mon mari qui m'attendait déjà au salon, le test en main.

« Passe-le moi.

― Pas avant que tu ais répondu à mes questions.

― Qu'est-ce que tu veux savoir ? ajoutai-je en croisant les bras.

― Tu ne prends plus la pilule ?

― Si. Non. J'ai oublié de la prendre quelques fois » admis-je en me mordant la lèvre.

Il passa sa main dans ses cheveux en bataille et ferma les yeux un instant.

« Je n'ai pas fait exprès ! me rebellai-je. J'ai juste oublié, d'accord ? Maintenant laisse-moi juste faire ce test. »

J'attrapai la boîte sans plus avoir besoin de négocier et filai aux toilettes pour en finir une bonne fois pour toutes.

Voulant suivre les indications à la lettre, je retirai proprement le capuchon et plaçai la tige entre mes jambes pour pouvoir uriner dessus. Une fois fait, je me rhabillai et m'assis à même le sol pour attendre le verdict.

« Bella ? m'appela Edward en essayant d'ouvrir la porte.

― N'entre pas » répondis-je en me dépêchant d'aller verrouiller la porte.

Deux barres. Le test affichait deux barres. Le test était positif. J'émis un hoquet de surprise avant de me prendre le visage dans mes mains pour laisser couler une larme sur ma joue.

« Qu'est-ce que fait ? Sors de là ! s'acharna-t-il.

― Laisse-moi.

― Non. »

Je ne voulais pas perdre cet enfant, même si mon mari ne voulait pas être père.

« Ouvre ! cria-t-il. Dis-moi quelque chose. »

Face à mon mutisme, il donna un grand coup de pied à la porte qui finit par céder au prix d'une poignée.

« Tu es fou.

― Tu me rends fou ! Montre-moi ça. »

Il attrapa la tige et la tourna dans tous les sens, agenouillé face à moi.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? Explique-moi.

― Je suis enceinte. »

Il lâcha tout, son visage se décomposa, il resta sans mots.

« Et même si tu ne veux pas de cet enfant, moi je veux le garder. Tu devras faire avec, hors de question que… »

Il plaqua sa paume contre ma bouche et enroula un bras autour de ma taille pour me serrer contre lui.

« Tais-toi, je le veux cet enfant, m'avoua-t-il en respirant mon odeur à pleins poumons. Je le veux autant que toi, peut-être même plus. »

Plus surprise que jamais, je me tournai vers lui et repoussai sa main sur le côté pour pouvoir reprendre la parole.

« Tu veux être papa ? hésitai-je.

― Oui. »

Mon rythme cardiaque s'enflamma, ma respiration devint erratique.

« Je suis désolée. Si je ne t'ai rien dit plus tôt, c'est parce que je pensais que tu allais me demander d'avorter, lui confiai-je enfin.

― Toi aussi tu es folle.

― Tu m'avais dit ne pas vouloir d'enfants…

― C'était il y a longtemps.

― Donc tu veux bien maintenant ?

― Et comment ! » insista-t-il en caressant mon ventre à même ma peau.

Je me laissai aller dans ses bras, assise dans les toilettes. Il m'embrassa, passionnément.

« Je me languis déjà » murmura-t-il à mon oreille.

D'un avis général, la haine désigne un sentiment d'hostilité très intense éprouvé à l'égard de quelqu'un ou quelque chose. Cette aversion fait le plus souvent référence à un état de fureur absolue, alliant colère et indignation.

Parallèlement, l'amour est un sentiment d'attachement envers une personne ou même un objet. Il réunit tendresse, envie et passion. Ses objectifs premiers résident en l'assouvissement d'un désir puissant.

La plupart des gens affirment que la haine est l'envers de l'amour, qu'il s'agit là de deux sentiments contraires. Je ne suis pas d'accord.

Selon moi, la haine naît d'une insatisfaction, d'un désir inassouvissable. Elle repose sur un désaccord, une impuissance ou encore une impossibilité d'avancer. C'est une passion qui se construit lentement. Lorsque deux individus se détestent, un lien étroit, intime et puissant les unit avant tout. Sans réellement le savoir, ils sont dépendants l'un de l'autre et partagent une relation privée sans laquelle l'ignorance viendrait alors remplacer cette animosité.

L'amour quant à lui est une forme d'affection basée sur une entente. Au même titre que la haine, c'est une union entre deux personnes esclaves l'une de l'autre. C'est une attirance sentimentale, un besoin primitif, l'essence du cœur.

La haine et l'amour sont deux caprices que tout oppose. La limite qui les sépare est pourtant floue, discrète et invisible. Il suffit d'un rien pour basculer d'un monde à l'autre.