Disclamer : Rien n'est à moi. Cette histoire est une traduction de Children of the Shadows. Les personnages et le monde de Harry Potter sont, aux dernières nouvelles, la propriété de JK Rowling.

Merci à ma toute nouvelle beta, Lyly.u., pour son travail haut en couleur !

Chapitre I : La Frontière de Verre

Rien d'autre qu'une fine couche de verre ne les séparait. On aurait dit qu'elle était quasi-inexistante : transparente, immaculée ; comme si Sirius pouvait atteindre ce qui s'y trouvait derrière en tendant simplement la main. Pas même la lumière ne se reflétait sur sa surface, atteignant directement ses yeux. Il ne les plissait pourtant pas comme il aurait dû ; la lumière n'était pas douloureuse, elle le traversait. Si la lumière pouvait traverser si facilement la barrière, peut-être en était t-il également capable, pensait-il.

S'il étendait la main, alors peut-être que la personne de l'autre côté lui sourirait. Cet homme aux yeux ambrés, hantés et dénués d'éclats qui lui apparaissait sans cesse. Sirius le trouvait magnifique, pensée en elle-même ironique, puisqu'il ne voyait jamais au-delà de ses yeux. C'était comme une silhouette sans contours ; excepté ces yeux d'ambre, il ne voyait qu'une myriade de couleurs, et la frêle luminescence de sa peau pâle se diffusait au-delà de toute compréhension humaine. Sirius se demandait si ce n'était pas un ange. Cependant, ce serait fauter que de l'appeler ainsi, alors même que Sirius discernait clairement le rouge sanguin de ses lèvres, entrouvertes pour parler.

Incapable de l'entendre, Sirius se rapprocha, une main appuyée contre le verre froid. La silhouette fut surprise par son audace, et, sans autre préavis, la lumière disparut. Les ténèbres l'engloutirent instantanément avant que la lumière ne revienne, dévoilant une main diaphane pressée contre la sienne, de l'autre côté. On aurait dit qu'ils se touchaient vraiment, car la vitre n'était plus froide. Elle était au contraire tiède, comme la chaleur de la peau contre la peau. Sirius fit glisser ses doigts dans un mouvement circulaire, observant avec une crainte révérencieuse le bout de leurs doigts danser ensemble dans une lente et parfaite synchronisation : à gauche, puis, tout doucement, balancement à droite avant de s'arrêter, paume contre paume.

Les lèvres vermeilles remuèrent à nouveau et Sirius avança plus près encore pour entendre, jusqu'à ce que son nez touche la vitre.

- Je t'aime.


- Encore un de ces rêves ? demanda James, assis à côté de Sirius pour dîner. Tu tires une sale tête.

En effet, c'était bien vrai. Il pouvait voir son reflet déformé sur la surface de la casserole métallique de Lily et il avait l'air proche de l'effondrement. Ses yeux gris étaient cernés de noir et recouverts par un voile de mèches rebelles. Il n'avait pas vraiment eu le temps de laver ses cheveux ces derniers jours et son visage n'avait pas vu l'ombre d'un rasoir depuis ce qui semblait être des semaines. Lily avait déjà mentionné sans vraiment y mettre les formes, tout en préparant le dîner, que Sirius était « un pouilleux qui porte les même vêtements depuis déjà trois jours et jusqu'à ce que tu te laves, tu peux oublier de te pointer ici pour dîner. » Dans des circonstances normales, Sirius aurait balayé son commentaire sur son apparence d'un sourire accompagné d'une boutade sur les sautes d'humeur des femmes enceintes. Aujourd'hui, cependant, Sirius pouvait dire d'après la quantité de saletés collectées sous ses ongles qu'une bonne douche lui ferait peut-être du bien. Il se demanda si Lily lui couperait la tête pour oser demander s'il pouvait lui emprunter sa salle de bain ; il n'avait pas encore terminé de réparer le chauffe-eau dans la sienne.

- C'est toujours le même, marmonna Sirius, détournant les yeux de son reflet. Jusqu'au moindre détail, à part que…

Il hésita, observant Lily apporter le reste du repas sur la table. Celle-ci le regarda curieusement.

- A part que je sens qu'il se rapproche. A chaque rêve qui passe, je suis un peu plus près ; je le touche presque, mais non…

- D'accord, déclara James avec un soupir confus tout en commençant à empiler de la salade dans son assiette.

C'était sa façon de dire qu'il préférait commencer à manger plutôt que d'essayer de comprendre la conversation. Sirius n'avait pas envie de laisser tomber si facilement. Les Potter étaient tout ce qu'il avait en terme de famille et les seuls à qui il pouvait se confier, parce qu'il était de loin trop pauvre pour se payer un psy.

- Vous croyez que je vais mourir ?

- Sirius Orion Black ! gronda Lily, une fourchette menaçante pointée vers son visage. Je t'interdis de répéter ce genre de choses, que ce soit à ma table ou en dehors !

- C'est juste une hypothèse, protesta Sirius. Vous vous souvenez de cette émission pourrie qu'on a regardée à la télé l'autre jour ? Ils parlaient de ces gens qui ont approché la mort. Certains savaient qu'ils allaient mourir parce qu'ils avaient vu une lumière blanche ou un ange. C'est peut-être ce qu'il m'arrive !

- Le paradis est bien le dernier endroit où tu iras, Sirius Black, se moqua Lily. Maintenant, mange tes brocolis. Et je ne veux pas te voir les pousser au coin de ton assiette ni les faire disparaître. Tu n'as plus cinq ans. La grossesse nous donne un troisième œil, Black, et je peux te voir même en les fermant tous.

- Ta femme est hors de contrôle, Jamie-boy, commenta Sirius, poignardant ses légumes avec dégoût.

James jeta un coup d'œil à Lily et resta coi, obéissant, lorsqu'elle le menaça d'un regard sévère.

Si Sirius devait décrire franchement son meilleur ami, ce serait par l'adjectif soumis. Ou peut-être que dominé serait plus approprié. Lily profitait pleinement de sa grossesse, non-seulement parce qu'elle lui faisait une plus grosse poitrine, mais aussi parce que c'était une excuse pour déverser toute sa légendaire rage sur de pauvres innocents sous le couvert des « hormones. » Que des conneries, voilà ce qu'en pensait Sirius, parce que les hommes eux aussi avaient des hormones, mais tout ce qu'il en ressortait c'était une forte envie de sexe.

- Il m'a dit qu'il m'aimait, vous savez, persista Sirius, rougissant furieusement sous les regards incrédules qu'il reçut.

- Tu es sûr que c'est pas encore un de tes fantasmes pervers ? demanda James avec un reniflement moqueur. Parce ça m'en a tout l'air. Peut-être que les lumières blanches et tout ces trucs-là t'excitent.

- Ça ne marche pas vraiment dans ce cas, répliqua Sirius aigrement. Parce que j'étais aussi flaccide que les toasts du matin de Lily.

Il évita avec facilité la pantoufle que lui jeta Lily et sourit, retournant à son repas.

- Le truc, c'est que ce n'est pas un mauvais rêve. Ça ne me réveille pas en sursaut et je dors tranquillement jusqu'au matin. C'est au moment où j'ouvre les yeux que je me sens léthargique. Plus tard, j'ai l'impression d'être épuisé et je ne sais même pas pourquoi.

Sirius se mordit la lèvre, fixant son assiette.

- Le pire, c'est que je veux y retourner. Je veux le revoir.

- Sirius, dit Lily en posant une main sur la sienne avec tendresse. Pourquoi est-ce que tu ne passerais pas à l'hôpital demain ? Je te ferai passer quelques tests. Je pourrais peut-être te prescrire des potions de Sommeil sans Rêves. Tu te sentiras mieux en un rien de temps.

Sirius acquiesça, s'occupant la bouche avec son poulet pour éviter de dire qu'il ne voulait pas prendre de potions. Il ne voulait pas arrêter de rêver.

Les minutes qui suivirent furent plongées dans le silence, ponctué seulement par le crissement des fourchettes contre les assiettes et Sirius qui tentait de trouver un moyen de se débarrasser de ses brocolis sans avoir à les manger. En vain, parce qu'à chaque fois qu'il essayait, il recevait de violents coups dans les tibias de Lily suivis par des ricanements de la part de James. En toute honnêteté, Sirius voulait des réponses. Il voulait savoir ce que ces rêves signifiaient et s'ils voulaient vraiment dire qu'il allait mourir. Sirius se demanda s'il accepterait la mort aussi facilement si on lui en donnait le choix. Cette fois encore, étant donné les circonstances et l'agitation dans laquelle se trouvait le Monde Sorcier à l'heure actuelle, la mort n'était pas un concept si éloigné. Certes… Voldemort étendait son pouvoir à travers tout le pays, et peut être même au-delà. Même les sangs-purs n'étaient plus hors de danger ; pas à moins de rejoindre les rangs. La guerre se préparait, Sirius pouvait le sentir.

- Tu dois te laver avant de te faire jeter de l'entraînement, mon vieux, dit James avec une claque sur le dos après le dîner. Même Maugrey se plaignait de l'odeur aujourd'hui, alors qu'il ne lui reste qu'une moitié de nez.

Sirius approuva distraitement.

- A propos… je n'oserais pas te demander de me prêter une serviette et quelques affaires propres.


Sirius s'allongea et grogna de contentement au contact l'eau chaude qui détendait ses muscles endoloris et assouplissait ses articulations. Il avait presque oublié à quel point un bon bain chaud pouvait faire du bien et il s'installa, dos contre la céramique froide, la tête rejetée en arrière sur le rebord de la baignoire. Sirius ne pouvait pas nier que la salle de bain de Lily était bien mieux que la sienne, même si elle restait un peu trop féminine. D'une part, l'eau chaude n'avait pas cette teinte verdâtre. Et puis, l'avantage de vivre avec une femme était que tout avait une agréable odeur de fleurs. Cette garantie lui aurait presque fait reconsidérer ses préférences, jusqu'à ce qu'il réalise qu'il était en train de verser une grande quantité de bain moussant parfumé à l'orange sous le robinet ouvert et se rende compte à quel point il était efféminé*.

- Merlin, qu'est-ce que ça fait du bien, murmura Sirius pour lui-même en fermant les yeux.

Subitement, il sentit toute sa léthargie et son épuisement le rattraper. L'entraînement rigoureux, la Guerre qu'il essayait en vain d'ignorer - ignore, ignore, ignore et elle disparaîtra, comme le petit Reggie. Sirius se sentait si fatigué par tout ce qui l'entourait ; tellement las de la quantité d'efforts qu'il devait fournir même pour se lever le matin. Encore maintenant, à chaque fois qu'il tentait d'ouvrir les yeux, tout ce qu'il apercevait était des tâches noires troublant sa vue. Et plus il clignait des yeux, plus elles s'étendaient, comme s'il était atteint de cécité. Il devrait paniquer. Ce fut la première chose qui lui vint à l'esprit. S'il était bien en train de devenir aveugle, alors il devrait être terrifié. Mais pour une raison qu'il ignorait, Sirius était bien trop exténué pour ça.

Alors il ferma les yeux.

Les ouvrit.

Les ferma encore.

Et les ouvrit.

Les referma.

Les rouvrit, seulement pour voir une paire d'yeux ambrés étincelants lui retourner son regard des profondeurs de l'obscurité.

Sirius sursauta, tenta de reculer et se retrouva sous l'eau, ses cris paniqués s'échappant sous formes de bulles silencieuses. N'inspire pas ! N'inspire pas ou tu mourras ! Il atteignit la surface, uniquement pour rencontrer une barrière, la même vitre fine qui était présente dans ses rêves. Elle était aussi solide que l'acier et produisait des bruits sourds à chaque fois qu'il cognait dessus, comme s'il émettait un appel au secours désespéré en Morse. Il était piégé, comme une simple mouche, tambourinant contre le verre encore et encore sans aucune considération pour la douleur que ce geste lui causait. Ses yeux le piquaient mais il se força à les garder ouverts ; se força à regarder au travers de la vitre où les yeux d'ambres le fixaient toujours avec ce qui semblait être de la confusion. C'était presque comme si l'homme derrière la vitre ne comprenait pas la lutte dans laquelle Sirius était engagé, ne voyait pas son visage pâlir en raison du manque d'air, ou la façon dont ses cheveux flottaient autour de lui au grès des courants engendrées par ses mouvements.

- Tu peux respirer, souffla une voix.

Sirius arrêta de se débattre lorsqu'il réalisa qu'en effet, il pouvait. Sa main vint immédiatement se poser à son cou, cherchant à tâtons le moindre signe de branchies. Il n'y en avait pas. Mais l'eau ne s'engouffrait pas dans ses poumons il sentait seulement les picotements du chlore dans ses yeux.

- Pourquoi es-tu ici ? demanda Sirius.

Ses cordes vocales n'émettaient aucun son, mais la lueur au fond des yeux ambrés lui dit qu'il avait été compris malgré tout.

- Dis-moi pourquoi tu es ici.

- Je n'ai nulle part d'autre où aller, répondit l'autre, l'air presque triste.

Un front reposa contre la surface de la vitre et Sirius put, pour la première fois, apercevoir des traits bien définis : les rides courbes traversant son front, la fine arrête de son nez, les mèches éparses de ses cheveux châtains. La voix était plus claire que dans que dans ses autres rêves, comme si elle possédait plus de force à présent. C'était une voix douce, assourdissante de par sa tranquillité ; rauque parce qu'inutilisée.

- Je suis en train de mourir ? demanda Sirius, se rapprochant jusqu'à ce que son front touche le verre au même endroit que celui de l'homme.

Comme l'autre fois, il ressentit la chaleur confortable d'un contact.

Il y eut un rire, bas et légèrement condescendant.

- Non.

Et sans autre préavis, la vitre se brisa.


*Jeu de mot intraduisible entre le terme « fruit », qui désigne en anglais un homme qui affiche clairement ses tendances homosexuelles et le gel douche à l'orange.