Note de l'auteure: les personnages de la saga Twilight sont la propriété de Stephenie Meyer. Bonjour Paris sort tout droit de mon imagination, et c'est probablement la dernière fois que je mets celle-ci à contribution. Dorénavant je vais me consacrer uniquement à faire de la traduction.

Merci pour celles d'entre vous qui se sont manifestées. Tous vos commentaires signifient beaucoup pour moi.

Bonne lecture.

Dernier chapitre

EPOV

Je tendis mon téléphone à Jasper qui s'éloigna dans l'autre direction et je repris ma marche vers le café à moitié bondé de gens qui prenaient tranquillement leur déjeuner, inconscients du drame que j'étais en train de vivre. Pourvu que le dégénéré qui savait – j'en étais presque certain – quelque chose au sujet de Bella et Alice soit encore parmi eux…

Je pris place à l'une des quelques tables de la terrasse qui n'était pas occupée et fis mine de m'absorber dans la lecture du menu. Dans quelques secondes le portable de Bella se mettrait à sonner, et si l'imbécile qui l'avait en sa possession était toujours là et qu'il ne répondait pas illico, la chanson Blue, de LaTour allait s'ajouter au bruit des conversations environnantes.

En attendant anxieusement le coup de fil de Jasper, j'observai les gens autour de moi à la dérobée, au cas où je pourrais identifier le voyou qui avait des comptes à me rendre. Il n'y avait qu'un homme attablé seul, et il avait l'allure d'un grand-père. Mais peut-être que celui que je recherchais n'était pas seul, justement. Peut-être qu'il était accompagné par sa petite amie Irina…

Tout à coup, la musique de LaTour se fit effectivement entendre, et je vis un type au teint blafard qui buvait un café en tripotant la main de la blonde platine assise en face de lui prendre le cellulaire dans la poche de son veston et l'approcher de son oreille. « Laurent à l'appareil… »

Jasper dut poser une question à l'autre bout de la ligne, car le dénommé Laurent fronça les sourcils et répliqua en anglais, « Non, vous n'avez pas rejoint le Musée Rodin, espèce d'enfoiré de touriste ! »

J'essayai de ne pas montrer le sourire qui se dessina sur mes lèvres en réalisant que jusqu'à présent tout se passait comme je l'avais imaginé.

Je relevai la tête et j'aperçus Jasper qui marchait vers le café, toujours occupé à distraire son interlocuteur à l'aide de mon BlackBerry.

Laurent continuait de l'invectiver sans se douter qu'il était tombé dans un piège. « Comment ça qu'est-ce qui me prend de vous insulter ? Vous êtes bouché, ma parole ? Je vous ai dit que vous avez composé le mauvais numéro… »

Jasper était maintenant rendu à la hauteur de la terrasse et il vint me redonner mon téléphone. Je poursuivis la conversation tout en me levant lentement de ma chaise. « Je ne crois pas avoir composé le mauvais numéro, Laurent, » dis-je en français en me dirigeant vers sa table, située tout près de la mienne. « Ne m'as-tu pas écouté tout à l'heure quand je t'ai dit que je t'avais retrouvé, ducon ? »

Laurent leva les yeux vers moi eu voyant que c'était moi qui lui faisais la conversation maintenant. Je tirai la chaise libre entre lui et sa compagne, faisant signe à Jasper de venir nous rejoindre. Je coupai la communication téléphonique et ne le lâchai pas du regard. Il posa le cellulaire de Bella sur la table et devint encore plus blême, si la chose était possible. Je m'en emparai et le rangeai dans une poche de ma veste.

J'étais assis à sa droite, et j'attendis que Jasper prenne place à sa gauche avant d'ouvrir à nouveau la bouche. Mais la fille blonde esquissa un geste pour se lever, et je fus obligé d'agripper fermement son bras pour qu'elle demeure assise. « Je préférerais que vous restiez avec nous pour le moment, mademoiselle, » lui dis-je de ma voix la plus veloutée. « Voyez-vous, je n'ai pas très envie que vous alliez prévenir qui que ce soit à propos de cette petite conversation que nous sommes sur le point d'avoir avec votre mac... »

Le visage de la blonde platine s'empourpra. J'avais fait exprès d'insinuer qu'elle était une prostituée, juste pour voir s'il s'agissait de la petite amie de Laurent. De toute manière, sa tenue vestimentaire ressemblait étrangement à celle que Bella avait portée pour me jouer son tour pendable quelques jours avant Noël.

« Alors selon toi j'ai l'air d'une pute, c'est ça ? » Me tutoya-t-elle sans vergogne. Puis elle regarda en direction de l'idiot coincé entre Jasper et moi. « Laurent, dis quelque chose pour l'amour du ciel ! Tu ne vas tout de même pas laisser cet effronté d'Américain m'insulter comme ça ! »

Eh oui, je n'avais pas encore réussi à me débarrasser complètement de mon accent, mais je me débrouillais tout de même mieux que Johnny Depp…

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse, Irina ? Et d'abord qu'est-ce que vous me voulez tous les deux ? » Demanda-t-il en nous dévisageant tour à tour, mon ami et moi. Si Emmett avait été présent lui aussi, je pense sincèrement que l'enfoiré aurait déjà chié dans son caleçon. Il but une gorgée de café pour se donner contenance, mais sa main tremblante laissait voir à quel point il était nerveux maintenant.

« Eh bien, mon cher Laurent, commence donc par m'expliquer ce que tu foutais avec le téléphone cellulaire de ma compagne, la célèbre romancière Américaine Isabella Swan… »

Laurent ouvrit de grands yeux en m'entendant prononcer cette phrase. Quant à Jasper, il commença à faire craquer ses jointures dans un geste destiné à intimider notre vis-à-vis.

« Al… alors cette fille ne bluffait pas quand elle… quand elle a dit qu'elle était une célèbre romancière ? » Bafouilla celui-ci.

J'avais juste envie de lui mettre mon poing dans la figure… Ainsi donc il était réellement impliqué dans la disparition de Bella !

« Écoute-moi bien, espèce de sale morpion ! Je me fous de ce que ma petite amie t'a dit. Je veux juste savoir où elle est en ce moment, tu piges ? Et sache que j'ai toujours l'intention de te défigurer si tu ne coopères pas, et que si je ne suffis pas à l'ouvrage, mon bon ami Jasper – qui ne comprend rien à ce que je te raconte en ce moment mais qui est un ancien champion mondial de kung-fu – va se faire un plaisir de m'aider. »

La dénommée Irina pinça les lèvres et me regarda droit dans les yeux, croyant sans doute qu'elle avait un quelconque pouvoir de séduction sur moi. « Tu sais que je pourrais porter plainte à la police pour les menaces que tu viens de faire à mon mec ? » Demanda-t-elle.

Toutefois, le ton quelque peu lascif qu'elle avait utilisé suggérait qu'elle pourrait me faire des trucs grivois si je laissais son Laurent tranquille. Avait-elle toute sa tête ou bien ignorait-elle carrément ce qui se passait en ce moment?

Je me contentai de lui sourire un peu bêtement et de m'exclamer, « Laurent est vraiment un proxénète ? Je ne suis pas certain qu'il aimerait que la police se mêle de ses affaires alors… »

Le regard bleu turquoise de la blonde pulpeuse se remplit de fureur. « Je n'ai pas dit "mon mac", j'ai dit "mon mec" ! Non mais ! Est-ce que tous les américains sont aussi durs d'oreille que toi ? »

Je la fixai avec des yeux aussi méchants que les siens. « Bon, ça suffit avec tes insultes, ma belle. Si tu sais des choses au sujet des manigances de ton "mec", comme tu dis, tu ferais aussi bien de parler tout de suite avant que je ne demande à mon ami de s'occuper de toi… »

À cet instant, Laurent sortit momentanément de son état de panique. « Je t'interdis de leur dire quoi que ce soit, Irina, tu m'entends ? »

Elle le dévisagea comme s'il venait de dire une ineptie. « Tu crois vraiment que ces deux types oseraient s'en prendre à moi ? Les américains sont trop bien élevés pour battre une femme… »

Irina semblait confondre les bonnes manières des américains avec celles des canadiens. Qui plus est, même si ce n'était pas du tout dans mes habitudes de frapper quelqu'un de la gent féminine, j'étais tout disposé à faire une exception si ça pouvait m'aider à retrouver ma bien-aimée.

Je fis le pari qu'Irina ne comprenait pas l'anglais et marmonnai à l'intention de mon ami, « Jazz, j'aimerais beaucoup que tu donnes une gifle à cette fille; elle vient de traiter Bella de pouffiasse. »

Avant que Laurent n'ait pu prévenir sa compagne de ce qui allait se produire, Jasper se tourna légèrement vers elle et lui flanqua une gifle magistrale. Décidément, il n'avait rien perdu de ses réflexes…

Irina poussa un cri aigu tandis que les autres clients du café se tournaient tous dans notre direction. Laurent déposa des billets sur la table et se leva précipitamment. « C'est bon, vous avez gagné, » dit-il les dents serrées. « Suivez-moi avant que quelqu'un n'aille réellement prévenir la police à cause de vos manières brutales de Yankees. Irina, petite conne, tu as confondu; les canadiens sont un modèle de politesse, pas les américains. Et en plus je soupçonne ces deux-là de… »

Il ne termina pas sa phrase et lui prit la main qui ne tenait pas sa joue en feu pour l'inciter à se lever et à le suivre, et nous quittâmes ensemble la terrasse du café sans échanger une autre parole.

Laurent et Irina tournèrent à gauche dans la première rue transversale, et peu de temps après ils s'arrêtèrent devant un des immeubles à logements. Le grand gaillard aux cheveux noirs coupés en brosse ouvrit la porte principale et nous fit signe de le suivre à l'intérieur. Je fus surpris de constater que le vestibule ne ressemblait pas du tout à celui d'un bloc d'appartements. On se serait crus dans un hôtel particulier…

Laurent nous entraîna à sa suite vers un escalier en colimaçon agrémenté de fioritures, mais avant d'y parvenir il fallut passer devant un large bureau en bois massif derrière lequel était assise une autre femme à l'esthétique parfaite.

« Aro est sorti déjeuner avec des clients potentiels, » lança cette dernière, s'adressant visiblement à Laurent. « Ils ont adoré ce qu'ils ont vu et ils vont probablement s'abonner. Je pense que tu vas devoir trouver d'autres recrues, et très vite… »

Irina fit un sourire en coin et répliqua, plutôt que de laisser son compagnon répondre, « Ça ne te tenterait pas de te porter candidate, Gianna ? Tu as le physique de l'emploi et le grand patron ne peut pas te l'interdire sous prétexte que tu es sa fille, contrairement à moi. »

« Je ne suis pas une chienne en chaleur comme toi, ma chère, et mon petit ami est très jaloux, de toute façon. »

Je ne comprenais qu'à moitié ce que les deux filles racontaient, et je m'aperçus que Jasper était encore plus confus que moi, n'ayant pas saisi un seul mot de cet échange insolite.

Soudainement, comme si elle venait juste de nous voir, l'attention de Gianna se porta sur nous. « Et qui sont ces deux Apollons, Laurent ? Est-ce qu'ils ont proposé leur candidature pour remplacer Felix et Demetri ? Parce que si c'est le cas, je pourrais changer d'idée et ne pas le dire à Joham… »

Laurent secoua la tête. « Malheureusement pour toi, Gianna, ce sont en fait d'autres clients potentiels, et je m'apprête à leur montrer l'usage de l'orgasmotron. » Il se tourna vers nous. « Si vous voulez bien me suivre, Messieurs, » dit-il en anglais.

Clients potentiels? Orgasmotron ? Qu'est-ce qu'il raconte celui-là?

« Oh là, une minute ! » Protesta Jasper en continuant d'avancer. « Tout ce que nous voulons, c'est savoir ce qu'il est advenu de nos compagnes, putain de merde ! »

« J'avais compris, figurez-vous, » railla Laurent en montant l'escalier, toujours escorté par sa nana que nous tenions implicitement en otage.

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire de clients que tu es allé raconter à la brunette, alors ? » Questionnai-je, gardant mes distances au cas où il essayerait de me pousser pour me faire tomber en bas des marches.

Après tout, on aurait pu prendre l'ascenseur si ce type n'avait pas une idée derrière la tête…

Comme s'il lisait dans mes pensées, il répondit, « La seule raison pour laquelle je coopère avec toi en ce moment, saligaud de Yankee, c'est parce que tu tiens Irina en otage et que le grand patron me péterait les deux genoux si je la laissais se faire donner d'autres coups par ton acolyte. Mais il se trouve que la belle Gianna à la réception ne sait rien de tout ça, et je ne tiens pas du tout à ce qu'elle l'apprenne et qu'elle avertisse Aro. »

« Et cet Aro, qui est-il exactement ? » Questionnai-je en posant le pied sur le plancher du premier étage.

Il semblait que la pièce où Laurent voulait nous conduire soit sur ce palier car il ne continua pas de grimper et emprunta plutôt le corridor sur sa droite.

« Je ne vois pas pourquoi je répondrais à cette question puisque de votre côté vous ne m'avez jamais révélé votre identité, » poursuivit-il.

Ce fut plus fort que moi, cet arrogant méritait que je le remette à sa place. « Et bien, mon cher Laurent, si tu lisais les journaux au lieu de passer ton temps à sauter ta greluche, tu saurais peut-être qui je suis, mais si tu ne le sais pas, je préfère encore garder l'anonymat… »

Le fait qu'Irina ne réagisse pas en m'entendant la traiter de greluche confirma qu'elle ne parlait pas un traître mot d'anglais, si j'avais encore eu des doutes.

Je ne pouvais pas voir l'expression sur le visage de Laurent puisqu'il était devant moi, mais ça devait valoir son pesant d'or. Il rétorqua, « Tu as des yeux comme moi pour voir que mon Irina est la fille la plus baisable de la planète, non ? Tu n'aurais pas envie de la sauter vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept si tu étais à ma place ? »

« Mon ami ne saute pas les filles qui sont mal attifées, Laurent, » intervint Jasper à cet instant là, sans se défaire de sa mine impassible. « Et pour ma part, j'aimerais bien savoir où on s'en va comme ça, parce que je trouve que ça sent le piège à rat à plein nez. »

Laurent s'immobilisa au bout du couloir dont un des côtés était surplombé par une rangée de fenêtres et il ouvrit une porte juste devant lui. « Avant de vous laisser récupérer vos compagnes et de faire comme si on ne s'était jamais rencontrés, je veux m'assurer qu'on parle bien des mêmes gonzesses, » expliqua-t-il en pénétrant dans une vaste salle qui rappelait à la fois un salon de thé et un fumoir.

Irina alla s'installer dans un fauteuil en cuir et s'alluma une cigarette tandis que Laurent nous enjoignait à nous asseoir dans un énorme Chesterfield qui était placé stratégiquement devant un écran plasma surdimensionné.

« Putain, Irina, fais gaffe avec ta clope. La dernière fois tu as failli mettre le feu aux rideaux ! » S'exclama l'homme que je n'arrivais pas à cerner.

Il n'avait plus l'air nerveux du tout depuis que nous avions mis les pieds dans son antre, ou plus probablement l'antre de ce mystérieux Aro…

Le siège dans lequel la blonde platine avait pris place était situé à proximité d'une fenêtre, mais celle-ci était dépourvue de tentures.

« C'est ta veine, Laurent, on dirait que mon paternel a prévu le coup, » ironisa la jeune femme en pointant derrière elle.

Se pouvait-il que cette Irina soit la fille du "grand patron"?

« Je ne sais pas si je devrais te permettre de regarder ce qui se passe dans le bunker, Irina, » continua l'autre. « Je n'aime pas te voir baver d'envie comme si tu souhaitais être à la place de ces filles qui passent leurs journées à se faire stimuler sexuellement. Ton père aurait honte de toi s'il savait à quel point tu es dépravée. »

Irina tira sur sa cigarette avant d'écraser le mégot à peine entamé dans le cendrier sur la petite table à côté d'elle, puis elle éclata d'un rire cynique. « Ha! Ha! À qui la faute si je suis toujours si excitée ? »

« Comprends-moi bien, poupée. Que tu aies toujours envie de te faire baiser, à la limite je trouve ça extra, mais ne t'avise jamais que ce soit par quelqu'un d'autre que moi, est-ce que c'est clair ? » La gronda Laurent.

Sa petite amie s'apprêtait à répliquer quelque chose, mais je l'interrompis. Leur conversation de chambre à coucher avait assez duré.

« Tu viens de parler d'un bunker, fils de pute. Qu'est-ce qu'on fout ici, alors ? »

Laurent reporta son attention sur Jasper et moi, et ses yeux devinrent de minces fentes. « Et qui me dit que ce n'est pas toi le proxénète dans toute cette histoire ? Et que ta Bella n'est pas plutôt une pute de luxe qui travaille pour toi et que tu ne voudrais pas perdre ? »

À cette question je me devais de réfléchir avant de répondre. Laurent ne voulait pas attirer l'attention de la police sur lui, mais il semblait aussi vouloir éviter que le dénommé Aro soit mis au courant qu'il n'était pas en mesure de protéger Irina adéquatement. Et il ne savait pas qui j'étais, alors je pouvais peut-être en tirer parti… il serait toujours temps de prévenir les flics une fois que Bella et Alice auraient été retrouvées saines et sauves.

Je chuchotai dans l'oreille de Jasper, « Ça te dirait de passer pour mon homme de main ? »

Il me répondit en bougeant à peine les lèvres. « Je ferais n'importe quoi pour connaître le sort d'Alice et Bella, vieux. Quel est ton plan ? »

« Laurent croit que je suis un proxénète et que Bella travaille pour moi, Jazz. Je pense que nous devrions jouer le jeu pour endormir sa méfiance, sinon j'ai l'impression qu'il va chercher à nous faire perdre notre journée… »

« Qu'est-ce que vous marmonnez tous les deux ? » Demanda Laurent après avoir allumé l'écran géant.

« D'accord, Laurent, j'avoue, » dis-je après avoir poussé un profond soupir. « Bella Swan n'est pas vraiment une écrivaine; c'est une de mes poules et je l'avais envoyée à Paris pour rencontrer un client particulier. Elle devait seulement prétendre qu'elle était écrivaine si elle se faisait intercepter aux douanes ou ailleurs. Et elle devait me téléphoner lorsqu'elle serait entrée en contact avec le client, et c'est lorsque j'ai constaté qu'elle ne le faisait pas que j'ai moi-même tenté de la joindre sans succès. »

Mon vis-à-vis me fit un sourire entendu. « Je me doutais bien que tu étais un mac quand je t'ai vu arriver avec ton fier à bras. Écoute, que dirais-tu qu'on fasse un arrangement ? Si tu prêtes ta poule à Aro pour le reste de la semaine, il te donnera 50% de l'argent qu'il va empocher de ses clients grâce à elle. »

Je fis mine d'être en profonde réflexion. « Je ne pense pas que nous puissions nous entendre si facilement, Laurent. Le client que j'ai mentionné était censé me payer 25 000 euros pour passer trois jours avec Bella. Sans compter qu'elle était accompagnée d'une autre de mes filles qui devait se charger de mon propre plaisir… et de celui de mon acolyte. »

Laurent ne parut pas du tout décontenancé par le montant outrageusement élevé que je venais de dévoiler. Même que son sourire s'accentua. « Le business d'Aro lui rapporte 100 000 euros par semaine. Il pourra t'en offrir 30 000 pour te dédommager… »

« Bon, je vais passer un coup de fil à mon client pour lui expliquer la situation, mais ça ne règle pas mon problème personnel. La bite commence déjà à me démanger, » le coupai-je brusquement. « Peut-être que la belle Irina pourrait s'occuper de me soulager pendant que tu nous montres quel usage Aro compte faire de mes filles dans le bunker ? »

Le sourire disparut du visage de l'homme au teint blême. « Je t'ai déjà dit que je ne partage pas ma nana. Mais si tu peux patienter jusqu'au retour d'Aro, je suis certain que ça lui fera plaisir de te prêter Nessie, sa petite catin personnelle. »

En ce qui me concernait, j'espérais qu'on connaisse très vite la nature exacte des activités qui se pratiquaient dans le "bunker"et qu'on puisse y mettre un terme. Laurent avait parlé de filles qui passaient la journée à s'y faire stimuler sexuellement. Bon Dieu, qu'y avait-il de spécial dans cet endroit qui justifie que des hommes soient prêts à payer une fortune pour s'abonner ? S'agissait-il d'un club BDSM où les clients avaient des demandes particulièrement tordues ? Quoi qu'il en soit, ceux qui géraient ce lieu intriguant allaient bientôt regretter d'avoir mêlé Isabella et Alice à leurs combines…

Je sortis mon BlackBerry et appuyai sur une touche pour laisser croire à Laurent que j'allais discuter avec le soi-disant client que Bella aurait dû rencontrer. En réalité c'est Emmett que j'allais rejoindre. J'allais lui laisser un message cryptique en français, auquel il ne comprendrait que dalle, mais Laurent, lui, n'y verrait que du feu.

Mon frère répondit au bout de cinq sonneries. « Edward, bordel, il est à peine six heures. Qu'est-ce qui te prend de m'appeler si tôt ? Je suis chez Rose et… »

Je ne le laissai pas continuer et je parlai en même temps que lui. « Monsieur Robichaud, j'ai le regret de vous annoncer que suite à un contretemps de dernière minute, l'escorte que vous attendiez ne pourra pas faire le voyage avant la semaine prochaine… »

« Putain de merde, frérot, si c'est une plaisanterie, elle n'est pas drôle. Tu as pris de la drogue ou quoi ? »

« Oui, je sais que vous risquez de trouver le temps long d'ici là, mais ce n'est que partie remise. Et pour vous remercier de votre compréhension, je vous enverrai Renata en même temps, sans aucun frais supplémentaires. Vous allez adorer ses fellations. Je vous rappellerai durant le week-end pour discuter de la logistique. À bientôt. »

Je coupai la communication avant que mon frère ne se mette à hurler dans mon portable et que l'autre ne se doute de mon subterfuge.

« Alors, Laurent, visiblement on est ici pour assister à une démonstration sur grand écran. Mais si tu ne te magnes pas un peu plus, je sens que je ne pourrai pas m'empêcher de donner une autre baffe à ta petite amie qui ressemble elle-même à une pute, » finit par s'impatienter Jasper.

Je savais que j'aurais beaucoup de difficulté à garder mon sang froid si ce que Laurent était sur le point de nous montrer était bel et bien un film porno mettant en vedettes ma compagne et celle de Jasper. Je me demandais comment lui allait réagir.

« Jasper, » marmonnai-je, « n'oublie pas qui nous sommes censés être. Peu importe ce que Laurent nous montre, il faut demeurer imperturbable. »

« Allez, Laurent, j'ai hâte de voir les filles se faire mettre, » lança Irina sur un ton un peu geignard, comme si elle se plaignait de ne pas recevoir une assez grosse part de gâteau.

Évidemment elle n'avait pas compris que Jasper avait menacé de lui donner une autre taloche, sans quoi son visage n'afficherait pas cette expression d'anticipation et de luxure. C'est vrai qu'elle faisait penser à une chienne en chaleur.

Laurent prit une télécommande et appuya sur diverses touches de programmation. Le bleu de l'écran disparut pour faire place à l'image d'une scène de sexe très explicite. Pour être honnête, si je n'avais pas eu à jouer le rôle d'un proxénète, j'aurais fermé les yeux, par respect pour Jasper. La fille qui était en train de se faire stimuler devant nos yeux n'était nulle autre qu'Alice, et on pouvait nettement l'entendre gémir à travers les hauts parleurs de chaque côté de l'écran. Elle était installée à califourchon sur une structure en forme de pyramide munie de phallus artificiels qui semblaient la pénétrer à la fois de façon anale et vaginale et qui bougeaient de haut en bas en émettant des vibrations.

En plus d'être soumise à l'action de cette singulière machine, il y avait un homme qui s'affairait sur sa poitrine avec des ventouses et un autre qui travaillait son clitoris avec un Sqweeler. Il devait y avoir quelqu'un qui manipulait la caméra qui la filmait, car l'image changeait de plan toutes les quinze secondes, et lorsqu'elle se déplaça derrière Alice, je pus voir qu'elle avait les mains liées dans son dos et qu'elle était sanglée après l'appareil. C'était d'ailleurs peut-être cet engin dont Laurent avait parlé et qui avait pour nom orgasmotron. Au moment où j'émettais cette hypothèse dans ma tête, Alice cambra le dos et elle cria plus fort, manifestement en train d'éprouver un orgasme fulgurant. Elle envoya sa tête en arrière et la caméra nous montra un gros plan de son sexe ruisselant qui subissait toujours l'assaut du phallus mécanique tandis que l'homme qui manipulait le Sqweeler disparaissait hors du champ de la caméra.

Je m'apprêtais à poser une question, mais Laurent ouvrit la bouche au même moment pour s'adresser à sa greluche. « Irina, pour l'amour du ciel, cesse de te masturber devant nos invités! »

Je tournai la tête dans la direction de la blonde, et je m'aperçus qu'elle avait placé une main entre ses jambes nues et qu'elle se caressait sans gêne, les yeux rivés à l'écran. J'aurais sans doute été excité moi-même si la vedette du film que j'étais "forcé" de visionner n'était pas la meilleure amie de ma compagne et bientôt la fiancée de Jasper.

« Viens donc me sauter, mon grand, si tu ne veux pas que je me donne en spectacle devant ces messieurs, » fut tout ce qu'Irina trouva à lui répondre.

Il haussa les épaules et reporta son attention sur nous. « Alors, est-ce que cette fille à la chatte si juteuse est celle dont tu me parlais tout à l'heure, et que tu devais partager avec ton acolyte pendant que l'autre serait avec un client ? » Demanda-t-il.

« En effet, » répliquai-je, « et plus je la regarde, moins j'ai envie de la voir se faire tripoter par ces deux pervers qui participent au film avec elle. D'ailleurs je n'arrive toujours pas à comprendre ce que vos films ont de si particuliers par rapport aux films pornos habituels et pourquoi des hommes sont prêts à se ruiner pour les visionner… »

Dans ma vision périphérique, je pouvais voir que Jasper mourait d'envie de sauter à la gorge de Laurent pour lui faire cracher l'adresse du bunker. « Patience, » murmurai-je en lui tapotant l'épaule.

« C'est très simple, » répondit Laurent. « Ces films ne sont vus qu'en circuit fermé par une poignée de clients sélects, ils sont live et les clients peuvent communiquer avec le réalisateur pour passer une commande spéciale à l'avance ou faire des demandes à mesure que la scène se déroule à l'écran. »

Jasper essaya de garder une expression neutre pour s'informer. « Veux-tu dire que la petite poule de mon employeur est en train de se faire enculer par une machine parce qu'un des clients d'Aro a demandé que ce soit ça qui se passe dans la scène ? »

« Mais oui, parfaitement. Et tout à l'heure, avant d'aller au café avec Irina, j'ai vu cette même fille se faire administrer une douche anale, et elle avait l'air au septième ciel, les amis; c'était très plaisant à regarder… Les clients peuvent visionner ces scènes de partout à travers le monde avec un code d'accès au réseau. Ils peuvent faire des paris sur le nombre d'orgasmes qu'une fille va avoir pendant une scène, et s'ils sont prêts à faire le voyage jusqu'ici, les gagnants ont la possibilité de passer une nuit au Ritz avec la fille en question. Tous les clients d'Aro sont archi riches et ne se privent pas de ce privilège, mais c'est très rare qu'ils arrivent à parier le bon nombre, par contre… Alors qu'en pensez-vous, messieurs ? Si vous acceptez de nous laisser continuer à utiliser ces deux filles, vous pourrez les récupérer dimanche avec l'argent qu'elles auront rapporté… »

Je prétendis de négocier avec Jasper. « Faisons croire à cet abruti que nous sommes prêts à accepter son entente à condition de pouvoir parler aux filles d'abord, » marmonnai-je encore.

Mon ami se contenta de hocher la tête.

« Bon, je suppose que si je ne veux pas créer d'incident diplomatique je serais aussi bien d'accepter cette proposition, mais à une condition cependant : je veux voir ce bunker de mes yeux afin de pouvoir prévenir mes filles Bella et Alice de cet arrangement, et m'assurer qu'elles sont bien traitées entre les scènes. »

La mine de Laurent s'assombrit. « J'avais plutôt l'intention de te présenter à Aro pour régler les détails et lui emprunter sa Nessie en attendant que tu récupères ta marchandise… Peut-être que tu pourrais enfin me dire ton nom. »

Il se servit de la télécommande pour éteindre l'écran géant. Il était temps ; je n'en pouvais plus d'entendre Alice gémir comme une dévergondée. Ma seule consolation présentement était que nos compagnes ne semblaient pas avoir été violentées. Enfin, j'avais seulement vu Alice, mais Bella serait sans doute la prochaine à apparaître à l'écran et je ne tenais pas du tout à la contempler dans une scène semblable à celle que je venais de voir. Je bouillonnais de colère et je dirigeai celle-ci contre Laurent tandis que Jasper faisait à nouveau claquer ses jointures pour se montrer menaçant.

« Je pense que tu ne saisis pas très bien la situation, sale petite vermine, » dis-je en commençant à me lever. « J'ai essayé d'être poli avec toi, mais ça ne veut pas dire que nous sommes copains, cher Laurent, et en ce moment j'ai la curieuse impression que tu cherches à gagner du temps et à me faire perdre le mien. Je veux bien faire un arrangement avec ton patron, mais seulement si je suis certain que ce bunker n'est pas un endroit miteux. Et je te rappelle que je n'ai qu'à claquer du doigt pour que mon acolyte défigure la belle Irina, qui, si j'ai bien compris, est la fille de ton employeur, justement. Je ne crois pas qu'il serait très content de ne plus reconnaître son visage en rentrant de déjeuner… »

« Qu'est-ce qu'il vient de dire ce connard ? Pourquoi tu es tout pâle, chéri ? » Questionna Irina en voyant Laurent perdre le peu de couleur qu'il avait au départ.

« Ce type est d'accord pour prêter ses filles à ton père, mais auparavant il veut voir le bunker, et si je ne coopère pas, il va demander au mec qui l'accompagne de te flanquer une volée. Et crois-moi ma jolie, les proxénètes américains sont encore plus violents que les européens… »

Je pensais que la blonde platine allait s'énerver à la suite de cette déclaration, mais pas du tout. Elle rétorqua, « Eh ben qu'est-ce qu'on attend, alors ? Tu sais que j'adore me pointer au bunker pour pouvoir jouer avec les accessoires, en particulier la fameuse chaise à… »

« Ça suffit, Irina ! Tu n'as pas l'air de réaliser que ce salopard me tient par les couilles à cause de toi ! »

« Tant qu'il ne te les arrache pas, tout baigne ! » S'esclaffa-t-elle.

Décidément, Laurent et sa compagne étaient de drôles de numéros. Dommage que Jasper ne saisisse rien à leur engueulade…

Elle poursuivit sur sa lancée pendant que l'autre ouvrait la porte et que nous sortions du fumoir à sa suite. « T'es même pas foutu de me protéger avec ton canif ! Heureusement que tu es capable de bander sur commande, sinon tu ne servirais à rien du tout… »

Je dus mettre un terme à son babillage de nymphomane. « Écoutez-moi tous les deux au lieu de vous chamailler comme des adolescents frustrés ! Voici ce qu'on va faire : toi, Laurent, tu vas dire à la charmante Gianna que tu as réussi à nous convaincre de nous abonner à votre service, et pendant ce temps-là nous allons quitter les lieux avec Irina et t'attendre à la voiture. C'est une Peugeot 508 et elle est garée sur la rue Gabrielle, un peu plus haut que l'adresse du café. N'essaye pas de faire le malin avec nous si tu ne veux pas qu'on abîme ta marchandise. »

Laurent préféra ne rien ajouter et se contenta de hocher la tête pour signifier qu'il avait compris. Nous redescendîmes l'escalier en colimaçon et j'attrapai le bras d'Irina pour l'obliger à me suivre une fois que nous fûmes rendus en bas des marches. Jasper se dirigea rapidement vers la sortie et nous ouvrit la porte. Je ne me retournai même pas pour vérifier ce que Laurent faisait. S'il ne voulait pas qu'on disparaisse avec sa petite amie, il avait intérêt à suivre mes instructions.

En quelques minutes nous atteignîmes la voiture de location et j'ordonnai à Irina de s'asseoir à l'arrière sous la surveillance de Jasper. À peine avais-je fermé ma portière que je vis Laurent s'approcher dans le rétroviseur. Il grimaça en réalisant que sa compagne était sous bonne garde.

Lorsqu'il fut assis, je l'avertis, en anglais, « Si tu as une arme blanche sur toi, comme l'a laissé entendre ta greluche, je te conseille de ne pas tenter de t'en servir, parce qu'alors c'est elle qui va payer pour tes bêtises. »

Il me lança un regard outré pendant que j'engageais le véhicule dans la circulation. « Pas besoin de le répéter dix fois, bordel de merde ! Je suis pas sourd, moi. Dirige-toi vers le dix-neuvième arrondissement. T'as de la chance on est tout près. On devrait y être dans moins de dix minutes. Mais après, faut revenir discuter avec Aro, hein ? »

Je n'avais certainement pas l'intention de revenir dans le voisinage pour faire la connaissance du fameux Aro une fois que nous aurions récupéré nos compagnes, mais je devais continuer cette mascarade au moins jusqu'à ce que nous soyons dans le bunker, et peut-être plus longtemps si les gens là-bas avaient des armes à feu pour contraindre les filles à se laisser faire. Il était clair qu'Alice avait été forcée à tourner la scène dans laquelle nous l'avions vue. Peut-être même qu'on leur donnait de la drogue pour qu'elles soient plus amorphes et qu'elles n'essaient pas de montrer leur détresse à la caméra. Allez savoir…

« Mais oui, Laurent, après on va voir le papa d'Irina et on lui échange sa fille contre cette catin dont tu nous as parlé, tel que prévu, » le rassurai-je.

Je suivis les directions qu'il continua de me donner, et bientôt la Peugeot 508 arriva en vue d'un immense terrain vague. Pas étonnant, si le bunker était situé quelque part sous terre, à l'abri des regards, qu'Aro puisse gérer son "entreprise" en toute impunité. Je ne pus m'empêcher de me demander depuis combien de temps il prenait des filles en otages sexuels. Cependant, je n'allais pas poser de questions à Laurent parce que maintenant plus que jamais il était capital qu'il continue à croire que je n'étais ici que pour "vérifier l'état de mes poules".

Il m'indiqua l'endroit où je devais me garer et il sortit son propre cellulaire pour passer un appel. « Allô, James ? Tu peux m'ouvrir la trappe ? Il faut qu'on discute… »

Il descendit de la voiture et nous fit signe de le suivre. Une fois hors du véhicule, Jasper s'empara fermement du bras d'Irina pour bien montrer à Laurent qui des deux clans avait le contrôle de la situation. La blonde habillée comme une prostituée ne se gêna pas pour lui envoyer toutes sortes d'insultes par la tête – qu'il ne comprenait pas – si bien qu'il fut obligé de mettre sa main sur sa bouche pour la faire taire. Nous entendîmes un bruit métallique près de nous et je réalisai que c'était la trappe mentionnée par notre guide qui était en train de s'ouvrir. Une fois ouverte, je vis qu'elle accédait à un escalier très raide qui descendait dans les entrailles du terrain vacant.

Laurent s'engagea le premier dans les marches mais je m'assurai d'être juste derrière lui et il pouvait presque sentir mon souffle dans son cou. Irina me suivait, mon ami la tenant toujours par le bras.

Lorsque nous fûmes enfin parvenus en bas des marches, je regardai attentivement autour de moi, et une expression dégoûtée traversa mon visage. Nous nous trouvions bel et bien dans une sorte de bunker, et à première vue l'endroit était dépourvu de tout confort. À ma droite il y avait une espèce de coin salle à manger sommairement meublé, tandis qu'à ma gauche je pouvais distinguer une aire avec des douches et des toilettes sans cloison. Et, bien entendu, au fond de cette salle glauque éclairée seulement par quelques néons, se trouvaient les décors pour tourner les fameuses scènes pornos en directe.

Très vite je cherchai mentalement un moyen de récupérer Isabella et Alice sans provoquer de commotion. Jasper avait beau être un expert en arts martiaux, si les individus qui tenaient les filles captives étaient armés, je voyais mal ce qu'il pourrait faire pour les neutraliser. Il valait définitivement mieux tenter de négocier.

Une femme rousse toute de noir vêtue était occupée à installer le décor pour une nouvelle scène, semblait-il. Elle releva la tête et nous aperçut, et je la vis nous faire un grand sourire. Pourquoi donc paraissait-elle si contente de nous voir ? Elle se dirigea vers nous sans que Laurent n'ait eu à ouvrir la bouche. En attendant qu'elle soit à portée de voix, je tentai d'extraire quelques informations à celui-ci. « Dis-moi, Laurent, combien y a-t-il de personnes en permanence dans ces lieux ? »

« Il y a quatre employés permanents pour s'occuper des filles : Victoria, James, le réalisateur, Demetri et Felix. Les filles dorment dans une chambre au fond de la salle et elles mangent de la bouffe de resto à tous les repas. »

« On parle de combien de nanas, au juste ? » Questionna à son tour Jasper.

« Cinq, si on inclut vos deux poulettes, Alice et Bella. Les autres sont des filles qui ont accepté de travailler pour Aro en échange de nouveaux papiers d'identité… »

Je me demandais si ce qu'il disait à propos des autres filles était véridique. Quelque chose me disait qu'il me mentait de façon éhontée. Mais ça n'avait pas vraiment d'importance puisque la première chose que nous ferions une fois sortis d'ici serait précisément d'alerter les autorités à propos de ce business dépravé et illicite.

« Eh bien, Laurent, je ne pensais pas te revoir si vite, » lança la rousse quand elle nous eut rejoints. « Alors, il paraît que tu voulais discuter ? Serait-ce pour m'annoncer que tu as enfin trouvé des remplaçants à Felix et Demetri ? Ce ne serait pas trop tôt, compte tenu que ces deux imbéciles n'arrêtent pas de gaffer… et tout ce qui les intéresse c'est de sauter les filles entre les scènes. Mais là, j'en avais ma claque et je les ai envoyés m'acheter des clopes et du chocolat au Monoprix… » Elle nous dévisagea tour à tour, Jasper et moi, avec des yeux remplis de convoitise.

Cette fille avait l'air de croire, tout comme Gianna avant elle, que Jasper et moi étions ici pour passer une "audition". Ha ! Ha ! J'étais prêt à parier que si je lui disais qu'elle avait visé juste, elle voudrait servir de cobaye sur le champ… Mais mon expertise en matière de plaisir sexuel, il n'y avait que ma bien-aimée qui avait le droit d'en profiter.

Encore une fois Laurent dut remettre les pendules à l'heure. « Non, Victoria, ces messieurs ne sont pas ici pour remplacer nos deux maîtres de l'orgasme. Il se trouve que les poulettes que j'ai ramenées ce matin sont leur propriété, et ils sont disposés à nous les prêter jusqu'à dimanche, mais ils voulaient d'abord s'assurer des conditions dans lesquelles nous les maintenons captives ici. »

Le sourire de la dénommée Victoria s'effaça comme il était apparu. « Qu'est-ce qui t'a pris d'amener ces types ici ? Ils vont vouloir récupérer leur marchandise illico, c'est évident ! »

Laurent haussa les épaules dans un geste défaitiste. « Le problème, Vic, et d'ailleurs tu aurais dû t'en apercevoir, toi qui te crois si maligne, c'est que ces messieurs ici présents tiennent Irina en otage, et que je suis obligé de leur obéir au doigt et à l'œil depuis qu'ils ont récupéré le portable de la brunette au cheveux longs… »

« Comment diable ont-ils fait pour te retracer ? » L'interrompit la belle rousse, de plus en plus furieuse.

« Je n'en ai aucune idée, Vic ! » soupira l'autre. « Mais c'est d'un proxénète et de son homme de main qu'on parle, et lui aussi fait affaire avec des clients bourrés de fric. Je suppose qu'il doit avoir fait installer des localisateurs dans les cellulaires de ses filles pour être en mesure de les suivre en tout temps. »

« Eh bien, le moins qu'on puisse dire, » continua Victoria en s'adressant à moi, « c'est que tu as foutrement bien appris à tes putes comment mentir. C'est pas possible toutes les conneries qu'elles m'ont racontées ! »

Je lui fis un sourire entendu. « Je ne sais pas ce qu'elles t'ont dit, mais sache que je choisis toujours mes filles selon leur capacité à tenir une conversation, histoire de pouvoir distraire les clients avec leur bavardage en même temps qu'elles s'acquittent de leur besogne principale, si tu vois ce que je veux dire, beauté fatale. »

J'avais vite fait de réaliser que la carte de la séduction serait sans doute la plus judicieuse avec cette femme qui semblait être en charge du bunker. Elle se mit à rire à gorge déployée en entendant ma réplique.

« Cela dit, » poursuivis-je sans lui donner le temps de rétorquer quoi que ce soit, « il est vrai qu'après avoir jeté un bref coup d'œil sur les lieux, j'ai décidé que mes filles méritaient mieux que ce trou miteux durant leur séjour à Paris. Voyez-vous, chers amis, M. Robichaud, le client que Bella devait rencontrer, avait l'intention de la sortir dans les meilleurs endroits de la capitale pendant les trois jours durant lesquels elle lui tiendrait compagnie… »

« Où veux-tu en venir, mon grand ? » Demanda Victoria en changeant complètement d'expression.

Jasper devait être à bout de patience car c'est lui qui répondit à ma place, « C'est très simple, pouffiasse, si dans dix secondes tu n'es pas allée chercher les deux poulettes de mon employeur, je casse le cou d'Irina, et tout ce qu'il te restera à faire sera d'avertir Aro de préparer ses funérailles. »

Victoria reporta son attention sur Laurent qui se dandinait d'un pied sur l'autre. « Non mais je rêve ou quoi ? Il est sérieux, là, ce type qui a l'air d'avoir un manche à balai fourré dans le cul ? » Demanda-t-elle en français.

« J'ai bien peur que oui, » marmonna l'autre. « C'est un ancien champion d'arts martiaux, » ajouta-t-il.

Victoria s'éloigna vers le fond de la salle en maugréant, « J'espère au moins qu'Aro n'est pas au courant que sa fille est tenue en otage, sinon tu n'es pas mieux que mort, Laurent. »

« Pour qui tu me prends, Vic ? Évidemment qu'Aro n'est pas au courant! D'ailleurs il va falloir taire toute cette affaire une fois que ces deux types vont avoir récupéré leur bien. »

Victoria ouvrit une des portes au-delà des installations de tournage et je l'entendis hurler, « James, laisse cette petite Jane tranquille deux minutes et viens m'aider ! On a de la visite qui est venue reprendre ce qui lui appartient… »

Peu après, un homme au torse nu sortit de la pièce adjacente. Il était plutôt trapu et ses cheveux blond cendré flottaient librement sur ses épaules. Même de loin je pouvais voir qu'il avait une sale gueule. Il suivit Victoria dans l'autre pièce, et quand tous les deux réapparurent, il tenait Alice dans ses bras. À mon grand soulagement, elle avait des vêtements sur le dos. Ils revinrent vers nous et je fronçai les sourcils; Jasper eut la même réaction. Et pour cause. En la voyant de plus près, je me rendais compte que sa compagne gisait inerte dans les bras du dénommé James.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait, pour l'amour du ciel ? Pourquoi est-elle inconsciente ? » Ne put s'empêcher de s'enquérir mon ami.

« Elle n'est pas inconsciente, espèce d'idiot, elle dort comme une souche, » répondit James, avec l'accent britannique. « Je pense qu'elle a eu une overdose de plaisir ce matin… » Et en disant ça, il éclata de rire.

Je dus me retenir pour ne pas lui sauter à la figure. Si nous n'avions pas fait irruption dans le bunker, il aurait sans doute essayé de profiter d'Alice et de Bella, putain de bordel.

« Et où avez-vous caché l'autre fille, celle que je réservais pour un client ? » Demandai-je en réalisant que personne ne bougeait pour retourner chercher ma compagne.

James rit encore plus fort avant de me répondre, « Manque de pot, le rouquin, elle s'est tirée avec le livreur du restaurant, et ça fait déjà un sacré bail… »

« Quoi ? » M'exclamai-je, et au même moment j'entendis la voix de Laurent qui répétait ma question en écho.

« Et pourquoi personne ne m'a téléphoné pour me prévenir ? » Questionna-t-il, totalement décontenancé.

« On a essayé de te joindre, triple con, » railla Victoria, « mais tu devais être en train de baiser Irina parce que t'as jamais répondu à ton putain de cellulaire ! »

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Marmonna Jasper dans mon dos. Il avait placé son bras autour du cou d'Irina et il n'aurait eu qu'un geste à faire pour mettre fin à ses jours en le lui brisant.

Il avait parlé trop bas pour que les autres puissent l'entendre.

« On leur demande l'adresse du resto et on s'y rend en gardant Irina en otage pour les empêcher de tenter quoi que ce soit contre nous, » murmurai-je en retour.

« Vous êtes vraiment une bande de petits merdeux, » poursuivis-je en m'adressant à James, Laurent et Victoria. « Vous mériteriez que je communique immédiatement avec votre patron pour lui signaler à quel point vous êtes incompétents. Et d'ailleurs je ne me gênerai pas pour le faire si vous ne me donnez pas tout de suite l'adresse du resto qui livre la bouffe dans cette planque minable. Et autant vous avertir aussi que si je ne retrouve pas Bella Swan dans ce foutu restaurant, je ne vous rendrai pas Irina vivante. Vous irez récupérer son corps dans la Seine, est-ce que c'est clair? »

Victoria croisa les bras comme si elle voulait me défier. Elle n'avait pas l'air de me prendre au sérieux. Je sortis une carte d'affaire que j'avais subtilisée sur le bureau de Gianna lors de notre passage à l'hôtel particulier. « Ah, il y a trois numéros sur cette carte : A. Volturi, M. Volterra et C. Curvato. Quelque chose me dit que si je compose le premier, je vais tomber sur Aro… »

Je sortis mon BlackBerry et commençai à appuyer sur les touches.

« Arrête, fais pas le con ! » S'exclama Laurent en comprenant ce que je m'apprêtais à faire.

C'est lui qui avait le plus à perdre dans cette histoire car c'était sa faute si j'avais réussi à interférer dans les activités du bunker. S'il n'avait pas eu l'idée stupide de s'approprier le téléphone de Bella en premier lieu, Jasper et moi n'aurions pas pu le retracer.

« Le restaurant est situé au n°54 de l'avenue Mathurin Moreau. C'est tout près d'ici, de l'autre côté du canal, » finit-il par cracher.

Je me tournai vers celui qui tenait Alice dans ses bras. « James, tu vas monter là-haut avec mon homme de main et tu vas déposer ma poule sur le siège arrière de ma voiture. Et surtout, essaye de ne pas la réveiller. »

Dans les circonstances actuelles, c'était une bénédiction qu'Alice soit endormie. Si elle se réveillait ici et qu'elle apercevait Jasper, elle lui sauterait probablement dans les bras et notre couverture tomberait à l'eau.

Je regardai James monter prudemment l'escalier avec Alice à la suite de Jasper et Irina qui était restée muette comme une tombe depuis que mon ami lui avait mis la main sur la bouche en sortant de la Peugeot. James avait l'air blasé, et pas dangereux pour deux sous. Après tout, il ne faisait rien d'autre de ses journées que filmer des chattes ruisselantes et les fourrer entre les scènes…

Je sortis le portable de Bella et le lançai à Laurent avant de me diriger à mon tour vers l'escalier qui menait à l'air libre. Il attrapa l'appareil et me regarda, confus.

« Je vais t'appeler sur ce cellulaire quand j'aurai remis la main sur Bella. Tu pourras venir chercher Irina au restaurant une fois que j'aurai disparu dans la nature avec mes filles et mon acolyte. N'oublie pas que je peux savoir où tu te trouves grâce au localisateur, alors n'essaye pas de me suivre pour reprendre Irina avant que je ne communique avec toi. Et aussitôt que tu seras avec elle, je veux que tu détruises ce putain de téléphone, d'accord ? »

Il fit un signe affirmatif et je me dépêchai de remonter les marches. Décidément ces trois crétins devaient avoir terriblement peur d'Aro pour vouloir à tout prix le garder dans le noir à propos de leurs démêlés avec moi. Bien entendu la situation serait différente si je ne tenais pas la fille de celui-ci en otage. J'allai rejoindre les autres à la voiture. Jasper était assis à l'arrière avec Irina d'un côté et Alice de l'autre, mais cette dernière était à moitié affalée sur ses cuisses.

Je m'adressai à James une dernière fois. « Va retrouver les autres en bas et attends mon coup de fil avec Laurent. Je vais faire démarrer la voiture seulement lorsque j'aurai vu la trappe se refermer sur toi. »

Je m'assis à l'avant de la voiture et le regardai s'éloigner dans le rétroviseur. Ce qu'il ne savait pas, c'est que j'allais sur le champ alerter la police pour qu'on vienne libérer les filles qui étaient encore captives dans le bunker…

ooooo

BPOV

« Tu es sûre que c'est ce que tu veux, Bells ? » Me demanda Jacob en me regardant droit dans les yeux.

Pourquoi fallait-il toujours qu'il remette tout ce que je faisais en question ?

J'aurais pourtant dû être habituée puisque ça durait depuis notre plus tendre enfance. « Tu es sûre que tu veux un troisième biscuit ? » « Tu es sûre que cette fille est vraiment ton amie ? » « Tu es certaine de vouloir apprendre à conduire une moto ? »

Celle-là, il me l'avait posée la semaine dernière, lorsque j'étais arrivée chez mon père pour y passer les vacances estivales. J'avais presque seize ans, nom d'un chien ! Bien sûr que je voulais apprendre à conduire une moto ! Ce serait déjà un début. Si mon père voyait que j'étais bonne derrière le guidon d'une motocyclette, il penserait sûrement que j'étais mûre pour apprendre à conduire une voiture.

Tu veux dire si tu ne te tues pas sur la moto avant…

« J'en ai assez de tes questions stupides, Jake ! Je ne te l'aurais pas demandé si je n'y avais pas réfléchi longuement, figure-toi, » répondis-je, sur le point de me fâcher.

Le hic, c'est qu'il ne fallait pas que je m'énerve en ce moment. En fait, il fallait que je sois le plus détendue possible…

« Pourquoi es-tu si pressée ? Tu n'as que quinze ans, bordel ! » S'entêta mon meilleur ami.

« Toutes les filles de ma classe l'ont déjà fait, » dis-je en affectant une moue boudeuse.

« Il va falloir que tu trouves une meilleure raison que ça si tu veux me convaincre, » soupira Jacob. « J'ai l'impression que tu cherches seulement à être avec moi pour servir tes propres intérêts. Si moi je te demandais quelque chose, je ne sais pas si tu le ferais… »

Il se leva de mon lit et alla se planter devant la fenêtre qui donnait sur le jardin.

« Tout dépend quoi, je suppose, » marmonnai-je.

Je me sentais mal tout à coup. Je savais qu'il avait raison, du moins en partie.

« Je voudrais qu'on se fréquente en amoureux avant de passer à cette étape là, Bells, et ça fait plusieurs fois que je te le dis, d'ailleurs. »

Jacob Black avait dix-huit ans et il rêvait d'une relation sérieuse avec une fille. Il rêvait d'une relation sérieuse avec moi… Mais moi je n'étais pas prête à m'engager sérieusement. Je voulais expérimenter avant. Sauf qu'en même temps, je ne voulais pas avoir l'air inexpérimentée avec les garçons de mon école.

C'est pour ça que j'avais demandé à Jacob de me dépuceler, une semaine après qu'il ait commencé à me donner des leçons de conduite à moto. Après tout, un bon professeur est un bon professeur, non ? Je pensais qu'il allait dire oui sans hésiter, content d'avoir une fille qui pourrait le satisfaire sexuellement sans complications sentimentales. Mais non. Lui, ce qu'il voulait, c'était une petite amie, justement, avec tout ce que cela impliquait.

Je pris une grande inspiration avant de continuer. « On ne peut pas se fréquenter de façon sérieuse, merde. Tu demeures à La Push, et moi à Phoenix durant toute l'année scolaire. Notre relation serait vouée à l'échec dès le départ… »

« Alors c'est que tu ne m'aimes pas comme moi je t'aime, et ça ne sert à rien d'aller plus loin dans de pareilles conditions. Même si ça te ferait très plaisir, au bout du compte moi j'en souffrirais, » essaya de conclure mon ami d'enfance.

Je m'affalai dans mon lit et commençai à retirer mes chaussettes. Je n'avais nullement l'intention d'abandonner la partie si vite. « Je ne t'ai pas demandé de prendre ma virginité au nom de l'amour. Je te le demandais au nom de notre sacro sainte amitié, Jake. »

Jacob se retourna brusquement pour me faire face. Il était très impressionnant du haut de ses deux mètres. Et très beau aussi, ce qui ne gâchait rien. Pourquoi n'étais-je pas capable de l'aimer d'amour ? Tout serait tellement plus facile si nous étions sur la même longueur d'ondes…

« Bella, si j'acquiesce à ta demande, on ne pourra sans doute même plus être amis par la suite… Notre amitié ne doit donc pas compter beaucoup à tes yeux… »

Je continuai mine de rien à retirer mes vêtements tout en expliquant, sentant une boule se former dans ma gorge, « Je ne crois pas au grand amour, mais je ne tiens pas pour autant à me donner au premier venu. Tu devrais te sentir très honoré que je veuille m'offrir à toi pour ma première fois ! »

Mon ami revint s'asseoir à mes côtés sur le lit. « Tu es une drôle de fille, Bella Swan. Je pensais que les adolescentes rêvaient encore au prince charmant. »

« Elles rêvent peut-être au prince charmant, mais en l'attendant elles s'envoient en l'air à gauche et à droite, » répondis-je avec cynisme.

« Tu sembles mépriser le comportement de tes copines, et pourtant tu es prête à joindre leur rang. Tu me déçois, Bells, » fit-il avec un sourire amer.

Je décidai de tenter le tout pour le tout. « Très bien, si je ne peux pas obtenir ce que je veux avec toi, je vais aller voir Paul… »

Paul était un autre garçon de La Push, et il avait la réputation de ne pas se faire prier au rayon de la baise. Je savais que plusieurs filles des environs étaient déjà passées dans son lit. Il se ferait sûrement un plaisir de s'occuper de mon dépucelage.

Le rictus de Jacob s'accentua en m'entendant prononcer de telles paroles. « Tu es vraiment odieuse, tu le sais ça ? Avoir recours à ce genre de chantage avec moi ! J'ignore avec quel genre de filles tu traînes à Phoenix, mais je ne te reconnais plus ! »

Il se leva et se dirigea vers la porte de ma chambre, mais en quelques gestes lestes je me débarrassai de mon tee-shirt (sous lequel je ne portais pas de soutien-gorge) et je me précipitai sur lui avant qu'il ne tourne la poignée pour l'ouvrir.

« Laisse-moi tranquille, Bella ! J'ai besoin d'aller réfléchir, » dit-il sèchement en essayant de me détacher de lui.

Je le tenais par la taille et je voulais qu'il se retourne pour pouvoir admirer ma poitrine. Il ne pourrait certainement pas me résister s'il voyait mes seins. Mes copines m'avaient toutes dit que les garçons raffolaient des lolos…

Il se retourna, oui, mais seulement pour s'emparer fermement de mes poignets afin de m'empêcher de le toucher. J'étais toujours collée contre lui et je pouvais sentir son érection au travers de son jeans. C'était clair que je lui faisais de l'effet, en tous cas.

« Tu ferais mieux de t'éloigner de moi, Bells, parce qu'en ce moment, à cause de ton comportement de chienne en chaleur, j'ai seulement envie de te prendre de la même façon que mon bon ami Paul te prendrait, si c'est lui que tu choisissais, et crois-moi, ça ne serait pas la plus agréables des expériences pour une vierge… »

Je m'apprêtais à le traiter de dégonflé, mais je n'eus pas le temps d'émettre un son parce qu'à cette seconde précise la porte s'ouvrit à toute volée et Charlie fit intrusion dans ma chambre. En m'apercevant torse nu à proximité de Jacob qui me tenait toujours les mains, il crut probablement que ce dernier avait tenté d'abuser de moi. Putain de merde.

« Foutre Dieu ! Qu'est-ce que t'es en train de trafiquer avec ma fille, Jacob Black ? Sors d'ici tout de suite, sale garnement, et que je ne te reprenne jamais à rôder autour de Bella ! »

Jacob quitta ma chambre en claquant la porte et sans même tenter de se justifier. Quelques heures plus tard, mon père me reconduisit à l'aéroport pour me renvoyer chez ma mère. Tandis que je regardais par le hublot de l'avion, je sentis des larmes couler sur mes joues.

« Quelque chose ne va pas, Seth, ça fait cinq minutes que Bella pleure comme une fontaine. Va chercher Jacob, sinon elle risque d'avoir un choc en se réveillant… »

Mais si j'entendais cette voix douce et féminine qui venait de mentionner le nom de Jacob, c'est que je devais déjà être réveillée…

Je ne voulais pas ouvrir les yeux. J'étais confuse au possible. La dernière chose dont je me rappelais, c'était d'avoir vu le visage de Jacob Black lorsque le livreur du restaurant avait enlevé son casque de moto. Que m'était-il arrivé par la suite ?

Je n'entendis plus rien pendant un moment, mais soudain la voix de mon ami d'enfance résonna dans la pièce, en même temps que je me faisais tapoter gentiment les joues. « Bella, petite, ouvre les yeux et dis-moi ce qui te fait pleurer comme ça. Est-ce que les gens dans le bunker t'ont fait du mal ? »

« Tu es sûr qu'elle se rappelle de toi, Jake ? » Entendis-je la voix féminine demander. « Mais tu as raison quand tu dis qu'elle n'a pas changé d'un iota. Pas étonnant que mon jeans lui aille si bien. On avait l'habitude de porter la même grandeur et d'échanger nos fringues… »

Je finis par ouvrir les yeux, réalisant par la même occasion qu'ils étaient vraiment mouillés de larmes, mais je ne répondis pas à la question de Jacob. « Où suis-je ? Et que m'est-il arrivé ? » M'enquis-je à la place.

Jacob était penché sur moi, et une jeune femme se tenait juste derrière lui. Je la connaissais elle aussi. C'était Leah Clearwater, la fille d'un ami de mon père, ce qui expliquait ce qu'elle venait d'évoquer. Et l'autre à qui elle s'était adressée tout à l'heure devait être son frère…

« Tu es tombée dans les pommes aussitôt après que je t'aie donné des vêtements pour te couvrir et que tu aies enlevé ton casque, » répondit-il en essuyant mes larmes du revers de sa main.

« Je me rappelle t'avoir demandé ce que tu faisais si loin de chez toi…, » dis-je en essayant de me redresser malgré mon extrême faiblesse.

Apparemment on m'avait allongée sur un lit, ce qui ajouta à ma confusion.

« … mais ensuite c'est la noirceur totale… »

« Je pense que tu as subi un choc nerveux, Bella, et que c'est la raison pour laquelle tu t'es évanouie, » poursuivit Jacob. « Tu veux m'expliquer ce que tu faisais dans le bunker d'Aro Volturi ? »

Je lui adressai un petit sourire de connivence comme à l'époque où nous étions les meilleurs amis du monde. « Oh, je pourrais te raconter les onze dernières années de ma vie en long et en large, Jake, mais pas avant que tu n'aies répondu à mes questions. »

Jacob soupira et se tourna vers Leah. « Pourrais-tu aller chercher quelque chose à manger à Bella s'il te plaît ? Je pense qu'elle fait de l'hypoglycémie en ce moment, elle est toute pâle… »

Leah marmonna quelque chose que je ne saisis pas et sortit de la pièce qui selon toute vraisemblance était une chambre.

Les paroles de mon ami me firent sourire encore davantage. Mes crises d'hypoglycémie étaient notoires et avaient jadis fait avorter cette fameuse course à l'orgasme dont Edward aurait dû être déclaré le vainqueur. Edward ! Pourquoi diable n'avais-je pas pensé à lui téléphoner en sortant de l'avion ? Il m'avait dit qu'il attendrait mon appel avant de se mettre au lit… Mais ce n'était pas lui que je devais joindre de toute urgence, c'était la police, car Alice était toujours captive dans le bunker ! Quelle heure était-il ? Les pensées se bousculaient dans ma tête, m'empêchant de réfléchir de manière cohérente. Ma soudaine panique devait se voir sur mon visage car Jacob fronça les sourcils.

« Calme-toi, Bells. Tu es en sécurité ici, » tenta-t-il de me rassurer.

Comment pouvait-il dire un truc pareil ? Était-il de mèche avec les gens du bunker comme je l'avais d'abord soupçonné ? Essayait-il d'endormir ma méfiance ?

« Il faut avertir la police au plus vite, Jake ! Mon amie Alice est retenue captive dans le bunker ! »

« Je ne peux pas avertir les flics, » déclara Jacob sur le même ton que s'il avait dit qu'il allait faire beau demain.

« Comment ça tu ne peux pas alerter les flics ? » M'affolai-je. « Qu'est-ce que tu racontes ? Et ça fait combien de temps que je poireaute ici ? Bon Dieu de merde, réalises-tu que tu me dois une montagne d'explications ? »

Il me dévisagea comme si je venais de l'envoyer promener. « Peut-être bien que je te dois des explications, mais je te ferai remarquer que tu n'es pas en reste, Bella Swan ! Onze putain d'années sans donner signe de vie ! Ça doit être un record quelque part, » lança-t-il avec des éclairs dans les yeux.

Ah, s'il voulait ressasser le passé, il allait être servi…

« Après ce que tu m'as dit la dernière fois qu'on s'est vus, je ne voyais pas l'utilité de garder le contact. Dois-je te rappeler que tu m'as traitée de chienne en chaleur ? »

Ses yeux devinrent de minces fentes. « Tu t'étais mise à poil et tu t'es jetée sur moi comme un démon succube ! Qu'est-ce que j'étais censé dire ? »

Je trouvai la force de m'asseoir pour lui répondre, « Je n'étais pas à poil, bordel, j'étais seulement topless ! »

« Ça n'a fait aucune différence aux yeux de ton père ! Il a pensé que j'avais essayé de profiter de toi et il ne m'a plus jamais adressé la parole par la suite. Et il m'aurait sans doute jeté en prison si en plus il avait appris que je t'avais initiée aux joies de la moto. N'oublie pas que j'étais déjà majeur à l'époque, moi. »

« Cessez de vous chamailler tous les deux, » gronda Leah en revenant dans la chambre avec un plateau contenant plein de victuailles qu'elle déposa directement sur le lit. Elle ressortit aussi vite.

C'est seulement à cet instant là que je remarquai que je portais un tee-shirt avec la Tour Eiffel dessus.

« Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu foutais à Paris, » fis-je remarquer avec une voix plus calme.

« J'y ai ouvert un restaurant il y a six mois avec les copains de La Push. Si tu t'étais donnée la peine de demeurer en contact avec moi, tu saurais que je suis allé à l'école d'hôtellerie et que j'ai fait plusieurs stages en France durant mes années d'apprentissage. Je suis ici avec Leah, Seth, Sam, Emily et Vanessa. En fait, en ce moment tu te trouves dans l'appartement que nous partageons au-dessus du resto… »

« C'est bien joli tout ça, mais ça n'explique pas pourquoi tu livres de la bouffe à une bande d'obsédés sexuels qui passent leurs journées sous terre à filmer des filles à poil contre leur gré, au lieu de prévenir la police à propos de leurs activités illicites, » l'interrompis-je en prenant une frite dans l'assiette à côté de moi. En plus des frites, il y avait tout un assortiment de sandwiches.

« Vanessa Wolfe est ma fiancée, Bella. Il y a deux mois, elle s'est fait enlever dans la rue par les sbires d'un mafioso du nom d'Aro Volturi. Il la garde prisonnière dans son repaire, et si je ne livre pas quotidiennement les repas aux personnes qui vivent dans son bunker, il a menacé de la violer à répétition. Et pire encore, si je préviens la police à propos de son enlèvement, il va la faire exécuter… »

Ce que mon ami d'enfance venait de me révéler était à faire dresser les cheveux sur la tête. Je ne savais plus quoi dire, mais je bafouillai quand même. « Je… je ne comprends pas comment ce Aro a pu vous choisir comme pantins… Il y a des milliers de restaurants à Paris… »

Jacob piqua dans l'assiette de frites et expliqua, « Aro est venu manger ici un jour et il a été impressionné par la qualité de ma cuisine. Par la suite il nous a fait espionner par les sbires dont je viens de te parler, Caius Curvato et Marcus Volterra. Crois-moi, tu ne voudrais pas rencontrer ces types quand tu te promènes toute seule la nuit dans une ruelle… »

« Dans ce cas, comment peux-tu être sûr que Vanessa est toujours en vie ? Je ne veux pas paraître pessimiste, mais les gens de la mafia ne sont pas des enfants de chœur… »

« On pourrait en effet se poser la question, mais tu peux être rassurée sur ce point; Aro communique avec moi tous les soirs et il me permet de parler avec ma petite amie pour m'assurer qu'elle va bien. Enfin, aussi bien qu'on peut aller dans de pareilles circonstances. »

« Et combien de temps va durer cette "collaboration", d'après toi ? N'y a-t-il rien que vous puissiez tenter ? » Demandai-je.

« Pas si je tiens à rester en vie moi-même, » répliqua Jacob. « Et ça vaut pour les copains de La Push aussi. Les sbires d'Aro nous espionnent jour et nuit pour être certains que nous ne commettons pas de bêtises. »

Je blêmis en réalisant la portée des dernières paroles de Jacob. S'il se faisait espionner, peut-être que les hommes de main d'Aro l'avaient vu revenir au restaurant avec moi et qu'ils allaient le prévenir que quelque chose ne tournait pas rond au bunker…

Mon ami me laissa manger en silence pendant quelques minutes, puis il reprit, « Je pense qu'il serait temps que tu m'expliques comment toi tu t'es retrouvée mêlée aux combines d'Aro. »

« Dans mon cas c'est très simple : je me suis fait kidnapper à l'aéroport de Roissy, ce matin, avec mon amie Alice Brandon. Tu te souviens d'elle, non ? »

« Bien sûr que je me souviens d'elle. Elle était sortie avec Seth pendant quelques mois. Je pense même que c'est lui qui a pris sa cerise… »

Il me décocha un autre sourire entendu.

« Eh bien je suis contente d'apprendre ça, Jake. Seth est un gentil garçon. C'est drôle quand même qu'elle ne m'ait jamais parlé de lui quand on se donnait des nouvelles au téléphone… »

« Seth m'a raconté que la mère d'Alice écoutait les conversations que sa fille avait au téléphone. Donc celle-ci devait surveiller ce qu'elle disait à ses copines. Il fallait qu'elle et Seth soient très discrets parce qu'ils se fréquentaient en cachette. Il est célibataire en ce moment… »

Jacob laissa sa phrase en suspens comme s'il s'attendait à ce que je lui annonce qu'il y avait de l'espoir pour Seth et Alice de reformer un couple. Cela me ramena à ce que j'étais en train de lui expliquer la minute précédente.

« Toujours est-il que le chauffeur de taxi à l'aéroport nous a conduites au bunker à la place de nous emmener à notre hôtel. Voilà, il n'y a rien d'autre à ajouter, à part que… »

« À part que tu es une écrivaine célèbre qui a été invitée au Salon du Livre qui a lieu la semaine prochaine au Centre Pompidou, » termina Jacob.

Je relevai la tête pour le dévisager, estomaquée. « Attends une minute, là. Comment t'es au courant ? »

Ma question eut l'air de l'offenser. « Que tu es une écrivaine célèbre ? Charlie n'a pas arrêté d'être ami avec Billy, tu sais, et puis j'ai toujours suivi ta carrière de loin, de toute façon, contrairement à toi… »

« Ne recommence pas, » grognai-je en lui lançant une frite par la tête. Puis mon inquiétude reprit le dessus. « Il va pourtant falloir faire quelque chose pour Alice, » soupirai-je.

Jacob soupira lui aussi.

« Je sais que tu es venue à Paris pour affaire, mais Alice, elle, pourquoi t'accompagnait-elle ? » Finit-il par demander.

Je ne sais pas si c'est parce que je n'avais pas assez récupéré ou si je subissais une deuxième onde de choc nerveux, mais la pensée que ce qui arrivait à Alice était entièrement de ma faute me fit fondre en larmes de façon consciente cette fois-ci. Jacob repoussa le plateau et essaya de me consoler en me serrant dans ses bras. J'utilisai son tee-shirt pour essuyer mes yeux, incapable de stopper mes sanglots.

« Est-ce que j'ai dit quelque chose que je n'aurais pas dû, Bells ? Si c'est le cas, je m'excuse… »

« Non, Jake, c'est juste que rien de ceci ne serait arrivé si je n'avais pas insisté pour qu'elle m'accompagne. Mais je me sentais tellement anxieuse hier avant mon départ, que je l'ai presque forcée à venir avec moi. Il faut absolument que je passe un coup de fil, et je n'ai plus aucune de mes affaires, » dis-je en reniflant bruyamment.

Jacob sortit un cellulaire de sa poche et me le tendit. « Tu peux te servir de mon téléphone si tu me promets que ce n'est pas pour alerter les autorités. »

Ce fut à mon tour de prendre un air offusqué. « Quelle heure est-il ? Je veux au moins qu'Edward sache que je suis arrivée à Paris comme prévu. Et qui sait, avec tous ses contacts, il sera peut-être en mesure de tirer quelques ficelles. »

Étant donné que mon ami restait étrangement silencieux, je regardai moi-même l'heure sur sa montre en lui empruntant son portable. Il approchait de 13h. Bon, Edward devait certainement être levé puisque ça voulait dire qu'il était près de 7h à New York. D'une main fébrile je composai le numéro pour le joindre. Au bout de deux sonneries, j'entendis sa voix de velours. « Edward Masen, » se contenta-t-il de répondre.

« Edward ! » soufflai-je avant d'être prise d'un autre accès de sanglots.

« Bella, chérie, si tu savais comme je suis content d'entendre ta voix… »

Il avait reconnu ma voix même si elle était toute enrouée. Il y avait tant de choses que je voulais lui dire, mais les mots restaient coincés dans ma gorge. Pendant que je tenais l'appareil collé à mon oreille, Jacob se leva et alla se planter devant une fenêtre, me laissant avec une vague impression de déjà vu.

« Dis-moi quelque chose, Bella. J'ai encore besoin d'entendre ta voix et de savoir que tu vas bien, » reprit Edward à l'autre bout du fil.

« Je vais bien, Edward, mais il est arrivé quelque chose à Alice… »

Moi ça va, Edward, mais Alice est prisonnière d'une bande de pervers…

« Je sais, trésor, » répondit-il.

Je fronçai les sourcils. Ce qu'il disait n'avait pas de sens. Je hoquetai dans le téléphone. « Qu'est-ce que tu dis, Edward ? Comment pourrais-tu le savoir ? »

« Alice est avec moi en ce moment, et Jasper aussi, et nous sommes en route pour venir te chercher. En fait nous sommes presque rendus à destination. »

Hein ? Est-ce que j'étais encore en train de rêver ?

« Je ne comprends rien à ce que tu racontes, Edward. Es-tu en train de me dire que tu es à Paris, et non à New York ? »

« Oui, mon amour, c'est ce que j'essaye de te dire. Maintenant je vais couper la communication parce que j'arrive devant le restaurant… »

« Comment sais-tu où je…, » balbutiai-je.

Mais j'entendis un clic et la tonalité fut coupée. Sans le réaliser, je laissai tomber le téléphone de Jacob sur le lit.

« Quelque chose ne va pas ? » Demanda celui-ci en se retournant vers moi.

Comment pouvait-il poser une question aussi saugrenue alors que ça faisait deux mois que rien n'allait plus dans sa vie ?

Je me levai et me dirigeai vers la porte. Je ne savais pas comment il réagirait si je lui répétais les paroles d'Edward. Paroles qui d'ailleurs m'apparaissaient totalement surréalistes… Je décidai de n'en rien faire.

« Il faut descendre au resto, Jacob. Quelqu'un dans la salle à manger va demander des informations à mon sujet dans quelques minutes si nous stagnons ici, » expliquai-je.

Jacob ne parut pas surpris outre mesure. Il pensait peut-être qu'Edward était mon éditeur… Il ramassa le plateau et passa devant moi une fois que j'eus ouvert la porte. Je le suivis à travers un long corridor qui débouchait sur un escalier que nous empruntâmes et qui menait directement à la cuisine de l'établissement. Il déposa le plateau sur un comptoir et m'entraîna vers le devant, où se trouvait la salle à manger. J'entrevis brièvement Seth, Sam et Emily qui étaient en pleine préparation des repas et qui continuèrent leur travail comme s'ils ne nous avaient pas remarqués.

La salle à manger était remplie aux trois-quarts, mais j'eus tôt fait de repérer la banquette où Edward, Jasper et Alice, de même qu'une inconnue aux cheveux blonds presque blancs venaient de s'installer. La poitrine à moitié nue de la blonde débordait sur la table devant elle. Bizarrement c'était elle qui était assise à côté de Jasper, et non pas Alice. Je fis un pas dans leur direction, mais Jacob me retint par le bras. « N'est-ce pas Alice que j'aperçois là-bas avec les deux types qui ont l'air de vedettes de cinéma et la fille d'Aro Volturi ? »

« Aro Volturi a une fille ? » Répétai-je bêtement.

« À laquelle il tient plus qu'à la prunelle de ses yeux, oui. C'est curieux qu'elle ne soit pas avec Laurent. J'avais entendu dire qu'ils étaient inséparables. »

Je levai la tête pour regarder mon ami droit dans les yeux. « De toute évidence il a dû se produire quelque chose puisqu' Alice a été secourue et que la fille d'Aro lui tient compagnie, » constatai-je.

« Tu connais les deux mecs qui sont avec elles ? » Interrogea Jacob.

Je pouffai de rire, mais c'était un rire de nervosité devant l'incongruité de la situation. « Viens avec moi, Jake. Il est temps que je fasse les présentations… »

Je lui pris la main pour l'inciter à me suivre. Parvenus à la banquette, je le relâchai et je sautai littéralement sur Alice qui manqua d'étouffer sous mes câlins. « Eh, doucement, Bella, je viens juste de me réveiller ! » Dit-elle en souriant faiblement, comme pour s'excuser de son manque d'enthousiasme.

« Moi aussi ! » M'exclamai-je en riant de plus belle, incapable d'élaborer davantage.

« Je croyais que tu allais me présenter à tes amis, Bells, » fit Jacob derrière moi.

Je ne l'écoutais plus qu'à moitié, car mon regard était maintenant planté dans celui d'Edward qui me dévisageait avec curiosité, comme s'il attendait des explications de ma part. C'était pourtant lui qui devait m'expliquer ce qu'il foutait là. N'était-il pas censé venir me rejoindre seulement lundi ?

« Mais je te connais, toi ! » s'écria Alice en observant Jacob de la tête aux pieds. « Tu étais le meilleur ami de Bella à l'époque où on habitait à Forks avec Rosalie et Esme. Jacob Black, c'est bien ça ? »

« En effet, Alice, je vois que tu ne m'as pas oublié toi non plus, » répondit mon ami en souriant de toutes ses dents.

Je me demandais quand Edward se déciderait à parler…

« Est-ce que c'est toi le livreur à moto qui est passé ce matin au bunker ? » Continua Alice.

« Oui, Alice, c'était lui, » répondis-je à la place de Jacob pour gagner du temps. « Ce restaurant lui appartient, et il emploie Seth, Leah, Sam et Emily pour l'aider à la cuisine. »

Alice ne sembla pas réagir en entendant prononcer le nom de Seth, mais je songeai qu'elle ne voulait peut-être pas que Jasper découvre qu'elle était déjà sortie avec lui dans une autre vie.

« Eh bien, puisque Bella ne semble pas pressée de vous présenter à moi, chers messieurs, mais qu'elle semble très bien vous connaître, puis-je vous demander qui vous êtes, et ce que fait Irina Volturi en votre compagnie ? » Interrogea mon ami d'enfance en fixant tour à tour Edward et Jasper.

« Je suis Edward Masen, PDG des entreprises Softag, et voici mon ami Jasper Whitlock, le fondateur des écoles d'arts martiaux Dragon Rouge. Il est le petit ami d'Alice, et je suis le petit ami de Bella, et à ce titre je tiens à te remercier de t'être occupé d'elle pendant que je ne savais pas où elle était, » répondit mon amoureux en détournant momentanément son regard de sur ma personne pour s'adresser à Jacob.

« Et comment avez-vous fait pour libérer Alice du bunker ? Comment avez-vous même fait pour trouver ce foutu trou à rats ? » Questionnai-je, éberluée.

Je commençais tranquillement à remettre les morceaux du puzzle en place dans ma tête. À présent j'étais en mesure d'imaginer qu'Edward et Jasper avaient voulu nous faire une surprise en arrivant à Paris plus vite que prévu. Ils avaient dû se rendre à l'Hôtel Récamier et y constater notre absence. Après, par contre, je ne voyais pas trop ce qui avait pu se passer…

« C'est très simple, Bella, » expliqua Jasper. « Nous avons pu retracer ton portable grâce au localisateur intégré qu'Edward y avait fait ajouter à ton insu, et il se trouve que c'est Laurent qui l'avait en sa possession, l'imbécile. Enfin, c'est une chance pour nous que ce type soit si con, mais pas pour Irina Volturi, car à cause de la bêtise de son amoureux, nous avons pu la prendre en otage en nous faisant passer pour de dangereux proxénètes. En résumé nous avons menacé de l'éliminer si Laurent ne nous conduisait pas au bunker. Et au cas où tu te demanderais pourquoi elle nous écoute depuis tout à l'heure sans rien dire, c'est qu'elle ne parle pas un mot d'anglais. »

« C'est bien beau tout ça, mais que comptez-vous faire d'elle à présent ? » Demanda Jacob.

Je me posais la même question…

« Nous avons fait croire aux gens du bunker qu'ils pourraient la récupérer lorsque nous aurions retrouvé Bella, » poursuivit Edward. « Mais bien entendu, il ne s'agissait que d'un bluffe, et à l'heure actuelle les forces policières ont fait main basse sur le bunker et ceux qui se trouvaient dedans… »

« Putain de merde, mais il ne fallait pas mêler la police aux magouilles d'Aro ! » S'emporta Jacob qui devint subitement livide.

« Ah bon ? Et pourquoi donc ? »

Évidemment, Edward n'était pas au courant qu'Aro détenait une otage lui aussi, et il avait cru bien faire en alertant les flics.

« Parce qu'Aro Volturi détient ma fiancée Vanessa Wolfe prisonnière, et il a menacé de la faire tuer par ses sbires si je prévenais la police à propos de ses activités clandestines. »

« Aro a des sbires ? » Demanda Jasper sur un ton railleur. « Veux-tu dire les deux armoires à glace qui faisaient le pied de grue à deux coins de rue d'ici et que j'ai neutralisées en moins de temps qu'il ne faut pour épeler le mot enculé ? Parce que si la réponse est oui, ils font dodo dans le coffre de notre Peugeot 508 de location en ce moment… »

« En fait, » renchérit Edward, « nous sommes seulement passés ici pour récupérer Bella, et nous nous apprêtons à retourner chez Aro pour lui échanger Irina contre une certaine Nessie… »

En comprenant où Edward et Jasper voulaient en venir, Jacob éclata de rire en se tapant sur les cuisses. « Y a pas à dire, vous êtes forts les mecs ! Attendez-moi une minute. Je vais aller prévenir les autres que je viens avec vous ! »

« Oh là, je ne pense pas qu'il y ait assez de place dans la Peugeot ! » Fit remarquer Alice en gloussant. « Est-ce que par hasard t'aurais pas pris un peu de poids avec les années, Jake ? »

« Oui da, et c'est pour ça que je vais vous suivre sur ma Ducati 848, » conclut le propriétaire du restaurant.

« Au fait, » demandai-je, « il s'appelle comment ton resto? »

« Le Black Wolfe Shack. »

« Wow, ça sonne très parisien, ça, » ironisai-je avant d'éclater de rire une fois de plus, me sentant heureuse et légère tout à coup.

Je fus bientôt imitée par les occupants de la banquette, sauf bien entendu Irina Volturi qui n'avait rien pigé à notre conversation très animée.

ooooo

« Qu'est-ce qu'Alice écrit d'autre dans son e-mail ? » S'enquit Rosalie en se penchant sur l'épaule d'Esme qui était installée devant son pc.

Elle était venue l'aider à rénover sa salle de bain. Elle ne comprenait pas pourquoi Esme avait fait l'acquisition de ce condo en particulier si elle n'aimait pas la disposition des pièces à l'intérieur et qu'elle allait passer tous ses temps libres à les démolir pour ensuite les remodeler à son goût, mais comme elle adorait les travaux manuels, elle se gardait bien de critiquer son amie.

« Elle écrit que Jasper l'a demandée en mariage pendant un dîner croisière sur un bateau mouche, et qu'elle a failli laisser tomber la bague de fiançailles qu'il lui a offerte dans la Seine tellement elle était survoltée. Et aussi que l'Hôtel Récamier est un endroit romantique à souhait et qu'aux dernières nouvelles Bella et Edward n'ont toujours pas quitté leur chambre… »

« Hein ? Ça veut dire combien de jours, ça ? » Demanda l'ex top-modèle.

« Attends, laisse-moi compter… ils sont arrivés au Récamier mercredi soir et on est dimanche. Ça veut dire cinq jours, » répondit Esme.

« Je ne comprends pas que Bella préfère passer ses journées à baiser plutôt qu'à explorer la Ville Lumière. Elle est à Paris, nom de Dieu ! Mais bon, je suppose qu'elle essaye de se rattraper pour toutes les années où elle n'a pas éprouvé de plaisir avec ses amants… »

« Ah, il y a un post-scriptum à la fin du message d'Alice. En passant, les filles, Bella m'a avoué hier qu'elle n'a jamais été frigide de sa vie et qu'en vérité Edward lui a procuré douze orgasmes pendant les deux premières heures qu'ils ont passées ensemble au spa dans les Catskills… »

Sur le coup Rosalie eut envie de crier, mais à la place elle alla démolir la cloison en carrelage rose et vert qui séparait le bain de la cabine de douche.

Esme sourit en se remémorant combien sa partie de jambes en l'air avec Carlisle avait été plaisante durant ce bel après-midi de septembre.

« Merci Bella, » murmura-t-elle. « J'espère que tu t'amuses bien à Paris… »

o≈FIN≈o≈

Alors voilà, tel que promis je vous ai livré la conclusion de cette histoire avant que juillet ne soit terminé.

J'espère que ça vous a plu malgré l'absence de lemon, mais que voulez-vous, le contexte ne s'y prêtait tout simplement pas…

Parce qu'il m'a fallu 7 jours complets pour écrire ce chapitre, je n'ai pas pu traduire Des gens comme nous cette semaine. Je m'en excuse, et je vous reviendrai avec un nouveau chapitre dimanche prochain.

Comme toujours, merci à Evelyne-raconte de me relire.

À bientôt au détour d'une autre de mes fics.

Milk.