MISE A JOUR DE SEPTEMBRE 2014 :

Bonjour à toutes ! :)

Après trois mois de travail, de recherches et de relectures, j'ai la grande joie de vous présenter la toute nouvelle version de ma fic Vivre l'amour à nouveau !

Grâce à vos avis et vos remarques objectives, j'ai modifié certains points et autres petits détails de l'histoire, en ai transformé certains et vous ai même réservé des chapitres inédits ! En effet, les cinq premiers chapitres ont été entièrement réécrits, l'histoire commençant avant les fiançailles de Marianne et Brandon et continuant de façon chronologique ! Autre grande nouveauté : le chapitre 8 concerne le voyage de noces se déroulant en Italie. J'ai hâte d'avoir votre avis car je le trouve très romantique et il m'a demandé beaucoup de temps et de travail :)

Je vous encourage vivement à lire toute la fic dans son entier car de nombreuses choses ont été changées et vous ne serez pas perdue lorsque je posterai le chapitre 30 ;)

Pour celles qui ne veulent pas avoir la surprise et avoir une idée des changements effectués, je vous mets la liste des chapitres ayant subi des changements importants :)

Chapitre : inédits et se déroulant avant le mariage de Marianne et Brandon, introduisant des éléments des chapitres originaux tels que les Crawford, ainsi que des scènes inédites et les fiançailles.

Chapitre 5 : le mariage avec ajout de nouvelles scènes

Chapitres 6 et 7 : anciens chapitres 16 et 17 ( "Histoire de familles et paradis perdu" et "Portraits de caractères" )

Chapitre 8 : le voyage de noces inédit

Chapitre 9 : scènes inédites avec ajout des anciens chapitres 1 et 2 ( "Bonnes nouvelles" et " Rencontre inattendue et déclarations" )

Chapitre 10 : ancien chapitre 18 ( "Réunion & Séparation" ) avec ajout d'une scène entre Sir John et Brandon et d'un dialogue entre Brandon et Eliza

Chapitre 11 : nouvelles scènes et ancien chapitre 19 ( "Beth Williams" ) avec modifications

Chapitre 12 : remaniement des dialogues avec Miss Crawford

Chapitre 25 : Marianne fait sa Présentation à la Cour avec Margaret

Je vous souhaite une très bonne lecture, en espérant que les reviews seront nombreuses ! Par ailleurs, il est possible que celles qui aient un compte FanFiction ne puissent pas poster un commentaire sur un chapitre où elles avaient déjà laissé une review : vous pouvez vous déconnecter et poster en tant que Guest ou sinon, n'hésitez pas à me faire part de votre ressenti par MP ;)

Bonne lecture à vous et à bientôt ! :)

Justine


Chapitre 1

Un recommencement


Tout le Devonshire connaissait les jeunes gens dont nous allons parler pour leur caractère si différent et pourtant si complémentaire. En effet, l'adage avançant que les opposés s'attirent ne pouvait être plus approprié lorsqu'il était question de Marianne Dashwood, dix-neuf ans, et du Colonel Christopher Brandon, trente-sept ans. Pourtant, si la jeune Marianne Dashwood avait pu connaître le Colonel Brandon dans sa jeunesse, à l'époque où sa fougue et sa passion amoureuse étaient à leur paroxysme, alors peut-être aurait-elle pris conscience qu'ils avaient bien plus en commun qu'elle ne le croyait aujourd'hui. Mais au moment où notre histoire se déroule, leur point commun le plus évident était leur passé amoureux douloureux, passé lointain pour le Colonel, passé proche pour Marianne.

Il était admis que le Colonel Brandon avait aimé une jeune femme lors de sa jeunesse, d'un amour ardent et partagé qui avait été malheureusement contrarié par la famille du Colonel, ayant séparé les deux amants. Cette séparation avait coûté la vie à la jeune fille, et l'insouciance au Colonel. Près de vingt années plus tard, Marianne Dashwood, alors âgée de dix-sept ans, faisait elle aussi les frais d'un amour trop passionné, trop exacerbé, envers un gentleman qui n'avait de ce titre que le nom tant sa conduite avait été honteuse. Mr. Willoughby avait préféré sacrifier un amour sincère pour Marianne au profit d'une rente plus avantageuse en épousant une Miss Grey dotée de cinquante mille livres.

Ainsi, Marianne Dashwood fut plongée dans le désespoir le plus intense, dont tout le monde fut témoin, à commencer par le Colonel Brandon, qui était tombé amoureux de la jeune fille dès le premier regard et dont il avait suivi la vie amoureuse avec appréhension, douleur et résignation. S'il n'était guère bien vu de Marianne à l'époque où elle fréquentait Willoughby, la jeune fille le jugeant trop triste, trop silencieux et bon à soigner ses rhumatismes, elle révisait désormais son jugement depuis qu'elle avait été instruite du passé douloureux du Colonel et de tout ce qu'il avait mis en œuvre pour l'aider. Elle s'était montrée plus aimable et plus chaleureuse à son égard, afin de lui montrer toute la gratitude qu'elle ressentait pour lui après ce qui s'était passé à Cleveland où il l'avait ramenée à la maison des Palmer sous une pluie battante et était allé lui amener sa mère à son chevet lors de sa maladie, résultat de sa promenade imprudente sous les intempéries.

Lors de ses fréquentes visites à Barton Cottage, il lui avait apporté un recueil de sonnets, mais se sentant trop faible pour lire, elle lui avait demandé s'il accepterait de lui en faire la lecture, persuadée que la voix très agréable, grave et profonde du Colonel serait un plaisir à écouter. Elle ne fut pas déçue lorsqu'il s'était exécuté de bonne grâce, prouvant que son intuition avait été bonne.

Un jour que le Colonel Brandon venait de lui faire la lecture dans le jardin devant le cottage, la jeune fille avait tourné vers lui un visage serein et paisible.

« Reprendrons-nous demain, Colonel ? avait-elle demandé.

- Non, avait répondu le Colonel Brandon. Il me faut partir.

- Partir ? Où ? avait demandé Marianne avec une surprise teintée de déception.

- Cela je ne vous en dirai rien. C'est un secret... » avait répliqué le Colonel Brandon avec un air malicieux.

Cette gaieté avait touché le cœur de la jeune fille, la surprenant également car elle n'avait jamais vu le Colonel ainsi, aussi souriant et enjoué. Elle lui avait fait un sourire timide. Puis, une question avait franchi ses lèvres, formulant une préoccupation qui devait représenter le premier signe indiquant l'attachement qu'elle commençait à éprouver pour le Colonel Brandon.

« Votre voyage ne sera pas trop long ? » avait-elle demandé.

Le Colonel Brandon avait secoué la tête en signe de négation, avant de lui adresser un doux sourire. Marianne le lui avait rendu, rassurée, puis avait été l'accompagner au portail de Barton Cottage avec sa mère et ses sœurs. Après l'avoir vu partir dans un nuage de poussière sur son cheval, Marianne avait informé sa mère que le Colonel ne reviendrait pas avant quelques jours, d'un ton d'où l'on pouvait percevoir la déception.

« Oh... Peut-être devait-il partir pour ses affaires ? avait proposé Mrs. Dashwood.

- Je l'ignore... Il m'a dit que c'était secret... Oh maman ! Vous auriez vu son air ! On aurait dit un autre homme... plus jeune et plus heureux ! » s'était exclamé Marianne en souriant.

Mrs. Dashwood n'avait pu s'empêcher de sourire elle aussi, comprenant avec joie que sa fille était en train de s'attacher au Colonel Brandon. Elle avait fait part de ses suppositions à Elinor, sa fille aînée, qui avait tenté de refroidir les espérances de sa mère, arguant que cela ne faisait que trois mois que Marianne venait de sortir d'une période difficile et qu'il n'était pas raisonnable de la voir déjà mariée au Colonel Brandon alors qu'elle n'avait pas encore exprimé son attachement pour lui autrement que par des paroles amicales et une manière de se comporter avec lui plus sociable. Néanmoins, elle avait reconnu que si Marianne éprouvait réellement une forte inclination pour le Colonel Brandon, elle ne pouvait pas mieux trouver et les combler de bonheur.

Quelques jours après, alors que Marianne avait subi des regards en coin de la part de sa mère dès qu'elle parlait du Colonel Brandon, un paquet imposant était arrivé à Barton Cottage, provoquant l'excitation des dames Dashwood. Marianne n'en avait pas cru ses yeux lorsqu'elle avait vu un joli piano-forte aux dimensions parfaites pour pouvoir être installé dans le salon. Elle n'avait pu s'empêcher de rougir lorsque sa mère avait lu la lettre accompagnant le piano-forte, indiquant que ce beau présent venait de la part du Colonel Brandon.

Elle s'était sentie profondément touchée par ce geste : ainsi, c'était donc cela la raison de l'absence du Colonel Brandon ! Il était allé lui chercher un piano ! Une partition accompagnait la lettre et Marianne avait décidé de la travailler avec acharnement jusqu'à ce que le Colonel Brandon revienne, afin de la lui jouer.

« Il doit être très, très amoureux de toi ! avait lancé Margaret, la benjamine des sœurs Dashwood, en regardant Marianne s'installer devant le piano.

- Ce n'est pas que pour moi ! C'est pour nous toutes... » avait répliqué Marianne d'un ton qui contredisait ses paroles.

Il n'y avait eu aucun doute à ses yeux et Margaret avait raison : ce cadeau était une autre preuve montrant à Marianne l'amour que lui portait le Colonel Brandon. Sans qu'elle sache pourquoi, cette pensée l'avait touchée plus que d'ordinaire...

Elle avait effleuré les touches du piano avec un plaisir non dissimulé et avait commencé à jouer la partition offerte par le Colonel. Il leur avait donné un présent qui permettait aux femmes Dashwood de se sentir encore mieux chez elles, la musique que leur jouait Marianne à Norland, lieu qui les avait vu naître et qu'elles avaient été obligées de quitter à la mort de Mr. Dashwood, faisant partie de leur quotidien et leur manquant cruellement à Barton Cottage.

Marianne avait également envoyé une lettre de remerciements au Colonel Brandon, en termes très chaleureux qui n'avait pas manqué de faire un grand plaisir à leur destinataire. Mais Marianne aurait ensuite d'autres raisons pour apprécier davantage le Colonel Brandon, notamment pour son rôle dans l'histoire d'amour d'Elinor Dashwood, sœur aînée de Marianne, avec Edward Ferrars, le frère cadet de la femme de leur demi-frère, dont la famille ne voyait pas d'un œil favorable une alliance avec Elinor.

Apprenant les ambitions ecclésiastiques de Mr. Ferrars et l'amitié qu'il y avait entre lui et Elinor, que le Colonel Brandon appréciait beaucoup, ce dernier avait proposé de lui offrir la cure de Delaford, près de son domaine, afin qu'il puisse entrer en fonction le plus tôt possible et se marier avec la femme qu'il projetait d'épouser à l'époque, Miss Lucy Steele, suite à un attachement conclu à un âge où la raison ne l'emporte jamais. La raison lui était revenue quelques années après pour faire regretter son choix à Edward Ferrars, qui n'aimait plus Lucy et était tombé amoureux d'Elinor, tant avec son cœur qu'avec sa raison.

Après moult rebondissements et malentendus, où Lucy Steele épousa finalement le frère cadet d'Edward, Robert Ferrars, alors doté de la fortune de son frère aîné déshérité par sa mère suite à son refus de renoncer à son engagement d'avec Lucy à cause de son sens de l'honneur et du courage, Edward retrouva sa liberté pour demander sa main à Elinor Dashwood, jeune fille raisonnable, intelligente et ayant la tête sur les épaules malgré l'adversité, qualité qu'elle avait montré lorsque sa mère, ses sœurs et elle furent obligées de quitter la demeure familiale, Norland Park, revenant à leur demi-frère, John Dashwood, à la mort de leur père, comme le stipulait la loi de l'entail.

Mrs. Dashwood avait pu compter sur le soutien de son cousin, Sir John Middleton, qui lui avait proposé de louer le cottage situé non loin de sa demeure, Barton Park. C'était dans la région du Devonshire que les dames Dashwood avaient appris à vivre avec un train de vie inférieur à celui qu'elles connaissaient jusqu'alors, et fait connaissance avec de nouvelles personnes, dont Sir John Middleton, son épouse et leurs enfants, sa belle-mère, Mrs. Jennings, veuve exubérante ayant le cœur sur la main, et le Colonel Brandon, ami de longue date de Sir Middleton.

Désormais connues des habitants du Devonshire, les Dashwood jouissaient d'une belle réputation auprès d'eux et c'est avec joie qu'ils avaient appris les fiançailles de Miss Elinor Dashwood, souhaitant à ses sœurs le même bonheur. En effet, si Marianne avait plus que l'âge idéal pour se marier, sa jeune sœur de seize ans, Margaret, venait tout juste de l'atteindre. Garçon manqué, éprise de voyage et férue d'écriture, la jeune fille était cependant très éloignée de tout ce qui avait trait à la bienséance et vivait mal le statut de la femme dans la société, ce qui la rendait parfois maladroite. Si les trois sœurs avaient des traits de caractère différents, tout le monde s'accordait pour dire qu'elles étaient les plus belles filles de la région.

Leurs espérances concernant la seconde demoiselle Dashwood furent donc excitées par les fréquentes visites que le Colonel Brandon faisait à Barton Cottage et qu'ils ne manquaient pas d'associer à la nouvelle joie de vivre de Marianne Dashwood. Les plus pessimistes soulevaient l'idée que seul le mariage de sa sœur pouvait la faire sortir de sa léthargie, tous ayant remarqué que depuis l'histoire avec Willoughby, elle avait perdu l'éclat qu'elle arborait auparavant. Mais les plus observateurs faisaient remarquer que depuis que le Colonel venait la voir régulièrement, un certain rapprochement entre elle et lui s'était remarqué au mariage des Ferrars.


Marianne regarda sa sœur et Edward danser les yeux dans les yeux, un sourire plein de promesses adressé l'un pour l'autre et fut très émue. Elle était sincèrement heureuse pour sa sœur, pour qui elle avait longtemps souhaité un tel mariage, mais au fond d'elle-même, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de tristesse et s'obligeait à chasser l'image de Willoughby qui apparaissait devant elle. Elle n'était pas dupe et savait que de nombreuses personnes venaient dire à sa mère qu'elle serait la prochaine à se marier et qu'un prétendant se présenterait bientôt pour elle. Elle ne voulait subir aucune pression. Pour l'instant, elle avait décidé de se consacrer pleinement à l'étude, à améliorer son jeu au piano et à être plus sociable avec les personnes avec qui elle n'avait pas d'affinités, essayant d'oublier qu'elle aussi avait failli épouser un homme dont elle était profondément éprise, mais qui s'était joué d'elle.

« Vous avez l'air bien grave, Miss Dashwood... »

Marianne se retourna et vit le Colonel Brandon la regarder d'un air amical.

« Miss Dashwood ? répéta-t-elle avec surprise. Ne m'appeliez-vous pas par mon prénom autrefois ?

- Eh bien... votre sœur aînée venant de se marier, la bienséance veut que... Je suis désolé... Vous ai-je blessé ? » demanda-t-il, confus.

Marianne lui sourit avec reconnaissance, comprenant que le Colonel était partagé par la bienséance et le désir de ne pas lui faire de peine en lui rappelant qu'à présent, elle était l'aînée des sœurs Dashwood qu'il faudrait marier.

« Je vous taquine, Colonel. Cette coutume est applicable avec ceux qui ne font pas parti de mes amis, mais ce n'est pas votre cas. Vous m'appeliez par mon prénom et je voudrais que rien ne change entre nous. » répondit-elle d'un air sincère des plus charmants.

Le Colonel Brandon se sentit troublé par cette déclaration spontanée de la jeune femme qu'il aimait. Elle voulait que rien ne change entre eux... Pour l'instant, cette déclaration lui suffisait, préférant voir Marianne agir envers lui de cette façon que de la manière avec laquelle elle le voyait à l'époque où Willoughby exerçait son influence néfaste sur elle.

« D'ailleurs... Colonel Brandon, j'aimerais vous parler d'une chose qui me tient à cœur depuis longtemps, mais que je n'ai jamais eu le courage de faire et j'en ai bien honte... »

Brandon la regarda, intrigué, retenant son souffle en voyant Marianne si contrariée et rougissante.

« Je vous en prie, Marianne. Je vous écoute...

- Eh bien, je tenais à vous présenter mes excuses pour... pour la façon dont je me suis comportée envers vous durant tout ce temps. Je suis bien triste et honteuse à l'idée de vous avoir blessé par mon comportement puéril et je tenais également à vous remercier pour toutes les attentions que vous avez eu à mon égard, mais aussi envers ma sœur et Edward... C'était d'une telle générosité ! »

Le cœur du Colonel battit plus fort que jamais, profondément touché de la reconnaissance de Marianne. La pauvre enfant était nerveuse et pourtant, il voyait dans son regard et dans sa voix qu'elle était très sincère et désireuse de se faire pardonner et de témoigner sa gratitude envers lui, l'homme qu'elle avait si souvent blâmé avec Willoughby.

Marianne s'était sentie soulagée, libérée, certaine d'avoir agi de la meilleure des façons en s'entretenant avec le Colonel en privé. Elle avait fait ses excuses aux autres de manière publique, mais elle connaissait les sentiments que le Colonel Brandon nourrissait à son égard et tous les sacrifices qu'il avait fait, par amour pour elle, et pour cela, Marianne se devait de lui témoigner plus de faveur qu'aux autres.

« Marianne, vos excuses sont pleinement acceptées et ce depuis longtemps, répondit-il, maîtrisant son trouble. Elles sont le reflet des actions et des paroles que vous avez eues envers moi ces derniers temps et elles vous rendent justice... Mais elles renforcent aussi ma conviction que l'attitude que vous déplorez avoir eue n'était que le fruit d'une mauvaise fréquentation. Quant aux attentions que je vous ai témoigné à vous et à votre sœur, sachez qu'elles ne seront jamais suffisantes à mes yeux pour vous exprimer... »

Le Colonel Brandon s'arrêta, cherchant les mots justes, mais qui ne gêneraient pas la jeune fille qui le regardait avec attention.

« Elles ne seront jamais suffisantes pour exprimer toute l'estime que j'ai pour vous et votre famille. » dit-il enfin.

Marianne lui sourit, et le remercia. Elle avait compris la gêne qu'avait ressenti le Colonel en se justifiant sur ses actions généreuses, n'ayant aucun doute sur les sentiments qu'il semblait toujours avoir pour elle. Mais cette idée la peina car elle ne souhaitait pas le voir souffrir inutilement. Certes elle avait revu son point de vue sur lui et lui trouvait de nombreuses qualités, d'autant plus que le passé amoureux du Colonel lui conférait tout le charisme d'un héros romantique, mais elle ne ressentait pas de sentiments plus profonds et était encore meurtrie par le souvenir de Willoughby. Elle vit les danseurs s'animer devant elle et prendre place pour la prochaine danse.

« Voudriez-vous m'accorder cette danse, Marianne ? » demanda le Colonel Brandon en se tournant vers elle.

Marianne fut surprise par cette demande, car elle n'avait jamais vu danser le Colonel Brandon et ne s'attendait pas à ce qu'il l'invite, mais elle accepta. Lui donnant le bras, il l'entraîna sur la piste de danse et ne la quitta pas des yeux, un sourire timide aux lèvres. Marianne n'osa soutenir son regard très longtemps, se sentant trop intimidée. Elle se concentra sur ses pas, puis se laissa porter par la musique et leva quelques fois son regard sur le Colonel qui semblait ne pas la quitter des yeux. Elle ne l'avait jamais vu ainsi, dansant au milieu de la foule avec une aisance dont elle ne l'aurait pas cru doté, enchaînant les pas sans hésiter. Elle ressentit quelque chose d'étrange en le voyant danser, une impression qu'elle n'arrivait pas à qualifier mais qui lui était agréable...

La danse prit fin et tout le monde s'applaudit avec enthousiasme. Marianne et le Colonel inclinèrent respectueusement la tête l'un vers l'autre et quittèrent la piste, le Colonel remerciant la jeune fille avant de s'éloigner. Marianne aperçut alors sa mère et Elinor qui les regardaient en souriant. Elle détourna la tête, gênée à l'idée qu'elles devaient sûrement commenter le fait qu'elle ait dansé avec le Colonel. Elle vint vers elles, anxieuse.

« Qu'y a-t-il ?

- Nous disions que vous avez joliment bien dansé, le Colonel Brandon et toi, répondit Mrs. Dashwood.

- Oh... oui, c'est un bon danseur, en effet... » répliqua Marianne d'un air détaché.

Mrs. Dashwood et Elinor eurent la délicatesse de ne pas en rajouter, comprenant que Marianne était suffisamment mal à l'aise à l'idée que les personnes les ayant vus danser commencent à déformer les faits pour en faire une histoire d'amour naissante. Mrs. Dashwood avait eu suffisamment de réflexions à ce sujet lorsque Marianne et le Colonel avaient été vus en train de discuter ensemble avant de rejoindre la piste de danse et elle ne souhaitait pas faire part de ses rumeurs à sa fille au risque de voir la bonne entente qu'elle avait avec le Colonel disparaître sous prétexte que les gens parlaient trop.

Chose pourtant étrange compte tenu du fait que Marianne ne s'était jamais souciée que de tels ragots existent lorsqu'elle et Willoughby ne cachaient pas leur inclination. Mais Marianne Dashwood détestait les rumeurs seulement si elles n'étaient pas fondées. La vérité relatée par le tout Devonshire la laissait indifférente, mais non le mensonge.

Marianne s'éloigna, allant chercher un rafraîchissement au buffet. Elle rencontra Sir Middleton et soupira intérieurement, s'attendant à recevoir un autre commentaire sur son rapprochement d'avec le Colonel.

«Miss Dashwood, ma chère ! Laissez-moi vous présenter un charmant jeune homme, Mr. Lewis. Pour avoir discuté avec lui, je gage qu'il vous sera d'une compagnie agréable ! Je suis persuadé qu'il saura vous faire danser les airs les plus entraînants de cette joyeuse réception ! Je vous laisse tout d'abord faire connaissance, bien entendu ! »

Marianne jeta à son vieil ami un air de reproche, mortifiée par ces présentations plus qu'indélicates. Elle n'eut pas d'autre choix que d'oublier sa rougeur et sa gêne et saluer Mr. Lewis, qui la regardait d'un air flatteur.

« Sir Middleton m'a beaucoup parlé de vous, Miss Dashwood...

- Vraiment ?

- Oui, avec beaucoup d'éloges si cela peut vous rassurer !

- En vérité, cela m'effraie plus qu'autre chose car Sir John n'est guère avare en matière de compliments, alors il se peut que ce qu'il vous ait dit ne soit pas fondé..., répliqua Marianne en détournant les yeux.

- Quant à cela, j'en doute, puisqu'il m'avait vanté votre beauté et je peux en témoigner. » répondit Mr. Lewis.

Marianne se sentit terriblement gênée. Elle n'avait aucune envie de se lier d'amitié avec un gentleman qu'elle ne connaissait pas, surtout au mariage de sa sœur où tout le monde semblait épier ses moindres faits et gestes pour espérer voir célébrer un autre mariage prochainement ! Elle allait le repousser avec le plus de tact possible, mais le temps qu'elle cherche des mots qui ne soient pas blessants, Mr. Lewis s'inclina vers elle.

« Voudriez-vous me faire l'honneur de danser avec moi, Miss Dashwood ?

- Je...

- Je suis navré, Monsieur, mais Miss Dashwood m'avait promis cette danse. »

Marianne sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine lorsqu'elle vit le Colonel Brandon approcher. L'air courtois, il s'excusa à nouveau auprès de Mr. Lewis. Ce dernier assura en balbutiant qu'il ne savait pas que Marianne était prise pour cette danse, avant de s'éclipser, honteux. Marianne poussa un soupir de soulagement, et accepta le bras du Colonel Brandon avec gratitude.

« Je ne sais comment vous remercier, Colonel ! Je n'avais aucune envie de danser avec ce pauvre homme..., s'exclama-t-elle à voix basse.

- Alors acceptez mon invitation spontanée, comme cela nous serons quittes. » répondit le Colonel Brandon avec un sourire.

Marianne hocha la tête, radieuse, et ils allèrent rejoindre les autres danseurs. La danse fut des plus entraînantes et Marianne put constater que sur ce genre, le Colonel n'était pas moins bon danseur. Plus souriant et détendu que lors de leur première danse, il mit à l'aise la jeune fille qui riait aux éclats, ravie de tournoyer et de sautiller au milieu d'une foule de danseurs enthousiastes. Là encore, lorsque la danse prit fin, elle ressentit à nouveau cette impression étrange que lors de la danse précédente. L'impression d'avoir découvert une autre facette du Colonel Brandon, et cela la troublait plus qu'elle ne l'aurait cru.


Peu de temps après le mariage, Marianne, sa mère et sa jeune sœur avaient souvent été invitées à Delaford Manor, le Colonel Brandon pressentant que ces dames devaient cruellement ressentir l'absence d'Elinor et que sa bibliothèque, composée de nombreux ouvrages susceptibles de les intéresser et d'aider Marianne à maintenir sa résolution de lire davantage, pourrait les distraire. Marianne ne se souvenait que trop bien de la première fois qu'elle avait visité la bibliothèque de Delaford, lorsque le Colonel les avaient invitées, elle, sa mère et ses sœurs, avec les Middleton et Mrs. Jennings, après le retour de Marianne et Elinor à Barton Cottage, lorsque Marianne était en meilleure santé.

La jeune fille s'était promenée d'un rayon à un autre, curieuse et excitée, poussant une exclamation dès que le nom d'un auteur qu'elle affectionnait lui était visible. Le Colonel s'était amusé de sa curiosité et de sa joie et avait proposé aux dames Dashwood l'accès à sa bibliothèque dès qu'elles le souhaitaient.

Durant cette visite, Marianne avait également eu l'occasion de visiter une partie du domaine et d'en apprécier la beauté des lieux, la classe et la sobriété des pièces, le mobilier moderne parfaitement disposé, ainsi que le parc et la vue que les fenêtres offraient. Ils avaient pu se régaler des fruits du jardin, qui comptaient parmi les meilleurs d'Angleterre et bénéficier des chevaux que le Colonel avait mis à disposition pour ceux qui souhaitait parcourir Delaford et ses environs. Marianne avait ainsi constaté que le Colonel Brandon était un homme de goût dont le sérieux était un atout pour la bonne gestion de son domaine.

Onze mois plus tard, Elinor Ferrars mettait au monde une petite fille, Susan Marianne Margaret Ferrars. Tout le monde fut heureux par cet événement et Marianne couvrait sa nièce d'attention, elle et Margaret se chamaillant parfois pour savoir laquelle des deux allait la garder dans ses bras le plus longtemps. Marianne avait cependant des raisons personnelles d'entourer sa nièce d'amour, autres que son affection naturelle envers elle et son rôle de marraine. En effet, elle ne se souvenait que trop bien du rejet de la famille Ferrars envers la petite.

Déçue de constater que son fils aîné ne lui donnait pas d'héritier, ce qui aurait été la moindre des choses étant donné la disgrâce dans laquelle l'avait plongé son mariage avec Elinor, Mrs. Ferrars ne s'était déplacée qu'une fois pour voir la petite Susan. L'absence d'enfant du côté de son autre belle-fille, Lucy Ferrars l'avait rendue encore plus amère qu'elle ne l'était, même si les manières doucereuses de Lucy la gardait dans les bonnes grâces de la matriarche.

Susan Ferrars avait donc tout l'amour qu'il lui fallait du côté de la famille d'Elinor et de leurs amis. Les Middleton et Mrs. Jennings la couvraient de cadeaux, mettant mal à l'aise les parents, tandis que le Colonel Brandon lui avait promis un poney pour le jour où la petite serait en âge de le monter. Il savait que trop d'attentions gêneraient les Ferrars, aussi faisait-il les choses discrètement, profitant de ses nombreux voyages à Londres pour ramener des présents à tout le monde, y compris à la petite Susan. Il avait été très touché lorsque les Ferrars lui avait demandé d'être le parrain de leur fille, l'amitié et le rôle qu'il avait manifesté pour eux ayant joué un rôle déterminant dans leur choix.

Leur rôle envers Susan avait renforcé l'amitié qui unissait Marianne et le Colonel, qui se voyaient donc très souvent. Le Colonel Brandon avait pu constater que Marianne semblait tout à fait à l'aise en sa compagnie, le voyant réellement comme un ami, chose qui lui avait semblé inespérée un an plus tôt. Il était heureux de cette avancée dans leur relation et ne demandait rien de plus pour l'instant, même si son cœur ne prenait pas d'autres voies, son amour restant entier et dévoué à Marianne Dashwood.

Un jour, le Colonel Brandon arriva à Barton Cottage pour rendre visite aux dames Dashwood et aperçut Marianne sur le banc du jardin, la petite Susan dans les bras. Elle était magnifique, ses boucles auburn balayées par la petite brise qui soufflait et qui venaient caresser son visage penché vers sa nièce. Attendri, le Colonel Brandon attendit quelques instants, puis il s'approcha doucement et se racla la gorge pour s'annoncer. Marianne releva la tête et lui fit un grand sourire, l'incitant à venir la rejoindre. Elle le salua, la petite toujours dans les bras, et après s'être échangés les formules de politesse d'usage, le Colonel Brandon s'excusa de déranger.

« Oh non, vous ne dérangez pas du tout ! J'aidais Susan à s'endormir...

- Vous êtes seule ?

- Oui... Les autres sont partis faire une promenade. Susan était quelque peu ronchonne alors je suis restée pour l'aider à s'endormir. » répondit Marianne en adressant un sourire affectueux à la petite.

Le Colonel regarda l'enfant. Elle était paisible, les traits fins, de grands yeux bleus dont on ne distinguait que des fentes, ses paupières se fermant doucement, et de petites boucles brunes encadrant son visage.

« Elle est adorable, déclara-t-il en souriant.

- Oh oui ! Elle fait la fierté de sa famille... Celle qui se soucie d'elle..., ajouta-t-elle avec une pointe d'amertume.

- Vous pensez encore à Mrs. Ferrars ? demanda le Colonel Brandon avec compassion.

- Oui... Je sais bien qu'il ne faudrait pas que je m'attarde sur ces pensées peu réjouissantes, mais... lorsque je vois Susan, je me dis qu'elle ne mérite pas d'être traitée de la sorte !

- Certes... mais peut-être serait-il mieux de voir cette indifférence comme une protection pour elle... Mrs. Ferrars lui ferait peut-être plus de mal si elle affichait son mépris face à elle que de la manière avec laquelle elle le fait actuellement... » répondit le Colonel Brandon.

Marianne resta pensive, mais hocha la tête.

« Vous avez raison... Mais je ne peux m'empêcher de songer à ma sœur et mon beau-frère... C'est cruel pour eux ! Edward souhaitait peut-être que l'arrivée du bébé arrange ses relations avec sa mère et il trouve ses espérances bien déçues... La petite a quatre mois maintenant et personne du côté des Ferrars ne se soucie d'elle ! Une telle réaction venant d'un membre de sa propre famille, c'est terrible... »

Le Colonel Brandon garda le silence. Il ne connaissait que trop bien ce que cela faisait de se voir rejeté par des membres de sa propre famille... Marianne s'en aperçut et se sentit sotte d'avoir soulevé ce problème.

« Pardonnez ma nature impétueuse, Colonel... Je ne pense pas à des choses très réjouissantes alors que je devrais me féliciter de partager Sue avec seulement des personnes que j'affectionne. » dit-elle avec un sourire d'excuse.

Le Colonel Brandon la regarda et lui fit un sourire radieux, heureux de s'entendre faire partie de ces personnes aimées par Marianne. Susan choisit juste ce moment pour ouvrir ses grands yeux et les diriger vers lui. Un petit sourire retroussa ses lèvres et Marianne poussa une exclamation.

« Oh ! Il semblerait qu'une petite demoiselle veuille son parrain... »

Elle tendit Susan au Colonel Brandon qui la prit dans ses bras avec tendresse et la berça.

« Bonjour, Susan... Tu es de bien meilleure humeur à ce que je vois... Ta tante aurait-elle exagérée en te disant ronchonne ? »

Marianne les regarda en souriant, attendrie par une telle scène, songeant soudain que le Colonel Brandon pourrait faire un excellent père. Il lui fallait une épouse et Marianne ne savait que trop bien les attentes que son entourage avait à ce sujet. Mais elle ne se sentait pas encore prête. C'était trop tôt pour elle... Et elle ne pourrait épouser le Colonel que si elle se sentait sincèrement éprise de lui. Ses sentiments étaient amicaux, et ce qu'elle lui avait dit était vrai, elle ressentait pour lui une vive affection, mais elle ne pensait pas au mariage. Si elle avait regardé du côté de la route, elle aurait vu Elinor et sa mère échanger un regard complice devant cette scène qui exprimait leur attente de voir entre le parrain et la marraine de Susan une union se profiler à l'horizon.