Bonjour à toutes !

Je tiens à vous remercier pour vos reviews ! Comme toujours, cela me fait très très plaisir d'avoir vos avis, alors, je vous en prie, ne vous arrêtez pas ! lol

Je suis très contente d'avoir les commentaires de nouvelles lectrices, c'est très encourageant ! Alors, un grand merci à celles qui prennent la peine de me commenter !

Oui, la fin du chapitre précédent était cruelle, mais j'avoue m'être un peu amusée à l'écrire, imaginant vos réactions ( non, non, je ne suis pas du tout sadique !) ^^ Ce chapitre continue d'ailleurs sur cette voie un peu plus sombre que les précédents, mais c'est passager, ne vous inquiétez pas ;)

Ondatra Zibethicus : merci pour ton commentaire ! Mr Thornton est un hommage au personnage du roman Nord et Sud ( d'Elizabeth Gaskell ) et joué par Richard Armitage dans l'adaptation qu'en a fait la BBC en 2004 ( et que je te conseille ! ;) )

Forget me not : merci pour ton commentaire et tes compliments ! Je prends note de ton bémol et je veillerai à décrire davantage les membres de la bonne société lors d'un prochain chapitre ;)

Ju : merci pour ton avis ! Je suis contente de lire que les deux derniers chapitres te plaisent ! J'espère que celui-ci te plairas aussi :)

Clochette6334 : merci beaucoup ! Je suis flattée de voir que tu imaginais les Darcy comme je les ai décrit ! Et ça me fait extrêmement plaisir de savoir que j'arrive à te faire rire à travers mon histoire :D

Marie : merci beaucoup ! Je suis toujours rassurée et contente de lire que ce que je fais des personnages colle avec l'image que vous avez d'eux dans le roman ! Pourvu que ça dure! lol

Doddy : merci encore pour ton commentaire et tes explications sur la Derby et l'Ascot :D

Alors, ce chapitre a été assez compliqué à écrire, parce qu'il fallait décrire le point de vue de différents personnages, c'est difficile d'écrire des choses sombres ( lol ) je me suis retrouvée bloquée à certains endroits, mais heureusement, le blocage était de courte durée ! J'attends vos avis, mais je suis assez satisfaite d 'avoir montré les failles de Brandon dans ce chapitre ( notamment dans son dialogue avec Marianne ! ).

Ah ! Pendant que j'y pense, je suis en train de réécrire les premiers chapitres, qui me laissent plutôt insatisfaite pour certains. Ainsi j'ai fait quelques ajouts dans les chapitres 1 et 2. Le 3 devrait suivre bientôt, tout comme le 8...

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture de ce présent chapitre et attends avec impatience vos reviews !

A bientôt

Brandon's Belle


Chapitre 23

Mr Thornton venait de revenir dans le salon en compagnie de Margaret. Ils avaient entendu des exclamations en provenance de la salle de bal, mettant un terme à leur conversation. Ils avaient accouru dans la salle et Mr Thornton avait aperçu un gentleman emporter une jeune femme évanouie dans ses bras. C'est à ce moment-là qu'il avait entendu Margaret pousser une exclamation avant de s'élancer à travers la foule pour rejoindre les personnes emporter la jeune femme dans une pièce attenante au salon.

Intrigué, Mr Thornton était allé rejoindre Sir Hathaway et son épouse, qui avaient passé la soirée en compagnie des personnes ayant quitté la pièce. Sir Hathaway lui avait expliqué que la jeune femme évanouie était Mrs Ferrars, la sœur aînée de Margaret Dashwood, ce qui lui avait fait comprendre pourquoi la jeune fille s'était élancée à travers la foule.

_ Mrs Ferrars n'aurait jamais du venir à ce bal dans son état..., avait déclaré Sir Hathaway.

_ Son état ?

_ Elle est enceinte...

_ Mais elle a tenu à venir pour soutenir sa jeune sœur, avait ajouté Anne Hathaway sur un ton indulgent. Vous avez fait sa connaissance à ce qu'il paraît, Mr Thornton ?

_ En effet... J'ai eu ce plaisir, avait répondu le jeune homme en s'efforçant de ne pas montrer son trouble.

Il avait senti les yeux d'Anne Hathaway lire en lui comme dans un livre ouvert, aussi avait-il préféré s'éloigner et attendre, en retrait, des nouvelles de Mrs Ferrars. Il n'avait pu s'empêcher de penser à Margaret, à son regard candide, sa spontanéité et à la teinte rosée que prenaient ses joues lorsqu'elle était gênée. Il venait de succomber au charme de la jeune fille sans même la connaître ! C'était une pure folie ! Il n'aurait jamais cru qu'il ressentirait cela de cette façon, aussi vite ! Ce n'était pas dans son tempérament !

Peut-être était-ce de famille ? Sa mère lui avait raconté la manière soudaine avec laquelle son père était tombé amoureux d'elle. A l'époque, Nicholas Thornton n'avait pas voulu le croire, son père étant un homme imposant et sérieux, mais il avait été obligé de se rendre compte qu'il aimait intensément sa mère à chaque regard qu'il lui adressait et, à présent qu'il vivait ce même trouble amoureux, il reconnaissait que même le plus grave des hommes n'est pas à l'abri d'une telle émotion. Nicholas Thornton était amoureux ! Amoureux d'une jeune fille sans fortune et sans autre expérience dans la bonne société que ce bal durant lequel elle s'était fait connaître à lui avec maladresse ! Il avait souri malgré lui en pensant à leur rencontre... Quelle contraste avec les rencontres en bonne et due forme dans la haute société ! Un domestique était soudain venu le tirer de ses pensées, lui tendant une enveloppe sur un plateau.

_ Ceci vient d'arriver en express pour vous, Mr Thornton, déclara le domestique.

Surpris et légèrement inquiet, ne s'attendant pas à recevoir de lettre en ce moment, Mr Thornton avait pris la lettre et était allé s'isoler dans un petit salon hors de la salle de bal. Il avait pâli en voyant l'écriture de sa mère et avait ouvert fébrilement la lettre.

« Mon cher Nicholas,

J'imagine que vous devez être inquiet en voyant que cette missive est urgente et réclame de votre part une réponse immédiate, aussi j'abrège vos questionnements.

Votre grand-mère vient de mourir ce matin. Votre père et moi l'avons entouré dans ses derniers instants. Sa fin a été paisible et je suis soulagée qu'elle n'ait pas souffert. Je peux imaginer l'impact que cette triste nouvelle aura sur vous, mais je vous sais fort et courageux, et me souviens de notre discussion où vous m'avez fait part de vos craintes concernant votre grand-mère, voyant son état se dégrader au fil des jours, aussi je pense que vous serez peu surpris par ce que je vous annonce, mon cher fils. Et comme il était à prévoir, votre père est anéanti, se reprochant mille et une choses qu'il aurait du dire à sa mère...

Je suis désolée de vous arracher à ce bal auquel vous assistez, mais nous avons besoin de votre présence et je sais que vous ne nous aurez pas pardonné d'avoir gardé le silence sur cette triste nouvelle un jour de plus.

Tante Fanny vient d'arriver et vous connaissez aussi bien que moi son caractère pour comprendre qu'elle ne sera pas d'une aide précieuse à votre père, surtout en étant aussi bouleversée !

Je répugne devoir vous annoncer une telle nouvelle par lettre, mais nécessité fait loi en pareille circonstance. Veuillez donner votre réponse quant à votre jour de départ au messager et surtout soyez prudent mon cher enfant...

Avec tout mon amour et celui de votre père,

Mrs Margaret Thornton »

Nicholas Thornton avait mis quelques instants avant de comprendre ce qu'il venait de lire. Apprendre la mort d'un être aimé est toujours terrible, même lorsque l'on s'y attend... La musique qui avait réussi à filtrer jusque dans le petit salon où il s'était réfugié l'avait empêché de se concentrer, ses pensées se bousculant dans sa tête. Puis, il avait remercié le messager, lui expliquant qu'il partait sur le champ, et que, ce faisant, il n'était pas nécessaire de répondre à la lettre. Puis il avait demandé à un domestique de faire atteler sa voiture. Il avait suffisamment conscience de l'atmosphère qui devait régner chez lui à Milton pour qu'il ne puisse pas retarder d'une minute son départ. Sa mère devait être aux côtés de son père, lui prodiguant réconfort et mots tendres, veillant également à ce que Tante Fanny ne vienne pas ruiner tous ses efforts par ses jérémiades bruyantes et sa constante demande d'attention.

Il avait songé, non sans un pincement au cœur, que sa danse avec Margaret allait devoir être annulée, avant de reprendre conscience de ce qu'il se passait dans la salle de bal. La musique qu'il avait entendu signifiait que les danses avaient repris et que, par conséquent, Margaret devait sûrement l'attendre ! Désireux de ne pas faire attendre la jeune fille plus longtemps, il avait posé la main sur le bouton de la porte lorsque des exclamations lui étaient parvenues aux oreilles. Il était sorti à la hâte juste à temps pour voir Margaret quitter la salle de bal en courant.


Margaret faisait face à un homme d'aspect effrayant, qui l'avait surprise dans sa fuite pour retourner à Barton Cottage.

« Eh bien, eh bien ! Que faites-vous ici, mademoiselle ?

_ Je... rien... rien du tout..., balbutia Margaret, terrifiée.

_ Allons ! On ne fait pas rien du tout au milieu de la campagne en plein nuit » susurra l'homme en se tenant maladroitement.

Un frisson parcourut Margaret, affolant les battements de son cœur. A l'évidence, cet homme était soûl ! Et les hommes ivres étaient dangereux... Elle devait fuir au plus vite !

_ Je m'en allais..., répondit-elle en commençant à marcher.

_ Une minute ! Vous ne pouvez pas être pressée ! On pourrait faire connaissance, ma mignonne ! s'exclama l'homme en la prenant par le bras.

Tétanisée, Margaret se sentit brusquement projetée contre lui, le bras broyé par la pression qu'il exerçait. Son cœur battait à tout rompre et elle n'arrivait plus à réfléchir, l'esprit brouillé par la peur. Soudain, un déclic, un refus. Le refus de se laisser faire, la colère face à cet homme qui lui manquait de respect et lui voulait du mal. Son côté garçon manqué lui faisait défaut lors des réceptions mondaines, mais il pouvait lui sauver la vie ! Elle se débattit furieusement, donnant des coups à son agresseur de sa main valide. Surpris, ce dernier tenta de la maîtriser, mais Margaret avait de la ressource. Elle donna un violent coup de pied dans les jambes de l'homme, le forçant à lâcher prise.

Libre, elle partit en courant vers Barton Park, oubliant toute fierté, toute honte à l'idée de se retrouver face à ces inconnus qui l'avaient dévisagé avec stupeur et désapprobation lorsqu'elle avait fait preuve de maladresse ! Malheureusement, elle n'alla pas plus loin, ses pieds se prenant dans l'ourlet de sa robe, elle tomba à terre. Affolée, elle regarda derrière elle et vit son agresseur la rejoindre...


L'assistance resta sans voix après la fuite de Margaret. La scène avait semblé surréaliste, laissant les invités stupéfaits. Même le danseur qui avait chuté à terre à cause de Margaret ne se releva pas immédiatement, trop surpris par ce qui venait de se produire. Marianne fut la première à reprendre ses esprits. Elle n'en avait pas cru ses yeux en voyant sa petite sœur au milieu de la salle, rougissante et perdant toute contenance, mais à présent, il fallait agir. Elle esquissa un geste pour la rattraper, mais Brandon l'arrêta.

_ Je m'en occupe !

Il s'élança dans la salle, n'hésitant pas à bousculer les personnes se trouvant sur son passage, certains membres de l'assistance ne trouvant rien de mieux que rester plantés au milieu, prêts à commenter l'événement. Le colonel Brandon arriva enfin dans le hall et, voyant la porte d'entrée grande ouverte, il sortit à la hâte dans l'air glacial.

« Margaret ! » cria-t-il en regardant autour de lui, sans voir aucune trace de la jeune fille.

Il partit vers le portail, chemin difficile car il était encombré et masqué par les nombreuses voitures des invités. Brandon ne se découragea pas pour autant et courut jusqu'à atteindre le portail. Il regarda dans la pénombre, plissant les yeux en essayant de repérer la jeune fille, mais malgré la lune et la lumière qu'elle diffusait, il ne vit rien. Soudain, il eut une idée et revint sur ses pas. Margaret était vive et rapide et cela, il le savait pour l'avoir vu courir maintes fois dans la campagne anglaise. De plus, elle avait pu prendre n'importe quelle direction dans sa fuite, ce qui risquait de lui faire perdre du temps s'il y allait à pied.

En se dirigeant vers les écuries, il eut la surprise de se trouver nez à nez avec Mr Darcy, le colonel Fitzwilliam et Edward Ferrars. Les deux premiers avaient décidé d'aider leur ami dans sa recherche et le troisième, ayant été informé après avoir entendu les bruits émanant de la salle de bal, n'avait pas hésité à se joindre à eux, inquiet pour sa belle-sœur.

« Nous vous accompagnons dans vos recherches, Colonel, déclara Darcy en lui tendant un manteau.

_ Nous avons demandé à faire seller des chevaux » ajouta Edward.

_ Merci d'être tous réunis, répondit Brandon avec reconnaissance. Margaret a pu aller n'importe où... Votre aide sera précieuse.

_ C'est naturel, Colonel, répliqua le colonel Fitzwilliam. La pauvre enfant doit être mortifiée... Mais à quatre, nous allons la retrouver !

« Cinq ! A cinq, nous la retrouverons ! »

Brandon regarda derrière lui et vit un jeune homme brun et élancé leur faire face.

_ Je suis Mr Nicholas Thornton, se présenta le gentleman. J'ai fait connaissance avec Marg... Miss Dashwood et je souhaite vous aider à la retrouver !

Brandon le regarda avec surprise, interloqué de voir cet homme se manifester pour aider Margaret si peu de temps après avoir fait sa connaissance, mais le temps filant un peu plus chaque secondes, il ne s'attarda pas en considération.

_ Nous acceptons votre aide avec plaisir, Mr Thornton, répondit-il avec reconnaissance. Nous allons nous séparer chacun dans une direction de façon à faciliter les recherches. Si l'un de vous retrouve Margaret… il nous faudrait un moyen de communiquer à distance...

_ Sir John Middleton a sûrement des sifflets, émit le colonel Fitzwilliam.

_ Oui, excellente idée, Colonel ! s'exclama Edward en rentrant dans la demeure pour demander de l'aide à leur hôte. Je vais en demander de ce pas !

_ Mon cheval est déjà sellé, annonça Mr Thornton. J'étais censé partir précipitamment ce soir, aussi je peux commencer à me mettre en route.

Brandon le regarda, légèrement soupçonneux. Pouvait-il faire confiance à cet homme dont il ne connaissait que le jugement de Sir Hathaway à son égard ? Pourtant, quelque chose dans son regard lui donnait envie de croire qu'il était réellement inquiet du sort de Margaret et sincère dans son désir de la retrouver.

_ Attendez d'avoir un sifflet, Mr Thornton. De cette manière, si vous la retrouvez, vous nous le signalerez par deux coups, répondit-il.

Mr Thornton acquiesça et attendit impatiemment le retour d'Edward. Ce dernier revint, essoufflé à force de s'être hâté, au moment où les chevaux étaient tous sellés et prêts à être montés.

_ Voici les sifflets, annonça-t-il en leur tendant à chacun le précieux sésame qui leur permettrait de se repérer dans leur recherche. Ainsi que des torches, cela nous sera utile, ajouta-t-il en montrant deux domestiques qui leur apportaient leur lumière.

Mr Darcy lui expliqua la procédure à suivre et les cinq cavaliers partirent au galop, chacun dans une direction, espérant trouver Margaret au plus vite. Brandon et Edward étaient très anxieux, leur affection pour leur belle-sœur et la crainte qui lui soit arrivé quelque chose les rongeant. Brandon se revoyait trois ans en arrière lorsqu'il était parti à la recherche de Marianne sous une pluie battante. Cette fois-ci, c'était le froid glacial de décembre qu'il devait affronter en priant pour qu'il n'éteigne pas leurs torches et ne fasse pas attraper la mort à Margaret...

Mr Thornton était lui aussi en proie à la crainte. Il se reprochait de ne pas avoir été assez rapide pour rejoindre Margaret après avoir reçu sa lettre. Il sentait que c'était à cause de son absence, qui avait du être un véritable affront pour la jeune fille, qu'elle avait perdu ses moyens et était partie.

« Si jamais il lui est arrivé quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais ! » pensa-t-il amèrement.

Il arrêta soudain son cheval, tendant l'oreille. Il lui avait semblé entendre des cris. Le cœur aussi glacé que l'air qui l'entourait, il regarda autour de lui avec anxiété. Il avait repéré la provenance du cri et s'y dirigea prestement. Il fut arrêté par un fourré, descendit de son cheval et approcha sa torche pour regarder la scène qui s'y déroulait de l'autre côté.

Margaret était dans l'herbe, les mains prisonnières par celles d'un homme qui cherchait à l'immobiliser. La jeune fille se débattait furieusement, jusqu'à ce qu'elle se fasse frapper par son agresseur.

Un flot de rage entremêlé de terreur vint envelopper Mr Thornton, qui éteignit sa torche et se rua sur l'homme qui violentait Margaret. Ce dernier ne s'attendant pas à se trouver pris sur le fait, n'eut aucune réaction. Mr Thornton le projeta violemment au sol et le roua de coups, porté par son désir d'empêcher cet homme de lever à nouveau la main sur Margaret.

Une haine telle qu'il n'en avait jamais connu le saisissait et l'empêchait de réfléchir sur ses idéaux qui lui faisaient voir la violence en horreur. Tout cela disparaissait à cause de la peur et de l'image de cet homme frappant Margaret, qui tournait et retournait dans son esprit. L'homme cessa enfin de se débattre, assommé par un coup que Mr Thornton lui avait porté sur le crâne.

Mr Thornton, haletant et les mains tremblantes, jeta un dernier regard sur l'agresseur de Margaret afin de vérifier qu'il ne s'enfuirait pas. Un gémissement l'interrompit au même instant et il se tourna vers Margaret qui gisait sur le sol, tremblante.

_ Margaret !

Il la rejoint rapidement et la recouvrit de son manteau, devinant qu'elle devait être glacée à cause de sa robe laissant entrevoir ses bras nus.

_ Tout est fini, Margaret, il ne vous fera plus aucun mal, je suis là…, la rassura-t-il en lui prenant la main.

La jeune fille ne cessait de fixer son agresseur, les yeux agrandis par la terreur, se berçant d'avant en arrière. Son cœur commençait à retrouver un rythme normal, mais elle n'oublierait jamais la terreur intense qu'elle avait ressentie lorsqu'elle avait vu cet homme affreux la rejoindre et la maîtriser. Enfin, elle ne saurait jamais décrire son soulagement lorsqu'elle avait senti le poids qui pesait sur elle s'éloigner brutalement, emporté par un sauveur dont l'identité représentait l'une des raisons qui l'avait poussée à prendre la fuite, persuadée qu'il s'était moqué d'elle. Toutes ces émotions si contradictoires eurent raison des nerfs de Margaret qui éclata en sanglots.

_ C'est fini, Margaret, vous êtes hors de danger, lui répéta Mr Thornton en la regardant anxieusement.

_ J'ai eu si peur…, sanglota la jeune fille.

_ C'est terminé, Margaret, il ne vous arrivera plus rien…

_ Il m'a frappé…, continua Margaret sans l'entendre.

_ Que vous a-t-il fait d'autre, Margaret ? demanda Mr Thornton en la regardant de haut en bas avec appréhension.

_ Il m'a… il m'a pris par le bras… il m'a fait si mal ! Puis, il m'a frappé… il m'a frappé et vous… vous l'avez frappé… si fort…

Margaret sombra soudain dans l'inconscience, vaincue par le bouleversement qu'elle venait de vivre. Thornton la rattrapa par les épaules avant que sa tête ne heurte le sol et la regarda. Ses yeux avaient commencé à s'habituer à l'obscurité et l'aide que la lumière de la lune apportait pouvait lui permettre de distinguer le visage de la jeune fille. Son nez fin et retroussé, sa bouche fine et ourlée, la fossette de son menton…

Il ne pouvait croire que ce visage duquel il était tombé amoureux de façon inattendue et soudaine ait été traité sans ménagement, frappé par un homme sans scrupules. Cela le révulsait et il se maudissait d'avoir mis si longtemps pour la retrouver. Puis il pensa au sifflet qu'il avait autour du cou et qui devait prévenir les autres. Il le porta à sa bouche d'une main tremblante et siffla plusieurs fois, espérant que ses compagnons le rejoindrait, car il ne pouvait pas quitter l'agresseur de Margaret au cas où il fuirait.

Après quelques minutes qui paraissaient une éternité au jeune homme, des bruits de sabots se firent entendre et quatre cavaliers arrivèrent sur les lieux. Brandon et Edward descendirent prestement de leurs montures et coururent auprès de Mr Thornton qui tenait toujours Margaret dans ses bras.

_ Elle respire, mais elle est glacée, les prévint-il.

Brandon s'agenouilla auprès de la jeune fille, imité par Edward, et la regarda avec anxiété. Il ne s'attendait pas à la retrouver inconsciente : la voir juchée sur un arbre lui avait paru plus plausible, mais la trouver évanouie dans les bras de Mr Thornton l'inquiétait. Il ôta son manteau pour en recouvrir Margaret afin qu'elle soit enveloppée par deux épaisseurs tandis que Mr Darcy demandait à Mr Thornton pourquoi il n'était pas revenu à Barton Park au lieu de les attendre ici.

« J'ai trouvé Margaret aux prises avec cet homme…, expliqua Mr Thornton en montrant d'un signe de tête le corps inanimé non loin d'eux.

_ Mon Dieu ! Que lui a-t-il fait ? s'exclama Edward.

_ Je suis arrivé au moment où il s'est mis à la frapper… quelques minutes plus tard et le pire serait arrivé, répondit sombrement Mr Thornton.

_ Quelle bassesse ! s'exclama le colonel Fitzwilliam. S'en prendre ainsi à une jeune fille…

_ C'est inqualifiable... répliqua sombrement Mr Darcy. Connaissez-vous cet homme ? »

Brandon n'avait rien dit. Dès qu'il avait entendu Mr Thornton décrire la manière dont il avait trouvé Margaret, il avait compris. Approchant sa torche de l'homme inconscient afin de s'assurer que son pressentiment était le bon, il poussa une exclamation lorsqu'il vit le visage de l'homme qu'il cherchait à voir puni pour ses méfaits depuis des semaines.

_ Lowick !

Edward sursauta, le souvenir que ce nom lui évoquait le faisant frissonner. Il avait vu le regard de cet homme lorsqu'il l'avait rencontré avec le colonel Brandon et il n'osa imaginer ce qu'il aurait pu faire à Margaret si Mr Thornton n'était pas arrivé à temps.

« Qui est-ce ? Vous le connaissez ? » demanda Mr Thornton.

Pendant qu'Edward répondait à Mr Thornton, Brandon regardait Lowick. Cette vermine qu'il cherchait à confondre était là, sous ses yeux, à sa merci. Il avait commis l'erreur de s'attaquer à Margaret et cela allait lui coûter cher. Il serait enfin jugé, ne pouvant plus se cacher derrière son rang social pour se protéger. Brandon déplorait bien sûr le fait que ce soit Margaret qui ait du faire les frais du vice de cet homme, mais il remerciait le Seigneur que l'agression dont elle avait été victime ne soit pas allée plus loin.

_ Il faut ramener Margaret à Barton Park, déclara Edward en se redressant.

_ On ne peut pas laisser cet homme ici, rétorqua Mr Thornton.

_ Je m'en occupe, lança Brandon. Mais il faut que quelqu'un aille chercher les autorités...

_ J'irai, répondit simplement Darcy. Vous pouvez compter sur moi, Colonel.

_ Parfait... Retournons à Barton Park au plus vite, dit le colonel Fitzwilliam en jetant un regard sur Margaret, qui n'avait pas esquissé le moindre geste.

Les trois gentlemen se dirigèrent vers leurs montures, Mr Thornton gardant dans ses bras Margaret. Lorsque Edward se fut hissé sur son cheval, ce fut lui qui prit Margaret sur sa monture, ne laissant à Mr Thornton qu'une désagréable sensation de vide et d'impuissance. Il était soulagé de l'avoir retrouvé et sauvée in extremis, mais il savait qu'il ne la reverrait pas avant un moment, peut-être même ne la verrait-il pas consciente avant de partir retrouver ses parents...

Avant que le colonel Fitzwilliam ne monte sur sa monture, Brandon l'arrêta et se rapprocha de lui.

« Colonel... Pourriez-vous dire à Marianne... de ne pas s'alarmer, je vous prie ? Dites-lui qu'elle n'a rien à craindre..., demanda-t-il, l'air grave.

_ Bien sûr, Colonel, répondit le colonel Fitzwilliam avec un sourire entendu.

_ Je vous remercie... »

Brandon espérait que Marianne comprenne le sens de son message. Il avait pensé à la discussion houleuse qu'ils avaient eu quelques jours avant au sujet de Lowick et il espérait qu'elle ne se rongerait pas les sangs et lui ferait confiance en le sachant auprès de l'homme responsable de leur dispute... Il ne voulait pas qu'elle croit un seul instant qu'il allait rompre sa promesse de ne pas provoquer Lowick en duel. Il regarda partir le colonel Fitzwilliam, ces pensées gravitant dans son esprit, et il retourna auprès de Darcy qui était lui aussi sur son cheval, attendant ses instructions. Brandon lui indiqua le chemin qui le conduirait aux autorités et Darcy partit aussitôt.

Toute cette agitation eut pour effet de sortir Lowick de sa torpeur. Il poussa des grognements et porta une main à sa tête. Brandon s'avança calmement vers lui et posa la pointe de sa botte sur l'épaule de Lowick, l'obligeant à lui faire face, non sans lui faire pousser un gémissement.

_ J'espère que c'est douloureux, lança Brandon.

Lowick cligna des yeux, cherchant à reconnaître son interlocuteur dans la nuit. Brandon se pencha vers lui, sans lâcher sa prise, ramenant sa torche près de son visage.

_ Je vous avais pourtant prévenu..., murmura-t-il.

Lowick reconnût immédiatement à qui il avait affaire et un faible sourire se dessina sur ses lèvres.

_ Vous ne renoncez jamais, n'est-ce pas ? Mais n'avez-vous pas compris que les autorités ne feront rien pour une pauvre fille sortie de sa ferme ? dit-il avec une sorte de rage contenue.

_ Pas cette fois, Lowick. Car vous ne vous êtes pas attaqué à une fille de ferme, mais à la jeune soeur de mon épouse, répliqua durement Brandon. Vous vous êtes attaqué à une cible dont le rang social est égal au vôtre, Lowick, et cette fois-ci vous ne vous en tirerez pas !

Lowick avait blêmi. Il savait à présent que son erreur lui serait fatale et qu'il n'avait plus aucun moyen de s'échapper. Si seulement il n'avait pas bu plus que de raison ! Il n'était pas assez fou pour chercher à s'enfuir, car même s'il en avait eu la capacité, il savait que Brandon était plus fort que lui. Il décida donc de riposter avec ses seules armes, souhaitant déverser sur son ennemi toute sa haine avant que cela lui soit impossible.

_ Rang social égal au mien ? ricana-t-il. Vous savez autant que moi que la famille de votre épouse est sans le sou, indigne de votre rang, indigne de...

Brandon appuya brusquement sa botte sur l'épaule de Lowick, furieux d'entendre insulter sa famille.

_ La seule personne indigne de son rang, c'est vous ! A présent, vous payez le prix de vos nombreux actes cruels et dépravés. La justice triomphe un jour ou l'autre, Lowick, vous auriez dû y penser..., répliqua-t-il d'un ton glacial.

_ Elle triomphe quelquefois... Comme ici... Vous savez autant que moi que je ne suis pas le seul à agir ainsi... Si je n'avais pas bu un peu plus que d'ordinaire... Si je ne m'étais pas trompé de cible... Vous seriez encore en train de vous soucier de mes moindres faits et gestes, vous demandant comment me faire payer mes actes, n'est-ce pas ? demanda Lowick d'un ton de défi.

_ Cela a été un concours de circonstances, qui a tourné à votre désavantage, mais je ne peux me réjouir complètement en songeant au traumatisme que vous avez fait subir à Margaret...

_ Margaret... Quel joli prénom !

_ Qu'il ne vous ai pas permis de prononcer, répliqua Brandon d'un ton intransigeant.

Un coup de vent glacial se joignit à ses paroles, faisant s'éteindre la torche de Brandon. Lowick resta un instant silencieux, puis eut un petit rire.

_ Qu'est-ce qui peut vous faire rire en un tel moment, Lowick ?

_ Je ris en songeant que si j'avais voulu vous atteindre réellement, vous faire souffrir... J'aurais pu toucher à votre belle Marianne... Quel dommage ! C'est trop tard..., répondit perfidement Lowick alors que Brandon le saisissait par le col.

Il était abasourdi par tant de mépris, tant de haine pour une autre personne... Il retourna violemment Lowick et lui plaqua le visage contre la terre.

_ Pourquoi ? Pourquoi agir ainsi ? Pourquoi me détestez-vous autant Lowick pour vouloir vous en prendre aux êtres qui me sont les plus chers ? s'exclama-t-il.

Lowick resta silencieux, le corps endolori, sa bouche goûtant à la terre fraîche.

_ POURQUOI ? répéta Brandon en le retournant à nouveau pour que leurs visages soient face à face, tandis que Lowick recrachait la terre qu'il avait dans la bouche.

_ Pourquoi ? Vous n'étiez qu'un enfant gâté par la nature, aimé de tous, votre avenir s'annonçait merveilleux et je vous voyais faire de l'ombre à votre frère, qui était mon ami le plus fidèle et qui méritait qu'on le traite avec plus de respect, expliqua Lowick entre ses dents.

_ Le respect est quelque chose qui se mérite, en effet, et mon frère n'a jamais rien fait pour cela, répliqua Brandon.

_ Peu importe ! Vos principes moraux si élevés qu vous donnaient l'impression de nous dominer votre frère et moi... Et puis, Eliza ! continua Lowick d'un ton rageur et plein de rancœur.

Brandon se recula légèrement, fixant toujours Lowick.

_ Nous y voilà..., dit-il. Eliza... C'est elle que vous m'enviiez...

_ Ce n'était pas juste que ce soit vous et pas moi ! Vous ne pouviez pas tout avoir ! Votre rang était inférieur au mien à l'époque et il était inconcevable que vous l'épousiez ! s'exclama Lowick.

_ Dans ce cas, vous avez du être ravi par la tournure qu'ont pris les événements..., dit gravement Brandon.

_ Oui, ça on peut le dire ! Mais ça a été de courte durée puisque c'est à votre frère qu'elle était promise... Je lui ai alors conseillé de céder à ses pulsions et de prendre des maîtresses, confiant qu' Eliza aurait besoin d'un ami vers qui se tourner après cet affront... J'ai cherché à être cet ami pour elle, mais elle m'a toujours repoussé... Un jour, je l'ai surprise en train de préparer ses bagages. Elle voulait quitter votre frère ! J'ai souhaité lui parler, mais elle m'a à nouveau rejeté et cette fois-ci... Je ne me suis pas laissé faire...

Brandon se raidit, comprenant où Lowick voulait en venir. Le sang lui battant les tempes et l'angoisse s'emparant de lui, il ne réussit qu'à murmurer :

_ Vous avez osé...

_ Je n'ai pas eu le temps, si cela peut vous rassurer ! John, le fidèle John, a déboulé dans la chambre et m'a jeté dehors sans ménagement... C'est la dernière fois que je l'ai vu..., répondit Lowick d'un ton méprisant.

Brandon le regarda, la haine et le dégoût marqués sur son visage. Eliza et John ne lui avaient jamais parlé de cela, sans doute parce qu'ils craignaient sa réaction... A présent, il était face au tortionnaire de la première femme qu'il avait aimé, le bourreau de nombreuses jeunes filles, l'agresseur de Margaret... Faire sentir sa colère à Lowick vint à l'esprit de Brandon, et s'il avait pu observer le regard de Lowick, il aurait pu y déceler qu'il s'y préparait. Mais la promesse que Brandon avait faite à Marianne lui revint à l'esprit, la douloureuse expression du visage de la jeune femme qu'il aimait tant s'insinua en lui, comme si elle le jugeait à l'avance pour ce qu'il s'apprêtait à faire... Mais Lowick avait agressé Eliza ! Cette idée lui était insoutenable ! Il aurait pu faire de même avec Marianne ! Il le haïssait tellement...

Lowick se complait dans la souffrance et le désespoir qu'il inflige à ses victimes, il laisse parler ses pulsions au détriment des autres... Brandon réalisa que ce qu'il souhaitait ardemment - faire souffrir Lowick au point de le tuer - le rendait égal à ce dernier parce que ce ne serait pas sa raison qui agirait s'il en finissait avec Lowick... mais sa pulsion... Et ressembler un tant soit peu à Lowick en agissant ainsi lui était impossible...

Poussant une exclamation de rage, il envoya rouler Lowick plus loin par la force de son pied et passa une main sur son visage, le temps pour lui de remettre ses esprits en ordre. Il s'aperçut seulement à cet instant que ses mains tremblaient. Il les joignit et les serra pour que le tremblement s'arrête, reprenant son souffle qui avait été coupé par la pression qu'il avait ressenti au moment où il envisageait le sort qu'il allait faire subir à son ennemi, et rejoint Lowick qui n'avait esquissé aucun geste pour se mettre debout. Il attendait, sachant que quoi qu'il fasse, son avenir était tout tracé. Une part de lui-même aurait souhaité être tué par la main du colonel Brandon, son orgueil l'empêchant de se voir en prison. Mais sa lâcheté était plus grande encore et il s'estima satisfait de son sort.

Ce dernier lui apparût plus nettement encore lorsqu'il vit des lumières trancher l'obscurité de la nuit, deux cavaliers armés de torches se dirigeant vers Brandon et lui, suivis d'une chaise de poste à quatre roues. Mr Darcy descendit de son cheval, imité par les deux membres de la police. A la lueur des torches, Brandon reconnût l'inspecteur qui était venu lui annoncer la mort de Willoughby quelques semaines plus tôt. L'inspecteur le reconnût également, le salua d'un mouvement de tête et s'approcha de Lowick avec son camarade.

« Tiens donc ! Mr Lowick ! Ce n'était qu'une question de temps, mais vous voilà enfin sous notre garde, lança l'inspecteur en obligeant Lowick à se relever.

_ Les ordres vous empêchaient de m'arrêter sans preuves ? demanda narquoisement Lowick.

_ Taisez-vous ! Nous connaissons le colonel Brandon et nous ne remettons pas sa parole en doute. De plus, nous suivons les règles et allons nous rendre auprès de la victime dès que vous serez montés dans cette voiture » répliqua l'inspecteur.

Brandon pensait tout de même à la justesse de la remarque de Lowick. Les autorités accouraient dès qu'une personne d'un certain rang était victime d'un quelconque méfait, tandis que les plus pauvres n'avaient que leurs yeux pour pleurer et leur force de caractère pour ne pas laisser leur envie de vengeance les envahir. Son sens de la justice lui empêchait d'être pleinement satisfait par l'arrestation de Lowick, songeant aux nombreuses familles qui auraient pu ne pas voir leurs vies brisées à cause de cet homme.

L'inspecteur se dirigea vers Brandon et Darcy.

_ J'imagine que notre attitude doit vous paraître hypocrite, Colonel... On m'a rapporté votre discussion avec un de mes camarades... Mais, croyez-moi, et je parle au nom de certains de mes camarades, nous n'appliquons pas ce manque de justice, car c'est bien de cela qu'il s'agit, de gaieté de cœur, loin de là ! expliqua-t-il avec conviction. La loi est ainsi... et je suis heureux qu'aujourd'hui, enfin, cet homme soit puni.

_ Merci..., répondit simplement Brandon en serrant la main de l'inspecteur. Merci d'avoir fait votre devoir.

L'inspecteur s'inclina et donna l'ordre à ses confrères de partir avec Lowick. Ce dernier, avant de monter en voiture, jeta un dernier regard à Brandon. Un regard narquois où se mêlait la haine. Brandon le regarda fixement, tendu à cause des émotions qu'il venait de vivre, et soulagé de voir enfin son ennemi loin de ceux qu'il aimait. Enfin, Lowick disparut dans la voiture, celle-ci s'ébranla et partit, l'emportant au loin.

Brandon se tourna vers Darcy et le remercia chaleureusement d'avoir été prévenir les autorités.

_ C'est la moindre des choses, Colonel, répondit Darcy, courtoisement. Mais...Comment cela s'est-il passé pour vous ?

_ Pour moi ?

_ Oui, pour vous. Je me mets à votre place. Si ma soeur avait eu à subir ce genre d'attaque... J'ignore comment j'aurais réagi, mais je doute que j'aurais réussi à faire preuve de sang-froid..., expliqua Darcy avec sollicitude.

Brandon garda le silence un moment avant de répondre.

_ J'ai fait ce que tout homme sensé devait faire, finit-il par déclarer.

Cette simple réponse fut suffisante à Darcy, qui ne pouvait qu'imaginer le tumulte intérieur qu'avait ressenti Brandon, sans pour autant en atteindre l'exactitude, ignorant tout de la discussion qui avait eu lieu entre les deux ennemis. L'inspecteur se dirigea vers son cheval et le monta, orientant son cheval versla direction dans laquelle la voiture de police était partie.

_ Vous ne deviez pas voir Miss Dashwood ? demanda Darcy.

_ Je suis scrupuleusement la loi, même lorsqu'elle se montre injuste, comme lorsque Lowick pouvait abuser des jeunes filles pauvres sans en subir les conséquences... Aujourd'hui, je fais fi de cette loi en ne la suivant pas à la lettre.

_ Nous n'avons rien à cacher, nous avons dit la vérité, Inspecteur..., commença Brandon, craignant que l'inspecteur croit à une mascarade.

_ Je n'en doute pas, Colonel... Mais je pense que le mieux serait d'éviter à cette jeune fille d'autres émotions, répondit l'inspecteur.

Brandon lui en fut très reconnaissant. En effet, Margaret avait déjà eu son lot de moments pénibles cette nuit ! Il remercia à nouveau l'inspecteur et le salua. L'inspecteur les quitta et Darcy et Brandon allèrent récupérer leurs montures sans mot dire. Brandon, sans manteau, prenait conscience du froid qu'il faisait à présent que tout était terminé. Les émotions qu'il avait ressenties tout au long de son échange avec Lowick l'avaient gardé de l'air glacial de la nuit. Il monta sur son cheval et partit au galop auprès de Darcy en direction de Barton Park, songeant que le plus difficile restait à venir. En effet, il faudrait entourer Margaret d'attentions et de soins après ce qu'elle venait de traverser.


Pendant le temps où les hommes étaient partis à la recherche de Margaret, Marianne se rongeait les sangs. Elle avait été prévenir sa mère de ce qu'il s'était passé, plongeant Mrs Dashwood dans une grande affliction, incapable de rester en place, scrutant l'horizon à chaque fenêtre se trouvant sur son passage. Edward avait été informé de la situation et était parti rejoindre Brandon, Mr Darcy et le colonel Fitzwilliam. Pendant ce temps, Sir John se chargeait de congédier ses invités, conscient que le bal ne pouvait plus durer et que certaines personnes hautaines risquaient de heurter la sensibilité de Mrs Dashwood par leurs remarques sur le manque de politesse de Margaret.

Marianne avait décidé de ne rien dire à Elinor pour ne pas l'inquiéter davantage, à cause des émotions qu'elle avait déjà eu dans la soirée. Heureusement pour elle, Mrs Jennings, Elizabeth Darcy, Anne Hathaway et Rose Winslet se révélèrent être de précieux soutiens. Elles ne cessèrent de rassurer Marianne et Mrs Dashwood sur le sort de Margaret, arguant qu'elle n'avait pu aller bien loin et qu'avec tous ces messieurs, elle serait très vite de retour. Georgiana les avait rejointes, les yeux rougis par les larmes qui s'échappaient d'elle sans qu'elle put les retenir, anxieuse pour Margaret.

_ Il fait si froid... Margaret est partie sans se couvrir..., fit remarquer Mrs Dashwood d'une voix lointaine, ne cessant de regarder par la fenêtre.

Marianne s'approcha de sa mère et la prit doucement par les épaules.

_ Elle sera vite de retour... Et dès qu'elle sera revenue, nous ferons venir le docteur Jamison pour qu'il l'examine, dit-elle en essayant de se montrer rassurante.

Mrs Dashwood hocha la tête et une larme dévala sa joue.

_ C'est ma faute... Je n'aurais pas dû lui dire de renoncer à tout ce qui faisait sa personnalité pour se conformer aux usages du monde et à la bienséance..., murmura-t-elle d'une voix tremblante.

_ Non ! Non, Mère, je vous assure que non ! Au contraire, cela l'a fait réfléchir ! Elle me l'a dit et elle a sans doute dû vous le dire... Je crois que Margaret a vécu beaucoup d'émotions ce soir... Elle a fait connaissance avec un jeune homme charmant d'après ce que j'ai cru comprendre..., ajouta-t-elle pour donner une vision optimiste à sa mère.

Mrs Dashwood se tourna vers sa fille, les yeux pleins de larmes. Marianne sentit son cœur se serrer à cette vision, mais elle garda ses sentiments pour elle, comprenant que sa mère avait besoin de sa force.

_ Prenez donc un peu de thé, Mrs Dashwood, intervint Mrs Jennings en apportant une tasse à son amie.

Puis se tournant vers Marianne :

« Je prends le relais, Marianne. Ne vous inquiétez pas. »

Marianne la remercia d'un regard empreint de gratitude et alla s'asseoir. Elle avait peur pour sa jeune soeur. Elle savait qu'il lui faudrait du temps pour se remettre de ce bal et sentait que la persuader d'assister malgré tout à la Saison ne serait pas chose aisée. Elizabeth Darcy vint vers elle et lui expliqua que Rose Winslet était allée tenir compagnie à Elinor, et ne laisserait filtrer aucune remarque sur ce qui s'était passé. Marianne la remercia et resta silencieuse. Elle ne pouvait qu'attendre et espérer...

Au bout de dix minutes qui lui parurent une heure, elle entendit enfin des bruits dans la cour. Sursautant, elle se leva brusquement et courut à la fenêtre où sa mère avait bondi.

_ C'est eux ! Ils l'ont retrouvé ! s'exclama Marianne en prenant la main de sa mère.

_ Merci mon Dieu ! soupira Mrs Dashwood avec soulagement avant d'aller à la rencontre de Margaret.

Marianne la suivit et elles arrivèrent dans le hall au même moment qu'Edward, qui portait dans ses bras Margaret, toujours inconsciente.

_ Margaret ! s'exclama Mrs Dashwood en se ruant vers sa fille.

_ Que lui est-il arrivé ? demanda Marianne, inquiète.

_ Elle va bien... Je vous expliquerai tout en détail tout à l'heure, mais avant, il faut la transporter dans une chambre et la réchauffer, dit Edward avec une fébrilité que Marianne ne lui avait jamais vu.

_ Bien sûr ! Suivez-moi ! s'exclama Sir John en faisant signe à Edward de monter à l'étage supérieur. Meredith ! Faites du feu dans la chambre d'ami !

Mrs Dashwood suivit Edward, ne quittant pas des yeux sa fille. Marianne ne les accompagna pas. Elle regarda le colonel Fitzwilliam avec inquiétude.

_ Où est mon mari ? demanda-t-elle.

_ Il m'a dit de ne pas vous alarmer, Mrs Brandon, répondit le colonel avec un sourire rassurant.

_ Pourquoi ? Qu'y a-t-il ? demanda Marianne, sans pour autant obéir à la requête que lui avait fait parvenir Brandon.

Le colonel Fitzwilliam la regarda avec calme, les phrases qu'il avait préparées pour expliquer tout ce qui s'était passé étant bien ancrées dans son esprit.

_ Mr Thornton a retrouvé votre soeur...

Marianne regarda auprès d'elle et vit en effet Mr Thornton. Elle put ainsi voir à quoi il ressemblait, mais elle ne s'y attarda pas, trop pressée de savoir où se trouvait Brandon.

_ Elle... elle s'est faite agresser par un homme... Mais il n'a pas abusé d'elle, ajouta-t-il précipitamment en voyant la jeune femme pâlir et porter une main à sa bouche. Mr Thornton est arrivé à temps et a maîtrisé l'agresseur. Votre sœur s'est évanouie, sous le choc, comme on peut le comprendre.

Marianne rassembla ses esprits, les larmes lui piquant les paupières. Elle ne parvenait pas à croire que sa jeune sœur si innocente, ait fait les frais de la perversité d'un homme. Après l'humiliation qu'elle avait ressenti en quittant le bal, et maintenant cette agression... Comment pourrait-elle s'en remettre ?
Revenant à elle, Marianne alla vers Mr Thornton et lui prit les mains avec ferveur.

_ Merci, Mr Thornton ! Merci infiniment d'être arrivé à temps pour sauver ma sœur ! s'exclama-t-elle, des larmes coulant sur ses joues.

_ Il n'y a rien à remercier, Mrs Brandon, répondit Mr Thornton avec émotion. J'ai fait ce que tout gentleman aurait fait en pareille circonstance... et je regrette de ne pas être arrivé plus tôt sur les lieux !

_ Vous l'avez sauvé du pire, c'est déjà beaucoup !

Pendant ce temps, Elizabeth avait demandé au colonel Fitzwilliam où se trouvait son propre mari. Le colonel lui relata les faits brièvement et lui assura que Darcy allait revenir bientôt avec Brandon. Marianne revint alors vers lui pour avoir la suite des explications.

_ Vous dites que... l'agresseur a été maîtrisé... cela veut dire que mon mari...

_ Est avec lui, oui. Il a souhaité rester auprès de lui tandis que Darcy est allé chercher les autorités. Brandon connaissait l'homme. Un certain Lowick..., raconta le colonel Fitzwilliam.

Marianne eut un mouvement de recul avant de pâlir. Heureusement, le colonel Fitzwilliam la retint par les épaules, la jeune femme sentant ses forces l'abandonner. Les jambes tremblantes, elle fut conduite sur un fauteuil où elle s'assit et tâcha de se calmer. Margaret avait été agressée par Lowick. Ce même Lowick que Brandon essayait de faire arrêter par la police. Et il était seul avec lui !

« Il ne le ferait pas... Non, il ne le fera pas... » dit-elle à voix basse.

_ Non, je doute fort que Lowick tente quoi que ce soit pour s'échapper ou blesser Brandon ! tenta de la rassurer le colonel Fitzwilliam. Brandon était un excellent soldat, ce n'est pas Lowick qui arriverait à le maîtriser !

Le colonel pensait comprendre la signification des mots de Marianne, mais il en était loin. La jeune femme songeait plutôt à la promesse que Brandon lui avait faite. Celle de ne pas provoquer Lowick en duel. Elle était restée confiante sur le fait que Brandon ne reviendrait pas sur sa parole, mais le fait de savoir que Lowick était l'homme qui avait agressé Margaret et se trouvait à présent à la merci de Brandon fit craindre à Marianne ce qu'elle jugeait impensable alors, Lowick fournissant à Brandon toutes les raisons pour qu'il le provoque en duel !

_ Il m'a dit de vous dire de ne pas vous alarmer, que vous n'aviez rien à craindre, répéta le colonel avec douceur.

Marianne releva la tête vers lui au son de ces mots. Brandon avait cherché à la rassurer... Pensait-il lui aussi à la promesse qu'il lui avait faite lorsqu'il avait donné ce message au colonel Fitzwilliam ? Marianne tenta de s'en persuader de toutes ses forces, refusant de se sentir coupable d'avoir pu prêter de mauvaises intentions à son mari s'il s'avérait qu'il avait tenu parole.

Ils attendirent dans le salon, avec pour seul fond sonore le son des horloges de la salle et des pleurs étouffés de Georgiana, entourée par Elizabeth Darcy. Marianne entendit ensuite Anne Hathaway essayer de détendre l'atmosphère en demandant à Mr Thornton s'il allait rester longtemps dans la région, ce à quoi il répondit non sans une certaine émotion qu'il était censé partir en urgence ce soir-même, à cause de la mort de sa grand-mère.

_ Oh ! Je suis désolée ! compatit Anne. Connaissant votre père, j'imagine que ce doit être un choc très rude...

_ C'est pour cela que je souhaitais partir au plus vite... Ma mère doit entourer mon père, mais également ma tante Fanny..., expliqua Mr Thornton.

Anne Hathaway eut un regard semblant indiquer qu'elle connaissait bien cette tante Fanny pour savoir que la tâche ne serait pas aisée pour Mrs Thornton. Marianne profita de leur discussion pour mieux observer Mr Thornton. Elle le trouva bel homme, charmant dans ses manières et dans sa façon de s'exprimer et, au milieu de ses appréhensions, elle se sentit touchée pour Margaret qu'un tel homme ait remis à plus tard un départ urgent pour aller la secourir.
Marianne se demandait également comment allait Margaret, mais elle refusait de quitter le salon, souhaitant attendre Brandon, le voir revenir auprès d'elle... Elle fut tirée de ses pensées par Mr Thornton qui lui demanda s'il pouvait lui parler. La jeune femme, surprise, accepta et le colonel Fitzwilliam, qui était resté auprès d'elle, laissa sa place à Mr Thornton.

_ J'aurais voulu vous informer de ce qui est... je crois... la raison de la fuite de Margaret..., commença Thornton.

_ Sa maladresse lui a joué des tours, acheva Marianne en revoyant la scène.

_ Oui... il paraît... mais avant cela... Je crois que... non je suis sûr ! Je suis sûr que c'est de ma faute si votre sœur a fait preuve de maladresse, répliqua Thornton avec douleur.

_ Expliquez-vous, je vous prie.

_ Je l'avais invité pour une danse, mais le malaise de votre sœur aînée... Mrs Ferrars, je crois, a bouleversé les plans et les danses ont été suspendues. Entre temps, j'ai reçu un express m'informant du décès de ma grand-mère et j'ai été m'isoler dans un petit salon pour écrire ma réponse. J'étais abasourdi par la nouvelle et je n'ai plus songé au fait que les danses venaient de commencer et que, par conséquent, votre sœur était sans doute en train de m'attendre ! Lorsque je me suis hâté vers la salle de bal, je l'ai vu s'enfuir... Je me sens coupable, Mrs Brandon ! s'exclama Mr Thornton, le regard sincère et triste.

Marianne comprit tout de suite que ce n'était pas seulement le regard d'un gentleman ayant manqué à ses devoirs, mais celui d'un amoureux transi. Cette constatation ne la surprit qu'à moitié, la promptitude dont il avait fait preuve pour retrouver Margaret et sa manière de parler d'elle témoignant pour lui. Marianne lui fit un sourire compatissant.

_ Cessez de vous tourmenter, Mr Thornton. Margaret comprendra que vous ne l'avez pas rejointe pour les danses parce que vous aviez une bonne raison, et celle dont vous venez de me parler en est une. Margaret est intelligente et sensible, elle comprendra, répondit-elle.

_ Je le souhaite de tout cœur... Serait-ce trop vous demander de bien vouloir lui faire part de mon explication lorsqu'elle pourra l'entendre, s'il vous plaît, Mrs Brandon ?

_ Bien entendu.

Edward vint les rejoindre à cet instant, les traits tirés de son visage trahissant son épuisement.

_ Comment va Margaret ? lui demanda Marianne tandis que Mr Thornton s'avançait vivement vers lui.

_ Elle est en train de se faire changer et réchauffer. Votre mère et Mrs Jennings s'occupent d'elle et je vais envoyer chercher le docteur Jamison pour qu'il l'ausculte, expliqua Edward.

_ S'est-elle réveillée ? demanda Mr Thornton.

_ Elle a ouvert les yeux et a regardé autour d'elle avec terreur, mais nous avons réussi à l'apaiser et elle est retombée dans l'inconscience, mais je pense que c'est plus par épuisement que par autre chose...

_ Comment va ma mère ? demanda Marianne. A-t-elle besoin de moi ?

_ Elle est impressionnante... Elle est calme et reste maîtresse d'elle-même. Si elle est effrayée, cela ne se voit nullement, répondit Edward.

Marianne fut stupéfaite par ce qu'elle entendait. Sa mère, si exaltée, dans la joie comme dans l'affliction ! Puis elle songea au fait qu'elle aussi avait fait preuve d'une maîtrise étonnante lorsque Brandon avait été amnésique, ce qui l'amena à croire que l'amour avait des vertus incroyables sur le caractère des gens dès que l'objet de leur affection était en danger. Certaines personnes en apparence fragiles pouvaient se montrer fortes et solides, désireuses de rassurer et de protéger l'être aimé.

Des bruits de sabots se firent soudain entendre et Marianne se leva précipitamment et se rua dans le hall, oubliant toute bienséance, les événements de la soirée offrant des circonstances atténuantes à ses manières. Elle attendit deux minutes avant de voir apparaître Brandon, les traits fatigués. Elle s'élança vers lui et l'étreignit, soulagée. Il la serra furtivement contre son cœur avant qu'elle ne se dérobe vivement, constatant avec horreur qu'il n'avait pas de manteau sur lui.

_ Tu es glacé ! s'exclama-t-elle en lui touchant le torse et les bras. Il te faut un manteau ! Viens te poser au coin du feu là-bas !

_ Ne t'inquiète pas, Marianne, répondit doucement Brandon en lui prenant la main. Le domestique que nous avons croisé nous a dit qu'il avait reçu des ordres de Sir John pour que nous ne manquions de rien, Mr Darcy et moi.

Et en effet, deux domestiques arrivèrent, deux gros manteaux sous le bras, en revêtant chacun Brandon et Darcy. Elizabeth avait retrouvé son mari avec soulagement, lui jetant un regard tendre faisant écho à celui que lui adressait Darcy, montrant par là leur amour de manière plus discrète que Marianne. Blâmer cette dernière serait une erreur car elle avait déjà fait preuve d'un grand empire sur elle-même tout au long de la soirée et à présent, elle n'arrivait plus à se contenir davantage, ses émotions déjà vivaces étaient décuplées par sa grossesse, ayant leur part de responsabilité dans sa conduite.

Le colonel Brandon et Mr Darcy allèrent près de la cheminée, suivis de leurs épouses. Brandon frissonna légèrement à cause de la transition entre la froideur du dehors et la chaleur du salon. Se tenir au coin du feu à cet instant, après avoir vécu autant d'événements en une seule soirée procura un sentiment de bien-être dans le corps de Brandon. Marianne lui prit doucement la main et la lui caressa, le regardant avec attention. Brandon pouvait lire dans son regard toute la peur qu'elle avait éprouvé et les questions qu'elle se posaient et qui ne tardèrent pas à franchir ses lèvres.

_ Lowick ? demanda-t-elle d'une petite voix.

_ Il a été arrêté... Il ne nuira plus à personne dorénavant, répondit Brandon en regardant attentivement Marianne, son expression disant plus que des mots.

Le regard de la jeune femme s'éclaira. Comme elle s'y attendait, Brandon avait tenu sa promesse et n'avait pas tenté de punir lui-même Lowick. Heureuse, elle lui caressa la main avec encore plus de tendresse et la posa sur sa joue. Le regard qu'ils échangèrent à ce moment-là fut l'un de ceux durant lesquels ils n'avaient nul besoin de parler pour se comprendre. A travers le regard de Marianne, Brandon voyait la reconnaissance et la fierté, tandis que Marianne pouvait lire le soulagement et l'amour dans les yeux de son mari.

_ Merci, Mr Darcy, pour ce que vous avez fait, déclara Marianne en arrachant son regard de celui de Brandon pour regarder son interlocuteur.

_ J'ai été ravi de vous être utile, Mrs Brandon, répondit Darcy en inclinant légèrement la tête.

_ Vous avez été plus qu'utile, vraiment, ajouta le colonel Brandon en regardant tour à tour les Darcy, le colonel Fitzwilliam et Mr Thornton qui venaient d'arriver. Merci à tous...

Mr Thornton profita de cet instant pour annoncer, non sans une pointe de regrets dans la voix, son départ.

_ Vous partez à cette heure-ci ? demanda Marianne.

_ Oui, il le faut. Mes parents ont besoin de moi... Je pars à regret, croyez-le bien... J'aurais aimé avoir des nouvelles de Miss Dashwood, ajouta-t-il.

_ Comment va-t-elle ? demanda Brandon en regardant Marianne.

_ Edward nous a dit qu'elle s'était réveillée l'espace d'un instant avant de s'endormir. Il est allé envoyer chercher le docteur et je ne l'ai plus revu depuis. J'imagine qu'il est allé prévenir Elinor..., lui répondit Marianne.

Mr Thornton hocha la tête, pensif. Margaret était revenue à elle, mais elle devait être sous le choc. Comme il aurait aimé la revoir, lui parler ! La seule chose qui lui permit de partir le cœur un peu moins lourd était l'assurance que Marianne parlerait à sa sœur de la raison qui l'avait contraint à ne pas l'inviter à danser comme il le lui avait promis. Un domestique vint lui annoncer que sa voiture était prête à partir, aussi Mr Thornton fit ses adieux.

_ Me sera-t-il possible d'avoir des nouvelles de l'état de santé de Miss Dashwood, Colonel ? demanda-t-il à Brandon.

_ Bien sûr, je vous écrirai pour vous en informer. Sir John me fera parvenir votre adresse, répondit Brandon.

Mr Thornton le remercia chaleureusement et salua une dernière fois Marianne.

_ Vous verrons-nous à Londres durant la Saison, Mr Thornton ?

_ Je crois, oui. Aurais-je le plaisir de vous y retrouver ?

_ Je l'espère ! Margaret devrait faire son entrée dans le monde, répondit Marianne, l'air grave. J'espère que cette horrible mésaventure ne la dissuadera pas d'aller à Londres...

_ Je l'espère aussi de tout cœur ! s'exclama Mr Thornton avec une chaleur qui manqua de faire sourire Marianne tant elle voyait tout l'amour que cet homme avait pour Margaret.

_ Eh bien... au revoir, Mrs Brandon.

_ Au revoir, Mr Thornton. Transmettez nos condoléances à votre famille...

_ C'est très aimable à vous répondit Mr Thornton avant de s'incliner et de prendre congé.

Darcy et Elizabeth avaient été dans la salle de bal en compagnie de Georgiana, qui tombait de fatigue mais souhaitait attendre des nouvelles de Margaret. Le colonel Fitzwilliam et les Hathaway les avaient suivis, retrouvant par la même occasion les Winslet, de sorte que Marianne et Brandon se retrouvèrent seuls.

Ils se regardèrent l'espace d'un instant, puis Brandon vint à Marianne et la serra dans ses bras. Il avait besoin de son étreinte, de sa chaleur, de son parfum... Il le voulait, mais surtout il en avait besoin ! Depuis que Lowick lui avait révélé toute sa haine, son action envers Eliza et ses projets pour le faire souffrir, il avait eu l'impression de devenir quelqu'un d'autre, un homme faible animé d'une soif de vengeance telle qu'il aurait pu aller jusqu'au bout des pulsions meurtrières qu'il avait ressenties face à Lowick. Mais ce n'était pas lui ! Ce n'était pas le vrai Christopher Brandon ! Le vrai Christopher Brandon, il le voyait à travers les yeux de son épouse et il avait terriblement besoin de l'entendre lui dire qu'elle l'aimait.

Marianne fut surprise par la soudaine étreinte de Brandon. Elle avait l'impression qu'il s'accrochait à elle comme un malade se raccroche à la vie, ses bras lui entourant la taille, sa tête se collant dans le cou de la jeune femme avec une sorte de désespoir. Elle l'embrassa tendrement, désireuse de le soulager de cette souffrance qu'elle percevait en lui.

_ Qu'est-ce qu'il y a, mon amour ? murmura-t-elle avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

_ Je t'aime tellement, chuchota Brandon d'une voix désespérée. Je ne sais pas ce que je serais devenu si tu n'avais pas été là...

_ Pourquoi dis-tu cela ?

_ Je ne suis qu'un incapable... Je n'ai même pas pu protéger Eliza, et maintenant Margaret ! continua Brandon sans la regarder.

La jeune femme se sentit désemparée en l'entendant parler ainsi. Elle lui prit doucement le visage et le força à le regarder. Il y avait dans ses yeux une telle souffrance que le cœur de la jeune femme se serra.

_ Christopher... Que s'est-il passé avec Lowick ? demanda-t-elle fermement, mais d'une voix douce.

_ J'ai tenu ma promesse, Marianne... Je ne l'ai pas combattu...

_ Je le sais, tu me l'as dit et je te crois. Mais je pense qu'il s'est passé autre chose durant le temps que tu es resté avec lui... n'est-ce pas ?

Brandon resta silencieux un moment avant de croiser le regard inquiet de Marianne qui cherchait à lire dans son regard la réponse à sa question.

_ Lowick m'a expliqué pourquoi il agissait comme il le faisait, pourquoi il me haïssait autant... Sa haine le motivait, Marianne. Il aurait été capable de te faire du mal, il me l'a dit et en riait ! J'ai cru devenir fou ! Seul le souvenir de ton regard lors de notre dispute m'a permis de lutter et de ne pas le...

Brandon s'arrêta, perdant ses mots, trop honteux de dire ce qui lui avait traversé l'esprit au moment où il avait recueilli les aveux de Lowick. Marianne le comprit néanmoins et lui caressa la joue, les larmes aux yeux.

_ Christopher...

_ Je dois te paraître monstrueux...

_ Non ! Non, bien sûr que non ! Au contraire, tu as fait preuve d'une maîtrise incroyable, et c'est ce qui fait toute la différence ! le rassura Marianne, entourant le visage de Brandon de ses mains. Nul ne pourrait rester insensible face à une telle situation ! Tu n'es pas monstrueux, Christopher. Tu es un homme, avec ses faiblesses et ses pulsions ! Et je suis persuadée que je n'aurais pas pu épouser un meilleur homme que toi, tu m'entends ?

Brandon hocha la tête, regardant Marianne avec soulagement. Il lui était si reconnaissant de se montrer aussi compréhensive et aussi mature dans son jugement. Elle continuait à l'aimer et réussissait à lui effacer la culpabilité qu'il avait ressenti en prenant conscience qu'il aurait pu aller très loin...

_ Je suis désolé, ma chérie... Je n'arrive pas à comprendre pourquoi j'ai ressenti ce besoin de te parler de tout ça... D'ordinaire je préfère garder ce genre de choses pour moi afin de ne pas t'inquiéter..., s'excusa-t-il en lui baisant la main.

_ Mais ce n'est pas la meilleure solution et tu le sais ! Christopher, nous épancher l'un à l'autre fait partie du mariage... Cesse de me considérer comme une chose fragile qui ne peut supporter le moindre tracas ! Le plus horrible, je l'ai vécu lorsque tu étais amnésique, et tu n'étais pas toi-même pour m'enlever ma douleur et mes angoisses, répliqua Marianne avec fougue. Alors, je veux t'écouter lorsque tu ne vas pas bien, lorsque tu as peur...

_ Tu me verrais comme un être faible et incapable de surmonter le moindre problème et je ne le veux pas. Je suis censé être celui en qui tu as confiance, celui qui te protège et ne se laisse pas abattre, rétorqua Brandon, l'air sombre.

_ Christopher Brandon, ferais-tu preuve d'orgueil ? demanda Marianne, esquissant un sourire.

_ Marianne..., soupira Brandon.

_ Ce serait naturel ! Mais tu oublies une chose, continua Marianne.

_ Laquelle ?

_ Tu es déjà celui en qui j'ai confiance et celui qui, je le sais, trouvera toujours une solution pour que notre vie soit heureuse malgré les obstacles ! Tu as vécu tant de choses douloureuses avant de me connaître que je ne peux assurément pas croire que tu sois un homme faible et sans ressources puisque tu es devenu l'un des hommes les plus respectés et appréciés du comté et je suis tombée amoureuse de toi, de ta force de caractère, de ta douceur... ! Mais j'aurais encore plus de respect pour toi si tu me fais confiance et te confies à moi lorsque certaines choses sont trop lourdes à porter...

Brandon regarda le jeune femme avec un étonnement grandissant au fur et à mesure qu'elle parlait. Ce qu'elle disait était plein de bon sens et reflétait une maturité incroyable qui réchauffa son cœur. Il essaya de s'imaginer la manière dont il endurait les épreuves à l'époque, lorsqu'il était seul, et il ne put comprendre comment il avait réussi à s'en sortir sans Marianne à ses côtés. A présent qu'il l'avait auprès d'elle, c'était comme si toute sa façon de voir le monde, d'anticiper et de supporter les difficultés avaient changé, et s'il avait pu lire dans les pensées de Marianne, il aurait vu qu'elle songeait à la même chose.

_ Je crois que si je ne t'avais pas auprès de moi, ce serait comme si on me retirait un membre vital..., déclara-t-il avec émotion. J'ai épousé une femme bien plus intelligente et perspicace que moi...

Marianne secoua la tête et posa son front contre le sien.

_ C'est qu'il fallait que notre différence d'âge ne se remarque pas, répondit-elle avec malice.

Brandon l'embrassa avec tendresse, un sourire au coin des lèvres.

_ Merci Marianne...

La jeune femme lui posa un doigt sur les lèvres et l'embrassa à nouveau, portée par son désir, son amour et sa volonté de voir s'effacer toute trace de culpabilité dans le regard de Brandon.

_ Merci à toi, répondit-elle enfin. Tu as fait tout ton possible pour que Margaret soit retrouvée et tu y es arrivé...

_ Tu sais toute l'affection que j'ai pour elle, tu n'as pas à me remercier pour ça...

Ils furent interrompus par l'arrivée du docteur Jamison, visiblement frigorifié et surpris d'être appelé à nouveau chez les Middleton en l'espace d'une heure. Il demanda à voir Margaret sans attendre et Marianne et Brandon le conduisirent dans la chambre, désireux de retrouver la jeune fille et d'être rassurés sur son état, pressentant malgré tout que les jours à venir seraient difficiles pour elle comme pour eux, le traumatisme qu'elle venait de vivre réclamant une attention toute particulière que ses proches avaient bien l'intention d'exercer afin de l'aider.