Mesdames, mesdemoiselles, bonsoir !

Encore une fois, j'ai failli à ma promesse de faire au plus vite et j'en suis vraiment désolée. MAIS, j'ai tellement voulu vous écrire quelque chose de vraiment bien, qu'il me fallu tout ce temps pour publier. Le résultat sera toujours loin de mes espérances, les émotions restent un domaine où je suis loin d'exceller malgré l'envie énorme de vous faire partager ce qui me transcende quand je pense à l'histoire de Bella.

Enfin voilà un nouveau chapitre qui j'espère vous plaira ou au moins vous fera oublier la longue attente. Avant tout, je voudrais réellement et sincèrement vous remercier de vos reviews. C'est plus que ce que j'espérais ! Du talent pour l'écriture ? J'ai beaucoup de mal à vous croire...

Enfin bref, je vous laisse avec ce nouveau chapitre...


Chapitre 31

Avril 2013,

« J'aimerais avant de commencer, que nous revenions sur les quelques heures qui ont précédé l'intrusion de Jesse à votre domicile...Pourriez vous retracer les événements afin que nous puissions faire la chronologie de cette nuit »

Mes mains s'agitèrent aussitôt contre mon pantalon. Criblée par les regards, j'occultais un instant leurs présences pour me focaliser sur ma respiration. J'avais attendu ce moment chaque putain dew jour. J'en avais rêvé. Presque fantasmé. C'était enfin arrivé. Je pouvais exécuter la première partie de mon plan. J'avais assez de détails en ma possession pour le foutre en cellule sans qu'il n'ait jamais à revoir la lumière du jour. Je pouvais le faire.

« Nous devions joindre Los Angeles la semaine suivante...Nous passions le plus clair de notre temps en Californie, alors Phil a décidé de nous offrir un pieds à terre près de West Hollywood...Il y avait un bordel pas possible à la maison, et rien n'était encore emballé...J'avais passé les fêtes de fin d'année avec mon père et mes amis à Forks, alors que Phil et maman s'étaient offert un semaine en amoureux aux Seychelles...Nous étions tous les trois de retour trois jours auparavant, alors nous avons décidé de passer l'après midi à Angels, l'orphelinat qu'a fait construire maman il y a plusieurs années, c'était toujours un bon moment à passer, maman passait toujours quelques heures avec la directrice pour discuter des adoptions et des possibles aménagements à faire, Phil et moi préférions toujours aller jouer avec les enfants »

« A quelle heure avez-vous quitté l'orphelinat ? »

« Dix neuf heures, nous sommes arrivés à la maison une dizaine de minutes plus tard »

« Avez-vous remarqué quelque chose en rentrant ? Une porte ouverte ? Des choses qui ont été déplacés ? »

« Non, l'alarme de la villa était en contact direct avec le poste de sécurité et il ne semblait pas y avoir eu de soucis »

Les détails me revinrent peu à peu à l'esprit et je fus incapable de contrôler les agitations dans ma poitrine.

« Mais...Quand j'ai voulu récupéré une bouteille de jus de grenade dans le réfrigérateur, j'ai constaté qu'il me manquait une bouteille...c'est stupide comme détail, mais c'était mon jus de fruits favoris, la seule boutique qu'il le vendait était à un kilomètre de la maison »

« Qu'avez-vous fait ? »

« J'ai demandé à Phil si c'était lui mais il m'a répondu que non, et je n'ai pas plus insisté, j'avais juste demandé à maman de m'emmener demain matin à la boutique bio avant le départ pour l'aéroport...nous étions fatigués, alors nous avons simplement dîné...j'avais préparé le matin même des lasagnes afin que nous n'ayons qu'à les réchauffer le soir même »

« Que s'est-il passé lorsque vos parents et vous, vous êtes retrouvés au lit ? »

« J'ai lancé mon podcast, parce que ça m'aide à dormir, puis j'ai fermé les yeux…pendant trois heures »

Instantanément, je sentis le feu me chatouillait le bout des orteils. Mes pulsations devenaient plus douloureuses. L'air insupportable. Ma voix coincée comme au fond de ma gorge. J'avais les images et le son, mais j'étais comme incapable de mettre des foutus sous-titres pour expliquer ce qui se jouait encore une fois devant moi.

« Qu'est ce qui vous a réveillé ? »

Pour la première fois depuis le début de mon témoignage, je me tournis vers ce fils de pute pour le regarder en face. Contrairement à ce que j'avais pu croire, il ne me fut pas difficile d'affronter la noirceur de son regard. Il fut légèrement surpris, et malgré tout mes mains tremblèrent davantage.

Tout avait subitement disparu. Nous étions que tout les deux. Plus aucun public. Pas d'avocat, ni de jury. Juste nous deux et mes parents. Juste nous dans cette chambre. Ma prison, où je retrouve l'odeur de la sueur, mêlé au parfum de ma mère. Juste nous au milieu de la nuit, coincé dans cette chambre. Dans cette chambre juste en face de la résidence où les voisins sont loin d'imaginer qu'un monstre s'apprête à exécuter le début d'un cauchemar. Le début de mon enfer.

« Tu étais adossé à l'encadrement de la porte…tu m'observais, un sourire sur les lèvres…tu avais l'air si heureux » dis-je rapidement, pressée par le chagrin. « Comme…comme papa, quand il m'observait et pensait que je ne le savais pas »

« Qu'avez-vous vous fait en réalisant que l'on venait de s'introduire chez vous ? »

Mon ventre convulsa. Il ne supportera pas ce torrent d'émotions déchirantes.

« Papa m'avait appris à ne pas être paralyser par mes émotions quand je paniquais...alors j'ai crié...de toutes mes forces...aussi fort que je le pouvais...pour prévenir Phil...il...il était toujours le premier à réagir lorsque je faisais un cauchemar, alors je savais qu'il ne faudrait pas longtemps avant que mon beau-père nous débarrasse de ce fils de pute »

« Que s'est-il passé ? »

« Tu as souri...comme pour me dire que je pourrais hurler autant que je le voulais, personne ne viendrait...J'ai occulté le fait que Phil et maman...qu'ils...qu'ils puissent être déjà mort et j'ai tenté de fuir...Encore une fois, papa m'avait appris à faire face à l'intrusion d'un étranger dans notre maison, chaque fois que je séjournais chez lui, j'avais droit à des cours de self-défense avec ma meilleure amie »

« Avez-vous pu ? »

« C'était complètement stupide...Tu avais déjà tout prévu...toi seul savait ce qu'il allait se passer...Ma seule sortie de secours était la porte sur laquelle il était adossé » vrillais-je une seconde mon regard vers Erika. « Je me suis débattue, j'avais mes chances, je pesais probablement plus lourd que lui, alors j'ai bêtement cru pouvoir fracasser son crâne contre l'une de mes commodes...mais...j'ai sous-estimé ses forces et il a réussi à me traîner jusqu'à la chambre de maman »

Je me sentis instantanément comme une torche humaine. Le feu qui remontait doucement le long de mes échines m'avait littéralement emprisonné dans une atroce douleur. Je fus obligée de m'arrêter à l'appel des images, trop concentrée sur la souffrance. Les yeux baissés sur mes mains, j'étouffais, la surprise de voir littéralement des centaines de bestioles courir sous ma peau. Je ne pouvais pas. Pas maintenant. J'étais prise comme d'hallucinations, pourtant bien consciente que mon esprit déraillait. Mais c'était comme sentir, voir clairement ma souffrance me bouffait de l'intérieur. Je savais que c'était pas bon. Si j'osais hurler, terrifiée par mes mains

« Isabella ? »

« J'ai...j'ai besoin d'une pause...c'est important s'il vous plaît » suppliais-je doucement, les yeux toujours rivés sur mes mains

« Je suspens l'audience pour une durée de dix minutes » abdiqua t-il

Je me précipitais aussitôt vers l'extérieur pour rejoindre les toilettes. Angie m'y suivit avec autant de hâte.

« Angie, aides moi je t'en supplie ! » voulus-je me débarrasser des centaines de bestioles qui couraient sous ma peau

« Bébé, qu'est ce qui se passe ? » arriva mon père

La pièce fut instantanément bondée de monde. Je me sentis oppressée, consciente de paraître folle à lier alors que je me grattais les bras. Ma vue se troubla, et j'eus aussitôt la sensation d'être dans une cage capitonnée. Les images défilaient, je sentais tout à coup chacun de mes battements de cœur. Mon cœur que je sentais pomper mon sang bouillonnant. Les voix crièrent plus forts. Et je fus incapable de penser à autre chose qu'aux voix. Aux voix et à ces putains de bestioles qui me rongeaient de l'intérieur.

Mon cœur battait trop fort, mon esprit fonctionnait trop vite...

« Regardes moi Swan ! » m'interpella soudain la voix de mon ange

Le visage coincé dans ses mains, je vis les jades d'Edward tentait de focaliser sur lui mon regard.

« Ed » m'accrochais-je à sa chemise

« Regardes moi Swan...regardes moi ! » ordonna t-il sévèrement. « Il n'y a personne d'autre que ton père et moi, tu m'entends ! Il n'y a personne d'autre que nous trois ! »

Il ne cessa de répéter cela pendant plusieurs minutes, alors que mon cœur battit plus lentement. L'oppressante chaleur qui m'envahit quelques minutes auparavant disparut doucement, et je me sentis plus qu'exténuée.

« Nous devons reporté l'audience à demain » voulut papa

« Hors de question ! » refusa Edward, mon visage toujours dans ses mains, son regard toujours encré au mien

Dans ses jades, j'y retrouvais la force que j'avais vu animé son regard lors de nos retrouvailles à l'entrepôt.

Qu'est ce que j'avais fait ?

C'était lui. J'avais toujours eu besoin de lui.

« On a préparé ce foutu procès depuis longtemps ! J'ai fais en sorte de réparer mon erreur ! J'ai rempli ma part du contrat alors je veux que tu retournes sur ce foutu banc et que tu leur raconte ce que tu as vu ! Tu m'as bien compris Swan ! J'en ai rien à foutre que tu ne t'en sentes pas capable ! J'en ai rien à faire si tu te mets à complètement halluciner ! Je veux que tu racontes chaque putain de détail ! »

« Que s'est-il passé ? »

« J'ai instantanément été paralysé...consciente mais pétrifiée...totalement dépossédée de mes moyens »

Occultant le feu, j'attrapais le verre d'eau posé sur la rambarde pour ravaler les cris de douleurs que je crevais d'envie de pousser. Il faillit me glisser des mains mais je le portais très rapidement à mes lèvres. Je déglutis. Fort. Et je regrettais qu'il m'entende ravaler aussi douloureusement mes cris. J'étais certaine qu'il pouvait entendre les cris, voir les spectres qui nous tournaient autour.

« Je sentais mon cœur battre, j'étais encore capable de pleurer...mais j'avais perdu toute motricité, j'étais incapable de lever le petit doigt »

« Qu'a fait Jesse ? »

« Je ne l'ai pas regardé...maman était attachée, totalement nue, aux barreaux du lit »

Je refusais de craquer à nouveau et relevais les yeux pour refouler toute larme, qui à coup sûr ne cesserait de couler. Mais les images étaient si nettes...si claires...si vivantes. Et l'envie de laisser ma peine exploser si tentante.

« Maman était carrément une héroïne, la femme la plus forte qu'il m'ait été donné de voir...Elle était capable de surmonter n'importe quelle merde sans jamais se plaindre...Pour la première fois, je voyais la terreur dans son regard...et même encore là, elle ne s'inquiétait pas de ce que lui ferait cet enfoiré mais de ce qu'il pouvait faire contre moi »

Je ne serais jamais à la hauteur. Jamais aussi grande qu'elle. Jamais aussi forte.

« Tout ce que je sais, c'est qu'il a pris soin d'effacer son ADN de mes doigts...il était méticuleux, prenant soin de chaque détail qui permettrait à la police de lui mettre la main dessus »

Le cauchemar était encore possible. Ce procès simple fruit de mon imagination.

« J'étais...j'étais juste pétrifiée par Phil et maman »

« Qu'a t-il fait après avoir effacé toutes les traces ? »

« M'obligez pas à dire tout haut ce qu'il s'est passé, s'il vous plaît » m'étranglais-je, la gorge horriblement nouée

« Isabella » m'appela le juge

« Je peux pas...Vous l'humiliez avec toutes ces photos, je ne veux pas faire la même chose ! »

« Mademoiselle Swan, regardez moi » quémanda le juge doucement

J'obéis après une longue et silencieuse minute. La vérité était utile, mais l'énoncer était insupportable.

« Le but de ce procès n'est certainement pas d'humilier une seconde fois votre mère ainsi que votre beau-père, j'ai pleinement conscience qu'il est difficile pour vous de rappeler de telles images...mais pensez qu'il est primordial pour le jury et moi de comprendre ce qu'il s'est passé...Rendre justice à vos parents n'est ce pas ce pourquoi vous êtes ici ? »

« Il s'est approché de maman et...et...et il a baissé son pantalon » répondis-je après un silence pesant où je rappelais toutes les forces que je voulais réunir pour

Je ravalais mes nausées alors que je le revis la pénétrer. Doucement, lentement, comme si il tenait à tout prix à ne pas lui faire de mal. Comme si il s'agissait d'un acte pur, d'un acte d'amour.

« Il l'a violé...elle a supplié Phil de fermer les yeux, il était hors de question qu'elle perde sa dignité...Phil ne l'a pas écouter, il n'a cessé de lui promettre qu'il retrouverait cet enfoiré, qu'il le buterait »

« C'était insupportable...le...le lit... »

Je bâillonnais instinctivement ma bouche pour m'empêcher d'hurler à l'appel des souvenirs.

Le lit qui bougeait.

Fort.

Longtemps.

Doucement.

Puis fort.

Et sa jouissance.

L'humiliation.

« Je vous en supplie, cesser de la persécuter » se releva soudainement Charlie, alors que j'agonisais sur ma chaise

Le juge lui ordonna de reprendre sa place.

Son corps suant contre le sien.

Son corps dans le sien.

Et l'impuissance de mon beau-père.

Puis le silence de maman.

Les images. Son regard. Les images. Son sourire. Les images. Les cris. Son corps nu. Son corps nu. Son corps inerte. Son regard posé sur moi. Son regard qui verse sa dernière larme.

Mon estomac n'en supporta pas plus, et le juge reporta à nouveau l'audience.

...

« Chérie »

J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué.

« Chérie...Est ce que tu as besoin de quelque chose ? »

J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué.

« Bella ?...Bella ?...Putain ! Fais chier ! »

J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué. J'avais échoué.

« Qu'est ce que je fais quand t'es comme ça merde ! Oh ! »

Les cris cessèrent, et je me retrouvais subitement face à Edward.

« Quoi ? » fis-je déboussolée

Je n'avais pas le souvenir d'avoir quitter ma chambre d'hôtel. A peine vêtue d'un tee-shirt noir, j'avais tout à coup mal aux pieds. Mes pieds couverts de cailloux et de terre.

« Qu'est ce que je fais ici ? On a pas le droit de se voir »

« Tu te promenais dans la rue, comme un zombie...et puis je crois que personne ne nous as vus »

Tournée vers la vitre, je laissais le paysage défilait sans rien dire. Me retrouver à côté de lui, me fit du bien.

« Je crois...je crois...je crois que tu devrais changer de clinique » lâcha t-il après dix bonnes minutes, sans se détourner de la route. « Je veux dire, je viens carrément de te retrouver à moitié nue dans la rue, et...et puis, ce matin, est ce que tu te souviens d'avoir complètement halluciner ! »

Surprise que malgré notre rupture il s'inquiète encore pour moi, je me retournais pour me rendre compte du mal que je lui faisais encore pourtant loin de lui.

« J'ai...j'ai arrêté mon traitement » avouais-je les yeux à nouveau perdu dans la pénombre. « Je ne voulais que ces foutus pilules m'anesthésient » continuais-je. « Ne pas savoir ce que j'ai ressenti quand ce fils de pute me les as enlevé »

« Ce n'est pas ce que faisaient tes pilules »

« Tu n'en sais rien ! »

« Pourquoi ? Tu mentais encore quand tu disais que tu allais mieux y a deux mois ?! »

« Jettes moi ici » ordonnais-je doucement, déjà à bout de nerf

Cette discussion ne mènerait à rien.

« Va te faire foutre Swan ! T'es complètement tarée ! »

« Oui Edward ! » criais-je dans l'habitacle, tournée vers lui. « Complètement folle à lier ! Tu veux me l'entendre dire ! Avouer que je suis complètement dingue ! Je suis folle Edward ! Je suis folle Edward ! » finis-je par m'emporter dans une rage larmoyante, à bout. Totalement à bout. « Est-ce que tu es content de m'entendre dire que je suis bonne pour la camisole ! Bella Swan n'est qu'une petite pute qu'il faut enfermer ! »

« Arrêtes ça Bells ! Je t'en supplie » l'entendis-je prier la gorge nouée

« S'il te plaît Ed, dis leur de me foutre dans ce putain d'asile et de me laisser tranquille...dis leur de me foutre la paix...j'en peux plus Ed ! » m'accrochais-je à son tee-shirt, alors qu'il tentait de me maîtriser

« Chuttt » me supplia t-il. « Je t'en supplie bébé, arrêtes ça » souffla t-il contre mes lèvres

Nos larmes finirent par se confondre alors qu'il ne cessa de me demander d'arrêter de pleurer. Pendant des heures.

Ça ne cessera pas...

L'éternel enfer qu'est la réalité...

L'infinie souffrance...

L'éternité aussi profonde que le désespoir dans lequel je me noie.

La nuit à peine débutée, j'allumais une cigarette, debout face à la ville.

« Je n'en pouvais plus de ces chiens qui tournent autour de l'hôtel, alors Emmett a loué ce truc » dit Edward derrière moi

Posés sur le balcon d'une somptueuse villa, nous observions la ville s'éteindre doucement au loin. Comme d'habitude, il avait su éponger ma peine sans mots particulier. Juste lui et son amour. Nous avions remonté doucement Camelback Mountain. Je ne m'étais pas attardée sur les portes scellées par le FBI. Le passé semblait à la fois si loin et pourtant encore si encrée dans mon présent. J'y avais passé cinq années dans cette maison. Chaque recoin y regorgeait de souvenirs, plus ou moins intenses. Le sang coulé avait comme tout effacer, tout terni. J'avais la sensation d'y être totalement étrangère. Des gens, des touristes passeraient à coups sûr par ici, excité de découvrir l'endroit où a eu lieu l'assassinat de Phil Dwyer. Excités et à la fois curieux de découvrir tous ces putains de détails croustillants sur la manière dont est morte Renée Dwyer.

« Tu l'as vus n'est ce pas ? »

« L'enfer est partout »

L'enfer est partout...

« Est-ce que tu regrettes ? »

« Depuis le premier jour »

« Est-ce qu'il y a quelque chose entre Holligan et toi ? »

« Te répondre serait donner du crédit à cette putain pensée »

« Vous êtes proches, tu lui fais bien plus confiance à lui qu'à moi »

J'esquissais un sourire, qu'il ne vit pas, toujours derrière moi. Je jetais mon mégot, en allumais une seconde et me tournais vers lui. Adossée à la rambarde, je pris le temps de regarder son visage. J'avais tant fui son regard depuis notre rupture. Il n'était jamais plus beau que lorsqu'il me regardait. Doucement il vint m'entourer en accrochant la rambarde.

« Parles moi »

« Embrasses moi »

« Tu te trouvais dans ses bras, juste à peine quelques heures avant que nous ne rompions »

« Embrasses moi » répétais-je avec sourire

« Nous avons rompu »

« Encore une fois » riais-je

« Tu sais que cette fois c'est différent »

« J'ai merdé ok...j'étais sûre de ne pas y arriver, tous mes espoirs étaient sur toi »

« Je t'ai toujours aimé sans condition...pourquoi tu ne prends pas ça au sérieux »

« Parce que ça ne l'est pas ! Je suis toujours revenue, toujours »

« Ce que je ne supporte plus, c'est de te voir toujours partir »

« Toi mieux que quiconque sait que je suis bipolaire »

« Arrête avec ça ! »

« Quoi ? »

« Justifier tout par ta maladie...il y a encore un an, tu ne savais pas que tu étais malade, et j'ai la sensation que tu te portais mieux »

« Il y a un an, je prenais de l'oxycodone pour cacher mes états d'âme »

« Je suis exténué...est ce que tu peux comprendre ça ? »

« Alors tires toi, je ne t'en voudrais pas...Tu n'as pas à me supporter, certainement pas après ce que tu as vécu avec Sarah...tous les deux on s'est peut être emballé, croyant trouver en l'autre une bouée de sauvetage...ce sont les autres qui ont raison, toi et moi sommes pas fait pour être ensemble malgré ce truc qui me ronge les tripes quand je suis avec toi...depuis nous ne cessons de se persuader que je peux m'en sortir, mais ce n'est visiblement pas le cas »

« Parce que tu n'es pas capable de suivre à la lettre ton traitement...tout serait différent si seulement tu écoutais ce qu'on te dit »

« Je vis avec le mal Ed...chaque partie de moi est empoisonnée, et les médicaments ne peuvent rien y faire...ils ne servent qu'à endormir ce qu'il y a de plus mauvais en moi, mais jamais assez profondément pour que je puisse vivre sereinement »

« Alors tu abandonnes ? »

« Il arrivera un jour où je ne supporterais plus ce que je suis et je ne veux pas que tu sois là »

« Peu importe où tu te trouves, quand je te perdrais, je ne serais plus alors à même de supporter mon existence » fit-il détoner mon coeur

Il me laissa à peine le temps de ravaler l'énorme boule d'émotions coincée dans ma gorge, qu'il scella ses lèvres aux miennes. Perdus dans un profond baiser, je fus à nouveau égoïste en pensant garder près de moi toutes les choses qui m'arrachaient de mon enfer.

Même si peu à peu, je contaminais toutes ces choses...

A bout de souffle, j'en profitais pour retirer son tee-shirt puis le mien. La maison était juste parfaite pour oublier que nous étions traquer par l'œil curieux de la planète entière. Je contournais mon amour, et me débarrassais de mon soutien-gorge en marchant jusqu'à la somptueuse piscine illuminée. M'immergeant doucement dans l'eau chaude, j'invitais mon homme à me rejoindre. Il disparut une seconde pour allumer la chaîne stéréo qui cria le tube du moment. Nu, j'attendis le cœur battant qu'Edward vienne doucement me ramener contre lui, après qu'il m'est tiré de mon string. Soutenue par ses mains posées sur mon cul, je chantais par dessus la voix d'Arianna Grande, raide dingue des jades de mon amour avant de fondre sur ses lèvres.

« A jamais tienne » soufflais-je contre sa bouche gourmande

« A jamais tien »

Mon cœur explosa littéralement dans ma poitrine au poids de cette promesse.

Finalement nous quittions l'eau à peine une heure après y être entrer. Edward voulait qu'on rejoigne sa chambre, certain que nous y serons beaucoup plus libre là bas. Après ces derniers mois, il était sûr que nous avions besoin de nous retrouver intimement. Sortie de l'eau, j'enfilais le marcel de mon homme pas certaine que tout le reste de la maison soit endormi. Toute la famille Cullen s'était enfermée ici, afin de pouvoir s'éloigner du bordel médiatique et supporter à chaque seconde Edward. Une serviette nouée autour de sa taille, Edward alluma ensuite une cigarette alors que je cherchais mes sous-vêtements. Il éteignit la chaîne stéréo, puis pris ma main pour nous ramener jusqu'à son pavillon. L'immense villa illuminée par une vingtaine de lampions qui éclairait par la même occasion notre chemin, j'en profitais pour découvrir chaque pièce qui la composait.

« Monsieur se serait-il fait au luxe ? » me moquais-je

Je poussais un cri quand Edward me porta dans ses bras, un sourire aux lèvres.

« J'ai peur que ma riche petite-amie finisse par se lasser d'un petit fonctionnaire insignifiant »

« Tu as été mon fantasme par deux fois »

« Deux ? »

« Le gentil professeur horriblement à croquer et le bad boy dominant...je pourrais jamais me lasser de toi »

« Tu as dix huit ans, je suis ton premier amour »

« Est-ce possible tant d'ego dans un corps pareil » le coupais-je

« Je suis ta première véritable histoire, tu finiras par te lasser et te tourner vers des gosses de ton âge »

Un sourire aux lèvres, je fis semblant d'y réfléchir.

« C'est ce moment là que tu dois choisir pour me rassurer, et me dire que tu m'aimeras toute ta vie »

« On ne peut être sûr de rien...et puis qui sait, tu es celui qui ait le plus de raison de partir, tu pourrais toujours te trouver une blonde californienne saine d'esprit »

Nous traversions la porte de son pavillon avant qu'il ne puisse rétorquer quelque chose. Je récupérais sa cigarette et quittais ses bras pour le suivre jusqu'à sa chambre. Royale, je courrais vers le lit kingsize défait. Edward ne tarda pas à me rejoindre, et s'allongeait près de moi. Je jetais le mégot dans le cendrier posé sur la table de chevet, et allais le chevaucher.

« Tu es trempée » rit-il contre mes lèvres

« Hum, tu sens ça » remuais-je les sourcils de manière comique

Il éclata de rire alors que je défis sa serviette sous moi. Cet idiot se tut aussitôt quand je ramenais sa queue contre son ventre de sorte à pouvoir m'y frotter sans aucune décence.

« Putain Swan ! »

Je ris alors qu'il déplaça avec empressement les oreillers derrière lui de sorte à ce que nous soyons tous les deux plus à l'aise. Une fois fait, je me redressais pour retirer le débardeur que je portais, amusée de voir qu'Edward s'était relevé aussi. Il avala aussitôt mon sourire dans un baiser. Ses lèvres contre ma bouche, ses mains sur ma poitrine, je fus immédiatement envahi par une douleur qui me tordit les tripes et le cœur. Mon corps tout entier réagissait à chacun de ses touchers. Comme si je m'apprêtais à être exorcisé, mes démons craignirent la rafale d'émotions qui s'apprêtaient à me submerger. Edward était indéniablement une sorte de marabout. Mes cheveux relevés dans un énorme chignon haut, je les détachais pour me sentir beaucoup plus libre. Le cœur battant, il devint fou au contact de la langue d'Edward sur le bout de mon sein. La vision était presque insupportable pour mon rythme cardiaque.

« Edward » l'appelais-je

J'avais déjà du mal à contenir mes gémissements, troublée par un désir que je n'avais pas pu ressentir ces trois derniers mois. Mes mains sur ses épaules pour me soutenir, les siennes accrochèrent mes hanches pour diriger sévèrement mes déhanchements. Nos lèvres à quelques millimètres l'une de l'autre, il nous fut difficile de respirer correctement, tant le désir nous consumait de l'intérieur. Je finis par me plaindre plus bruyamment contre sa bouche lorsqu'il pénétra un doigt en moi. La bouche grande ouverte, il fit un geste des plus indécents en sortant la langue m'invitant à l'embrasser alors qu'il me doigtait toujours. Mon corps ne fut plus qu'une torche humaine. Ses jades noircis par le désir, son visage transpirait cette assurance qui me plaisait tant. Reposé sur les oreillers, il me regarda un instant, ses doigts allant et venant toujours plus rapidement en moi. Doucement je les retirais à contre cœur, n'en supportant pas plus, et allais empoigner sa queue. J'écartais d'une main mes petites lèvres sous l'œil brûlant de mon petit ami, pour aller me caresser le clitoris avec son gland. Puis lentement, je le laissais me remplir. J'aimais la douleur ressentie chaque fois qu'il me comblait ainsi. Une fois encore, je pleurnichais en m'empalant doucement sur lui. J'étais toujours certaine que le plaisir que je ressentais dans ces instants équivalait à celui que je vivais à la montée de mes trips. Mon amour me regardait toujours avec autant de délectation me déhancher contre lui.

« Faite simplement pour toi » dis-je en me penchant sur lui

Son visage devenu sérieux, il vint s'emparer de ma bouche, affamé. Même unis aussi intimement, je n'aurais jamais la pleine sensation de pouvoir me fondre en lui. Rien n'était jamais assez pour me sentir totalement à lui. Et je crois que lui aussi en pris conscience, furieux, il me ramena contre lit, maintenant mes jambes loin l'une de l'autre. Mes mains crochetèrent aussitôt les oreillers quand il se mouva en moi à une cadence déconcertante. Le lit ne cessa de craquer et mes plaintes furent plus bruyantes. Dévorée par le plaisir douloureux, je finis par me contracter durement autour de lui. Soulagés, il souffla une dernière fois mon nom, avant de s'éloigner lentement. Sans un mot, il se releva, quitta le lit pour rejoindre la salle de bains. A bout de souffle, j'attendis quelques minutes avant de pouvoir mettre un pieds devant l'autre.

Débarrassés de toutes souillures, nous retrouvâmes le lit. Allongés l'un en face de l'autre, j'approchais pour caresser son visage. Son regard captive du mien, la souffrance que j'y lu fut plus réjouissante que douloureuse. Il m'aimait. Sa vie était désormais liée à la mienne, sans qu'il ne puisse y faire quelque chose.

« La seule chose qui m'ait attaché à toi, je ne sais même pas si tu pourras le comprendre, car, pour cela, il faudrait que tu aies des tripes. L'unique raison, c'est ton odeur. L'odeur de ta peau, de ton corps, de ta bouche. Je n'en avais jamais senti de pareille. Une douceur inimaginable. Aussi fâchée que je sois, il suffisait que je m'approche, à un mètre de toi, je frémissais déjà. Je posais mes mains sur ton cou pour t'étrangler et ton parfum me désarmait. » avais-je lu chez

Peut être que c'était ça. Peut être que j'avais plus de pouvoir que je ne le croyais sur lui. Il m'aimait. Et il me haïssait. Il m'aimait mais il se haïssait de ressentir autant de choses.

...

« Aimiez-vous votre beau-père Phil Dwyer, mademoiselle Swan ? » aborda cette salope d'avocate, après que je me sois attardé sur les sévices qu'avaient exécuté son client sur mon beau-père

« Plus que tout au monde » répondis-je au tac au tac

« Pourtant votre mésentente a fait plusieurs fois la une des journaux »

« Sérieusement ? Vous vous basez sur les ragots de ces torchons pour prouver une tension entre nous ? » me moquais-je

Sur l'écran plasma, elle fit défiler plusieurs photos où Phil et moi semblions être en froid. Juste au début de notre relation. Un sourire mesquin aux lèvres.

« Phil m'a aidé à avoir confiance en moi, j'étais une fille de dix ans avec quatre-vingt cinq kilos quand maman l'a rencontré, bien trop honteuse de s'afficher en public, martyrisée par des petits connards à l'école et incapable de soutenir un regard...Phil m'a aidé à perdre du poids, et à être considérablement plus forte face aux critiques »

Elle hocha simplement la tête, comme pour me dire que je pouvais toujours causer, elle était certaine de ma culpabilité. Elle se tourna subitement vers l'écran. Un long silence, pesant et oppressant, plana au dessus de la cour et mon cœur s'arrêta soudainement de battre que je la vis faire apparaître plusieurs photos. Toutes étaient insoutenables à regarder, et je sus aussitôt qu'elle avait déjà gagné cette foutue confrontation.

« Reconnaissez vous ces personnes Isabella ? »

« Oui »

« Qui sont – elles ? »

« Aller vous faire foutre «

Elle esquissa un sourire avant de se tourner vers le jury, dont le regard fut exorbité. L'une d'entre eux était même prête à vomir.

« Mesdames, messieurs les jurés, voici ceux qui ont été victimes de coups de mademoiselle Swan au cours d'une seule année » dénonça t-elle.

« Et je ne regrette rien ! » me provoqua cette salope

A cet instant, je fus vidée de tout sang froid.

Tournée vers la table à pièces convictions, elle récupéra plusieurs dossiers qu'elle distribua au jury. J'étais en très mauvaise posture, je le sus quand je vis Edward se dandinait nerveusement sur sa chaise. L'interrogatoire allait être musclé. Convaincre compliqué.

« Centre psychiatrique, bracelet électronique, mise sous tutelle et puis la prison...nous pouvons constater que vous n'avez cessé de côtoyer les lieux d'internement mademoiselle Swan »

« Simple penchant pour les endroits glauques » rétorquais-je

« Alcoolisme, drogue, conduite en état d'ébriété et sous l'influence de stupéfiant, voie de fait, violation de conditionnelle, six mois d'emprisonnement au centre pour mineur de Seattle, et enfin les innombrables agressions envers autrui...il est difficile à croire qu'une jeune fille aussi mignonne que vous ai pu agir ainsi »

« N'est ce pas »

A quelques mètres devant moi, j'entendis Edward toussotait fortement.

Est-ce que cet enfoiré pensait sérieusement que j'allais me laisser faire alors qu'elle insinuait clairement que j'ai pu assassiné ma famille ?

« Aviez-vous des raisons valables d'atteindre physiquement ces personnes mademoiselle Swan ? »

« Autre que celle d'insulter ma mère de pute ! »

« Oh, je suppose que vous faites référence au rapport écrit après une altercation que vous avez avec l'une de vos camarades, Lauren Mallory »

« Cette salope a osé insulter ma mère de pute, parce qu'elle a merdé à un contrôle de philo...Cette fille aurait pu m'atteindre de bien des façons, mais elle a préféré s'attaquer à ma mère »

« Et elle méritait donc que vous lui brisiez la mâchoire ? »

Ravalant tout acquiescement, j'échangeais furtivement un regard avec Edward qui me conseillait vivement de fermer ma gueule. Je décidais de faire taire tout animosité envers cette salope et tenter de reprendre mon calme.

« Bien sûr que non...ma mère était morte depuis seulement neuf mois, j'avais encore les nerfs à vifs »

« Il me semble que vous avez toujours les nerfs à vifs mademoiselle Swan...n'avez-vous passé plusieurs jours en cellule d'isolement lorsque vous vous trouviez au centre de redressement de Seattle, ni physiquement agresser plusieurs des infirmiers et patients qui se trouvaient à l'hôpital psychiatrique de Phoenix où vous avez été interné lors des six derniers mois »

Justifier. Toujours et encore.

« Est-ce si difficile à comprendre qu'assister au meurtre de mes parents a littéralement détruit toute raison chez moi ? Que je suis incapable de raisonner correctement ou simplement d'arrêter de penser ? … Je ne cesse de penser, pas une seule seconde le regard anéanti de ma mère est capable de me quitter, je suis sans cesse confronter à ces putains d'images...je suis exténuée, je n'ai pas pu dormir sereinement depuis 850 jours...je fuis le silence, et même entourée, même noyée dans de la musique qui pourrait être assourdissante pour certains, je suis incapable d'échapper aux cris...partout où je vais, quelque soit l'endroit où je me trouve, je ne cesse d'entendre mon beau-père me suppliait de fermer les yeux...ça ne s'arrête pas...jamais...parfois j'ai encore quelques forces pour me poser dans un coin et juste supporter...mais lorsque je suis fatiguée, beaucoup trop épuisée pour supporter le silence engendré par son absence, je laisse toutes ces ombres noires qui me hantent sortir et punir quelqu'un, peu importe qui, j'ai besoin que quelqu'un souffre pour moi pendant quelques minutes, juste quelques minutes » finis-je

Mon éternel migraine revint alors que je pressais mes mains sur mes tempes, juste brièvement. Pensant niaisement que ça la ferait disparaître malgré l'habitude. Le tribunal fut silencieux, Yung semblait étonnement à cours de mots. Je n'y vis aucune victoire, j'avais juste besoin que les gens comprennent ce que je supportais au quotidien.

« C'est pas juste...C'est pas juste qu'elle ne soit plus là pour moi...C'est pas juste que je sois ici à vous persuader que cet enfoiré à tuer maman et Phil, c'est pas juste que l'on vous octroie ce droit d'intervenir dans le jugement de ce salop...Rien n'est juste, tout ce cirque pour vous convaincre que je ne suis pas folle, que monsieur Masen n'est pas un homme violent et que nous avons été témoins du massacre des personnes les plus importantes de nos vies » voulus-je m'engager dans une longue confession « Vous doutez n'est ce pas...je le sais...je le sens...Comprenez bien que je ne nie pas être totalement tarée...je le sais, j'ai pleinement conscience de mon état mental plus qu'instable...Vous ne m'entendrez pas non plus nier m'être penché pour respirer un rail de coke, avaler une pilule d'ecsta ou ingurgiter toute une bouteille de vodka chaque nuit pendant des mois...J'ai été une junkie, et une alcoolique à l'âge de seize ans et je ne suis pas sûre que ça ne soit plus le cas aujourd'hui...Ça a fait du mal à mon père, Charlie et aussi à mes meilleurs amis qui n'ont cessé de me répéter que j'étais quelqu'un d'assez fort pour supporter leurs pertes...Mon psy et mon tuteur me l'ont répété aussi des heures entières...Ils pensent tous que je m'en suis sortie après que j'ai quitté le centre psychiatrique, parce que je ne cessais de leur dire que j'avais enfin trouver assez de volonté pour m'en sortir, me dégager de mes lamentations et de ma dépression »

Je m'arrêtais un instant, consciente d'être totalement à découvert à cet instant. Plus de mensonge. Ni d'espoir.

« Personnalité borderline...c'est ce qui est écrit dans mon dossier psychiatrique...C'est ce qui est censé qualifié mon état...Les personnalités borderline sont classées dans les états limites...Limites parce qu'il m'arrive de frôler la démence...C'est rare qu'elles se manifestent aussi tard, qui plus est avec une enfance aussi épanouie que la mienne...Mais la peur de l'abandon reste prédominante chez moi, ce qui est l'une des caractéristiques de cette maladie...Paraîtrait-il que mon ascenseur émotionnel déconne un peu »

Gênée de par cette honnêteté dont je faisais rarement preuve vis à vis de moi même, je me relevais pourtant, et soulever mon chemisier pour exposer l'une des cicatrices qui marquaient mon corps.

« Je me suis plantée un couteau de quinze centimètres en prison, parce que j'étais furieuse contre mon petit ami » caressais-je la petite trace en relief, prenant conscience de la gravité de mes humeurs explosives. « J'ai pas hésité une seule seconde » révélais-je en reprenant ma place. « Je me suis dit que ça le ramènerait, qu'il était incapable de m'abandonner dans un endroit aussi glauque...comme mon père l'a fait, je sais que je ne peux pas lui en vouloir à lui, parce que j'ai vraiment été une grosse merde hystérique avec lui, mais parfois je lui en veux de ne pas s'être battu assez pour moi, c'est stupide parce que je sais que personne ne pourra jamais rien faire pour moi, je suis cassée, empoisonnée jusqu'à la moelle...Avant ça, j'ai tenté de me noyer, frôler l'overdose et passer sous un camion...Le fait que je puisse vous témoigner de mes actes n'a rien avoir avec de la chance, je faisais simplement ça pour attirer l'attention...j'ai longtemps refusé l'idée que le monde puisse continuer de tourner normalement alors que j'étais à l'agonie...mon père a continué d'aller travailler chaque jour, et ma meilleure amie continuait de baiser son sexfriend...C'était pas juste que je sois la seule à souffrir »

Je relevais les yeux vers Angie, qui semblait difficilement contenir ses larmes. Je détestais lui faire autant de mal. Aucun d'eux ne méritait toutes ces conséquences. J'étais seule victime de ce massacre.

« Il y a quelque chose de bizarre et de totalement incohérent dans le fait de perdre quelqu'un, je sais que certains d'entre vous l'ont ressenti...voilà que votre monde s'effondre totalement, que votre âme s'est littéralement tirée avec la personne que vous aimiez profondément et malgré tout...malgré ce sentiment corrosif, qui vous ronge de l'intérieur...vous continuez chaque matin de vous levez, d'avoir faim, soif, d'aller aux toilettes...je veux dire, vous avez conscience d'être totalement inerte, mais votre corps est comme en mode pilote automatique, et continue de suivre cette putain de routine que vous aviez lorsqu'elle était encore là...comme ci celle que vous pensiez si primordial à votre vie, ne l'était pas tant que ça...c'est complètement absurde » me perdis-je dans les souvenirs des premiers mois vécus sans maman. « Si je ne m'en prenais pas à moi, il fallait que je détruise le visage de quelqu'un, ça me prenait subitement, j'avais besoin que quelqu'un ait aussi mal que moi...J'ai failli tuer mon père une après-midi, parce qu'il voulait se débarrasser de moi dans une désintox...Je suis capable d'être amoureuse et de vouloir buter littéralement mon petit ami en l'espace d'une demie seconde...J'ai eu deux épisodes de délires hallucinatoires visuels, auditifs et sensoriel, je n'en ai pas le moindre souvenir, tout comme mes terreurs nocturnes, j'en comprends juste la gravité lorsque je vois l'inquiétude dans les yeux de mon père ou de mon psy » révélais-je « Ils ne comprennent pas...personne ne comprend...ils ne voient que la junkie suicidaire et hystérique...je ne leur en veux pas, après tout c'est ce que je suis devenue...La vie est juste devenue insupportable sans elle, j'ai appris trop tard que c'est elle qui faisait que j'aimais tant me réveiller, sortir, sourire, manger...respirer...J'aimais la vie parce qu'on l'avait en commun...Je ne supporte même plus son ADN...Je ne sais plus qui je suis sans elle...J'en ai assez, assez d'elle, de mon père, mes amis...j'en ai assez de respirer, de pleurer, j'en ai assez de ces larmes...j'en ai assez de vous, vous qui pensaient pouvoir être mieux placé pour prendre des décisions, vous qui vous octroyez le droit de ma mort...Je suis fatiguée, j'en ai même assez de le dire, justifier encore et toujours que je souffre »

Mon cœur m'obligea à souffler profondément, épuisé par tant de tourments.

« Tout ça n'a plus aucun intérêt, pas même ce procès pour reconnaître l'enfoiré qui l'a massacré...Jugé coupable ou pas, mon cœur ne cessera jamais de vouloir la récupérer »

Et comme ci je réalisais pour la première fois qu'elle n'était plus là, la douleur m'écrasa subitement, brutalement la poitrine, me comprima les poumons, et vint sauvagement m'étreindre le cœur. Comme ci les six derniers mois ne s'étaient jamais passés, mon corps se retrouva sur son bûcher, me laissant agoniser sous le supplice.

« C'est...c'est douloureux...douloureux d'être ici, discuter encore une fois et donner à cet enfoiré le moyen d'humilier encore une fois ma famille...Jesse...Jesse McDonald est l'homme qui est entré chez moi et a ôté la vie à mes parents après les avoir torturé sous mes yeux...Je défie quiconque d'avoir l'esprit encore sain après ça »

Incapable de retenir l'assaut de la souffrance, je fondis littéralement en larmes, me fustigeant de craquer si violemment, si bruyamment.

Elle n'était plus là...
Elle ne sera plus là...

« C'est insupportable »

C'était douloureux, juste insoutenable et...douloureux.

Je m'étais interdit de me laisser aller, m'abandonner dans un flot de larmes que je ne savais jamais contrôler.

« Insupportable de croire, d'espérer la voir traverser cette porte et m'appeler pour me dire que tout cela n'est qu'un cauchemar »

Apprivoiser la douleur, avait tenté de m'aider ce fils de pute de psychiatre.

Je suis son entière esclave, esclave de cette putain de douleur qui m'anéantit aussitôt que je réalise qu'elle ne sera jamais plus là.

Pourquoi ai-je encore cet infime espoir ? Pourquoi suis-je encore sous l'emprise de cet espoir assassin qu'elle reviendra ? Pourquoi ?

« Mademoiselle Swan » s'inquiéta le juge

« Je suis désolée...je suis désolée » me cassais-je la voix, suppliant silencieusement maman de me pardonner de ne pouvoir affronter son assassin

Étranglée par le chagrin, le nœud qui avait jusque là retenu mes larmes se délaça pour laisser résonner ma détresse dans l'immense tribunal. J'abandonnais toutes ces foutues résolutions, ces promesses naïves de pouvoir affronter dignement cette épreuve, pour laisser ma souffrance prendre le dessus.

« C'est douloureux » crochetais-je la rambarde, pour supporter mon ventre qui convulsait

« STOP ! Je vous en supplie ! » entendis-je mon père intervenir.

« Monsieur Swan veuillez vous rasseoir »

« Ma fille a vu cet enfoiré assassiner sa mère »

Ma vie est en train de se dissoudre, rongée par un acide invisible, et j'assiste, impuissante, à cette lente dissolution résonnèrent en moi les mots de Catherine Pancol.

Focalisée sur mes infimes capacités à éteindre le feu qui me rongeait, je ne le vis pas approcher, puis venir brutalement me porter et repartir en direction de la sortie.

L'audience était reportée. Mon supplice n'aurait pas de fin.

Vingt trois jours. Cachée derrière les solaires que m'avait donné Edward, rien n'avait su épongé ma peine alors que j'écoutais témoins et experts défilaient.

C'était insensé !

Mai 2013,

Je savais que ces derniers mois témoigneraient en ma défaveur, mettant ainsi en doute mes déclarations. Mais les témoins se succédaient et je sentis la désagréable, l'oppressante sensation d'être devenue l'accusée. Lauren à mes côtés, elle avait justifié avec conviction mon agressivité vis à vis d'elle, quand Alkyle témoignait de mon innocence, de l'origine de mes troubles bipolaires.

Étais-je finalement malade depuis assez longtemps pour avoir exécuter mes parents ?

Avais-je si longtemps réussi à cacher réellement ce que j'étais puis fini par littéralement péter les plombs pour une simple question d'héritage ?

L'héritage. Voilà ce qui était au centre de ce massacre selon maître Yung.

Finalement trois mois et demi passèrent depuis l'ouverture du procès. Les preuves matérielles semblaient peser si peu face aux témoignages des experts. La seule certitude était la férocité dont avait fait preuve l'auteur des massacres, pour autant la culpabilité de Jesse était pour beaucoup encore très incertaine. Les nombreuses discussions semblaient avoir plus porté sur nos capacités de discernement à Edward et moi que la possible présence de Jesse dans ces chambres. Le verdict approchait, et j'eus la sensation que ce ne fut pas la seule sentence qui tomberait lorsque cela arriverait.