Bonsoir à tous

Et surtout, merci. Merci de m'avoir suivie jusqu'ici, jusqu'à ce dernier chapitre. Je n'en reviens toujours pas d'être arrivé jusque là, et que vous m'ayez suivie malgré les cinq ans d'attente, malgré les pauses interminables de six mois et plus qui ont parsemées la publication de cette fic, et malgré le niveau relativement déplorable des premiers chapitres.
C'est la première fois que je termine une fic de plusieurs chapitres, alors une de 64 chapitres ! Et je n'aurais jamais imaginé, ni espéré, atteindre les 400 reviews. Merci à tous.

(Et un grand, grand merci à sayuri-geisha qui m'a plus que jamais aidé à rédiger ce chapitre. Ma bêta, ma frangine, je t'aime.)

Je vous souhaite une bonne lecture !


Fantomette34 : Pour Malcolm, le sujet ne sera pas abordé dans le chapitre. Mais oui, en effet, il en fait parti. C'est pour ça que je n'ai pas été très subtile à ce sujet, pour qu'on puisse le deviner, sachant que je n'apporterait pas de réponse claire.

ElodiePotter93 : Merci infiniment !

Mrs Elizabeth Darcy31 : je ne peux rien dire, mis à part que toutes tes questions trouveront leurs réponses dans ce chapitre ;)

sayuri-geisha : merci de toutes tes reviews :)


Chapitre 64 : nos souvenirs

24 jours.

24 jours, depuis qu'elle avait trouvé Severus Rogue sur le pas de sa porte.

24 jours, depuis qu'elle avait accepté qu'il l'aide, pour régler sa dette.

24 jours à travailler d'arrache pied, à unir leurs efforts, en espérant terminer le sortilège au plus vite. Pour des raisons différentes, évidemment.

24 jours, enfin, à le côtoyer au quotidien. Elle avait longtemps pensé qu'être en cours, dans sa classe, était l'une des situations les plus oppressantes possibles. Elle n'imaginait pas, alors, qu'elle travaillerait un jour seule à seul avec lui.

Son propre toit était devenu un enfer.

Si, au début, leur coopération se révélait surtout maladroite, s'ils avaient du mal à se coordonner dans leurs recherches, dans leurs idées, cela avait changé petit à petit. La maladresse se transformait en antagonisme de plus en plus marqué. Ils ne pouvaient dire un mot sans qu'une dispute éclate. Leur désaccord était constant. Les remarques désagréables, permanentes. S'agresser mutuellement, pratiquement leur unique manière de communiquer.

Elle avait l'impression qu'il la poussait volontairement à bout. Qu'il lui faisait payer le prix fort de l'avoir mis dans cette situation.

En revanche, il avait été présent lorsqu'elle pensait que leur travail ne menait nulle part. Et quand elle baissait les bras. Certes, à la méthode « Rogue », acérée, sans pitié, mais il avait toujours su comment la remotiver. Elle lui concédait au moins cela. Il aurait pu en avoir assez que cela traine en longueur et décider de régler sa dette plus tard, à une autre occasion. Une occasion moins contraignante. Néanmoins il était resté.

Et après 24 jours de travail acharné, ils y étaient enfin parvenus.

Aujourd'hui, deux ans presque jour pour jour après avoir modifié la mémoire de ses parents, elle se trouvait à moins d'une centaine de mètres de chez eux, immobile, fixant du regard les bâtiments, incapable de faire un pas de plus. C'était stupide. Cela faisait trois quart d'heure qu'elle avait quitté le point de transplanage, et qu'elle se dirigeait vers leur nouvelle adresse, et c'était maintenant, en étant presque arrivée, qu'elle s'arrêtait, pétrifiée par la peur ?

Elle ne pouvait pourtant s'empêcher de penser à toutes les manières dont cela pouvait mal tourner. S'ils s'étaient trompés dans l'élaboration du sortilège ? Si cela ne fonctionnait pas ? S'ils ne faisaient qu'endommager irrémédiablement leur mémoire ? S'ils étaient mieux ici, tous les deux, à vivre leur rêve (rêve qu'elle leur avait fabriqué, toutefois il apparaissait réel pour eux malgré tout) plutôt qu'à connaître la vérité ? S'ils lui en voulaient de les avoir manipulés ainsi ? S'ils refusaient tout simplement de l'écouter, s'ile ne la croyaient pas ?

- Miss Granger, vous comptez prendre racine ?

La remarque acide glissa sur elle sans l'atteindre. L'habitude. Elle ne prit même pas la peine de lui envoyer un regard noir. Voyant qu'il ne suscitait pas la moindre réaction, il revint vers elle.

- Je n'ai pas fait tout ce travail et tout ce chemin pour que vous restiez plantée l…

- Si ça se passait mal ? le coupa-t-elle.

- Bon sang, Granger, je vous l'ai dit et répété, nous avons fait tous les tests possibles, deux fois ! C'est aussi sûr qu'un nouveau sort puisse l'être. Vous n'allez pas recommencer ?

- Je sais que nous avons fait toutes les vérifications possibles. Ce n'est pas ça qui m'inquiète.

- Quoi, alors ? demanda-t-il avec une impatience grandissante.

- S'ils refusaient ? dit-elle, laissant pour la première fois cette crainte franchir ses lèvres. S'ils ne me croyaient pas ? S'ils n'avaient pas confiance ? Je ne peux pas les forcer à accepter. Je ne veux pas les perdre définitivement…

- Vous avez peur qu'ils vous rejettent ? résuma-t-il, agacé.

- Ils n'ont aucun souvenir de moi ! rétorqua-t-elle, énervée, ayant l'impression qu'il faisait semblant de ne pas comprendre, ou, au moins, qu'il s'efforçait de comprendre le plus lentement possible. Ils ignorent tout de moi, de nos relations, des liens que nous avions, de tout ce que nous avons pu partager. Nous parlons de modifications importantes de la mémoire ! Comment pourraient-ils accepter de prendre un tel risque pour quelqu'un qu'ils ne connaissent pas ?

Lorsqu'elle commençait à travailler sur le moyen de leur redonner leur mémoire, ce qu'elle redoutait était avant tout de ne pas réussir à annuler les effets de plusieurs sortilèges, parmi les plus compliqués, utilisés conjointement. Après tout, elle les avait utilisés ensemble pour que ce soit à la fois indétectable, et aussi presque impossible à annuler. Il lui semblait donc parfaitement logique qu'elle mette du temps à trouver le moyen de leur redonner leurs véritables souvenirs, et que cela se révèle compliqué. A présent, cependant, cela avait changé, et la peur d'échouer n'était rien, comparé à la crainte d'un refus de leur part.

C'est en côtoyant Rogue tous les jours, qu'elle avait commencé à y penser. Il agissait comme avant, voire même pire. Travailler ensemble, pendant des heures et des heures, n'avait strictement rien réveillé chez lui. Si elle lui révélait la vérité, jamais il ne la croirait, et jamais il ne l'accepterait. Alors pourquoi serait-ce différent avec ses parents ? Pourquoi croiraient-ils une étrangère se prétendant être leur fille.

- C'est vrai, vous ne pouvez pas les y forcer, concéda Rogue. Mais ce n'est pas en restant plantée là que vous y changerez quoi que ce soit. Allez-y et prenez le risque, ou renoncez et doutez toute votre vie. Mais par Merlin prenez une décision, une fois pour toutes, termina-t-il, clairement irrité par son comportement et ses doutes.

Hermione l'observa un instant, et réfléchit à ses paroles. Malgré la dureté de ces propos, elle en reconnaissait également leur véracité. Elle devait donc agir, ou elle le regretterait toute sa vie.

- Vous avez raison…, soupira-t-elle finalement.

Et si vous étiez un peu plus agréable en disant ça, vous pourriez presque passer pour quelqu'un de compréhensif et d'humain, se retint-elle d'ajouter, de peur qu'il ne la plante sur place.

- Vous êtes toujours d'accord pour pratiquer le sortilège ? se risqua-t-elle à demander, terrifiée qu'il ait pu changer d'avis.

Elle savait parfaitement qu'il y auraitt beaucoup moins de risques s'il s'en chargeait. Il ne se laisserait pas dominer par ses émotions durant l'opération, il ferait preuve, comme toujours, d'un sang froid exemplaire. Sans compter que ses capacités de légilimens représentaient un vrai atout.

- Non, bien sûr, je vous ai accompagné à l'autre bout du monde pour le simple plaisir de jouer les baby-sitters, répliqua-t-il avant de reprendre la route, sans rien ajouter d'autre.

Hermione hésita entre l'amusement et la frustration. Elle opta pour un léger sourire. Rogue, baby-sitter, pour le plaisir. Rien que pour l'image qui résultait de cette association, bien que celle-ci s'éloignât du contexte d'origine, cela valait le coup d'avoir posé cette question. Rogue avec un enfant. Mieux, un bébé. Criant, et gesticulant, en plus. Rogue, avec son…

Hermione serra les dents et se força à se concentrer sur leur objectif. Ce n'était vraiment pas le moment de laisser ses pensées dériver ainsi. Elle accéléra le pas et rejoignit Rogue. Celui-ci lui lança, l'espace d'une fraction de seconde, un regard indéchiffrable. Ce n'était ni de la frustration, ni de la colère, ni du dégoût… mais quelque chose d'autre qu'elle n'arrivait pas à identifier.

Elle n'eut cependant pas vraiment le temps de s'y attarder, car ils parvenaient à leur destination. Ils s'avancèrent jusqu'à la porte. La jeune sorcière s'attarda une nouvelle fois, le temps d'expirer profondément, espérant que cela la calmerait. En vain, seulement elle refusait de reculer désormais. Elle leva donc la main et appuya sur la sonnette, ses pupilles fixées sur l'étiquette indiquant « Mr. Et Mrs. Wilkins. »

Très vite, elle crut discerner des bruits derrière la porte. Enfin, elle s'ouvrit. Elle ne put s'empêcher de dévisager sa mère, sans un mot, ayant presque du mal à réaliser qu'elle se trouvait véritablement devant elle. Elle se retint difficilement de s'avancer pour l'étreindre.

Hermione n'était qu'une étrangère pour elle.

- Bonjour, dit-elle simplement à la place, avec maladresse, mais ne sachant soudain plus vraiment comment agir. Madame Monica Wilkins ?

- Oui, c'est bien moi. Vous êtes… ?

- Hermione Granger.

- Severus Rogue, ajouta ce dernier. Il faut que nous vous parlions. C'est privé, et important, poursuivit-il sans la moindre hésitation.

En voyant le regard inquisiteur et méfiant de sa mère, Hermione remercia intérieurement Rogue d'avoir, pour une fois, laissé tomber les vêtements sorciers. Même en sachant qu'ils se rendraient dans une zone uniquement habitée par des moldus et qu'ils devaient essayer de se fondre dans la masse, elle aurait pensé qu'il n'en aurait rien eu à faire. Pourtant, à sa plus grande surprise, elle n'avait eu qu'à lui indiquer le lieu pour qu'il admette la nécessité de passer pour un moldu. Certes, ce qu'il portait, pantalon, chemise et veste de costume noirs, ne s'avérait pas si différent de ses habituelles robes sombres, mais c'était incontestablement moldu. Elle s'était même autorisée à afficher un sourire amusé en le voyant arriver quelques heures plus tôt, avec, par-dessus ses vêtements, un grand manteau noir qui n'avait pas grand chose à envier à la longue cape qu'il n'enlevait presque jamais.

- S'il vous plaît, c'est très important, confirma Hermione en voyant sa mère hésiter.

Avant que celle-ci ne puisse ajouter quoi que ce soit, Hermione vit son père apparaître derrière elle, et demander à nouveau leur identité.

- Je m'appelle Hermione Granger. Je viens d'Angleterre. Je devais absolument vous parler, à tous les deux.

Le couple échangea un regard à la fois étonné et un peu gêné.

- Je crains que vous n'ayez fait ce chemin pour rien. Nous venons nous-mêmes d'Angleterre, mais, je suis désolé, nous ne vous connaissons pas, dit son père clairement compatissant à l'idée qu'elle ait traversé la planète suite à une erreur.

- Non, non, il s'agit bien de vous. Je sais que vous ne me connaissez pas, mais c'est bien vous que je suis venue voir, assura Hermione. Je suis à la recherche de mes parents, et je pense que vous pourriez m'aider à les retrouver, car vous les connaissez.

- Vos parents ? répéta sa mère.

- Oui. S'il vous plaît, je sais que vous ne me croyez pas pour l'instant, toutefois je vous assure que vous les connaissez, et que vous pouvez m'aider à les retrouver. J'ai vraiment besoin de votre aide.

A son grand soulagement, ils acquiescèrent, et son père fit un geste vers l'intérieur.

- Entrez, nous serons plus à l'aise pour en parler.

Rogue avait à peine attendu l'autorisation pour pénétrer dans la maison, et Hermione le suivit non sans jeter un regard d'excuse à ses parents, tout en le maudissant en silence. Heureusement, sa mère ne parut pas s'en offusquer. Elle semblait plus inquiète, ébranlée et mal à l'aise qu'autre chose. Hermione se demanda si ce n'était pas sa présence, le fait de la voir, qui troublait sa mère. Sentait-elle qu'elle la connaissait ? Quant à son père, il posait sur elle un œil à la fois intrigué et compatissant qui la rassura. Ils partaient d'un bon pied.

Arrivant dans le salon, Hermione lança un regard assassin à son professeur, car en plus de son entrée à la limite de la politesse Rogue avait déjà pris place dans un des deux fauteuils.

Ses parents lancèrent un regard dans sa direction, néanmoins ils ne firent, par chance, aucune remarque. En revanche, son père alla s'appuyer contre le dossier du canapé, face au professeur, et le dévisagea sans essayer de le cacher.

- Et vous, monsieur ? questionna-t-il finalement.

- Severus Rogue. Je suis un de ses anciens professeurs, je ne fais que l'accompagner.

- Vous traversez souvent la moitié du globe pour une ancienne élève ? intervint la mère d'Hermione, sceptique.

- C'est un cas particulier. Hermione est sous ma responsabilité, dit-il sans la moindre hésitation.

Hermione sentit un frisson la parcourir en l'entendant dire son prénom avec tant de naturel, comme s'il l'avait toujours appelée ainsi. Cela changeait radicalement de la manière dont il crachait ses « Granger ». Elle ne s'y attarda pas et en profita pour ouvrir une brèche :

- Severus est responsable de moi en attendant que je retrouve mes parents, continua-t-elle, utilisant volontairement son prénom comme il venait de le faire, se doutant que cela donnait plus de crédit à leur version, bien qu'elle eût préféré éviter tant de familiarité.

- Vous voulez dire, légalement responsable ?

- Pas vraiment, non, contredit Hermione, tout en se demandant à quel point elle pouvait dire la vérité. Je suis majeure, je n'ai plus besoin d'un tuteur légal. Mais je viens d'une petite communauté qui vit dans une certaine autarcie, nous avons donc des relations particulières les uns avec les autres. Et Severus s'est proposé pour m'aider et me… prendre sous son aile jusqu'à ce que je retrouve mes parents.

Elle dissimula avec peine son sourire amusé quand Rogue se tourna vers elle et l'observa d'un air glacial et pénétrant, tandis qu'elle l'entendait presque siffler ; « Mais qu'est-ce que vous fabriquez Granger ? ». Elle sentait cependant que le présenter comme une sorte de protecteur rassurerait ses parents et expliquerait pourquoi il se trouvait aujourd'hui avec elle. Elle imaginait sans peine qu'il leur était difficile de concevoir qu'un professeur s'implique autant près d'une élève avec laquelle il n'avait aucun lien. Cela pouvait dériver sur des conclusions peu souhaitables.

- Bien… Et vous pensez donc que nous pouvons vous aider ? reprit son père dans une tentative évidente mais maladroite de l'inviter à s'expliquer.

- En effet, confirma Hermione. Il faut que je vous explique tout, cela pourrait être un peu long, mais s'il vous plaît, écoutez-moi jusqu'au bout. Même si ce que je dis peu paraître difficile à croire, je serai en mesure de tout prouver dès que j'aurai terminé, et je pourrais répondre à toutes vos questions. S'il vous plaît.

Ses parents s'échangèrent un coup d'œil, avant de hocher la tête, résolus à l'écouter.

- D'accord, accepta son père.

- C'est d'accord, affirma sa mère après quelques secondes, un peu plus réticente.

Hermione attendit qu'ils s'assoient tous les deux, et commença son récit, présentant ses parents et, très rapidement, son enfance. Puis, elle regroupa tout le courage qu'elle possédait, et aborda le sujet redouté : la lettre reçue à ses onze ans, et la visite du professeur Vector pour leur expliquer tout ce qu'ils avaient besoin de savoir. Elle enchaîna ensuite, sans attendre ni oser les regarder en face, sur les explications concernant le monde magique, la guerre, et les mesures qu'elle avait dû prendre deux ans auparavant. Ce n'est qu'à la fin de son récit qu'elle releva la tête et les observa.

Ce qu'elle vit ne l'étonna pas vraiment. Perplexité, méfiance, et un peu de colère.

- Si c'est une blague, elle est de très mauvais goût et ne nous amuse pas, déclara son père sans se lever, avec un sérieux et une sévérité qui la fit trembler.

- Je ne plaisante pas, c'est la stricte vérité, affirma Hermione le plus calmement possible.

- Si vous êtes là pour recruter des membres pour la « communauté » que vous évoquiez, une sorte de secte, j'imagine ?, ce n'est pas la peine d'insister, lança sa mère.

- Je sais que c'est difficile à croire, continua Hermione, mais ce que je vous ai dit n'est que la pure vérité. Le monde magique existe bel et bien.

Elle sortit sa baguette et pensa à la manière la plus simple de leur montrer qu'il s'agissait de la vérité, de manière qu'ils ne puissent plus douter, et sans paraître menaçante. Avisant un grand verre vide qui se tenait sur la table de salon, elle pointa sa baguette dessus et fit apparaître un bouquet de fleurs. C'était, à peu de choses près, ce que le professeur Vector avait fait la première fois. Et la réaction de ses parents s'avéra plus ou moins identique. Son père ne sembla pas douter une seule seconde de ce qu'il venait de voir, et l'observa avec, cette fois, un mélange d'incrédulité et d'admiration. Sa mère sembla un peu plus réticente. Elle toucha les fleurs du bout des doigts, sans doute pour vérifier de leur réalité. Elle paraissait partagée, ne sachant que croire.

- Pouvez-vous… faire autre chose ? interrogea son père.

Hermione sourit face à cette demande. Elle voyait très bien qu'il voulait à la fois convaincre sa femme, et voir de ses yeux un autre tour de magie.

- Bien sûr.

D'un coup de baguette, Hermione anima un des tabourets qu'elle apercevait, dans la cuisine. Elle le fit s'approcher de son père et se frotter contre sa jambe à l'instar d'un chat, puis revenir à sa place d'origine. Alors, elle pensa à ce qui achèverait de les persuader, tout en faisant paraître la magie comme un acte merveilleux, et non pas dangereux.

- Spero patronum, dit-elle cette fois à haute voix.

Immédiatement, la loutre argentée jaillit de la baguette et s'éleva dans les airs, bondissant tantôt dans le vide, tantôt contre les murs, laissant une courte trainée de volutes argentée derrière elle. Hermione maintint le sort quelques instants, et la loutre disparut.

- Magnifique, souffla son père, les yeux écarquillés toujours posés là où l'animal étincelant se trouvait l'instant d'avant.

Il se tourna vers son épouse, qui affichait un air encore déboussolé. Considérant qu'il lui fallait simplement le temps de se remettre, il se retourna vers Hermione.

- Donc, vous êtes une magicienne, dit-il comme pour demander confirmation. Et la communauté dont vous parliez il y a un instant, j'imagine donc que ce sont les autres magiciens.

- Nous nous appelons plutôt sorciers et sorcières, mais, oui, en effet j'en suis une. Et lui aussi, ajouta-t-elle avec un signe de tête envers Rogue.

- Il y a beaucoup de… sorciers ?

- Il y a environ treize mille sorciers au Royaume-Uni, et un million six dans le monde, répondit Hermione après une brève hésitation.

- C'est impressionnant, murmura-t-il. Et les non-sorciers ne se rendent compte de rien ?

- La plupart des non-sorciers - nous les appelons « moldus », ignorent notre existence. Mais ceux qui ont un sorcier dans leur famille proche sont au courant, tout comme les plus hautes autorités de chaque état. Parfois, une partie des forces de l'ordre est mise dans le secret, et inclut certains sorciers dans leurs rangs, comme c'est le cas aux Etats-Unis par exemple. En règle générale, les sorciers préfèrent rester cacher du monde moldu, surtout après les grandes chasses aux sorcières qui ont décimé leur population. Nous avons des lois, comme le code international du secret magique, pour nous assurer de garder notre existence cachée.

- Pourquoi nous révéler tout cela, dans ce cas, intervint sa mère, remise de sa surprise. Si vous tenez tant à rester cacher, pourquoi nous révéler votre existence ? Et quel rapport cela a-t-il avec nous ?

Hermione se tut à cet instant, et réfléchit à la suite de ses explications. De plus, il lui fallait calmer les battements accélérés de son cœur, qui menaçait de lui couper le souffle d'une seconde à l'autre. Le stress montait en elle, l'heure des révélations approchait, et elle s'interrogeait sur la façon de leur dire sans être trop brusque, ni sans flancher. Les mains de plus en plus moites, elle tripotait le tissu de son haut par instinct, jouait avec ses doigts, et essayait de remettre de l'ordre dans ses pensées. D'un geste inconscient, ses pupilles se dirigèrent vers son ancien professeur qui demeurait silencieux et immobile. Qu'espérait-elle découvrir au juste ? Du réconfort ? Du courage ? Elle ne le savait pas elle-même, néanmoins cela fonctionna quand elle croisa ses iris sombres. Malgré la sensation éphémère qui se propagea en elle, elle fut suffisante pour qu'elle se lance :

- Si je vous raconte tout cela, c'est dans l'espoir de retrouver mes parents. De les revoir tels qu'ils étaient auparavant… Quand je vous disais que vous pouviez m'aider, c'est parce que j'espérais tellement que vous me croyez, que vous ayez confiance en moi. Vous… mes parents.

Le coup sonna durement pour les concernés. Interloqués, ils se regardèrent avec incompréhension, puis fixèrent à nouveau Hermione, la vérité s'installant petit à petit dans leur esprit. Cette jeune femme serait donc leur fille ? Leur propre enfant ?

La surprise passée, ils restèrent plusieurs minutes muets. Même si quelque chose au fond d'eux les forçait à y croire, le doute et l'incertitude continuèrent à jouer d'eux. Ils se sentaient perdus. Perdus, mais aussi désireux de savoir. De comprendre.

- Mais je n'ai pas la sensation qu'il me manque des moments de ma vie. Ce serait le cas, si ma mémoire avait été effacée. Je n'ai aucun trou, rien du tout. Et nous n'avons même pas le même nom de famille, objecta sa mère, la voix un peu plus aigue que d'ordinaire par l'incompréhension et la légère panique face à toutes ces informations délivrées d'un coup.

Hermione s'excusa d'un regard, et s'expliqua :

- C'est parce que votre mémoire n'a pas été effacée, elle a été modifiée. J'ai changé vos souvenirs, je les ai réécrit, dans une version où je n'existe pas, et où vous êtes Wendell et Monica Wilkins, couple sans enfant qui rêve de partir en Australie. En réalité, vous êtes Ian et Jean Granger. Mes parents.

- Vous êtes en train de nous dire, que notre vie, notre identité, nos souvenirs, nos goûts, tout ce que nous sommes, n'est qu'un mensonge ?

- Pas tout, non ! s'exclama Hermione, dévorée par la culpabilité de voir sa mère ainsi. Votre nom est faux, oui, mais quand j'ai changé les souvenirs, j'ai essayé de faire en sorte que ceux que je créais ne soient pas différents. La seule vraie différence est que je n'y étais plus.

Son père posa sa main sur le bras de son épouse dans un geste rassurant.

- Si j'ai bien compris, elle a fait cela pour nous protéger. C'est bien cela, n'est-ce pas ?

- Je n'avais pas le choix, confirma Hermione. Il y a deux ans, nous étions en guerre contre l'un des nôtres, qui a très mal tourné. Il pensait que les sorciers étaient supérieurs et que les moldus devaient être sous leur pouvoir, pour leur propre bien. Avec mes amis, nous l'avons combattu plusieurs fois, et il y a deux ans, il a pris le contrôle de notre monde. A partir de ce moment, tous les sorciers qui essayaient de défendre les moldus, ou qui s'opposaient clairement à lui étaient en danger. J'étais dans les deux cas, et je savais que pour essayer de m'atteindre, il aurait pu s'en prendre à vous. C'est pour éviter ça que j'ai effacé votre mémoire et que je vous ai incité à quitter le pays sous une nouvelle identité. Et j'avais raison, car c'est arrivé. Il a envoyé plusieurs de ces hommes là où nous habitions, pour essayer de vous retrouver. Suite à leur passage, une partie du quartier a été détruit.

Elle vit avec une certaine culpabilité l'horreur se peindre sur leur visage. Elle voulait leur présenter la magie comme positive, belle, toutefois elle savait aussi qu'elle ne pouvait pas leur cacher cette partie de la vérité. Elle passait déjà bien trop d'horreurs sous silence.

- Puis-je avoir un verre d'eau ? demanda Hermione à sa mère, espérant la distraire un peu.

Celle-ci acquiesça et se leva, pour aller dans la cuisine le lui servir. Hermione la suivit, et prit le verre tandis que sa mère s'en servit un second.

- Ca va aller ? questionna la jeune sorcière, inquiète de voir sa mère plus pâle que d'habitude.

- Oui, oui, je pense. Il me faut juste du temps. Je suppose. Je ne sais pas encore quoi penser de tout cela…

- C'est normal, ne vous inquiétez pas, tenta de la rassurer Hermione.

Elles revinrent ensuite dans le salon, le verre à la main, et retournèrent à leur place respective. Au même moment, son père posa son regard sur elle, un peu gêné.

- Pouvez-vous…

Il se stoppa, et ferma les yeux. Il inspira profondément avant de les rouvrir.

- Peux-tu nous rendre ces souvenirs ? l'interrogea-t-il.

Hermione sentit son cœur faire un bond quand il se reprit pour la tutoyer. Il acceptait la vérité. Il acceptait le fait qu'elle soit sa fille.

- C'est pour cela que nous sommes ici, intervint Rogue, rappelant à Hermione sa présence.

- Cela n'aurait-il pas été plus simple de nous redonner notre mémoire avant de nous expliquer ? demanda monsieur Granger.

- Nous ne pouvions pas. Non seulement ce sera relativement long de reconstruire ces souvenirs, mais il me faut votre permission pour fouiller votre mémoire, répondit Rogue.

- Y a-t-il le moindre danger ?

- Il y a toujours un danger, dit Rogue, s'attirant un regard assassin d'Hermione. Le risque zéro n'existe nulle part, mais ce sortilège est aussi sûr qu'un sort peut l'être.

- D'accord, je comprends. Et si jamais cela se passe mal, quels sont les risques exactement ? s'enquit-t-il.

- Les souvenirs, originaux ou modifiés, pourraient être irrémédiablement endommagés, altérés ou détruits.

- Il n'existe aucun moyen de simplement nous montrer ces souvenirs, sans jouer avec notre mémoire pour autant ?

- Si, c'est une autre possibilité, dit Rogue. Mais vous y assisterez comme vous verriez un film, en simple spectateur. Les voir ne les réveillera pas pour autant dans votre mémoire, vous ne ressentirez pas les émotions qui y sont liés. Vous ne ferez que les voir, vous ne les aurez pas vécus.

A cet instant, Hermione manqua de s'étouffer avec la gorgée d'eau qu'elle venait de boire. Elle avala difficilement et fixa Rogue, incrédule. « Je n'aurais fait que les voir, je ne les aurai pas vécus ». C'était mot pour mot les propos de Killian avant de refuser de prendre la potion. Toutefois, rien dans son comportement ne prouvait qu'il avait dit ces mots en sachant ce que cela réveillerait chez elle. C'était normal, après tout, qu'il pense la même chose dans une situation identique, se reprit-elle.

S'efforçant de ne plus y penser, elle termina son verre et le posa à coté de celui contenant les fleurs.

- Dans ce cas, je refuse, dit sa mère.

- Quoi ? s'exclama Hermione sans pouvoir s'en empêcher. Mais, pourquoi ?

- Je suis désolée. Je te crois, tu nous as prouvé que la magie existait, et je suppose que le reste est vrai aussi. Ce n'est pas contre toi. Mais je ne peux pas risquer les souvenirs que tu as recréé, j'ai beaucoup trop à perdre.

Hermione resta silencieuse, immobile, ne comprenant pas ce que sa mère pouvait préférer, parmi ses faux souvenirs, au fait de retrouver sa fille. Elle n'osait cependant pas formuler la question ainsi, et ne savait comment le dire autrement. Rogue dut percevoir sa détresse, car elle l'entendit lui dire, sans aucune animosité :

- Regardez autour de vous.

Sans douter une seconde de la pertinence de sa remarque, elle fit ce qu'il lui disait. Son regard se posa sur le canapé, en face d'elle, où ses parents étaient assis. Puis, sur la télévision, éteinte. Contre le mur opposé se trouvait un large buffet. Dessus, un vase, quelques bibelots, et un support pour plusieurs photographies. Les deux clichés aux extrémités montraient chacun de ses parents. La photographie du milieu…

Hermione sentit toute couleur déserter son visage.

- Vous… vous avez… j'ai un…, balbutia-t-elle.

Son père se leva, et vint s'accroupir à coté d'elle, l'observant avec une inquiétude palpable.

- Hermione ?

- Je ne pensais pas… je n'avais pas prévu…

- Que nous aurions un enfant, compléta son père, compréhensif.

Elle hocha la tête, et chassa rapidement les larmes qui montaient avant qu'elles ne coulent. Elle avait pensé à tous les scénarios possibles, tout ce qu'elle pourrait faire ou dire selon les réactions de ses parents. Mais jamais elle n'aurait imaginé cette éventualité, et en cet instant, elle se sentit complètement perdue.

- Viens avec moi, lui dit alors son père.

Hermione se leva et le suivit, laissant sa mère et Rogue seuls dans le salon. Il l'amena jusqu'à une porte close, qu'il ouvrit doucement, avant d'allumer une lumière murale qui éclaira la pièce sans pour autant être agressive. Il s'agissait d'une chambre d'enfant. Hermione entra à la suite de son père, bien qu'hésitante. Il lui fit cependant signe d'approcher, alors elle le rejoignit près du berceau, dans lequel un très jeune enfant dormait.

- C'est une petite fille. Ta sœur, ajouta-t-il en la dévisageant, attentif à ses réactions.

Hermione prit appui contre les barreaux du berceau, ne pouvant quitter des yeux l'enfant.

- Elle a cinq mois. Nous l'avons appelée Cassandre.

- Cassandre, répéta Hermione à voix basse. Cassandre, comme…

- La prêtresse de Troie, confirma son père avec un sourire.

Hermione esquissa un sourire. Elle avait toujours su d'où venait son prénom, et cela l'amusait de voir que même dix-huit ans après, leur source d'inspiration restait la même.

- Elle est magnifique, souffla-t-elle.

Hermione se tut à nouveau, mal à l'aise. Son père sembla le remarquer, car il quitta la petite Cassandre des yeux pour reporter son attention sur elle.

- Tu veux dire quelque chose ?

- Je ne sais pas…, soupira Hermione. Je ne veux pas avoir l'air de me plaindre, mais je suis vraiment surprise.

- De quoi ?

- Tu m'as fait confiance presque aussitôt. D'accord, j'ai prouvé que la magie existait, mais rien ne prouve que je sois votre fille. Pourtant tu as accepté tout de suite ce que je disais, sans avoir l'air de douter une seule seconde, et tu m'emmènes même dans la chambre de ta fille, en sachant que je suis capable de faire de la magie et qu'il pourrait lui arriver n'importe quoi.

- Tu as raison, tu as pu prouver que ce que tu disais sur la magie était vrai, alors je pense que le reste l'est aussi. Si ce que vous voulez, ton professeur et toi, c'est nous redonner nos vrais souvenirs, de toute façon si ce que tu nous as dit est faux, nous le saurons. Bien sûr, j'imagine que tu pourrais vouloir détruire nos souvenirs au lieu de nous rendre notre mémoire, sauf que je n'en vois pas le but. Et puis je ne peux nier qu'en te voyant, je revois énormément de Mo… de Jean. Tu lui ressembles beaucoup lorsqu'elle avait vingt ans, et en te voyant j'ai cette… sensation, ce sentiment, cet instinct, que tu dis la vérité.

Il posa une main sur son épaule et lui lança un sourire de réconfort, qui fit son office.

- Viens, retournons dans le salon.

Hermione sortit de la chambre, attendit que son père éteigne la lampe et ferme la porte, puis elle le suivit jusqu'au salon.

- Je comprends que vous ne vouliez pas prendre le risque, dit-elle à sa mère malgré la profonde tristesse que cette constatation faisait naître. Les souvenirs de Cassandre sont trop importants. Mais même si vous m'avez oublié, on peut toujours créer de nouveaux souvenirs à partir d'aujourd'hui. Je voudrais refaire partie de votre vie. Et même si vous restez en Australie, les moyens de transports sorciers faciliteront la communication entre nous. Du moins, si vous voulez bien essayer de renouer avec moi.

- A vrai dire, commença sa mère avec une certaine hésitation, le professeur Rogue m'a expliqué comment cela fonctionnait. Que si des souvenirs étaient endommagés, ce seraient ceux de l'époque que tu as modifiée, pas les plus récents. S'il n'y a vraiment aucun risque que nos souvenirs datant d'il y a moins de deux ans soient altérés, je veux bien essayer. Je voudrais pouvoir me souvenir de toi.

- Il n'y a aucun risque, confirma Rogue, puisque je ne vais pas y toucher.

- Vous acceptez vraiment ? voulut s'assurer Hermione.

Elle vit ses parents se concerter du regard, et avoir ainsi toute une conversation silencieuse. Enfin, ils se tournèrent vers elle et confirmèrent leur choix.

- Merci, parvint-elle seulement à dire.

Se souvenant alors que Rogue lui avait affirmé qu'il travaillerait dans de meilleures conditions si elle ne se trouvait pas à proximité, Hermione demanda à son père la salle de bain, prétextant avoir besoin de se rafraichir. Et, tandis qu'elle s'éloignait, elle entendit Rogue expliquer à ses parents ce qu'il comptait faire, et son père proposer d'essayer en premier.

Arrivée à destination, elle ferma la porte derrière elle et se plaça devant le lavabo. D'une main légèrement tremblante, elle ouvrit le robinet et se passa de l'eau sur le visage. Elle demeura longtemps ainsi, à simplement regarder le mur en face d'elle, plongée dans ses pensées. Bien que mourant d'envie de vérifier comment cela se passait, elle se força à ne pas bouger afin de ne pas malencontreusement les déranger.

L'attente fut longue. C'était prévisible, bien sûr, et cela indiquait probablement que tout se passait comme prévu, seulement elle ne pouvait s'empêcher de craindre des complications, quelles qu'elles soient.

Après ce qui lui sembla des heures (et peut-être était-ce le cas), on frappa trois petits coups à la porte, avant que celle-ci ne soit lentement ouverte. Hermione rangea la baguette qu'elle faisait nerveusement tourner entre ses doigts et se leva d'un bond en voyant apparaître son père dans l'embrasure.

Il lui suffit de le regarder deux secondes pour le savoir, sans l'ombre d'une hésitation. Il la reconnaissait.

- Hermione ?

Celle-ci hocha lentement la tête et, sans attendre, se précipita entre les bras ouverts que son père lui présentait.

- Tu m'as manqué, dit-elle contre son épaule.

Il sembla resserrer davantage son étreinte autour d'elle.

- C'est terminé, répondit-il d'un ton rassurant. Tout c'est bien passé, c'est fini maintenant.

En cet instant, elle se prit à y croire.

Quelques minutes plus tard, elle retrouva sa mère et l'enlaça à son tour, savourant des retrouvailles qui avaient tant tardé. La chaleur des bras maternels lui procura une merveilleuse sensation de bien-être. Son père ne tarda pas à les rejoindre, réunissant ainsi les parents et leur fille oubliée. Ils étaient de nouveau une famille.

De son côté, Rogue assista à la scène sans émotion apparente. Il avait naturellement reculé au moment où Hermione était revenue de la salle de bain, pour laisser la place aux trois autre de faire état de leur joie. Il se tenait donc maintenant dans un coin, immobile, la baguette baissée, le regard dans le vide. Il n'avait rien à faire ici, son travail était terminé, il ne lui restait plus qu'à partir.

Résolu, il salua dans un murmure effacé les parents de son ancienne élève, n'attendit pas une réponse de leur part – il ne pensait même pas qu'ils l'entendent de toute façon –, puis commença à se diriger vers la porte d'entrée, sans jeter un dernier coup d'œil dans son dos.

Ce ne fut qu'une fois la porte refermée qu'Hermione remarqua l'absence de Rogue.

- Qu'est-ce que…

- Il nous a dit tout à l'heure qu'il partirait dès qu'il aurait fini puisque tu n'avais plus besoin de lui, lui apprit son père.

- Quoi ?! s'exclama Hermione. J'arrive !

Elle courut en direction de la porte et l'ouvrit brusquement avant de sortir en courant dans la rue pour le rattraper. De dizaines de questions se bousculaient dans sa tête, et des sentiments contraires envahissaient son cœur ; pourquoi était-il parti de cette manière ? Pourquoi l'abandonnait-il encore une fois si lâchement ? Et elle, pourquoi n'avait-elle rien remarqué aussi ?! Quelle idiote ! Et quel imbécile ! Elle devait le rattraper, sinon… sinon quoi ? Elle ne le savait pas, toutefois quelque chose lui disait, non, lui intimait l'ordre de le rejoindre le plus vite possible. Elle devait le rattraper. Le voir, au moins une dernière fois. Ils ne pouvaient pas se quitter ainsi, pas après tous ce qu'il avait fait pour elle. Pas après ces vingt quatre jours ensemble !

Heureusement, il fallait qu'il rejoigne d'abord l'aire de transplanage pour partir, sinon il aurait été trop tard. Cela ne prit donc qu'une poignée de secondes pour qu'elle arrive à sa hauteur et se mette devant lui, l'empêchant de passer.

- Pourquoi vous partez comme ça ?

- Vous n'avez plus besoin de moi.

- Cela ne vous aurait pas tué de rester un peu et au moins dire au-revoir correctement, non ?!

- Vous vous attendiez vraiment à des échanges de politesse dès que ma présence ne serait plus obligatoire ? railla-t-il. J'ai autre chose à faire que d'admirer vos émouvantes retrouvailles.

Le voyant la contourner pour passer, elle ajouta rapidement sur un coup de tête :

- Pourquoi avoir dit ça alors ?

Il s'arrêta et se tourna à nouveau vers elle :

- J'ai dit un certain nombre de choses, il faudrait vous montrer un peu plus précise, Granger.

- Vous avez dit que voir les souvenirs n'était pas pareil que de les vivre.

- Et alors ?

- Et alors, je ne suis pas stupide ! Je ne crois pas plus que vous au hasard d'une idée formulée exactement de la même manière à deux reprises. Et… cette histoire de livres à récupérer, de dette de vie, c'est n'importe quoi ! jeta-t-elle sans y réfléchir.

Ce n'est qu'en le disant qu'elle réalisa la véracité de ses propos.

- Vous ne seriez jamais venu les récupérer, ces livres, sans une bonne raison. Ce n'était qu'un prétexte, et vous avez volontairement dirigé la conversation de telle sorte que je répète exactement les mêmes mots que ceux prononcés par Harry au procès. Ce n'était pas le hasard, vous vouliez que je le dise, pour pouvoir aborder le sujet de la dette de vie. Et je ne vois pas comment j'ai pu croire une seule seconde à cette histoire. Sans le témoignage d'Harry vous auriez certes fini à Azkaban mais vous ne seriez absolument pas mort. Il ne vous a pas sauvé la vie, donc la dette n'existe pas. Et de toute façon ce n'est pas parce que c'est moi qui ai rédigé ce discours que la dette aurait été envers moi. Mais alors si vous n'aviez aucune dette, pourquoi avoir fait semblant, pourquoi avoir choisi ce prétexte et insisté jusqu'à ce que j'accepte votre aide ? Pourquoi auriez-vous voulu m'aider volontairement ? Pourquoi vous obliger vous-même à subir ma présence chaque jour pendant un temps indéterminé mais qui ne pouvait qu'être très long ? Je ne vois qu'une seule raison à cela, la même raison qui vous a fait dire cette phrase, tout à l'heure. La vérité, c'est que vous vous souvenez de Killian !

- Miss je-sais-tout est de retour, visiblement. Vous êtes persuadée avoir raison et que le monde tourne autour de vous, comme toujours.

Hermione se remit devant lui pour lui bloquer le chemin.

- Dites clairement que ce n'est pas vrai, dites-le moi en face, explicitement, sans hésiter, alors d'accord, je vous laisserai partir, et vous ne me reverrez sans doute plus jamais. Mais si j'ai raison, s'il y a seulement une part de vérité dans tout ce que j'ai dit, vous me devez une explication. Je suis plus qu'impliquée dans cette histoire, vous me devez la vérité.

Rogue n'essaya pas de la contourner, comme elle s'y attendait. Il semblait livrer un conflit avec lui-même.

- Je ne me souviens pas de Killian, dit-il finalement.

- Donc le reste est vrai ? Vous avez pris les livres comme prétexte pour avoir une raison de venir chez moi, vous avez dirigé la conversation de telle sorte que je dise ces mot-là précisément, et vous avez inventé cette dette pour me proposer de l'aide. Et j'imagine également que vous saviez que je travaillais sur ce sort, vous saviez que c'était ce que j'allais vous demander de faire.

- Vous êtes trop perspicace pour votre propre bien, Granger, lâcha-t-il, tandis que toute trace d'animosité avait disparu de sa voix.

- Alors j'ai raison. Mais pourquoi ? Pourquoi faire tout ça ?

Rogue la prit par le bras et l'emmena dans une ruelle proche, à l'abri des oreilles et regards indiscrets.

- Je ne me souviens pas de Killian, mais je connais son existence, admit-il.

Hermione écarquilla les yeux à cette déclaration. Avant qu'elle n'ait le temps de retrouver sa voix pour poser davantage de questions, Rogue la devança.

- Six jours avant que je ne vienne vous voir, j'ai reçu une visite… inattendue.

Il n'en fallut pas plus pour que les rouages tournent et se mettent tous en place. Six jours. Cela correspondait à la date du départ de Ron. Et qu'avait dit Harry ? « Ron accepte, comme… comme il avait accepté que tu le quittes pour Killian. C'est… exactement pareil. » puis « Ron m'a dit de ne rien te dire. Ce n'est rien de grave mais c'est… important. Je ne peux rien te dire de plus, car on n'est pas certain de ce qu'il va se passer, de la manière dont les choses vont évoluer. »

Rogue dut s'apercevoir du chemin qu'avait pris son raisonnement, car il parut irrité.

- Comme il semblerait que vous l'ayez compris, Weasley est venu me voir en insistant pour me parler. Il m'a donné une fiole de souvenirs en me disant qu'il s'agissait de la vérité concernant mon coma prol…

- Mais elle a été détruite ! le coupa Hermione. Après votre réveil Harry l'a détruite.

- L'avez-vous vu ? demanda Rogue, clairement agacé qu'elle lui ait coupé la parole.

- O…

Hermione se tut, réalisant qu'elle allait dire une bêtise. Non. Non, elle ne l'avait pas vu. Elle avait simplement entendu un bruit de verre brisé et supposé que c'était la fiole. Pourquoi en aurait-elle douté ?

- Non. Non, je l'ai juste entendu. C'est pour ça qu'il ne voulait pas que je le fasse moi-même, parce qu'ainsi il pouvait la garder sans que je n'en sache rien, réfléchit-elle à haute voix. Il devait penser que vous pourriez finir par vous douter de quelque chose. Ou il voulait m'empêcher de faire sur un coup de tête quelque chose que je pourrais regretter ensuite. Ce doit être ça… Mais alors, vous avez vu les souvenirs ? Vous connaissez la vérité ? Toute la vérité ? conclut-elle en se sentant rougir de gêne.

- Oui, toute la vérité, apparemment, confirma Rogue, sans montrer la moindre émotion à cette idée.

- Donc si vous êtes venu me voir, si vous avez fait en sorte de passer plusieurs jours avec moi, c'était pour… quoi, me tester ? Voir où j'en étais ? Pourquoi ne pas m'avoir dit la vérité, cela n'aurait pas été bien plus simple ? J'aurais pu vous donner moi-même les réponses que vous vouliez.

- Certainement pas. Je ne voulais pas savoir ce que vous ressentiez pour Killian. J'en ai eu un aperçu plutôt… explicite.

Cette fois-ci, Hermione eut l'impression que ses joues brulaient littéralement.

- Je voulais savoir comment vous agissiez avec moi, continua-t-il sans paraître remarquer son trouble, pour connaître exactement la situation et pouvoir agir en conséquence. Et si je n'ai rien dit, c'est que j'ai eu une réponse parfaitement claire. Vous aimiez Killian, mais moi, vous me haïssez. Le sujet est donc définitivement clos. Killian est mort, nous nous détestons mutuellement, il n'y a rien à ajouter. A présent, je vous prierai de me laisser partir. Et, un dernier conseil, Granger, cessez de vivre pour l'amour d'un fantôme. Je suis à peu près sûr que vous n'avez pas envie de finir comme moi.

Il tourna les talons et s'éloigna sans qu'elle ne fasse rien pour le retenir. Encore perdue par ses révélations, Hermione fixait un point invisible à l'horizon, tandis que ses pensées bouillonnaient dans son esprit. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, le sang affluait à ses tempes, et ses jambes menaçaient de flancher. Cela ne pouvait pas finir ainsi.

Heureusement, elle parvint à mettre de l'ordre dans ses idées, et après avoir réfléchit à toutes les raisons qui pouvaient l'avoir amené à cette conclusion, elle clama d'une voix forte :

- Tu te trompes complètement. Je ne te hais pas. Si j'ai essayé de te convaincre que ce n'était pas la peine de régler ta dette, si je craignais de ne pas supporter ta présence, c'est parce que j'avais peur que cela puisse raviver des souvenirs que j'essayais d'oublier, j'avais peur que tu finisses par te douter de quelque chose, et j'avais peur de devoir te côtoyer en sachant que toi, tu me haïssais. Et ce n'est pas un fantôme, que j'aime. Killian est peut-être mort, mais il était toi, ce que tu serais devenu si tu n'avais pas été réparti à Serpentard, si tu n'avais pas été entouré de mangemorts, si on t'avait laissé une chance. Et il était ce que tu pourrais devenir si, aujourd'hui, tu sortais de ton deuil et que tu te laissais une chance. La personnalité qu'il avait, à la fin, n'était pas là depuis le début. J'ai eu des sentiments pour Killian avant qu'il ne change totalement, quand il avait encore majoritairement ta personnalité. Je suis sûre que tu as vu ce souvenir, juste avant qu'il ne prenne la potion. Je suis sûre que tu as vu ce que je lui ais dit à ce moment là, et c'est toujours vrai aujourd'hui. Sa personnalité se modifiait un peu de jour en jour car les pires souvenirs de Severus disparaissaient, et ce qu'il devenait m'effrayait car ce n'était plus vraiment le même Killian que celui dont j'étais tombée amoureuse. Il n'avait plus ta personnalité. Je me fiche que tu sois plus vieux, je me fiche de ton passé, je me fiche des mauvais choix que tu as pu faire. Et je me fiche de Killian. C'est toi, tel que tu es ici et maintenant, que j'aime. Je ne serais pas en train de te détester pour essayer de fuir sans m'écouter, persuadé que tu as raison, si ce n'était pas toi que j'aimais.

Rogue, qui s'était arrêté dès sa prise de parole, ne se retourna pas, n'ajouta rien. C'était bon signe, il l'écoutait.

Alors, la confiance se diffusa à nouveau dans le corps d'Hermione, qui prit à nouveau l'initiative de parler :

- Si tu as pris la décision de venir me tester, c'est qu'au mieux, tu m'aimes, ce dont je doute car comme tu le disais, ce n'est pas parce que tu as vu les souvenirs que tu ressens les émotions qui y sont liées ; et au pire, tu doutes et ne sais pas quoi en penser. A présent tu sais où j'en suis. Le choix te revient entièrement. Mais si tu t'en vas, ce sera parce que tu as fui, ou parce que tu ne m'aimes pas. Ne rejette pas la faute sur mes sentiments.

Tout en parlant, Hermione s'était doucement approchée de lui, d'un pas sûr, quoi que lent. Elle ne voulait pas le laisser s'enfuir, elle ne voulait pas qu'il parte, qu'il la laisse derrière lui sans un regard, qu'elle se retrouve seule pour la seconde fois. Elle ne voulait pas revivre ce moment-là, ce moment où il l'avait abandonné le matin après leur première nuit ensemble, sans même lui dire au revoir. Non, elle refusait qu'il s'en aille ainsi, sans lui avoir au moins expliqué réellement son ressenti. Elle voulait savoir. Elle devait savoir. Une bonne fois pour toutes.

Quand elle se tut finalement, elle se trouvait juste derrière lui, la respiration rapide et nerveuse. Il dut le sentir, car il se retourna, lui montrant un visage impassible. Il la dévisagea, tentant apparemment de lire en elle, dans l'espoir de confirmer sa sincérité ou non. De son coté, la jeune sorcière ne bougea pas, ni ne détourna pas les yeux lorsqu'il croisa son regard déterminé.

- Tu penses réellement ce que tu affirmes ? demanda-t-il comme s'il avait du mal à le croire. Mais tu peux tout aussi bien te mentir à toi-même. Et de toute façon tu as raison, je ne suis certainement pas tombé amoureux grâce à un claquement de doigts de Weasley…

- Mais ? l'encouragea patiemment Hermione.

- Mais, il est vrai que Killian ne semblait pas si différent de moi, et il avait l'air de t'aimer sincèrement, d'être heureux de cette relation, concéda-t-il à contrecœur.

- Il l'était, confirma-t-elle avec un sourire. Nous l'étions tous les deux. Tu pourrais très bien l'être aussi, si tu essayais.

Il ne répondit pas immédiatement, ne faisant que croiser les bras pour l'observer une fois de plus, l'expression indéchiffrable.

- Je peux nous donner une chance, céda-t-il.

Il sembla sur le point de se reculer, comme s'il s'attendait à un geste d'affection spontané venant de sa part. Hermione esquissa un sourire en coin en constatant cela. Elle n'avait jamais vu Rogue aussi incertain, tendu, et ne sachant pas vraiment quoi dire, bien qu'il essayât sans grand succès de ne rien laisser paraître.

- Une chance, c'est déjà plus que je que j'espérais jusqu'à il y a cinq minutes, dit simplement Hermione.

Un silence un peu gêné tomba alors entre eux, néanmoins il sembla se détendre un peu, même s'il demeurât indécis sur le comportement à adopter. Hermione, quant à elle, savourait l'échange qu'ils venaient d'avoir. Il acceptait d'essayer. Bien sûr, cela pouvait ne mener nulle part, mais elle restait persuadée que si Killian était tombé amoureux d'elle après avoir appris à la connaître, il le pouvait aussi. Il suffisait de laisser faire le temps, et, surtout, de ne pas le brusquer.

- Je vais retourner un moment voir mes parents, affirma-t-elle. J'imagine que tu ne viens pas avec moi, mais tu pourrais venir chez moi, ce soir à huit heures.

Le voyant légèrement hésiter, elle ajouta d'un ton qu'elle souhaitait aussi rassurant que possible, avec toutefois une pointe d'amusement :

- Ce ne serait que pour un simple diner, pour parler, réapprendre à se connaître, rien de plus. Enfin si c'est déjà trop, tu peux proposer autre chose, poursuivit-elle plus sérieusement, craignant de le faire fuir en espérant trop de lui.

- Un dîner, cela me va, accepta-t-il.

- A ce soir, alors.

- A ce soir.

Elle le regarda se détourner et reprendre la route vers le point de transplanage, sans un au-revoir, sans une politesse ni un regard en arrière. De dos, il avait l'air aussi sûr de lui que d'habitude. Pourtant elle se doutait, qu'avec tout ce qu'il devait ressentir en émotions contradictoires en cet instant, c'était sûrement loin d'être le cas.

En étant honnête avec elle-même, elle devait avouer être exactement dans le même cas. Incertitude et confiance, peur et bonheur, angoisse et soulagement. Elle voulait pleurer, crier, rire, courir, laisser exploser tout cela sans aucune barrière. Elle n'en revenait pas. Elle n'arrivait pas encore à y croire totalement. Pourtant, l'image de Severus durant leur conversation se dessinait devant elle ; elle repensait à ses mots à l'apparence si dure mais ô combien agréables ; elle revoyait ses iris sombres qui lui procuraient toujours autant de frissons dès qu'elle s'y plongeait ; et plus que tout, elle réalisait petit à petit l'incroyable chance qui l'accompagnait aujourd'hui.

Et parmi toutes ces sensations diverses, il en existait une, la plus forte d'entre toutes, qui surpassait les autres, et la brûlait de l'intérieur avec une vivacité jusque là inconnue : l'espoir.


Et voilà ! J'espère vraiment que cette histoire vous aura plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
Comme je l'avais dit dans une réponse aux reviews il y a longtemps, ni happy end, ni bad end, je ne voyais vraiment qu'une fin ouverte de possible pour clore cette histoire. Fonctionnera, fonctionnera pas, à vous de vous faire votre idée.

Errare est donc terminée. Mais, de temps à autres, selon l'inspiration et l'envie, il est possible que je publie des petits chapitres bonus. Ceux qui veulent rester sur cette fin et imaginer leur version, arrêtez-vous ici. A vous de voir. Mais je le redis, rien n'est sûr. Je pense d'ailleurs que je les publierai dans un recueil de one-shot, à part.

Errare étant terminée, je ne publierais plus rien via le compte d'hermy. Pour les traductions, je continuerais à utiliser mon compte enelye, et pour les fics originales, je reprends mon propre compte, à savoir Arwen76. J'ai déjà plusieurs fanfictions en tête, donc vous pouvez continuer à me lire par là-bas si vous le souhaitez. (mais laissez-moi le temps de les écrire quand même xD)

A bientôt j'espère :)