SHARP TASTE

Rating : T.

Résumé rapide : UA : Lavi Bookman mène une vie ordinaire à Santa Maria, une petite ville de Californie. Mais quand un beau japonais débarque de nulle part, son passé le rattrape. Yaoi. Lucky ; Yuvi ; LinkAllen ; CrossOC ; NéaAdam ; Wisky et autres.

Le dernier chapitre, ici.

Mes Chers Lecteurs, mes compagnons de voyage, mes fidèles soutiens.

Sharp a duré une année de travail pour moi. Ce fut long, laborieux, parfois désespérant - mais les 145 reviews cumulées à ce jour m'ont beaucoup aidées et j'ai finalement achevé cette fic.

Alors merci pour vos encouragements, vos avis, vos critiques. Que vous ayez laissé des reviews plus ou moins fréquemment, que vous ayez ajouté cette fic à vos alertes ou vos favoris, que vous ayez simplement lu et apprécié.

En espérant vous offrir du rêve aujourd'hui et demain, aussi. Sharp s'arrête, moi pas.


Chapitre 40


4 Mars 2001


Santa Maria

Bookmen Shop


10:10 p.m.


La cuisine était baignée d'une lumière jaunâtre d'ordinaire douce et tiède, mais le regard froid que Mikhaila gardait sur l'homme refroidissait la pièce. Il avait un peu maigri, coupé ses cheveux noir de jais et ses grands yeux dorés semblaient avoir perdu la lueur de folie qui les animait autrefois. Il n'avait pas retiré son manteau, comme s'il s'apprêtait à partir rapidement. Elle n'en savait rien, parce qu'il n'avait pas dit un mot depuis qu'elle lui avait proposé de monter à l'étage.

Mikhaila se demandait si elle n'aurait pas mieux fait de le foutre dehors.

-Café ? dit-elle finalement d'une voix mécanique.

Néa eut un maigre sourire.

-Je veux bien, merci.

Elle resserra les pans de son gilet en laine et, avec un léger soupir, rempli deux tasses de café qu'elle fit réchauffer au micro-ondes.

-Assieds-toi, ajouta-t-elle en désignant la table.

Elle n'avait pas vraiment de raison de le vouvoyer, maintenant. Néa l'avait impressionné, tant par sa beauté que son instabilité, sauf que désormais elle avait grandi, et lui vieilli. Non, rectifia-t-elle mentalement. Pas vieilli. Il semblait juste… assagi.

-Tu es devenu une belle femme, Mikhaila.

Elle se tourna vers lui, appuyée contre le plan de travail.

-Tu as quelqu'un dans ta vie ? reprit Néa en balayant l'appartement du regard.

Encore cette foutue question.

-Non, dit-il sèchement. Pourquoi nous as-tu fait suivre, Lavi et moi ?

Néa croisa les jambes sous la table.

-J'aime savoir où je mets les pieds, c'est tout. Que vous aviez coupé vos liens avec la rue, quels étaient vos lieux de prédilection, ce genre de choses.

-Hm.

-Néanmoins, je suis un peu déçu. Je pensais que Javier était plus costaud que ça.

Mikhaila mit un moment à comprendre de quoi il parlait. Dès qu'elle avait reconnu Néa, elle avait senti une vague douloureuse de souvenirs refluer et avait du mal à revenir au présent. Le micro-ondes bipa brusquement, et elle posa les tasses sur la table et s'assit pour masquer son malaise.

-Tu devrais mieux choisir tes hommes.

-Ce ne sont que des paysans misérables qui avaient besoin de quelques pesos, précisa-t-il.

-Tu vis vraiment en Argentine, alors ?

Néa but une gorgée de café brûlant avant de répondre.

-Bien sûr. Je suis née là-bas avant d'émigrer aux États-unis. La Russie ne te manque pas ?

Mikhaila faillit s'étouffer avec son café.

-Pardon ? croassa-t-elle. Quel est le rapport avec… ?

Il haussa les épaules et elle vit s'allumer, des tréfonds des ténèbres dorées, la lueur furieuse de sa folie.

-Non. Pas du tout, siffla-t-elle après un silence.

-Ah oui ?

Mikhaila le foudroya du regard, et il sourit avec douceur pour toute réponse.

-Qu'est-ce que tu veux, Néa ? La guerre est finie, maintenant, pourquoi es-tu ici et pas à L.A. ?

Il gloussa.

-Parce que je suis mort, ma jolie. Tout simplement.

-Certes, admit-elle. Mais je te trouve drôlement en forme pour un macchabée.

-D'ailleurs, à ce propos, que faisais-tu à San Diego quand j'ai parlé avec Sheryl ?

-Ne change pas de sujet. Je faisais du tourisme avec une amie, c'est tout.

Voilà une éternité qu'elle n'avait pas pensé à Frank Ann Rosenthal, et son souvenir raviva une vieille plaie dans son cœur.

-Tu l'as dit au Comte ?

Néa avait prononcé ce surnom avec indifférence. Néanmoins, il eut l'air déçu par sa réponse.

-Non. J'aurais du ?

Il haussa à nouveau les épaules et but une gorgée de café. Il remarqua le chat qui dormait sur le canapé, soupira et reposa la tasse sur la table.

-Tout était si différent, à l'époque, dit-il dans un murmure.

Mikhaila songea un instant à répliquer par une pique acide, mais après tout Néa avait raison alors elle se tut. Il n'y avait pas grand-chose à répondre à ça, de toute façon. Elle laissa son café refroidir et croisa les bras sur la table.

-Qu'est-ce que Marian a fait de l'Innocence, d'ailleurs ? lança-t-il à un moment.

-Il l'a brûlée, dit-elle d'une voix atone. Tu ne le savais pas ?

Néa fit la moue.

-Il a toujours refusé d'en parler.

Mikhaila tiqua.

-Est-ce que… ? demanda-t-elle d'une voix qui tremblait trop à son goût.

Il sembla réfléchir un moment, gêné.

-Il…

Avec un soupir, il reprit difficilement.

-Il est mort, l'an dernier. Fin octobre, je crois.

Devant son air ahuri, Néa ajouta :

-Il vivait en Bolivie, alors je venais le voir qu'une ou deux fois par mois. Il était très affaibli les dernières semaines.

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et baissa la tête pour les dissimuler, serrant les poings sur ses genoux dans une pitoyable tentative de garder son calme. Elle voulait demander comment c'était arrivé, mais elle était incapable de prononcer le moindre son. Néa comprit néanmoins son trouble et précisa, sur un ton détaché qui ne collait pas avec la tristesse pure dans son regard doré.

-Crise cardiaque. La rue l'a bouffée jusqu'au sang, sans doute. Toute cette vie d'excès et d'alcool n'avait rien de bon.

Mikhaila but une gorgée de café froid – le goût était dégueulasse, mais il fallait qu'elle fasse quelque chose, n'importe quoi.

-Pourquoi Sheryl te détestait-il autant ? dit-elle platement.

Néa ne parut pas surpris par la question. Il ne souriait plus du tout, cette fois.

-Il était jaloux, tout simplement. Pas de ma relation avec…

Il se fit brusquement lointain.

-Avec Adam. Non, il m'en voulait pour tout le temps que je passais avec lui. C'est bizarre, en fait, parce qu'Adam ne m'aimait pas. Pourtant, Sheryl me méprisait tellement que j'en venais à penser qu'il en savait plus sur les sentiments du Comte qu'Adam lui-même. Enfin, c'est du passé.

En disant ça, il ferma brièvement les yeux et Mikhaila, malgré la douleur, malgré le désespoir soudain, comprit qu'il mentait. Néa se leva brusquement, arrangea le col de son manteau et jeta un coup d'œil à la jeune femme.

-Il faut que j'y aille.

Elle se leva aussitôt, par automatisme. Elle sortit de la cuisine, descendit au premier, écoutant à peine les pas de l'homme derrière-elle. Ils étaient encore dans les escaliers quand il l'appela :

-Mikhaila ?

Elle se retourna, serrant les pans de son gilet sur son corps froid.

-Oui ?

Néa était à deux marches au-dessus d'elle, et la lumière qui venait d'en haut faisait un contre-jour, si bien qu'elle distinguait à peine les traits de son visage. Lui la voyait nettement, au contraire. Le bleu glacé de ses yeux légèrement humides, ses cheveux blond pâle, sa silhouette fragile. La marche sous son pied craqua dans le silence et il soupira.

-Marian n'est pas mort.

La jeune femme écarquilla les yeux.

-Je pensais que ce serait plus facile pour toi dans le cas contraire, mais je doute que ce soit une bonne idée, finalement, ajouta-t-il doucement en sortant quelque chose de la poche de son manteau. Je ne voudrais pas causer plus de souffrance, je t'assure – j'ai de la sympathie pour toi, Mikhaila – mais prends ça et laisse-toi le temps d'y réfléchir.

Elle prit le bout de papier froissé qu'il lui tendait et s'écarta pour le laisser descendre les dernières marches. Il se retourna en arrivant en bas des escaliers et, esquissant un sourire faible mais sincère, termina simplement.

-C'est une bonne chose que la rue ne t'ai pas englouti. Bonne nuit, ma jolie. Fais de beaux rêves.

Néa lui tourna le dos et disparut dans la pénombre de la boutique. S'il avait réussi à entrer, il pouvait bien sortir par ses propres moyens. Mikhaila remonta au dernier étage, légèrement chancelante. Elle essuya les larmes qui coulaient sur ses joues, inspira profondément et défroissa soigneusement le bout de papier. Elle le posa sur la table et le lissa du plat de la main. Il n'y avait que quelques lignes inscrites au crayon gris, dont le trait uniforme et sec lui rappela que Néa avait été chimiste.

Señor Francisco Alvarez Martin

Avenida del seis de agosto N° 410,

Santa Lugar

Tajira

Bolivia


Santa Maria

Hevla Lane


10:30 p.m.


Lavi s'était souvenu que Néa Walker était argentin. Il l'avait lu dans l'article du L.A. Times sur son suicide, quatre ans auparavant, et il avait fallu un moment pour s'en rappeler avec suffisamment de certitude pour en être sûr. Cela remontait à loin, très loin, mais le jeune homme avait toujours eu une bonne mémoire. Il ne savait néanmoins pas grand-chose à son sujet, seulement quelques informations glanées auprès du Beau Mec, surtout à son dépend.

Néa Walker était le chimiste qui avait mis au point cette foutue came, un soutien des Noah – le patron l'avait même qualifié de pute qui baise avec le Comte mais Lavi n'était pas parvenu à vérifier ça – et apparemment un proche du patron, vraisemblablement à l'époque où il ne vivait pas encore dans la rue. Là, le jeune homme en était certain. Il avait senti le chagrin du Beau Mec les jours qui avaient suivi son suicide.

Suicide dont Lavi commençait à douter. S'il s'avérait exact que le type qui les avait fait suivre, Mika et lui, était bien argentin, il ne voyait qu'un seul contact commun, soit Néa Walker, décédé dans l'incendie de sa voiture quatre ans plus tôt. Voilà qui compliquait les choses.

-Tu ne connais pas d'argentin, Yuu ?

Le japonais, avachi sur le canapé face au poste de télévision, arqua un sourcil. Lavi était à la fenêtre, observant d'un œil distrait les quelques voitures qui circulaient en bas.

-Un seul. Un dealer qui j'ai buté moi-même au début de la guerre.

Le rouquin soupira.

-Aucune chance que tu l'aies raté, hein ?

-Balle de neuf dans le crâne. Chute du sixième étage. Sinon, il était en pleine forme la dernière fois que je l'ai croisé.

Lavi eut un sourire amusé. Il s'apprêtait à ajouter quelque chose quand le téléphone sonna. Le rouquin décrocha, sans quitter Kanda du regard, partagé entre l'inquiétude et la perplexité.

-Ouais ?

Il commençait à avoir un mauvais pressentiment, comme si son instinct de fils de la rue lui hurlait de foutre le camp.

-Lavi, répondit la voix de Mikhaila dont l'accent sonnait avec plus d'intensité et de rudesse que d'ordinaire.

-Il y a un problème ?

Kanda se redressa un peu dans le canapé et baissa le son de la télévision. Lavi devina sans peine à quoi il pensait, que son Tokarev était dans la poche intérieure de son manteau. Il reconnaissait cette note d'excitation à l'idée du danger dans ses yeux noirs, cette légère crispation de sa main.

-Le problème argentin est réglé, répondit-elle en éludant sa question. J'aimerais…

Lavi l'entendit prendre une longue inspiration.

-J'aimerais que tu viennes à la boutique.

Il fronça les sourcils, imaginant déjà un cadavre à brûler.

-Faut que je te parle, ajouta-t-elle d'une voix plus calme.

-C'est si urgent que ça ?

-Oui.

-Bien. Yuu peut-

-Si tu veux, ça m'est égal.

-Tu es sûre que ça va, Mika ?

Nouvelle inspiration.

-Plus ou moins. Ça ira mieux quand je t'aurais parlé, je pense.

-D'accord, répondit-il lentement. On arrive.

Mikhaila raccrocha et il en fit autant.

-Alors ? lança Kanda.

Lavi passa une main dans ses cheveux roux.

-Bof. Faut qu'on y aille.

Le japonais se leva aussitôt, se chaussa et enfila son manteau. Lavi éteignit la télévision et l'imita.

-Apparemment, le problème argentin est réglé. Mais elle avait l'air bizarre.

-Assez pour prendre ça ? demanda-t-il en glissant son Tokarev à sa ceinture.

-Nan, je dirais. Mais prends-le quand même, je préfère.

-Et toi ?

Lavi hocha lentement la tête.

-Mauvaise idée. Elle ne veut parler qu'à moi, vois-tu. Et comme il est fort possible que ce qu'elle ait à me dire ne me plaise pas, il vaut mieux que je ne sois pas armé.

Kanda arqua un sourcil.

-Pourquoi je viens aussi, alors ?

Le rouquin soupira et ferma brièvement son unique œil.

-Pour m'empêcher de faire une connerie, baby love. Je peux te faire confiance ? interrogea-t-il avec une légère hésitation.

Ce qui inclut la violence, traduisit le japonais.

-Bien sûr.

-Merci, dit-il dans un murmure.

Il claqua un baiser sur ses lèvres et sourit franchement.

-Tu sais que je t'aime, toi ?

-Ouais, ouais, je sais, marmonna-t-il en tournant les talons et sortant de l'appartement.


Santa Maria

Bookmen Shop


11:30 p.m.


Lavi était resté assis pendant tout le temps où Mikhaila parla, les bras croisés sur son torse, le regard braqué sur la jeune femme, froid et indifférent. Il arborait un visage impassible, parfois assombri par une annonce particulièrement difficile, mais Kanda, adossé au mur, sentait qu'il faisait des efforts pour garder son calme. Il ne l'interrompit qu'une fois, pour lui demander de lui donner chaque détail.

Mikhaila, assise en face de lui, ne cessait de remuer sur sa chaise, de plus en mal à l'aise, buvant parfois une gorgée d'eau et jetant des coups d'œil au japonais, au chat qui dormait, ou même au vide, juste pour éviter le regard de Lavi. Kanda ne l'avait jamais vue dans un tel état de nervosité, d'anxiété et, surtout, de honte. Mais il comprenait peu à peu la crainte de son amant. Ce qu'elle lui disait n'avait rien d'agréable.

Elle avait commencé par évoquer brièvement son arrivée aux États-unis, les quelques semaines qu'elle avait vécues à Ladera Heights, puis à mi-voix la tentative de viol qu'elle avait subie, la manière dont elle avait fini dans un Diner, sa relation avec son amie américaine qu'elle surnommait Frankie, avec une note de tendresse et de regrets dans la voix, puis le braquage du gang des Akumas et la rencontre avec Néa Walker.

-C'était lui, l'argentin qui nous a fait suivre, avait-elle précisé. Il est venu ici ce soir, je ne sais pas pourquoi, mais en tout cas il n'est plus un danger.

Puis elle avait enchaîné, parlant du contrat que le Comte – elle évoqua un traducteur qu'il avait fait venir pour l'occasion sans s'étendre sur son identité – l'avait presque forcé à signer, rappelant comme pour se justifier qu'il menaçait de s'en prendre à son entourage, le déjeuner à San Diego et la conversation de Sheryl et Néa, le fait que ce dernier ne s'était pas vraiment suicidé et qu'elle avait fait pression sur le Noah, ce qui expliquait sa volonté de se débarrasser d'elle après l'armistice.

Elle avait rejoint les Bitches, quittant Frankie – qui était morte peu de temps après – et le Diner qu'elle aimait tant. Puis l'exécution de Chomesuke. C'était là que Kanda avait posé une main sur son Tokarev, guettant la réaction de son amant avec appréhension. Mais Lavi était resté assis, étrangement calme. Il était encore sous le choc, avait déduit le japonais. La fureur serait pour plus tard. Alors il ne lâcha pas son arme.

Après Chome, il y avait eu Arystar Krory. Là aussi, ses mots avaient été atrocement précis et détaillés. Les coups de ceinture de Tyki, le sang qui suintait sur tout son corps, la douleur dans ses hurlements. Kanda ne tenta pas d'imaginer ce que Lavi devait ressentir en sachant que le Noah qu'il avait aimé et aimait encore dans une moindre mesure était le salopard qui avait lacéré Krory. Il commençait presque à en vouloir à Mikhaila.

Puis Maosa, l'homme de Mademoiselle Anita. Elle resta évasive à ce sujet, parlant seulement de Road et de l'horreur de l'instant. Elle évoqua ensuite Marian Cross. Elle n'avait pas encore prononcé son nom, et l'effort sembla lui coûter énormément. Elle raconta comment il lui avait avoué qu'il avait brûlé l'Innocence, et ce fut là qu'elle ajouta qu'ils étaient amants. Mais elle n'en dit pas beaucoup plus sur leur relation. Seulement assez pour que Lavi comprenne qu'elle l'aimait et qu'il l'aimait aussi – de toute façon, il avait lu la lettre.

Après, ce fut Kié et la raison pour laquelle elle l'avait laissé partir, puisque le Comte savait que pour la came, c'était foutu. Elle continua en disant que Marian avait planifié l'adoption de Link et Allen par les Exorcistes lors d'un rendez-vous avec Komui Lee. Kanda se souvint que c'était lui-même qui avait noté l'adresse et l'heure quand le Beau Mec avait appelé. Enfin, elle raconta qu'elle n'avait pas pu tué Marian parce qu'il s'était enfui en laissant la lettre derrière-lui.

Après ça, elle avait acheté la maison de Lemoore avec le fric qui lui restait et laissé faire quand les Noah avaient commencé à bâtir sa réputation sur la mort du Beau Mec. Même chose pour le surnom dont elle avait hérité, Middle-of-the-road.

-Voilà, acheva-t-elle avec un soupir las. Je comprendrais que tu me détestes et que tu me vires de la boutique, je le mérite amplement.

Lavi réfléchit un moment. Il avait grand besoin d'assimiler tout ça, de prendre un peu de recul S'en suivit un silence pesant et inquiétant. Mikhaila resta immobile, attendant patiemment sa réaction comme on attend une condamnation à mort. Kanda resserra ses doigts sur la crosse glacée de son Tokarev et s'écarta du mur.

Lavi se leva. Contournant la table, il s'approcha à pas lents de la jeune femme qui se redressa aussitôt et eut un léger mouvement de recul. De là où il était, Kanda ne parvenait pas à voir son visage – il devina néanmoins son air d'animal blessé acculé à un mur. Quant à son amant, il était toujours aussi stoïque.

-Lavi ? appela-t-il sans convictions.

Pendant un moment, il ne se passa rien. Puis le claquement sec d'une gifle déchira le silence. Mikhaila vacilla, eut le réflexe de porter une main à sa joue et ferma les yeux. Lavi l'empoigna par le col de son t-shirt. Son unique œil émeraude, où refluait une vague de douleur furieuse, fixait la jeune femme avec une rage qui croupissait depuis des années et qu'il avait patiemment nourri, sans doute certain de retrouver un jour l'assassin de Chome et des autres.

Le rouquin la gifla à nouveau. Plus fort, plus vivement. Kanda resta en retrait, incertain. Peut-être qu'après quelques beignes, son amant finirait par se calmer de lui-même. Peut-être qu'après quelques beignes, la culpabilité de Mikhaila se ferait moins lourde. Lavi la jeta au sol et la jeune femme eut tout juste le temps d'esquiver le coup de pied. Il soupira, comme déçu, l'air d'un père confronté aux bêtises de son enfant, et prit le couteau à cran d'arrêt à sa ceinture, dissimulé par le bas de son pull.

Il le soupesa dans sa main et Mikhaila écarquilla les yeux. Elle n'avait rien pour se défendre, et de toute façon elle aurait été incapable de blesser Lavi. Lui voyait les choses sous un autre angle, évidemment. Il s'accroupit à sa hauteur et leva le bras. Une main s'agrippa à son poignet et le repoussa en arrière. Kanda s'interposa entre eux, son Tokarev braqué sur Lavi. L'incertitude était lisible dans ses yeux noirs, néanmoins il ne tremblait pas.

-Lavi, dit-il à mi-voix. Pose ce truc et recule.

Le rouquin ne le regardait pas. Il fixait la jeune femme derrière le japonais, sa colère presque palpable.

-S'il te plait ? ajouta-t-il.

Lavi sembla prendre conscience de sa présence, et de celle du Tokarev qui visait son front. Kanda le pria intérieurement de lâcher son couteau. Dans le cas contraire, s'il essayait de se jeter sur Mikhaila, il craignait que ses réflexes de pro ne l'amènent à tirer. Il commençait à se demander s'il s'en remettrait un jour. S'il pouvait vivre sans lui. S'il pouvait exister sans lui. Et alors qu'il gardait son flingue braqué sur son amant, il s'aperçut qu'il l'aimait vraiment.

-Lavi, répéta-t-il dans un murmure.

Le rouquin lâcha son arme et Kanda la ramassa en baissant son Tokarev.

-Je rentre, siffla-t-il d'une voix sourde que son amant reconnut à peine.

Kanda entendit le bruit de ses pas dans les escaliers et, attendant qu'il soit parti pour de bon, finit par se tourner vers Mikhaila. La jeune femme avait ouvert les yeux et le fixait sans la moindre expression.

-…Tu as bien fait, dit-il après un moment.

-Tu crois ? ironisa-t-elle. Il me hait.

-Et alors ? Tu t'en doutais, non ?

-Ouais, admit-elle en se relevant. Mais je pensais pas qu'il irait jusqu'à essayer de me tuer.

Le japonais glissa son Tokarev à sa ceinture et le couteau à cran d'arrêt dans la poche de son manteau.

-Lavi n'aurait jamais-

-Oh, je t'en prie, il m'aurait égorgé si tu n'étais pas intervenu. Et permets-moi de ne pas te remercier.

-Pardon ?

Mikhaila haussa les épaules, sous le regard effaré de Kanda.

-Putain, mais entre l'autre abruti qui pète les plombs et toi qui joue les martyrs, on est pas sorti de l'auberge.

La jeune femme détourna les yeux.

-J'ai du mal à te reconnaître, ma vieille.

-Sans doute parce que tu me connais mal, répliqua-t-elle, amère.

-Ce que je sais de toi me suffit amplement.

Il soupira et reprit :

-Tu mérites sûrement pas le prix Nobel de la paix, et ce que tu as fais il y a quatre ans est assez dégueulasse, mais sache que j'aurais très bien pu être à ta place. Tes états d'âmes, on s'en branle. Alors tu fais comme d'habitude, tu assumes et tu regardes devant toi. C'est aussi simple que ça.

Mikhaila considéra le jeune homme un instant. Elle esquissa un maigre sourire et hocha lentement la tête.

-T'es un tendre, au fond. Merci, alors.

Kanda soupira à nouveau, de soulagement cette fois.

-Génial. Il me reste plus qu'à m'occuper de l'autre abruti.

-…Dis-lui de venir à la boutique demain. Je partirais s'il le veut, mais on ne peut pas… en finir comme ça.

Il acquiesça vaguement et disparut dans les escaliers.


11:40 p.m.


Il pleuvait et l'air était encore froid. L'eau ruisselait sur le bitume noir, dessinant des arabesques abstraites sur les trottoirs et formant des flaques informes qui renvoyaient le ciel d'encre et la lune nue, d'une blancheur tâchée et maculée. De fines gouttelettes coulaient sur le visage de Lavi, qui les essuya d'un geste rageur. Autant de larmes qu'il n'avait jamais pu verser.

S'il avait une vague idée de ce que Mikhaila comptait lui dire, il était encore choqué par la nouvelle. Il avait compris qu'elle était liée à tout ça, mais jamais il n'aurait imaginé qu'elle avait tué Chome, Krory, Maosa et extorqué des informations au patron. Trahison était le premier mot qui lui était venu à l'esprit. Meurtre était le second. Mais ce qui flottait encore dans son esprit était une question toute simple : que faire maintenant ?

Lavi voyait clairement la situation. Une rive, d'abord, qui bordait une rivière nauséabonde, infestée de bêtes sauvages. Un chemin, ensuite, de terre battue rouge comme du sang qui ne menait nulle part. Un désert brûlant où il se tenait, les deux pieds enfoncés dans les sables mouvants – s'il ne faisait rien, agissait comme à l'ordinaire, il finirait par s'enliser et disparaître.

La rive sauvage, c'était fuir avec Yuu, pourquoi pas en Amérique du sud, ou peut-être même en Europe. Peut-être que là-bas, il pourrait oublier la rue et construire une vie différente, loin de la souffrance bien ancrée ici. Perspective alléchante, et s'il avait fait sortir Yuu de L.A., il devrait parvenir à l'amener à l'autre bout de la Terre.

Le chemin de sang, c'était tuer Mikhaila et partir seul. Kanda ne le suivrait pas, il en était presque certain. Après, ce serait la côté est des États-unis, sans doute, peut-être même qu'il retomberait dans un gang new-yorkais – son cœur de fils de pute n'avait rien oublié de l'adrénaline et des frissons. Venger les Bitches lui plaisait. Il avait longtemps rêvé de retrouver le connard qui avait tué Chome.

-Lavi.

Le rouquin, assis en tailleur sur le bitume, fixa Kanda d'un œil neutre. Le japonais avait cet air agacé et dédaigneux qui lui aillait si bien.

-Ouais, dit-il en réponse, et sa voix lui sembla trop grave pour lui appartenir.

-Tu as la tête du type qui s'apprête à faire une connerie monumentale.

Kanda s'assit à ses côtés et passa une main dans ses cheveux déjà humides. Le bruit feutré de la pluie couvrait un peu sa voix, alors il se rapprocha de lui, touchant presque sa jambe.

-Ah bon.

-Hé bien ça promet, railla-t-il.

-Tu ferais mieux de rentrer avant d'être totalement trempé.

-On est venu ensemble, on rentre ensemble.

-Je vais rester réfléchir un peu, rentre, répliqua-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

Kanda arqua un sourcil et Lavi sentit qu'il l'avait énervé.

-Tu peux me dire à quoi tu joues ? siffla-t-il.

-Rien. Casse-toi et fous la paix.

Le japonais semblait hésiter entre le frapper et l'insulter.

-Bien. Très bien, dit-il néanmoins en reprenant son calme.

Kanda se leva lentement et tendit une main à son amant.

-Debout.

Quelques gouttes d'eau luisaient sur ses doigts blancs, glissant sur ses ongles courts et tombant sur le bitume. Lavi leva le regard sur son visage impassible et songea à l'embrasser. Yuu était beau quand il était en colère. Mais brusquement il n'eut plus envie de le provoquer.

Ramène-moi à l'appart, dis-moi que tu m'aimes et que je vais oublier le sourire tendre de Chome quand elle m'a offert mon deuxième œil d'émeraude, pensa-t-il si fort qu'il faillit le dire à voix haute. Dis-moi que le passé ne compte pas.

-Tu me suivrais jusqu'au où, baby love ?

Kanda ne baissa pas le bras.

-Ne la tue pas. C'est normal que tu lui en veuilles, mais la tuer n'y changerait rien.

Lavi prit doucement sa main en restant assis. Le japonais s'accroupit à sa hauteur, patient, et le rouquin embrassa ses doigts, effleurant sa peau humide de ses lèvres.

-Je ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé, murmura-t-il. Trop difficile.

Le japonais repoussa les mèches noires qui tombaient sur ses yeux. Lavi recommença à parler, d'une voix qui tremblait et heurtait les mots avec une colère qui se mua peu à peu en désespoir.

-Chome me manque, des fois. Kro' aussi. Je me demande ce que Marian a pensé en apprenant que Mikhaila l'avait trahi. Il semblait triste dans sa lettre, perdu. C'était rare qu'il soit comme ça, tu sais. Tu crois qu'il ferait quoi, à ma place ? demanda-t-il sans attendre une réponse que la japonais était de toute façon incapable de lui donner. Il l'aimait vraiment, c'est dingue. C'est injuste que j'aie à choisir entre elle et l'honneur des Bitches. Si je n'avais pas quitté la rue, elle m'aurait tué, hein ? Ce serait plus facile, finalement. Je ne sais plus quoi faire, Yuu.

Il reprit son souffle.

-Tu vas me quitter si je la tue, baby love ?

Kanda eut un léger soupir.

-J'en sais rien. J'ai abandonné L.A., maintenant, je ne sais pas si…

-Si tu peux y retourner, termina-t-il.

-Ouais.

Lavi emmêla ses doigts aux siens et ferma son unique œil. Il sentit les lèvres de Kanda sur sa joue.

-Je suis sûr que Chomesuke serait suffisamment fière de toi pour que tu n'aies pas à la tuer, murmura-t-il. Puis souviens-toi que tu lui as donné des cours d'anglais. Tu ne crois pas qu'elle culpabilise déjà assez ?

-Peut-être.

Le japonais se redressa et Lavi rouvrit son œil.

-Debout.

Lavi s'exécuta. Il l'embrassa longuement, sa main libre dans son dos et toute cette pluie qui imbibait leurs vêtements et mouillait leurs cheveux, cette pluie froide qui pleurait pour lui. Il enlaça son amant, serrant contre lui son corps tiède.

-Ne la tue pas, répéta-t-il.

Le rouquin ne répondit pas et l'embrassa encore.


11:50 p.m.


Ses mains tremblaient quand Mikhaila arracha le film plastique du paquet de Lucky Strike, et plus encore quand elle fit tomber une cigarette sur la table. Elle dut s'y reprendre à trois fois pour l'allumer et tira une bouffée de tabac. Mais ses yeux ne s'emplirent pas de larmes. Elle toussa un peu, par manque d'habitude, et jeta un coup d'œil au chat vautré sur le canapé.

Elle tira une deuxième bouffée. Rien, sinon la saveur amère et piquante du tabac. Elle continua à fumer jusqu'à écraser le mégot dans la tasse vide de Néa Walker. Elle en alluma une autre, posa le bout de papier froissé sur la table et le lissa du plat de la main, sa cigarette à la bouche. Elle ne connaissait pas grand-chose de l'espagnol, mais les lignes inscrites au crayon gris désignaient clairement une adresse.

Pas n'importe quelle adresse.

L'adresse de Marian.

Mikhaila ferma les yeux en tirant sur sa cigarette. Elle s'aperçut que le goût lui avait manqué, comme la fumée grisâtre et la sensation du bâton lisse entre ses doigts.

Señor Francisco Alvarez Martin

Il avait donc changé de nom. C'était logique, après tout. Il avait peut-être coupé ou teint ses cheveux, aussi, voire les deux. Elle se demanda si elle arriverait à le reconnaître et soupira en prenant conscience de sa stupidité. Bien sûr qu'elle le reconnaîtrait. Il était le seul homme qu'elle avait aimé à ce point, le seul qui l'avait vraiment regardée. Quelle vie avait-il là-bas ? Avait-il une femme, des enfants ? Pensait-il encore à elle ?

Elle rouvrit les yeux et écrasa sa clope avant d'en allumer aussitôt une troisième. Une fois le paquet de Lucky Strike vide, elle espérait qu'allait se sentir plus légère.

Ça ne marcha pas, mais au moins elle avait fait un pas en avant.


5 Mars 2001


Santa Maria

Hevla Lane


09:30 a.m.


Kanda noua ses longs cheveux en queue de cheval et enfila son manteau. Lavi chaussait ses Docs Martens, silencieux. Il n'avait pas dit grand-chose depuis qu'ils étaient rentrés à l'appartement la veille, si ce n'était j'ai fait du café, t'as pas vu mon t-shirt bleu ? et tourne-toi quand ils avaient fait l'amour. Kanda n'avait jamais connu son amant aussi peu bavard, et jamais même imaginé que c'était possible.

Il pouvait presque l'entendre réfléchir, examiner toutes les possibilités, tous les cas de figure et en déduire le plus adapté, le plus juste. S'il lui faisait confiance, il avait néanmoins vérifié qu'il ne cachait pas d'autres armes. Quand il lui avait dit que Mikhaila voulait le voir ce matin-là pour parler, Lavi n'avait pas répondu, se contentant d'un hochement de tête qui pouvait signifier tout et son contraire.


Santa Maria

Bookmen Shop


10:00 a.m.


Mikhaila, en jean et chemise noire, descendit lentement les escaliers. Elle traversa la boutique, ouvrit la porte et fit entrer Emilia Galmard. La jeune femme avait promis de l'aider à accueillir les clients pour son premier jour, ce que Mikhaila, préoccupée par la visite de Néa Walker et ce qu'il s'était passé avec Lavi, avait complètement oublié.

-Tu as l'air surprise de me voir, nota-t-elle.

Mikhaila se dessina un sourire figé.

-Je suis un peu stressé, c'est tout.

Emilia fit la moue. Mikhaila et elle ne se connaissaient pas encore très bien, mais pour l'instant elles parvenaient à se supporter mutuellement.

-Alors, prête pour ce premier jour ? lança-t-elle avec enthousiasme en posant son sac et son trench dans le local.

-Plus ou moins.

Mikhaila sentit la panique l'envahir en reconnaissant Lavi dans la vitrine. Le jeune homme entra dans la boutique, suivi par Kanda.

-Lavi ? Il y a un problème ? Je croyais que tu devais passer plus tard, dit aussitôt Emilia en claquant un baiser sur sa joue. Salut, Kanda.

-'Lut.

-Toujours aussi loquace, hein.

-Faut que je parle à Mikhaila, honey.

Lavi ne souriait pas, arborant un air détaché que la jeune femme ne lui connaissait pas.

-D'accord. Et les clients ?

-Tu peux t'en occuper, s'il te plait ? Ça ne devrait pas être long.

-Hm, pas de problème. Mais fais vite, ils ont hâte de rencontre ta nouvelle vendeuse, mon chou.

Lavi suivit Mikhaila au deuxième étage, partagé entre l'anxiété et la peur. Il n'avait pas encore trouvé une solution efficace au problème, et espéré que parler avec elle l'aiderait. Arrivée en haut des escaliers, la jeune femme sortit un papier de la poche arrière de son jean et lui tendit. Il le prit, perplexe, le déplia lentement et lut son contenu en fronçant les sourcils.

Señor Francisco Alvarez Martin

Avenida del seis de agosto N° 410,

Santa Lugar

Tajira

Bolivia

-Une adresse ?

-Oui, sans doute.

-L'adresse de qui ? Et en quoi ça nous concerne ?

Mikhaila inspira une longue goulée d'air.

-C'est Néa qui me l'a donné hier. Apparemment, c'est celle de Marian.

Lavi lui jeta un coup d'œil.

-Tu es sûre de ça ?

-Oui.

-Oh. Intéressant.

-Tu l'as sûrement déjà retenue, remarqua-t-elle.

-Ouais, admit-il en lui rendant le papier.

Elle le replia soigneusement et le glissa dans sa poche.

-Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ?

Lavi l'observa un instant, songeur. Il se souvenait clairement du griffonnement appliqué de la mine de son stylo quand il lui dictait du Edgar Allan Poe. Du sang sur son cuir la fois où il avait beaucoup plu. De son air déterminé et froid quand elle tenait un flingue dans ses mains délicates. La colère de la veille était passée d'elle-même, comme une blessure qui s'avère moins douloureuse avec le temps.

-Tu serais te souvenir de cette adresse ? demanda-t-il.

-…Non, je ne pense pas.

-Bien. Donne-moi ce papier.

Mikhaila lui donna.

-Tu restes à la boutique et tu continues à travailler ici. Il va me falloir un peu de temps pour m'habituer à cette nouvelle… situation, mais si tu n'as rien de prévu ce week-end, je pensais déjeuner au Rouge Estrade avec Emilia. Tu pourras venir, si tu veux.

Elle acquiesça.

-Merci, Lavi.

La dernière lueur d'agressivité et de méfiance disparut de son œil vert.

Le rouquin glissa le papier dans la poche de son blouson et elle le vit faire, comme au ralenti. La dernière chance qu'elle avait de revoir Marian venait de mourir. Mais au fond, ce n'était pas si grave. ça faisait quatre ans, désormais. Ses sentiments n'avaient pas changé, mais ils avaient perdu leurs couleurs et leur puissance d'avant.

-Viens, les clients t'attendent, dit-il d'une voix plus enthousiaste.

Elle eut un demi-sourire qu'il lui rendit aussitôt.

-Ils ne vont pas être déçus.

-J'espère bien, Mika. On y va ?

-Ouais, on y va.

Lavi serra le papier froissé dans sa main, sans savoir s'il comptait se servir de cette adresse. Il n'y avait plus de rive sauvage qui bordait une rivière nauséabonde, de chemin de terre rouge comme du sang, de sables mouvants. Il ne restait qu'un escalier en bois grinçant, patiné par la lumière dorée du soleil, et le bruit des pas de la jeune femme derrière-lui sonnait comme un prélude.


Tss, elle ne me satisfait toujours pas cette dernière phrase.

Bref.

Si Sharp est finie pour de bon, une série de 3 OS est prévue dans le courant de l'année - j'ai un projet sur la série anglaise Sherlock - qui vont chacun retracer le passé de 3 personnages : une Bitche, un Exorciste et un Noah. Je vous laisse méditer ça.