Chapitre Douze : Fin de la Liberté

Severus était de mauvaise humeur. Il détestait enseigner plus que n'importe quoi au monde. Aucun de ses élèves à Poudlard n'avait la même appréciation que lui de l'art des Potions. Ils ne pouvaient même pas commencer à s'y comparer et pourtant lui, le plus jeune Maître de Potions au monde, était contraint à enseigner à ces morveux jour après jour. Ajoutez à cela le fait qu'il devait constamment supporter Albus Dumbledore et le reste de son équipe agaçante et il n'était plus d'humeur pour rien d'autre que de se détendre et d'oublier le reste du monde.

Malheureusement, ce n'était pas destiné à arriver. Le Directeur l'avait récemment fait appelé dans son bureau pour discuter de quelque chose d'important. Ce que c'était, Severus ne pourrait jamais le déchiffrer. Le vieil homme avait la manie de garder tout ce qui était important pour lui jusqu'à ce qu'il soit nécessaire que ce soit connu. Frustrant en vérité, compte tenu que tout était caché à la personne qui avait le plus besoin de l'entendre. Tous les pions de Dumbledore étaient laissés dans le noir et c'était une chose qu'il l'agaçait plus que tout et la raison pour laquelle il détestait entrer dans le bureau de l'homme.

Réflexion faite, mauvaise humeur ne recouvrait pas vraiment ce que Severus ressentait actuellement. Humeur meurtrière aurait été plus proche.

Il grogna le mot de passe et monta en coup de vent dans les escaliers, ignorant le fait qu'ils bougeaient. Ce n'était pas le moment pour les jacasseries. Il allait en finir une bonne fois pour toute avec cette histoire afin de pouvoir s'écrouler avec une bouteille de whisky Pur Feu. On était vendredi et il ne travaillait pas ce soir-là, le seul soir où il se permettait de se détendre dans cet endroit maudit par Merlin et au lieu de cela, il était contraint à subir les âneries de Dumbledore. La migraine était déjà en route.

Dumbledore avait l'air bien trop heureux en cet instant. Ce fut la première chose que Severus remarqua en entrant dans la pièce. Il n'eut cependant pas une chance d'émettre une quelconque remarque sarcastique car Dumbledore prit la parole.

"Ah, Severus, j'espérais que tu arriverais rapidement. Il y a beaucoup de choses dont je souhaite que nous parlions ce soir."

C'était de mauvais augure. Severus s'assit dans son siège habituel et s'assura de rejeter l'offre de thé ou de bonbons au citron. Cet homme avait les goûts les plus étranges en nourriture et en habits. Dès que ce fut fait, Albus devint sérieux, le masque de joie ne quitta pourtant jamais son visage.

"J'ai récemment été informé que tu as gardé Harry tardivement pendant la semaine pour des cours de Rattrapages de Potions. Je trouve curieux que tu choisisses de faire cela de ton plein gré, ce qui pose la question de pourquoi tu as trouvé cela nécessaire ?"

Rien du choc qu'il ressentait n'apparut sur son visage. Severus était un espion et il ne s'en tirerait jamais vivant s'il permettait à ses émotions de s'imposer à lui. Pourtant, il voulait définitivement leur laisser le champ libre. Comment Albus savait-il cela ? Ses cours avec Harry étaient organisés avec le plus grand soin. Pratiquement personne ne savait ce qu'ils faisaient. De toute façon, personne ne croirait la seule personne qui le savait, Mlle Lovegood, si elle disait jamais la vérité. D'où Albus tirait-il cette information ?

"Qui vous a parlé de nos cours ?" questionna-t-il.

La réponse vint trop rapidement pour contenir une once de vérité.

"Et bien, Harry bien sûr."

Severus sut instantanément qu'Albus mentait. Lentement, il détendit tous ses muscles. Le Directeur ne savait rien il allait simplement à la pêche aux informations quand sa source ne lui avait pas donné ce qu'il désirait. Leur secret ne craignait rien du Directeur pour l'instant et Severus s'assurerait que cela reste ainsi aussi longtemps que possible.

"Je comprends," commenta Severus, "que Potter désire être Auror, correct ?"

Il savait que c'était n'importe quoi. Harry ne voulait rien avoir à faire avec le Ministère, encore moins devenir Auror mais c'était l'histoire qu'ils utilisaient pour l'instant et il n'en dévierait pas.

Albus hocha la tête, lui faisant signe de continuer, croyant de toute évidence qu'il disait la vérité.

"Potter risque actuellement d'être recalé en Potions. Sans un Optimal, il ne sera pas autorisé à passer l'ASPIC de Potions et je ne ferai pas d'exception simplement parce qu'il s'agit de Potter. J'ai l'espoir que je pourrai caser un soupçon d'intelligence dans son cerveau avant qu'il ne passe ses BUSEs. Peut-être qu'alors, il n'aura pas à quémander et à chercher une autre façon d'y entrer." dit Severus d'un ton méprisant.

C'était quelque chose d'assez logique mais totalement contraire à la nature de Severus. Albus savait que cela n'était pas quelque chose susceptible de se produire à l'incitation de Severus. Severus s'assurait que chaque membre de ses classes de BUSEs sache que s'ils avaient moins d'un Optimal alors ils ne rentreraient jamais dans sa classe. Ils n'avaient qu'une chance d'accéder aux Potions niveau ASPIC et c'était tout.

Harry devait l'avoir demandé à Severus. Ce qu'Albus voulait savoir était pourquoi. Il ne connaissait pas la raison qui avait soudainement motivé Harry à s'appliquer dans ses études, notamment en Potions. Malheureusement, il avait déjà dit qu'Harry lui avait parlé de certains détails. Il était peu probable qu'il obtiendrait plus de détails de Severus à cause de cela. Après tout, revenir sur ce qui avait été dit était la meilleure façon de montrer qu'on mentait et Severus le saurait immédiatement. Au lieu de cela, il insista.

"Comment Harry s'en sort-il avec ces cours de Rattrapage ?"

Peut-être que si Severus n'était pas à la hauteur des attentes et des souhaits d'Harry alors il pourrait le malmener pour qu'il accepte l'aide de Mlle Granger et accepte de réparer leur amitié.

Severus fit une grimace de mépris, sachant ce que le Directeur planifiait. Il ne laisserait pas Harry être déplacé comme un pion par cet homme. Ils avaient déjà assez à gérer sans que le Directeur en rajoute.

"Incroyablement, il s'en sort plutôt bien." commença-t-il, sonnant plutôt réticent à l'admettre. "Potter s'en sort mieux sans la pression d'une classe autour de lui. Dans un sens, il ressemble assez à sa mère à ce sujet."

Cette seule phrase consolidait leur temps ensemble. Dumbledore ne pourrait pas faire fuir Harry avec des mots et il ne pourrait pas faire en sorte que Severus passe la main à quelqu'un d'autre. Après tout, si Harry excellait en cours de Potions, il ne voudrait pas l'abandonner et si Severus trouvait quelque chose lui rappelant Lily chez le garçon alors il ne renoncerait pas. C'était plutôt génial.

Juste comme il l'avait pensé, une étincelle de mécontentement traversa le visage d'Albus. Elle fut dissimulée rapidement mais pas assez vite et il le savait tous les deux.

"Je vois. Ce sont d'excellentes nouvelles alors. Je suis heureux qu'Harry ait commencé à faire autant d'effort dans ses études."

Albus ne savait pas comment il allait retourner ne serait-ce qu'une partie de la situation. Il ne pouvait pas interdire à Severus d'enseigner à Harry sans que cela ait l'air suspect. Trop de questions seraient alors posées et il n'avait aucune réponse. Tout ce qu'il pouvait réellement faire était de leur permettre de continuer et d'espérer que cela fonctionnerait avec ses plans futurs. Si ce n'était pas le cas, il n'était pas certain de la façon dont il retournerait les choses.

"Est-ce tout, directeur ?" demanda Severus.

Il était vraiment impatient de s'éloigner de cet homme. Des plans traversaient sa tête à dix mille kilomètres par heure et aucun d'eux n'avait de 'valeur' pour celui à qui ils appartenaient.

"Il y a encore une chose..." commença Dumbledore.

Severus avait déjà un mauvais pressentiment.

"Je veux que tu trouves pourquoi Harry a commencé à se rapprocher autant de Draco Malfoy. Son soudain changement d'amis laisse beaucoup à désirer et je sens que cela cache quelque chose. Je suis certain qu'une fois qu'Harry aura régler ce problème alors il retournera avec joie vers ses vrais amis."

Il était plutôt évident que le vieil homme faisait référence à Granger et Weasley et pas seulement aux autres Gryffondors. Severus n'était pas sûr de ce que le Directeur cherchait à faire ici mais il était certain que ce n'était rien de bon. Il y avait une raison parfaitement logique expliquant pourquoi Harry avait quitté Granger et Weasley. De plus, il savait que Draco était ouvertement amical avec Harry à cause des ordres du Seigneur des Ténèbres. Il savait que rien de cela ne changerait de si tôt. Dumbledore devrait juste apprendre à l'accepter.

"Directeur, si vous croyez que je vais parler à Potter de ses... relations sentimentales, alors vous vous méprenez fortement. Je lui enseigne seulement les Potions. Je refuse d'accepter aussi le rôle de psychiatre." dit Severus avec son grognement habituel.

La réponse grommelée eu l'air de rendre ses esprits au vieil homme.

"Bien sûr Severus, peut-être que je peux le pousser à me parler de lui-même."

C'était une piètre excuse. Harry ne parlerait jamais à Dumbledore de tout cela, néanmoins Severus savait qu'il devait essayer quelque chose. Après tout, il perdait lentement un certain nombre de personnes de leur plein gré. Dumbledore ne pouvait probablement pas permettre à cela de se produire.

"Assurez-vous néanmoins que ces discussions n'interfèrent pas avec son travail scolaire, s'il-vous-plaît. Je ne permettrai pas à ce garçon d'aller vous parler si vous lui intimer de venir alors que je tente de lui apprendre quelque chose."

Severus savait qu'il exagérait peut-être. Personne ne donnait réellement d'ordres au Directeur. Néanmoins, c'était une nécessité. Il avait besoin de voir à quel point il pouvait poussé le vieil homme jusqu'à ce qu'il mette le holà. L'homme avait-il une limite à partir de laquelle il dirait simplement non ? Se sentait-il concerné ?

Dumbledore fronça les sourcils mais Severus avait le sentiment que ça n'irait nulle part. Non, il savait que le Directeur accepterait ne serait-ce que pour préserver la paix. Il n'y avait rien de plus important pour le Seigneur de la Lumière que préserver la paix entre les gens de sa propre congrégation cela et le fait de rester le chef et tout puissant aux yeux de chacun.

"Bien sûr, rien n'interrompra le temps que tu passes avec le jeune Harry. Il a besoin des Potions pour devenir Auror et avec ton aide, je suis certain qu'il pourra le faire." dit Dumbledore en souriant.

Gardant sa grimace cachée, Severus hocha calmement la tête avant de prendre congé. Dumbledore leur avait peut-être laissé le champ libre pour faire ce qu'ils souhaitaient en Potions mais ils seraient surveillés plus étroitement à partir de maintenant. Tout ce qu'ils feraient devraient être soigneusement gardé secret dans leur propre intérêt.

x-x-x-x-x

Le soleil était chaud sur son visage. Ils étaient sur les bords du lac et rien n'aurait pu être plus parfait. En fait, Harry était reconnaissant que ce soit un week-end. Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Bien sûr, il pourrait avoir été en train de faire ses devoirs comme un bon petit Serdaigle mais il avait laissé tomber. Qui gâcherait un si beau samedi à faire des devoirs ? Certainement pas Harry Potter.

Bien qu'il soit dans un paysage magnifique, la compagnie aurait pu être meilleure. Pas un Gryffondor ne s'approcherait de lui alors que Draco était assis à côté de lui. Honnêtement, ce n'était pas si mal. Draco était de bien meilleure compagnie que certains des idiots qui résidaient dans le château, cependant il aurait aimé passé ne serait-ce qu'une journée sans être harcelé par un Mangemort ou un Elémentaire ou quelqu'un associé au Seigneur des Ténèbres. C'était juste beaucoup trop à supporter.

Le fait qu'il serait bientôt forcé à une servitude fidèle n'était-il pas assez ? Nan, il avait besoin d'être entouré de personnes pour sa propre protection. Harry n'en croyait pas un mot. Le Seigneur des Ténèbres souhaitait juste s'assurer qu'il ne penserait jamais à fuir. Ce n'était pas comme s'il avait le choix. Néanmoins s'il devait choisir, alors Draco n'était pas si mal.

"Tu es terriblement détendu, Harry." remarqua Draco.

Harry fut tenté de simplement fredonner en accord et de permettre à Draco de continuer à divaguer comme il le faisait habituellement. Pourtant, il y avait quelque chose en lui qui voulait juste s'exprimer plus. Il aspirait à parler librement avec quelqu'un et excepté Luna ou Severus, Draco était la seule personne qu'il avait.

"Draco, je suis la Terre, c'est ici que je suis le plus en paix tout comme tu es le plus heureux quand tu voles sur ton balai ou les jours particulièrement venteux."

Lentement, ils commençaient à se comprendre. C'était lent mais c'était définitivement le cas. Il y avait des moments où ils retombaient dans leurs vieux travers et ne pouvaient tout simplement pas s'empêcher de se disputer. Ces moments étaient peu nombreux et éloignés cependant. Ils recollaient lentement les morceaux de leur relation aussi vite que sa relation avec Hermione et Ron s'était dégradée.

"En effet, bien que je ne comprends toujours pas pourquoi je ne peux pas te battre au Quidditch. Je pensais qu'être l'Élémentaire d'Air me donnerait un avantage mais cela ne m'aide pas du tout." Draco fit la moue.

Harry ricana. Leur dernier match avait été épique d'après tout le monde. Il avait duré six heures. Aucun n'avait jamais duré aussi longtemps à Poudlard et il avait été rempli de hauts et de bas pour les deux côtés.

"Draco, tu étais plus concentré sur l'air que sur le Vif d'Or et ensuite, quand nous avons repéré le Vif, tu as déplacé les courants d'air pour que nous ne puissions l'atteindre ni l'un ni l'autre."

Draco refusa de rougir bien qu'il y ait de la vérité derrière ces paroles. Il avait juste voulu passé le plus de temps possible en l'air avec Harry. Il avait accueilli ce désir mais Harry avait quand même gagné le match au final. Draco ne pouvait tout simplement pas se concentrer correctement en vol.

"Au moins, je ne m'obstine pas à soigner les plantes en Potions."

Harry se tourna et lui fit les gros yeux d'un air taquin. Il détestait quand cela arrivait. Maintenant, il devait laisser la majorité du travail à Draco à cause de cela. La Botanique était un cours où il ne serait cependant jamais recalé, quelque chose dont il était absolument enchanté. Étonnamment, de nombreuses portes s'ouvraient à lui s'il continuait la Botanique. Ce n'était pas une matière qu'il était prêt à abandonner maintenant.

Pourtant, même ainsi c'était un problème. Son pouvoir était si grand que même avec son léger contrôle, l'herbe entourant Poudlard était plus verte. Chaque plante aux alentours était d'un vert brillant et resplendissant de santé. Les Êtres de l'eau dans le lac en étaient très reconnaissants car leurs algues avaient commencé à mourir. Néanmoins, depuis la quatrième année, leurs remerciements importaient peu à Harry. La cicatrice en demeurait toujours un témoignage flagrant.

"Je pense que c'est un miracle que le Professeur Snape ne m'ait pas encore complètement sauté au visage."

Draco ricana dans sa main lorsqu'Harry dit cela. Il avait été plutôt difficile d'empêcher Severus de lui sauter au visage. Ils savaient tous deux que c'était inévitable mais cela laissait peu à faire à Harry. Draco faisait la majorité du travail. Harry se contentait de remuer. Néanmoins, cela leur faisait d'excellentes notes au final donc aucun d'eux ne se plaignait.

"En parlant de professeurs, j'ai entendu dire que Dumbledore t'a forcé à discuter avec lui l'autre jour."

Harry tiqua. Cela n'avait pas été une conversation agréable. L'homme avait tenté d'être rusé mais Harry avait su que quelque chose allait arriver quand il avait eu ses leçons avec Severus. Honnêtement, il n'y avait rien qui piégerait Harry. Ils avaient discuté de tout et Harry avait immédiatement su que Dumbledore avait discuté avec Granger et Weasley. C'était frustrant mais il n'y avait rien qu'il pouvait y faire. Il devait simplement vivre en sachant qu'ils n'écouteraient personne d'autre que Dumbledore.

D'ailleurs, il avait Draco et de nombreuses personnes maintenant. Des traîtres ne méritaient pas qu'on pense à eux, notamment ces deux-là. Harry ne serait même pas capable de s'inquiéter pour eux pour le moment. Il avait d'autres choses sur le feu.

"C'est le cas mais les questions qu'il posait n'étaient pas de celles auxquelles je pouvais répondre." répondit Harry.

Draco lança un regard curieux à Harry. Il n'y avait pas beaucoup de sujets dont on pouvait parler avec le Directeur. Harry, sentant que Draco allait être un peu imbécile à ce sujet, s'expliqua plus avant.

"Il s'est enquis de la raison qui m'a poussé à décider de passer du temps avec d'autres personnes que mes 'amis', plus précisément toi."

Un grognement fut sa seule réponse. C'était plutôt ridicule. Le vieil homme l'interrogeait sur un changement d'amis. Il n'avait réellement aucune vue d'ensemble des événements et cela ne signifiait que de bonnes choses pour le Seigneur des Ténèbres.

"Tout le monde dit qu'il est merveilleux car il a vaincu Grindelwald mais je n'en vois pas vraiment la preuve." commenta Harry.

"Ça n'a rien d'extraordinaire." répondit Draco. "Il a simplement désarmé l'homme. Il n'y a pas eu de grande défaite comme souvent publié. Après cela, Dumbledore l'a fait expédié à Numergard et personne n'en a parlé depuis."

Harry pouvait seulement le fixer avec incrédulité. Le grand Albus Dumbledore avait seulement désarmé le précédent Seigneur des Ténèbres ? C'était hilarant.

"Qui sait cela ?"

"Seuls les personnes qui étaient là à l'époque en ont connaissance. On les a obligé à prêter serment de ne jamais en reparler, néanmoins l'un d'eux l'a écrit sur son lit de mort pour que son fils le lise. Cela a lentement circulé parmi les membres des Ténèbres. Quiconque ne se rangeant pas du côté des Ténèbres n'en saura jamais rien même en étant seulement neutre."

Cela expliquerait tellement de choses qu'Harry n'avait pas encore comprises. La Lumière était extrêmement partiale. De cela, il en était certain. Ils n'appréciaient pas que d'autres personnes croient quelque chose qu'ils n'approuvaient pas. Tout comme les Boucliers de Sang autour de sa 'maison'. La seule raison pour laquelle ils leur permettaient de rester était que sa mère, une sorcière lumineuse, avait lancé le sort pour le défendre.

"Draco, je-"

"Harry !"

Le nom les fit tous deux grimacer. Il avait été prononcé d'un ton irritant qui ne leur laissait aucune chance de l'ignorer. L'exigence contenue à l'intérieur était vraiment écrasante bien que cela ne signifie rien pour eux. Ils n'avaient qu'un maître et ce n'était certainement pas Hermione Granger ou Ronald Weasley.

"Hé mon pote ! J'ai vu que tu avais signé pour rentrer chez toi. Je n'avais pas réalisé que Dumbledore t'avait autorisé à aller... tu sais..."

C'était dit avec le regard noir habituel vers Draco. Ils ne pouvaient évidemment pas parler de l'Ordre avec un Mangemort éventuel en leur sein. Ils étaient loin de réaliser qu'ils lui accordaient seulement des aperçus de leurs réunions avec Dumbledore. Éventuellement, il pourrait utiliser cela contre eux.

"Dumbledore ne m'a autorisé à aller nulle part. C'est à moi de choisir où je vais passer mes vacances." rétorqua Harry.

Il n'allait pas en dire plus. Ils n'avaient pas le droit de savoir.

Malheureusement, Granger et Weasley s'obstinèrent.

"Mais je pensais... où vas-tu passer tes vacances alors ?" s'enquit Granger.

"Avec des amis," grogna Draco.

Harry permit à Draco de le rapprocher de lui. Il savait parfaitement que bien que les autres Gryffondors autour d'Harry ne dérangeaient pas Draco, ces deux-là au contraire étaient menaçants pour lui. Pourquoi c'était le cas, Harry ne pouvait pas tout à fait le comprendre mais il n'allait pas contrarier Draco. C'étaient eux qui n'étaient plus les bienvenus dans sa vie.

Granger et Weasley ne pouvaient clairement pas trouver instantanément de qui il s'agissait. Harry estimait que c'était évident compte tenu du fait que Draco était celui qui répondait. Ils ne pouvaient cependant pas le comprendre, quelque chose dont Harry était éternellement reconnaissant.

"Mais tu ne les passes pas avec nous..." Weasley avait toujours été lent d'esprit.

"Non Weasley, je ne passe pas mes vacances avec vous. Je serai avec des amis sur lesquels je peux vraiment compter."

C'était un coup bas mais il sembla les amener à comprendre. Il n'allait passer ses vacances nulle part à proximité de la couvée Weasley, Grimmaurd Place ou des Dursley.

"D'accord mon pote, on va juste partir alors..."

Il leur fallut un temps fou pour lentement s'éloigner. Harry pensa qu'ils tentaient de surprendre quelque chose de leur conversation et espéra seulement qu'ils avaient été trop loin pour entendre quoi que ce soit à propos de Dumbledore de leur précédente conversation.

"Et bien, cela s'est plutôt bien déroulé." commenta Draco quand ils furent hors de portée de voix.

"Seulement pour l'instant, éventuellement ils comprendront et la Lumière foncera alors sur nous."

"Oh, je ne le crois pas. Nous avons Père pour nous protéger à l'intérieur du château et le Seigneur des Ténèbres pour nous en protéger à l'extérieur. Il n'y aura aucune raison de s'inquiéter une fois que tu nous auras rejoints officiellement. Tout sera parfait."

Harry n'en était pas entièrement certain. Tout au contraire, il avait le sentiment que les complications allaient être multipliées par cent.

x-x-x-x-x

Harry redoutait très honnêtement cette journée. Aucune de ses préparations avec Severus ne pouvait calmer son stress même pas la respiration profonde. Il connaissait parfaitement le plan. Ils l'avaient fréquemment passé en revue pour être sûrs que même Harry, aussi tête en l'air qu'il soit, ne pouvait pas le mettre en l'air. Ce n'était cependant pas ce qui le terrifiait. S'il y avait une chose qui le terrifiait, c'était la pensée de faire face au Seigneur des Ténèbres et d'abandonner tout ce qu'on l'avait élevé à croire.

Tout le monde l'avait placé sur un piédestal depuis sa défaite du Seigneur des Ténèbres. Ils croyaient tous qu'il était celui qui allait le vaincre une fois de plus ou du moins ceux qui avaient connaissance de son retour. Bien entendu, Dumbledore n'était d'aucune aide, tout au contraire, il poussait juste Harry encore plus loin dans sa condition de héro. Ce petit fantasme de la Lumière ne se réaliserait jamais maintenant et il devrait les regarder tous s'effondrer face aux Ténèbres.

"Es-tu prêt à partir, Harry ?" demanda Draco en attrapant sa manche.

Harry prit une profonde inspiration et hocha la tête tandis que Draco commençait à le tirer vers Lucius. Ils venaient de regarder le Poudlard Express quitter la gare avec de nombreux élèves à son bord. Granger et Weasley l'avaient regardé avec des yeux avides pour essayer de déterminer avec qui il allait. Une fois qu'ils avaient réalisé que Draco était cette personne, ils ne pouvaient plus protester puisque le train commença à bouger. Lorsqu'ils communiqueraient leurs observations à l'Ordre, il serait isolé au Manoir Malfoy.

Tandis qu'ils approchaient, Harry pouvait sentir plutôt que voir le petit sourire satisfait face à son inconfort. Il appréciait la compagnie de Draco mais il se sentait mal à l'aise quand Draco s'agrippait à lui. Durant les quelques semaines où Draco avait été à ses côtés, c'était devenu presque une seconde nature pour l'Elémentaire d'Air de s'agripper à lui.

Ces occasions n'avaient pas été un problème jusqu'à ce que Draco le traîne littéralement jusqu'à la table des Serpentards un matin. Toute la salle était devenue silencieuse. Draco avait été trop concentré sur Harry pour se préoccuper de qui que ce soit d'autre et Harry avait été trop occupé à disparaître dans un trou de souris pour se rendre compte des regards furieux dont ils étaient les destinataires. Lorsque Draco fit cela chaque jour après l'incident uniquement pour le garder près de lui, les Serpentards l'acceptèrent naturellement en leur sein, bien sûr le fait que Draco se moque de l'opinion de quiconque et que les Serpentards soient terrifiés de se le mettre à dos aidait beaucoup.

"Êtes-vous prêts à partir M. Potter ?" demanda Lucius, tirant Harry de ses pensées.

Harry acquiesça avec raideur avant de permettre à Draco de l'attirer vers Pré-au-Lard. Ils allaient emprunter le réseau des cheminées depuis les Trois-Balais jusqu'au Manoir Malfoy afin qu'il puisse s'installer. Harry savait néanmoins que les probabilités pour qu'il demeure au Manoir Malfoy pendant la totalité des vacances étaient proches de zéro. Le Seigneur des Ténèbres ne le permettrait pas. Pas depuis qu'il avait été découvert.

"Prends une profonde inspiration, Harry." lui instruisit Draco tandis qu'ils se dirigeaient droit vers le réseau de poudre de Cheminette.

Harry, sachant qu'il serait également mieux de fermer les yeux pour éviter le tournis, le fit. Draco ne l'emmenait que parce que seuls ceux de sang Malfoy et leurs épouses pouvaient aisément entrer ou sortir du Manoir à n'importe quel instant. Cela voulait dire qu'il n'y avait aucune échappatoire pour lui sans un peu de sorcellerie. Néanmoins, Harry doutait qu'il serait capable de s'en tirer même s'il le voulait.

Draco s'assura qu'Harry ne trébuche pas tandis qu'ils sortaient de la cheminée.

"Et maintenant ?" interrogea Harry tandis que Lucius quittait la cheminée derrière eux.

"Que voulez-vous dire M. Potter ?" demanda Lucius alors qu'il appelait un elfe de maison pour emporter leurs affaires.

Ils avaient tout rétréci mais cela ne voulait pas dire qu'un Malfoy allait volontairement garder ses bagages avec lui. Si cela pouvait être fait par un elfe de maison, un Malfoy refusait de le faire.

"Quand allez-vous me livrer au Seigneur des Ténèbres ?" demanda Harry brutalement.

"M. Potter, qu'est-ce qui vous a donné l'impression que nous allions vous livrer directement au Seigneur des Ténèbres quand nous arriverions au manoir ?"

Harry lança simplement un regard perçant qui expliquait tout à Lucius. Évidemment que c'était ce à quoi il s'attendait ! Il n'aurait vraiment pas pu penser autre chose en présence de Mangemorts – Severus excepté bien sûr. La bande de partisans haineux du Seigneur des Ténèbres avaient tendance à le désirer mort ou kidnappé pour l'amener devant leur maître. C'était un cas simple. Autrement ils ne l'importunaient pas vraiment.

"Ne vous inquiétez pas M. Potter, vous verrez votre maître à Noël et demeurerez avec lui pendant cinq jours. Avant cela cependant, vous aurez le privilège de notre splendide compagnie. Maintenant, je vais laisser Draco vous faire visiter notre maison."

Harry soupira à l'air jubilatoire qui traversa le visage de Draco. Les vacances allaient être longues.

x-x-x-x-x

Luna se fredonnait à elle-même alors qu'elle vagabondait dans la neige à l'extérieur de sa maison. Il faisait plutôt froid mais cela lui importait peu. Elle se sentait vivante dans des situations que d'autres trouveraient insupportables. Néanmoins, il y avait une situation qu'elle n'avait pas encore tout à fait acceptée.

Sans la regarder, elle permit à ses doigts de frôler la Bande celtique sur son poignet gauche. De toute sa vie, elle avait toujours su qu'elle se rapprocherait d'Harry Potter. Comment, elle ne l'avait pas bien compris mais elle avait su que leur amitié commencerait.

Les toutes premières années avaient été difficiles. Luna avait été l'exclue de Serdaigle à cause de ces croyances et de sa vision du monde. Sa seule amie avait été Ginny Weasley et cela avait été un point de départ dans la direction qu'elle souhaitait emprunter. Ron Weasley était le frère aîné de Ginny et le meilleur ami d'Harry Potter. Très honnêtement, elle n'était pas entièrement sûre des raisons qui avaient poussé Ginny à devenir amie avec elle mais elle n'arrivait pas à s'en soucier.

Bien sûr, tout avait changé l'été dernier lorsque la bande était apparue. Sachant ce que c'était et faire quelque chose à ce sujet étaient deux choses entièrement différentes. Éventuellement, elle avait conçu un plan qui la mènerait dans la direction qu'elle voulait emprunter. En tant qu'Élémentaire d'Eau et Voyante, elle pouvait manipuler le temps à son avantage et tout convergeait à présent.

Harry était son ami. Ils allaient être reconnus et faire partie de quelque chose de plus grand, bien qu'ils soient toujours réticents. Leur place dans cette guerre avait déjà été décidée. Ils n'avaient aucun choix à part la façon dont ils géraient tout ce qu'on leur faisait subir. D'ici la rentrée, la roue aurait tourné.