Rencontre macabre

Partie 1 : fêtons le client

Enfin un client content et satisfait des services de City hunter. Kaori était tellement contente qu'elle avait poussé son heureuse folie dans un magasin de vêtements féminins où elle s'était offerte une de ces tenues que Ryô admirait sur les jeunes femmes… une petite robe à bretelles, à la gorge dégagée et dont la longueur révélait sans difficulté des jambes au galbe parfait. « Ce n'est pas pour lui ! » tenta-t-elle de se persuader en bougonnant encore une fois après son partenaire qui persistait à la traiter en garçon manqué, et à refuser de voir les courbes féminines qui ne manquaient pas d'embellir son corps. « Je l'ai achetée pour moi ! D'ailleurs j'ai une idée, je vais proposer à Miki de sortir avec moi dans une des boîtes du quartier, je suis certaine que ça l'amusera… c'est décidé ! ». Contente de sa réflexion à voix haute qui semblait interpeller les passants, Kaori bifurqua quelques rues plus tard pour arriver devant le café de son amie.

Le Cat's Eyes vivait au rythme lent des quelques allées et venues des maigres clients. Seuls quelques rares habitués ou quelques voyageurs égarés arrivaient à s'asseoir à une des tables de l'établissement. Plusieurs raisons à cela. Les cris et les bagarres animaient de temps en temps le lieu, abstraction faite des quelques moments où des balles parsemaient les vitres blindées du café d'impacts fracassants. Quand il n'était pas question de règlement de compte, il y avait un énergumène qui ne laissait aucun répit aux jeunes femmes, belles de surcroît, qui avaient la folle idée de se rafraîchir dans cet étrange endroit. Enfin, et c'était la plus fréquente cause de désertion des clients, le tenancier de ce lieu, compagnon d'une jeune et charmante demoiselle, était un géant au regard que l'on ne pouvait deviner que derrière ses larges lunettes noires et au sourire aussi rare que la neige en été.

Gling….

Umibozu n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui venait d'entrer au Cat's Eye, les pas de la visiteuse étaient lents, preuve d'un calme passager, les bruits étaient étouffés par la semelle de ses escarpins tandis que sa respiration ne montrait ni crainte, ni menace.

« Bonjour, Kaori » commença-t-il.

« Bonjour, Umibozu » Elle regarda autour d'elle pour voir si d'autres clients étaient présents ce jour là. « Ryô n'est pas encore arrivé ? » Son partenaire appréciait le café de fin de matinée et surtout la présence de Miki qui lui permettait de réveiller ses instincts les plus bas dans de désespérantes tentatives de séduction.

« Il est de l'autre côté » le géant lui indiqua une banquette sur laquelle Kaori retrouva son partenaire.

« Bonjour Ryô » le salua-t-elle amusée.

« ddeercchhhhmmooiiii ! »

Chaque fois cela finissait de la même manière, la variante était par quel moyen Ryô terminait son cirque. Cette fois-ci, Umibozu s'était contenté de le ligoter sur un des tabourets du bar, tel le cochon prêt à faire rôtir, et l'avait bâillonné avec une serviette de table et le ruban collant qui parcourait à présent tout le corps du nettoyeur.

« Il est là depuis longtemps ? » demanda la jeune femme en abandonnant ainsi son coéquipier pour aller s'asseoir au bar et déguster le café chaud.

« Il est arrivé il y a une heure. »

« Et tu l'as ficelé comme ça depuis combien de temps ? »

« Il a commencé à ennuyer Miki en arrivant… » Dit-il simplement.

Kaori n'avait pas besoin d'en savoir plus pour comprendre que Ryô avait du commencer à essayer de la tripoter et Umibozu avait immédiatement pris les mesures qui s'imposaient. Et maintenant celui qui se définissait comme l'Etalon de Shinjuku gisait tel le ver de terre moyen sur un des sièges de l'établissement.

« En parlant de Miki, elle n'est pas là ? »

« Elle va revenir d'ici peu, tu avais besoin de la voir ? »

« Je voulais l'inviter à sortir ce soir… une nouvelle boîte s'est ouverte dans une des rues voisines, j'avais envie d'aller y faire un tour avec elle. »

« Je la préviendrai, elle t'appellera sans doute. »

« Merci. Je vais rentrer dans ce cas. »

« Qu'est-ce que je fais de lui ? » Il désignait une nouvelle fois, le saucisson humain qui devait être son partenaire.

« Je peux te le confier encore un peu ? » demanda-t-elle un sourire aux lèvres.

« Si tu veux… il ne me dérange pas »

« Dans ce cas, je te le laisse encore un moment et j'attends le coup de fil de Miki. Au revoir Umibozu. »

« » entendit-elle en partant.

« Amuses-toi bien Ryô »

...

Le corps se réveilla avec une étrange impression. Etait-ce la bouche pâteuse d'avoir trop ingurgité l'alcool du cabaret ou était-ce simplement son bas-ventre qui quémandait une fois encore un soulagement qui n'avait pas abouti la veille; mais Ryô se leva d'un bloc. D'un rapide coup d'oeil au réveil, il constata que trois heures du matin allaient bientôt sonner et qu'il n'avait toujours pas entendu la porte de l'appartement accueillir sa partenaire. Ce n'était pas dans les habitudes de Kaori de sortir dans les bars, exceptionnellement avec Miki, mais qu'elle fasse nuit blanche était encore plus improbable. « Et si elle avait décidé de passer la nuit avec un homme? » Si le cerveau de Ryô tentait par son auto persuasion de repousser l'idée, son coeur, lui, n'en supportait même pas la suggestion. « Puisque ma nuit est foutue... » Le nettoyeur repoussa sans panache le drap, enfila un caleçon avant de prendre la direction de la salle de bain pour se préparer. Partir à la recherche de la jeune femme était préférable à l'attendre en feignant le sommeil.

En bon enquêteur qu'il était, Ryô commença par se rendre au Cat's Eyes. Si Miki n'était pas rentrée également, il n'y avait que peu de soucis à se faire. Il était hors de question pour l'homme d'être soupçonné ne serait-ce qu'un instant de s'inquiéter de l'absence de sa partenaire. Cela impliquerait forcément de la part de ses amis des questions qu'il s'efforçait d'éviter à tout prix.

C'était donc sans gêne aucune que l'étalon de Shinjuku commença à escalader la façade arrière du café pour tenter d'apercevoir les occupants. Il était sur le point d'atteindre la fenêtre de la chambre à coucher quand un tube sombre de plusieurs centimètres de diamètre accueilli son nez. Avec son sourire des plus séducteurs, Ryô tenta d'intimider le bazooka et surtout le géant qui se trouvait à son extrémité.

« Mais tu es fou! Ne me dis pas que tu dors avec! » Hurla immédiatement l'intrus en s'accrochant désespérément au mur.

« Tu as cinq secondes pour me dire ce que tu fais chez moi. » menaça Umibozu.

« Je cherche Miki »

S'il y avait bien une excuse à ne pas donner à un nettoyeur d'une tonne armé d'une des plus grandes armes de destruction, c'était sans doute celle-là. Cela se confirma par le déclic alertant que la sécurité du bazooka venait d'être ôtée.

« Non, non arrête! Ce n'est pas pour ça! Kaori n'est pas rentrée et... »

« Elle n'est toujours pas rentrée? » Miki venait de faire son apparition, telle l'ange sauveur... en nuisette plus que saillante.

« Jolieeeeeeeeeeeeeeeee » ne put retenir l'obsédé suspendu dans le vide, le visage déformé par son rictus bavant.

Si pour Umibozu la solution du bazooka était radicale, celle de Miki n'en était pas moins douloureuse. La fenêtre se referma dans un claquement sur ses doigts.

« aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa »

La fenêtre se rouvrit pour que la jeune femme vienne en savoir un peu plus sur la visite nocturne de leur ami. Aussitôt Ryô sauta sur le rebord et s'incrusta dans la chambre, son visage retrouvant le sérieux qui sommeillait profondément, très profondément en lui.

« Où est-elle? »

« On s'est quittées vers minuit et demi. Ensuite je suis rentrée directement à la maison. Kaori m'a dit qu'elle en faisait autant. » S'inquiéta soudain Miki.

« Est-il possible qu'un homme... » Osa-t-il finalement.

Umibozu observait en retrait son ennemi passé, il savait combien se lier à une femme était impossible pour eux, pourtant...

« Tu sais très bien qu'elle n'est pas comme ça! »

L'atmosphère devint soudain tendue. Kaori avait disparu.