Partie 2: à la recherche de la massue

[Merci à Chanlyr pour sa relecture et ses talents de ponctuation ^_^]

Ryô dut se rendre à l'évidence, Kaori avait été vue par Miki pour la dernière fois devant le cabaret où elles avaient toutes les deux passé la soirée. Il était à présent quatre heures et quart du matin et des appels répétés à l'appartement confirmaient ses craintes : la jeune femme ne donnait aucun signe de vie.

Suivant les indications de la jeune femme, le nettoyeur longea discrètement les rues dans l'ambiance obscure qui animait à présent le quartier de Shinjuku. Les bruits qui égayaient les quelques patés de maison s'étaient progressivement calmés pour ne laisser la place qu'à quelques poivrots titubant ou dormant dans les caniveaux et quelques personnes qui tentaient de mettre de l'ordre dans leurs affaires. Pour les autres, il était essentiellement question de terminer la nuit, du moins les quelques heures qu'ils avaient devant eux, glisser dans leur lit pour un sommeil sans rêve.

Si quelqu'un voulait s'en prendre à City Hunter, Ryô savait que le plus sûr moyen était de viser en premier lieu sa partenaire. Il râla pour la énième fois contre cette femme au tempérament tempétueux, à la massue volante et surtout au corps de flammes. Combien de fois avait-il cherché à se débarrasser d'elle, trop proche du danger, tandis qu'elle persistait à le suivre, inlassablement.

Il fit craquer ses doigts pour leur insuffler une souplesse qu'ils avaient déjà et s'approcha à découvert de la porte de service du nouvel établissement. Dans la rue sombre, des bruits de pas, de métal et des voix lui confirmèrent que quelque chose se tramait ici.

« Vous avez entendu ? »

« Ce doit être un chien errant. »

« Je préfère aller voir. » L'homme, couteau à la main, s'avança d'un pas, puis de deux. Une manchette à la nuque le dispensa d'en faire davantage.

« Hey t'es où ? »

« Il se repose. » signifia Ryô.

« Qu'est-ce que… »

Mais les quatre hommes armés n'eurent que le temps de compter leurs os blessés. Le nettoyeur, plus rapide et efficace que n'importe lequel d'entre eux, les avait déjà mis à terre. Mais il se garda le dernier pour quelques questions.

« Et t'es qui toi ? »

Le canon d'un Magnum 357 vint lui caresser la mâchoire, l'obligeant à rester sagement fixé contre le mur.

« Ah Saeba c'est toi, j'ai cru que… »

« Mais qui voilà… ce cher rat d'égouts. Qu'est-ce que tu manigances ici ? »

« Rien… Rien… je… »

« Allons, tu ne voudrais pas que mon ami ici présent te troue ta sale face de rat ! » Le métal froid s'enfonça davantage dans le mandibule de l'homme de main. Ce salaud n'avait pas assez de carrure pour travailler à son compte ; ce n'était qu'un sous-fifre. « Pour qui travailles-tu ? Qui tient cet endroit ? »

« Je…je … peux pas répondre… »

« Vraiment ? » Ryô arma le chien de son Magnum pour se montrer plus persuasif. « Et là tu peux ? »

« Si …si je parle, ils vont me tuer ! »

« Et si tu ne dis rien, c'est moi qui te bute. Qu'est-ce que tu préfères ? »

« On l'appelle Le Boss… c'est tout ce que je sais ! »

« Il est du quartier ? »

« Non, il vient d'Europe je crois ! »

« Europe ? Que fait-il au Japon ? » Le nettoyeur glissa son arme jusqu'à la tempe gauche de son prisonnier.

« J'en sais rien Saeba… je t'ai tout dit ! » Un léger bruit donna raison aux dires de l'homme qui, par peur, se soulagea involontairement. Amusé, Ryô retira son magnum et le rangea dans son holster.

« Si je te revois dans le quartier, je te tue. »

Ni une, ni deux, le sbire prit ses jambes à son cou et disparut sans demander son reste. A présent que la voie était libre, Ryô entra tranquillement par l'entrée de service. A en croire la musique, la fête battait encore son plein. L'alcool et les filles semblaient couler à flot malgré l'avancement tardif de la fête.

« Salut mon beau » commença une des serveuses, le bustier plongeant et le mini-short semblant être la tenue de rigueur pour les demoiselles de l'établissement. « Je te sers quelque chose ? »

« OHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH » commença l'étalon en se jetant immédiatement sur la jeune femme pour tâter de plus près ses arguments.

« Hey… doucement mon joli » rétorqua-t-elle en le gratifiant d'une superbe embrassade avec son plateau. « Je suis en service…. Mais d'ici une heure, je pourrais te prendre corps et âme si tu es toujours d'accord. »

« Pour ça » il renouvela un autre assaut, histoire de goûter au fruit du péché. Cette fois-ci, les talons vertigineux de la demoiselle eurent raison de lui.

« Soyez mignon… attendez-moi dans le coin, le temps que je termine… ensuite nous nous régalerons. »

Il abandonna docilement la serveuse et engloba la gigantesque salle. Avec attention, il remarqua que certaines parties étaient isolées, voire closes derrière des vitres opaques et sombres. Il voulait aller y jeter un coup d'?il quand un picotement sur la nuque l'alerta. Il eut la désagréable impression que quelqu'un l'observait. Il se retourna négligemment pour repérer l'homme mais son regard ne croisa que le velours écarlate d'un large fauteuil vide. Ses sens le trompaient-ils?

Faire diversion était devenu sa spécialité depuis ces dernières années, un expert pouvait-on dire aussi quand il s'approcha du groupe de danseurs, ses mains expérimentées explorèrent gaiement les jolies et fermes paires de fesses féminines qui passaient à leur portée.

« Oh ! »

« Ah ! »

« Mais qu'est-ce que… ! »

Mission accomplie. Tout le beau monde gesticulait dans tous les sens, les jeunes femmes désorganisant à souhait le rythme musical à coup de mouvements de bassin pour tenter d'échapper à la main baladeuse de Ryô. Jugeant que le remue-ménage était suffisant, l'obsédé de Shinjuku s'éclipsa de la piste de danse pour se glisser en retrait. Kaori n'était pas parmi les invités présents. Il en était certain maintenant : sa massue de 100 tonnes n'avait pas montré le bout de son manche malgré tous ses efforts.

Une nouvelle fois, le nettoyeur sentit cette attention sur lui. Une nouvelle fois, le néant avait laissé la place à la présence. Quelqu'un le suivait ! Sur le qui vive, Ryô se glissa à travers la foule redevenue calme. A pas volontairement lents, il passa entre les convives qui se restauraient à leur table. La présence l'observait. Il se dirigea tranquillement vers la sortie de secours, sentant toujours le regard posé sur lui.

Le reste se passa en un éclair. Les deux hommes se touchèrent. Les mots étaient inutiles. Seuls les gestes comptaient. Ce qui ne pouvait paraître au départ comme une simple altercation d'hommes saouls n'était en faite qu'une succession d'échanges, d'esquives, de déplacements. Après quelques instants de cette étrange danse, Ryô se retrouva le visage plaqué au mur, le bras droit douloureusement replié sur son omoplate, immobilisé. L'homme était fort, très fort.

« Partez et ne revenez plus » menaça l'inconnu.

Mais Saeba ne s'avoua pas vaincu pour autant, loin de là. Il était question de sa vie, certes, mais il s'agissait avant tout de Kaori. Il se dégagea suffisamment pour glisser sa main gauche sur la gâchette de son arme et tirer. Le Magnum dégagea une intense chaleur sous son épaule tandis que la balle traversa le cuir de l'étui et sa veste pour atteindre son adversaire en plein torse.