Bonjour tout le monde !

Je suis contente que le soleil soit au rendez-vous pour la fin de cette histoire. Pendant presque trois semaines j'ai tourné, viré pour trouver un truc de plus à raconter mais les faits étaient là : cette histoire est bien terminée.

Finalement, c'est hier soir, en une heure à peine, que cette conclusion s'est imposée à moi. Parce que nous avons lu tout ça de l'extérieur, mais que nous étions sans doute déjà impliqués. J'espère avoir fait en sorte que cet épilogue soit sympa, pas "classique" (même si c'est terriblement banal).

Je tiens à vous remercier du fond du coeur pour un tas de choses : votre patience, votre dévouement, vos critiques parfois cachées, parfois assumées. Merci à celles qui ont pris le temps de m'aider à avancer dans ma propre histoire, qui ont su se faire patientes, ouvertes au débât. Merci à celles qui ont lu, sans se manifester. J'ai aussi écrit pour vous. Merci à celles qui ont commenté avec passion, s'arrachant les cheveux. Vous êtes ma motivation première.

Merci enfin pour votre tolérance, votre incroyable élan de soutien et tous vos messages, entre autre suite au décès de mon grand-père. Quand j'ai lu tous vos messages, j'ai su que tout irait bien. Pour ça, merci.

Je m'excuse pour la dernière fois ici du délai entre deux chapitres. Mes raisons sont certainement pas "valables" pour certaines d'entre vous, mais sachez juste que je me suis enfin décidée de commencer à vivre, tout simplement :)

Je remercie Garance, pour sa correction.

Je vous embrasse, prenez soin de vous.

Et soyez heureux(-ses).

..::..

~ EPILOGUE : Vu de l'extérieur ~

Bella.

- Evan... EVAN !

Mon fils retira immédiatement son doigt du glaçage du gâteau devant nous. Bon sang ! Pourquoi mon fils a l'appétit de son père ?

- Mais Maman ! Papa y a manyé le gâteau !

- Tout ce que fait ton père n'est pas un exemple ! Grondai-je, sachant que c'était en vain.

Face à nous, Emmett s'était mis à rire, tentant très mal de dissimuler son amusement ce qu'Evan avait bien sûr remarqué. Et ce qui lui avait donné des ailes.

Pas un pour rattraper l'autre !

J'attrapai ma serviette en papier et lui essuyai le bout du doigt marqué de chocolat. Il avait cru bon de goûter le gâteau avant que tout le monde ne soit à table. Parce qu'évidemment, Emmett l'avait fait avant, fort peu discrètement. Comment vais-je éduquer cet enfant si le père est à moitié aussi mal élevé ?

Je vais avoir des cheveux blancs avant trente ans, c'est une certitude !

Rosalie fit sa réapparition, le sourire aux lèvres. Son ventre était désormais clairement bien apparent, et elle ne faisait rien pour le dissimuler, l'affichant par des tee-shirts moulants. Elle rayonnait comme jamais je ne l'avais vu encore, et semblait mille fois plus belle qu'à l'accoutumée. Alors que moi, quand j'étais enceinte, je ressemblai à une pomme de terre en crise de cellulite !

Rose était devenue ce parfait mannequin magnifique de couverture de magasine, pas épuisée par sa grossesse pour deux sous, épanouie, sublime. Merde. Cette fille n'est définitivement pas de mon monde fait de vergetures, d'hormones déboussolées et de crises de larmes à toute heure du jour et de la nuit. Il n'y a pas de justice !

Edward fit également son retour, raccrochant sa conversation téléphonique. Il était en pleine formation et nous lui avions rendu une petite visite pour ce week-end. Emmett et Rosalie nous avaient invité à dîner, Evan pouvant ainsi profiter de son papa un peu plus longtemps.

- Maman ! Maman !

- Oui ?

- Est-ce que on peut manyé le gâteau maintenant ?

Mes yeux se levèrent automatiquement au ciel. Seigneur, une solution !

- Non, tu patientes s'il te plaît !

Edward se rassit à ma gauche, souriant, serein, sa chemise blanche sortie de son jeans noir le rendant encore plus séduisant que d'habitude. Lui aussi devrait être interdit. Il est en pleine forme, il est beau. Il est fatigué, il est beau. Il est heureux, il est beau. Il est en colère, il est beau.

In-ter-dit !

Il passa sa main sur mes épaules en souriant.

- C'était Papa...

- Comment va-t-il ?

- Bien, il voulait des nouvelles à propos de l'audition d'hier...

Edward avait passé une première accréditation pour devenir professeur, et nous attendions les résultats dans le courant de la semaine. Selon lui, tout s'était très bien déroulé et les paroles du jury avaient été plus qu'encourageantes mais il y avait toujours, et c'était bien naturel, la pression de l'examen. La peur d'échouer. Cette peur qui le caractérise tant.

Je tapotai sa cuisse.

- Je sais que ça sera positif...

Il me sourit, et passa ses doigts contre ma nuque.

- J'espère, sinon tu vas souffrir !

Emmett éclata de rire et Evan se tourna vers nous.

- Pourquoi tu vas souffrir ?

- Non, c'est une bêtise d'adultes, Evan !

- Oh... Est-ce que parrain y va y aller au coin alors ?

Edward se mit à rire.

- J'adore ce gosse...

Evan, fier de sa répartie, se tourna vers Rosalie.

- Tatie ?

- Oui mon chou ?

- Y peut manyé le gâteau s'il te plaît ?

- Bien sûr mon grand ! Tiens... Attends, enlève ta main, je ne veux pas te couper le doigt !

Evan attendit sagement sa part, assis à ma droite, et quand Rose l'eut servi, je lui découpai son dessert avec la cuillère. Il dévora le biscuit, sagement.

- Au fait alors, pourquoi est-on réuni ce soir ?

Rosalie servit nos parts et s'assit à côté d'Emmett.

- On leur dit ?

- Allez...

- Evan ?

- Ouich ?

Il daigna reporter son attention sur nous.

- Tu te souviens la semaine dernière tu m'as demandé si tu allais avoir un petit frère ?

Mon fils opina.

- Et bien il faudra que tu apprennes à ton petit frère à jouer aux voitures... C'est un garçon que tatie et Papa vont avoir !

Un garçon ? Mais c'est génial !

- Mais c'est super ! Félicitations Rose !

Je me levai pour l'enlacer.

- Un garçon ! Tu vas voir, tu vas adorer !

- Merci Bella...

Alors certes, vu de l'extérieur notre relation pouvait paraître bizarre. Mais de l'eau avait coulé sous les ponts, et j'avais grandi. Mûri. Et elle s'occupait d'Evan comme s'il était son fils. Alors oui, c'est bizarre. Vu de l'extérieur, ça pourrait même être illogique.

Mais on a décidé de s'entendre, de se tolérer et d'apprendre à être amies pour mon fils, et son fils maintenant.

- Bravo frangin !

Ce ne fut pas le temps qui s'écoulait, ou la lassitude qui rompit mon étreinte avec Rosalie. Non. Ce qui nous étonna, en bien, fut qu'Edward était aussi en train d'étreindre son propre frère. Mon cœur éclata en mille morceaux, comme s'il savait à quel point ce moment était le premier depuis longtemps, et serait sans doute porteur de bien plus de choses que l'accolade échangée avec ma belle soeur.

- Un autre neveu, j'ai du bol quand même...

Le visage d'Emmett tourné vers moi fut le seul reflet de cet étrange moment. Car là, oui, vu de l'extérieur c'était encore plus étrange que Rosalie et moi. L'étonnement peint sur le visage du père de mon fils fut ma plus belle récompense.

Il tapota virilement le dos de son petit frère, et pinça ses lèvres, sans doute pour étouffer l'émotion trop grande. Bien trop vive. Tout ira bien maintenant. Tout ira mieux. Parce que nous sommes des adultes et même si la vie nous a joué un drôle de tour, nous avons su être plus forts que le destin. Nous avons su inverser la courbe descendante.

Ils s'étreignirent plus fort, je le savais, et restèrent l'un contre l'autre plus longtemps que ce que j'aurai imaginé. Ensemble, seulement, comme deux frères doivent l'être. Et quand Edward s'éloigna de lui, il avait ce sourire soulagé et dans ses yeux, je retrouvai enfin l'Edward d'avant toute cette histoire. Mon meilleur ami.

Alors oui, rien n'a été facile mais nous y sommes arrivés. Parmi les cris, les larmes, les déceptions, les mensonges. Parce qu'on a souvent beaucoup de bonheur et souvent du malheur en retour, il faut prendre conscience que l'inverse est aussi vrai. Que lorsque l'on paie cher, très cher une erreur, il y a toujours quelque part une pénitence pour demander pardon. Pour se repentir, et tenter de devenir quelqu'un de meilleur qui n'a pas à rougir de sa situation.

Je sais que j'ai fait une bêtise. Une énorme bêtise qui a détruit un homme, et même une famille. Qui aurait pu causer des torts plus lourds. Mais je m'emploie, et je m'emploierai chaque jour à rattraper cette bourde. A gommer, encore et encore le trait de crayon à papiers sur la feuille, pour la rendre plus lisse, plus blanche. Il y aura toujours le sillon de l'esquisse, parce que notre nouvelle histoire est bâtie sur des fondements chaotiques. Mais nous avons su nous servir de cette mauvaise expérience, pour devenir des gens meilleurs.

Emmett est, et restera un superbe papa. Et quitte à choisir entre lui et un parfait inconnu de dix-sept qui aurait pu me toucher, je préfère que ce soit lui qui l'ait fait. Il a assumé, dès la minute où il a compris. Il a su me seconder, et je continue de croire que jamais je n'aurais dû faire subir ça à un chouette type comme lui. Mais c'est fait, et je suppose que je ne peux pas revenir en arrière.

Rosalie qui a été la plus incroyable des femmes. Trahie, trompée, trainée dans la boue, elle est encore là. Encore plus belle. De nous tous, c'est elle qui le méritait sans doute le plus. Pour avoir voulu couler avec son navire, pour avoir eu la force de ramasser des brindilles pour reconstruire un radeau. Cette grossesse, ce bonheur finalement, elle ne l'a jamais volé. Et elle mérite de ne pas avoir de cellulite, d'hormones en folie et de crises de larmes. Elle mérite d'avoir le plus beau bébé du monde, même s'il ne sera sans doute jamais aussi beau que mon fils.

Evan, qui a été un bébé génial, tout simplement. Qui a absorbé la détresse de sa mère, et a tout fait pour me faciliter la vie. Evan, pour être cet enfant incroyable, si facile, qui s'adapte à tout. Peut-être est-ce parce qu'il a tout vu, tout su de notre histoire alors qu'il avait à peine ouvert les yeux, qu'il comprend et est si simple.

Et en dépit de la situation, je l'aime. Plus que ma propre vie.

Et Edward. Lui. Lui qui est revenu, libre de son exil. Lui qui est revenu, en me tendant les bras. Lui pour lequel je m'emploierai chaque jour de ma vie à rendre la sienne plus belle. Lui que je veux épouser, à qui je veux donner des enfants. Les nôtres, pour de vrai cette fois. Rien qu'à nous. Fonder une famille avec lui, voilà mon but ultime. Le rendre heureux, beau. Encore plus, si possible. Faire en sorte que sa vie soit chaque jour une belle journée. Chasser les nuages, monter lui décrocher la lune. Les yeux fermés et sans échelle, si c'est ce qu'il souhaite.

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26 avril 2022,

Evan mon chéri,

Tu as treize ans, et te voilà aux portes d'une adolescence dorée entourée par ta famille, tes grands-parents et tous tes frères et sœurs.

Quand je vois avec quel regard incroyable Axel t'observe du haut de ses dix ans, je me dis que ça aurait été dommage de te louper. Tu râles beaucoup quand on te dit qu'il te ressemble, mais je sais que tu l'aimes ton petit frère. Tu as tout fait pour lui apprendre à jouer aux voitures et à faire les mêmes bêtises que toi. Rosalie doit s'arracher les cheveux et parfois, nous rions en nous félicitant de ne pas vous avoir sous le même toit. Bien que vous voir réunis est du bonheur en barre. C'est à lui de jouer aux grands-frères maintenant avec Chayma, et je suis sûre que tu sauras lui donner pleins de bons conseils pour éviter d'aider sa maman aux tâches ménagères et autres choses joyeuses que tu sais parfaitement éloigner d'un revers de main.

Tu as été parfait quand Lauryn est arrivée dans nos vies il y a cinq ans maintenant. Ni Edward ni moi n'avions prévu qu'elle soit là si vite, mais c'est juste arrivé et nous considérons qu'elle est un cadeau du ciel. Je n'ai pas regretté un instant cet « accident », parce que quand je vois la façon dont elle nous rend heureux, dont elle te rend heureux, je me sens fière.

Tu es proche de Chayma et Axel, mais Lauryn semble avoir tes faveurs. Tu as raison, elle est belle comme un cœur. Comme toi, en fait.

Je sais que tous ces enfants autour de toi te donnent parfois des migraines, mais promis, a priori, Stan est notre petit dernier. Je sais que tu te glisses dans sa chambre quand il pleure, et il semble si minuscule dans tes bras... Si fragile, et toi si fort. Tu es presque un homme maintenant. Presque. N'exagérons rien, nous avons le temps, pas vrai ?

Voici la dernière lettre de ce lourd dossier. Si tu as tenu jusqu'au bout pour lire cette histoire de fous, c'est que tu dois vraiment énormément nous aimer. Je ne suis pas certaine à vrai dire d'accepter de te laisser ce carton entre tes mains, parce que j'aurais certainement trop peur de ta réaction à ce sujet.

C'était la vérité. A travers cette cinquantaine de très longs chapitres, tu as sûrement dû t'arracher les cheveux. Mais c'était là la vérité toute nue. Simplement. Maladroite, parfois longue. Je suppose que j'ai voulu te faire comprendre tout ce qui s'était passé pour moi, mais surtout te faire entendre que je t'ai toujours aimé, même si ça n'était peut-être pas une évidence.

Je ne regrette en rien tout ce qui a pu se passer, et je crois que si c'était à refaire, je le referai sans doute. J'ai fait souffrir ton oncle, énormément et c'est ce pourquoi je me déteste le plus et ce pourquoi je me détesterai toujours ainsi. Mais je m'emploie, depuis notre nouveau départ, à faire en sorte que sa vie soit réussie. Je crois que ce n'est pas trop mal pour l'instant.

Voilà, si tu en es là c'est qu'un jour j'ai pris mon courage à deux mains pour te raconter tout ça. Si tu as tout lu, et que tu ne m'en veux pas, c'est que tu es le meilleur des garçons. Je me considère si chanceuse d'avoir eu une deuxième chance, que j'essaie de faire en sorte que tout le monde autour de nous doit avoir la sienne.

J'essaie d'être une bonne personne, une maman dont tu puisses être fier. Alors oui, parfois rien n'a été facile et rien ne le sera vraiment. Nous nous disputerons, sûrement violemment et je ne comprendrai pas ce que tu essaies de me dire ou tu n'entendras pas mes arguments de maman. Mais rien n'égalera jamais l'amour que je te porte.

Si je devais t'enseigner une chose suite à toute cette affaire rocambolesque, c'est de toujours garder le contrôle sur ta vie. Même alcoolisé, fais en sorte d'être comme tous ces gens qui « savent » ce qu'ils font. Qui arrivent à dire « stop » (enfin c'est ce qu'ils disent, n'est-ce pas?). Sois fort et digne comme eux, et tu auras réussi. Ne crois pas que je te regrette, si c'était à refaire, je le referai sans doute parce que tu as été le plus beau don que j'ai jamais eu. Alors, garde le contrôle. Sans oublier de vivre, quand même.

Après tout, tu ne croiras certainement pas un traître mot de ce que tu viens de lire, tu te diras sans doute « tout ça pour ça » ou « moi j'aurais fait autrement », mais c'était là la simple vérité. Un pan de ma vie, le début de la tienne.

Ta Maman, qui t'aime.