A/N : Réponse au prompt "Dehors il pleut" pour la communauté LJ 6 Variations.


Arthur, Roi de Bretagne…

Ces quatre mots tournent dans sa tête, mais Arturus a encore du mal à se dire que c'est à lui qu'ils s'appliquent. Deux ans déjà qu'il règne sur ce nouveau pays dont il ignorait tout moins de trois années auparavant. Deux ans déjà qu'il essaie de se faire à une vie qui ne le plait pas plus que ça, malgré le faste et le prestige que pourrait supposer son nouveau titre.

Oh oui, bien sûr, passer d'un pauvre soldat romain trop souvent puni par ses supérieurs au roi d'une nation prête à se plier en quatre pour vos bons vouloirs, n'importe qui en rêverait. Seulement, pour l'avoir expérimenté, Arturus peut affirmer qu'il y a dans cet arrangement bien plus à perdre qu'à y gagner.

Debout devant une fenêtre de son château, Kaamelott, dont la construction vient d'être terminée, Arturus regarde tomber la pluie. Ce n'était pas quelque chose qui arrivait souvent, à Rome. Désormais, il ne connait plus que ça. Etrangement, cela l'apaise. L'eau qui tombe du ciel sans discontinuer, ce sont toutes les larmes qu'il aimerait verser mais qui ne coulent pas.

Arturus ne sait plus quoi penser de cette tristesse qui l'habite en permanence. Parfois elle l'effraie, parce qu'il a peur qu'elle n'empiète sur sa fonction nouvelle et ses responsabilités bien plus importantes que celles du soldat qu'il était encore il y a peu. Au début, il s'était dit qu'elle finirait par s'amoindrir avec le temps, mais il se rend compte qu'il s'est surement trompé, parce que deux ans après, il n'est toujours pas heureux.

Et pourtant il essaie. Il essaie de faire en sorte que ce pays qui n'a connu que l'occupation ennemie, les guerres de clans, la pauvreté, la famine et la maladie pendant des années se relève. Il essaie de créer une notion d'identité bretonne en laquelle chacun se reconnaitrait. Il essaie d'aimer tous ces gens qui l'entourent maintenant, qui sont là pour l'aider et l'épauler. Il essaie, parce que c'est son devoir, et que, peut-être, réussir pourrait le rendre heureux.

Seulement, il n'y arrive pas. Arturus se dit parfois que c'est peut-être simplement parce que sa vie d'avant lui manque. Cela peut sembler incroyable, parce que dire que Rome n'était pas facile tous les jours est un euphémisme. Mais c'était tout ce qu'il avait toujours connu, et il s'en accommodait plutôt bien. Et là-bas, il aimait vraiment. En Bretagne, ce n'est pas possible. Parce que Guenièvre n'est pas Aconia, et Lancelot n'est pas Manilus. Et il a beau essayer, il ne parvient toujours pas à penser à lui-même en temps que Arthur.

Et tandis que dehors la pluie continue de tomber, Arturus ne peut qu'espérer trouver une mission qui lui permettra d'embrasser pleinement son rôle.