Note de l'auteur : Flay Alstar est un nouveau personnage que j'ai créé et que j'introduis dans l'univers d'Harry Potter. Pour les connaisseurs : cette jeune fille n'a que son nom en commun avec le personnage de Gundam Seed. Je l'ai repris car j'aime bien sa sonorité. ^^

Bonne lecture.


HARRY POTTER ET LA CROISEE DES CHEMINS


« Dans toutes les existences, on note une date où bifurque la destinée,

soit vers une catastrophe, soit vers le succès. »

- Larochefoucauld-Doudeauville, extrait de Marie Leczinska -


Prologue


« Ce qu'on rencontre dans la vie est la destinée.

La façon dont on la rencontre est l'effort personnel. »

- Sathya Sai Baba -


Quelque part en Angleterre...

Il faisait beau et doux en cette matinée de printemps. Il faut dire que le temps était plutôt agréable ces derniers jours.

Un rayon de soleil se promenait sur les facettes d'un carillon, orné de cristaux, fixé au montant d'une charmante maison. La ravissante suspension voisinait une fenêtre au premier étage, qui donnait sur une chambre colorée par les seuls reflets du prisme arc-en-ciel.

Une jeune femme apparut à la fenêtre. Elle était belle. Mais ce n'était pas d'une beauté ordinaire... Elle avait un air mystérieux, qui s'ajoutait à son charme naturel. Une cascade de cheveux noirs et lisses ruissela sur ses épaules lorsqu'elle s'assit sur l'appui de fenêtre, et son regard se perdit au loin dans la campagne.

Elle revint à la réalité lorsqu'un couple de jeunes mésanges attira son attention, en se posant dans l'arbre à côté de la fenêtre. Le premier des oiseaux tenait quelque chose dans son bec, qu'il laissa tomber sur la pelouse quand le deuxième apparut tout d'un coup. Elle sourit en les entendant piailler et ouvrit tout doucement les battants.

-Belle matinée à vous aussi, dit-elle en riant doucement.

Une légère brise s'infiltra dans la chambre et faisait doucement virevolter ses mèches. On pouvait bien dire que sa chevelure d'ébène était magnifique: si soyeuse qu'elle donnait envie de la caresser discrètement du bout des doigts quand on la croisait.

-J'ai bien fait d'insister pour planter ce chèvrefeuille ici, il embaume toute la pièce et attire les oiseaux et les papillons, pensa-t-elle en respirant le doux parfum.

La jeune femme portait un livre à la couverture abîmée, dont les pages jaunies par le temps laissaient passer une plume comme élégant marque-page. Elle posa l'ouvrage sur ses genoux.

-Bon, maintenant, au travail! Sinon tu n'auras pas fini tout ce que tu as à faire avant que ce petit monde ne se réveille, conclut-elle en tournant son regard vers l'intérieur de la chambre, plus précisément vers le lit où un homme aux cheveux en bataille dormait encore paisiblement.

Les draps le recouvraient jusqu'à la taille, laissant son torse nu et sans défenses. Elle le regarda d'abord tendrement, puis le parcouru des yeux minutieusement afin de le graver dans son esprit. Alors qu'elle examinait chaque courbe et chaque ligne du bel endormi, elle s'attarda sur sa cicatrice, le regard peiné.

- « Le temps referme toutes les blessures, pensa-t-elle, même s'il ne nous épargne pas quelques cicatrices... (1) »Mais mieux vaut une cicatrice que la mort de l'être aimé.

Elle s'apprêtait à achever son ouvrage lorsque son visage se métamorphosa. Des images se projetaient dans son esprit. Elle ferma les yeux aussitôt afin de les effacer... Sans succès.

[Flash-back]

Cette fois c'est sûr... cet éclair de lumière va s'abattre sur moi... Mais?! Le noir, le noir complet... J'ai peur! Je n'arrive pas à ouvrir les yeux. Je ne peux plus bouger. Le silence... Suis-je morte?

Non, mes sens reviennent petit à petit... Mais j'étouffe, quelque chose ou quelqu'un m'écrase. J'entends quelqu'un! Des cris! On appelle quelqu'un... mais qui? C'est étrange... Je n'ai pas eu aussi mal que je l'avais présagé. J'aurais dû être tuée sur le coup, après avoir encaissé ce genre de sort... Ou bien quelqu'un m'aurait sauvée?

Je sursaute! Quelqu'un est près de moi et à bout de souffle. Il m'appelle par mon vrai prénom... Je le connais. Je me calme. C'est à ce moment-là que j'ai compris... qu'il avait failli payer le prix de mon imprudence.

[Fin du flash]

Entraînée par ces images et encore sous le coup de l'émotion, la jeune femme faillit lâcher son livre, mais se ressaisit aussitôt.

Elle se tourna une fois de plus vers l'homme étendu dans le lit. Elle ne voulait plus détourner son regard et, cette fois, elle ne s'attarda plus sur sa cicatrice, mais sur l'ensemble de sa personne. (D'ailleurs, elle avait banni cette fichue cicatrice de son esprit, pour le moment.) Elle n'aspirait plus qu'à profiter de l'instant pour l'admirer encore et encore. Elle aurait bien passé sa main sur son torse, ou dans ses cheveux, mais elle se retint afin de ne pas l'éveiller. Elle avait un travail à finir et ne pouvait se permettre de le reporter indéfiniment. Après tout, ils auraient tout le temps désiré, désormais. Elle pouvait bien attendre un peu.

-Allez! Il faut que tu termines de l'écrire. Après tu pourras le ranger définitivement et l'oublier, si tu en as envie... Mais si tu ne le termines pas aujourd'hui, tu ne pourras jamais profiter pleinement de ce bonheur à partager. Un bonheur bien mérité après tant de sacrifices... Tu ne crois pas?, se sermonna-t-elle.

Elle soupira d'exaspération envers elle-même. Ensuite, elle secoua la tête de gauche à droite pour chasser les pensées qui affluaient, cala la plume entre deux pages pour éviter qu'elle s'envole et se plongea dans sa relecture.

[Extrait du « Journal de Flay Alstar »]

(...)

Le Destin? En fait, je ne sais pas. Je ne m'étais encore jamais questionnée à ce sujet, jusqu'à ce jour-là, du moins. Je ne pensais pas à ces choses-là avant.

« Avons nous une Destinée? Sommes-nous libres? Quel ennui de ne pas savoir! Quel ennui si l'on savait! (2) »

Aujourd'hui, je me pose ces questions. Si j'avais su... s'ils n'avaient pas fait ces choix... est-ce que les choses se seraient passées autrement? Si oui, en serions-nous au même point aujourd'hui? Est-ce qu'ils seraient morts également? Aurais-je pu empêcher ces malheurs de se produire? Était-ce inévitable?

Lao-Tseu a dit : « Le bonheur naît du malheur, le malheur est caché au sein du bonheur. »

Aurais-je eu droit au bonheur que nous partageons, si ça n'était pas arrivé? Fallait-il vraiment les perdre pour parvenir à cet instant de paix?

J'ai passé si peu de temps à leurs côtés, alors pourquoi me manquent-ils tant?

Mais le conditionnel meurt lorsque nous faisons un choix. « Les chances perdues font autant partie de la vie que les chances saisies, et une histoire ne peut s'attarder sur ce qui aurait pu avoir lieu. (3) » Et l'histoire s'écrit par le même chemin que nous avons décidé de prendre. Même si des "éléments extérieurs" font tout leur possible afin de troubler ou de détruire la croisée des chemins de certains êtres.

Tant de personnes ont essayé de changer le Destin...

Des personnes qui tenaient à lui et ont veillé sur son sort...

Des personnes qui m'aimaient et ont tenté de transformer ma Destinée...

Ont-ils réussi? Je ne le sais toujours pas.

Mais en fin de compte, qu'est-ce qui est vraiment prédestiné?

Et vous, qui lisez ces mots, croyez-vous en la Destinée? Moi non. Enfin, je ne sais plus... Ou plutôt, je n'y croyais pas il y a quelques années encore.

La jeune fille "ignorante" que j'étais se posait beaucoup de questions, oui, mais pas sur le Destin... car j'ignorais simplement tout de moi et de ma naissance!

Qui suis-je ou ne suis-je pas? Où suis-je née? À quel monde j'appartiens?

À l'époque, j'ignorais jusqu'à mon véritable nom... Mais aujourd'hui, je ne me pose plus toutes ces questions. J'ai trouvé ma place, je sais qui je suis!

Maintenant je sais... Je peux dire ceci : « On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu'on prend pour l'éviter. (4) »

Je n'oublierai jamais tout ce que nous avons traversé, le prix que chacun a payé. Elle est morte pour moi et il n'a eu d'autre choix que de m'abandonner. Grand-père (puis-je toujours t'appeler ainsi?) m'a protégée et enfermée dans une cage dorée. Il est allé jusqu'à effacer mon existence même de ''notre monde''. Tout ça pour que je ne les rencontre pas, tous deux. Mais ça n'a pas marché... Je les ai vus et ils m'ont vue aussi. Et je les ai suivis...

J'ai perdu beaucoup, mais j'ai gagné une nouvelle force en retour!

(…)

[Fin de l'extrait]

La jeune femme avait de plus en plus de mal à se concentrer. Et surtout, elle avait l'impression que quelqu'un murmurait sans cesse son nom. Pourtant tout était encore endormi, à cette heure.

Elle jeta tout de même un coup d'œil vers le lit.

-Non, il dort toujours, pensa-t-elle en examinant la lente et profonde respiration.

Elle fut tirée de ses réflexions par un mouvement vif dans le jardin. Serait-ce encore un de ces oiseaux ? Non. Une silhouette venait d'apparaître sur la pelouse. Et cette fois-ci, elle laissa s'échapper le livre pour de bon...


Fin du Chapitre


Notes du prologue :

1. Marc Levy, extrait de Et si c'était vrai...

2. Jules Renard, extrait de son Journal 1887-1892

3. Paul Auster, extrait de Revenants

4. Jean de la Fontaine, extrait de l'Horoscope