Ceci n'est pas un nouveau chapitre. Je viens tout simplement de retravailler cette histoire entièrement et ai décidé d'ajouter un chapitre afin d'équilibrer la durée de chacun d'eux. Si vous aimez cette nouvelle version, veuillez me le faire savoir.

Dixième partie

Le lendemain, Élisabeth et Charles préparèrent chacun leur départ. L'un pour toujours, l'autre pour un maximum de deux semaines. Ils passèrent à tour de rôle saluer le Commandant, puis se rendirent à la salle de téléportation.

Une fois arrivée sur la planète Lucia, Élisabeth repéra rapidement Cédric et sa sœur Viola à travers les formes de vie aussi diversifiées que pouvaient l'être voyageurs qu'on retrouvait dans une aérogare inter spatiale. Émue de se trouver auprès des siens, Élisabeth sauta dans les bras de Cédric le faisant rire aux éclats. Georgianna attendait sagement derrière que les retrouvailles entre les trois astériens soient terminées. Apercevant finalement la jeune fille, Élisabeth s'approcha d'elle et l'étreignit affectueusement. Elles se promirent de trouver du temps pour se voir afin de se donner des nouvelles de William et du Grondeur 8. Cédric offrit alors à Georgianna de venir souper avec eux le soir même. Georgianna accepta et les quitta pour aller poursuivre sa journée sur la base spatiale de la planète.

Cédric et Viola firent faire un tour du domaine à Élisabeth. Le bétail et la culture ressemblaient en tout point à ce qu'ils étaient habitués de voir lorsqu'ils vivaient tous en harmonie sur leur planète. À quelques reprises, Élisabeth fut si émue et dut sortir son mouchoir. Viola lui présenta son mari qui était un Lucien d'origine. Celui-ci demeurait avec eux et participait activement à la vie de la ferme.

Avant le souper et après avoir fait une courte sieste, Élisabeth redescendit à l'étage et alla prévenir Cédric qu'elle désirait aller prendre une marche en solitaire. Une fois dehors, elle suivit le sentier dont lui avait parlé son hôte et arriva au Lac dans lequel il lui avait dit passer son temps à nager. Elle était là, perdue dans ses pensées depuis une bonne quinzaine de minutes lorsque des pas se firent entendre derrière elle. Elle se retourna lentement et sursauta en constatant qu'il s'agit de Cédric et d'une autre personne qu'elle ne s'attendait pas à revoir de sitôt. En fait, à vrai dire, elle n'avait pas du tout le goût de le revoir. Son père Max fit un pas dans sa direction, mais s'arrêta totalement à nouveau lorsqu'il découvrit l'éclair de colère qui animait ses yeux.

Se tournant alors vers Cédric, il s'exclama : Je te l'avais dit que ça ne servirait à rien… Elle a toujours été la plus têtue des deux.

Cédric prit alors la parole pour essayer d'arranger les choses. Élisabeth écouta ce qu'il avait à dire sans sourciller. Puis, laissa son père prendre la parole. Celui lui demanda pardon pour avoir usé de son pouvoir sur elle et sur les autres. Il reconnut avoir agi par intérêt et par peur de perdre sa famille surtout, car il savait bien qu'Élisabeth serait restée auprès du Commandant s'il n'était pas intervenu.

À la fin de son plaidoyer, Élisabeth ne put que pardonner à son père et lui tendre les bras pour qu'il vienne s'y accrocher comme un animal blessé. En acceptant de lui pardonner, Élisabeth fut consciente de faire la paix avec son passé et d'ouvrir une porte intéressante vers l'avenir. Les émotions ayant été très fortes pour elle depuis son arrivée sur la planète, elle demanda ensuite la permission de se retirer dans sa chambre afin de prendre une bonne douche. Max étant invité pour le souper aussi, entra plutôt prendre un verre pendant que Cédric, Viola et son mari retournaient dans la cuisine.

Lorsqu'elle fut certaine qu'Élisabeth avait terminé de prendre sa douche, Viola alla frapper à la porte de la chambre d'Élisabeth pour lui offrir de porter une robe traditionnelle astérienne pour le souper en souvenir du passé. Élisabeth était ravie de pouvoir mettre ces magnifiques vêtements qui donnaient à sa silhouette une allure royale. Viola la rassura en lui disant qu'elle même serait aussi vêtue avec une robe traditionnelle.

Arrivant revenant dans la salle de séjour, Élisabeth fut heureuse de constater que Georgianna était déjà arrivée et qu'elle était en grande conversation avec Max. Celui-ci lui racontait comment il était arrivé à fuir rapidement sa planète au moment de l'invasion grâce à l'avertissement qu'Élisabeth leur avait donné. Élisabeth les laissa en tête à tête et se rendit plutôt dans la cuisine afin d'offrir son aide à Cédric. Lorsqu'elle lui proposa de s'occuper de la salade, Cédric accepta son offre, lui montra où se trouvaient les ustensiles et les aliments nécessaires, mais l'obligea à passer un tablier pour lui éviter de salir sa robe.

-Je ne voulais pas que Max te surprenne ainsi. Mais tu le connais, dès qu'il a su que tu étais seule sur le bord du lac, il s'est empressé d'aller te rejoindre. J'espère que tu ne m'en veux pas trop?

-Non… ne t'en fais plus avec ça… Je suis contente que cet incident soit clos… Je connais mon père tu sais… Nous serons bons amis, jusqu'à sa prochaine bêtise. Et toi Cédric? Avec ta sœur mariée, cela ne t'a pas donné d'idées… N'as-tu pas de petite amie? Oups, pardon, voilà que je parle comme les terriens maintenant… n'as-tu pas de fiancée?

-Non, je n'ai pas beaucoup l'occasion de sortir, mes laitues et mes animaux prennent tout mon temps. D'ailleurs, j'ai une autre surprise pour toi. Nous allons avoir un autre invité, mais pour celui-là, je ne suis pas responsable, je n'ai rien manigancé… C'est plutôt Georgianna qu'il faut critiquer… Cette personne est arrivée chez elle ce soir de manière impromptue. Je lui ai donc suggéré de l'emmener avec elle.

-C'est un terrien alors?

-Oui!

-Homme ou femme?

-Homme, mais je ne dis plus rien… tu verras bien par toi-même.

Une fois la salade et la vinaigrette terminées, Cédric retira le tablier d'Élisabeth et l'escorta jusque dans le salon, lui-même portant un costume masculin traditionnel. À leur entrée, Max, Viola et Georgianna se levèrent pour les admirer et les applaudirent, subjugués. C'est alors que la sonnette de la porte d'entrée retentit. Viola quitta la pièce pour aller ouvrir, pendant que Max et Georgianna s'étaient approchés des deux autres pour mieux examiner leurs parures.

-Georgianna! S'écria William en pénétrant dans le salon.

Le frère et la sœur se sautèrent dans les bras. Max eut un mouvement de recul involontaire en reconnaissant le Commandant et se rapprocha instinctivement de sa fille et de Cédric. Une fois les deux terriens eurent terminé de profiter de leurs retrouvailles, William jeta un œil sur les autres convives et bloqua son regard sur Élisabeth. Il fronça les sourcils en remarquant que Cédric se tenait à ses côtés et qu'il tenait celle-ci par la taille d'une manière possessive. Élisabeth se dégagea lentement puis marcha vers le Commandant afin de lui serrer la main.

-Là, je retrouve la princesse en vous, commenta-t-il en souriant.

-Je ne pensais pas vous revoir avant deux semaines Commandant, rétorqua-t-elle en lâchant sa main.

-Appelez-moi William. Nous ne sommes pas au travail présentement. En fait, je suis moi-même en vacances pour deux jours, lui expliqua-t-il.

-Lizzie, tu permets que… Intervint le roi Max en s'approchant prudemment du Commandant.

-Bien sur, l'approuva sa fille en s'écartant pour lui céder la place.

-Commandant Darcy, je suis heureux de vous revoir. Comme vous voyez, ma famille et moi avons fait la paix, se vanta-t-il.

-Jusqu'à sa prochaine bêtise, ajouta Élisabeth pour lui montrer qu'elle n'était pas dupe de son caractère.

-Élisabeth, tu viens? La surprit Cédric en lui tendant le bras, il est temps d'aller prendre place.

Une fois qu'Élisabeth fut bien accrochée au bras de Cédric, Viola proposa le sien à son mari, Georgianna à William alors que Max ferma la marche.

Pendant le repas, Cédric interrogea sans cesse William et Élisabeth à propos de leur vie au quotidien à bord du vaisseau. William rapporta avec beaucoup d'humour la façon dont la mission de classe 6 avait été menée puis réussie par Élisabeth.

-Elle vous a vraiment dit qu'elle faisait exprès de mettre votre communicateur loin de vous? Se moqua Max en riant franchement.

-Je suis comme toi Cédric, je suis d'une franchise absolue, intervint Élisabeth.

-William, la vie ne doit pas être monotone depuis qu'elle est revenue à bord? Demanda Georgianna à son frère.

-Non pas du tout, admit-il en fixant Élisabeth avec intensité.

-Et Jane? Que devient-elle? S'intéressa Cédric.

-Elle est conseillère principale sur le vaisseau du Général Duke… avec Charles Bingley, ajouta-t-il en risquant un œil en direction de Max. Mon ancien second a souhaité être muté là-bas également.

-Ce que j'ai essayé de défaire vient d'être refait, admit joyeusement le vieil astérien, pour Jane en tout cas.

-Charles et Jane sont vraiment faits pour s'entendre, précisa Élisabeth tout en jetant un bref regard en direction du Commandant.

-Heureusement que la situation ne s'est pas répétée pour vous deux, répliqua Georgianna.

-Pourquoi dis-tu cela Georgie? L'interrogea Cédric sans réaliser qu'il venait d'appeler la jeune femme par son prénom et de la tutoyer.

-Deux officiers engagés sur un même vaisseau n'ont pas le droit d'avoir des rapports amoureux. Lui expliqua-t-elle.

-Une règle stupide, s'insurgea Cédric, comme si les sentiments pouvaient être régis par des lois.

-Prince Cédric, intervint le Commandant, ce règlement est nécessaire à la bonne marche des opérations sur un vaisseau. Sans un minimum de règles de conduite, tout l'équipage serait en danger, conclut William d'un ton très ferme.

-Je suis d'accord avec le Commandant, l'approuva Max, les histoires de cœur n'ont pas de place là où il y a du danger.

-Pffff, lâcha Cédric montrant à quel point il était en désaccord avec les propos de Max et du Commandant, il doit bien y avoir eu des exceptions dans la passé? S'enquit-il en se tournant vers William.

-Changeons de sujet, voulez-vous? Proposa Georgianna, parlons de la fin de votre stage Élisabeth…

Reconnaissante envers Georgianna pour avoir changé de sujet, Élisabeth décrivit comment elle s'était retrouvée aux commandes du vaisseau et ce qu'elle avait eu à faire vers la fin de son stage. Le reste du repas se déroula donc dans la joie et la bonne humeur. Élisabeth fut très heureuse de constater que son père faisait de grands efforts pour mêler le Commandant et sa sœur à la conversation. Elle le regarda tendrement puis se retourna vers Viola avec qui elle se mit à discuter de son travail à la ferme. Le souper terminé, William et Georgianna prirent poliment congé de leurs hôtes, Viola, son époux et Cédric se retirèrent dans la cuisine pour ranger les restes du repas, laissant Élisabeth et son père seuls pour la première fois depuis longtemps. Finalement, lorsque Max commença à montrer des signes de fatigue, il étreignit sa fille avec affection et prit congé pour monter se coucher.

Lorsqu'elle se retrouva seule, Élisabeth ressentit le besoin d'aller prendre l'air sur la terrasse où Cédric vint la rejoindre tout juste après avoir terminé de ranger la cuisine avec les deux autres.

-Tu me sembles bien triste?

-Je réfléchis.

-Je t écoute…

-Tu sembles si bien ici… tout est si simple et si paisible. Je me demandais si je ne devrais pas renoncer au danger… et à la peur qui vient avec. On est si bien ici.

-Tu es faites pour l'action, moi pas. Ça a toujours été clair pour moi.

-Tu parles comme Jane. Explique-moi alors pourquoi je doute?

-Je l'ignore. Je ne te connais pas assez. On a tous les deux tellement changé.

-Alors dis-moi plutôt si c'est normal que pour avoir une chose que l'on désire on soit obligé de renoncer à une autre tout aussi intéressante? Soupira-t-elle en se tournant vers lui.

-Tu parles de quoi? Du danger et de la tranquillité? Ou de William?

-Si seulement tu ne disais pas toujours la vérité… déplora-t-elle en lui assénant un petit coup de pied dans le mollet. Tu as raison Cédric. Je déteste William au moins autant que je peux l'aimer. Si vraiment il s'agit d'amour?

-Ça m'en a tout l'air, l'agaça-t-il à son tour.

-Serais-tu amoureux toi-même pour être devenu expert? L'interrogea-t-elle en le déstabilisant d'un coup d'épaule.

-Je connais les bienfaits d'un amour partagé, lui chuchota-t-il, un léger sourire sur les lèvres.

-Tu as bien de la chance.

-Je le crois aussi.

-Tu vas l'épouser?

-Pour l'instant, elle refuse encore, mais je suis patient, tu le sais.

-Je sais aussi que si je te le demande, tu me diras de qui il s'agit car tu es incapable de mentir. Voilà pourquoi je ne te demanderai pas de qui il s'agit, à moins que tu ne veuilles te confier à moi…

-Il s'agit de Georgianna, lâcha Cédric, ne se doutant pas que la jeune femme l'avait déjà deviné

-Pourtant ce soir, on aurait pu croire que vous étiez deux étrangers, à part ce petit moment où tu l'as appelée par son prénom et tutoyé.

-Tu affirmes être folle de William, pourtant on ne voit rien non plus…

-J'imagine que la différence vient du fait qu'il n'est pas amoureux de moi, plaida Élisabeth.

-Élisabeth, il suffit de vous regarder tous les deux pour sentir ce qui est… votre amour est déjà palpable… il existe depuis si longtemps. Il est déjà mature…

-Tu crois?

-Mais ce n'est pas avec moi que tu dois en discuter… cet homme est très sensé… ensemble, vous trouverez sûrement une solution qui vous conviendra à tous les deux.

-Tu as raison comme toujours. D'ailleurs, je ne peux pas absolument pas retourner sur le Grandeur avant d'avoir tiré cette situation au clair…

S'approchant de Cédric pour lui faire la bise, la jeune femme se dirigea vers la porte, mais éclata de rire en réalisant qu'elle ne savait pas du tout où se trouvait la maison de Georgianna, ni comment faire pour s'y rendre. Cédric joignit son rire au sien, puis lui offrit d'aller la reconduire en lui affirmant qu'ainsi, il pourrait également passer un peu de temps avec Georgianna.

Arrivés chez la jeune fille, Élisabeth et Cédric apprirent de la bouche de Georgianna que William était absent puisqu'il était allé rendre visite à un autre officier qui avait déjà travaillé avec lui et qui demeurait dans le voisinage. Georgianna ne savait même pas s'il rentrerait pour coucher. Devinant que Cédric aimerait tout de même passer un peu de temps avec Georgianna, Élisabeth mentionna qu'elle préférait attendre sur la terrasse au cas où William rentrerait. Georgianna lui proposa de s'installer à l'extérieur sur une chaise longue et lui apporta une couverture. Elle n'était pas assise là depuis dix minutes qu'elle s'endormit. Cédric et Georgianna revinrent de leur petite promenade, la couvrirent puis décidèrent d'aller finir leur discussion dans la maison afin de ne pas réveiller la jeune femme.

Lorsqu'Élisabeth ouvrit les yeux, elle prit quelques secondes avant de réaliser où elle était. Le temps s'est assombri et la température était nettement plus fraîche. Elle comprit que quelqu'un était venu poser la couverture sur elle et se redressa lentement. Jetant un œil sur sa montre, elle réalisa qu'il était déjà 22h30.

-Il ne rentrera pas ici ce soir, soupira-t-elle en tendant l'oreille afin d'essayer de percevoir la voix de Cédric ou de Georgianna. N'entendant que le silence, elle repoussa la couverture qui le recouvrait, se redressa lentement et sursauta en entendant des pas s'approcher de la terrasse en arrivant du sentier qu'il y avait sur le terrain.

-Élisabeth, que faites-vous ici? L'interrogea le Commandant en la découvrant devant lui.

-Euh, je vous attendais… je me suis endormie… je voulais vous parler, balbutia-t-elle en jetant la couverture sur la chaise longue.

-Voulez-vous entrer? Lui proposa-t-il alors en désignant la maison.

-Non, s'exclama-t-elle un peu trop vivement. Restons dehors, voulez-vous? Se reprit-elle en souriant. J'ai besoin de vous consulter à propos d'une décision que je dois prendre.

-Je vous écoute, lui dit William en venant s'appuyer contre le bord du balcon.

Élisabeth marcha jusqu'à lui, s'installa à ses côtés et lui avoua en regardant droit devant elle : En fait, c'est à Jane qu'il faudrait que je demande conseil… elle capte si bien les dilemmes… Mais après en avoir discuté avec Cédric, qui est également très sage, il m'a suggéré de venir en discuter directement avec vous…

-J'espère vraiment être en mesure de vous aider…. Mais vous me faites peur… de quoi s'agit-il exactement?

-Comment peut-on être certaine de faire un bon choix? Lui demanda-t-elle en se tournant vers lui.

-Un bon choix? Répéta-t-il pour se donner le temps de réfléchir, selon moi, un choix est un choix, à priori, il n'est ni bon ni mauvais. Ce sont les conséquences de ces choix qui peuvent être mauvaise ou bonnes… lui expliqua-t-il en essayant d'être clair.

-Mais ça ne m'avance pas ça, s'emporta-t-elle en se couvrant le visage entièrement à l'aide de ses deux mains

Aussitôt qu'elle sentit que William allait s'approcher d'elle, elle retira l'une de ses mains et l'utilisa pour le repousser: Non! N'avancez pas! Je n'arrive pas à garder les idées claires lorsque vous êtes près de moi. Laissez-moi le temps de vous finir de vous expliquer ce que je ressens…

-Vous devriez vous asseoir?

-Non. Écoutez William, je veux vraiment devenir Capitaine. J'ai même le désir de devenir Commandant, si les choses évoluent en ce sens pour moi, mais j'ai aussi envie d'autre chose…

-Laquelle?

-Je veux pouvoir prendre l'homme que j'aime dans mes bras. Je ne veux pas passer à côté de l'amour…

-Vous êtes amoureuse? S'étouffa William.

-Oui. Et bien que cette relation soit impossible, interdite, irréalisable… je ne veux pas y renoncer

-Vous pouvez toujours quitter le vaisseau pour l'épouser, suggéra William sentant son cœur faire des acrobaties dans sa poitrine, sans filet de sécurité.

-Mais je veux aussi rester sur le vaisseau, insista Élisabeth.

-Alors vous restez et votre époux s'installe avec vous.

-Vous ne m'aidez pas du tout, s'emporta-t-elle en se mettant à marcher de long en large sur la terrasse.

-Il s'agit de Cédric, c'est ça? Lui demanda William la gorge nouée par l'émotion.

-Cédric? Non, Cédric n'est pas libre, l'apostropha-t-elle violemment.

-Et vous le déplorez? Suggéra alors William, la mort dans l'âme.

-Non. Ce n'est pas Cédric qui est en cause, le surprit-elle.

-J'espère sincèrement qu'il en vaut la peine alors, s'emporta-t-il à son tour en se détournant pour fixer la nuit noire.

-Donc, si je comprends bien, vous suggérez que je demeure sur le Grondeur et que j'y fasse venir l'homme qui occupe mes pensées? C'est donc ça que vous me conseillez? Lui demanda-t-elle dans son dos.

-Oui, ça me semble la meilleure solution et la seule chose à faire…

-Ça semble si facile pour vous! L'intima-t-elle.

-Au moins nous travaillerons ensemble, rétorqua-t-il en faisant volte face.

-C'est tout ce qui compte pour vous n'est-ce pas, le travail?! L'apostropha-t-elle avec agressivité.

-On ne peut pas tout avoir, lui répondit-il du tac au tac.

-Non… vous avez raison, approuva-t-elle en s'approchant de lui pour lui tendre la main. Merci Commandant. Vous m'avez été d'un grand secours, lâcha-t-elle ensuite d'un ton sarcastique.

-Mais, il reste quand même un petit problème à régler, admit le Commandant tout en gardant sa main dans la sienne.

-Lequel?

-Votre époux sera-t-il capable de vous partager? Acceptera-t-il de vous voir passer autant de temps avec moi? Déglutit-il se décidant enfin à lui rendre sa main.

-Vous n'aurez qu'à le lui demander…

-C'est un terrien?

-Oh, oui… un terrien stupide et borné, comme vous, se braqua-t-elle, ses yeux lançant des éclairs.

-Vous l'avez rencontré comment cet homme? Au moment de votre formation à l'académie?

-Oh non, bien avant ça. Mais nous nous sommes perdus de vue. Je l'ai retrouvé, il y a peu de temps…

-Bien… je comprends. Vous n'avez pas à tout me raconter… amenez-le à bord… il sera le bienvenue, je vous assure.

Incapable de rester plus longtemps sans perdre le contrôle, William passa devant elle et se dirigea d'un pas alerte vers la porte coulissante. Lorsqu'il arriva devant celle-ci, Élisabeth enchaîna immédiatement : William, voulez-vous savoir comment je suis réellement tombée amoureuse de lui?

Se figeant instantanément, William sut qu'il était perdu s'il se tournait vers elle.

-C'est en lisant son journal de bord. J'ai passé de nombreuses heures à lire le récit de ses aventures… Il a vécu des choses horribles. Il a perdu son père lors d'une mission. TOUT COMME VOUS, insista-t-elle en hurlant. Oui, je sais, vous vous ressemblez d'ailleurs…

-Élisabeth, parlez-vous de moi? Murmura William d'une voix basse et rauque.

-Si je parle de vous? Mais de qui d'autre pourrais-je parler? Et c'est bien là le drame d'ailleurs, s'exclama-t-elle en éclatant en sanglot.

Marchant vers elle d'un pas résolu, William la prit dans ses bras et la serra à l'étouffer. Élisabeth pleurait doucement contre son épaule.

-Oh, William, qu'allons-nous faire?

-Nous allons trouver une solution ensemble, la rassura-t-il. Je ne veux plus jamais vous entendre parler d'un autre homme… J'ai eu tellement peur de vous perdre à l'instant. Mon amour. Si vous saviez comme j'ai eu peur, la gronda-t-il en la serrant fermement.

Élisabeth laissa sa tête reposer contre le torse de William, rassurée et heureuse. Celui-ci la serrait contre lui avec force comme ne pouvait pas encore y croire. Les confidences échangées et la situation éclaircie, les deux jeunes gens finirent par entrer à l'intérieur. William demanda à Élisabeth si elle voulait monter dans sa chambre avec lui ce qu'elle accepta immédiatement. William écrivit alors un mot à sa sœur pour lui expliquer qu'Élisabeth était avec lui et qu'elle ne devait pas s'inquiéter pour elle.

Nerveux comme un jeune adolescent, William guida Élisabeth jusque dans la pièce qu'il occupait pendant son séjour chez Georgianna. Élisabeth était également intimidée, mais William la rassura en la tenant tendrement contre lui. Élisabeth frissonna à son contact. Arrivé près du lit, William lui releva lentement la tête et posa délicatement ses lèvres sur les siennes. Élisabeth ouvrit timidement les lèvres et se mit à trembler de partout. Leur baiser s'intensifia et se prolongea de lui-même. William posa alors ses mains dans son cou et se mit à jouer avec les boucles de ses cheveux bruns. Élisabeth sembla prendre vie. Ses propres mains s'activèrent et vinrent explorer la musculature de William. Celui-ci s'attaqua alors aux boutons de son chemisier tout en reculant avec elle pour se diriger vers le lit. Il retira rapidement sa chemise et s'allongea à côté de la jeune femme dont le corps tremblait de plus en plus. Bien que la cause de son émoi ne fût pas le froid, William recouvrit leur deux corps d'une couverture de laine. Au bout de quelques minutes, ils étaient entièrement nus et ne furent plus en mesure de mettre fin à la danse commencée par leurs mains. Lorsque William la pénétra, ils furent tous deux conscients de la force de leur amour et n'eurent plus aucun doute sur leur capacité à passer à travers les choix difficiles qu'ils auraient à faire l'un comme l'autre pour pouvoir gagner le droit de vivre ensemble. Longtemps après avoir fait l'amour pour la énième fois, ils s'endormirent émerveillés, mais épuisés. Ils ignoraient que deux chambres plus loin, deux autres amants dormaient à points fermés, au moins aussi heureux.

Une fois réveillée, Élisabeth s'étira et constata que William n'était plus à ses côtés. Ne reconnaissant rien à la chambre où elle se trouvait et constatant qu'il était déjà tard dans la matinée, elle s'habilla en vitesse et descendit au premier étage.

Des voix lui parvinrent de la cuisine. Elle reconnaissait celle douce et mélodieuse et Georgianna et celle encore plus émouvante de l'homme dont elle était follement amoureuse. Dès qu'elle passa la porte, William se leva, lui sourit tendrement et vint la serrer contre lui.

-Je n'ai pas voulu te réveiller. Tu dormais comme un ange, lui susurra-t-il à l'oreille.

Rougissante à cause du témoin qui se trouvait dans la pièce, Élisabeth se dégagea de lui, prit place à table et s'empressa de répondre à la question de Georgianna à propos de ce qu'elle voulait prendre pour déjeuner. Cédric entra avec un tablier sur le dos. Il réagit à la présence d'Élisabeth en la gratifiant d'un signe de tête et d'un sourire moqueur. Élisabeth rit aux éclats devant le côté absurde de la situation. William se comporta en amoureux attentionné et resta près d'elle pendant qu'elle goûtait au somptueux déjeuner que Cédric venait de préparer.

Une fois le repas terminé, William demanda à Élisabeth de le suivre dans le salon. Cédric et Georgianna prirent également congé d'eux pour aller à la ferme donner un coup de main à Viola et à son époux.

-Pendant que tu dormais, j'ai contacté de Général Duke et je lui ai exposé la situation, lui expliqua William dès qu'ils furent seuls dans le salon.

-Et puis?

-Il veut nous voir à la fin de tes vacances. Entre temps, il va évaluer les possibilités qui s'offrent à nous.

-Mais je suis toute disposée à le rencontrer avant la fin de mes vacances… demain s'il le faut… je veux absolument savoir comment nous allons pouvoir nous organiser.

Conscient de sa nervosité, William vint la serrer contre lui, Je t'aime tellement Élisabeth. Nous allons trouver une solution tu verras… les choses vont s'arranger d'elles-mêmes.

Deux jours plus tard, ils furent accueillis chaleureusement par le Général Duke. Ce dernier, les avait contactés beaucoup plus tôt que prévu, pressé qu'il était de leur soumettre ses idées concernant leur situation particulière.

-Alors, voici ce à quoi j'ai pensé. Nous disposons de nouveaux modèles de vaisseau, plus grands et plus performants que le Grondeur 8 et ceux de sa génération. Mon vaisseau est d'ailleurs construit pratiquement selon ce nouveau modèle. Habituellement, le commandement de ce type de vaisseau est confié à un Général et à au moins deux seconds. Toutefois, compte tenu de vos excellentes dispositions William, l'alliance est toute disposée à vous offrir le poste dès maintenant. Ce que je ne vous ai pas dit et qui répondra à la question qui vous brûle les lèvres, c'est que vous recevrez sous peu, votre brevet de Général. Il n'attend que la signature du Commodore.

-Je suis très honoré de la confiance que vous me faites, mais ça ne constitue pas une solution pour nous deux…

-J'y viens, les encouragea-t-il en leur souriant à tour de rôle. Je vous ai dit que vous devrez avoir au moins deux seconds sous vos ordres. Vous en avez déjà un excellent, le capitaine Bingley et votre future épouse est également un candidat exceptionnel. Le fait qu'elle devienne votre femme n'a pas dérangé les membres du comité décisionnel, tout simplement parce qu'ils ont décidé d'ajouter à cette équipe, un élément de protection. Comme un ange gardien si vous voulez. Ils veulent que vous engagiez un conseiller. Et il se trouve que j'en ai un bon sous la main. Se tournant vers Élisabeth, le Général ajouta : Et oui Élisabeth, votre sœur a accepté de venir servir sous les ordres de votre futur mari.

Les larmes aux yeux, Élisabeth se leva et vint serrer la main du vieil homme : Merci Général, vous êtes presque un père pour moi.

Ému également, le Général la pressa contre lui. William attendit son tour et lui serra la main fermement. Le Général leur demanda ensuite de signer les papiers officiels d'acceptation de leur nouvelle affectation en les prévenant qu'il exigeait toutefois qu'ils prennent tout d'abord un mois de congé.

-Cela vous donnera le temps de vous marier et même de vous offrir un voyage de noce convenable. Alors, allez-y et c'est un ordre. Et puis Général Darcy, je vous souhaite la bienvenue à la table de concertation des plus hauts gradés de l'Association. Première réunion dans deux mois.

FIN

Alors, qu'en avez-vous pensé? Ave-vous aimé cette histoire?

Miriamme