Edit' de la fabuleuse autatrice, moi : je refais le premier chapitre avec les bons trucs de date de mort que j'ai capté \o

Helloooow, franglais friends ! How ça va ? Yeaaaah, I'm a boss in English, I'm so forte and so drôle \o En fait, c'est l'histoire d'un chat...

... Maintenant, quand je l'écris, je comprends que les gens aient peur de moi et de Julie quand on parle dans les couloirs du collège, quand même... _

Bon, je vais aller le plus vite que je peux, car j'entends le bruit de l'orage qui gronde et mes parents, dans leur logique imparable, vont débrancher la Livebox et ça va m'faire chier u_u Enfin... Aaaaaah, non, en fait tout va, c'est euh... Quelqu'un qui tape quelque chose avec un truc de lourd... Oh Mon Dieu O_O

Bon, bref ! Je vous présente ma toute nouvelle fiction que j'ai quand même commencé y'a un paquet de temps mais bon on s'en tape et voilà quoi...

Ouais, j'arrive sur le fandom Death Note avec cette fiction nommée Incendie ! (tatata-tada !)

INCENDIE, C'EST QUOI ?

Une fiction. Ahahahaha.

Mais nan, j'déconne, c'est l'effet Pokémon ! ...

C'est un truc long et que j'aime, concentré autour du personnage de Beyond Birthday, de A (le/la mythique et incroyable A) et... De L, oui X) Parce que mentionner BB sans L... On peut pas, c'est comme une récré sans amis ou une vie sans le Soleil, même ._.

Je préviens juste qu'il n'y aura pas de Beyond Birthday que l'on pourrait qualifier de "mignon" (mais siiii, vous savez, le gentil Beyond qui aime taaaaant l'amour de sa vie qui d'ailleurs est souvent fan de meutres, elle aussi, et qui... Enfin qui est une Mary-Sue en gros u_u) Nan, ce sera du BB sanglant, même un peu dérangé parfois...

Et normal, parfois, aussi. Parce qu'il est impossible que je le fasse toujours en train de tuer sauvagement un piou-piou, c'est nul ._. Bon, certes, UNE FOIS il sera... On pourra dire "attentionné". Y'aura juste quelqu'un de plus fou que lui qu'il va devoir en plus chaperonner. Je dis ça je dis rien... Oubliez tout, ok ?

A... A est une fille. Elle n'aime pas le sang, elle n'aime pas tuer, elle n'éprouve presque aucun sentiment. Autrement dit, vous qui vouliez une superbe romance yaoi entre BB et A... Bah vous pouvez vous en aller si vous voulez :3
Nan mais je l'aime ma petite A. D'ailleurs, je m'adresse aux inventeurs d'OC. Si vous voulez un OC potable, au lieu de nous sortir des gens d'un peu partout qui, étrangement, font tomber L du premier coup et passent des heures d'amour chaste et fort et qui pleure comme une madeleine sur sa tombe...

Attendez quoi ! Vous avez un personnage tout prêt, personne sait qui c'est, il a vécu à l'orphelinat et s'est suicidé ! Ca explique des tonnes de trucs, y'a forcément une psychologie à développer et là, au moins, y'a une explication pour la rencontre entre L et l'amooouuur de sa vie (si vous y tenez vraiment) qui tient plus la route que l'idée saugrenue d'un coup de foudre en pleine rue !

... Et tiens, d'ailleurs, L... L, je dis rien ~ Pasque j'en ai envie et que comme ça vous allez l'attendre, muahahhahahah ~

En parlant des pairings. OUI, il y aura du BBxL. Because c'est beau et que j'ai le droit, moi aussi, à mettre ma romance fangirlesque dans ma fiction, tiens. Et puis, de toute façon, niveau longueur de la romance... ._.

Breeeeeeef ! Je vous laisse avec le premier chapitre avant que vous ne vous endormiez...

ENJOY !

"Rien n'est à moi. STOP. Tout est à Obha et Obata. STOP. Je les hais. STOP."

Petite (Death) note : Là, je commence quand A a six/sept ans et B vient d'en avoir 9. Oui, j'ai décidé que son anniversaire serait le 13 septembre. Si vous connaissez sa date d'anniversaire, faites la moi passer, perso j'ai pas trouvé ._.


« Morceau par morceau, le papier bibalchimiste s'allumait, des centaines de flammes naissaient, chacune d'une autre couleur. S'élevant de ce brasier multicolore, des étincelles crépitaient dangereusement et restaient collées sur le bois et le papier pour mettre feu à tout. »

La Cité des Livres qui Rêvent – Walters Moers


How to use it – Shinigami's eyes section –

« Les yeux de Shinigamis permettent à celui qui les porte de voir le nom et la durée de vie de la personne qu'il regarde. »


- Moon ? Moon !

La femme releva la tête, les traits tirés, des cernes immenses sous les yeux. Elle avait travaillé toute la journée et, manque de chance, avait été obligée de remonter jusqu'à la chapelle où elle vivait à pied. Elle venait de s'assoir sur un des bancs de bois qui avaient été dispersés autour de la chapelle, et profitait de l'ombre que prodiguait le cèdre au-dessus de sa tête. Mais une petite fille, nez froncé, ne l'entendait manifestement pas de cette oreille et venait de tirer sur sa manche en l'appelant par son surnom. SA fille.

- Moon ! Tu m'as bien dit que j'aurais mon prénom d'ici quelques mois, non ? Mais, as-tu déjà décidé duquel il s'agira ? J'aimerais bien savoir !

Aucune hésitation sur les mots, aucune déformation. Une élocution absolument parfaite. Elle frissonna en entendant la voix de sa fille, si adulte dans ce petit corps maigre. Elle l'adorait, mais des fois, elle lui faisait un peu peur.

- Non, je ne le sais pas encore, soupira la femme en passant une main derrière sa nuque, là où de petits cheveux grisonnaient précocement. Ce sera un nom de sainte, en tout cas…

La connaissant, la petite allait aller compulser le calendrier – car elle savait lire – pour retenir chaque nom possible et essayer de trouver lequel ses parents pourraient bien choisir. Elle était ainsi, d'une curiosité extrême, et d'une intelligence bien supérieure à la normale. Très supérieure.

- Mais pourquoi forcément à sept ans ?

- Parce que c'est à cet âge-là que tu te feras baptiser, chérie. Ton corps ne peut pas accueillir ton identité avant d'être purifié, non ?

La petite adorait quand sa mère parlait de religion, d'anges, de démons et de Dieu. Son visage s'animait, ses prunelles redevenaient celles de la femme qu'elle aurait due être, et elle gardait la main sur la fine croix d'argent qui se balançait autour de son cou. Elle était comme mystifiée par cette présence Divine.

Et elle attendait avec impatience ses sept ans, l'âge de raison, pour enfin recevoir son prénom et Dieu en elle. La fillette hocha donc gravement la tête, comme si elle comprenait parfaitement, et la femme sourit. Un pauvre sourire fatigué qui ne trompa pourtant pas la petite. Elle savait que sa mère s'ennuyait. Terriblement.

- Bon, et si tu allais ramasser des fleurs pour la chapelle ? Tu sais que ton père aime bien voir sa chapelle décorée…

Un large sourire vint illuminer la face de l'enfant qui se précipita dans les champs et la lisière de la forêt, sans plus se soucier de la femme qu'elle laissait derrière elle. Cette dernière souriait toujours. Cet enfant, c'était le sien. A elle. Et malgré son intelligence, elle ne l'échangerait pour rien au monde tant elle l'aimait.

Elle se releva, ayant perdu la silhouette frêle de vue, et soupira. Le feu de débroussaillage n'allait pas se faire tout seul…

La fillette revint les bras chargés de fleurs. Elle n'en avait pas trouvé assez dans les champs, et était donc allée en cueillir dans le grand jardin d'un des voisins. Et c'était pour ça qu'elle courrait, d'ailleurs. Pas parce que l'homme la pourchassait, non, – il était presque aveugle et ne risquait pas de l'avoir vue – mais parce que ce jardin était loin, que la pente était amusante à descendre mais dure à remonter et que le soleil se couchait. Elle était en retard… Mais ils seraient si fiers d'elle ! Son père lui ébourifferait les cheveux et sa mère aurait un sourire lumineux qui vaudrait toutes les récompenses du monde. Elle accéléra donc sa course, veillant à ne pas faire tomber les fleurs, au risque de se tordre elle-même la cheville.

Une odeur de fumée lui chatouilla les narines, et elle inspira à plein poumons. Elle adorait cette odeur… Peut-être que sa mère avait fait un feu ! Elle aimait tant le feu, c'était presque magique, bien qu'elle sache que ce n'était que la combustion de l'oxygène par…

Elle gravit les derniers mètres et son sourire se figea.

Certes, il y avait un feu. Un très grand feu, magnifique, étincelant, apportant des vagues de chaleur vers son visage. Un peu trop grand, peut-être. D'habitude, jamais le feu n'était assez grand pour elle, mais là… Beaucoup trop grand. Flammes rouges, cœur doré, braises luisantes. Un brasier.

En guise de bûches, la chapelle de ses parents.

Feu destructeur.

Incendie.

Elle laissa tomber les fleurs qui s'éparpillèrent sagement sur le sol. Des chrysanthèmes, les premières de l'automne.

Etait-ce un hasard que ce soient ces fleurs-là que l'on utilise habituellement pour fleurir les tombes ?

Elle se détourna, hurla, courut le plus vite possible tandis que la chaleur se faisait insoutenable dans son dos. Les premières voitures commencèrent à arriver, la sirène des pompiers résonna à ses oreilles alors qu'elle essayait de la couvrir avec ses cris. Elle savait, de toute façon. Les flammes étaient bien trop hautes et le feu bien trop vorace pour que ses parents aient eu la moindre chance de survie.

Des fois, elle aimerait pouvoir se maudire, elle et son intelligence qui l'empêche d'espérer.

Elle ne verra plus ses parents.

Jamais.

On trouva vite le pourquoi du comment. Le feu qui devait être surveillé avait été abandonné quelques instants. Le vent avait soufflé, quelques braises s'étaient lovées dans le bois de la chapelle et dans les arbres, tout s'était embrasé. Voilà. Une explication simple et rationnelle pour faire passer les deux morts dans l'incendie. C'était tellement rapide !

Des corps, on ne retrouva que quelques os et un peu de chair carbonisée qu'ils enterrèrent dans le cimetière voisin. On pleura le curé, si gentil, si honnête, et sa femme si travailleuse et si douce. De l'enfant, on n'entendit plus parler…

Un enfant tenait justement la main d'un homme, tête résolument baissée et yeux rivés sur le sol. Une fillette. Elle connaissait vaguement l'identité de l'homme qui l'emmenait, il était déjà venu plusieurs fois à la chapelle…

Il lui avait dit qu'il l'emmenait dans une maison pour des « enfants comme elle », et elle ne comprenait pas. Enfants comme elle ? Tous les enfants étaient comme elle ! Alors qu'est-ce que ça voulait dire, au juste ? Et puis, elle n'aimait pas vraiment la façon dont l'homme lui avait parlé. Il la prenait pour une idiote, sans doute ! Elle savait que ce n'était pas une maison, mais un… orphelinat…

Sur le chemin, elle réfléchit. Que lui restait-il, telle était la question. Sa vie avait brûlé. Elle n'était même pas quelqu'un qu'on pouvait appeler, nommer, définir. Alors, que lui restait-il ?

La réponse fut nette et claire. Son intelligence.

Qu'en faire ? C'était la seconde question. Sûrement être la meilleure possible. La plus forte, en quelque sorte. C'était ce que ses parents voulaient, non ? Ils le lui avaient souvent dit. « Essaie d'être la plus forte possible, ma puce. C'est devenu malheureusement essentiel pour vivre. Mais ne t'en fais pas… Dieu t'aidera si tu crois en Lui… »

Ca ne devait pas être si compliqué… Bien. C'était décidé. Elle serait la meilleure, tout simplement. Ce serait son seul objectif.

Elle entendit qu'on poussait deux grilles de fer, puis, après quelques minutes, elle entra dans un endroit où il faisait chaud. Elle entendait des rires et des cris d'enfants, et un petit rictus s'étira sur ses lèvres. Comme elle ? L'homme s'était trompé. Ils n'étaient pas comme elle.

L'homme poussa une autre porte et elle pénétra dans une pièce sûrement plus petite. La curiosité finit par l'emporter sur son envie de rester la tête baissée, et elle releva cette dernière pour regarder autour d'elle, analysant tout ce qu'elle voyait, ses yeux s'agrandissant comme pour engloutir l'endroit. Deux personnes se disputaient. Le vieil homme et un autre qui était assis devant un bureau, et d'après ce que la fillette voyait, le vieil homme prenait son parti et l'autre était contre elle. Elle écouta plus attentivement.

- C'est une fille, bon sang, éructa l'homme derrière le bureau. Tu sais parfaitement qu'on ne prend pas de filles à la Wammy's ! Elles ne sont pas… Pas aussi…

- Ce n'est pas une règle ! Elle est aussi intelligente que n'importe quel garçon ! Fais lui passer les tests, protesta le vieil homme.

L'autre soupira et se rassit, ayant l'air profondément fatigué. Elle le regarda avec perplexité jusqu'à ce qu'il reprenne la parole.

- Tu nous amènes beaucoup d'orphelins ces derniers temps…

- Et ils sont tous dans les « normes » de la Wammy's, riposta le vieil homme.

L'autre acquiesça, puis se tourna vers la fillette qui le regardait toujours. Un instant, il croisa son regard et se figea. Derrière le vert des prunelles, derrière les apparences, il voyait une intelligence démentielle, gigantesque, complexe. Presque impossible à imaginer et à comprendre. Il n'y avait qu'une seule– ou peut-être deux – personnes depuis qu'il travaillait ici qui lui avaient fait cette impression. Un gamin aux yeux charbonneux et aux cheveux broussailleux, arrivé en hiver, le jour de Noël, et un autre presque pareil, aux yeux r…

- Alors ? s'impatienta le vieil homme.

L'autre déglutit et échappa à l'examen des yeux de la petite. Il se leva et alla vers elle.

- C-Comment t'appelles tu… Fillette ?

- Je n'ai pas de prénom.

Elle avait une voix froide, mécanique, comme débarrassée de tous ses sentiments. Une voix d'adulte qui aurait souffert, encore et encore et encore et encore…

- C'est impossible, remarqua l'homme en fronçant les sourcils. Tout le monde a un prénom.

- Pas moi. J'étais sensée en avoir un, certes, mais seulement à sept ans, après mon baptême. Pour recevoir mon identité après que mon corps ait accueilli Dieu en lui, vous comprenez ? Sinon je ne serais pas pure…

Il ouvrit grand les yeux. Son élocution était absolument parfaite, peut-être la plus parfaite parmi tous les enfants rassemblés ici. Même si elle n'était pas la plus intelligente de tous, elle avait au moins un langage adéquat… Et elle discourait sur la religion, en plus… Comment une fillette de six ans pouvait-elle savoir – non, comprendre - ça ? Certes, il y avait eu des garçons qui comprenaient, mais…

Il soupira encore. Mais peut-être s'était-il trompé. Peut-être y avait-il des filles capables d'intelligence. Peut-être. Ou peut-être pas.

- Bien… Watari ? Nous la gardons.

Le vieil homme s'inclina et sortit discrètement de la pièce, laissant la fillette et l'homme seuls, à se regarder en chiens de faïence. L'homme réfléchissait à toute allure. Le point positif, avec le fait qu'elle n'était pas nommée, c'était qu'elle ne risquait pas de dire son prénom à tort et à travers. Il ne lui restait plus qu'à lui trouver son pseudonyme…

Bon… Elle était la seule rescapée du feu qui avait détruit sa maison, non ? Alors, il allait l'appeler…

- Alive*. Tu t'appelleras Alive, c'est d'accord ?

Elle parut soudain effrayée.

- Mais, balbutia t-elle, je ne vais pas être possédée par le Malin ?

- Non, c'est un nom spécial, inventa t-il à toute vitesse. Il te protégera…

C'était certes un mensonge, mais si cela pouvait la rassurer, il pouvait le dire. Il préférait que les enfants d'ici se sentent en sécurité, alors, un mensonge aussi petit que celui-ci, surtout qu'elle saurait la vérité en grandissant… Quelle importance ?

Elle acquiesça et se tourna vers la porte, considérant manifestement qu'elle n'avait plus rien à faire ici, ce qui n'était pas faux. L'homme se leva et la prit par la main.

- Viens, A. Je vais te présenter aux autres…

Elle mit quelques secondes avant de comprendre que c'était à elle qu'on parlait, probablement parce que « A » n'était pas un prénom courant. Ils sortirent du bureau et allèrent dans le hall où les enfants commençaient à se rassembler, une grande foule presque totalement silencieuse. Parce que chacun se souvenait parfaitement du jour où lui aussi s'était retrouvé devant les autres. Après la mort de leur famille, après l'enterrement, on les dépouillait de leur identité et on les menait face aux autres, avec un nouveau nom. Une nouvelle vie.

- Voici Alive.

Une phrase simple, qui fit murmurer les enfants, comme toujours. On comparait, jaugeait, soupesait le nouvel arrivant en fonction de son prénom. L'homme continua à parler, racontant succinctement comment ses parents étaient morts et recommandant aux orphelins présents d'être gentils avec elle. Chacun opina du chef, puis, quand l'homme eut fini de parler, ils se dispersèrent comme une volée de moineaux. Soudain, une voix retentit, appelant l'homme qui dut laisser la petite avec pour seule indication celle de sa chambre. La 211.

Elle la trouva bien vite, une porte parmi tant d'autres et portant le chiffre indiqué. Simple, si simple… Tout était simple…

Elle ouvrit la porte et plissa les yeux à cause du manque de lumière. Il faisait très sombre ici, les volets fermés ne laissant filtrer qu'un mince rai de lumière dans lequel la poussière dansait, et il y faisait froid. Quoique, cela ne la dérangeait pas, pas du tout. La chaleur l'aurait dérangée. Mais pas le froid, le froid mordant qui surviendrait d'ici quelques mois, ou léger comme ici.

Soudain, à la limite de son champ de vision, là où les choses devenaient floues et déformées, un mouvement presque imperceptible l'alerta. Elle se retourna vivement, du côté de l'armoire. Une forme sombre sortit du coin formé par le mur et le meuble, et se releva. Elle avait retenu son souffle pendant que la Chose s'extirpait du recoin, anxieuse, et se remit à respirer quand elle put enfin voir ce que c'était. Un garçon. Un garçon plus âgé qu'elle, c'était indéniable – peut-être neuf ans – aux vêtements simples, aux cheveux noir encre, assez lisses. Quelqu'un de banal, assurément… Sauf par les yeux.

Des yeux rouges. Rouges, rouges, rouges, comme le feu, un bûcher, un brasier, une brûlure, des braises… Un incendie…

- C'est toi, la nouvelle ? J'imaginais quelqu'un de plus vieux, pas une gamine.

Il avait dit ça sur une voix traînante, narquoise, un peu aigue. Il n'avait pas mué, se dit-elle. Mais elle aimait bien cette voix. Seulement, son ton doucereux lui déplaisait. Il lui donnait l'impression d'un fauve, ou d'un serpent qui hypnotisait ses proies avant d'attaquer. Dangereux.

Impression renforcée par les gouttes noires qui roulaient sur sa main et qui tombaient sur le sol froid sans un bruit. Elle ne savait pas ce que c'était, et ne voulait pas savoir. Jamais.

- Alors ? Qui es-tu ?

- Je suis A, répondit-elle d'un ton parfaitement neutre.

Les yeux s'embrasèrent et le garçon émit un grondement qui la fit frémir. Dangereux.

- Et toi ? demanda t-elle.

- Je suis B, grogna t-il après un silence.

- Donc, je te suis supérieure, nota la fillette. Puisque le A domine le B.

Il gronda encore, plus fort, et ses yeux devinrent deux fentes menaçantes. Dangereux.

- Ne t'estime pas au dessus de moi, gamine, siffla t-il. C'est moi le meilleur ici. Depuis toujours.

Elle plissa les yeux et soutint son regard haineux sans ciller. Dix secondes. Vingt. Cinquante.

Les larmes roulaient sur ses joues et ses yeux brûlaient, mais elle – aucun, en fait – ne voulait détourner le regard, battre des paupières… perdre. Perdre cette guerre si stupide, si infantile. Une guerre d'honneur. Les prunelles rouges du garçon, et celles vertes pâles de la fille qui reflétaient les autres, encore… Comme dans un miroir. Le rouge qui renvoyait le vert, le vert qui renvoyait le rouge.

Un crissement contre la vitre fit tourner la tête du garçon, par pur réflexe. Aussitôt, un sourire s'étira sur les lèvres de la plus jeune alors que l'autre se tournait vers elle en feulant comme un tigre blessé. Son sourire ne disparut pourtant pas. « J'ai gagné », articula t-elle silencieusement. Ils restèrent quelques secondes sans bouger, puis le garçon sortit la tête haute de la pièce.

Sans oublier de lancer son poing couvert de gouttelettes sombres dans la mâchoire de la fillette.

Elle se laissa totalement faire, ses yeux étant devenus vitreux. Rien, pas un sentiment, absolument rien. Les larmes perlèrent mais elle n'émit pas un son. Etre parfaite, c'était ne pas montrer de sentiment, ou alors toujours le même. La première option lui convenait à merveille.

Elle savait désormais deux choses.

Ce garçon n'était pas son ami.

Oh, et elle était meilleure que lui.


« - Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux !

- C'est pour mieux voir, mon enfant.

- Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents !

- C'est pour mieux te manger.

Et en disant ces mots, le loup se jeta sur le Petit Chaperon Rouge et la mangea.»

Le Petit Chaperon Rouge – Grimm


Backup* essuya sa main sur une des serviettes de sa salle de bain. De longues traînées rouges s'étendaient désormais sur la blancheur parfaite de la serviette. Il gronda encore. Le blanc lui rappelait bien trop cette gamine qu'il venait de rencontrer… A ? Et puis quoi encore ? C'était lui qui était au-dessus des autres, normalement ! Lui qui avait la meilleure lettre, la plus haute placée, voilà qu'on décidait de le redescendre… Son poing s'abattit sur le mur. Elle n'avait pas le droit. C'était le premier qui l'approcherait, le premier qui le verrait, le premier qui lui parlerait, et pas elle… Oh non, surtout pas…

Celui qu'il admirait. L.

Il était certain que c'était une forme de perfection. L. L qu'on lui avait présenté comme le plus brillant de tous les enfants de l'orphelinat. L qui, à 10 ans seulement, avait déjà résolu trois cas réputés impossibles. L, enfin, que chaque enfant ici devait surpasser…

Il devait le rencontrer. Et pour cela, il devait être le meilleur. D'entre tous. Ce devait être lui, et non pas cette gamine qui…

- Backup ? C'est l'heure de dîner, l'interpella une surveillante derrière la porte de sa chambre.

Il soupira et se dépêcha de changer de t-shirt, le dernier qu'il avait mis étant parcouru d'une longue trace écarlate. Un rictus se dessina sur le visage pâle. Sans doute que, si la gamine trouvait le cadavre de la mésange derrière l'armoire, elle en serait épouvantée. Il avait juste voulu voir comment était fait le corps d'un oiseau… Et puis, cette mésange était empêtrée dans les taillis épineux qui bordaient le mur ouest, ses ailes étaient déchiquetées, elle n'aurait jamais pu survivre… Autant qu'elle serve à quelque chose, non ?

Il sortit les mains dans les poches, son regard glissant sur les choses sans y prêter attention. Il avait appris à voir sans regarder, chose plus compliqué qu'il n'y paraissait.

En même temps, être forcé de contempler les chiffres et les lettres dansants au dessus de chaque personne qu'il croisait lui donnait la nausée. Il détestait ça, ça le rendait malade, mais il y était obligé. Même cette grosse surveillante avait ces chiffres qui changeaient perpétuellement et ces lettres orangées qui tournoyaient… Les lettres, il avait compris ce que c'était, ou ce qu'elles formaient plutôt. C'était le nom des gens qui flottait au dessus de leur visage. Par contre, les chiffres… Il préférait ne pas comprendre. Cette litanie de nombres l'effrayait un peu.

Il se retrouva dans la salle à manger parmi tous les autres enfants qui s'écartaient prudemment sur son passage. Il avait une réputation de malade mental parmi les autres, et cela lui convenait parfaitement puisqu'au moins on lui fichait la paix. Et c'était tout ce qu'il demandait, un peu de calme. Si seulement les signes qui tournaient pouvaient faire de même…

Il s'assit et jeta un bref coup d'œil à la foule autour de lui. Il n'y avait pas la gamine, ce qui le déçut un peu. Il voulait vérifier quelque chose, quelque chose qui lui semblait impossible parce qu'il ne l'avait jamais vu. Elle ne pouvait pas, c'était impensable !

Il avait cru voir que… Non, il délirait… Il faisait juste trop sombre… Il avait eu l'impression qu'elle… N'avait pas de prénom…

Mais c'était impossible, hein ? Tout le monde avait un prénom ! Même lui, bien qu'il ne s'en souvienne qu'à demi, mais tout le monde en avait. Un point c'est tout. Oui, il avait dû tout simplement faire trop sombre…

Son regard s'arrêta sur une suite de chiffres qui lui semblait courte, vraiment trop courte. Beaucoup plus que n'importe laquelle qu'il avait pu voir. C'était un petit garçon au milieu de ses amis qui portait cette suite…

Klaus Evans

10

Le garçon rit, piqua un morceau de viande, l'avala… Se mit à tousser. Son ami rit également et lui tapa dans le dos mais il continua à tousser bruyamment, son visage se congestionnant de plus en plus au fur et à mesure que le temps s'écoulait.

3

"Ces chiffres... Il ne voulait pas comprendre, il ne voulait pas savoir, laissez-le dans l'ignorance, putain !"

Le garçon glissa de sa chaise alors qu'autour de lui, l'on s'affolait et on demandait une aide qu'un seul savait inutile. Backup crispa ses doigts sur le bois de sa table.

2

"CACHEZ CES CHIFFRES !"

Les mains de l'autre s'agitèrent convulsivement. Il ne voulait pas finir maintenant et comme ça, personne ne veut finir de cette façon, si bête, si simple pourtant…

1

"Laissez-moi fermer les yeux, je ne VEUX PAS SAVOIR !"

Une larme roula sur sa joue et il essaya désespérément de respirer. Ses yeux bleus croisèrent ceux, écarlates et stupéfiés du seul qui savait. Le seul qui saurait. « Aide-moi », le supplia t-il du regard. Mais il ne pouvait pas. Il était statufié sur sa chaise, devinant ce qu'il allait se passer avec une angoisse qui lui tordait le ventre. L'angoisse de la vérité inéluctable.

Les yeux de Klaus Evans devinrent aveugles au moment où la danse des chiffres et des lettres orange cessa au-dessus de lui. Comme si un coup de vent avait soufflé sur une nappe de brouillard ou une flamme de bougie. Plus rien au-dessus du petit corps. Tout avait été emporté, vie comme identité. Si simplement. D'un seul coup, comme ça. On vivait, puis on mourrait, et cela était inévitable.

La mort était un grand coup de vent. Et Backup avait tout vu, pétrifié, incapable de fermer les paupières pour ne pas voir la vie se faire emporter par cette rafale.

Il se releva. Dans la précipitation et l'angoisse générale, personne ne le remarqua, bien évidemment. Il courut loin du cadavre, de la foule de signes orange et de brouillard. Il avait peur, peur de lui-même et de ce qu'il pouvait voir. Un monstre. Il était un monstre.

Il voyait… Il voyait ce que les autres ne devaient pas voir. Ne pouvaient pas voir.

Peu à peu, le bruit s'atténua, il put enfin respirer dans la pénombre et le silence. Loin, loin des gens, loin de la mort et de la vie, loin de tout ça… Et un bruit de pas léger se fit entendre dans le couloir où il s'était abrité. Il gronda et montra les dents à l'intruse. La gamine. Il eut envie de se défouler sur elle, de la rendre coupable de ses malheurs, de s'acharner sur elle. Mais il voulait voir, aussi. Pas les chiffres, non, mais son prénom.

Et il avait eu raison. Il n'y avait rien, rien à part un brouillard vaguement orangé. Elle n'avait pas d'identité, elle n'existait pas vraiment. Un pseudonyme parmi tant d'autres, mais elle n'avait pas de vie. Rien qu'une fin.

- Tes yeux. Pourquoi sont-ils rouges ?

Elle avait dit ça d'une voix atone, dénuée de sentiments. Peut-être n'éprouvait-elle aucune sensation puisqu'elle n'avait pas d'identité. Et sûrement s'en fichait-elle de ceux qui pouvaient en ressentir. Mais au moins, il avait une réponse. Il la lui cracha au visage, apeuré, désireux qu'on le laisse tranquille. Même s'il devait lui faire mal ou se trahir. Même si elle le prenait pour un monstre, après.

- C'est pour mieux voir la mort, mon enfant.

Qui n'a jamais entendu cette phrase ? Ou tout du moins la vraie ?

Elle eut au moins l'effet escompté. Le masque impassible se fissura une brève seconde et elle fut véritablement effrayée. Elle fit demi-tour rapidement, et Backup vit les cheveux blonds disparaitre au fond du couloir.

Il put enfin se replier sur lui-même et se taire, ses épaules tressautant au rythme de ses sanglots silencieux. Et sans larmes.

Parce que, s'il pouvait voir la mort, il lui était impossible de pleurer avec ces yeux écarlates.


*Alive veut dire vivante, en vie.

*Backup veut dire sauvegarde, copie.

*Oui, alors, pour le système de date de mort... Je dois avouer que j'ai pas lu Death Note (que jusqu'au 6 en fait) et que donc, comment dire... j'ai pas pigé le truc quoi TT^TT Pleaaaase, si c'est pas ça, corrigez-moi gentiment ! Merci ^^

Rendez-vous au prochain chapiiiitre ! Merci d'avoir lu, et tshouze !