La journée s'est terminée tranquillement. J'ai quitté le JAG avant Harm. Je suis rentré chez moi pour faire un peu de ménage et surtout pour me remettre de mes émotions. Je me suis assise de longues minutes sur mon canapé et j'ai regardé l'ensemble de mon appartement. Je ressens un petit pincement au cœur en sachant que je vais devoir quitter cet endroit pour toujours. Mais après tout, je suis heureuse, je vais vivre avec Harm et nous allons nous marier. Nous allons passer chaque jour l'un auprès de l'autre, je sentirais ses bras autour de ma taille en me réveillant le matin, son souffle sur ma peau avant de m'endormir le soir.
Je crois que je peux enfin être heureuse. Même si tous les jours ne seront pas parfait, si nous serons en désaccord de temps à autre, je sais que je serais heureuse auprès de lui. Que nous vivons ici, ou en Europe, peut importe, nous serons ensembles, et c'est tout ce qui compte pour moi.
Je respire profondément. J'ai envie de crier ma joie sur tous les toits. Je prends mon téléphone. Je sais qui je peux appeler et qui serait autant heureuse que moi.
Je souris et compose son numéro. J'attends quelques instants avant d'entendre cette voix que je connais si bien, à l'autre bout du fil.
- Roberts.
-Bonjour Harriet, c'est Mac, dis-je en souriant.
-Bonjour Mac, comment allez-vous?
-Bien, je vous remercie, et vous? Les enfants vont bien?
-Ooooh oui, tout va bien, ils poussent à une vitesse incroyable et AJ continue de prendre très à cœur son rôle de grand frère.
-Cela ne m'étonne pas, dis-je en riant.
-Le Capitaine Rabb m'a dit que vous vivez chez lui à nouveau.
-Oui, oui je…c'est pour cette raison que je vous appelle, j'avais besoin de parler de ça à quelqu'un.
-Quoi donc? Quelque chose ne va pas?
-Si, si…je…le Capitaine et moi…allons nous marier.
Il y eu un instant où je n'entendis plus rien avant qu'Harriet ne laisse éclater sa joie ouvertement.
-C'est merveilleux Mac, je suis contente pour vous, c'est une excellente nouvelle.
-Merci Harriet.
-Vous partez avec lui en Europe dans ce cas.
-Oui, il vous en a parlé?
-Il a proposé à Bud de venir faire partie de son équipe s'il décidait de partir mais il devait encore réfléchir à cette promotion.
-Mais?
-Je dois dire que la proposition est intéressante mais, notre vie est ici, Bud doit se rendre à Bethesda régulièrement et ils ont le meilleur service de rééducation.
-Je comprends parfaitement, ne vous inquiétez pas. Je suis certaine que Harm comprendra lui aussi.
-Je n'en doute pas, Madame, mais je regrettes tout de même de ne pouvoir venir avec vous.
-Ne vous inquiétez pas, nous nous reverrons le plus souvent possible, je tiens à savoir comment grandit mon filleul et puis, vous faites partie de ma famille. Et d'ailleurs, à ce titre, j'aimerai vous demander un service, j'aimerai faire une annonce officielle sur notre mariage et je pensais le faire au Mc Murphy, ce soir, vous croyez que vous pourrez venir avec Bud?
-Oui, bien entendu, il ne devrait pas tarder à rentrer.
-Très bien, alors disons à sept heures trente ce soir, ça ira?
-Oui, nous serons là, avec joie.
-Entendu, je vous dis à tout à l'heure alors, je vais me préparer et sans doute commencer à ranger quelques unes de mes affaires, puisque nous avons trois jours. Harm prendra ses fonctions dans son nouveau bureau lundi de la semaine prochaine, le temps pour nous de nous installer.
-Un logement est prévu?
-Oui, pour le moment, mais nous réfléchissons à prendre un autre logement par la suite.
-Vous y avez déjà beaucoup réfléchi à ce que je vois.
-Eh bien, nous avons passé une grande partie du déjeuner et de l'après midi à le faire, je pense que nous avons franchis une étape importante, il nous est plus simple de parler tous les deux et nous en profitons.
-Vous m'en voyez ravie.
Je souris et respire profondément. Je suis bien, en effet. Et avoir parlé avec mon amie me fait me sentir mieux également. Je sais que je n'ai pas fait d'erreur. Et je veux partager ce bonheur avec toutes ces personnes qui partagent ma vie et que j'aime.
Je regarde un instant la bague qui se trouve à mon doigt. Elle est sublime. Elle appartenait à la mère de Harm. Elle lui vient de son père et j'en suis flattée.
-Colonel?
-Oh non, plus de Colonel Harriet, je vous en prie.
-Excusez moi….je vais vous laisser pour que vous puissiez vous préparer et ranger quelques affaires.
-Oui, merci, nous nous verrons plus tard, à tout à l'heure.
-Au revoir, à plus tard.
-Au revoir Harriet embrassez les enfants pour moi.
-Je n'y manquerais pas.
Elle raccroche et j'en fais de même. Je soupire bruyamment et je compose le numéro de Harm. Je tombe sur sa messagerie. Je lui laisse un message. Nous avons tous rendez-vous à sept heures trente au Mc Murphy. Harm doit convaincre Jen et le Général de venir, après tout lui aussi est concerné, il va enfin savoir pourquoi je refuse sa proposition.
L'Amiral Chegwidden quant à lui, n'est plus en ville depuis quelques temps, j'aurais voulu qu'il soit parmi nous. Mais il en sera informé et bien entendu, il sera invité à notre mariage, j'ai besoin de quelqu'un qui me conduise à Harm et personne d'autre que l'Amiral ne pourrait le faire.
Je me décide enfin à me lever et à entrer dans ma chambre. Je cherche la tenue idéale pour cette soirée. Rien. Mon armoire est pleine et pourtant, je ne trouve pas ce que je veux. J'hésite entre plusieurs robes. Une me semble bien. Je l'aime beaucoup. Une longue robe rouge, un large décolleté et une longue fente sur la jambe gauche et s'ouvrant jusque sur la cuisse. Oui, elle est parfaite. Je vais pouvoir séduire Harm avec cette robe. Il me suffit de défaire mes cheveux et de me maquiller un peu et ce sera parfait. Peut être même que nous fêterons nos fiançailles ce soir, tous les deux. Je souris largement en pensant à la nuit que je pourrais passer dans les bras de Harm.
Je pose la robe sur mon lit et je la regarde un instant. Harm va l'adorer.
Je rejoins la salle de bains pour un bain avant de me préparer. Je savoure ce moment de détente. Je ressors de l'eau et je m'habille. Je passe de la lingerie fine, il ne faut négliger aucun détail. J'ai envie de le rendre fou de moi. Je me maquille un peu et me coiffe avec soin. Harm m'a envoyé un message. Il m'attend au Mc Murphy et il a réussit à faire venir Sturgis, pour Jen et le Général, il ne sait pas. Il me dit qu'il a choisi une tenue spéciale pour fêter dignement nos fiançailles, lui aussi y a pensé.
Je passe mes chaussures et prends mon sac. Je jettes un dernier regard à mon appartement avant de fermer la porte derrière moi. Je n'ai que quelques minutes avant de devoir retrouver mon fiancé au bar. J'ai appelé un taxi, je devrais être à l'heure. Je descends doucement au rez-de-chaussée et j'attends quelques instants sur le trottoir.
Le taxi ne tarde pas. Je monte à l'arrière et attends patiemment qu'on arrive. Pendant le trajet, je regarde les béquilles que j'ai posées à côté de moi. Bientôt, je n'en aurais plus besoin. Bientôt je n'aurais besoin plus que d'une chose, une seule et unique personne. Harm. Lui et lui seul.

Nous sommes arrivés. Le temps m'a paru interminable pour venir. J'emprunte la ruelle sombre que je connais bien. J'avance doucement, je ne sais pas encore marché convenablement, je dois faire attention. Je regarde l'enseigne lumineuse un moment. Je suis allé au Mc Murphy tant de fois, qu'il m'est impossible de toutes me les rappeler. Et pourtant j'en ai des souvenirs, une quantité. Des tristes, des douloureux, des heureux aussi. De nombreux événements se rappellent à moi, mais je ne dois pas y penser. Il n'y a que l'instant que je m'apprête à vivre qui compte, rien d'autre. Je vais fêter mes fiançailles, ici, ce soir, avec Harm.
Je souris largement et je me dirige vers la porte d'entrée. Je jettes un regard à l'intérieur. Harm est là, assit au bar, discutant avec la serveuse. Il va falloir que je reste sur mes gardes. Je ne suis pas d'un naturel jaloux, certes, dans les limites du raisonnables dirons-nous, mais à présent il est mon fiancé, pas n'importe qui.
Je soupire bruyamment et je pousse la porte toujours en souriant. J'avance dans sa direction sans le quitter du regard. Il porte son uniforme. Pas n'importe lequel. Son uniforme de cérémonies. Qu'est-ce qu'il peut être séduisant là dedans. Sait-il qu'il suffise qu'il le porte pour que je tombe follement et immédiatement amoureuse de lui? Peut qu'il le sait, peut être pas…Mais quoiqu'il en soit, je suis totalement conquise. Je vois, en effet, qu'il s'est lui aussi, mis sur son trente et un pour cette soirée bien spéciale.
Il se tourne vers moi et me sourit. Son sourire. Comment résister à un sourire pareil? Pourquoi résister?
Je lui souris en retour et il se lève alors que j'arrive à sa hauteur , en tout bon gentleman qu'il est. Je m'approche doucement de lui.
-Salut, dis-je sur mes lèvres, avant d'y déposer un délicat et tendre baiser.
Nous nous sourions de plus belle et nous nous asseyons. Harm se contente d'effleurer doucement mon dos lorsque je prends place à côté de lui. Un frisson parcourt mon corps tout entier. Mais comment fait-il pour que cela m'arrive à chaque fois?
Je me perds dans le bleu de ses yeux un moment. J'aime m'y perdre, depuis longtemps déjà. Puis, je suis interrompue par la voix de la jeune femme derrière le bar et je reprends pieds dans la réalité.
-Qu'est-ce que je vous sers?
-Un soda citron s'il vous plait.
Je me tourne un peu vers Harm. Il me sourit sans quitter mon regard.
-Pourquoi souriez-vous comme ça Commandant?
-Parce que je suis heureux…la femme de ma vie se trouve assise à côté de moi. Elle porte une robe superbe qui la rend encore plus belle…Il ne me faut rien de plus pour être le plus heureux des hommes.
-Mmm mais ça ressemble fortement à un compliment ça.
-S'en est un.
Il approche sa main de la mienne et s'en saisit avec délicatesse. Puis, doucement il attire nos mains liées vers sa bouche et dépose un baiser sur ma peau. Nous ne nous quittons pas du regard. Harm prend son verre de la main libre et m 'invite en silence à en faire de même. Il le tend et je l'imite.
-Tu ne veux pas attendre les autres? Bud et Harriet ne devraient pas tarder.
-Nous trinquerons avec eux, mais avant, faisons le tous les deux, rien que toi et moi.
-Très bien, et nous trinquons à quoi? Dis-je en souriant, connaissant sans doute parfaitement la réponse.
-A nous, me murmure Harm du bout des lèvres.
Je lui souris et approche mon verre du sien.
-A nous, dis-je sur le même ton que lui avec d'effleurer son verre avec le mien.
Il me répond simplement par un tendre sourire et nous buvons une gorgée tous les deux. Je repose mon verre sur le comptoir et resserre mes doigts aux siens. Je me perds rapidement dans mes pensées en regardant la bague que m'a offerte Harm. Elle veut dire tellement pour moi. Et le fait que ce ne soit pas un bijou à grande valeur financière et acheté dans une quelconque bijouterie me touche particulièrement. Elle lui vient de sa mère, son père avait dû la lui offrir avec sa toute petite paie de soldat. Pour moi elle vaut beaucoup.
-Elle te plait vraiment alors?
-Oui, elle est superbe…merci, tu n'aurais jamais pu me faire un plus beau cadeau que celui-là…je crois te l'avoir déjà dis, non? Dis-je en souriant.
-Tu m'as dis que tu la trouvais belle, mais pas que c'était le plus beaucoup cadeau que je pouvais te faire…Et je voulais être certain qu'elle te plaise vraiment et que tu souhaite réellement m'épouser.
-Sache que je n'ai jamais été aussi sûre de moi.
Il s'approche doucement, se levant pour me prendre contre lui.
-Tu m'en vois ravi, murmura-t-il avant de m'embrasser tendrement.
Après ce baiser, il s'éloigne à nouveau et s'apprête à s'asseoir, lorsque quelque chose attira son attention dans mon dos. Il sourit largement. Je m'apprêtes à me retourner pour voir pourquoi il se trouve dans cet état, lorsque nos deux amis arrivent à notre hauteur. Bud et Harriet sourient largement tous les deux. Ils sont heureux pour nous, je le vois, on peut facilement lire sur leurs visages, je sais qu'ils sont sincères.
-Bonsoir Commandant, lança Bud en lui tendant la main, félicitations.
-C'est fantastique, lance Harriet avec émotion.
Elle se dirige vers moi, et m'offre une étreinte amicale et chaleureuse à laquelle je réponds avec joie.
-C'est une soirée exceptionnelle.
-Merci de vous être libérés si rapidement, répond Harm à Bud.
-Vous voulez rire? Lance Harriet en se détachant de moi, on aurait jamais voulu manquer ça, dit-elle avant de déposer un baiser sur la joue de Harm.
-Embrassons nous, dis-je à Bud avant d'allier les gestes à la parole.
-Félicitations, me répète mon ami dans mes bras.
J'échange un regard avec Harriet. Elle doit être autant heureuse que moi.
Harm leur propose un verre et je vois apparaître mes anciens collègues. Jen la première, suivit de Sturgis.
-Toute l'équipe est là, dis je en regardant Harm une nouvelle fois.
Je dois dire que je suis un peu tendue, mais tellement bien. Je suis entourée comme j'aime l'être.
-C'est ma tournée, lance Harm, qu'est-ce que je vous sers?
-Un Bloody Mary, répond Jen.
-Une Margarita, lance Sturgis
Avant que je n'ais le temps de le remarquer, le Général fait son apparition et s'adresse directement à Jennifer.
-J'ai eu votre message, je croyais que vous aviez crevé sans roue de secours, Quartier Maitre.
-Euh…le Commandant Rabb m'a demandé de vous faire venir ici par tous les moyens, dit-elle en lançant un regard à Harm.
Moi aussi je lui lance un regard. Harm ne changera jamais. Il est toujours prêt à tout. Et d'un côté je l'en remercie, sans cela je ne fêterais pas mes fiançailles avec lui.
-Alors j'ai menti, je sais qu'autrement vous ne seriez pas venu et quittes à vous surprendre ça n'aurait pas été la même chose sans vous Monsieur, finit Jen.
-Qu'est-ce que vous buvez Général, demande Harm à notre supérieur.
-Une Margarita, merci. Commandant, je crois savoir que vous emmeniez mon Quartier Maitre avec vous à Londres.
-A vrai dire, j'attendais le bon moment pour le demander au Commandant, lance Jennifer avec gêne.
-Je serais ravi de vous l'enlever, avec votre permission, répond Harm en souriant.
-A condition, que je donne mon accord, dis-je en riant.
Ils me regardent avec étonnement et je me tourne vers Harm. Celui-ci me sourit et se lève. J'en fais de même et trouve naturellement ma place dans ses bras, puisque je ne me repose pas sur mes béquilles et surtout parce que j'aime m'y trouver.
-Mac et moi nous avons une grande nouvelle, commence Harm.
Personne ne dit mot, attendant simplement qu'il continue sa phrase et qu'il ne laisse pas le suspens durer plus longtemps. Je me presse un peu plus contre lui et nous échangeons un regard.
-Nous allons nous marier, lance Harm d'une voix claire et forte.
Cette annonce est suivie par l'étonnement de Jennifer, de Sturgis et , bien entendu du Général.
-Formidable, lance l'officier supérieur, je savais que vous finirez par tomber sous le charme des Marines.
Nous rions tous de bon cœur et mes mains ne peuvent plus résister à l'envie de se promener sur le torse de Harm. A présent, ils savent tous, pas besoin de s'en cacher, j'ai envie que tout le monde sache.
-Que ferez vous à Londres, Mac? Demande Sturgis.
-Je n'y ai pas encore vraiment réfléchi, à vrai dire. Pour le moment je prendrais soin de mon époux et je continuerais ma rééducation. Afin de retrouver mon autonomie d'avant et de trouver un autre travail…peut être en tant qu'avocate ou conseillère, je n'y ai pas encore réfléchi.
-Alors, voilà la raison de votre refus de partir pour San Diego.
-En effet Monsieur, j'avais une bonne raison et surtout une chance que je ne voulais pas laisser passer cette fois.
- En tout cas je peux vous dire que vous semblez allez beaucoup mieux, en effet.
-Oui, grâce…à Harm, dis je en le regardant et en posant ma joue contre son torse.
-C'est un Marines, répond Harm, je n'ai pas fait grand-chose si ce n'est la supporter.
-Plains toi seulement, tu as raison, dis-je en riant, le regardant à nouveau.
-Pas une seule seconde. C'est pour ça que je veux te supporter toute notre vie.
Nous ne nous quittons pas du regard. Tous se taisent. J'ai l'impression que le bar tout entier est tourné vers nous, que nous sommes le centre du monde, le centre d'intérêt de chacun et pourtant, j'ai l'impression d'être dans une autre dimension.
Les verres de nos amis sont prêts et la serveuse nous rappelle à la réalité. Nous nous séparons un peu Harm et moi et nous levons nos verres à cette nouvelle vie. Notre vie, ensembles, lui et moi, Harm et moi.

FIN

Epilogue

Cinq ans, presque et demi. Cinq ans que nous vivons en Europe. Cinq ans que j'ai quitté Washington. Cinq ans que nous sommes mariés. Et je suis heureuse, comme au premier jour.
Aujourd'hui, je me trouve à la maison. Harm travaille. Il ne rentrera pas tard, il me l'a promis en partant ce matin, déposant un tendre baiser sur mes lèvres avant de sortir de notre maison.
Nous vivons en dehors de la ville. Pour Harm, c'est un peu contraignant, il doit partir tôt le matin pour ne pas arriver en retard, chose qui arrive que très rarement. Vivre avec moi ne lui a pas permis d'être plus ponctuel. Je dois dire que c'est moi qui me relâche même un peu. Mais je profite du temps présent, du temps passé aux côtés des gens que j'aime. Nous n'avons pas très longtemps habités dans le logement de fonction que nous proposait l'armée. Très vite, nous avions eu le besoin de nous sentir chez nous. Nous avons acheté une maison, avec un grand jardin, des fleurs et des arbres y poussent en toute quiétude. Nous passons beaucoup de temps tous les deux au-dehors, lorsque le temps nous le permet, ou dans cette maison chaleureuse et accueillante. Peut être est elle bien trop grande pour nous, mais nous recevons de temps à autre nos amis. Mattie, les Roberts, l'Amiral…Il y a encore un mois de cela, notre filleul est venu y passer quelques jours. Nous avons rapidement retrouvés nos anciennes habitudes, bien que le petit bonhomme ai pris quelques années et quelques centimètres. Mais j'ai beaucoup aimé nous retrouver tous les quatre.
Quatre? Eh oui, nous ne sommes plus seuls Harm et moi. Voilà déjà six mois et quatorze jours que nous avons accueilli une personne dans notre vie. Notre fille, Lynah. Un miracle? Sans aucun doute. J'ai réussi à tomber enceinte, Harm est plutôt coriace. Il sait ce qu'il veut et il s'y emploi. Pas la peine de dire que de nombreuses tentatives ont échouées, mais une, une a réussi. Notre petite fille lui ressemble beaucoup. Elle a ses yeux et son sourire. Pour sûr, elle va en faire chavirer des cœurs. Harm me dit qu'il n'y est pour rien. C'est de ma faute si elle est si jolie. Ben tiens, je m'en serais douté.
Enfin, quoiqu'il en soit, nous avons encore bien le temps, ne nous pressons pas. Pour l'instant, je savoure ce bonheur d'avoir une famille et un travail qui me plait.
Je travaille dans une université de droit. Spécialiste en droit international. J'ai des heures qui me permettent de passer un maximum de temps auprès de ma famille. Tout comme Harm, je ne me tue plus à la tâche, il y a plus important que ma carrière. Je le sais depuis un certain soir de décembre qui m'avait valu de perdre l'usage de mes jambes pendant plusieurs mois.
Ainsi va notre vie à présent. Nous sommes heureux. Depuis la naissance de Lynah nous ne bougeons plus trop certes, mais avant nous avons visités une quantité de villes Européennes. Paris, Rome, Prague, Barcelone, Dublin….des endroits magnifiques mais qui ne valent pas notre chez nous où nous revenons toujours.
Harm quant à lui se déplace souvent. Il n'enquête plus sur le terrain, certes, mais il lui arrive de partir dans des zones de conflits, ce qui me rend toujours nerveuse et inquiète. De plus, il lui arrive encore de voler de temps à autre. A chaque fois qu'il s'en va, il tente de me rassurer du mieux qu'il le peut. Il sait que j'ai peur de le perdre et encore plus dans un accident d'avion qu'autre chose. Mais je lui ai dit que je voulais qu'il continu à le faire, je ne changerais pas d'avis. Je prends sur moi, comme j'en ai l'habitude.
Je souris en pensant à lui. Il a ce don. Celui de me rendre heureuse, sereine, confiante, alors qu'il ne se trouve pas ici avec moi.
Je soupire et regarde dehors. Il pleut. Il pleut souvent à Londres, ce n'est pas une nouvelle. Et je dois dire que la pluie est un grand facteur dans la venue de notre fille. Si nous n'avions pas eu tant de temps aussi maussade depuis cinq ans, nous ne nous serions pas appliqués tellement à la tâche. Je souris un peu plus tout en regardant les gouttes glisser doucement sur la vitre. Ce soir encore, lorsque Harm rentrera, lorsque nous nous serions occupés de notre fille, que nous l'aurions couché et que nous aurions mangé, ce soir, quand la nuit tombera sur la ville et sur la campagne londonienne, ce soir, nous nous retrouverons encore une fois. Nous passerons encore une nuit des plus exquises dans les bras l'un de l'autre, nous gouterons une fois de plus au corps de l'autre. Je frissonne.
Je dois me reprendre, ne pas y penser, pas avant ce soir. Il me reste trois heures avant que mon époux ne rentre du travail. Je ne dois pas craquer, sans cela, il risque de trouver dans son salon, une femme qui n'a qu'une envie qu'il lui fasse l'amour dans la seconde. Je dois dire qu'il est possible que ça lui plaise, mais je ne veux pas lui faire ce plaisir, je veux qu'il croit que je sais lui résister.
J'entends des petits gazouillements dans la pièce voisine. Lynah est réveillée. Je vais lui donner à manger et lui faire prendre son bain en attendant Harm. Demain ce sera son tour.
Je finis donc ici ma page. Il y aurait encore tant de choses à raconter sur moi, sur lui, sur elle, sur nous. Mais tout ceci est une autre histoire, celle-ci s'achève ici et j'espère de tout cœur que vous aurez aimé la lire, que vous aurez compris que parfois les choses ne sont pas aussi simples qu'elles semblent l'être. Sachez que pour certaines personnes il faut toucher le fond pour voir ce qui paraissait impossible, improbable, inexistant, ce faire comme une évidence devant soi. Parfois notre quotidien, notre vie ne nous permet pas de voir ce qui nous entoure, nous ne voyons pas qu'il arrive que d'autre éprouve les même chose que nous. Et pourtant, au fond, nous recherchons les même choses, au-delà de nos différences. Certains l'on comprit, moi je l'ai enfin comprit et c'est pour cette raison que j'ai enfin pu être heureuse, avec lui, cet homme qui m'a rendu meilleure et que j'ai failli perdre un bon nombre de fois pour ne pas avoir ouvert les yeux plutôt, pour avoir hésité, pour avoir douté…pour avoir aimé.

Sarah M. Rabb