BLESSURE MAGIQUE

J'étais le Seigneur des Bêtes d'Atlanta depuis la moitié de ma vie. Je suis le responsable de la vie de plusieurs centaines de Personnes Libres du Code. Certains vous diront qu'être en charge veut dire ordonner aux autres quoi faire. Ce n'est qu'en partie vrai. La direction veut dire faire ce que vous savez être la bonne chose à faire. D'après mon expérience ça implique rarement faire ce que vous voulez ou aimez.

Cette nuit n'était pas une exception. Je me trouvais à une réunion entre le Conseil de la Meute, les alphas de tous les clans, et le Peuple, des nécromanciens qui pilotaient les morts. Chez Bernard était un endroit neutre, un sanctuaire où toutes les personnes importantes d'Atlanta venaient pour être vues et se sentir importantes.

La violence était strictement interdite. Aucun problème, nous pouvions nous déguiser et bien nous comporter avec les baiseurs de corps de Nataraja. Pour le moment, il n'y avait aucun besoin d'entamer un conflit entre la Meute et le Peuple. La paix ne durerait pas toujours et un jour je regarderais ses yeux s'éteindre pendant que le Casino brûlera autour de lui.

Sur cette pensée plaisante, j'entrais dans le hall. Jim attendait avec les autres alphas, je lui fis un signe et il fit monter le groupe à l'étage. J'allais les rejoindre quand je détectais une odeur familière. Ce n'était pas possible. Pourquoi serait-elle là ?

Elle s'était introduite chez moi, avait foutu en l'air mes poids, et avait mit de l'herbe à chat sur mon lit. En réponse j'avais collé ses superbes fesses sur la chaise de son bureau. En gros nous faisions une danse de couples.

Pendant un moment j'avais pensé l'avoir perdue pour de bon, mais dans notre propre manière débile nous avions ravalé nos orgueils et nous avions fait un pas l'un vers l'autre. Nous savions tous les deux que ça ne serait jamais simple, mais ça ne serait pas faute d'avoir essayé. Je savais que Kate n'était pas universellement aimée par la Meute, mais ils me le devaient. J'avais saigné pour eux, j'avais arrangé leurs petites querelles. Je leur avais tout donné, et ils me donneraient cette seule chose. Ou je détruirais tout.

En atteignant le haut des marches je vis Jim réprimander un nouveau gars de son équipe, un nouveau larbin. Quel était le problème ? Peut-être qu'elle était là. Kate était un problème et je me demandais ce qu'elle avait fait pour énerver autant Jim. Peut-être que cette soirée ne serait pas autant ennuyante après tout. J'espérais juste ne pas entrer dans la salle pleine de mes alphas avec leurs fesses collées sur leur siège.

J'entrais dans la pièce et la cherchais du regard. Elle était à côté d'une table sur la gauche et pendant quelques secondes j'oubliais comment respirer. Kate était magnifique, ses cheveux étaient lâchés, elle s'était maquillée et portait cette robe. Elle était coupée bas sur le devant et on aurait dit qu'elle avait été faite pour elle.

Elle était à côté de Saiman.

Elle était ici avec lui. Elle portait cette robe pour lui. Elle était comme ça pour lui.

C'était comme si quelqu'un m'avait frappé. Le reste de la pièce cessa d'exister. Il y avait seulement moi, lui, et la distance entre nous. Pourquoi lui, pourquoi ici ? Est-ce qu'elle voulait me blesser de la manière la plus publique possible ?

Jim était à mes côtés, essayant de ma dire quelque chose. Je les fixais, essayant de comprendre. Le fils de pute me sourit et lui dit quelque chose que je ne pus comprendre. Je me concentrais et extirpais sa voix suffisante du bruit.

« … Voudrait dire la guerre. Il ne peut franchir la ligne d'un poil. »

Je souris presqu'à ça. Il pensait être en sécurité.

La voix de Jim brisa ma concentration.

« Pas ici.

Je savais qu'il avait raison mais m'en moquais.

— Je peux le faire disparaître, dit Jim à côté de moi. Personne ne le trouvera jamais. Je peux te l'amener enchaîné ou en pièces. Il faut juste attendre. Ne le fais pas devant elle. Nous pouvons le faire n'importe quand. Nous avons le temps. »

Je tournais mon regard vers elle et elle me fixait. Son regard était combattif. Non, ça allait se dérouler ici et maintenant. Elle pouvait essayer de m'arrêter, eh bien ils le pouvaient tous, mais elle allait me regarder le mettre en pièces. J'allais repeindre les murs et le sol avec son sang avant qu'il ne meure.

Le monstre rigola.

« Curran et moi avons certains points communs.

Oh, je devais entendre ça.

— Tous deux nous abandonnons au désir, protégeons notre fierté, souffrons de jalousie et utilisons nos ressources pour obtenir ce que nous voulons. Je me sers de ma richesse et de mon corps, il s'appuie sur le pouvoir que lui confère sa position. Tu dis que je ne te veux que parce que tu te refuses à moi. Il est motivé par la même raison. Je me souviens du moment où il est devenu le Seigneur des Bêtes. L'enfant roi, l'éternel adolescent qui se retrouvait soudain tout en haut de l'échelle, à qui l'on offrait des centaines de femmes incapables de se refuser. Les force-t 'il à entrer dans son lit ? Il a dû le faire au moins une fois ou deux. »

Quoi ? Cet enculé gluant était en train de lui dire que j'étais un violeur. Le gars qui aurait baisé un serpent s'il y avait vu un avantage. Je n'aurais jamais, jamais…

Kate, dis-lui que ce n'est pas vrai. Dis-lui que tu ne le crois pas. Dis-lui.

Elle ne dit rien.

Je l'avais voulue, et je pensais qu'elle me voulait. J'avais été bien, j'avais attendu. Elle avait été dans la Forteresse faible et blessée, mais je ne l'avais jamais touchée. Il dirait ou ferait n'importe quoi. Il l'utiliserait et la jetterait quand il n'aurait plus besoin d'elle. J'étais presque mort durant les Jeux pour elle.

Il se pencha vers elle.

Je pouvais franchir la distance entre nous en trois bonds. Deux secondes et je pouvais arracher sa tête de ses épaules et la jeter à ses pieds.

Il éleva la voix.

« Tu es à moi ce soir. Embrasse-moi Kate. »

Non.

Il se pencha vers elle. Elle s'éloigna.

Quelque chose en moi craqua et je me dirigeais vers elle. Il ne quitterait pas cet endroit vivant. Je ne pouvais pas faire qu'elle m'aime, mais elle ne voulait pas ses mains sur elle. Ce malade d'emmerdeur ne la toucherait plus jamais.

Elle se plaça devant lui. Il était tellement saoûl ou stupide qu'il ne comprenait toujours pas ce qu'il se passait.

« … me blessera pas. Pas ici. »

J'y étais presque, je pouvais sentir l'alcool sur son costume. Elle piqua une bouteille d'une table proche et se dirigea vers moi. Bien, mais ça ne serait pas assez. Peut-être que si elle avait son épée…

« Le Peuple salue le Seigneur des Bêtes. »

Nataraja. Je me rassemblais mais je m'arrêtais. Si je le tuais maintenant, il y aurait la guerre. A ce moment j'aurais risqué ma vie pour sentir le crâne de Saiman éclater entre mes paumes, mais il ne valait pas la vie de mes Alphas. Saiman ne le saurait jamais mais cette tête de con chauve lui avait sauvé la vie. Pour le moment…

Je fixais Kate et articulais :

« Plus tard. »

Elle me fixa, les yeux durs.

Quand tu veux.

Je pris une profonde respiration, lui tournais le dos et d'une voix calme répondit :

« Le Seigneur des Bêtes salue le Peuple. »