Pluie d'un soir Le 13 décembre 2011

Il est minuit trente. Je suis trempée sous cette pluie battante et glaciale. J'erre dans les rues sombres de ma ville, j'évite les rues éclairées de réverbères. Je suis transie. Aucune lune ne brille dans le ciel. Aucun espoir ne brille dans mon cœur. Je marche vite pour ne pas hurler. Hurler de désespoir. J'ai envie de violence, je voudrais que l'on m'agresse dans ces rues désertes, qu'on me viole et que l'on me batte ensuite à mort. Je suis certaine que derrière la douleur physique, je ressentirai une certaine jouissance. C'est cela, détruisez moi, je ne suis bonne à rien. Je ne sais pas ce que je fais dans ce monde, à quoi je sers. Je ne suis qu'un parasite de la société, et je déteste tous mes semblables, je les hais même ! J'ai beau réfléchir, je ne me trouve aucune qualité, ni physique, ni humaine. Je ne suis pas jalouse des autres, je suis complètement indifférente. Je ne m'intéresse à rien et je suis amorale. Je suis venue dans cette vie par erreur, ou peut être uniquement pour compenser mon karma, mais je n'ai pas le courage d'assumer cette vie. Pourtant je ne suis pas assez courageuse pour m'ôter la vie, je préfère que ce soit les autres qui le fassent, mais personne ne fait attention à moi, personne ne me remarque. Et quand j'insulte méchamment des gens, ils ne font que se moquer de ma petite personne. Je n'intimide personne, je n'ai aucune consistance, je n'arrive même pas à les mettre hors d'eux. Qu'est ce que vous attendez ? Tapez-moi dessus, je ne demande que cela. Surtout n'oubliez pas ensuite de me supprimer ! C'est la meilleure action que vous pourriez faire de vôtre vie, car je suis un monstre. Je n'ai jamais versé une larme de ma vie, je ne sais pas ce qu'est pleurer. Je n'ai jamais eu non plus de remords. Cette nuit j'ai décidé que je ne rentrerai pas chez moi, j'affronterai cette pluie et ce vent qui me mord la peau. J'aborde un porche et je butte contre quelque chose qui me fait chuter. Je me relève et me retourne, je vois un petit vieux ratatiné sur lui-même, emmitouflé dans une couverture. Il ne semble même pas m'avoir vu. Je suis en colère, je choute sur la jambe qui m'a fait tomber. C'est alors que je découvre en même temps que cette jambe qui dépassait du porche était une jambe de bois. Mais je n'ai pas le temps de réagir, un gros chien rottweiler qui était sous une couverture lui aussi, à côté du vieux, me saute à la gorge et me plaque au sol. Je ne peux pas crier, ses mâchoires se resserrent pendant que j'essaie de le repousser. Le vieux ne semble rien remarquer et n'intervient pas. Je sens le sang chaud me couler dans le cou et je n'arrive plus à respirer. Soudain, pendant que je vis mes derniers instants, je vois le petit vieux prendre un violon sur ses genoux et commencer une mélodie mélancolique. Mais le chien resserre encore plus sa mâchoire. Je commence à sentir une chaleur m'envahir, brusquement je me sens légère, et je ne sens plus ma gorge. Je ne sens plus la pluie, et les notes de musique que le vieux joue sur son violon me semblent soudain me transpercer et me soulever. Je n'ai jamais entendu un son aussi chatoyant, aussi limpide. Je suis béate de bonheur, un bonheur que je ressens pour la première fois de ma vie. Je ne sens plus mon corps, ni celui du chien. Je me retourne et je me vois allongée avec le chien qui n'a pas encore lâché ma gorge. Soudain les notes se transforment en petites étoiles qui m'entourent et me soulèvent. Une grande lueur banche m'éblouit et vient vers moi. Je comprends alors que je viens de quitter cette vie et que maintenant j'entre dans une autre dimension. Je ressens une profonde extase. Je veux jeter un dernier regard sur mon corps, mais il n'y a plus qu'un brouillard épais et cette lueur aveuglante qui se dirige vers moi.