A/N : réponse au thème "se relever indemne" de la commu LJ 31 Jours.


Arthur regarde Venec sans vraiment le voir. Il ne lui accordait pas beaucoup d'importance du temps où il était Roi pourquoi se mettre à lui en donner maintenant qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même ?

Il a raté son suicide. C'est pathétique, quand on y pense. Quel genre d'homme est si faible qu'il ne parvient même pas à mettre fin à ses jours ? Arthur a beau se dire que sans Lancelot, il y serait passé, rien n'y fait : il reste un raté. Ce n'est pas plus mal d'avoir confié le pouvoir à son ancien ami, son vieux rival, son nouvel allié. Lancelot saura redresser le pays, la Table Ronde, la Quête du Graal. En réalité, Arthur ne peut s'empêcher de penser qu'il aurait peut-être été mieux que Lancelot prenne tout en charge dès le début. Arthur n'a jamais eu les épaules assez solides, il le sait. L'enthousiasme des débuts a vite fané, avec la mort de Manilius, le départ d'Aconia, son mariage avec Guenièvre. S'il a un jour été un bon leader, il n'en a pas souvenir.

Mais Venec insiste, et cela a l'air important, alors il se redresse. C'est encore au sujet de Lancelot. Arthur écoute l'escroc lui raconter ce que Lancelot commet en ce moment même, contre la Table Ronde, pour ce qu'il croit être le Bien, et étrangement, il ne doute pas un seul instant que pour une fois, Venec dise la vérité. Il connait bien Lancelot, malgré ce qui a pu se passer entre eux, et Arthur sait que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Alors il faut qu'il s'en aille, qu'il traverse la Bretagne pour la quitter, qu'il se cache loin. Mais pas sans avoir caché ses blessures, parce que le Roi Arthur se doit d'être fort, même si cela fait longtemps qu'il ne l'a pas été.

Venec lui tend un vêtement, et ensemble ils fuient. Ils atteignent les côtes sans encombre et c'est un miracle mais étrangement cela n'étonne pas Arthur – en ce moment, les miracles, il les enchaine. Le voyage jusqu'à Rome est long et plus d'une fois Arthur manque d'y passer, il le sent, il le sait. Mais il arrive en vie dans cette ville qui a été la sienne durant si longtemps. Et alors il se souvient des paroles de Macrinus : la villa Aconia sera toujours là comme un refuge pour ceux qui en ont besoin.

C'est un bond dans son passé. Arthur se retrouve transporté quinze ans plus tôt, jeune centurion sous la responsabilité de la dame. Elle est belle et intelligente, cultivée et raffinée. Il est amoureux presqu'aussitôt. C'était avant que le monde tourne mal, que les choses s'enveniment, que sa vie s'échappe d'entre ses mains.

Et alors qu'il retrouve la robe qu'Aconia portait le jour de leur mariage, alors qu'il revit ses souvenirs les plus heureux – Mani, Julia, Licinia, et même Verinus parfois, quand ses seuls soucis étaient de savoir comment se rendre à une fête sans se faire prendre, avant qu'on ne l'approche, qu'on ne lui parle d'Excalibur et de la Bretagne, et puis Aconia, son sourire, ses yeux, sa peau, sa douceur, quand il était jeune et amoureux – Arthur se rend compte qu'il ne tient qu'à lui de remonter la pente, de se relever indemne.

Il croise son reflet dans un vieux miroir Sali par les années et il sait : bientôt, Arthur sera de nouveau un héros.